The Project Gutenberg EBook of Discours sur la ncessit et les moyens
de dtruire l'esclavage dans les colonies, by M. de Ladebat

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net


Title: Discours sur la ncessit et les moyens de dtruire l'esclavage
         dans les colonies
       Lu  la sance publique de l'Acadmie royale des sciences,
         belles lettres et arts de Bordeaux, le 26 Aot 1788

Author: M. de Ladebat

Release Date: January 12, 2004 [EBook #10697]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES ***




Produced by Carlo Traverso, Michael Wymann-Boni and PG Distributed
Proofreaders.





                               DISCOURS
                           SUR LA NCESSIT
                             ET LES MOYENS

                     De dtruire l'esclavage dans
                              les colonies

                 Lu  la sance publique de l'Acadmie
                  royale des sciences, belles lettres
                  et arts de Bordeaux, le 26 Aot 1788

                          Par Mr. de Ladebat,
  Membre de cette Acadmie, directeur de celle des arts, correspondant
           de la socit royale d'agriculture de Paris, etc.

                              A BORDEAUX,
                                  1788



                   Le cri pour l'esclavage est
                   le cri du luxe et de la
                   volupt, et non pas celui de
                   la flicit publique. Montesqu.





AVANT-PROPOS.


Montesquieu a consacr un livre entier de l'Esprit des Lois  traiter
des esclaves et des affranchis. Il a prouv combien l'esclavage est
contraire aux principes de la morale naturelle. Plusieurs auteurs ont
peint avec nergie les horreurs de l'esclavage et les dtails affreux
du commerce des Ngres. Une socit nombreuse s'est forme pour
anantir ce commerce et cet esclavage. Des habitants clairs et
sensibles dsirent un changement. L'opinion publique s'unit enfin aux
voeux de l'humanit et de la justice: mais l'intrt particulier
s'agite, et les combat encore. Les parlement d'Angleterre n'a pas
mme os prononcer sur cette importante question. Six millions de
Ngres portent, des nos jours, les chanes des nations de l'Europe. Il
faut donc de nouveaux efforts pour affranchir ces infortuns.
L'intrt particulier m'a paru se concilier avec les droits sacrs que
la raison rclame. J'avois pens, il y a long-temps, que dans l'tat
mme des colonies, on pourroit trouver des moyens d'affranchissement;
et ce sont ces moyens que je publie aujourd'hui. J'ai cru inutile de
donner  prsent tous les dtails du plan que je propose. On trouvera
dans les notes les calculs dont j'ai employ les rsultats--

C'est un crime public que j'attaque; et on ne doit pas s'attendre 
trouver dans ces feuilles des dclamations contre les colons ni contre
les ngociants qui font le commerce d'Afrique. Les hommes les plus
respectables, dont l'antiquit nous a conserv le souvenir, ont eu des
esclaves, et en ont vendu et achet. Les lois doivent tre
l'expression de la justice; si elles s'en cartent, et si elles
conservent encore leur empire, l'homme le plus juste peut tre
entran lui-mme par le vice de la lgislation. Ceux qui s'occupent
de gouverner les nations, ou de rformer les lois, doivent frmir de
l'influence dsastreuse que peuvent avoir leur erreurs.




DE LA NCESSIT ET DES MOYENS
DE DTRUIRE L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES.



Les crimes que la cupidit entrane prsentent  l'homme sensible le
plus affreux tableau. C'est en vain qu'on a voulu les dguiser par les
illusions de la fortune et de la gloire: ils ont ravag la terre; ils
ont fait gmir l'humanit sous le poids du malheur. De toutes les
parties du monde, l'Europe est celle qui s'en est rendue la plus
coupable. Ailleurs on a t gar par la vengeance et par la fureur
des armes: c'est de sang froid que nous avons commis les plus cruels
attentats. Nos connaissances et nos arts semblent n'avoir servi qu'
dtruire le repos de toutes les nations. Au dedans, que de divisions
et de troubles! Au dehors, que d'oppressions et d'horreurs! L'Asie,
l'Afrique et l'Amrique ont t  la fois le thtre de nos excs.
L'Asie nous a vus calculer la fortune sur la famine et la mort[1].
Nous avons dpeupl et avili l'Afrique. L'Amrique dvaste a pli
sous le joug de notre tyrannie. Nous y avons tabli l'esclavage, que
la religion proscrivoit dans nos climats[2]. Nos colonies sont encore
fondes sur cet abus criminel. Des terres ou la nature runit toutes
les richesses de la fcondit, sont sillonnes par des esclaves qu'on
arrache  leur patrie, et qu'on charge de chanes pour augmenter nos
richesses. Il est consolant de voir une nation commerante dnoncer
elle-mme  son snat assembl ce long outrage fait  l'humanit. Ce
snat souillera sa gloire, s'il ne change pas le sort de tant
d'infortuns. La raison et la justice doivent enfin rtablir leurs
droits et briser leurs fers.

L'Amrique fut dvaste par ses avides conqurants; ils crurent que
les mines prcieuses que le sol leur offroit, suffiroient  leur
ambition; et pour en jouir sans partage, ils portrent avec eux la
destruction et l'effroi. Les habitants de ces contres nouvelles,
frapps de terreur, s'imaginrent que leurs Dieux mmes avoient dcid
leur perte. Plusieurs touffrent leurs races; et ce continent, 
cette poque, semble tre l'affreux sjour du crime et du malheur. Des
peuples entiers ont disparu, et leurs noms sont oublis. Leur
existence n'est plus atteste que par la solitude de leurs demeures et
l'horreur de leurs tombeaux. Bientt ces mines funestes au bonheur du
monde demandrent des bras mercenaires, et on n'en trouvoit plus. On
acheta des esclaves en Afrique, et on les trana sur les plages de
l'Amrique[3]; ils aggravrent encore le sort des malheureux Indiens.
C'est ainsi que quelques tyrans croyoient avoir le droit de soumettre
la terre entire  leurs jouissances. Tant de dsordres avoient
confondu toutes les ides. Les titres clairs et sacrs de la justice,
de la proprit et de la libert, paroissoient effacs: on ne
connoissoit que les excs de l'ambition et de l'audace. Las-Casas
lui-mme, cet vque si vertueux au milieu de tant de crimes,
demandoit de nouveaux esclaves; tromp par son coeur, il croyoit
diminuer le travail excessif et meurtrier auquel on condamnoit les
Amricains chapps  la mort. Les fiers oppresseurs du nouveau monde
ddaignoient des travaux utiles, et leurs barbares mains ne savoient
donner que des fers.

Le commerce des hommes fut favoris par toutes les nations
commerantes, comme une nouvelle source de richesses publiques. Prs
de six millions d'esclaves Africains peuplent aujourd'hui les champs
de l'Amrique; plus de cent mille infortuns sont enlevs chaque anne
 l'Afrique, pour soutenir cette population[4]. Qui osera calculer ce
qu'elle a cot[5]? Pour ravir des esclaves, on a massacr des
millions d'hommes qui dfendoient leur libert. Peignez-vous tous les
liens de la nature briss, tous les sentiments outrags, toutes les
cruauts runies; et vous aurez quelque ide des horreurs que je ne
puis tracer. La guerre, les injustices et tous les crimes ont dsol
les peuples que ce trafic a sduits. Les ctes Occidentales de
l'Afrique sont dpeuples, et c'est de l'intrieur des terres, ou des
ctes Orientales, qu'on trane des esclaves aux marchs Europens.
Cette diminution de traite effraie dj ceux qui calculent froidement
la prosprit des colonies.

Quand les loix sacres de l'ordre social sont violes, il n'y a plus
de mesure aux excs que l'homme coupable ose commettre. Ici le cri de
la nature semble implorer le ciel, et lui demander vengeance. Je
parcours les feuilles de l'histoire, et je ne vois pas, dans ses
tristes rcits, de plus grand crime public. Il y a bientt trois
sicles qu'il se perptue, et voil l'ouvrage des nations qui se
placent au rang des plus claires.

Je ne parlerai pas de la rigueur de l'esclavage dans nos colonies.
L'humanit frmiroit encore des tableaux que je pourrais rappeller. Le
sceptre de l'oppression est toujours pesant; et si des moeurs plus
douces, si l'humanit, si l'intrt mme des colons ont tempr les
traitements barbares que leurs esclaves prouvoient, cet esclavage
est-il plus lgitime?

On a dit que la victoire lgitimoit l'esclavage. Oui sans doute, comme
la force lgitime tout: mais alors le pacte social est dtruit pour
l'homme qu'on enchane. Si les Ilotes avoient vaincu Sparte, leur nom
effaceroit peut-tre dans l'histoire celui de leurs cruels
oppresseurs. Rappellons-nous la honte des Romains pendant la guerre
servile, le sang qu'ils firent couler pour touffer des rvoltes
toujours renaissantes, et leur effroi, lorsque le Thrace Spartacus
marchoit  Rome, et renversoit leurs prteurs et leurs lgions[6].

On a dit que l'intrt des colons rendoit le sort de nos esclaves plus
doux que celui des journaliers que la misre accable. Un sort plus
doux! Quelle est donc cette existence que la libert n'accompagne pas?
La misre est affreuse sans doute: mais la libert, est un grand bien,
et l'esprance luit encore au fond du coeur de l'homme libre. Que
reste-t-il  celui qui ne l'est pas? Est-ce par des dsordres publics
qu'il faut justifier d'autres dsordres? Parce que les attentats
commis contre la proprit ont troubl la terre, on a ni que la
proprit fut la base de l'ordre social. On a rappell les faits
clatants de ces rpubliques fondes sur la communaut des biens.
A-t-on oubli qu'il n'y avoit l que des tyrans et des esclaves? Parce
que notre luxe et nos longues erreurs ont appauvri la classe
infortune qui fait natre nos subsistances, faut-il que des esclaves
gmissent sous le fouet d'un commandeur cruel? Faut-il, pour le
bonheur public, charger de chanes les mains qui nous nourrissent? N'y
auroit-il sur la terre, pour le pauvre qui la cultive, que des fers ou
la mort?... Quelle triste philosophie que celle qui conduit  de
pareils rsultats! C'est ainsi qu'on justifie tout: l'esclavage
devient un devoir: la tyrannie est un droit: la jouissance seule est
un titre. Malheur aux nations qui seroient assez avilies pour laisser
tablir ces maximes cruelles: il n'y auroit plus pour elles que crimes
et dsespoir. Proscrivons enfin cette admiration exclusive pour
l'antiquit. Ne rendons hommage qu'aux vertus particulires parses
 et l dans l'histoire, comme des phares brillants sur la vaste
tendue d'une mer sombre et agite. Qu'importent de grands noms et
leur clatante renomme, si la vertu et l'humanit gmissoient auprs
d'eux? Ne respectons que les institutions conformes  nos droits;
rappellons les caractres qui les distinguent, et cherchons ainsi 
rparer les maux que leur violation et leur oubli ont rpandus sur la
terre.

La possession libre et exclusive de nous-mmes, ou _notre proprit
personnelle_, est notre premier droit; il est inalinable et sacr.
Rduire un homme  la condition d'esclave, est donc, aprs le meurtre,
le plus violent des attentats. L'homme anantiroit tous ses droits en
se rendant esclave. Il n'y a point de vente o il n'y a pas de
prix[7]. Ainsi l'homme ne peut jamais aliner sa libert; et s'il ne
peut pas l'aliner, qui est-ce qui pourroit en disposer? On peut
enchaner un criminel; voil le droit de la force publique: mais si le
coupable rompt sa chane, il n'est plus esclave.

Le nom d'homme repousse celui d'esclave; et les tyrans eux-mmes
l'ont bien senti. Quand ils ont avili des infortuns  porter leurs
chanes, ils ne les ont plus compts que comme des instruments de
culture ou de travail[8]. Les droits les plus sacrs, la justice et
l'humanit proscrivent donc l'esclavage. On croit que l'quilibre
politique et le maintien des richesses nationales s'opposent encore 
ce voeu de la raison et de la nature. Si je prouvois que cet quilibre
et le maintien mme des richesses demandent que l'esclavage soit
aboli, et si j'en indiquois les moyens, j'aurois peut-tre rendu
quelque service  l'humanit.

J'ai dit que la traite diminuoit. Cette raret d'esclaves menace la
culture des colonies. La dpopulation des ctes de l'Afrique baignes
par l'Ocan a dirig une partie du commerce des Noirs vers les ctes
Orientales de ce continent; la traite y est plus abondante et moins
chre: mais la longueur et les dangers de la navigation causent
presque toujours une mortalit effrayante. Le prix des esclaves a
doubl dans nos colonies depuis vingt ans; et plusieurs habitations
ne donnent pas la moiti des produits qu'elles pourroient fournir,
faute de bras pour leurs travaux. La population, quoiqu'un peu plus
anime, ne remplace pas la moiti des esclaves que la mortalit
enlve. L'avenir n'offre donc  cet gard qu'une perspective
allarmante. Il est temps d'obir  une rvolution que la nature
prpare elle-mme. Notre politique et nos petits intrts n'arrteront
pas sa marche.

L'Espagne donne depuis long-temps des moyens de libert  ses
esclaves[9]. La volupt et le luxe dtruisent les avantages de cette
libert. Ce n'est pas cet exemple que je proposerai de suivre: mais il
est dangereux pour nos colonies, et il cause souvent une dsertion
ruineuse pour nos tablissements.

Les tats-unis rendent peu  peu la libert  leurs Ngres[10]. Sans
doute la reconnoissance doit enchaner long-temps cette nation
nouvelle: mais tout s'oublie; les circonstances et les intrts
changent; et si l'on venoit offrir la libert  nos esclaves, quels
seroient nos moyens de dfense?

Si le parlement d'Angleterre adopte une loi qui adoucisse l'esclavage
dans les colonies Britanniques, on doit redouter l'effet qu'elle
produira sur nos esclaves, et dj les colons en sont allarms.

Plus nos tablissements s'accroissent, et plus leur possession devient
incertaine. Le grand nombre d'esclaves ncessaires  leur culture est
seul un grand danger[11].

Le commerce des esclaves nuit  la navigation. Il dtruit chaque anne
un sixime des gens de mer qu'on y emploie. C'est une cole affreuse
pour les moeurs.

Il suffit d'indiquer ces considrations pour prouver la ncessit de
changer de systme. La culture et la conservation des colonies en
dpendent. Je vais dmontrer que l'intrt particulier s'unit ici  la
surveillance politique et au maintien des richesses publiques.

Le travail des esclaves n'est jamais aussi productif que celui de
l'homme libre. Les mines des Turcs, dans le Bannat de Temeswar, dit
Montesquieu, toient plus riches que celles de Hongrie, et elles ne
rendoient pas tant, parce qu'ils n'imaginoient jamais que les bras de
leurs esclaves.

Dans les sucreries les mieux cultives, le produit du travail annuel
d'un esclave, dans la force de l'ge, ne peut pas tre apprci au
dessus de 1200 l. En Angleterre on value le produit annuel du travail
d'un cultivateur  2400 l. A la vrit, il est question ici du
laboureur aid de toutes les machines que l'art a inventes pour
faciliter la culture: mais l'usage de ces machines peut tre introduit
dans nos colonies, et il sera une suite ncessaire de la libert. Des
calculs exacts tablis sur le produit total des colonies les mieux
cultives, ne donnent qu'environ 353 l. pour le produit du travail de
chaque esclave existant dans nos les. Le mme calcul, en supposant
que le quart de la population du royaume soit attach  la culture,
donne 500 liv. pour le produit annuel du travail de chaque individu de
la classe agricole. Ainsi, sous ce premier rapport, le travail de
l'homme libre est bien plus avantageux que celui des esclaves: mais
il faut comparer encore la fertilit des terres dans nos colonies et
en Europe. Le produit du travail est aussi en raison de la fertilit;
et une terre o elle seroit double d'une autre, donneroit, avec le
mme travail, un double produit. Le plus ou le moins de valeur des
productions gnrales recueillies sur la mme tendue de terrein, dans
des cultures et des climats diffrents, peut tre regard comme la
mesure comparative de leur fertilit. La valeur du produit des terres,
dans les colonies, est trois fois plus considrable que celui que nous
obtenons dans nos champs les mieux cultivs. C'est ainsi qu'on peut
prouver que l'esclave ne donne pas le tiers du produit du travail d'un
homme libre[13].

Je sais que la nature des productions, l'tat de l'agriculture et
l'art de l'agriculteur peuvent apporter de grandes variations dans les
rapports des cultures isoles: mais ce sont les cultures gnrales
qu'il faut rapprocher, et ce sont elles qui ont servi de base  mes
calculs.

On croit que le prix des denres des colonies est un prix d'opinion,
et qu'il ne peut pas tre compar au prix de nos productions d'Europe.
Cela toit vrai, lorsque ces denres n'toient pas d'un usage gnral.
Elles le sont devenues aujourd'hui, et elles ont pris le caractre des
denres de premire ncessit. Je trouverois d'ailleurs des preuves de
cette plus grande fertilit des colonies dans la culture des plantes
qui sont communes  l'Europe et au nouveau continent[14].

Le travail des esclaves est moins cher, dit-on, que celui du
journalier, et c'est bien moins le produit absolu de la culture qu'il
importe au propritaire d'augmenter, que le bnfice qu'il en retire.
Si l'on calcule l'intrt de la valeur d'un esclave, le prix des
remplacements ncessaires, et les frais de nourriture et d'hpital, on
verra que ce meilleur march n'est qu'une illusion, et que chaque
Ngre travaillant cote annuellement plus de 500 livres  son
matre[15].

On peut objecter enfin que la chaleur du climat des colonies ne
permettroit pas  nos cultivateurs d'y fournir la mme mesure de
travail. De nombreuses expriences dmentiroient cette assertion;
elles prouvent que le travail est un moyen de conservation dans nos
les, pour les ouvriers que la fortune y appelle. La chaleur dans nos
provinces Mridionales, aux mois de Juin, de Juillet et d'Aot, est
souvent plus forte qu' St. Domingue; et c'est l'poque o les travaux
de nos campagnes sont les plus forcs. D'ailleurs je ne propose pas de
conduire des cultivateurs d'Europe dans nos tablissements. Je dplore
les funestes essais qu'on a faits  cet gard, et je sais combien
l'ambition cruelle de ceux qui les dirigeoient a fait prir de
victimes. Nous avons  nos portes assez de terres incultes et de
champs dserts. Ce sont nos esclaves qu'il faut attacher au sol de nos
colonies. Il faut les former au travail, et les aider de toutes les
ressources de l'art pour faciliter leur culture, et rendre leurs
travaux plus productifs. L'emploi des machines en agriculture peut
tre regard comme ayant doubl la force des cultivateurs et le
produit de leur travail. Voil quel seroit encore l'effet de la
libert dans les colonies. Je suis tonn moi-mme des rsultats
auxquels ces vrits conduisent. L'garement de l'intrt particulier
est donc toujours une suite de l'oubli des principes de l'ordre et de
la justice.

Aprs avoir rappell ces principes sacrs, aprs avoir montr les
considrations politiques et les avantages publics et particuliers qui
sollicitent en faveur de la libert de nos esclaves, je dois indiquer
les moyens de donner cette libert sans allarmer l'intrt
particulier, et en vitant les dangers d'une rvolution trop rapide.

Lorsqu'il faut dtruire de grands dsordres publics, on doit se tenir
en garde contre sa sensibilit. Il faut calculer les effets des
changements qu'on prpare; car tout s'enchane dans l'tat social. Des
esclaves accoutums au poids de leurs fers, confondent les garements
de la licence avec les jouissances paisibles de la libert. En rompant
tout d'un coup leurs chanes, on feroit leur malheur, et cette race
infortune disparotroit de dessus la terre qu'elle cultive. La
paresse et la volupt, voil presque toujours l'existence des
affranchis. Leur libert n'est souvent que le prix de leurs dbauches.
Les crimes que les besoins entranent achvent de les dpraver.
L'esclave ne connot que ce genre d'affranchi; et c'est avec cette
classe avilie qu'il se confondroit. Il n'y auroit plus alors de sret
dans nos colonies, et leurs richesses seroient bientt ananties. Ce
n'est pas la conservation de ces richesses qui m'arrte. L'opulence
des nations et la fortune des particuliers n'excusent point leurs
crimes. Je souillerois ma plume et je trahirois mon coeur, si je
voulois justifier ainsi les outrages faits  la libert: mais je le
rpte, c'est une considration plus puissante qui m'occupe: c'est le
sort des esclaves qu'il ne faut pas exposer. Leur existence et leur
bonheur tiennent aujourd'hui  nos proprits.

Prparons la libert qu'on doit leur donner un jour. Assurons-leur les
moyens de l'obtenir par des travaux dont les produits leur
appartiennent. L'homme n'est soumis aux loix sociales que pour
conserver ses proprits: il faut donc en donner  l'esclave qu'on
veut affranchir.

Cette marche est celle de la nature. Lorsque les esclaves n'ont pas
t affranchis par la victoire, ou, lorsqu'ils sont rests attachs au
joug du vainqueur, ils ont t _serfs de glbe_ avant de devenir
libres; tels toient les esclaves chez les Germains, au rapport de
Tacite[16].

Frapp de cette ide, il y a bientt douze ans que je proposai 
l'administration de diriger, d'aprs ce systme, les nouveaux
tablissements dont on s'occupoit pour la Guyanne Franoise. C'est
dans cette vue que j'y avois demand et obtenu une concession[17]. Les
circonstances et la guerre ont dtruit ces projets: mais rien ne peut
arracher de mon coeur le sentiment qui les dictoit. Je desirois que
cette colonie servt de modle pour l'affranchissement successif des
esclaves. J'esprois que cette terre funeste, qui a cot tant de
trsors et tant de sang, jouiroit enfin de quelque libert. J'avois
trac la marche successive de cet affranchissement, d'aprs la
position particulire de cette colonie, et les moyens que le
gouvernement se proposoit d'employer.

Je rappelle les mmes principes, et j'ai prouv qu'ils n'toient que
l'expression de la justice et de l'intrt public et particulier. J'ai
indiqu les dangers d'un affranchissement subit, et, s'il falloit des
autorits, je dirois ce que Montesquieu rapporte de l'embarras des
Romains pour cette partie de leur police publique, et de l'abus que
des affranchis ont os faire de leur droits.

Il faut, a dit un homme dont la plume loquente a dfendu avec nergie
les droits sacrs de la libert publique, il faut, avant toutes
choses, rendre dignes de la libert et capables de la supporter, les
serfs qu'on veut affranchir[18].

Je propose d'abord d'assurer en proprit  chaque esclave ce qu'il
pourra gagner au del du travail modr auquel il peut tre assujetti.
La loi relative  la mesure du travail impos, doit varier suivant le
genre de culture et la situation des tablissements; mais par-tout les
rglements devront assurer  un esclave actif et laborieux les moyens
de gagner, dans l'espace de six ou sept ans au plus, une somme gale
aux trois quarts de sa valeur. Cette somme, fixe par la loi, ne doit
pas tre arbitraire. En payant cette somme  son matre, l'esclave
deviendroit _serf de glbe_[19], c'est--dire, qu'il seroit attach 
une partie du terrein ou des travaux de l'habitation, et le produit de
sa culture seroit partag entre son matre et lui[20]. Les Ngres
ouvriers auroient, en entrant dans la classe des _serfs de glbe_, un
salaire galement fix par la loi. Chaque esclave, en obtenant ce
premier degr d'affranchissement, auroit le droit d'assurer le mme
avantage  sa femme, en payant une somme d'autant moins forte qu'elle
auroit un plus grand nombre d'enfants. Les enfants ne natroient
_serfs de glbe_, qu'autant que leurs mres seroient dj dans cette
classe. Le _pcule_ ou le gain assur par la loi suivroit l'esclave,
et appartiendroit  sa femme ou  ses enfants, aprs lui; celui de la
femme appartiendroit galement ou au mari, ou aux enfants. S'ils
n'avoient pas d'hritiers naturels, les esclaves pourroient disposer
de leurs gains  leur volont; et s'ils n'en disposoient pas, leur
pcule appartiendroit aux fonds de charits tablis dans la colonie.
Les successions des _serfs de glbe_ pourroient tre soumises  la
mme loi. Tout affranchissement qui ne seroit pas le prix du travail
ou d'une grande vertu, seroit proscrit. C'est ainsi qu'on formeroit
cette population avilie  l'amour du travail et au respect des moeurs.
Le _serf de glbe_ ne pourroit ensuite s'affranchir des obligations
que lui imposeroit la loi, qu'en remplissant celles qu'elle
prescriroit pour le conduire  une libert entire. Ces conditions
seroient ou l'achat de la terre, s'il convenoit au propritaire de
l'aliner, ou des redevances, ou le paiement d'une somme suffisante
pour que le propritaire pt faire cultiver lui-mme la portion de
terre que le _serf_ abandonneroit. Les _serfs_ ouvriers
s'affranchiroient, en payant une somme gale  la valeur
reprsentative du travail que la loi leur imposeroit. C'est ainsi que
cette loi, en rtablissant les droits les plus sacrs, porteroit le
travail et la culture au plus haut point d'activit: elle serviroit 
la fois l'intrt public et l'intrt particulier[21]. Cette division
de terrein accrotroit rapidement les produits. C'est dans les
atteliers des propritaires que seroient manufactures les denres qui
demandent des prparations, et que se feroient ensuite les partages.
La rgie de ces tablissements deviendroit plus simple et plus
conomique: la valeur du fonds augmenteroit avec la libert.

Je me borne  tracer les ides lmentaires d'un plan dont les dtails
ne peuvent tre dtermins que dans les colonies mmes. _La servitude
de glbe est odieuse_, lorsque la loi n'assure pas des moyens
successifs pour s'en affranchir. J'en ai dit assez pour qu'on ne
confonde pas les rglements que je propose, avec les coutumes barbares
que la tyrannie des seigneurs avoit introduites dans quelques-unes de
nos provinces, et qui subsistent encore dans quelques tats. Le
servage que j'indique est le premier pas vers la libert. Le travail
affranchira peu  peu de ce reste de servitude. Les principes que j'ai
dvelopps suffisent pour tracer la marche qu'il faut suivre. Celle de
la justice n'est jamais incertaine, et c'est en oubliant nos droits
qu'on a rendu nos institutions si obscures et si contradictoires. On
l'a dit, la vrit n'a qu'une route, et celles de l'erreur sont sans
nombre.

L'affranchissement que j'ai propos n'auroit aucun des inconvnients
que peuvent craindre les dfenseurs de l'esclavage. Lorsque j'ai port
ma pense sur ce grand objet de police publique, j'ai redout
l'opinion et l'intrt particulier. J'ai recueilli les objections
qu'on opposoit  l'affranchissement des esclaves[22]. J'ai vu qu'elles
supposoient toutes une rvolution subite, galement dangereuse pour
les matres et pour les esclaves. Ceux qui dfendent le systme
actuel, n'imaginent que des affranchis livrs  la paresse et aux
volupts, sans activit et sans nergie pour les travaux utiles. Cette
classe dangereuse est ne de la corruption de nos moeurs. Je crois
avoir trac un autre ordre de choses et une marche plus prudente et
plus sre. Sa lenteur prviendroit tous les dangers. La rvolution
s'opreroit insensiblement, sans effort et sans trouble. La libert
que je prsente, auroit pour base le travail et les moeurs. Les
proprits particulires n'prouveroient aucune atteinte; leur produit
seroit augment par l'intrt des cultivateurs, par leur mulation et
par leur industrie. On n'auroit rien  craindre de la licence des
affranchis: leurs moeurs seroient changes, et on leur imprimeroit le
caractre qui convient  un peuple cultivateur. Une population
nouvelle, nombreuse et faite au travail, remplaceroit ce peuple
d'esclaves qui cultivent nos colonies: la possession de ces
tablissements seroit moins incertaine: chaque affranchi seroit un
nouveau dfenseur; tandis qu'en cas d'attaque l'esclave est un ennemi
de plus  combattre ou  enchaner. La justice, la bienfaisance et la
libert prviendroient la ruine qui menace nos colonies, si elles sont
long-temps encore dpendantes du commerce des esclaves. Ce commerce,
que rien ne peut justifier, s'anantirait, et l'humanit auroit moins
de larmes  verser. Ce plan peut tre annonc sans crainte: son
premier effet sera de resserrer les noeuds de l'obissance, de placer
l'espoir du bonheur et de la libert dans le travail et la bonne
conduite, et d'animer ainsi la culture et la population des colonies.

C'est aux pieds de la nation assemble que je mets ces projets. C'est
elle qui doit prononcer sur d'aussi grands intrts. Elle doit porter
ses regards sur tous les hommes qui la composent. Elle doit s'occuper
de tout ce qui peut influer sur les vertus particulires et
publiques. Elle doit se rformer elle-mme et dtruire les abus que de
longues injustices ont consacrs. Puissent les ides que je viens de
tracer adoucir le sort des infortuns dont j'ai plaid la cause! Quel
que soit leur succs, elles auront eu pour moi le charme consolateur
qu'ont toujours les voeux forms pour le bonheur de l'humanit.




NOTES ET PREUVES


[1] Lisez _l'tat civil, politique et commerant_ du Bengale, imprim
 la Haye, en 1775. Voyez les dtails du procs de M. Hastings. Ce
n'est pas qu'on doive fixer son opinion sur cet illustre accus. Ce
seroit une injustice; il faut attendre sa dfense et le jugement que
portera la cour des Pair. Je n'ai entendu que des louanges en sa
faveur de la part de tous les Franois qui ont pass dans les
tablissements Anglois pendant son administration. Je ne parle donc
que des faits; et c'est une grande leon que l'Angleterre donnera
encore, si elle punit les coupables, quels que soient d'ailleurs leurs
titres et leurs services, et si par des loix de bienfaisance elle
adoucit le sort des peuples opprims.

[2] Louis XIII ne vouloit point d'esclaves: mais on lui persuada qu'on
ne pouvoir convertir les Africains qu'en les chargeant de chanes.
Malheur aux hommes qui abusent ainsi de la foiblesse des rois!

[3] Ds 1503 on porta quelques Ngres dans les colonies. On voit dans
l'histoire navale de Hill, qu'Elisabeth voulut s'opposer  ce
commerce; elle donna des ordres pour qu'on ne transportt aucun Ngre
d'Afrique qu'il n'et donn son libre consentement. Elle disoit que
_toute violence  cet gard seroit dtestable et attirerait la
vengeance du ciel sur ceux qui s'en rendraient coupables_. La soif de
l'or l'emporta bientt sur le cri de la justice. Les Gnois, les
Portugais, les Franois et les Anglois se disputrent tour  tour
l'avantage barbare de fournir des esclaves.

[4] M. Cooper, dans ses lettres sur le commerce des Ngres, publies
en Angleterre, value les esclaves des nations commerantes de la
manire suivante.

Aux Anglois et aux Amricains ...........................  1,500,000
Aux Franois ............................................    400,000
Aux Espagnols ...........................................  2,500,000
Aux Portugais ...........................................  1,000,000
Aux Hollandais et aux Danois ............................    100,000
                                                          -----------
                                                           5,500,000
                                                          -----------

Ce calcul n'est pas exact pour les Franois: ils possdent environ
550000 esclaves; et je crois qu'on peut porter  6000000 les Ngres
esclaves des colonies.

Le nombre des esclaves, traits chaque anne, s'lve  plus de
100000. Voici un des dernier tats de traite, depuis le Cap blanc
jusqu' New Congo.

Par les Anglois ............................................  53,100
Par les Etats unis .........................................   6,300
Par les Franois ...........................................  23,500
Par les Hollandois .........................................  11,300
Par les Portugais ..........................................   8,700
Par les Danois .............................................   1,200
                                                            ---------
                                                             104,100
                                                            ---------

Qui ont t achets au prix moyen de 360 livres.

[5] J'aurois voulu prsenter l'effrayant tableau de la dpopulation
que ce commerce cause  l'Afrique: mais les lments manquent pour en
calculer exactement l'influence dsastreuse. Pour s'en faire une ide,
on doit remarquer que les Ngres qu'on traite sont tous dans la force
de l'ge. Ils ont pass les dangers de l'enfance, et il sont loin
encore des accidents qui menacent le dclin de la vie. C'est 
l'instant de leur plus grande reproduction qu'on les enlve  leur
patrie. Rduisons les 100000 qu'on exporte  97500  cause de leur
mortalit naturelle estime dans la proportion de 1  40. Ces 97500
reprsenteront un fonds de population de 3800000 individus dtruits
pour l'Afrique dans l'espace de 30 ans. Si on adopte la proportion de
1  30, qui parot la plus vraie pour dterminer le nombre commun des
morts, relativement  la masse des hommes existants, enlever  la
population une classe d'hommes dans l'ge o la mortalit n'est que
comme 1  40, c'est dtruire rellement une plus grande masse
d'habitants; car 100000 individus, pris dans toutes les classes ne
reprsentent que 3000000 de population, tandis que pris dans
l'adolescence et la vigueur de l'ge, ces 100000 reprsentent une
population de 4000000, ou de 3800000 en dduisant, comme j'ai fait,
ceux que la mort naturelle dtruiroit indpendamment de la traite. Si
 ces 3800000 on ajoute le nombre des malheureux qui expirent dans les
combats livrs pour enlever des esclaves, ceux qui prissent de
misre, de fatigue et de dsespoir, on verra que la masse de
population anantie par la traite dans l'espace de 30 ans, s'lve 
plus de 4800000 individus, et qu'ainsi ce commerce cruel cote chaque
anne  l'Afrique plus de 160000 de ses habitants.

[6] Il semble que quelques historiens ont cherch  effacer le
souvenir de ces rvoltes. Voil comment on crit l'histoire. Spartacus
avoit un grand caractre, et s'il avoir pu arrter la licence de ses
compagnons d'armes, il aurait veng l'univers.

[7] Ecoutez Montesquieu, il n'est pas vrai qu'un homme libre puisse
se vendre. La vente suppose un prix: l'esclave se vendant, tous ses
biens entreroient dans la proprit du matre le matre ne donneroit
rien, et l'esclave ne recevroit rien, etc. Esprit des loix, liv. XV,
chap 2.

Les mots _esclavage_ et _droit_ sont contradictoires: ils
s'excluent mutuellement. Rousseau, contrat social, liv. I, chap. 4.

[8] Les Lacdmoniens fustigeoient leurs esclaves  certaines poques
de l'anne, uniquement pour faire sentir  ces infortuns le poids de
leur servitude. Plus d'une fois, dans nos colonies, des matres cruels
se sont fait un spectacle des coups de fouet dont ils dchiroient
leurs Ngres.

[9] Dans les colonies Espagnoles, chaque esclave a un jour par semaine
o il travaille pour son compte. Ce moyen est dangereux, et c'est
souvent  la dbauche que l'esclave consacre les moments qui lui sont
accords. Dans les colonies Espagnoles, les affranchis sont presque
tous les ministres des volupts de leurs matres. On doit cependant
applaudir l'humanit de la loi qui assure la libert  chaque esclave
Espagnol, en tat de payer sa ranon.

[10] On a suivi dans les tats-unis diffrentes mthodes pour
l'affranchissement des esclaves. Dans quelques parties le petit nombre
de Ngres qu'il y avoit, a permis de les affranchir tout d'un coup; et
ils sont rests attachs  leur matres, comme domestiques et
journaliers.

[11] Les Lacdmoniens limitoient, pour leur sret, le nombre de leurs
esclaves, et ils en firent quelquefois exposer les enfants.

Rien, dit encore Montesquieu, ne met plus prs de la condition des
btes, que de voir toujours des hommes libres, et de ne l'tre pas.
De telles gens sont des ennemis naturels de la socit, et leur nombre
seroit dangereux. Liv. XV, chap. XIII.

[12] Voyez une brochure crite par John Newton  la socit de
Manchester. Il a lui-mme fait la traite des Noirs; et les dtails
qu'il donne, font frmir.

[13] J'ai port  1200 livres le produit du travail d'un Ngre dans la
force de l'ge, et on ne peut pas l'valuer plus haut. M. Arthur
Young, crivain Anglois, clbre par l'tendue de ses connaissances
conomiques et politiques, value, d'aprs quelques informations
parlementaires, le produit du travail des Ngres de 9  15 livres
sterlings au plus, et d'aprs le produit gnral de la Jamaque  7
livres 10 schelings par tte.

J'ai runi dans le tableau suivant le produit des principales les
compar au nombre de leurs Ngres travailleurs.

St. Domingue cultive par 300,000 esclaves produit 100,000,000 l.
La Jamaque par.......... 200,000 esclaves produit  35,000,000
GUADELOUPE par........... 100,000 esclaves produit  18,000,000
MARTINIQUE par...........  80,000 esclaves produit  18,000,000
                                                  --------------
                          680,000 esclaves produit 171,000,000 l.

J'ajouterai pour la valeur des denres consommes
  dans ces les provenant de la culture des Ngres  69,000,000
                                                  --------------
                                                   240,000,000 l.

Ce qui donne par esclave 352 livres 18 sols 10 deniers.

M. Young value en Angleterre le travail annuel d'un bon cultivateur 
2.400 livres. Notre culture accable par la misre publique, n'offre
pas des rsultats aussi brillants: mais ils surpassent de beaucoup le
produit du travail des esclaves.

Supposons qu'en France la consommation de chaque individu soit de 130
livres seulement, terme moyen; la reproduction totale, si on compte
24000000 d'habitants dans le royaume, doit tre de 3120 millions.
D'aprs d'autres donnes, la reproduction totale, en 1779, fut value
 3164 millions. On croit que le quart au plus de la population
gnrale est attach  la culture; ainsi la reproduction totale est le
prix du travail de six millions d'individus; ce qui donne par tte un
produit annuel de 527 livres 6 sols 8 deniers.

Le produit du travail est encore en raison de la fertilit ou du prix
des denres cultives; de la fertilit, lorsque les denres et les
valeurs sont les mmes; et du prix, lorsque les denres et les valeurs
sont diffrentes.

Le carreau de terre dans les colonies produit au moins 2000 livres par
an, ce qui donne environ 800 livres par arpent. Le produit de l'acre
en Angleterre n'est evalu qu' 4 livres sterling, ou 108 livres par
arpent [Note: Le carreau est de 3,400 toises quarres. L'acre de
1,135 toises, et l'arpent de 1,334.4.].

Un homme, dont le travail rend annuellement 520 livres dans une terre
qui ne produit que 108 livres par arpent, donnerait dans une terre qui
produit 800 livres, 3851 livres 17 sols. Je rduis cette somme au
tiers  cause de l'avantage qu'a le cultivateur d'Europe d'employer
des machines que le cultivateur esclave n'emploie pas, et nous aurons
1283 liv. 19 sols pour le travail de l'homme libre, tandis que celui
de l'esclave n'est que d'environ 353 livres.

J'ai compar le travail de la vigne  celui des sucreries, il faut
exactement le mme nombre de journes d'esclaves que de vignerons dans
la mme tendue de terrein cultive en cannes ou en vignes. Dans un
arpent de vigne produisant 240 livres, le travail du journalier peut
tre valu  1200 livres par an, comme celui du Ngre sucrier dans sa
plus grande valeur. La proportion du travail libre au travail servile
est donc ici comme 4000 livres  1200 livres. Pour prvenir les
objections, j'ai infiniment rduit les avantages du travail de l'homme
libre. Je prviens qu'il est toujours question dans ces calculs du
produit absolu du travail, et pas du tout du produit net, que bien
d'autres causes peuvent augmenter ou diminuer.

[14] Voyez ce que dit M. Parmentier de la fcondit du _mas_ 
l'Amrique, dans son excellent mmoire sur la culture de cette plante,
couronn par l'Acadmie de Bordeaux en 1784. L'vaporation 
l'Amrique est beaucoup plus considrable que dans nos climats; et il
seroit peut-tre possible de prouver que la fertilit des diffrentes
parties de la terre est en raison de l'vaporation de leurs surfaces.

[15] On objectera que c'est le bon march du travail, bien plus que sa
quantit absolue, qui est important pour le propritaire; c'est le
plus grand bnfice qu'il doit chercher. Il faut donc prouver encore
que le travail de l'esclave est plus coteux que celui du cultivateur
salari. Le Ngre, dont j'ai valu le travail  1200 livres, vaut au
moins 3000 livres. L'intrt de cette somme compt  8 pour cent dans
les colonies, les risques de remplacements 5 pour cent font ensemble
13 pour cent ou 390 livres; si on y ajoute 110 livres seulement pour
l'entretien et la nourriture, on trouvera que chaque esclave, bon
travailleur, cote au moins 500 livres, tandis que le prix d'un
journalier en France n'est que de 300  350 livres, pour son travail
annuel.

[16] _Caeteris servis non in nostrum morem descriptis per familiam
ministeriis utuntur. Suam quisque sedem, suos penates regit. Frumenti
modum dominus, aut pecoris, aut vestis, ut colono, injungit, et
servus hactenus paret._ Tacite, de mor. Germ.; c'est le premier degr
d'affranchissement que je propose.

[17] Par arrt du conseil, du 29 Dcembre 1776, j'avois obtenu une
concession du terrein situ dans la Guyanne, entre les rivires d'Oyac
et d'Aprouague, ce qui occupe une tendue d'environ 250 lieues
quarres, et voici ce que je demandois. Que tous les esclaves de la
Guyanne eussent un pcule assur et constant, et qu'il ft loisible
aux habitants, comme  la compagnie que je formois, de changer
l'esclavage pur et simple en servage de glbe. Ce sont les termes
d'un mmoire que je remis alors au ministre de la marine.

[18] Rousseau, du gouvernement de Pologne.

[19] C'est ce que les Romains appelloient _adscripririos seu addictos
glebae_. Les _addicti glebae_ toient des serfs qui demeuroient
attachs  la glbe. Les _adscripti glebae_ toient des fermiers qui
cultivoient en payant des redevances. Lorsque les Francs, dit Loiseau,
conquirent les Gaules, ils rduisirent les naturels du pays  la
servitude de glbe. Le grand inconvnient de ces loix, ou plutt leur
injustice, toit de ne pas prescrire des moyens d'affranchissement. La
cupidit et la tyrannie y ajoutrent successivement des dispositions
vraiment barbares.

[20] Voici un chapitre de Montesquieu, qui fera mieux entendre encore
la nature du servage que je propose. L'esclavage de glbe s'tablit
quelquefois aprs une conqute. Dans ce cas l'esclave qui cultive doit
tre le colon partiaire du matre. Il n'y a qu'une socit de perte et
de gain qui puisse rconcilier ceux qui sont destins  travailler,
avec ceux qui sont destins  jouir. Esp. des loix, liv. XIII, chap.
3.

[21] Je crois pouvoir prouver que le revenu particulier seroit
augment dans le nouveau systme de culture que je propose: mais
quand il seroit un peu diminu, la rparation d'une grande injustice
exigeroit bien ce sacrifice.

Une habitation en sucre terr ayant 80 carreaux en cannes, 120 qui
  peuvent tre plants, et 100 en savannes ou prairies et mornes,
  value................................................ 1,400,000 l.

Ayant un attelier de 250 Ngres estims  2000 liv.
  ensemble 500,000 liv. donne un produit de
  300,000 liv. de sucre: ces 300,000 liv.  50 le
  cent donnent.....................  150,000 l.

Les dpenses.......................   40,000
                                     ---------

Reduisent le produit .............  110,000 l.
                                     ---------

Si les 250 Ngres s'affranchissent, ils paieront les
  3/4 de leur valeur.....................................   375,000
Nous avons valu l'habitation........................... 1,400,000
                                                          ----------

Le capital est rduit .................................. 1,025,000 l.
                                                          ----------

Dans ce nouvel tat de culture, le produit sera au
  moins doubl et port ........... 300,000 l.
La moiti du matre sera de......... 150,000 l.
La dpense rduite ................. 15,000
                                     ---------
Le revenu sera de................... 135,000 l.
                                     ---------


Ou plus de 13 pour cent, tandis qu'il n'toit que de 8 pour cent  peu
prs. Les serfs de glbe, au lieu du produit de leurs jardins et de
25000 liv. pour leur entretien, auront galement le produit de leurs
jardins, dont ils pourront disposer, et un revenu de 500 l. par tte.

Depuis que j'ai crit ces feuilles, j'ai lu, dans le courrier de
l'Europe, vol. 23, n. 25, un mmoire, prsent en 1779 et en 1785 par
M. le chevalier de Laborie, lieutenant-colonel d'infanterie, sur les
moyens de donner la libert aux esclaves en Amrique. Les mmes
principes nous ont guids; mais les moyens d'affranchissement, que
j'avois proposs en 1776 au gouvernement, et que je publie
aujourd'hui, sont diffrents. M. de Laborie parle d'une sucrerie qu'il
vouloit tablir  la Tortue. Il toit convenu, dit-il, qu'un habitant
se chargeroit des frais d'tablissement, en payant seulement aux
cultivateurs la moiti du prix du sucre; et il avoit calcul que
chaque cultivateur aurait, au del de ses dpenses, un bnfice de 5 
600 livres.

[22] Il est impossible de suivre tous les garements de l'intrt
particulier. Personne n'a rpondu avec plus de sentiment aux
dfenseurs de l'esclavage que M. l'abb Raynal. Voyer l'histoire phil.
et pol. des tablissements des Europens dans les deux Indes, liv. XI,
parag. XXIV.




POSTSCRIPTUM


J'avois lu ce discours  l'Acadmie, et je le livrois  l'impression,
lorsque j'ai reu les _rflexions sur l'esclavage des Ngres, par M.
Schwartz_, qui viennent d'tre publies. Si je n'avois voulu que
prouver l'injustice de cet esclavage, j'aurois supprim mon travail.
On ne peut rien ajouter  la clart et  l'vidence des principes que
l'auteur a rappells. On ne peut pas plaider avec plus de raison et
plus de force pour les droits de l'humanit. L'auteur de ce nouvel
ouvrage a dvelopp les vrits que je n'ai fait qu'indiquer: mais les
moyens d'affranchissement qu'il prsente ne me paroissent pas aussi
convenables dans l'tat actuel des colonies que ceux que j'ai
proposs. Mon but essentiel a t de conduire les esclaves  la
libert, en les formant au travail et au respect des moeurs. Il ne
suffit pas de les rendre libres; il faut aussi leur donner une
existence heureuse et utile. Je crois donc devoir encore soumettre mes
ides  l'opinion publique.

Les colons sollicitent le droit de reprsentation aux tats gnraux.
Leur patriotisme et leur zle sont des titres que le souverain et la
nation ne mconnotront pas. La plus belle cause que les dputs des
colonies pourroient plaider dans cette auguste assemble, seroit celle
de la libert que je rclame au nom de l'humanit et de la justice.




Extrait des registres de
l'Acadmie royale des sciences,
belles lettres et arts
de Bordeaux.

Du 7 Septembre 1788.

Ce jour, l'Acadmie extraordinairement assemble pour dlibrer la
demande qui lui a t faite par M. de Ladebat, de vouloir bien lui
permettre de faire imprimer, sous son privilge, le _discours sur la
ncessit et les moyens de dtruire l'esclavage dans les colonies_,
qu'il lut  la sance publique du 25 Aot dernier, la compagnie lui a
unanimement accord cette permission, et a autoris M. le secrtaire 
lui expdier  cet effet, une copie de la prsente dlibration.

En foi de quoi j'ai dlivr le prsent extrait, que je certifie
conforme a l'original. A Bordeaux, ce 9 Octobre 1788.

De Lamontaigne,

Secrtaire perptuel de l'Acadmie.








End of the Project Gutenberg EBook of Discours sur la ncessit et
les moyens de dtruire l'esclavage dans les colonies, by M. de Ladebat

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES ***

***** This file should be named 10697-8.txt or 10697-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.net/1/0/6/9/10697/

Produced by Carlo Traverso, Michael Wymann-Boni and PG Distributed
Proofreaders.


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.net/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.net),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS," WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
compressed (zipped), HTML and others.

Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
the old filename and etext number.  The replaced older file is renamed.
VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving
new filenames and etext numbers.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000,
are filed in directories based on their release date.  If you want to
download any of these eBooks directly, rather than using the regular
search system you may utilize the following addresses and just
download by the etext year.

     http://www.gutenberg.net/etext06

    (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99,
     98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90)

EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are
filed in a different way.  The year of a release date is no longer part
of the directory path.  The path is based on the etext number (which is
identical to the filename).  The path to the file is made up of single
digits corresponding to all but the last digit in the filename.  For
example an eBook of filename 10234 would be found at:

     http://www.gutenberg.net/1/0/2/3/10234

or filename 24689 would be found at:
     http://www.gutenberg.net/2/4/6/8/24689

An alternative method of locating eBooks:
     http://www.gutenberg.net/GUTINDEX.ALL


