The Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome II.
by Napolon Bonaparte

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Title: Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome II.

Author: Napolon Bonaparte

Release Date: June 29, 2004 [EBook #12782]

Language: French

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OEUVRES

DE

NAPOLON BONAPARTE.

TOME DEUXIME.

MDCCCXXI.



PREMIRE CAMPAGNE D'ITALIE.

(Suite).



Au quartier-gnral  Passeriano, le 15 fructidor an 5 (1er septembre
1797.)

_Au directoire excutif._

Les nouveaux entrepreneurs des hpitaux, depuis trois mois qu'ils
doivent prendre leur service, ne sont pas encore arrivs: ce retard a
tellement boulevers ce service, malgr le soin qu'on y a apport, que
les malades s'en ressentent, et que le nombre des morts aux hpitaux
s'en accrotra considrablement.

L'quipage d'artillerie a t form avec beaucoup de peine et de
soins; il est notre seul espoir si nous entrons en campagne, et est,
aujourd'hui, fort de six mille chevaux. Il n'a pas cot un sou 
l'entreprise Cerfbeer; au contraire, il doit lui en tre revenu des pots
de vin de la part de ses agens en Italie: nous avons tout achet avec
l'argent de la rpublique.

Voil dj quinze jours que l'entreprise Cerfbeer a cess, et
qu'aucune autre ne la remplace. L'quipage d'artillerie prit dj si
sensiblement, que nous avons pens, l'ordonnateur et moi, devoir prendre
des mesures promptes pour que ce service n'prouvt aucun choc, et que
les hommes qui en ont l'inspection dans ce moment-ci puissent nous en
rpondre.

L'ordonnateur en chef a pass, en consquence, le march que je vous
envoie, je vous prie de le ratifier: c'est le seul moyen pour que nos
six mille chevaux ne soient pas gaspills en peu de temps, et que se
service, si essentiel maintenant, ne soit pas entirement boulevers.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre
1797.)

_Au directoire excutif._

J'ai l'honneur de vous communiquer la lettre que j'cris au ministre des
finances, je vous prie d'en prendre lecture.

Je dsirerais mme que vous la fissiez imprimer, afin que chacun connt
quelle peut tre la source de ces mille et un propos qui se rpandent
dans le public, et dont on trouve l'origine dans les impostures de la
trsorerie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre
1797).

_Au citoyen Carnot._

Le ministre de la guerre me demande des renseignemens sur les oprations
que l'on pourrait entreprendre si la guerre recommenait. Je pense qu'il
faudrait avoir sur le Rhin une arme de douze mille hommes de cavalerie
et quatre-vingt mille hommes d'infanterie; avoir un corps faisant le
sige de Manheim et masquant les quatre places fortes du Rhin; avoir en
Italie quatre-vingt mille hommes d'infanterie et dix mille de cavalerie.

La maison d'Autriche, prise entre ces deux feux, serait perdue.

Elle ne peut pas nous nuire; car, avec une arme de quatre-vingt
mille hommes on peut toujours avoir soixante mille hommes en ligne de
bataille, et vingt mille en de en dtachemens, pour se maintenir et
rester matres de ses derrires.

Or, soixante-dix mille hommes en battent quatre-vingt-dix mille sans
difficult,  chance gale de bonheur.

Mais il faudrait que l'arme d'Italie et quatre-vingt mille hommes
d'infanterie.

Il y a aujourd'hui trente-cinq mille hommes  l'arme d'Italie prsens
sous les armes.

Dans ce cas, l'arme d'Italie ne sera donc, pour entrer en Allemagne,
que de soixante mille hommes d'infanterie; on aura huit mille
Pimontais, deux mille Cisalpins; il lui faudrait encore dix mille
Franais.

Quant  la cavalerie, elle a six mille deux cents hommes.

Il lui faudrait encore trois mille hommes de cavalerie.

Nous avons dj eu deux confrences, que nous avons employes  nous
entendre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre
1797).

_Au ministre des finances._

J'ai reu, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez envoye par le
dernier courrier.

Je ne puis rpondre que trois mots: tout ce qu'on vous a dit sur les
principes qui avaient t poss pour la marche de la comptabilit des
finances de l'arme d'Italie est faux. Il n'y a jamais eu  l'arme
d'Italie, depuis qu'il n'y a plus de commissaire du gouvernement,
qu'une seule caisse, qui est celle du payeur de l'arme; elle se divise
naturellement en deux branches, en caisse recevante, que nous avons
appele _caisse centrale_, et qui est destine  recevoir les
contributions, et en _caisse dpensante_: celle-ci sert  payer les
dpenses de l'arme.

Tout ce que je lis, venant de la trsorerie, porte un caractre
d'ineptie et de fausset qui ne peut tre expliqu que par la plus
grande malveillance.

La trsorerie dit que nous avons 33,000,000 en caisse: elle dit un
mensonge, car l'ordonnateur a beaucoup de peine  faire son service, et
l'on suffit difficilement au prt.

On estime le prt de l'arme d'Italie  1,400,000 fr. par mois, autre
inexactitude: le prt de l'arme monte  3,000,000 par mois.

On dit que l'arme d'Italie n'a envoy qu'un million  l'arme du Rhin,
autre fausset; elle lui a envoy un million l'anne dernire, et un
autre million cette anne: il y a prs de trois mois que ce dernier est
arriv.

Si tous les autres calculs pour toutes les autres dpenses de l'tat et
les autres armes de la rpublique sont faits avec la mme bonne foi, je
ne suis plus tonn que les comptes de la trsorerie soient en si grande
dissonance avec la ralit.

Au reste, citoyen ministre, je ne me mle des finances de l'arme que
pour ne pas souffrir qu'une trsorerie mal intentionne vienne nous ter
la subsistance que le soldat s'est gagne, et nous fasse prir de faim.

Que la trsorerie assure la subsistance de l'arme, et alors nous nous
embarrasserons fort peu de ce qu'elle fera.

Mais, par l'emploi qu'elle a fait du million que j'avais envoy pour
les matelots de Toulon, qu'elle a retir  Paris, quoique la paye des
matelots se trouvt arrire de trois mois, et par le million que
j'avais envoy  Brest, qu'elle a retenu  Paris, quoique les matelots
de Brest se trouvassent sans prt, je vois qu'elle se soucie fort peu
du bien du soldat, pourvu qu'elle conclue des marchs comme ceux de la
compagnie Flachat, par lesquels elle lui accorde 50,000 fr. pour le
transport d'un million  Paris. Un million en espces pse  peu prs
dix milliers: cela ferait la charge de six voitures, qui, rendues en
poste et en cinq jours  Paris, occasionneraient une dpense de trois
 quatre cents louis; si vous ajoutez  cela la facult de pouvoir
le transporter en or et en lettres de change, il est facile de vous
convaincre quelle est la friponnerie qui dirige toutes les oprations de
la trsorerie.

Je vous prie, citoyen ministre, de communiquer cette lettre aux
commissaires de la trsorerie, et de les prier, lorsqu'ils auront des
assertions  publier sur les finances de l'arme d'Italie, de vouloir
bien tre un peu mieux instruits, et de s'occuper franchement des
besoins de l'tat.

L'arme d'Italie a procur quarante ou cinquante millions  la
rpublique, indpendamment de l'quipement, de l'habillement, de
la solde et de tout l'entretien d'une des premires armes de la
rpublique. Mais la postrit, en feuilletant l'histoire des sicles qui
nous ont prcds, observera qu'il n'y a de cela aucun exemple. Qu'on
ne s'imagine pas que cela ait pu se faire sans imposer des privations
 l'arme d'Italie, elle en a souvent prouv; mais je savais que les
autres armes, que notre marine, que le gouvernement avaient de plus
grands besoins encore.

L'escadre du contre-amiral Brueys arrive  Venise. J'avais envoy un
million  Toulon, la trsorerie s'en est empare, et il nous faut
aujourd'hui prs de deux millions, pour pouvoir acquitter six mois de
l'arrir de la solde, fournir  l'approvisionnement de la flotte et 
l'habillement et quipement des matelots et garnisons des vaisseaux.
Sans doute que la trsorerie dnoncera encore le commissaire
ordonnateur, parce qu'il pourvoira aux besoins de son escadre: je ne
sache pas qu'on puisse pousser plus loin la malveillance, l'ineptie et
l'impudence.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre
1797).

_Bonaparte, gnral en chef de l'arme d'Italie, aux citoyens de la
huitime division militaire._

Le directoire excutif vous a mis sous mon commandement militaire.

Je connais le patriotisme du peuple des dpartemens mridionaux; des
hommes ennemis de la libert ont en vain cherch  vous garer.

Je prends des mesures pour rendre  vos belles contres le bonheur et la
paix.

Patriotes, rpublicains, rentrez dans vos foyers; malheur  la commune
qui ne vous protgera pas! malheur aux corps constitus qui couvriraient
de l'indulgence le crime et l'assassinat!

Et vous, gnraux, commandans de place, officiers, soldats, vous tes
dignes de vos frres d'armes d'Italie! protgez les rpublicains, et ne
souffrez pas que des hommes couverts de crime, qui ont livr Toulon aux
Anglais, qui nous ont obligs  un sige long, et pnible, qui ont en un
seul jour incendi treize vaisseaux de guerre, rentrent et nous fassent
la loi.

Administrateurs, municipaux, juges de paix, descendez dans votre
conscience: tes-vous amis de la rpublique, de la gloire nationale?
tes-vous dignes d'tre les magistrats de la grande nation? Faites
excuter les lois avec exactitude, et sachez que vous serez responsables
du sang vers sous vos yeux; nous serons vos bras, si vous tes  la
constitution et  la libert; nous serons vos ennemis, si vous n'tes
que les agens de la cruelle raction que soudoie l'or de l'tranger.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 20 fructidor an 5 (6 septembre
1797).

_Au directoire excutif._

L'escadre du contre-amiral Brueys est arrive  Venise. Elle est nue et
arrire de quatre mois de paye: cela ne laisse pas de nous embarrasser
beaucoup, puisqu'elle nous cotera deux millions.

L'Italie s'puise: les sommes considrables qu'il faut chaque mois pour
entretenir une arme nombreuse, et qui se nourrit dj depuis deux ans
dans cette contre, ne donnent de l'inquitude pour l'avenir.

Le ministre des relations extrieures vous rendra compte que les
ngociations vont assez mal; cependant je ne doute pas que la cour de
Vienne n'y pense  deux fois avant de s'exposer  une rupture, qui
aurait pour elle des consquences incalculables.

Plus nous confrons avec les plnipotentiaires, et plus nous
reconnaissons de la part de Thugut, qui a rdig les instructions, une
mauvaise foi qui n'est plus mme dissimule. Tout le mange d'Udine me
parat avoir pour but d'obtenir Palma-Nova, qui est aujourd'hui dans
une position effrayante pour eux. Vous connaissez sa situation
topographique: neuf bons bastions avec de bonnes demi-lunes bien
revtues, fortifications bien rasantes; arme de deux cents pices de
canon et approvisionne pour huit mois  six mille hommes. Ce serait
pour eux un sige du premier ordre  entreprendre; ils seraient obligs
de faire venir leur artillerie de Vienne. Depuis quatre mois que nous
possdons cette place, j'y ai fait travailler constamment avec la plus
grande activit: les fosss en taient combls, et tout tait dans
le plus grand dsordre. Cette place seule change la nature de notre
position en Italie.

Mais si l'on passe le mois d'octobre, il n'y a plus de possibilit
d'attaquer l'Allemagne: il faut donc se dcider promptement et
rapidement. Si la campagne ne commence point dans les premiers jours
d'octobre, vous ne devez pas compter que je puisse entrer en Allemagne
avant la fin de mars.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 21 fructidor an 5 (7 septembre
1797).

_ MM. Vurtemberger et Schmidt, reprsentans de la confdration
helvtique._

Je ne reois qu'aujourd'hui, messieurs, votre lettre, date du 29 aot.
Je vous prie d'tre persuads du plaisir que j'aurais eu  pouvoir
de nouveau vous tmoigner de vive voix les sentimens que vous m'avez
inspirs, et vous remercier moi-mme de la sagesse avec laquelle vous
avez, pendant votre gouvernement, contribu  la tranquillit de nos
frontires.

La nation que vous reprsentez a une rputation de sagesse, que l'on
aime  voir confirme par la conduite de ses reprsentans.

Croyez que, en mon particulier, je regarderai toujours comme un des
momens les plus heureux celui o il me sera possible de faire quelque
chose qui puisse convaincre les treize cantons de l'estime et de la
considration toute particulire que les Franais ont pour eux.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Passeriano, le 24 fructidor an 5 (10 septembre
1797).

_ l'archevque de Gnes._

Je reois dans l'instant, citoyen, votre pastorale du 5 septembre. J'ai
cru entendre un des douze aptres: c'est ainsi que parlait saint Paul.
Que la religion est respectable quand elle a des ministres comme vous!
Vritable aptre de l'Evangile, vous inspirez le respect, vous obligez
vos ennemis  vous estimer et a vous admirer; vous convertissez mme
l'incrdule.

Pourquoi faut-il qu'une glise qui a un chef comme vous ait de
misrables subalternes, qui ne sont pas anims par l'esprit de charit
et de paix? Leurs discours dmentent l'Evangile. Jsus-Christ mourut
plutt que de confondre ses ennemis autrement que par la foi. Le prtre
rprouv, au contraire, a l'oeil hagard; il prche la rvolte, le
meurtre, le sang; il est pay par l'or du riche; il a vendu, comme
Judas, le pauvre peuple. Purgez-en votre glise, et faites tomber sur
eux l'anathme et la maldiction du ciel.....

La souverainet du peuple, la libert, c'est le code de l'Evangile.

J'espre sous peu tre  Gnes: mon plus grand plaisir sera de vous y
voir. Un prlat comme Fnlon, l'archevque de Milan, l'archevque
de Ravenne, rend la religion aimable en pratiquant toutes les vertus
qu'elle enseigne; et c'est le plus beau prsent que le ciel puisse faire
 une grande ville et  un gouvernement. Croyez, je vous prie, aux
sentimens, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 25 fructidor an 5 (11 septembre
1797).

_Au gouvernement de Gnes._

Le citoyen Ruggieri m'a communiqu les diffrentes proclamations qui
contestent ce que vous avez fait dans les journes difficiles o vous
vous tes trouv. Agissez avec force; faites dsarmer les villages
rebelles; faites arrter les principaux coupables; faites remplacer
les mauvais prtres, ces lches qui, au lieu de prcher la morale de
l'Evangile, prchent la tyrannie. Chassez les curs, ces sclrats qui
ont ameut le peuple et arm le bon paysan contre sa propre cause; que
l'archevque vous fournisse des prtres qui, comme lui, retracent les
vertus des pres de l'Evangile.

Achevez d'organiser promptement votre garde nationale, votre troupe de
ligne, et, s'il en tait besoin, faites connatre aux ennemis de la
libert que j'ai cent mille hommes pour rejoindre avec votre nombreuse
garde nationale, et effacer jusqu'aux traces des ennemis de votre
libert.

Dsormais la libert ne peut plus prir  Gnes: malheur  ceux qui ne
se contenteraient pas du titre de simple citoyen, qui chercheraient 
reprendre un pouvoir que leur tyrannie leur a fait perdre! le moment de
leur exaltation deviendrait celui de leur perte.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre
1797).

_Aux marins de l'escadre du contre-amiral Brueys._

Camarades, les migrs s'taient empars de la tribune nationale.

Le directoire excutif, les reprsentans rests fidles  la patrie, les
rpublicains de toutes les classes, les soldats, se sont rallis autour
de l'arbre de la libert: ils ont invoqu les destins de la rpublique,
et les partisans de la tyrannie sont aux fers.

Camarades, ds que nous aurons purifi le continent, nous nous runirons
 vous pour conqurir la libert des mers: chacun de vous aura prsent 
sa pense le spectacle horrible de Toulon en cendre, de notre arsenal,
de treize vaisseaux de guerre en feu; et la victoire secondera nos
efforts.

Sans vous, nous ne pourrions porter la gloire du nom franais que dans
un petit coin du continent; avec vous, nous traverserons les mers, et la
gloire nationale verra les rgions les plus loignes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre
1797).

_Proclamation  l'arme._

Soldats,

Nous allons clbrer le premier vendmiaire, l'poque la plus chre aux
Franais; elle sera un jour bien clbre dans les annales du monde.

C'est de ce jour que datent la fondation de la rpublique,
l'organisation de la grande nation; et la grande nation est appele par
le destin  tonner et consoler le monde.

Soldats! loigns de votre patrie, et triomphant de l'Europe, on vous
prparait des chanes; vous l'avez su, vous avez parl: le peuple s'est
rveill, a fix les tratres, et dj ils sont aux fers.

Vous apprendrez, par la proclamation du directoire excutif, ce que
tramaient les ennemis particuliers du soldat, et spcialement des
divisions de l'arme d'Italie.

Cette prfrence nous honore: la haine des tratres, des tyrans et des
esclaves sera dans l'histoire notre plus beau titre  la gloire et 
l'immortalit.

Rendons grce au courage des premiers magistrats de la rpublique,
aux armes de Sambre-et-Meuse et de l'intrieur, aux patriotes, aux
reprsentans rests fidles au destin de la France; ils viennent de nous
rendre, d'un seul coup, ce que nous avons fait depuis six ans pour la
patrie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre
1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie ma proclamation  l'arme, en lui faisant part de votre
proclamation et des vnemens qui sont arrivs le 18  Paris.

Je ne sais par quelle fatalit le ministre de la guerre ne m'a pas
encore envoy votre arrt qui incorpore l'arme des Alpes dans l'arme
d'Italie. Un de ces arrts, qui est du 4 fructidor, vient de m'arriver
aujourd'hui, encore est-ce un envoi que vous m'avez fait des bureaux du
directoire mme.

J'ai fait partir pour Lyon la quarante-cinquime demi-brigade de ligne,
commande par le gnral de brigade Bon, et une cinquantaine d'hommes
 cheval: ces troupes se trouveront  peu prs  Turin lorsque vous
recevrez cette lettre.

J'ai fait partir le gnral de brigade Lannes avec la vingtime
d'infanterie lgre, et la neuvime de ligne, pour Marseille: elle se
trouvera, lorsque vous lirez cette lettre,  peu prs  la hauteur de
Gnes.

J'ai envoy dans les dpartemens du Midi la proclamation que je vous
fais passer.

Je vais galement m'occuper de faire une proclamation pour les habitans
de Lyon, ds que je saurai  peu prs ce qui s'y sera pass; ds
l'instant que j'apprendrai qu'il y a le moindre trouble, je m'y porterai
avec rapidit.

L'tat-major a envoy copie de votre arrt au gnral Kellermann.
Comptez que vous avez ici cent mille hommes qui, seuls, sauraient faire
respecter les mesures que vous prendrez pour asseoir la libert sur des
bases solides.

Qu'importe que nous remportions des victoires, si nous sommes honnis
dans notre patrie? On peut dire de Paris ce que Cassius disait de Rome:
Qu'importe qu'on l'appelle reine, lorsqu'elle est, sur les bords de la
Seine, esclave de l'or de Pitt?

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre
1797).

_Au ministre des relations extrieures._

Le gnral Clarke vous crit en grand dtail, citoyen ministre, pour
vous faire connatre notre situation; vous trouverez galement dans sa
correspondance la copie des procs-verbaux; toutes ces ngociations ne
sont que des plaisanteries, les vraies ngociations se feront  Paris.
Si le gouvernement prend une bonne fois la stabilit qu'il doit avoir;
si cette poigne d'hommes videmment vendus  l'Angleterre, ou sduits
par les cajoleries d'une bande d'esclaves, se trouve une fois dans
l'impuissance et sans moyens d'agiter, vous aurez la paix, et telle que
vous la voudrez, quarante-huit heures aprs.

On se figurerait difficilement l'imbcillit et la mauvaise foi de la
cour de Vienne. Dans ce moment-ci nos ngociations sont suspendues,
parce que les plnipotentiaires de S.M. ont envoy un courrier  Vienne
pour connatre l'_ultimatum_ de l'empereur.

Le seul projet auquel nous avons paru donner quelque assentiment,
dans le confidentiel, est celui-ci: les limites spcifies dans nos
observations sur l'article 4 des prliminaires, seraient pour nous
Mayence, etc.

Pour l'empereur, Venise et les limites de l'Adige. Corfou, etc.,  nous.

Le reste de l'Italie libre,  la Cisalpine.

Nous donnerions Palma-Nova le mme jour qu'ils nous donneraient Mayence.

Je vous le rpte, que la rpublique ne soit pas chancelante; que cette
nue de journaux qui corrompent l'esprit public et font avoir de nous
une trs mauvaise opinion  l'tranger, soit touffe; que le corps
lgislatif soit pur et ne soit pas ambitieux; que l'on chasse hors de la
France les migrs, et que l'on te de toutes les administrations les
partisans de la royaut, que solde l'or de l'Angleterre, et la grande
nation aura la paix comme elle voudra. Tant que tout cela n'existera
pas, ne comptez sur rien. Tous les trangers nous menacent de l'opinion
de la France: que l'on ait de l'nergie sans fanatisme, des principes
sans dmagogie, et de la svrit sans cruaut; que l'on cesse d'tre
faible, tremblant; que l'on n'ait pas honte, pour ainsi dire, d'tre
rpublicain; que l'on balaye de la France cette horde d'esclaves
conjurs contre nous, et le sort de l'Europe est dcid.

Que le gouvernement, les ministres, les premiers agens de la rpublique
n'coutent que la voix de la postrit.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre
1797).

_Au citoyen Canclaux, ministre de la rpublique  Naples._

Je reois, citoyen ministre, votre lettre du 13 fructidor: M. le marquis
de Gallo m'a effectivement parl du projet qu'avait S.M. le roi des
Deux-Siciles, soit sur les les du Levant, soit sur les nouvelles
frontires du ct du pape.

La rpublique franaise saisira toutes les occasions de donner  S.M.
le roi des Deux-Siciles une marque du dsir qu'elle a de faire quelque
chose qui lui soit agrable. M. le marquis de Gallo, qui a toujours t
l'interprte des sentimens de la cour de Naples  la cour de Vienne,
pour porter cette cour  une paix si ncessaire pour les deux tats et
si ardemment dsire par le gouvernement franais, est plus propre que
personne  suivre des ngociations si intressantes pour S. M. le roi
des Deux-Siciles. Si, donc, les circonstances l'eussent permis, nous
aurions dj ouvert des ngociations  cet effet; mais nous avons pens
que dans un moment o l'on traitait des ngociations qui doivent servir
 la France de base dans le systme du midi de l'Europe, il tait
impossible de rien dcider. J'espre cependant que, d'un moment 
l'autre, les ngociations d'Udine prendront un caractre plus dcid, et
assurez S. M. le roi des Deux-Siciles que la rpublique franaise fera
tout ce qui dpendra d'elle pour rpondre  ses dsirs.

Quant  moi, la cour de Naples connat l'empressement que j'ai toujours
eu de faire quelque chose qui pt lui tre agrable.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
1797).

_Au directoire excutif._

Le dpartement du Liamone, en Corse, n'est pas content d'avoir pour chef
d'escadron de la gendarmerie de ce dpartement le citoyen Gentilli: je
vous prie de confirmer la nomination du citoyen Caura, qui remplit dj
cette place; il a rendu des services essentiels dans la reprise de
l'le, et joint  une parfaite connaissance des sentiers, des montagnes,
un grand courage et un patriotisme prouv.

Ce dpartement se plaint aussi de ce qu'on a t les bons patriotes et
anciens officiers qui remplissaient les places de lieutenans, pour y
mettre trois cousins du citoyen Salicetti, dont l'un est un jeune homme
qui n'a jamais servi.

Il y a entre les deux dpartemens qui divisent la Corse une certaine
rivalit, qu'il est d'une bonne politique de laisser subsister, et qui
serait d'ailleurs extrmement difficile  dtruire.

Le dpartement du Liamone aime mieux avoir un Franais du continent
employ dans sa garde qu'un Corse du dpartement du Golo. Vous sentez
combien il est avantageux que ces deux extrmits de l'le s'attachent
entirement  la mtropole. Je crois donc qu'il serait utile de nommer
les citoyens Bonneli et Costa dans la gendarmerie du Liamone.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
1797).

_Au ministre de la marine._

L'amiral Brueys est arriv  Venise, comme j'ai eu l'honneur de vous
crire; je lui ai fait fournir l'habillement pour ses matelots et ses
soldats, trois mois de vivres, et toute la solde arrire: cela nous
cote deux millions, et met le prt de l'arme en danger de manquer.
Nous avions dj envoy un million  Toulon  cet effet.

L'amiral Brueys ne tardera pas  partir prendre  Corfou une partie des
vaisseaux vnitiens qu'il y a laisss, et  retourner  Toulon.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
1797).

_Au directoire excutif._

J'ai eu l'honneur de vous prvenir, dans le temps, que j'avais fait
prendre,  Livourne, trente mille fusils appartenant au roi d'Espagne:
c'est avec ces fusils que nous avons fait toute la campagne.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
1797).

_ M. le marquis de Manfredini._

Je reois, monsieur le marquis, votre lettre du 11 septembre avec un
extrait de la rponse de M. de Corsini. Vous attachez peut-tre trop
d'importance au dire de certains folliculaires aussi mprisables
qu'universellement mpriss. Au reste, je crois que vous ferez trs-bien
d'engager M. Corsini  ne plus se mler des intrigues de France: c'est
un pays difficile  connatre, et les ministres trangers ne doivent pas
se mler des affaires intrieures.

J'ai t fch de voir, dans les papiers qui sont tombs entre mes
mains, que M. de Corsini voyait souvent M. Stuart et autres intrigans,
gagns par les guines de l'Angleterre, et qui sont une source de
dissensions et de dsordres. Ici, les choses ne vont pas aussi bien
qu'elles devraient aller: heureux les princes qui ont des ministres
comme vous!

Un jour, le protocole de nos sances sera publi, et vous serez
tonn de l'impudence et de l'effronterie avec lesquelles on joue les
intentions de l'empereur et peut-tre la sret de sa couronne. Au
reste, rien n'est encore dsespr. Croyez que, quels que soient les
vnemens, rien n'altrera l'estime et la considration que j'ai pour
votre personne.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
1797)

_Au ministre des relations extrieures._

Je vous envoie la lettre que j'cris au citoyen Canclaux, ministre 
Naples, en rponse aux ouvertures qui lui ont t faites par M. Acton,
et dont il vous aura srement rendu compte.

La cour de Naples ne rve plus qu'accroissement et grandeur; elle
voudrait, d'un ct, Corfou, Zante, Cphalonie, etc.; de l'autre, la
moiti des tats du pape, et spcialement Ancne. Ces prtentions sont
trop plaisantes: je crois qu'elle veut en change nous cder l'le
d'Elbe. Je pense que dsormais la grande maxime de la rpublique doit
tre de ne jamais abandonner Corfou, Zante, etc., nous devons, au
contraire, nous y tablir solidement. Nous y trouverons des ressources
pour notre commerce, elles seront d'un grand intrt pour nous et les
vnemens futurs de l'Europe.

Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de l'le de Malte? L'amiral Brueys
pourrait trs-bien mouiller l et s'en emparer: quatre cents chevaliers,
et au plus un rgiment de cinq cents hommes, sont la seule garde qu'ait
la ville de la Valette. Les habitans, qui montent  plus de cent mille,
sont trs-ports pour nous, et fort dgots de leurs chevaliers qui ne
peuvent plus vivre et meurent de faim; je leur ai fait exprs confisquer
tous leurs biens en Italie. Avec l'le de Saint-Pierre, que nous a cde
le roi de Sardaigne, Malte, Corfou, nous serons matres de toute la
Mditerrane.

S'il arrivait qu' notre paix avec l'Angleterre nous fussions obligs
de cder le cap de Bonne-Esprance, il faudrait alors nous emparer de
l'Egypte. Ce pays n'a jamais appartenu  une nation europenne, les
Vnitiens seuls y ont une prpondrance prcaire. On pourrait partir
d'ici avec vingt-cinq mille hommes escorts par huit ou dix btimens de
ligne ou frgates vnitiennes, et s'en emparer.

_L'Egypte n'appartient pas au grand-seigneur_.

Je dsirerais, citoyen ministre, que vous prissiez  Paris quelques
renseignemens, et me fissiez connatre quelle raction aurait sur la
Porte notre expdition d'Egypte.

Avec des armes comme les ntres, pour qui toutes religions sont gales,
mahomtane, cophte, arabe, etc., tout cela nous est indiffrent: nous
respecterons les unes comme les autres.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
1797).

_Au ministre des relations extrieures_.

Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je reois du citoyen
Arnault. La cour de Naples est gouverne par Acton. Acton a appris l'art
de gouverner sous Lopold  Florence, et Lopold avait pour principe
d'envoyer des espions dans toutes les maisons pour savoir ce qui s'y
passait.

Je crois qu'une petite lettre de vous  Canclaux pour l'engager 
montrer un peu plus de dignit, et une plainte  Acton sur ce que les
ngocians franais ne sont pas traits avec gard, ne ferait pas un
mauvais effet.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
1797).

_Au gnral Augereau._

J'ai reu, citoyen gnral, par votre aide-de-camp, la lettre que vous
m'avez crite.

J'avais prcdemment reu celle par laquelle vous m'annonciez les
vnemens mmorables du 18 fructidor. Toute l'arme a applaudi  la
sagesse et  l'nergie que vous avez montres dans cette circonstance
essentielle, et elle a pris part au succs de la patrie avec cet
enthousiasme et cette nergie qui la caractrisent.

Il est  souhaiter actuellement que l'on ne fasse pas la bascule et
que l'on ne se jette pas dans le parti contraire. Ce n'est qu'avec
la sagesse, et une modration de pense, que l'on peut assurer d'une
manire stable le bonheur de la patrie. Quant  moi, c'est le voeu le
plus ardent de mon coeur.

Je vous prie de m'instruire quelquefois de ce que vous faites  Paris.

Je vous prie de croire aux sentimens que je vous ai vous.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
1797).

_Au ministre des relations extrieures._

M. de Gallo est venu hier me trouver; il m'a dit que M. le gnral
Meerweldt partait ce matin pour Vienne pour dcider cette cour  nous
faire promptement une rponse catgorique et  culbuter Thugut ou le
forcer, malgr lui,  faire la paix; qu'il avait crit  cet effet 
l'impratrice et dress leur petit mange de cour.

Nous sommes convenus que, si l'empereur, en excution de l'article 4 des
prliminaires, nous reconnaissait les limites constitutionnelles, qui,
 peu de choses prs, sont celles du Rhin; si, avec notre bonne foi, il
faisait tous ses efforts pour nous mettre en possession de Mayence,
nous le mettrions  notre tour en possession de Venise et de la rive de
l'Adige. Il n'entrerait en possession de Palma Nova, d'Osopo, etc., que
lorsqu'au pralable nous serions dans les remparts de Mayence. Pendant
les dix ou douze jours que l'on attendra la rponse de Vienne, les
ngociations vont  peu prs languir.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre
1797).

_Au directoire excutif._

Les commissaires du gouvernement pour la recherche des objets de
sciences et d'arts, en Italie, ont fini leur mission.

Je retiens auprs de moi les citoyens Monge et Berthollet. Les citoyens
Tinet et Barthelemi partent pour Paris; les citoyens Moitte et Thouin
sont partis avec les convois venus de Rome et sont dj arrivs 
Marseille.

Ces hommes distingus par leurs talens ont servi la rpublique avec
un zle, une activit, une modestie et un dsintressement sans gal;
uniquement occups de l'objet de leur mission, ils se sont acquis
l'estime de toute l'arme; ils ont donn  l'Italie, dans la mission
dlicate qu'ils taient chargs de remplir, l'exemple des vertus qui
accompagnent presque toujours les talens distingus.

Le citoyen Tinet dsirerait avoir un logement  Paris.

Si vous formiez une acadmie  Rome, le citoyen Berthollet serait digne
d'en avoir la prsidence.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 1er jour complmentaire an 5 (17
septembre 1797).

_Au contre-amiral Brueys._

J'ai reu, dans le temps, citoyen gnral, vos diffrentes lettres: il
est indispensable, pour les oprations de l'arme d'Italie, que je sois
absolument matre de l'Adriatique.

J'estime que, pour tre matre de l'Adriatique dans toutes les
circonstances et dans toutes les oprations que je voudrai entreprendre,
j'ai besoin de deux vaisseaux de guerre, quatre frgates, 4 corvettes,
tous commands et monts par des quipages de garnison franaise.

Je vous prie donc de vouloir bien organiser cette escadre.

Je prendrai deux vaisseaux des meilleurs de ceux qui sont  Corfou; je
prendrai deux frgates vnitiennes et deux franaises, deux corvettes
vnitiennes et deux franaises.

Je vous prie donc de vouloir bien recevoir chez vous l'officier-gnral
auquel vous remettrez le commandement de cette escadre. J'accepte avec
plaisir le citoyen Perre ou tout autre que vous voudrez me donner.

Le commissaire ordonnateur Roubaud et le gnral Berthier, ou, si
celui-ci tait parti, le gnral Baraguay d'Hilliers, m'enverront, par
le retour de mon courrier, l'tat nominatif des vaisseaux, des officiers
marins et la quantit des matelots franais que vous destinez  monter
sur chacun d'eux. Croyez que, lorsque j'aurai reu cet tat, il me sera
possible de vous autoriser  retourner sur-le-champ  Corfou, et de l 
Toulon; et je vous ferai passer diffrentes instructions sur les objets
que vous aurez  remplir tout en faisant route.

Profitez de ce temps-l pour achever vos approvisionnemens. Comme il
est impossible que je me rende  Venise, si vous pouviez vous absenter
pendant trente-six heures, vous pourriez vous-mme vous rendre 
Passeriano. J'aurai a renouveler votre connaissance et  vous convaincre
des sentimens d'estime que vous m'avez inspirs.

Je vous envoie une proclamation pour votre escadre, je vous prie de la
communiquer  l'ordre; assurez-les que tout est tranquille en France, et
qu'il n'a pas t rpandu une seule goutte de sang.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 1er jour complmentaire an 5 (17
septembre 1797).

_Au directoire excutif._

J'ai envoy par un courrier extraordinaire l'ordre au gnral Sahuguet
de retourner  l'arme d'Italie. Ce gnral, qui tait le seul
qui pouvait tre utile pour calmer un peuple furieux et
contre-rvolutionnaire dont Villot tait le reprsentant, et lorsque
Dumolard prsidait les cinq-cents, est aujourd'hui plus utile a l'arme.

J'ai envoy l'ordre au gnral Lanusse, qui est chez lui pour se gurir
d'une blessure qu'il a reue  l'arme d'Italie, et dont il ne se
remettra jamais au point de pouvoir servir dans une arme active, de
se rendre  Toulon pour y prendre le commandement de cette place.
J'ai donn l'ordre au gnral Mailly d'aller prendre le commandement
d'Avignon.

J'ai rappel  l'arme le gnral commandant  Avignon, le gnral
Parat, l'adjudant-gnral Lopold Stabeurath, l'adjudant-gnral Boyer
et d'autres officiers de la huitime division, qui sont depuis trop
long-temps dans leurs places, et que j'ai cru ncessaire de faire
revenir, pour respirer l'air pur et rpublicain des camps.

J'ai envoy le chef de brigade Berthollet, bless a Arcole, commander la
place d'Avignon.

Le chef de brigade  la suite, Lapisse, de la cinquante-neuvime,
commande l'arrondissement d'Antibes.

J'ai envoy dans la huitime division, pour tre reports comme
adjudans, une douzaine d'officiers patriotes qui ont t blesss dans la
campagne et qui tous taient  la suite.

Ds l'instant qu'un officier que j'ai envoy  Lyon sera de retour, et
que j'aurai un tat de situation exact de cette division, je ferai la
mme chose pour Lyon.

Ce sont surtout les commandans des places, les adjudans et tous les
subalternes qu'il faut changer dans les places secondaires, sans quoi
un gnral s'y trouve impuissant. J'ai donc lieu d'esprer qu'avec les
mmes troupes qui existent dans ce moment-ci dans le midi, elles seront
suffisantes pour comprimer les malveillans, rtablir l'ordre, surtout si
vous destituez les administrations qui sont mauvaises, et que vous les
remplaciez par des hommes attachs  la libert.

J'ai envoy l'ordre pour faire venir a l'arme d'Italie l'tat-major
d'artillerie qui tait  l'arme des Alpes, ainsi que tous les
dtachemens des demi-brigades de l'arme d'Italie qu'on avait mal 
propos retenus.

J'ai galement envoy l'ordre  deux bataillons de la vingt-troisime
demi-brigade d'infanterie lgre, qui ne faisaient rien  Chambry et
dans le Mont-Blanc, et dont en gnral l'esprit est bon, de rejoindre
l'arme.

La quarante-cinquime demi-brigade est en marche pour Lyon.

La vingtime demi-brigade va  Marseille.

Il y a cependant  Lyon plus de monde qu'il n'en faut pour contenir
cette ville, si ceux qui les commandent veulent les faire agir, et que
les autorits et le gouvernement n'aient qu'une action.

Il y a galement dans la huitime division plus de troupes qu'il n'en
faut.

Je crois qu'au moment o les nouvelles autorits constitues seront
organises dans la huitime division militaire et  Lyon, et ds
l'instant o j'aurai pu galement renouveler tous les tats-majors
subalternes de ces dpartemens, qu'alors vous jugerez ncessaire de
m'ter un commandement qui se trouve trop loign de moi, et qui n'est
qu'un surcrot aux occupations dj trop considrables que j'ai.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 2e jour complmentaire an 5 (18
septembre 1797).

_Au directoire excutif._

Il est indispensable que vous jetiez un coup d'oeil sur le congrs
d'Udine.

M. de Meerveldt est parti pour Vienne.

Vous aurez vu, dans la seconde sance du protocole, que nous avons
dclar aux plnipotentiaires de S.M.I. que si au premier octobre la
paix n'tait pas signe, nous ne ngocierions plus sur la base des
prliminaires, mais sur la base respective de la puissance des deux
tats.

Il serait possible qu'avant le premier octobre, M. de Meerveldt revnt
avec des instructions de signer la paix aux conditions suivantes:

1. La ligne de l'Adige  l'empereur, y compris la ville de Venise.

2. La ligne de l'Adige  la rpublique cisalpine, et ds lors Mantoue.

3. Les limites constitutionnelles telles qu'elles sont spcifies dans
le protocole de la cinquime sance, y compris Mayence.

4. Que l'empereur n'entrerait en possession de l'Italie que lorsque
nous entrerions dans les remparts de Mayence.

5. Corfou et les autres les  nous.

6. Que ce qui nous manque pour arriver aux limites du Rhin pourrait
tre arrang dans la paix avec l'Empire.

Il faut que je sache si votre intention est d'accepter ou non ces
propositions.

Si votre _ultimatum_ tait de ne pas comprendre la ville de Venise dans
la part de l'empereur, je doute que la paix se fasse (cependant Venise
est la ville la plus digne de la libert de toute l'Italie); et les
hostilits recommenceraient dans le courant d'octobre.

L'ennemi est en position de guerre vis--vis de moi: il a sur les
frontires de l'Italie, dans la Carinthie, la Carniole et le Tyrol dix
mille hommes de cavalerie, et quatre-vingt-dix mille d'infanterie.

Il y a dans l'intrieur et sur les confins de la Hongrie, dix-huit mille
hommes de cavalerie Hongroise levs en masse, et qui s'exercent depuis
trois mois.

L'arme franaise en Italie a un pays immense et un grand nombre
de places fortes  garder, ce qui fait que je ne pourrai prendre
l'offensive qu'avec quatre mille hommes de cavalerie et quarante-cinq
mille hommes d'infanterie sous les armes. Ajoutez  cela  peu prs deux
mille Polonais, et tout au plus mille Italiens devant rester en Italie
pour maintenir la police et prter main forte  leur gouvernement qui
sera tourment par toute espce de factions et de fanatisme, quelles que
soient les mesures que je compte prendre pour assurer la tranquillit
pendant mon absence.

Je crois donc que si votre _ultimatum_ est de garder Venise, vous devez
regarder la guerre comme probable, et:

1. M'envoyer l'ordre d'arrter la marche de cinq cents hommes qui vont
dans l'intrieur, pour que je les fasse revenir  l'arme.

2. Faire ratifier par les conseils le trait d'alliance avec le roi de
Sardaigne; ce qui mettrait  peu prs huit mille hommes de plus  ma
disposition.

Malgr ces mesures l'ennemi sera encore plus fort que moi.

Si je le prviens et que je prenne l'offensive, je le bats, et je suis,
quinze jours aprs le premier coup de fusil tir, sous les murs de
Vienne. S'il prend l'offensive avant moi, tout devient trs-douteux.

Mais, en supposant que vous prissiez les deux mesures que je vous
indique afin d'augmenter l'arme, vous sentez que le jour o je serais
prs de Gratz, j'aurais le reste des forces autrichiennes sur les bras.

J'estime donc que pour faire de grandes choses, telles que la nation a
le droit de l'attendre du gouvernement, si les Autrichiens n'acceptent
pas les propositions de paix supposes plus haut, il faut que je sois
renforc de quatre mille hommes de cavalerie, entre autres de deux
rgimens de cuirassiers et de douze mille hommes d'infanterie.

Je pense galement que du restant vous ne devez former sur le Rhin
qu'une seule arme, qu'elle doit avoir pour but d'entrer en Bavire, de
manire qu'en pressant l'ennemi entre ces deux masses, nous l'obligions
 nous cder tout le pays en-de du Danube.

Faites attention que je suis ici plus prs de Vienne, que ne l'est
Ratisbonne de l'arme du Rhin, et qu'il faut vingt jours de marche 
celle-ci pour arriver  cette dernire ville.

Tous les yeux, comme toutes les meilleures troupes et toutes les forces
de la maison d'Autriche sont contre l'arme d'Italie, et toutes ces
forces sont disposes en chelons de manire  accourir promptement au
point o j'aurais perc.

Si votre _ultimatum_ est que Venise ne soit pas donne  l'empereur,
je pense qu'il faut sur-le-champ prendre les mesures que je vous ai
indiques:  la fin d'octobre, les renforts que je demande peuvent tre
arrivs  Milan, et en supposant que nous rompions le 15 octobre, les
quinze jours dont nous conviendrons pour en prvenir nos gouvernemens
et les armes, conduisent au premier novembre, et je m'arrangerai de
manire, ds l'instant que je saurai que ces renforts auront pass les
Alpes,  m'en servir comme s'ils taient dj sur l'Isonzo.

Je vous prie, citoyens directeurs, de donner la plus grande attention 
toutes les dispositions contenues dans la prsente lettre, de surveiller
et de vous assurer de l'excution des diffrens ordres que vous
donnerez, car la destine de l'Europe sera indubitablement attache aux
mesures que vous prendrez.

Je vous fais passer une note sur la situation de mon arme, calcule
sur sa force actuelle, pour vous mettre  mme de juger de la vrit de
l'expos que je vous fais.

BONAPARTE.



An quartier-gnral  Passeriano, le 3e jour complmentaire an 5 (18
septembre 1797).

_Au directoire excutif._

Je reois  l'instant votre arrt du 18 fructidor, relatif au gnral
Clarke: votre lettre a t quatorze jours en route. Je me suis dj
aperu du mme retard dans les arrts que vous m'avez envoys
relativement  la huitime division militaire et  l'arme des Alpes.

Je dois rendre au gnral Clarke un tmoignage de sa bonne conduite.
Soit dans les ngociations, soit dans ses Conversations, il m'a paru
toujours anim par un patriotisme pur et gmir sur les progrs que
faisaient tous les jours les malveillans et les ennemis intrieurs de la
rpublique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 3e jour complmentaire an 5 (19
Septembre 1797)

_Au ministre des relations extrieures._

Les plnipotentiaires de l'empereur ont reu un courrier de Vienne;
ils sont venus nous trouver et voulaient insrer, au protocole, des
observations sur le congrs qui doit se tenir  Rastadt pour la paix
avec l'Empire; ils voulaient que ce congrs se tnt sur-le-champ et
allt de pair avec les ngociations d'Udine. La mauvaise foi de Thugut
est gale  la btise de ses ngociateurs.

Je leur ai fait sentir que c'tait reprsenter le congrs de Berne sous
un autre nom; je leur ai fait voir la rponse que nous ferions  leur
note, et j'ai fini par leur dire que le directoire excutif tait
indign des menes ridicules du cabinet de Vienne; qu'il fallait enfin
qu'ils se souvinssent que cette paix avait t accorde par le vainqueur
aux vaincus; et s'ils avaient trouv  Loben un refuge dans notre
modration, il tait temps de les faire souvenir de la posture humble et
suppliante qu'ils avaient alors; qu' force de vouloir analyser sur des
choses de forme, et en elles-mmes trangres au grand rsultat de la
ngociation, ils m'obligeraient de leur dire que la fortune s'tait
prononce, que dsormais non-seulement le ton de la supriorit tait
ridicule, mais mme le ton de l'galit inconvenant; que s'ils n'avaient
pas voulu reconnatre la rpublique franaise  Loben, ils avaient t
obligs de reconnatre la rpublique italienne. _Prenez garde,_ leur
ai-je dit, _que l'Europe ne voie la rpublique de Vienne._ Tout cela les
a ports  ne pas faire leur dclaration pour le congrs de Rastadt.
Vous sentez facilement quel pige grossier Thugut prtendait nous
tendre, en voulant nous conduire  un congrs, tandis que nos
arrangemens ne sont pas faits avec l'empereur, et nous mettre par l
dans une position dlicate avec plusieurs princes germains avec lesquels
nous sommes en paix.

Nous leur avons dclar que si l'empereur convoquait le congrs de
l'Empire avant que nous fussions d'accord, il nous obligerait 
dclarer, par une contre-note,  plusieurs princes que cela est sans
notre consentement, et que par l S. M. impriale se trouverait avoir
fait une cole.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 3e. jour complmentaire an 5 (19
septembre 1797).

_Au ministre des relations extrieures._

J'ai reu, citoyen ministre, votre lettre confidentielle, du 22
fructidor, relativement  la mission que vous dsirez donner  Sieyes en
Italie. Je crois effectivement comme vous, que sa prsence serait aussi
ncessaire  Milan, qu'elle aurait pu l'tre en Hollande, et qu'elle
l'est  Paris.

Malgr notre orgueil, nos mille et une brochures, nos harangues  perte
de vue et trs-bavardes, nous sommes trs-ignorans dans la science
politique morale. Nous n'avons pas encore dfini ce que l'on entend par
pouvoir excutif, lgislatif et judiciaire. Montesquieu nous a donn
de fausses dfinitions, non pas que cet homme clbre n'et t
vritablement  mme de le faire; mais son ouvrage, comme il le dit
lui-mme, n'est qu'une espce d'analyse de ce qui a exist ou existait:
c'est un rsum de notes faites dans ses voyages ou dans ses lectures.

Il a fix les yeux sur le gouvernement d'Angleterre; il a dfini, en
gnral, le pouvoir excutif, lgislatif et judiciaire.

Pourquoi effectivement regarderait-on comme une attribution du pouvoir
lgislatif le droit de guerre et de paix, le droit de fixer la quantit
et la nature des impositions?

La constitution anglaise a confi avec raison, une de ces attributions
 la chambre des communes, et elle a trs-bien fait, parce que la
constitution anglaise n'est qu'une charte de privilges: _c'est un
plafond tout en noir, mais bord en or._

Comme la chambre des communes est la seule qui, tant bien que mal,
reprsente la nation, seule elle a d avoir le droit de l'imposer; c'est
l'unique digue que l'on a pu trouver pour modifier le despotisme et
l'insolence des courtisans.

Mais dans un gouvernement o toutes les autorits manent de la nation,
o le souverain est le peuple, pourquoi classer dans les attributions du
pouvoir lgislatif des choses qui lui sont trangres?

Depuis cinquante ans je ne vois qu'une chose que nous avons bien
dfinie, c'est la souverainet du peuple; mais nous n'avons pas t
plus heureux dans la fixation de ce qui est constitutionnel, que dans
l'attribution des diffrens pouvoirs.

L'organisation du peuple franais n'est donc vritablement encore
qu'bauche.

Le pouvoir du gouvernement, dans tonte la latitude que je lui donne,
devrait tre considr comme le vrai reprsentant de la nation, lequel
devrait gouverner en consquence de la charte constitutionnelle et des
lois organiques; il se divise, il me semble, naturellement en deux
magistratures bien distinctes:

Dans une qui surveille et n'agit pas,  laquelle ce que nous appelons
aujourd'hui pouvoir excutif serait oblig de soumettre les grandes
mesures, si je puis parler ainsi, la lgislation de l'excution: cette
grande magistrature serait vritablement le grand conseil de la nation;
il aurait toute la partie de l'administration ou de l'excution, qui
est, par notre constitution, confie au pouvoir lgislatif.

Par ce moyen le pouvoir du gouvernement consisterait dans deux
magistratures, nommes par le peuple, dont une trs-nombreuse, o
ne pourraient tre admis que des hommes qui auraient dj rempli
quelques-unes des fonctions qui donnent aux hommes de la maturit, sur
les objets du gouvernement.

Le pouvoir lgislatif ferait d'abord toutes les lois organiques, les
changerait, mais pas en deux ou trois jours, comme l'on fait; car une
fois qu'une loi organique serait en excution, je ne crois pas qu'on pt
la changer avant quatre ou cinq mois de discussion.

Ce pouvoir lgislatif, sans rang dans la rpublique, impassible, sans
yeux et sans oreilles pour ce qui l'entoure, n'aurait pas d'ambition et
ne nous inonderait plus de mille lois de circonstances qui s'annulent
toutes seules par leur absurdit, et qui nous constituent une nation
sans lois avec trois cents in-folio de lois.

Voil, je crois, un code complet de politique, que les circonstances
dans lesquelles nous nous sommes trouvs rendent pardonnable. C'est un
si grand malheur pour une nation de trente millions d'habitans, et au
dix-huitime sicle, d'tre oblige d'avoir recours aux baonnettes pour
sauver la patrie! Les remdes violens accusent le lgislateur; car une
constitution qui est donne aux hommes, doit tre calcule pour des
hommes.

Si vous voyez Sieyes, communiquez-lui, je vous prie, cette lettre.
Je l'engage  m'crire que j'ai tort; et croyez que vous me ferez un
sensible plaisir si vous pouvez contribuer  faire venir en Italie un
homme dont j'estime les talens, et pour qui j'ai une amiti tout  fait
particulire. Je le seconderai de tous mes moyens, et je dsire
que, runissant aux efforts, nous puissions donner  l'Italie une
constitution plus analogue aux moeurs de ses habitans, aux circonstances
locales, et peut-tre mme aux vrais principes, que celle que nous lui
avons donne. Pour ne pas faire une nouveaut, au milieu du tracas de la
guerre et des passions, il a t difficile de faire autrement.

Je me rsume,

Non-seulement je vous rponds confidentiellement que je dsire
que Sieyes vienne en Italie, mais je pense mme, et cela
trs-officiellement, que si nous ne donnons pas  Gnes et  la
rpublique cisalpine une constitution qui leur convienne, la France n'en
tirera aucun avantage: leurs corps lgislatifs, achets par l'or de
l'tranger, seront tout entiers  la disposition de la maison d'Autriche
et de Rome. Il en sera, en dernire analyse, comme de la Hollande.

Comme la prsente lettre n'est pas un objet de tactique; ni un plan de
campagne, je vous prie de la garder pour vous et pour Sieyes, et de ne
faire usage, si vous le jugez  propos, que de ce que je viens de vous
dire sur l'inconvenance des constitutions que nous avons donnes en
Italie.

Vous verrez, citoyen ministre, dans cette lettre, la confiance entire
que j'ai en vous, et une rponse  votre dernire.

Je vous salue.

BONAPARTE.



Passeriano, le 3e jour complmentaire an 5 (19 septembre 1797).

_Au ministre des relations extrieures._

Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je vous prie de
remettre au directoire, parce qu'elle renferme des dispositions
politiques et militaires. Je vous prie de la lire avec attention, et
d'avoir soin que dans le cas o l'_ultimatum_ serait que Venise restt
 la rpublique cisalpine, l'on prt toutes les dispositions militaires
que j'indique dans ma lettre.

Le parti qu'on doit prendre dpend absolument de l'intrieur. Peut-on
y rtablir la tranquillit sans armes? Peut-on se passer de la plus
grande partie des troupes qui y sont dans ce moment-ci? Alors il peut
tre avantageux de faire encore une campagne.

Ce n'est pas que, peut-tre, lorsque l'empereur verra les armes du Rhin
et de Sambre-et-Meuse organises dans une seule masse, l'arme du Nord
se rappuyant sur les armes du Rhin, les troupes de l'intrieur marchant
pour renforcer les armes; peut-tre alors consentira-t-il lui-mme 
renoncer  Venise. Mais, je vous le rpte, il ne faut pas y compter.

Toutes leurs positions sur leurs frontires sont telles que, s'ils
devaient se battre d'un instant  l'autre, leurs troupes sont campes et
prtes  entrer eu campagne.

BONAPARTE.



Passeriano, le 5e. jour complmentaire an 5 (21 septembre 1797).

_Au directoire excutif._

Les pouvoirs que j'ai pour la paix de l'Europe sont collectifs avec le
gnral Clarke: pour la rgle, il faudrait que vous m'en envoyassiez de
nouveaux.

Si j'ai accept dans le temps la runion de plusieurs fonctions dans ma
personne, j'ai voulu rpondre  votre confiance, et j'ai pens que les
circonstances de la patrie m'en faisaient un devoir.

Aujourd'hui je pense que vous devez les sparer, je demande:

1. Que vous nommiez des plnipotentiaires pour le congrs d'Udine, et
que je n'y sois plus compris.

2. Que vous nommiez une commission de trois membres choisis parmi
les meilleurs publicistes, pour organiser la rpublique d'Italie. La
constitution que nous lui avons donne ne lui convient pas; il y faut de
grands changemens, que la religion, les moeurs de ces peuples et leur
situation locale recommandent.

3. Je m'occuperai plus soigneusement de mon arme, elle a besoin de
tous mes soins.

Voyez, je vous prie, dans cette lettre, citoyens directeurs, une
nouvelle preuve du dsir ardent que j'ai pour la gloire nationale.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 1er. vendmiaire an 6 (22 septembre
1797).

_Au contre-amiral Brueys._

J'ai reu, citoyen, vos diffrentes lettres; j'ai examin avec attention
les observations que vous me faites: je vais vous tracer la conduite que
vous avez  tenir, qui conciliera  la fois les intentions du ministre
de la marine, qui vous appelle  Toulon, et les intrts de la
rpublique dans les mers o vous vous trouverez.

Les btimens vnitiens que vous devez conduire en France sont  Corfou;
il me parait qu'il faut quinze jours pour y arriver, et un mois de
station dans ce port pour pouvoir lever des matelots et vous mettre 
mme de conduire en France les vaisseaux vnitiens.

Je crois donc ncessaire que vous envoyiez sur-le-champ l'ordre 
l'officier de marine qui commande le sixime vaisseau vnitien  Corfou,
de faire toute la diligence ncessaire pour lever des marins, afin que,
lorsque vous y serez arriv, votre sjour soit le moins long possible.

Vous partirez avec votre escadre, ds l'instant que le temps vous le
permettra, pour vous rendre  Corfou.

Vous passerez par Raguse; vous ferez connatre  cette rpublique
l'intrt que prend  elle le directoire excutif de la rpublique
franaise, et la volont qu'il a de la protger contre quelque
ennemi que ce ft qui voudrait se l'approprier, et de garantir son
indpendance.

Vous prendrez des renseignemens sur la situation actuelle des bouches du
Cattaro, et, s'il est vrai que les Autrichiens s'en soient empars, vous
dclarerez  l'officier qui y commande, qu'il n'a pas pu les occuper
sans violer un des articles prliminaires de paix qui existent entre S.
M. I. et la rpublique franaise; vous le sommerez ds-lors d'vacuer
sur-le-champ les bouches du Cattaro, le menaant, s'il s'y refusait, de
vous emparer de toutes les iles de la Dalmatie, et d'agir hostilement
contre les troupes de S. M. I.

S'il s'y refuse et que vous trouviez le moyen de vous emparer des
btimens qui servent au transport de leurs vivres, ainsi que de
quelques-uns de leurs convois, vous le ferez, ayant soin de ne pas y
toucher et de mener tous les btimens autrichiens en squestre  Corfou.
Vous prviendrez dans ce cas le commandant autrichien que vous tiendrez
en squestre les-dits btimens jusqu' ce qu'il ait vacu un territoire
qu'il n'a pas d occuper.

Vous pourrez demander  Raguse un rafrachissement en vivres pour votre
quipage, moyennant cependant quelques procds.

Arriv  Corfou, vous en partirez avec les six vaisseaux vnitiens ds
l'instant qu'ils seront monts par un assez grand nombre de matelots
albanais.

En partant de Venise, vous embarquerez sur votre bord la troisime
lgion cisalpine sans qu'elle se doute de l'endroit o vous la
conduirez; vous vous concerterez  cet effet avec le gnral Baraguey
d'Hilliers: vous devez galement faire courir le bruit que vous
embarquez un bien plus grand nombre de troupes, et qu'il s'est embarqu
 Ancne, sous l'escorte de vos frgates, plusieurs bataillons de
troupes.

Vous aurez soin galement de continuer  laisser entrevoir que vos
oprations vont se combiner avec celles de l'arme d'Italie.

Vous vous concerterez  Venise avec l'ordonnateur de la marine et le
citoyen Forfait, pour embarquer  votre bord les caisses de tableaux et
d'objets d'art destins pour Paris.

Vous laisserez dans la rade de Venise ou dans celle de Goro, ou mme
dans le port d'Ancne, les frgates _la Junon_ et _la Diane_, et les
bricks _l'Alceste_ et _le Jason_, qui seront sous les ordres du chef de
division Perre.

Vous laisserez  Corfou les frgates _l'Arthmise_ et _la Sibylle_, et
les bricks _le Mondovi_ et _la Cyble_, qui seront galement sous les
ordres du chef de division Perre, et qui devront se tenir  Corfou
prts  partir immdiatement aprs l'ordre qu'ils en recevront, pour
concerter leurs oprations avec celles de _la Junon_ et de _la Diane_.

Je fais connatre au directoire excutif, par un courrier
extraordinaire, le prsent ordre, et je lui demande son autorisation
pour pouvoir garder toute votre escadre dans l'Adriatique, afin de
concerter vos oprations avec celles de l'arme d'Italie. Je vous ferai
passer la rponse du gouvernement par un aviso, qui ncessairement vous
trouvera encore  Corfou.

Je vous envoie:

1. Une lettre pour le gnral Gentili, par laquelle j'approuve toutes
les mesures qu'il a prises pour nourrir votre escadre  Corfou, o je
prescris que le reu des sommes qu'il a dbourses sera accept en
paiement dans la caisse du payeur de Corfou, approuvant galement
l'emploi des treize cents sacs de farine que vous avez pris.

2. L'ordre pour que l'administration de terre de l'arme d'Italie
fournisse  l'escadre, partout o elle pourrait se trouver, les vivres
journaliers comme aux troupes de terre, et, d'aprs les envois qui ont
t faits en subsistances  Corfou,  Ancne,  Constantinople et 
Messine, vous ne devez avoir aucune inquitude sur la subsistance de
votre escadre pendant tout le temps qu'elle demeurera dans ces parages.

3. Je vous autorise  prendre dans les magasins de Corfou tout ce que
vous croirez ncessaire  l'approvisionnement de nos arsenaux et au
ravitaillement de notre marine;

4.  embarquer  Corfou cent pices de canon de fonte, en consquence
cependant d'un procs-verbal dress chez le gnral Gentili par un
conseil compos de vous, du gnral Gentili, du commandant du gnie, du
chef de l'tat-major, des commissaires des guerres: ce procs-verbal
devra constater: 1. la quantit de pices ncessaires pour la dfense
de la citadelle et celle de la rade de Corfou; 2. la quantit hors de
service; 3. la quantit existante: et ce ne sera que dans le cas o
ledit conseil ne trouverait aucun inconvnient  vous dlivrer les cent
pices, que le prsent ordre sera excut.

5. Je vous envoie galement un ordre pour que le gnral Sugny vous
remette  Venise les ustensiles pour chauffer  boulets rouges six
pices de canon, et dont le gnral Gentili se servirait  Corfou, si
jamais les circonstances l'exigeaient.

6. Un ordre pour que le gnral Gentili mette  votre disposition
quatre cents hommes cisalpins pour servir de garnison aux vaisseaux
vnitiens.

7. Vous garderez et menerez avec vous  Toulon les officiers vnitiens
qui dsirent servir dans la marine franaise, jusqu' ce que le ministre
vous ait envoy des ordres.

8. Quant aux objets trouvs  bord des vaisseaux vnitiens et
appartenant aux capitaines, vous en ferez des reus qui seront valables
pour leur liquidation par le gouvernement de Venise.

9. Je vous envoie un ordre pour que le gnral Gentili vous remette
50,000 fr. pour la solde des marins vnitiens destins  l'armement des
vaisseaux vnitiens.

10. L'ordre pour qu'on vous fournisse les bls, riz et vins pour deux
mois, pour deux mille hommes; la nourriture journalire pour votre
escadre vous sera fournie  Corfou.

11. Je vous enverrai la solde des marins de votre escadre pour un mois,
ds l'instant que la caisse de l'arme le permettra, et que la solde de
fructidor sera paye  l'arme.

12. Quant aux dpenses qu'auraient faites les quipages  Corfou, vous
aurez soin de les liquider, de vrifier toutes les pices et de les
envoyer au commissaire ordonnateur de la marine  Venise, qui y
pourvoira.

13. Je vous fais passer une ordonnance de 10,000 fr., que le
citoyen Haller vous fera payer: cette somme est destine  vos frais
extraordinaires et qui vous sont particuliers.

14. Une ordonnance de 30,000 fr., que le citoyen Haller mettra 
votre disposition entre les mains de votre payeur, pour les dpenses
extraordinaires de votre escadre, pour servir  compenser aux matelots
l'incomplet des fournitures que vous pourriez ne pas recevoir des
magasins de Corfou.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 1er vendmiaire an 6 (22 septembre
1797).

_Au gnral Kellermann._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 2 fructidor; J'avais dj
reu prcdemment quelques exemplaires de votre lettre imprime au
directoire.

Puisque vous vous tes donn la peine de rpondre  des calomnies
auxquelles des personnes raisonnables ne pouvaient prter l'oreille,
vous avez d le faire, sans doute, d'une manire aussi convaincante. Les
personnes qui connaissent les services distingus que vous avez rendus 
la libert par vos victoires, sont indignes de penser que vous avez pu
croire votre justification ncessaire. Cependant vous avez bien fait
de le faire, sans doute, en pensant  ce grand nombre d'hommes qui ne
dsirent que le mal.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 1er vendmiaire an 6 (22 Septembre
1797).

_Au commissaire ordonnateur de la marine  Toulon._

Je reois, citoyen ordonnateur, votre lettre du 17 fructidor. J'apprends
avec plaisir que vous reprenez vos fonctions importantes et que
vous avez dj gres avec distinction. Je vous remercie des choses
extrmement obligeantes contenues dans votre lettre: je les mrite par
la sollicitude que j'ai toujours eue de faire quelque chose qui pt tre
avantageux  notre marine.

L'escadre de l'amiral Brueys est ici: elle a reu son approvisionnement
de trois mois, pour 400,000 francs d'habillement, 600,000 francs pour
la solde, ainsi que des cbles, des cordages et autres objets qui lui
taient ncessaires. Il me parat que l'amiral Brueys et son quipage
sont trs-satisfaits. Il part, demain ou aprs, pour se rendre  Corfou,
o il prendra six vaisseaux vnitiens qu'il vous amnera. Le citoyen
Roubaud, votre prpos  Venise, vous aura sans doute donn sur tout
cela des dtails plus circonstancis.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 2 vendmiaire an 6 (13 septembre
1797).

_Au directoire excutif._

Vous trouverez ci-joint la copie de l'ordre que je donne au
contre-amiral Brueys; vous verrez que par l il se trouvera  mme
d'excuter vos ordres, quels qu'ils soient.

Le contre-amiral Brueys a 1. six vaisseaux de guerre franais; 2. six
frgates, _id_.; 3. six corvettes, _id_. parfaitement quipes: j'ai
fait habiller  neuf les quipages et les garnisons; je lui ai fait
payer plusieurs mois de solde, et les arsenaux de Corfou et de Venise
ont fourni toutes les pices de rechange et les cbles dont il peut
avoir besoin.

Lorsque vous lirez cette lettre, le contre-amiral Brueys sera bien prs
de Corfou, o j'ai fait tablir des batteries  boulets rouges pour
dfendre la rade, et o il est parfaitement en sret.

Il y a  Corfou six btimens de guerre vnitiens et six frgates
qu'il peut armer en guerre dans un mois: ils sont dj monts par des
officiers mariniers et des garnisons franaises.

 Corfou, Zante, Cphalonie, il trouvera les 2,000 matelots qui lui
sont ncessaires, tant pour l'quipement desdits vaisseaux, que pour le
complment des siens.

Les frgates _la Muiron_ et _la Carrre_, ainsi que les trois autres
btimens de guerre qui sont en armement  Venise, pourront galement
augmenter son escadre d'ici  deux mois.

Je pense donc que, si vous m'autorisez  garder l'escadre de l'amiral
Brueys  Corfou, vous pourrez disposer, d'ici au 1er frimaire, 1.
de six vaisseaux de guerre franais parfaitement bien en quipages,
approvisionns pour quatre mois et abondamment pourvus de tous les
objets ncessaires, mme de cordages; 2. six frgates franaises; 3.
six bricks franais; 4. huit vaisseaux de guerre vnitiens; 5. huit
frgates, _id_.; 6. huit bricks, _id_.: tous approvisionns pour quatre
mois.

Voudriez-vous faire filer le contre-amiral Brueys dans l'Ocan, il
partira de Corfou en meilleur tat qu'il ne partirait de Toulon; il
partira de Corfou plus vite que de Toulon, car ses quipages seront
toujours complets et exercs, ce qui ne sera jamais  Toulon.

Vous pourrez mme,  mesure qu'un vaisseau de guerre sera arm  Toulon,
faire ramasser les quipages et les faire partir pour Corfou.

Voudrez-vous vous servir des vaisseaux vnitiens? Ils seront tout prts
 seconder notre escadre.

Voulez-vous, au contraire, que les vaisseaux vnitiens soient
sur-le-champ arms en flte et envoys  Toulon? Le contre-amiral Brueys
les fera filer en les escortant jusqu' ce qu'il n'y ait plus rien 
craindre.

Si vous voulez que votre escadre prenne un bon esprit, devienne
manoeuvrire et se prpare  faire de grandes choses, tenez-la loin de
Toulon: sans quoi, les quipages ne se formeront jamais et vous n'aurez
jamais de marine.

Enfin, de Corfou, cette escadre peut partir pour aller partout o vous
voudrez, et vous devez la laisser  Toulon: elle sera beaucoup plus
utile dans l'Adriatique, parce que, 1. ne se trouvant qu' vingt lieues
de la cte de Naples, elle tiendra en respect ce prince; 2. elle me
servira  boucher entirement tout l'Adriatique  nos ennemis; 3.
enfin, elle prendra les les de l'Adriatique, reconquerra l'Istrie et la
Dalmatie en cas de rupture, et sera, sous ce point de vue, trs-utile 
l'arme.

Si nous avons la guerre, votre escadre vous rapportera plus de dix
millions, et fera une bonne diversion  l'avantage de l'arme d'Italie.
Quand vous voudrez la faire aller dans un point quelconque, elle sera, 
Corfou,  porte d'excuter vos ordres en vingt-quatre heures, pour s'y
rendre.

Enfin, si nous avons la paix, votre escadre, en abandonnant ces mers et
en s'en retournant en France, pourra prendre quelques troupes, et, en
passant, mettre 2,000 hommes de garnison  Malte: le qui, tt ou tard,
sera aux Anglais si nous avons la sottise de ne pas les prvenir.

Quant  la sret, quatre-vingts vaisseaux anglais viendraient dans
l'Adriatique, qu'ils ne pourraient rien contre notre escadre, qui est
aussi sre dans le golfe de Corfou qu' Toulon.

Je vous demande donc: 1. un ordre au ministre de la marine de faire
armer tous les vaisseaux qu'il a  Toulon, et de les envoyer, un  un,
 Corfou; 2. un ordre au ministre de la marine de faire partir une
trentaine d'officiers et encore soixante ou quatre-vingts officiers
mariniers, pour tre distribus sur les vaisseaux vnitiens; 3. que
vous m'autorisiez  garder cette escadre dans l'Adriatique jusqu'
nouvel ordre; 4. que vous preniez un arrt qui m'autorise  cultiver
les intelligences que j'ai dj  Malte, et, au moment o je le jugerai
propre, de m'en emparer et d'y mettre garnison.

Rpondez-moi, je vous prie, le plus promptement possible  ces diffrens
articles, afin que je sache  quoi m'en tenir; mais je vous prviens
que, dans tous les cas, l'escadre ne peut partir de Corfou avec les
vaisseaux vnitiens, mme arms en flte, que vers la fin de brumaire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral a Passeriano, le 2 vendmiaire an 6 (23 septembre
1797).

_Au citoyen Perre, chef de division de l'arme navale._

J'ai reu, citoyen, les diffrentes lettres dans lesquelles vous me
tmoignez le dsir de reprendre vos fonctions  la mer: la place de
commandant des armes que vous occupez, n'offre pas un assez grand
aliment  votre activit. En rendant justice  votre zle, je consens 
ce que vous repreniez le commandement de la frgate _la Diane_, que vous
n'avez quitt que momentanment, et j'envoie l'ordre au citoyen Roubaud
de vous remplacer dans vos fonctions. Vous rentrerez sous les ordres du
contre-amiral Brueys jusqu' son dpart pour France, et vous commanderez
ensuite la division qui restera dans l'Adriatique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 2 vendmiaire an 6 (23 septembre
1797).

_Au citoyen Roubaud._

Le citoyen Perre devant commander une flotte, vous remplirez les
fonctions de commandant des armes, et vous aurez une autorit entire
pour l'armement des trois vaisseaux et des deux frgates.

Vous organiserez le port et l'arsenal comme vous le jugerez ncessaire
au bien du service.

Vous presserez, le plus possible, l'armement du brick _le James_; vous
ferez armer les deux frgates _la Muiron_ et _la Carrre_, afin qu'elles
puissent se joindre le plus tt possible  Corfou, et augmenter
l'escadre du contre-amiral Brueys.

Je donne l'ordre au citoyen Haller de remettre 15,000 fr.  votre
disposition pour commencer la leve des matelots pour l'armement de ces
deux frgates.

Vous ferez fabriquer un cble pour chacun des vaisseaux franais de
l'escadre de l'amiral Brueys, ainsi que les manoeuvres de rechange qui
sont les plus ncessaires. Ces objets seront pris  compte des trois
millions que doit nous payer la rpublique de Venise.

La division Bourd se trouvant  l'escadre de l'amiral Brueys, les
hardes qui lui sont destines seront envoyes au contre-amiral Brueys,
pour qu'il puisse les lui remettre.

BONAPARTE.



_Note._

Le plnipotentiaire de la rpublique franaise soussign a l'honneur de
faire connatre  leurs excellences MM. les plnipotentiaires de S.M.
l'empereur et roi la douleur qu'il a prouve en apprenant que les
troupes de S. M. l'empereur venaient de prendre possession de la
province d'Albanie, vulgairement appele Bouches du Cattaro.

Par l'article 1er des prliminaires secrets, S.M. l'empereur devait
entrer,  la paix dfinitive, en possession de la Dalmatie et de
l'Istrie vnitiennes. Lors donc que les troupes de S.M. ont occup
lesdites provinces, cela a t une violation des formes, mais non du
fond des prliminaires.

Mais l'occupation, par les troupes de S.M. l'empereur, de l'Albanie
vnitienne, dite Bouches du Cattaro, est une violation relle et
est contraire au texte comme  la nature des prliminaires. Le
plnipotentiaire franais soussign ne peut donc regarder, dans les
circonstances prsentes, l'occupation par elles des Bouches du Cattaro
que comme un acte d'hostilit.

La connaissance qu'il a des intentions qui animent leurs excellences
messieurs les plnipotentiaires de S.M. l'empereur et roi, ne lui permet
pas de douter qu'ils ne prennent des mesures expditives, dont l'effet
soit d'ordonner aux troupes de S.M. l'empereur l'vacuation des Bouches
du Cattaro, dont l'occupation par elles est contraire  la bonne foi
et aux traits. Le plnipotentiaire franais assure leurs excellences
messieurs les plnipotentiaires de S.M. l'empereur et roi de sa haute
considration.

Passeriano, le 2 vendmiaire an 6 (23 septembre 1797).

_Le gnral en chef, plnipotentiaire de la rpublique franaise_.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 2 vendmiaire an 6 (23 septembre
1797).

_Au citoyen Franois de Neufchteau, membre du directoire excutif._

Quoique je n'aie pas l'avantage de vous connatre personnellement, je
vous prie de recevoir mon compliment sur la place minente  laquelle
vous venez d'tre nomm; je me souviens avec reconnaissance de ce que
vous avez crit dans le temps contre les apologistes des inquisiteurs de
Venise.

Le sort de l'Europe est dsormais dans l'union, la sagesse et la force
du gouvernement.

Il est une petite partie de la nation qu'il faut vaincre par un bon
gouvernement.

Nous avons vaincu l'Europe, nous avons port la gloire du nom franais
plus loin qu'elle ne l'avait jamais t: c'est  vous, premiers
magistrats de la rpublique, d'touffer toutes les factions, et  tre
aussi respects au dedans que vous l'tes au dehors. Un arrt du
directoire excutif croule les trnes; faites que des crivains
stipendis, ou d'ambitieux fanatiques, dguiss sous toute espce de
masque, ne nous replongent pas dans le torrent rvolutionnaire.

Croyez que, quant  moi, mon attachement pour la patrie gale le dsir
que j'ai de mriter votre estime.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 2 vendmiaire an 6 (23 septembre
1797).

_Au citoyen Merlin, membre du directoire._

J'ai appris, citoyen directeur, avec le plus grand plaisir, la nouvelle
de votre nomination  la place que vous occupez.

On ne pouvait pas choisir un homme qui et rendu constamment plus de
services  la libert: en mon particulier, je m'en flicite.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 4 vendmiaire an 6 (25 septembre
1797).

_Au directoire excutif._

Un officier est arriv avant-hier de Paris  l'arme d'Italie: il a
rpandu dans l'arme qu'il tait parti de Paris le 25, qu'on y tait
inquiet de la manire dont j'aurais pris les vnemens du 18; il tait
porteur d'une espce de circulaire du gnral Augereau  tous les
gnraux de division de l'arme.

Il avait une lettre du ministre de la guerre  l'ordonnateur en chef,
qui l'autorisait  prendre tout l'argent dont il aurait besoin pour sa
route: je vous en envoie la copie.

Il est constant, d'aprs tous ces faits, que le gouvernement en agit
envers moi  peu prs comme envers Pichegru aprs vendmiaire.

Je vous prie, citoyens directeurs, de me remplacer et de m'accorder ma
dmission. Aucune puissance sur la terre ne sera capable de me faire
continuer de servir aprs cette marque horrible de l'ingratitude du
gouvernement,  laquelle j'tais bien loin de m'attendre.

Ma sant, considrablement affecte, demande imprieusement du repos et
de la tranquillit.

La situation de mon me a aussi besoin de se retremper dans la masse des
citoyens. Depuis trop long-temps un grand pouvoir est confi dans mes
mains, je m'en suis servi dans toutes les circonstances pour le bien de
la patrie: tant pis pour ceux qui ne croient point  la vertu, et
qui pourraient avoir suspect la mienne. Ma rcompense est dans ma
conscience et dans l'opinion de la postrit.

Je puis, aujourd'hui que la patrie est tranquille et  l'abri des
dangers qui l'ont menace, quitter sans inconvnient le poste o je suis
plac.

Croyez que s'il y avait un moment de pril, je serais au premier rang
pour dfendre la libert et la constitution de l'an 3.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 5 vendmiaire an 6 (26 septembre
1797).

_Au ministre des relations extrieures._

Je viens de recevoir, citoyen ministre, votre lettre du 30 fructidor.

Je ne puis tirer aucune ressource de Gnes, pas plus de la rpublique
cisalpine: tout ce qu'ils pourront faire, c'est de se maintenir matres
chez eux. Ces peuples-l ne sont point guerriers, et il faut quelques
annes d'un bon gouvernement pour changer leurs inclinations.

L'arme du Rhin se trouve trs-loin de Vienne, pendant que j'en suis
trs-prs. Toutes les forces de la maison d'Autriche sont contre moi, on
a trs-tort de ne pas m'envoyer dix ou douze mille hommes. Ce n'est que
par ici que l'on peut faire trembler la maison d'Autriche.

Mais puisque le gouvernement ne m'envoie pas de renfort, il faut au
moins que les armes du Rhin commencent leurs oprations quinze jours
avant nous, afin que nous puissions nous trouver  peu prs dans le mme
temps dans le coeur de l'Allemagne. Ds l'instant que j'aurai battu
l'ennemi, il est indispensable que je le poursuive rapidement, ce qui me
conduit dans le coeur de la Carinthie, o l'ennemi n'aura pas manqu,
comme il s'y prpare dj, de runir toutes les divisions qu'il a en
chelons sur l'arme du Rhin, qu'il peut viter pendant plus de vingt
jours; et je me trouverais avoir encore en tte toute les forces qui,
dans l'ordre de bataille naturel, devraient tre opposes  l'arme du
Rhin. Il ne faut pas tre capitaine pour comprendre tout cela: un seul
coup d'oeil sur une carte, avec un compas, convaincra,  l'vidence,
de ce que je vous dis l. Si on ne veut pas le sentir, je n'y sais que
faire.

Le roi de Sardaigne, si l'on ne ratifie pas le trait d'alliance qu'on a
fait avec lui, se trouve  l'instant mme notre ennemi, puisque, ds cet
instant, il comprend que nous avons mdit sa perte.

Pendant mon absence, il se chicanera ncessairement avec la rpublique
cisalpine, qui n'est pas dans le cas de rsister  un seul de ses
rgimens de cavalerie: d'ailleurs, je me trouve alors oblig de
calculer, en regardant comme suspectes les intentions du roi de
Sardaigne: ds-lors il faut que je mette deux mille hommes  Coni, deux
mille  Tortone, autant  Alexandrie.

Je pense donc que si l'on s'indispose avec le roi de Sardaigne, on
m'affaiblit de cinq mille hommes de plus que l'on m'oblige  mettre dans
la garnison des places que j'ai chez lui, et de cinq  six mille
hommes qu'il faut que je laisse pour protger le Milanais, et,  tout
vnement, la citadelle de Milan, le chteau de Pavie et la place de
Pizzigithone.

Ainsi donc, vous perdez, en ne ratifiant pas le trait avec le roi de
Sardaigne:

1. Dix mille hommes de trs-bonnes troupes qu'il nous fournit;

2. Dix mille hommes de nos troupes qu'on est oblig de laisser sur nos
derrires, et, outre cela, de trs-grandes inquitudes en cas de dfaite
et d'vnemens malheureux.

Quel inconvnient y a-t-il  laisser subsister une chose dj faite?

Est-ce le scrupule d'tre alli d'un roi? Nous le sommes bien du roi
d'Espagne et peut-tre du roi de Prusse!

Est-ce le dsir de rvolutionner le Pimont et de l'incorporer  la
Cisalpine? Mais le moyen d'y parvenir sans choc, sans manquer au trait,
sans mme manquer  la biensance, c'est de mler  nos troupes
et d'allier  nos succs un corps de dix mille Pimontais, qui,
ncessairement, sont l'lite de la nation: six mois aprs, le roi de
Pimont se trouve dtrn.

C'est un gant qui embrasse un pygme, le serre dans ses bras et
l'touffe sans qu'il puisse tre accus de crime. C'est le rsultat de
la difficult extrme de leur organisation. Si l'on ne comprend pas
cela, je ne sais qu'y faire non plus; et si  la politique sage et vraie
qui convient  une grande nation, qui a de grandes destines  remplir,
des ennemis trs-puissans devant elle, on substitue la dmagogie d'un
club, l'on ne fera rien de bon.

Que l'on ne s'exagre pas l'influence des prtendus patriotes cisalpins
et gnois, et que l'on se convainque bien que, si nous retirions d'un
coup de sifflet notre influence morale et militaire, tous ces prtendus
patriotes seraient gorgs par le peuple. Il s'claire tous les jours et
s'clairera bien davantage; mais il faut le temps et un long temps.

Je ne conois pas, lorsque, par une bonne politique, on s'tait conduit
de manire que ce temps est toujours en notre faveur, qu'en tirant tout
le parti possible du moment prsent, nous ne faisons qu'acclrer la
marche du temps en assurant et purant l'esprit public, je ne conois
pas comment l'on peut hsiter.

Ce n'est pas lorsqu'on laisse dix millions d'hommes derrire soi, d'un
peuple foncirement ennemi des Franais par prjugs, par l'habitude des
sicles et par caractre, que l'on doit rien ngliger.

Il me parat que l'on voit trs-mal l'Italie, et qu'on la connat
trs-mal. Quant  moi, j'ai toujours mis tous mes soins  faire aller
les choses selon l'intrt de la rpublique: si l'on ne me croit pas, je
ne sais que faire.

Tous les grands vnemens ne tiennent jamais qu' un cheveu. L'homme
habile profite de tout, ne nglige rien de ce qui peut lui donner
quelques chances de plus. L'homme moins habile, quelquefois en en
mprisant une seule, fait tout manquer.

J'attends le gnral Meerweldt. Je tirerai tout le parti dont je suis
capable des vnemens qui viennent d'arriver en France, des dispositions
formidables o se trouve notre arme, et je vous ferai connatre la
vritable position des choses, afin que le gouvernement puisse dcider
et prendre le parti qu'il jugera  propos.

Il ne faut pas que l'on mprise l'Autrichien comme on parat le faire;
ils ont recrut leurs armes et les ont organises mieux que jamais.

Je viens de prendre des mesures pour l'incorporation  la rpublique
cisalpine, du Brescian et du Mantouan.

Je vais aussi m'occuper  organiser la rpublique de Venise. Je ferai
tout arranger de manire que la rpublique, en apparence, ne se mle de
rien.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 5 vendmiaire an 6 (26 septembre
1797).

_Au ministre des relations extrieures._

J'attendais, citoyen ministre, pour vous parler du gnral Clarke, que
vous-mme m'en eussiez crit. Je ne cherche pas s'il est vrai que ce
gnral ait t envoy dans l'origine pour me servir d'espion: si cela
tait, moi seul aurais le droit de m'en offenser, et je dclare que je
lui pardonne.

Je l'ai vu, dans sa conduite passe, gmir le premier sur la malheureuse
raction qui menaait d'engloutir la libert avec la France. Sa conduite
dans la ngociation a t bonne et loyale: il n'y a pas dploy de
grands talens, mais il y a mis beaucoup de volont, de zle et mme une
sorte de caractre. On l'te de la ngociation, peut-tre fait-on bien;
mais, sous peine de commettre la plus grande injustice, on ne doit pas
le perdre. Il a t port principalement par Carnot. Auprs d'un homme
raisonnable, lorsqu'on sait qu'il est depuis prs d'un an  trois cents
lieues de lui, cela ne peut pas tre une raison de proscription. Je vous
demande donc avec instance pour lui une place diplomatique du second
ordre, et je garantis que le gouvernement n'aura jamais  s'en repentir.
Il est charg d'une trs-grande mission; il connat tous les secrets
comme toutes les relations de la rpublique, il ne convient pas  notre
dignit qu'il tombe dans la misre et se trouve proscrit et disgraci.

J'entends dire qu'on lui reproche d'avoir crit ce qu'il pensait des
gnraux de l'arme d'Italie. Si cela est vrai, je n'y vois aucun crime:
depuis quand un agent du gouvernement serait-il accus d'avoir fait
connatre  son gouvernement ce qu'il pensait des gnraux auprs
desquels il se trouvait?

On dit qu'il a crit beaucoup de mal de moi. Si cela est vrai, il l'a
galement crit au gouvernement: ds-lors il avait droit de le faire;
cela pouvait mme tre ncessaire, et je ne pense pas que ce puisse tre
un sujet de proscription.

La morale publique est fonde sur la justice, qui, bien loin d'exclure
l'nergie, n'en est au contraire que le rsultat.

Je vous prie donc de vouloir bien ne pas oublier le gnral Clarke
auprs du gouvernement: on pourrait lui donner une place de ministre
auprs de quelque cour secondaire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 7 vendmiaire an 6 (28 septembre
1797).

_Au ministre des relations extrieures._

M. le comte de Cobentzel, citoyen ministre, est arriv de Vienne avec le
gnral Meerweldt; il m'a remis la lettre dont je vous envoie copie, et
 laquelle je ne rpondrai que dans trois ou quatre jours, lorsque je
verrai la tournure que prendra la ngociation.

Pour ma premire visite, j'ai eu une prise trs-vive avec M. de
Cobentzel, qui,  ce qu'il m'a paru, n'est pas trs-accoutum 
discuter, mais bien  vouloir toujours avoir raison.

Nous somms entrs en congrs.

Je vous ferai passer: 1. Copie des pleins pouvoirs donns  M. le comte
de Cobentzel;

2. Copie du protocole d'hier;

3. Copie de la rponse que je vais faire insrer au protocole
d'aujourd'hui. Je les attends dans un quart d'heure.

Il est indispensable que le directoire excutif donne les ordres qu'on
se tienne prt sur le Rhin: ces gens-ci ont de grandes prtentions. Au
reste, il parat, par la lettre de l'empereur, par la contexture des
pleins-pouvoirs de M. de Cobentzel, mme par son arrive, que l'empereur
accderait au projet d'avoir pour lui Venise et la rive de l'Adige, de
nous donner Mayence et les limites constitutionnelles.

Je dis il parat, parce qu'en ralit notre conversation avec M. le
comte de Cobentzel n'a t, de son ct, qu'une extravagance.

C'est tout au plus s'ils veulent nous donner la Belgique. Je vous fais
grce de ma rponse l-dessus comme de notre discussion, qui vous ferait
connatre ce que ces gens-ci appellent diplomatie.

_ minuit._

Le courrier devait partir  midi, il n'est pas parti. Ces messieurs
sortent  l'instant mme d'ici. Nous avons t  peu prs quatre ou cinq
heures en confrences rgles. M. de Cobentzel et nous avons beaucoup
argument, beaucoup rabch les mmes choses.

Il n'a t question dans le protocole que des deux notes annonces dans
ma lettre ci-dessus, auxquelles ces messieurs rpondront demain.

Aprs le dner, moment o les Allemands parlent volontiers, j'ai caus
quatre ou cinq heures de suite avec M. Cobentzel; il a laiss entrevoir,
au milieu d'un trs-grand bavardage, qu'il dsire fort que S.M.
l'empereur runisse son systme politique au ntre, afin de nous opposer
aux projets ambitieux de la Prusse. Il m'a paru que le cabinet de Vienne
adoptait le projet des limites de l'Adige et de Venise, et pour nous
les limites  peu prs comme elles sont portes dans notre note et
spcialement Mayence: ce n'est pas qu'il n'ait dit qu'il lui paraissait
tout simple que nous donnions  S.M. l'empereur les Lgations.

Mais lorsque je lui ai dit que le gouvernement franais venait de
reconnatre le ministre de la rpublique de Venise, et que ds-lors je
me trouvais dans l'impossibilit de pouvoir, sous aucun prtexte et dans
aucune circonstance, consentir  ce que S.M. devnt matresse de Venise,
je me suis aperu d'un mouvement de surprise qui dcle assez la
frayeur,  laquelle a succd un assez long silence, interrompu 
peu prs par ces mots: Si vous faites toujours comme cela, comment
voulez-vous qu'on puisse ngocier? Je me tiendrai dans cette ligne
jusqu' la rupture. Je ne leur bonifierai point Venise jusqu' ce que
j'aie reu de nouvelles lettres du gouvernement.

Demain,  midi, nous nous verrons de nouveau, et je vous expdierai
demain au soir un autre courrier. Je n'entre pas dans d'autres dtails
sur les propositions rciproques que nous nous faisons; mais il y a la
ngociation officielle, qui est, comme vous l'avez vu par le protocole,
une suite d'extravagances de leur part, et la confidentielle qui,
quoiqu'elle n'ait pas t mise clairement en discussion avec M. de
Cobentzel, est base cependant sur le projet que M. de Meerweldt apport
de Vienne. Vous vous apercevrez, par la note que je vais leur prsenter
aujourd'hui, que je veux les conduire  dire dans le protocole qu'on ne
peut pas excuter les prliminaires, et regarder, si le gouvernement le
juge  propos, ces prliminaires comme nuls. J'ai pens qu'il n'y avait
pas d'autre moyen de sauver les apparences, que de leur faire dire
d'eux-mmes que les prliminaires sont impossibles: ce qui nous est
trs-facile.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 8 vendmiaire an 6 (29 septembre
1797).

_Au citoyen Canelaux, ministre de la rpublique  Naples._

J'apprends, citoyen ministre, qu'il y a des mouvemens sur les frontires
de Naples, en mme temps qu'un gnral autrichien vient commander
 Rome. Je ne saurais penser que, si cela tait, vous ne soyez pas
instruit des mouvemens et des desseins que pourrait avoir la cour
de Naples, et vous me les auriez fait connatre par un courrier
extraordinaire. L'intention du directoire excutif de la rpublique
franaise n'est point que la cour de Naples empite sur le territoire
romain. Soit que le pape continue  vivre, soit qu'il meure au qu'il
soit remplac par un autre pape ou par une rpublique, vous devez
dclarer, lorsque vous serez assur que la cour de Naples a intention
de faire des mouvemens, que le directoire excutif de la rpublique
franaise ne restera pas tranquille spectateur de la conduite hostile
du roi de Naples, et que, quelque vnement qu'il arrive, la rpublique
franaise s'entendra avec plaisir avec la cour de Naples pour lui faire
obtenir ce qu'elle dsire, mais non pour autoriser le roi de Naples 
agir hostilement.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 8 vendmiaire an 6 (29 septembre
1797).

_ l'ambassadeur de la rpublique franaise  Rome._

Je reois, citoyen ambassadeur, votre lettre du 13 vendmiaire. Vous
signifierez sur-le-champ  la cour de Rome, que si le gnral Provera
n'est pas renvoy de suite de Rome, la rpublique franaise regardera
cela de la part de Sa Saintet comme un commencement d'hostilits.
Faites sentir combien il est indcent, lorsque le sort de Rome a dpendu
de nous, qu'elle n'a d son existence qu' notre gnrosit, de voir le
pape renouer encore des intrigues et se montrer sous des couleurs qui ne
peuvent tre agrables  la rpublique franaise. Dites mme dans vos
conversations avec le secrtaire d'tat, et, s'il le faut, mme dans
votre note: La rpublique franaise a t gnreuse  Tolentino, elle ne
le sera plus si les circonstances recommencent.

Je fais renforcer la garnison d'Ancne d'un bataillon de Polonais.
L'escadre de l'amiral Brueys me rpond de la conduite de la cour de
Naples.

Vous ne devez avoir aucune espce d'inquitude, ou, si elle agit, je
dtruirai son commerce, avec l'escadre de l'amiral Brueys, et, lorsque
les circonstances le permettront, je ferai marcher une colonne pour leur
rpondre. Je verrai dans une heure M. de Gallo, et je m'expliquerai avec
vous en termes si forts, que messieurs les Napolitains n'auront pas la
volont de faire marcher des troupes sur Rome.

Enfin, s'il n'y a encore aucun changement  Rome, ne souffrez pas qu'un
gnral aussi connu que M. Provera prenne le commandement des troupes de
Rome. L'intention du directoire excutif n'est pas de laisser renouer
les petites intrigues des princes d'Italie. Pour moi, qui connais bien
les Italiens, j'attache la plus grande importance  ce que les troupes
romaines ne soient pas commandes par un gnral autrichien.

Dans la circonstance, vous devez dire au secrtaire d'tat: La
rpublique franaise, continuant ses sentimens de bienveillance au pape,
tait peut-tre sur le point de lui restituer Ancne: vous gtez toutes
vos affaires, vous en serez responsable. Les provinces de Macerata et le
duch d'Urbin se rvolteront, vous demanderez le secours des Franais,
ils ne vous rpondront pas.

Effectivement, plutt que de donner le temps  la cour de Rome d'ourdir
de nouvelles trames, je la prviendrai.

Enfin, exigez non-seulement que M. Provera ne soit point gnral des
troupes romaines, mais que, sous vingt-quatre heures, il soit hors de
Rome. Dveloppez un grand caractre; ce n'est qu'avec la plus grande
fermet, la plus grande expression dans vos paroles, que vous vous ferez
respecter de ces gens-l: timides lorsqu'on leur montre les dents, ils
sont fiers lorsqu'on a trop de mnagemens pour eux.

Dites publiquement dans Rome que, si M. Provera a t deux fois mon
prisonnier de guerre dans cette campagne, il ne tardera pas  l'tre une
troisime fois: s'il vient vous voir, refusez de le recevoir. Je connais
bien la cour de Rome, et cela seul, si c'est bien jou, perd cette cour.

L'aide-de-camp qui vous portera cette lettre a ordre de continuer
jusqu' Naples pour voir le citoyen Canclaux; il s'assurera par lui-mme
des mouvemens des troupes napolitaines, auxquels je ne peux pas croire,
quoique je m'aperoive qu'il y a depuis quelque temps une espce de
coalition entre les cours de Naples, de Rome, et mme celle de Florence;
mais c'est la ligue des rats contre les chats.

Si vous le jugez  propos, mon aide-de-camp prsentera une lettre, que
vous trouverez ci-jointe, au secrtaire d'tat, et lui dira, d'un ton
qui convient aux vainqueurs de l'Italie, que si, sous vingt-quatre
heures, M. Provera n'est point hors de Rome, ils nous obligeront  une
visite.

Si le pape tait mort, vous devez faire tout ce qu'il vous est possible
pour qu'on n'en nomme pas un autre, et qu'il y ait une rvolution.
Le roi de Naples ne fera aucun mouvement: s'il en faisait lorsque la
rvolution serait faite, vous dclareriez au roi de Naples,  l'instant
o il franchirait les limites, que le peuple romain est sous la
protection de la rpublique franaise; ensuite, en vous rendant de votre
personne auprs du gnral napolitain, vous lui diriez que la rpublique
franaise ne voit point d'inconvnient  entamer une ngociation avec
la cour de Naples sur les diffrentes demandes qu'elle a faites, et
spcialement sur celle qu'a faite  Paris M. Balbo, et auprs de moi M.
de Gallo, mais qu'il ne faut pas qu'elle prenne les armes, la rpublique
regardant cela comme une hostilit.

Enfin, vous emploieriez en ce double sens beaucoup de fiert extrieure
pour que le roi de Naples n'entre pas dans Rome, et beaucoup de
souplesse pour lui faire comprendre que c'est son intrt; et si le roi
de Naples, malgr tout ce que vous pourriez faire, ce que je ne saurais
penser, entrait dans Rome, vous devez continuer  y rester, et affecter
de ne reconnatre en aucune manire l'autorit qu'y exercerait le roi
de Naples, de protger le peuple de Rome, et faire publiquement
les fonctions de son avocat, mais d'avocat tel qu'il convient a un
reprsentant de la premire nation du monde.

Vous pensez bien, sans doute, que je prendrai bien vite dans ce cas les
mesures qui seraient ncessaires pour vous mettre  mme de soutenir la
dclaration, que vous auriez faite de vous opposer  l'invasion du roi
de Naples.

Si le pape est mort, et qu'il n'y ait aucun mouvement  Rome, de sorte
qu'il n'y ait aucun moyen d'empcher le pape d'tre nomm, ne souffrez
pas que le cardinal Albani soit nomm; vous devez employer non-seulement
l'exclusion, mais encore les menaces sur l'esprit des cardinaux, en
dclarant qu' l'instant mme je marcherai sur Rome, ne nous opposant
pas  ce qu'il soit pape, mais ne voulant pas que celui qui a assassin
Basseville soit prince. Au reste, si l'Espagne lui donne aussi
l'exclusion, je ne vois pas de possibilit  ce qu'il russisse.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 8 vendmiaire an 6 (29 septembre
1797).

_Au directoire excutif._

Le pape est trs-malade et peut-tre mort  l'heure qu'il est.

Le roi de Naples fait beaucoup de mouvemens.

Je vous enverrai copie des lettres que j'ai crites  nos ministres 
Rome et  Naples.

Je ne dissimule pas que depuis quelque temps il y a une espce de
coalition entre le pape, le roi de Naples, et mme la Toscane. Le pape
n'a-t-il pas eu l'insolence de confier le commandement de ses troupes au
gnral autrichien Provera!

Je pense que tout cela, est une nouvelle raison pour que vous ratifiez
le trait d'alliance avec le roi de Sardaigne. Le gnral Berthier, que
j'ai envoy  Novare pour passer la revue des troupes pimontaises,
m'crit que ce corps est dans une situation superbe. Je vous ferai
passer copie de la lettre que m'crit M. Priocca.

Vous m'aviez crit, il y a quatre mois, qu'en cas que le roi de Naples
se rendt  Rome, de l'y laisser aller: quant  moi, je crois que ce
serait une grande sottise. Quand il sera  Rome, il fera emprisonner une
soixantaine de personnes, il fera prcher les prtres, se prosternera
devant un pape dont il aura en vrit la puissance, et nous aurons tout
perdu. Vous verrez dans mes lettres aux ministres de la rpublique a
Rome et  Naples la conduite que je leur ai dit de tenir. Je vous prie
de me faire connatre positivement vos instructions sur ce point.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 10 vendmiaire an 6 (1er octobre
1797).

_Au ministre des relations extrieures._

Messieurs les plnipotentiaires de l'empereur sortent d'ici; nos
diffrentes entrevues n'avancent pas encore beaucoup: c'est toujours la
mme exagration de prtentions.

Je les renverrai demain, et vous ferai connatre le projet qu'ils
doivent me remettre avec ma rponse.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral a Passeriano, le 10 vendmiaire an 6 (1er octobre
1797).

_Au ministre de la marine._

Je reois, citoyen ministre, votre lettre du 28 fructidor; j'ai fait
passer  l'amiral Brueys celle qui tait pour lui. J'ai crit, il y
a quelques jours, au directoire excutif pour lui demander une
autorisation pour garder la flotte dans ces mers, d'o vous pourrez lui
donner la destination qu'il vous plaira, quelle qu'elle soit. L'amiral
Brueys vous a crit par le mme courrier. L'escadre se trouve bien
approvisionne et ses quipages fort contens. J'espre que, si nous
rompons, elle nous sera du plus grand service. Recevez mes remercimens
pour les choses honntes renfermes dans votre lettre, et croyez que mon
plus grand plaisir sera de mriter votre estime.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 10 vendmiaire an 6 (1er octobre
1797).

_ S.A.R. le duc de Parme._

La caisse de l'arme d'Italie aurait besoin du crdit de votre A.R.,
afin de ne pas retarder le prt du soldat, et pour subvenir aux dpenses
les plus indispensables  l'arme. Comme je connais les sentimens de
bienveillance que votre A.R. a pour l'arme franaise, je la prie
d'ordonner  son ministre de seconder l'opration que lui proposera le
citoyen Haller, administrateur des finances de l'arme, pour assurer les
comptes.

Croyez aux sentimens d'estime, etc., etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 10 vendmiaire an 6 (1er octobre
1797).

_Au ministre de la police gnrale._

J'ai reu, citoyen ministre, votre lettre du 27 fructidor. Je vous
remercie de l'avis que vous me donnez; je souhaite  messieurs les
royalistes de ne pouvoir faire plus de mal  la rpublique que celui
qu'ils feraient en tuant un de ses citoyens; d'ailleurs il est plus
facile d'en faire le projet que de l'excuter.

Permettez que je saisisse cette occasion pour vous faire mon compliment
sur votre nomination au ministre, que vous avez dj signale par un
rehaussement de l'esprit public.

Je vous prie de croire aux sentimens d'estime et de considration que
j'ai pour vous.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 10 vendmiaire an 6 (1er octobre
1797).

_Au ministre des relations extrieures._

Vous verrez, par la lettre que j'cris au directoire excutif, les
nouvelles de Rome: la sant du pape chancelle de nouveau. J'ai eu une
conversation avec M. de Gallo, et je lui ai fait connatre que le
directoire excutif de la rpublique franaise ne souffrirait jamais que
le roi de Naples se mlt des affaires de Rome sans sa participation.
Nous avons eu hier une confrence: je vous envoie la copie du protocole,
et vous vous convaincrez que les choses continuent  prendre mauvaise
tournure.

J'ai eu, aprs le dner, une confrence avec M. le comte de Cobentzel;
il m'a dit que l'empereur pourrait nous cder le Rhin, si nous lui
faisions de grands avantages en Italie: ce qu'il articulait est
extravagant. Il me remettra demain un projet confidentiel; je vous
l'enverrai, et j'y ferai une rponse qui sera en moins ce que lui aura
fait en plus.

Nous sommes convenus, en cas de rupture, d'tablir la manire dont l'un
ou l'autre gouvernement se signifierait la rupture, afin que les deux
armes ne pussent pas tre surprises, et que les deux nations continuent
a tre lies par le droit des gens.

Comme les grandes oprations dpendent ici de ce que fera l'arme du
Rhin, et de l'poque o l'on entrera en campagne, je ne prcipiterai
rien ici; mais je mettrai le gouvernement  mme de prendre le parti
qu'il voudra, et de pouvoir mettre en mouvement en mme temps les armes
du Rhin et d'Italie.

La position de l'arme franaise d'Italie est superbe. Le Brescian et le
Mantouan seront bientt runis  la rpublique cisalpine. Je m'occupe 
runir les diffrentes parties de l'tat de Venise dans un seul et mme
tat, afin d'organiser robustement les derrires de l'arme, qui seront
tranquilles pendant ce grand mouvement; et ce gouvernement s'engagera
 donner 25,000,000 pour pouvoir sustenter l'arme pendant ses grandes
oprations.

Toutes les places fortes sont approvisionnes pour un an. Palma et
Osoppo, qui doivent tre les pivots des armes, contiennent des dpts
pour nourrir l'arme pendant un long temps.

L'artillerie se trouve galement dans une position satisfaisante.

De grandes choses pourront tre faites avec cette arme.

Tout ce que je fais, tous les arrangemens que je prends dans ce
moment-ci, c'est le dernier service que je puisse rendre  la patrie.

Ma sant est entirement dlabre; et la sant est indispensable et ne
peut tre substitue par rien,  la guerre. Le gouvernement aura sans
doute, en consquence de la demande que je lui ai faite il y a huit
jours, nomm une commission de publicistes pour organiser l'Italie
libre;

De nouveaux plnipotentiaires pour continuer les ngociations ou les
renouer, si la guerre avait lieu, au moment o les vnemens de la
guerre seraient les plus propices;

Et, enfin, un gnral qui ait sa confiance pour commander l'arme: car
je ne connais personne qui puisse me remplacer dans l'ensemble de ces
trois missions, toutes trois galement intressantes.

Je donnerai aux uns et aux autres des renseignemens, soit sur les
hommes, sur les moeurs, caractres, positions et les projets qui leur
seront utiles, s'ils veulent en profiter.

Quant  moi, je me trouve srieusement affect de me voir oblig de
m'arrter dans un moment o, peut-tre, il n'y a plus que des fruits 
cueillir; mais la loi de la ncessit matrise l'inclination, la volont
et la raison.

Je puis  peine monter  cheval: j'ai besoin de deux ans de repos.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 15 vendmiaire an 6 (8 octobre
1797).

_Au prsident du gouvernement provisoire de Gnes._

J'apprends avec peine que vous tes diviss entre vous, et que par l
vous donnez un champ libre  la malveillance et aux ennemis de votre
libert. Etouffez toutes vos haines, runissez tous vos efforts, si vous
voulez viter de grands malheurs  votre patrie et  vos familles. Les
rois voient avec plaisir et fomentent peut-tre une dissension dans
votre gouvernement, qui ruine votre commerce, dgote la masse de la
nation de l'galit, et tablit les privilges et les prjugs.

Les hostilits peuvent recommencer d'un moment  l'autre, vous devez
vous mettre en mesure de pouvoir aussi concourir  la cause commune:
comment croyez-vous le faire lorsque vous avez mme besoin des Franais
pour vous garder?

Si vous en croyez un homme qui prend un vif intrt  votre bonheur,
remettez en termes plus clairs dans votre constitution ce qui a
pu alarmer les ministres de la religion: je dirai mme plus, la
superstition aux prises avec la libert; la premire l'emportera dans
l'esprit du peuple.

Enfin, supprimez toutes les commissions violentes qui pourraient alarmer
la masse des citoyens.

Vous ne devez pas vous gouverner par des excs, comme vous ne devez vous
laisser prir par faiblesse. clairez le peuple, concertez-vous avec
l'archevque pour leur donner de bons curs; acqurez des titres 
l'amour de vos concitoyens et  l'estime de l'Europe, qui vous fixe, et
croyez qu'en tout temps je vous appuierai et prendrai un vif intrt 
tout ce qui vous concerne.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 16 vendmiaire an 6 (7 octobre
1797).

_Au ministre des relations extrieures._

Je vous envoie, citoyen ministre, le projet confidentiel que m'a remis
M. le comte de Cobentzel; je lui ai tmoign toute l'indignation que
vous sentirez en le lisant. Je lui rpondrai par la note ci-jointe. Sous
trois ou quatre jours, tout sera termin, la paix ou la guerre, Je vous
avoue que je ferai tout pour la paix, vu la saison trs-avance et le
peu d'esprance de faire de grandes choses.

Vous connaissez peu ces peuples-ci; ils ne mritent pas que l'on fasse
tuer 40,000 Franais pour eux.

Je vois par vos lettres que vous partez toujours d'une fausse hypothse:
vous vous imaginez que la libert fait faire de grandes choses  un
peuple mou, superstitieux, pantalon et lche.

Ce que vous dsireriez que je fisse sont des miracles: je n'en sais pas
faire.

Je n'ai pas  mon arme un seul Italien, except 1500 polissons ramasss
dans les rues des diffrentes villes de l'Italie, qui pillent et ne sont
bons  rien,

Ne vous laissez pas inspirer par quelque aventurier italien, peut-tre
par quelque ministre mme, qui vous diront qu'il y a 80,000 hommes
italiens sous les armes; car, depuis quelque temps, je n'aperois pas
les journaux, et ce qui me revient de l'opinion publique en France
s'gare trangement sur les Italiens.

Un peu d'adresse, un ascendant que j'ai pris, des exemples svres,
donnent seuls  ces peuples un grand respect pour la nation, et un
intrt, quoique extrmement faible, pour la cause que nous dfendons.

Je dsire que vous appeliez chez vous les diffrents ministres cisalpins
qui se trouvent  Paris, que vous leur demandiez d'un ton svre .....,
qu'ils vous dclarent sur-le-champ, par crit, le nombre de troupes qu'a
la rpublique cisalpine  l'arme; et, s'ils vous disent que j'ai plus
de 1500 hommes cisalpins et  peu prs 2000  Milan, employs  la
police de leur pays, ils vous en imposeront, et rprimandez-les comme
ils le mritent; car telle chose est bonne  dire dans un caf ou dans
un discours, mais non au gouvernement, puisque ces fausses ides peuvent
le mettre dans le cas de prendre un parti diffrent de celui qui
convient, et produire des malheurs incalculables.

J'ai l'honneur de vous le rpter, peu  peu le peuple de la rpublique
cisalpine s'enthousiasmera pour la libert, peu  peu cette rpublique
s'organisera, et peut-tre dans quatre ou cinq ans pourra-t-elle avoir
30,000 hommes de troupes passables, surtout s'ils prennent quelques
Suisses; car il faudrait tre un lgislateur habile pour leur faire
venir le got des armes: c'est une nation bien nerve et bien lche.

Si les ngociations ne prennent pas une bonne tournure, la France se
repentirait  jamais du parti qu'elle a pris avec le roi de Sardaigne.
Ce prince, avec un de ses bataillons et un de ses escadrons de
cavalerie, est plus fort que toute la Cisalpine runie. Si je n'ai
jamais crit au gouvernement avec cette prcision, c'est que je ne
pensais pas qu'on pt se former des Italiens l'ide que je vois, par vos
dernires lettres, que vous en avez. J'emploie tout mon talent  les
chauffer et  les aguerrir, et je ne russis tout juste qu' contenir
et  disposer ces peuples dans de bonnes intentions.

Je n'ai point eu, depuis que je suis en Italie, pour auxiliaire, l'amour
des peuples pour la libert et l'galit, ou du moins cela a t un
auxiliaire trs-faible; mais la bonne discipline de l'arme, le grand
respect que nous avons tous eu pour la rpublique, que nous avons port
jusqu' la cajolerie pour les ministres de la justice, surtout une
grande activit et une grande promptitude  rprimer les malintentionns
et  punir ceux qui se dclaraient contre nous, tel a t le vritable
auxiliaire de l'arme d'Italie: voil l'historique. Tout ce qui n'est
bon qu' dire dans des proclamations, des discours imprims, sont des
romans.

Comme j'espre que les ngociations iront bien, je n'entrerai pas dans
de plus grands dtails pour vous dclarer beaucoup de choses qu'il me
parat qu'on saisit mal. Ce n'est qu'avec de la prudence, de la sagesse,
beaucoup de dextrit, que l'on parvient  de grands buts, et que
l'on surmonte tous les obstacles: autrement on ne russit en rien. Du
triomphe  la chute il n'est qu'un pas. J'ai vu, dans les plus grandes
circonstances, qu'un rien a toujours dcid des plus grands vnemens.

S'il arrivait que nous adoptassions la politique extrieure que nous
avions en 1793, nous aurions d'autant plus tort, que nous nous sommes
bien trouvs de la politique contraire, et que nous n'avons plus
ces grandes masses, ces moyens de recrutement, et ce premier lan
d'enthousiasme qui n'a qu'un temps.

Le caractre distinctif de notre nation est d'tre beaucoup trop vif
dans la prosprit. Si l'on prend pour base de toutes les oprations la
vraie politique, qui n'est que le rsultat du calcul, des combinaisons
et des chances, nous serons pour long-temps la grande nation et
l'arbitre de l'Europe; je dis plus, nous tenons la balance, nous la
ferons pencher comme nous voudrons, et mme, si tel est l'ordre du
destin, je ne vois pas d'impossibilit  ce que l'on arrive en peu
d'annes  ces grands rsultats que l'imagination chauffe et
enthousiaste entrevoit, et que l'homme extrmement froid, constant et
raisonn, atteindra seul. Ne voyez, citoyen ministre, je vous prie, dans
la prsente lettre, que le dsir de contribuer autant qu'il est en moi
au succs de la patrie.

Je vous cris comme je pense, c'est la plus grande marque d'estime que
je puisse vous donner.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 19 vendmiaire an 6 (10 octobre
1797).

_Au directoire excutif._

Les ngociations de paix sont enfin sur le point de se terminer. La paix
dfinitive sera signe cette nuit, ou la ngociation rompue.

En voici les conditions principales:

1. Nous aurons sur le Rhin la limite trace sur la carte que je vous
envoie, c'est--dire la Nethe jusqu' Kerpen, et passe de l  Juliers,
Venloo;

2. Mayence et ses fortifications en entier et tel qu'il est;

3. Les les de Corfou, Zante, Cphalonie, etc., et l'Albanie
vnitienne;

4. La Cisalpine sera compose de la Lombardie, du Bergamasque,
du Cremasque, du Brescian, de Mantoue, de Peschiera, avec les
fortifications, jusqu' la rive droite de l'Adige et du P; du Modenais,
du Ferrarais, du Bolonais, de la Romagne:

Cela fait  peu prs trois millions cinq  six cent mille habitans.

5. Gnes aura les fiefs impriaux;

6. L'empereur aura la Dalmatie et l'Istrie, les tats de Venise jusqu'
l'Adige et le P, la ville de Venise;

7. Le prince d'Orange, conformment au trait secret avec la Prusse,
obtiendra une indemnit. Le duc de Modne sera indemnis par le Brisgaw,
et en place l'Autriche prendra Salzburg et une partie de la Bavire
comprise entre la rivire d'Inn, la rivire de Salza, l'vch de
Salzburg, faisant cinquante mille habitans;

8. Nous ne cderons les pays que doit occuper l'empereur que trois
semaines aprs l'change des ratifications et lorsqu'il aura vacu
Manheim, Ingolstadt, Ulm, Ehrenbreistein et tout l'Empire;

9. La France aura ce que la rpublique de Venise avait de meilleur,
etc., et les limites du Rhin, auxquelles il ne manquera que deux cent
mille habitans que l'on pourra avoir  la paix de l'Empire. Elle gagnera
de ce ct quatre millions de population;

10. La rpublique cisalpine aura de trs-belles limites militaires,
puisqu'elle aura Mantoue, Peschiera, Ferrare.

11. La libert gagne donc: rpublique cisalpine, trois millions cinq
cent mille habitans; nouvelles limites de la France, quatre millions: en
tout sept millions cinq cent mille habitans;

12. La maison d'Autriche gagnera un million neuf cent mille habitans:

Elle en perdra, en Lombardie, un million cinq cent mille;  Modne,
trois cent mille; en Belgique, deux millions cinq cent mille: en tout
quatre millions trois cent mille habitans; sa perte sera donc encore
assez sensible.

J'ai profit des pouvoirs que vous m'avez donns et de la confiance dont
vous m'avez revtu pour conclure ladite paix; j'y ai t conduit:

1. Par la saison avance, contraire  la guerre offensive, surtout
de ce ct-ci, o il faut repasser les Alpes et entrer dans des pays
trs-froids;

2. La faiblesse de mon arme, qui cependant a toutes les forces de
l'empereur contre elle;

3. La mort de Hoche, et le mauvais plan d'oprations adopt;

4. L'loignement des armes du Rhin des tats hrditaires de la maison
d'Autriche;

5. La nullit des Italiens. Je n'ai avec moi au plus que quinze cents
Italiens qui sont le ramassis des polissons dans les grandes villes;

6. La rupture qui vient d'clater avec l'Angleterre;

7. L'impossibilit o je me trouve, par la non ratification du trait
d'alliance avec le roi de Sardaigne, de me servir des troupes sardes, et
la ncessit d'augmenter de six mille hommes de troupes franaises les
garnisons du Pimont et de la Lombardie;

8. L'envie de la paix qu'a toute la rpublique, envie qui se manifeste
mme dans les soldats, qui se battraient, mais qui verront avec plus
de plaisir encore leurs foyers, dont ils sont absens depuis bien
des annes, et dont l'loignement ne serait bon que pour tablir le
gouvernement militaire;

9. L'inconvenance d'exposer des avantages certains et le sang franais
pour des peuples peu dignes et peu amans de la libert, qui, par
caractre, habitude et religion, nous hassent profondment. La ville
de Venise renferme, il est vrai, trois cents patriotes: leurs intrts
seront stipuls dans le trait, et ils seront accueillis dans la
Cisalpine. Le dsir de quelques centaines d'hommes ne vaut pas la mort
de vingt mille Franais;

10. Enfin, la guerre avec l'Angleterre nous ouvrira un champ plus
vaste, plus essentiel et plus beau d'activit. Le peuple anglais vaut
mieux que le peuple vnitien, et sa libration consolidera  jamais
la libert et le bonheur de la France, ou, si nous obligeons ce
gouvernement  la paix, notre commerce, les avantages que nous
lui procurerons dans les deux mondes, seront un grand pas vers la
consolidation de la libert et le bonheur public.

Si, dans tous ces calculs, je me suis tromp, mon coeur est pur, mes
intentions sont droites: j'ai fait taire l'intrt de ma gloire, de ma
vanit, de mon ambition; je n'ai vu que la patrie et le gouvernement;
j'ai rpondu d'une manire digne de moi  la confiance illimite que le
directoire a bien voulu m'accorder depuis deux ans.

Je crois avoir fait ce que chaque membre du directoire et fait en ma
place.

J'ai mrit par mes services l'approbation du gouvernement et de la
nation; j'ai reu des marques ritres de son estime. Il ne me reste
plus qu' rentrer dans la foule, reprendre le soc de Cincinnatus, et
donner l'exemple du respect pour les magistrats et de l'aversion pour le
rgime militaire, qui a dtruit tant de rpubliques et perdu plusieurs
tats.

Croyez  mon dvouement et  mon dsir de tout faire pour la libert de
la patrie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 19 vendmiaire an 6 (10 octobre
1797).

_Au directoire excutif._

Le citoyen Botot m'a remis votre lettre du premier jour complmentaire;
il m'a dit, en consquence, de votre part, de rvolutionner l'Italie: je
lui ai demand comment cela se devait entendre; si le duc de Parme,
par exemple, tait compris dans cet ordre. Il n'a pu me donner aucune
explication. Je vous prie de me faire connatre vos ordres plus
clairement.

J'ai retenu quelques jours ici le citoyen Botot, pour qu'il pt
s'assurer par lui-mme de l'esprit qui anime mon tat-major et tout
ce qui m'environne. Je serais bien aise qu'il en fit autant dans
les diffrentes divisions de l'arme, il y trouverait un esprit de
patriotisme qui distingue ces braves soldats.

Ma sant considrablement affaiblie, mon moral non moins affect, ont
besoin de repos et me rendent incapable de remplir les grandes choses
qui restent  faire. Je vous ai dj demand un successeur: si vous
n'avez pas obtempr  ma demande, je vous prie, citoyens directeurs, de
le faire. Je ne suis plus en tat de commander. Il ne me reste qu'un
vif intrt, qui ne m'abandonnera jamais, pour la prosprit de la
rpublique et la libert de la patrie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 22 vendmiaire an 6 (13 octobre
1797).

_Au directoire excutif de la rpublique cisalpine._

J'ai reu, citoyens directeurs, le projet que vous m'avez envoy pour
la formation du dpartement de Mantoue. Faites faire une loi par les
comits runis, pour joindre Mantoue, la partie du Vronais que vous
dsirez dans votre plan, et le Brescian  la rpublique cisalpine. Si
vous le croyez ncessaire, envoyez-la moi, je la signerai: surtout que
chaque dpartement n'excde pas cent quatre-vingt mille habitans.
Je crois qu'il sera bon de mettre une partie du Brescian dans le
dpartemens de Mantoue, pour pouvoir faire une bonne limite. La ville de
Mantoue continuera cependant  tre en tat de sige, et immdiatement
sous les ordres du gnral commandant la place.

Les fortifications de Mantoue seront dsormais aux frais de votre
gouvernement, ainsi que celles de Pizzighittone et de Peschiera. Il est
indispensable que vous envoyiez un de vos officiers du gnie  Mantoue,
lequel se concertera avec l'officier franais, et prendra des mesures
pour augmenter, autant que possible, les fortifications de cette place.
J'ordonne au gnral Chasseloup de faire faire des projets en grand pour
des fortifications permanentes.

Il est galement indispensable que l'on commence  travailler  un bon
fort  la roche d'Anfous, entre Brescia et le Tyrol. Ce poste est des
plus importans pour la rpublique cisalpine, et il demande toute votre
sollicitude. Envoyez un officier du gnie  Brescia.

Je donne l'ordre au gnral Chasseloup d'en envoyer galement un pour se
concerter avec le vtre, et prsenter un projet pour tablir une bonne
forteresse dans cette position.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 27 vendmiaire an 6 (18 octobre
1797).

_Au directoire excutif._

Le gnral Berthier et le citoyen Monge vous portent le trait de paix
dfinitif qui vient d'tre sign entre l'empereur et nous.

Le gnral Berthier, dont les talens distingus galent le courage et le
patriotisme, est une des colonnes de la rpublique, comme un des plus
zls dfenseurs de la libert. Il n'est pas une victoire de l'arme
d'Italie  laquelle il n'ait contribu. Je ne craindrai pas que l'amiti
me rende partial en retraant ici les services que ce brave gnral a
rendus  la patrie; mais l'histoire prendra ce soin, et l'opinion de
toute l'arme fondera le tmoignage de l'histoire.

Le citoyen Monge, un des membres de la commission des sciences et arts,
est clbre par ses connaissances et son patriotisme. Il a fait estimer
les Franais par sa conduite en Italie. Il a acquis une part distingue
dans mon amiti. Les sciences, qui nous ont rvl tant de secrets,
dtruit tant de prjugs, sont appelles  nous rendre de plus grands
services encore. De nouvelles vrits, de nouvelles dcouvertes nous
rvleront des secrets plus essentiels encore au bonheur des hommes;
mais il faut que nous aimions les savans et que nous protgions les
sciences.

Accueillez, je vous prie, avec une gale distinction, le gnral
distingu et le savant physicien: tous les deux illustrent la patrie et
rendent clbre le nom franais. Il m'est impossible de vous envoyer le
trait de paix par deux hommes plus distingus dans un genre diffrent.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Passeriano, le 27 vendmiaire an 6 (18 octobre
1797).

_Au ministre des relations extrieures._

La paix a t signe hier aprs minuit. J'ai fait partir,  deux heures,
le gnral Berthier et le citoyen Monge pour vous porter le trait
en original. Je me suis rfr  vous en crire ce matin, et je vous
expdie,  cet effet, un courrier extraordinaire qui vous arrivera en
mme temps, et peut-tre avant le gnral Berthier: c'est pourquoi j'y
inclus une copie collationne de ce trait.

1. Je ne doute pas que la critique ne s'attache vivement  dprcier
le trait que je viens de signer. Tous ceux cependant qui connaissent
l'Europe et qui ont le tact des affaires, seront bien convaincus qu'il
tait impossible d'arriver  un meilleur trait sans commencer par se
battre, et sans conqurir encore deux ou trois provinces de la maison
d'Autriche. Cela tait-il possible? oui. Prfrable? non.

En effet, l'empereur avait plac toutes ses troupes contre l'arme
d'Italie, et, nous, nous avons laiss toute la force de nos troupes sur
le Rhin. Il aurait fallut trente jours de marche  l'arme d'Allemagne
pour pouvoir arriver sur les lisires des tats hrditaires de la
maison d'Autriche, et pendant ce temps-l j'aurais eu contre moi les
trois quarts de ses forces. Je ne devais pas avoir les probabilits de
les vaincre, et, les eusse-je vaincues, j'aurais perdu une grande partie
des braves soldats qui ont  seuls vaincu toute la maison d'Autriche et
chang le destin de l'Europe. Vous avez cent cinquante mille hommes sur
le Rhin, j'en ai cinquante mille en Italie.

2. L'empereur, au contraire, a cent cinquante mille hommes contre moi,
quarante mille en rserve, et au plus quarante mille au-del du Rhin.

3. Le refus de ratifier le trait du roi de Sardaigne me privait de dix
mille hommes et me donnait des inquitudes relles sur mes derrires,
qui s'affaiblissaient par les armemens extraordinaires de Naples.

4. Les cimes des montagnes sont dj couvertes de neige: je ne pouvais
pas, avant un mois, commencer les oprations militaires, puisque, par
une lettre que je reois du gnral qui commande l'arme d'Allemagne, il
m'instruit du mauvais tat de son arme, et me fait part que l'armistice
de quinze jours qui existait entre les armes n'est pas encore rompu.
Il faut dix jours pour qu'un courrier se rende d'Udine  l'arme
d'Allemagne annoncer la rupture; les hostilits ne pouvaient donc en
ralit commencer que vingt-cinq jours aprs la rupture, et alors nous
nous trouvions dans les grandes neiges.

5. Il y aurait eu le parti d'attendre au mois d'avril et de passer tout
l'hiver  organiser les armes et  concerter un plan de campagne, qui
tait, pour le dire entre nous, on ne peut pas plus mal combin; mais ce
parti ne convenait pas  la situation intrieure de la rpublique, de
nos finances et de l'arme d'Allemagne.

6. Nous avons la guerre avec l'Angleterre: cet ennemi est assez
considrable.

Si l'empereur rpare ses pertes dans quelques annes de paix, la
rpublique cisalpine s'organisera de son ct, et l'occupation de
Mayence et la destruction de l'Angleterre nous compenseront de reste et
empcheront bien ce prince de penser  se mesurer avec nous.

7. Jamais, depuis plusieurs sicles, on n'a fait une paix plus
brillante que celle que nous faisons. Nous acqurons la partie de la
rpublique de Venise la plus prcieuse pour nous. Une autre partie du
territoire de cette rpublique est acquise  la Cisalpine, et le reste 
l'empereur.

8. L'Angleterre allait renouveler une autre coalition. La guerre, qui
a t nationale et populaire lorsque l'ennemi tait sur nos frontires,
semble aujourd'hui trangre au peuple, et n'est devenue qu'une guerre
de gouvernement. Dans l'ordre naturel des choses, nous aurions fini par
y succomber.

9. Lorsque la Cisalpine a les frontires les plus militaires de
l'Europe, que la France a Mayence et le Rhin, qu'elle a dans le Levant
Corfou, place extraordinairement bien fortifie, et les autres les, que
veut-on davantage? Diverger nos forces, pour que l'Angleterre continue 
enlever  nous, a l'Espagne,  la Hollande leurs colonies, et loigner
encore pour long-temps le rtablissement de notre commerce et de notre
marine?

10. Les Autrichiens sont lourds et avares: aucun peuple moins intrigant
et moins dangereux pour nos affaires militaires qu'eux; l'Anglais, au
contraire, est gnreux, intrigant, entreprenant. Il faut que notre
gouvernement dtruise la monarchie anglicane, ou il doit s'attendre
lui-mme  tre dtruit par la corruption et l'intrigue de ces actifs
insulaires. Le moment actuel nous offre un beau jeu. Concentrons toute
notre activit du ct de la marine, et dtruisons l'Angleterre: cela
fait, l'Europe est  nos pieds.

BONAPARTE



Au quartier-gnral  Trvise, le 5 brumaire an 6 (26 octobre 1797).

_Au citoyen Villetard._

J'ai reu, citoyen, votre lettre du 3 brumaire, je n'ai rien compris 
son contenu; il faut que je ne me sois pas bien expliqu avec vous.

La rpublique franaise n'est lie avec la municipalit de Venise par
aucun trait qui nous oblige  sacrifier nos intrts et nos avantages 
celui du comit du salut public ou de tout autre individu de Venise.

Jamais la rpublique franaise n'a adopt pour maxime de faire la guerre
pour les autres peuples. Je voudrais connatre quel serait le principe
de philosophie ou de morale qui ordonnerait de faire sacrifier 40,000
Franais contre le voeu bien prononc de la nation et l'intrt bien
entendu de la rpublique.

Je sais bien qu'il n'en cote rien  une poigne de bavards, que je
caractriserais bien en les appelant fous, de vouloir la rpublique
universelle; je voudrais que ces messieurs pussent faite une campagne
d'hiver: d'ailleurs, la nation vnitienne n'existait pas. Diviss en
autant d'intrts qu'il y a de villes, effmins et corrompus, aussi
lches qu'hypocrites, les peuples de l'Italie, et spcialement le peuple
vnitien, n'est pas fait pour la libert. S'il tait dans le cas de
l'apprcier, et s'il avait les vertus ncessaires pour l'acqurir, eh
bien! la circonstance actuelle lui est trs-avantageuse pour le prouver:
qu'il la dfende! Il n'a pas eu le courage de la conqurir, mme contre
quelques misrables oligarques; il n'a pas pu mme se dfendre quelque
temps dans la ville de Zara, et peut-tre mme que, si l'arme ft
entre en Allemagne, nous eussions vu se renouveler, sinon les scnes
de Verone, du moins des assassinats particuliers, multiplis, qui
produisent le mme effet sinistre pour l'arme.

Au reste, la rpublique franaise ne peut pas donner, comme on pourrait
le croire, les tats de Venise. Ce n'est pas que, dans la ralit, ces
tats n'appartiennent  la France par droit de conqute; mais c'est
parce qu'il n'est point dans les principes du gouvernement de donner
aucun peuple. Lors donc que l'arme franaise vacue ces pays-ci, les
diffrens gouvernemens sont matres de prendre toutes les mesures qu'ils
pourraient juger avantageuses  leur pays.

Si je vous avais charg de confrer avec le comit de salut public sur
l'vacuation qu'il est possible que l'arme franaise excute, c'est
pour le mettre  mme de prendre toutes les mesures, soit pour leur
pays, soit pour les individus qui voudraient se retirer dans les pays
qui, runis  la rpublique cisalpine, sont reconnus et garantis par la
rpublique franaise.

Vous avez d galement faire connatre au comit de salut public que les
individus qui voudraient suivre l'arme franaise auraient tout le temps
ncessaire pour vendre leurs biens, quel que soit le sort de ces pays,
et que mme je savais qu'il tait dans l'intention de la rpublique
cisalpine de leur accorder le titre de citoyen. Votre mission doit se
borner l; quant au reste, ils feront ce qu'ils voudront. Vous leur en
avez assez dit pour leur faire sentir que tout n'tait pas perdu, que
tout ce qui arrivait tait la suite d'un grand plan. Si les armes de la
rpublique franaise continuaient  tre heureuses contre une puissance
qui a t le nerf et le coffre-fort de toute la coalition, peut-tre
Venise aurait pu, par la suite, se trouver runie avec la Cisalpine;
mais je vois que ce sont des lches. Ils ne savent que faire, eh bien!
qu'ils fuient! Je n'ai pas besoin d'eux.

Le gnral Serrurier vous communiquera les diffrens ordres que je
lui ai envoys. Je vous prie, dans l'absence du citoyen Lallemant, de
cooprer de tout votre pouvoir  leur excution.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 10 brumaire an 6 (31 octobre 1797).

_Au directoire excutif._

Le contre-amiral Brueys a mouill, le 8 brumaire, dans la rade de
Raguse. Conformment aux instructions que je lui avais donnes, il
annona  cette rpublique l'intrt que le directoire excutif prend
 son indpendance, et le dsir qu'il avait de faire tout ce qui tait
ncessaire pour la maintenir; il a t accueilli, de la manire la plus
amicale, par les habitons de Raguse.

Il est difficile de voir une escadre plus belle que celle du
contre-amiral Brueys. J'ai cru devoir donner une marque de satisfaction
aux quipages pour leur bonne conduite et la dextrit qu'ils ont mise
dans les diffrentes manoeuvres que le contre-amiral Brueys leur a fait
excuter, en leur accordant, en gratification, un habillement neuf. J'ai
fait galement solder tout ce qui tait d aux quipages.

Le contre-amiral Brueys est un officier distingu par sel connaissances,
autant que par la fermet de son caractre. Un capitaine de son escadre
ne se refuserait pas deux fois de suite  l'excution de ses signaux. Il
a l'art et le caractre pour se faire obir. Je lui ai fait prsent de
la meilleure lunette d'Italie, avec l'inscription suivante: Donn par
le gnral B......... au contre-amiral Brueys, de la part du directoire
excutif.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 12 brumaire an 6 (2 novembre 1797).

_ M. de Cobentzel, ambassadeur._

Je reois  l'instant, monsieur l'ambassadeur, un courrier de Paris, qui
m'apporte la ratification du directoire excutif du trait de paix
que nous avons sign. Je me fais en consquence un devoir de vous en
prvenir.

Les citoyens Treilhard, Bonnires et moi, nous avons t nomms pour
assister au congrs de Rastadt.

Le gouvernement m'a galement nomm pour tre l'officier-gnral charg
de prendre toutes les mesures pour l'excution du trait de paix,
conformment  notre convention additionnelle. J'attends, monsieur le
comte, avec intrt le courrier que vous m'avez promis de m'envoyer.

Je l'attendrai  Milan.

Je suis charm que cette occasion me mette  mme de me rappeler  votre
souvenir, ainsi qu' celui de MM. de Gallo, de Merweeldt et Dengelmann.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 5 brumaire an 6 (5 novembre 1797).

_Au directoire excutif._

J'ai envoy  Vienne, par le courrier Moustache, l'avis  M. le comte de
Cobentzel que vous aviez ratifi le trait de paix de Passeriano.

J'attends  chaque instant l'avis que l'empereur a ratifi, je suis
surpris de ne l'avoir pas encore reu.

J'envoie  Corfou la sixime demi-brigade de ligne pour renforcer la
garnison, j'y ai fait passer des approvisionnemens considrables.

J'ai expdi un navire au contre-amiral Brueys pour qu'il se tnt prt 
partir de Corfou avec l'escadre vnitienne.

J'ai renforc la garnison d'Ancne de la trente-neuvime demi-brigade.

Je crois que vous pourriez laisser 25,000 hommes en Italie, en mener
trente-six mille en Angleterre, et faire rentrer le reste  Nice, 
Chambery et en Corse.

Je me rendrai  Rastadt ds l'instant que j'aurai des nouvelles de
Vienne.

Je prpare tout pour les diffrens mouvemens des troupes, qui ne
pourront plus avoir lieu avant que nous occupions Mayence.

Pour faire avec quelques probabilits l'expdition d'Angleterre, il
faudrait:

1. De bons officiers de marine;

2. Beaucoup de troupes bien commandes, pour pouvoir menacer sur
plusieurs points et ravitailler la descente;

3. Un amiral intelligent et ferme: je crois Truguet le meilleur;

4. Trente millions d'argent comptant;

5. Le gnral Hoche avait de trs-bonnes cartes d'Angleterre, qu'il
faudrait redemander  ses hritiers.

Vous ne pouviez pas faire choix d'un officier plus distingu que le
gnral Desaix.

Quoique vritablement j'aurais besoin de repos, je ne me refuserai
jamais  payer, autant qu'il sera en moi, mon tribut  la patrie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 brumaire au 6 (7 novembre 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous fais passer l'organisation que je viens de donner aux Iles du
Levant dans la mer Ionienne.

J'ai crit  Venise que l'on runisse tous les mmoires gographiques
et tous les ouvrages relatifs  ces tablissemens, pour les envoyer au
ministre de l'intrieur.

Je m'occupe  force  mettre la dernire main  l'organisation de la
rpublique cisalpine.

Je ne crois pas qu'il soit possible que je parte avant le 22.

Je ne pourrai pas tre avant le 30  Rastadt[1]: je compte passer par
Chambry et Genve; mais je vais faire partir demain matin un de mes
aides-de-camp, qui y arrivera avant le 27.

BONAPARTE.

[Footnote 1: Bonaparte venait d'tre nomm ministre plnipotentiaire de
la rpublique franaise auprs du congrs de Rastadt.]




Au quartier-gnral  Milan, le 18 brumaire an 6 (8 novembre 1797).

_ M. le marquis de Chasteler, quartier-matre gnral de l'arme
autrichienne._

Je n'attendais, monsieur, que la nouvelle de la ratification de Vienne,
pour vous engager  terminer le travail dont vous tes charg.

J'cris par le mme courrier au gnral Chasseloup pour qu'il se rende
 Verone: je le prie de m'expdier par un courrier extraordinaire la
premire partie de votre travail depuis la Lizza jusqu' San-Giacomo.

Je dsire, si vous tombez d'accord, comme je l'espre, que vous me
l'expdiiez par un courrier extraordinaire, afin que je le reoive
avant mon dpart pour Rastadt, et que cela n'apporte aucun obstacle 
l'change des ratifications.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797).

_ M. le marquis de Manfredini._

Le citoyen Cacault, ministre de la rpublique, s'adressera  vous,
monsieur, de ma part, pour obtenir un service pour l'arme.

Je dsirerais que S.A.R. facilitt la ngociation de 2,000,000 de
lettres de change que la caisse de l'arme a sur la rpublique
cisalpine.

Vous trouverez ci-joint une note dtaille sur cet objet de
l'administrateur gnral des finances de l'arme.

Croyez, je vous prie, monsieur le marquis, aux sentimens d'estime et 
la haute considration, etc., etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797).

_  M. Louis, comte de Cobentzel, ambassadeur._

Le courrier que vous m'avez envoy, monsieur l'ambassadeur, s'est crois
avec celui que je vous avais expdi. Je pars dans deux ou trois jours
pour me rendre  Rastadt. Les conseils ont galement ratifi le trait
de paix. Je ne doute pas que j'aurai le plaisir de vous voir  Rastadt
pour l'change des ratifications.

J'ai donn les ordres pour que les squestres mis  Venise sur les
effets appartenans  S.M. l'empereur soient levs.

Croyez, je vous prie,  l'estime et  la haute considration que j'ai
pour vous, et renouvelez-moi au souvenir de MM. le chevalier de Gallo,
le comte de Meerweldt et le baron de Degelmann.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797).

_Au gnral Gentili._

Vous avez trs-bien fait, citoyen gnral, de vous refuser aux
prtentions d'Ali-Pacha: tout en l'empchant d'empiter sur ce qui nous
appartient, vous devez cependant le favoriser autant qu'il sera en vous.
Il est de l'intrt de la rpublique que ce pacha acquire un grand
accroissement, batte tous ses rivaux, afin qu'il puisse devenir un
prince assez puissant pour pouvoir rendre des services  la rpublique.
Les tablissemens que nous avons sont si prs de lui, qu'il n'est jamais
possible qu'il puisse cesser d'avoir intrt d'tre notre ami.

Envoyez des officiers du gnie et d'tat-major auprs de lui, afin de
vous rendre un tat de la situation, de la population et des coutumes
de toute l'Albanie; faites faire des descriptions gographiques,
topographiques de toute cette partie si intressante aujourd'hui pour
nous depuis l'Albanie jusqu' la More, et faites en sorte d'tre bien
instruit de toutes les intrigues qui divisent ces peuples.

Il est ncessaire, citoyen gnral, que vous caressiez toutes les
peuplades qui environnent Prevesa, et en gnral celles qui touchent nos
possessions, et qui paraissent dj si bien disposes en notre faveur.

Je vous fais passer l'organisation des les en trois dpartemens, je
vous prie de la mettre sur-le-champ  excution.

J'ai nomm au consulat d'Otrante le citoyen Leclerc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 brumaire an 6 (11 novembre 1797).

_Au gouvernement provisoire de la rpublique ligurienne._

Je vais rpondre, citoyens,  la confiance que vous m'avez montre, en
vous faisant connatre une partie des modifications dont votre projet de
constitution peut tre susceptible.

Vous avez besoin de diminuer les frais de l'administration, pour ne
pas tre obligs de surcharger le peuple, et de dtruire l'esprit de
localit foment par votre ancien gouvernement. Cinq directeurs, trente
membres du conseil des anciens, et soixante des jeunes, vous forment une
reprsentation suffisante.

La suppression de vos administrations de district me parait essentielle.

Que le corps lgislatif partage votre territoire en quinze ou vingt
juridictions, en cent cinquante ou deux cents cantons, ou municipalits
centrales.

Ayez, dans chaque juridiction, un tribunal compos de trois juges;
dans chaque canton un, deux et mme trois juges de paix, selon leur
population et leurs localits.

Ayez, dans chaque juridiction, un commissaire nomm par le directoire
excutif, qui soit  la fois commissaire prs le tribunal et
spcialement charg de faire passer aux diffrentes municipalits les
ordres du gouvernement et de l'instruire des vnemens qui pourraient
survenir dans chaque municipalit.

Que la municipalit centrale du canton soit compose de la runion d'un
dput de chacune des communes qui composent le canton; qu'elle soit
prside par le juge de paix du chef-lieu du canton, et qu'elle ne se
rassemble momentanment qu'en consquence des ordres du gouvernement.

Partagez votre territoire en sept ou dix divisions militaires; que
chacune soit commande par un officier de troupes de ligne: vous aurez
par l une justice qui pourra tre bien administre, et une organisation
extrmement simple, tant pour la rpartition des impositions, que pour
le maintien de la tranquillit publique.

Plusieurs questions particulires sont galement intressantes: ce n'est
pas assez de ne rien faire contre la religion, il faut encore ne donner
aucun sujet d'inquitude aux consciences les plus timores, ni aucune
arme aux hommes mal-intentionns.

Exclure tous les nobles des fonctions publiques est d'une injustice
rvoltante, vous feriez ce qu'ils ont fait; cependant les nobles qui ont
exerc les places dans les collges, qui s'taient attribu tous
les pouvoirs, qui ont tant de fois mconnu les formes mmes de leur
gouvernement, et ont sans cesse cherch  river davantage les chanes
du peuple, et  organiser une oligarchie au dtriment mme de
l'aristocratie, ces hommes ne peuvent plus tre appels aux fonctions de
l'tat; la justice le permet et la politique l'ordonne, tout comme l'une
et l'autre vous ordonnent de ne pas priver des droits de citoyen ce
grand nombre d'hommes qui sont si utiles  votre patrie.

Le port franc est une pomme de discorde que l'on a jete au milieu
de vous. Autant il est absurde que tous les points de la rpublique
prtendent  la franchise du port, autant il pourrait tre inconvenant
et paratre un privilge d'acquisition de laisser la franchise du port 
la ville de Gnes seule.

Le corps lgislatif doit avoir le droit de dclarer la franchise pour
deux points de la rpublique; la ville de Gnes ne doit tenir la
franchise de son port que de la volont du corps lgislatif, mais le
corps lgislatif doit la lui donner.

Pourquoi le peuple ligurien est-il dj si chang?  ces premiers lans
de fraternit et d'enthousiasme ont succd la crainte et la terreur:
les prtres s'taient, les premiers, rallis autour de l'arbre de la
libert; les premiers, ils vous avaient dit que la morale de l'Evangile
est toute dmocratique; mais des hommes pays par vos ennemis, dans les
rvolutions de tous les pays, auxiliaires immdiats de la tyrannie, ont
profit des carts, mme des crimes de quelques prtres, pour crire
contre la religion, et les prtres se sont loigns.

Une partie de la noblesse a t la premire  donner l'veil au peuple
et  proclamer les droits de l'homme; l'on a profit des carts, des
prjugs ou de la tyrannie passe de quelques nobles; l'on a proscrit en
masse, et le nombre de vos ennemis s'est accru.

Aprs avoir ainsi fait planer les soupons sur une partie des citoyens,
et les avoir arms les uns contre les autres, on a fait plus, on a
divis les villes contre les villes. On vous a dit que Gnes voulait
tout avoir, et tous les villages ont prtendu avoir le port franc; ce
qui dtruirait les douanes, et rendrait impossible la conservation de
l'tat.

La situation alarmante o vous vous trouvez est l'effet des sourdes
menes des ennemis de la libert et du peuple; mfiez-vous de tout homme
qui veut exclusivement concentrer l'amour de la patrie dans ceux de
sa cotterie. Si son langage a l'air de dfendre le peuple, c'est pour
l'exasprer et le diviser. Il dnonce sans cesse, lui seul est pur. Ce
sont des hommes pays par les tyrans, dont ils secondent si bien les
vues.

Quand, dans un tat (surtout dans un petit), l'on s'accoutume 
condamner sans entendre,  applaudir d'autant plus  un discours, qu'il
est plus furieux; quand on appelle vertu l'exagration et la fureur, et
crime la modration, cet tat-l est prs de sa ruine.

Il en est des tats comme d'un btiment qui navigue, et comme d'une
arme; il faut de la froideur, de la modration, de la sagesse, de
la raison dans la conception des ordres, commandemens ou lois, et de
l'nergie et de la vigueur dans leur excution.

Si la modration est un dfaut, et un dfaut trs-dangereux pour les
rpubliques, c'est d'en mettre dans l'excution des lois sages; si
les lois sont injustes, furibondes, l'homme de bien devient alors
l'excuteur modr; c'est le soldat qui est plus sage que le gnral:
cet tat-l est perdu.

Dans un moment o vous allez vous constituer en un gouvernement stable,
ralliez-vous; faites trve  vos mfiances, oubliez les raisons que vous
croiriez avoir pour vous dsunir, et, tous d'accord, organisez votre
gouvernement.

J'avais toujours dsir pouvoir aller  Gnes, et vous dire moi-mme
ce que je ne puis ici que vous crire: c'est le fruit de l'exprience
acquise au milieu des orages de la rvolution du grand peuple, et que
confirment l'histoire de tous les temps et votre propre exemple.

Croyez que dans tous les lieux o mon devoir et le service de ma patrie
m'appelleront, je regarderai comme un des momens les plus prcieux celui
o je pourrai tre utile  votre rpublique, et comme ma plus grande
satisfaction d'apprendre que vous vivez heureux, unis, et que vous
pouvez, dans tous les vnemens, tre, par votre alliance, utiles 
la grande nation,  qui vous devez la libert et un accroissement de
population de prs de cent mille ames.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 brumaire an 6 (11 novembre 1797).

_Au peuple cisalpin._

Citoyens,

 compter du 1er frimaire, votre constitution se trouvera en pleine
activit.

Votre directoire, votre corps lgislatif, votre tribunal de cassation,
les autres administrations subalternes se trouveront organiss.

Vous tes le premier exemple, dans l'histoire, d'un peuple qui devient
libre sans factions, sans rvolutions et sans dchiremens.

Nous vous avons donn la libert, sachez la conserver. Vous tes,
aprs la France, la rpublique la plus populeuse, la plus riche. Votre
position vous appelle  jouer un grand rle dans les affaires de
l'Europe.

Pour tre dignes de votre destine, ne faites que des lois sages et
modres.

Faites-les excuter avec force et nergie.

Favorisez la propagation des lumires, et respectez la religion.

Composez vos bataillons, non pas de gens sans aveu, mais de citoyens qui
se nourrissent des principes de la rpublique, et soient immdiatement
attachs  sa prosprit.

Tous avez en gnral besoin de vous pntrer du sentiment de votre force
et de la dignit qui convient a l'homme libre.

Diviss et plis depuis tant d'annes  la tyrannie, vous n'eussiez pas
conquis votre libert; mais sous peu d'annes, fussiez-vous abandonns 
vous-mmes, aucune puissance de la terre ne sera assez forte pour vous
l'ter.

Jusqu'alors la grande nation vous protgera contre les attaques de vos
voisins. Son systme politique sera runi au vtre.

Si le peuple romain et fait le mme usage de sa force que le peuple
franais, les aigles romaines seraient encore sur le Capitole, et
dix-huit sicles d'esclavage et de tyrannie n'auraient pas dshonor
l'espce humaine.

J'ai fait, pour consolider la libert et en seule vue de votre bonheur,
un travail que l'ambition et l'amour du pouvoir ont seuls fait faire
jusqu'ici.

J'ai nomm  un grand nombre de places, je me suis expos  avoir oubli
l'homme probe et avoir donn la prfrence  l'intrigant; mais il y
avait des inconvniens majeurs  vous laisser faire ces premires
nominations: vous n'tiez pas encore organiss.

Je vous quitte sous peu de jours. Les ordres de mon gouvernement, et un
danger imminent que courrait la rpublique cisalpine, me rappelleront
seuls au milieu de vous.

Mais, dans quelque lieu que le service de ma patrie m'appelle, je
prendrai toujours une vive sollicitude au bonheur et  la gloire de
votre rpublique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 11 brumaire an 6 (12 novembre 1797).

_Au chef des trois ligues._

Le citoyen Comeyras, rsident de la rpublique franaise, vous a fait
passer la dcision que j'ai prise, au nom de la rpublique, le 10
octobre, par laquelle les peuples de la Valteline, Chiavene et Bormio
sont libres de pouvoir se runir avec la rpublique cisalpine, laquelle
runion a effectivement eu lieu.

Vous avez, magnifiques seigneurs, sollicit la mdiation de la
rpublique franaise. Je l'avais accepte avec rpugnance, parce qu'il
est dans nos principes de nous mler le moins possible dans les affaires
des autres peuples; mais j'ai d cder  vos vives instances, j'ai
d cder mme  la voix du devoir, tant garant de l'excution des
capitulats qui vous liaient avec les peuples de la Valteline, de
Chiavene et de Bormio.

De quelle influence et de quelle raison a-t-on pu se servir pour vous
aveugler sur vos intrts, et pour vous faire substituer  la conduite
franche et loyale qui distingue votre brave nation, une conduite
tortueuse, contraire a la bonne foi et spcialement aux gards que vous
devez  la grande nation que vous avez choisie pour mdiatrice?

Depuis quatre mois que j'ai accept la mdiation, quoique le citoyen
Comeyras vous et continuellement sollicits, ce n'est qu'aujourd'hui,
lorsque vous avez d savoir la dcision que j'avais prise, que vous avez
envoy des dputs. Magnifiques seigneurs, votre brave nation est mal
conseille, les intrigans substituent la voix de leurs passions et de
leurs prjugs  celle de l'intrt de leur patrie et aux principes de
la dmocratie.

La Valteline, Chiavene et Bormio sont irrvocablement runis  la
rpublique cisalpine. Du reste, cela n'altrera d'aucune manire
la bonne amiti et la protection que la rpublique franaise vous
accordera, toutes les fois que vous vous conduirez envers elle avec les
gards qui sont dus au plus puissant peuple du monde.

Croyez au sentiment d'estime et  la haute considration que j'ai pour
vous, etc., etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 22 brumaire an 6 (12 novembre 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous ferai passer la distribution de l'arme d'Italie en arme
d'Angleterre.

J'ai fait toutes les dispositions et donn tous les ordres en
consquence, afin que, ds l'instant que l'change des ratifications
aura eu lieu, et que nous serons dans Mayence, on puisse commencer 
mettre les colonnes en marche pour l'Ocan.

Je ferai partir demain le citoyen Androssy, chef de brigade
d'artillerie, pour se rendre  Paris, afin de faire fondre des canons
du calibre de l'artillerie de campagne anglaise, et faire faire des
caissons plus lgers et plus propres  l'embarquement que les ntres. Il
est ncessaire d'avoir des canons du calibre de ceux des Anglais, afin
qu'une fois dans le pays on puisse se servir de leurs boulets.

Je travaille nuit et jour pour achever l'organisation de la rpublique
cisalpine et pour arranger l'Italie et l'arme, de manire que mon
absence n'y fasse aucun vide et n'ait aucun inconvnient.

Je ne pourrai pas partir avant le 29.

Je me suis fait prcder  Rastadt du gnral de brigade Murat. Je ne
suis pas fch de ne m'y trouver que le 4 ou 5 frimaire, cela me donne
d'autant plus de temps pour achever les cinq btimens de guerre qui nous
reviennent  Venise, et les mettre dans le cas de tenir la mer.

Le ministre des relations extrieures vous rendra compte des oprations
que je viens de faire dans la Cisalpine et  Gnes.

Une grande partie des Gnois dsirent tre Franais. C'est une
acquisition qui, je crois, nous serait utile et qu'il ne faut pas perdre
de vue. Je ne crois pas que la constitution qu'ils ont accepte, quoique
j'y aie fait quelques changemens pour l'amliorer, puisse leur convenir,
et, si nous aidons un peu, avant deux ou trois ans ils viendront se
jeter  nos genoux pour que nous les recevions comme citoyens franais.

J'ai envoy  Malte le citoyen Poussielgue sous le prtexte d'inspecter
toutes les Echelles du Levant mais,  la vrit, pour mettre la dernire
main au projet que nous avons sur cette le.

Je vous ferai tenir l'ordre que j'ai donn pour rgler les affaires de
Venise.

La rpublique cisalpine s'est empare de quelques villages qui sont sur
la rive gauche du P, qui depuis long-temps sont en controverse avec le
duc de Parme, et ds lors les gnaient beaucoup.

Elle s'empare galement de la forteresse de Saint-Leo, enclave dans la
Romagne, o le pape est entr. Je ne sais trop pourquoi elle aura cette
forteresse, extrmement intressante, en donnant quelque argent aux
soldats du pape qui la dfendent, et en faisant quelques dispositions.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 23 brumaire an 6 (13 novembre 1797).

_Au consul de la rpublique franaise  Malte._

De nouvelles relations, citoyen, vont rsulter de la runion  la
rpublique franaise des les de Corfou, Zante, Cphalonie et Cerigo.
Je charge le citoyen Poussielgue, premier secrtaire de la lgation de
France  Gnes, qui a la confiance du gouvernement et toute la mienne,
de se transporter dans les diffrentes chelles du Levant,  l'effet
d'y recueillir les observations et d'y prendre tous les renseignemens
ncessaires pour mettre le gouvernement en tat de faire les changemens
et modifications  apporter dans nos relations commerciales et
politiques dans cette partie, et d'tablir, de la manire la plus sre,
la correspondance et les communications rgulires entre le continent de
la rpublique franaise et ses les de l'Adriatique.

Je vous prie d'aider le citoyen Poussielgue de vos connaissances et
de vos lumires dans tout ce qui concerne sa mission, et de le faire
connatre auprs du gouvernement du pays o vous rsidez.

L'intention du gouvernement de la rpublique franaise est de consolider
toujours ses intrts avec ceux des gouvernemens trangers, dans les
relations qu'il peut avoir  tablir chez eux.

BONAPARTE.



_Commission d'inspecteur gnral des chelles du Levant._

La runion  la rpublique franaise des les de Corfou, Zante,
Cphalonie et Cerigo, allant procurer  la France de nouvelles relations
politiques et commerciales dans la Mditerrane et principalement dans
le Levant; et le gouvernement voulant, le plus tt possible, tablir ses
rapports d'une manire rgulire et avantageuse, le gnral en chef de
l'arme d'Italie charge, en son nom, le citoyen Poussielgue, premier
secrtaire de la lgation de la rpublique franaise  Gnes de se
transporter immdiatement, en qualit d'inspecteur gnral des chelles
du Levant auprs des diffrens consuls et agens de la rpublique dans le
Levant, et en gnral de visiter tous les tablissemens franais situs
dans cette partie; il examinera dans chaque point la situation actuelle
de notre commerce et de nos relations; observera les changemens prouvs
depuis la rvolution; recherchera les moyens les plus prompts de
rtablir l'ancienne prosprit de notre commerce, et de l'accrotre en
proportion des avantages de notre nouvelle position; il examinera sous
quels rapports il conviendrait d'tendre ou de modifier nos relations
politiques; il prendra enfin des renseignemens sur la manire la plus
sre d'tablir notre correspondance et nos communications rgulires et
priodiques entre le continent de la France et nos les de l'Adriatique,
en fixant les points intermdiaires en Corse, en Sardaigne, en Sicile ou
 Malte, ou en les tablissant sur le continent de l'Italie par Ancne.
Au retour de cette mission, qu'il acclrera autant qu'il sera possible,
il remettra au gnral en chef de l'arme d'Italie son rapport gnral
sur tous les objets dont il est charg par la prsente commission.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797).

_Au ministre des relations extrieures._

Je vous fais passer, citoyen ministre, copie de la commission que j'ai
donne au citoyen Poussielgue et de ma lettre au consul  Malte.

Le but rel de la mission du citoyen Poussielgue est de mettre la
dernire main aux projets que nous avons sur Malte.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797).

_Au cardinal Mattei._

J'ai reu, monsieur le cardinal, votre lettre du 9 novembre. Je pars
demain pour le congrs de Rastadt.

La cour de Rome commence  se mal conduire.

Contre l'opposition formelle qu'avait faite l'ambassadeur, et la
promesse qu'avait donne le secrtaire de l'tat, elle vient de donner
le commandement des troupes papales au gnral Provera.

Je crains bien que les maux que vous avez en partie pargns  votre
patrie ne tombent sur elle. Souvenez-vous, monsieur le cardinal, des
conseils que vous avez donns au pape  votre dpart de Ferrare.

Faites donc entendre  Sa Saintet, que, si elle continue  se laisser
mener par le cardinal Busca et autres intrigans, cela finira mal pour
vous.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797).

_Au citoyen Joseph Bonaparte, ambassadeur de la rpublique franaise 
Rome._

J'ai partag votre indignation, citoyen ambassadeur, lorsque vous m'avez
appris l'arrive du gnral Provera. Vous pouvez dclarer prsentement 
la cour de Rome que, si elle reoit  son service aucun officier
connu pour tre on avoir t au service de l'empereur, toute bonne
intelligence entre la France et la cour de Rome cesserait  l'heure
mme, et la guerre se trouverait dclare.

Vous ferez connatre, par une note spciale au pape, que vous adresserez
 lui-mme en personne, que quoique la paix soit faite avec S.M.
l'empereur, la rpublique franaise ne consentira pas  ce que le pape
accepte dans ses troupes aucun officier ni aucun agent, sous quelque
dnomination que ce soit, de l'empereur, hormis les agens diplomatiques
d'usage.

Vous exigerez que M. le gnral Provera, vingt-quatre heures aprs la
prsentation d'une note que vous ferez  ce sujet, quitte le territoire
de Sa Saintet, sans quoi vous dclarerez que vous allez quitter Rome.

Vous ferez connatre, dans la conversation, au pape que je viens
d'envoyer trois autres mille hommes  Ancne, lesquels ne rtrograderont
que lorsque vous leur ferez connatre que M. Provera et tous les autres
officiers autrichiens auront quitt le territoire de Sa Saintet.

Vous ferez connatre au secrtaire-d'tat que si Sa Saintet se porte
 faire excuter aucun des dtenus, de ceux que vous avez rclams, la
rpublique franaise, par reprsailles, fera arrter les attenans du
cardinal Busca et des autres cardinaux qui garent la cour de Rome.
Enfin, je vous invite  prendre dans vos notes un style concis et ferme,
et, si le cas arrive, vous pouvez quitter Rome et vous rendre  Florence
ou  Ancne.

Vous ne manquerez pas de faire connatre  Sa Saintet et au
secrtaire-d'tat, qu' peine vous aurez quitt le territoire de Sa
Saintet, vous dclarerez la runion d'Ancne  la Cisalpine. Vous
sentez que cette phrase doit se dire et non pas s'crire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797).

_Au gnral Kilmaine._

Je pars, citoyen gnral, pour me rendre au congrs de Rastadt. Vous
prendrez le commandement de l'arme jusqu' l'arrive du gnral
Berthier.

Le gnral de brigade Leclerc remplira les fonctions de chef de
l'tat-major.

Le chef de l'tat-major vous fera connatre les mouvemens que j'ai
ordonns pour mettre l'arme en tat de faire son mouvement rtrograde,
ds l'instant que je vous en enverrai l'ordre par un de mes
aides-de-camp.

Si le bataillon de la soixante-dix-neuvime, qui tait dans la huitime
division militaire arrive, vous l'enverrez  Ancne, o il s'embarquera
pour Corfou, ainsi que tous les dtachemens des sixime et
soixante-dix-neuvime demi-brigades.

Vous laisserez a Ancne la trente-neuvime demi-brigade de ligne.

Les gnraux Chabot et Lasalcette ont ordre de se rendra  Corfou.

Le gnral Baraguey d'Hilliers, comme vous le verrez par les ordres que
j'ai donns, doit faire l'arrire-garde de l'arme.

Jusqu' ce que vous receviez de nouveaux ordres de moi de Rastadt, le
gnral Baraguey d'Hilliers occupera la Ponteba, les gorges de Cividale
et Monte-Falcone, indpendamment de quoi il y aura une demi-brigade,
comme j'en ai spcialement donn l'ordre, pour la garnison de
Palma-Nova, et un bataillon pour celle d'Osopo.

Si des vnemens quelconques vous faisaient penser ncessaire de
renforcer le gnral Baraguey d'Hilliers, vous le feriez avec la onzime
demi-brigade de ligne, qui doit tre  Bassano, et avec la division
du gnral Guieux, qui se trouvera  Padoue et compose des onzime,
vingt-troisime et vingt-neuvime d'infanterie lgre; et enfin, si cela
ne suffisait pas, par toute la division du gnral Serrurier, qui est 
Venise, et par la grosse cavalerie, le vingt-quatrime de chasseurs,
le septime de hussards, et, s'il le fallait, par toute la division de
cavalerie aux ordres du gnral Rey.

Par ce moyen, la partie de l'arme qui est destine  faire partie de
l'arme d'Angleterre, resterait toujours place en de de la Brenta.

Je ne prvois pas le cas o vous vous trouverez en rupture ouverte avec
l'ennemi, alors mme il faudrait marcher avec toutes vos divisions, et
employer tous les moyens qui sont en votre pouvoir.

Vous devez prendre les mesures, mme celles de rigueur, des
arrestations, des contributions forces, pour que les ordres que j'ai
donns  Venise pour l'achvement de nos vaisseaux et l'vacuation
de cette place soient termins. Le chef de l'tat-major, le gnral
Serrurier et le citoyen Villetard vous donneront des renseignemens sur
cette place. J'ai donn tous les ordres ncessaires, il ne s'agit plus
que de les excuter avec vigueur.

Il faut laisser le gouvernement cisalpin livr  lui-mme, s'essayer;
cependant, s'il demandait votre secours, vous devez lui accorder celui
de votre influence morale et des troupes qui sont  vos ordres, pour le
soutenir.

Tous les princes d'Italie tant accoutums, pour le moindre vnement, 
recourir  moi, vous devez, pour ce qui regarde la rpublique cisalpine,
les renvoyer au ministre des affaires trangres, disant que cela
ne vous regarde point. Pour ce qui est de nos troupes, veillez  ce
qu'elles vivent en bonne intelligence et sous la plus svre discipline,
 ce qu'elles soient bien loges et bien nourries, except dans la
rpublique cisalpine, o nous en sommes empchs par nos traits.

Vous pouvez favoriser tous les lans de la ville d'Ancne pour la
libert, notre intention tant de la considrer comme une rpublique
indpendante.

La neuvime demi-brigade de bataille doit tre toute runie  Gnes.
Vous devez galement prter le secours de votre influence morale et de
vos troupes, pour soutenir le gouvernement dmocratique  Gnes.

Vous me ferez passer  Rastadt, par des courriers extraordinaires,
toutes les dpches que vous recevrez de Corfou et de l'amiral Brueys.

La cour de Rome commence  se mal conduire: vous devez soutenir par
votre influence morale, et, dans l'occasion, en faisant concourir le
mouvement de quelques troupes, les dmarches que ferait l'ambassadeur de
la rpublique de Rome, et surtout avoir bien soin que le roi de Naples
ne sorte point de ses frontires.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797).

_Au contre-amiral Brueys._

Je vous ai crit, gnral, par mon aide-de-camp Eugne Beauharnais, pour
vous donner des nouvelles de la paix. Je vous instruis aujourd'hui que
la paix ayant t ratifie par les deux conseils, je me rends  Rastadt
pour suivre diffrentes ngociations diplomatiques.

Je vous ai dj crit de vous prparer avec vos vaisseaux vnitiens,
afin de pouvoir les convoyer jusqu'aux les Saint-Pierre, et, de l,
prendre votre vol pour la grande expdition. J'ai t nomm pour
commander l'arme d'Angleterre, j'ai demand que Truguet commandt:
vous sentez combien il serait ncessaire de vous avoir l avec vos six
vaisseaux, vos frgates et vos corvettes.

Je viens d'envoyer un agent diplomatique  Malte. La sixime
demi-brigade, forte de seize cents hommes, part demain pour se rendre 
Corfou: cela vous mettra  mme de pouvoir embarquer trois mille hommes
pour la petite expdition, et je vous enverrai des ordres pour l'une et
pour l'autre par un de mes aides-de-camp.

Vous aurez avec vous _la Diane_ et _la Junon_.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 25 brumaire an 6 (15 novembre 1797).

_Au directoire excutif._

Le gnral Clarke, qui se rend  Paris, est employ en Italie depuis
plusieurs mois. Dans toutes les lettres qui lui ont t adresses et qui
ont t interceptes, et qui me sont parvenues, je n'ai jamais rien vu
que de conforme aux principes de la rpublique.

Il s'est conduit dans les mmes principes aux ngociations. Le gnral
Clarke est travailleur et d'un sens droit. Si ses liaisons avec Carnot
le rendent suspect dans la diplomatie, je crois qu'il peut tre utile
dans le militaire, et surtout  l'expdition d'Angleterre.

S'il se trouve avoir besoin d'indulgence, je vous prie de lui en
accorder un peu. En dernire analyse, le gnral Clarke est un bon
homme: je l'ai retenu  Passeriano jusqu'au 30 vendmiaire, et depuis il
a t malade.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 25 brumaire an 6 (15 novembre 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie plusieurs exemplaires de mes adieux  la rpublique
cisalpine et  l'arme: je compte partir dcidment demain.

Le citoyen Cerbelloni m'a demand sa dmission. Je vous fais passer
copie de sa lettre et de l'arrt du directoire.

Le citoyen Savaldi, patriote prononc, un des chefs du gouvernement de
Brescia, a t nomm pour le remplacer.

La cour de Rome n'a pas reconnu la rpublique cisalpine. Je vous envoie
copie du message du directoire excutif aux comits runis, faisant
fonctions de corps lgislatif, et de la rsolution qu'ils ont prise en
consquence.

Cela ne laissera pas de beaucoup embarrasser le pape et finira par
l'avilir, en l'obligeant  reconnatre de force une puissance qu'il et
d, comme les autres puissances, reconnatre de bonne volont.

Notre ambassadeur  Rome instruit, je crois, le ministre des relations
extrieures de la conduite de cette imbcile cour de Rome; je vous
envoie copie de la lettre que j'cris  notre ambassadeur. J'ai lieu de
penser qu' l'heure qu'il est Provera aura t chass.

Je pense que nous devons tenir garnison dans la citadelle d'Ancne, et
laisser cette ville se dclarer indpendante.

Dans cet intervalle, le temps s'coulera, et nous aurons toujours un
point extrmement intressant pour notre commerce, pour observer le pape
et brider Naples.

Il faudra, je pense, garder Ancne, en disant toujours que nous y
attachons peu de prix, et que, ds que le pape se conduira envers nous
comme il convient, nous n'aurons point de difficult  le lui rendre.

Je vous envoie une lettre d'Ottolini, gouverneur de Bergame, que l'on
a trouve dans les papiers des inquisiteurs de Venise. Vous y verrez
qu'elle compromet beaucoup un adjudant-gnral nomm Landrieux, qui,
depuis long-temps, a quitt l'arme pour se rendre en France. Ce
misrable, a ce qu'il parait, excitait le Brescian et le Bergamasque
 l'insurrection, et en tirait de l'argent; dans le mme temps qu'il
prvenait les inquisiteurs, il en tirait aussi de l'argent. Peut-tre
jugerez-vous  propos de faire un exemple de ce coquin-l; mais, dans
tous les cas, j'ai pens qu'il fallait que vous fussiez instruits, afin
qu'il ne vint pas  demander  tre employ.

J'ai destitu un nomm Grard, chef de brigade, qui a t sept ou huit
mois commandant  Brescia; il parait, par la correspondance galement
prise  Venise, qu'il avait avec le provditeur ou gouverneur de la
rpublique de Venise des relations d'intimit que l'intrt de l'arme
aurait d lui prohiber.

Dans quelques autres lettres trouves galement  Venise, de lgers
indices de soupons planent sur des officiers d'ailleurs estimables. Ces
malheureux inquisiteurs rpandaient l'argent partout, et cherchaient par
ce moyen  connatre et  avoir des indices sur tout.

J'ai envoy a Corfou le citoyen Rolhires, homme instruit, pour remplir
les fonctions de commissaire prs le dpartement de la mer Ege. Je
n'ai point trouv de sujets pour envoyer comme commissaires dans les
dpartemens de Corcyre et d'Ithaque. Il faudrait des hommes instruits et
extrmement dsintresss. Ces peuples aiment beaucoup les Franais. Je
vous fais passer copie d'une lettre de la municipalit de Zante.

Je vous prie de donner l'ordre pour que l'on fasse travailler  la
fonderie et  l'organisation d'un petit quipage d'un calibre anglais.
J'envoie  Paris le citoyen Androssy, chef de brigade d'artillerie,
pour faire excuter ledit travail.

BONAPARTE.

_P.S._ Le citoyen Pocholle, ex-conventionnel, et le citoyen Carbini,
m'ayant demand  tre commissaires dans les dpartemens de Corcyre et
d'Ithaque, je les y ai envoys. Cela vous donnera le temps d'envoyer
dans ces dpartemens des hommes qui aient votre confiance, en mme temps
que cela pargne des frais de route, ces citoyens se trouvant ici.

Le citoyen Comeyras, prsident de la rpublique  Coire, dsirerait tre
votre commissaire pour l'organisation de ces les. Comme cette place est
trs-importante, et que le citoyen Comeyras est employ comme agent, je
n'ai pas voulu prendre sur moi de le nommer.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 26 brumaire an 6 (16 novembre 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie le drapeau dont la convention fit prsent  l'arme
d'Italie par un des gnraux qui ont le plus contribu aux diffrens
succs des dernires campagnes, et par un des officiers d'artillerie
les plus instruits de deux corps savans qui jouissent d'une rputation
distingue dans l'Europe.

Le gnral Joubert, qui a command  la bataille de Rivoli, a reu de
la nature les qualits qui distinguent les guerriers. Grenadier par le
courage, il est gnral par le sang-froid et les talens militaires: il
s'est trouv souvent dans ces circonstances o les connaissances et les
talens d'un homme influent tant sur le succs. C'est de lui qu'on a dit
avant le 18 fructidor: Cet homme vit encore. Malgr plusieurs blessures
et mille dangers, il a chapp aux prils de la guerre; il vivra
long-temps, j'espre, pour la gloire de nos armes, le triomphe de la
constitution de l'an III et le bonheur de ses amis!

Le chef de brigade d'artillerie Androssy a dirig dans les deux
campagnes la partie la plus essentielle comme la plus difficile en
Italie; il a eu la direction des ponts; il nous a rendu de grands
services  tous les passages.  celui de l'Izonzo, il trouva plus
expditif, pour rpondre  la demande qu'on lui fit si la rivire tait
guable, de s'y jeter le premier devant l'ennemi pour la sonder.

Un tat n'acquiert des officiers comme le citoyen Androssy, qu'en
soignant l'ducation et en protgeant les sciences dont le rsultat
s'applique  la marine, a la guerre comme aux arts,  la culture des
terres,  la conservation des hommes et des tres vivans.

BONAPARTE.



Rastadt, le 10 frimaire an 6 (30 novembre 1797).

_Au directoire excutif._

J'ai reu, citoyens directeurs, votre lettre du 6 frimaire. Conformment
 vos intentions, je partirai demain au soir ou aprs-demain.

Nous avons aujourd'hui chang les ratifications. M. le comte de
Cobentzel et le gnral Meerweldt ont t chargs de cette opration
du ct de l'empereur. Demain nous achverons tout ce qui nous reste
 faire pour l'excution de la convention secrte. Si cela est achev
demain, je partirai le soir mme.

BONAPARTE.



Paris, 21 frimaire an 6 (17 dcembre 1797).

_Discours de Bonaparte en prsentant au directoire la ratification du
trait de Campo-Formio._

Citoyens directeurs, Le peuple franais, pour tre libre, avait des
rois  combattre.

Pour obtenir une constitution fonde sur la raison, il avait dix-huit
sicles de prjugs  vaincre.

La constitution de l'an III, et vous, vous avez triomph de tous ces
obstacles.

La religion, la fodalit et le royalisme ont successivement, depuis
vingt sicles, gouvern l'Europe; mais de la paix que vous venez de
conclure, date l're des gouvernemens reprsentatifs.

Vous tes parvenus  organiser la grande nation, dont le vaste
territoire n'est circonscrit, que parce que la nature en a pos
elle-mme les limites.

Vous ayez fait plus.

Les deux plus belles parties de l'Europe, jadis si clbres par les
arts, les sciences et les grands hommes dont elles furent le berceau,
voient avec les plus grandes esprances le gnie de la libert sortir
des tombeaux de leurs anctres.

Ce sont deux pidestaux sur lesquels les destines vont placer deux
puissantes nations.

J'ai l'honneur de vous remettre le trait sign  Campo-Formio, et
ratifi par S.M. l'empereur.

La paix assure la libert, la prosprit et la gloire de la rpublique.

Lorsque le bonheur du peuple franais sera assis sur les meilleures
lois organiques, l'Europe entire deviendra libre.

Paris, le 18 nivose an 6 (7 fvrier 1798).

_Au ministre de la guerre._

Je reois, citoyen ministre, avec reconnaissance, le drapeau et le sabre
que vous m'avez envoys.

C'est l'arme d'Italie que le gouvernement honore dans son gnral.
Agrez en particulier mes remercimens sur la belle lettre qui accompagne
votre envoi.

BONAPARTE.



Paris, le 18 nivose an 6 (7 fvrier 1798).

_Au gnral de brigade Lannes._

Le corps lgislatif, citoyen gnral, me donne un drapeau en mmoire
de la bataille d'Arcole: il a voulu honorer l'arme d'Italie dans
son gnral. Il fut, aux champs d'Arcole, un instant o la victoire
incertaine eut besoin de l'audace des chefs: plein de sang et couvert
de trois blessures, vous quitttes l'ambulance, rsolu de mourir ou de
vaincre. Je vous vis constamment, dans cette journe, au premier rang
des braves; c'est vous galement qui, a la tte de la colonne infernale,
arrivtes le premier  Dego, passtes le P et l'Adda: c'est  vous 
tre le dpositaire de cet honorable drapeau, qui couvre de gloire les
grenadiers que vous avez constamment commands. Vous ne le dploierez
dsormais que lorsque tout mouvement en arrire sera inutile, et que la
victoire consistera  rester matre du champ de bataille.

BONAPARTE.



_Au directoire excutif de la rpublique cisalpine._

Le pays de Vaud et les diffrens cantons de la Suisse, anims d'un mme
esprit de libert, adoptent les principes de libert, d'galit et
d'indivisibilit sur lesquels est fond le gouvernement reprsentatif.

Nous savons que les bailliages italiens sont anims du mme esprit; nous
croyons essentiel que, dans ce moment-ci, ils imitent le pays vaudois et
manifestent le voeu de se runir  la rpublique helvtique.

Nous dsirons, en consquence, que vous vous serviez de tous les moyens
que vous pouvez avoir pour rpandre chez ces peuples, vos voisins,
l'esprit de libert; faites rpandre des imprims libraux; excitez-y un
mouvement qui acclre le mouvement gnral de la Suisse.

Nous donnons l'ordre au gnral de brigade Monnier de se porter sur les
confins des bailliages suisses avec des troupes, afin d'encourager et de
soutenir les mouvemens que pourraient oprer les insurgs. Il a ordre de
se concerter avec vous pour parvenir  ce but, qui intresse galement
les deux rpubliques.

_Note._

Dans la position actuelle de l'Europe, la prudence nous fait une loi de
nous tenir prts sur nos diffrentes frontires  pouvoir, au premier
signal des autres puissances, faire la guerre.

Nous avons en Italie seize mille Franais et cinq mille Polonais contre
le roi de Naples, ce qui, joint  deux mille hommes de dbarquement que
le gouvernement a ordonn de prparer  Toulon, suffit pour n'avoir rien
 craindre de ce monarque.

Nous avons en Italie, contre l'empereur, vingt-un mille hommes, qui,
joints aux quatre mille que le gouvernement vient de mettre  la
disposition de cette arme, forment vingt-cinq mille hommes.

On peut compter  peu prs sur dix mille Cisalpins de mauvaises
troupes, ce qui porterait nos forces  trente-cinq mille hommes, nombre
insuffisant pour garnir les places et former un corps d'observation,
en comparaison de quatre-vingt mille hommes que l'empereur a sur cette
frontire.

Mais toutes les forces de la rpublique peuvent se runir en Allemagne
pour bien vite dgager l'Italie, et empcher les places fortes d'tre
prises.

Il nous serait bien facile de porter  quatre-vingt ou quatre-vingt-dix
mille-hommes l'arme de Mayence, et d'avoir quarante ou cinquante
mille hommes sur le lac de Constance, renforcs d'un certain nombre de
Suisses.

Ces deux armes se runiraient bien vite pour attaquer la maison
d'Autriche dans le coeur de ses tats hrditaires.

Si nous avions la guerre contre le roi de Prusse, l'arme de Mayence et
celle de Hollande se jetteraient bien vite dans l'vch de Munster,
pour entrer dans le Hanovre.

Mais, dans tous les cas, il est indispensable: 1. de faire travailler 
l'armement et  l'approvisionnement de Dusseldorf et  celui de Mayence;
2. De suspendre le licenciement de nos quipages d'artillerie, afin
de ne pas tre oblig de faire des achats presss, qui ncessiteraient
beaucoup d'argent et perdraient un temps prcieux, car si la guerre a
lieu, ceux qui frapperont les premiers coups auront, par leur position,
de grands avantages.




_Au gnral Bernadote._

Je reois, citoyen gnral, votre dernire lettre. Le directoire
excutif,  ce qu'il m'a assur, s'empressera de saisir toutes les
occasions de faire ce qui pourrait vous convenir.

Il a dcid qu'il vous laisserait le choix de prendre le commandement
des les ioniennes; de prendre une division de l'arme d'Angleterre,
laquelle sera augmente des anciennes troupes que vous aviez  l'arme
de Sambre-et-Meuse, ou mme de prendre une division territoriale, la
dix-septime, par exemple.

Personne ne fait plus de cas que moi de la puret de vos principes, de
la loyaut de votre caractre, et des talens militaires que vous avez
dvelopps pendant le temps que nous avons servi ensemble. Vous seriez
injuste si vous pouviez en douter un instant.

Dans toutes les circonstances, je compterai sur votre estime et sur
votre amiti.

BONAPARTE.



Paris, le 8 ventose an 6 (26 fvrier 1798).

_Au gnral Dufalga._

Le rsultat  obtenir dans les travaux des ports du Pas-de-Calais est
celui-ci:

Travailler  ces ports de manire  obtenir que le plus grand nombre de
bateaux possible pt sortir dans une seule mare.

Calais, Ambleteuse, Boulogne, Etaples, peuvent seuls tre compts, et
encore n'est-ce qu'avec rserve, de sorte que je me trouverais oblig de
calculer sur Calais pour porter les premiers trente mille hommes.

Il serait inutile de faire des travaux longs et coteux au port de
Boulogne, pour le rendre susceptible de contenir un plus grand nombre de
bateaux qu'il n'en peut sortir dans une mare.

Ainsi, il est bien prouv que l'on ne peut sortir du port de Boulogne
que cent  cent cinquante bateaux dans une mare; il ne faut travailler
au port que pour le mettre  mme de contenir ce nombre de bateaux.

 Calais, mme raisonnement.

Il faudrait forcer les travaux du port d'Ambleteuse, et le mettre  mme
de contenir autant de bateaux qu'il serait possible d'en faire sortir
dans une mare.

Je vous prie de me faire connatre le parti que l'on peut tirer
d'Etaples, tant en raisonnant sur sa situation actuelle, que sur sa
position gographique.

Si le chenal du port de Boulogne et ceux des autres ports taient
parallles au rivage de la mer, il est clair que les btimens, recevant
l'eau de la mare au mme instant, pourraient sortir sur-le-champ: c'est
donc sur la partie des ports qui est la plus proche de la mer, qu'il
faut travailler.

Enfin, il faut que vous vous appliquiez  favoriser partout les travaux
qu'il sera possible de faire pour la prompte sortie d'une grande
quantit de bateaux.

Tous les petits bateaux ne portant que quarante  cinquante hommes ne
pourraient-ils pas tre chous sur la plage, et ne pourrait-on pas
favoriser cet chouage eu faisant quelques travaux sur la plage?

Tous les btimens hollandais, et mme ceux de Dieppe, ne pourraient-ils
pas tre chous sur la plage?

Puisqu'il n'est pas possible de faire sortir plus de cent bateaux de
Boulogne dans une mare, nous y mettrons de prfrence les curies, les
btimens chargs et les grosses chaloupes canonnires.

Nous mettrons les bateaux canonniers et les muskins[2], qui ne tirent
que trois pieds d'eau, dans le port d'Ambleteuse.

Et les trois ou quatre cents bateaux, nous les chouerons sur la plage
de la rade de Saint-Jean: ces btimens ne doivent porter que des hommes
et deux ou trois sacs de biscuit, et ne se trouveront chargs de rien.

Je voudrais que vous vous occupassiez de choisir: 1. le local de la
plage, depuis Ambleteuse jusqu' Boulogne, le plus favorable pour cet
chouement; 2. voir les travaux que l'on pourrait faire  ladite plage
pour rendre cette opration plus facile et moins fatigante pour les
bateaux.

Quant  Calais et  Dunkerque, on s'en servirait pour le complment de
l'arme, le reste des denres, les bagages, les approvisionnemens, etc.

BONAPARTE.

[Footnote 2: Espce de prme ou chaloupe cannonire, de l'invention du
capitaine de vaisseau Muskins.]



Paris, le 24 ventose an 6 (14 mai 1798).

_Au ministre des relations extrieures._

Je viens d'tre instruit, citoyen ministre, que l'Empire a enfin
consenti  prendre pour base du trait de Rastadt la rive gauche du
Rhin. Les citoyens Treilhard et Bonnier achveront sans difficult ce
qu'ils viennent de commencer si heureusement. Mon intervention dsormais
devient superflue; je vous prie donc de vouloir bien m'autoriser  faire
revenir de Rastadt une partie de ma maison que j'y avais laisse, ma
prsence  Paris tant ncessaire pour diffrens ordres et diffrentes
expditions.

BONAPARTE.



Paris, le 7 germinal an 6 (27 mai 1798).

_Au directoire excutif._

Les papiers publics rpandent que vous avez fait arrter plusieurs
membres des conseils de la rpublique cisalpine, et qu'il est dans ce
moment-ci question de faire arrter Moscati et Paradisi, deux membres du
directoire excutif de ladite rpublique.

Je crois qu'il est de mon devoir, comme citoyen qui a quelque
connaissance des personnes et des vnement qui se sont passs en
Italie, de vous faire connatre que la France et la libert n'ont point
d'amis plus vrais que ces deux directeurs.

Le citoyen Paradisi, qui tait professeur renomm  Reggio, est le seul
Italien qui ait rendu quelques services aux armes franaises, tandis
que Mantoue tait encore au pouvoir des Autrichiens, et, vers le milieu
de la premire campagne, il osa, les armes  la main,  la tte de douze
cents hommes de Reggio, ses compatriotes, investir un dtachement de
deux cents Autrichiens qui s'taient retirs dans un chteau, et les
fit prisonniers. Lui, sa famille et la ville de Reggio ont t depuis
spcialement menacs par les Autrichiens, qui leur ont conserv un
ressentiment trs-vif de cet vnement.

Le citoyen Moscati tait connu pour un des plus clbres mdecins de
l'Europe, ayant de grandes connaissances dans les sciences morales et
politiques. Il s'abandonna tout entier au service de l'arme, et c'est 
lui et  ses conseils que nous devons peut-tre vingt mille hommes, qui
eussent pri dans nos hpitaux en Italie.

L'avilissement du gouvernement cisalpin ds sa naissance et la perte de
ses meilleurs citoyens seraient un malheur rel pour la France, et un
sujet de triomphe pour l'empereur et ses partisans.

Voyez, je vous prie, dans cette lettre, le dsir constant qui m'a
toujours anim, d'employer toutes mes connaissances au service de la
patrie.

BONAPARTE.




EXPDITION D'GYPTE.

LIVRE DEUXIEME.



Paris, le 15 ventose an 6 (5 mars 1798).

_Note remise par le gnral Bonaparte au directoire excutif._

Pour s'emparer de Malte et de l'Egypte, il faudrait de vingt 
vingt-cinq mille hommes d'infanterie, et de deux  trois mille hommes de
cavalerie sans chevaux.

L'on pourrait prendre et embarquer ces troupes de la manire suivante,
en Italie et en France:

 Civita-Vecchia, la vingt-unime d'infanterie lgre, deux mille; la
soixante-unime de ligne, seize cents; la quatre-vingt-huitime, _id._,
seize cents; le vingtime de dragons, de quatre cents; et le septime de
hussards, de quatre cents: en tout six mille hommes, commands par les
gnraux Belliard, Friant et Muireur.

 Gnes, la vingt-deuxime d'infanterie lgre, deux mille; la treizime
de ligne, dix-huit cents; soixante-neuvime _id._, seize cents;
quatorzime de dragons, quatre cents; deux escadrons du dix-huitime de
dragons qui sont en Italie, deux cents; en tout cinq mille cinq cents
hommes, commands par les gnraux Baraguey d'Hilliers, Veaux, Vial et
Murat.

En Corse, la quatrime d'infanterie lgre, douze cents hommes,
commands par le gnral Mnars.

 Marseille, la neuvime de ligne, dix-huit cents; la quarante-cinquime
_id._, deux mille; vingt-deuxime de chasseurs, quatre cents; deux
escadrons du dix-huitime dragons qui sont dans le midi, deux cents; en
tout quatre mille quatre cents hommes, commands par les gnraux Bon
et -------.

 Toulon, sur les vaisseaux de guerre, la dix-huitime de ligne, deux
mille; vingt-cinquime _id._, deux mille; trente-deuxime _id._, deux
mille; soixante-quinzime _id._, deux mille; troisime dragons, quatre
cents; quinzime _id._, quatre cents; en tout huit mille huit cents
hommes, commands par les gnraux Brune, Rampon, Pigeon et Leclerc.

 Nice et  Antibes, la deuxime d'infanterie lgre, quinze cents
hommes.

Ce qui formerait un total de vingt-quatre mille six cents hommes
d'infanterie, et de deux mille huit cents de cavalerie.

Les demi-brigades, avec leurs compagnies de canonniers.

La cavalerie, avec les harnois et sans chevaux, et chaque cavalier arm
d'un fusil. Tous les corps avec leur dpt, cent cartouches par homme;
de l'eau pour les btimens, pour un mois; des vivres pour deux.

Il faudrait que ces troupes fussent embarques dans ces diffrens ports,
et prtes  partir au commencement de floral, pour se rendre dans le
golfe d'Ajaccio, et runies et prtes  partir de ce golfe avant la fin
de floral.

Il faudrait joindre  ces troupes soixante pices d'artillerie de
campagne, quarante grosses bouches  feu de sige, deux compagnies de
mineurs, un bataillon d'artillerie, deux compagnies d'ouvriers, un
bataillon de pontonniers, qui seraient embarqus dans les ports d'Italie
et de France de la manire suivante:

 Marseille, vingt obusiers de six pouces, quatre pices de 12, trois
cents coups  tirer par pice, deux compagnies d'artillerie  pied.

 Civita-Vecchia, deux obusiers de 6 pouces, deux pices de 8, deux
pices de 12, trois cents coups par pice; une compagnie d'artillerie 
cheval, une compagnie d'artillerie de ligne, commands par le gnral
Sugny.

 Gnes, quatre obusiers de 6 pouces, quatre pices de 8, quatre pices
de 12, douze pices de 3, cinq cents coups  tirer par pice; deux
compagnies d'artillerie  chenal, deux _id._ d'artillerie de ligne.

 Nice et Antibes, vingt pices de 24, six mortiers  la Gomre, de 12
pouces, cinq cents coups  tirer par pice, deux compagnies d'artillerie
de ligne, commandes par le gnral Dommartin.

 Toulon, six obusiers de 6 pouces, six pices de 8, six pices de 12,
quatre mortiers  la Gomre de 12 pouces, quatre _id._ de 6, cinq cents
coups  tirer par pice, quatre compagnies d'artillerie  pied, deux
compagnies d'artillerie  cheval.

 Civita-Vecchia, le gnral Massna peut tre charg de noliser les
btimens les plus grands qu'il trouvera dans ce port, d'y embarquer les
troupes et ladite artillerie, et les faire partir sur-le-champ pour se
rendre et rester jusqu' nouvel ordre dans le port d'Ajaccio: on peut
prendre, sur les contributions de Rome, de quoi subvenir aux frais de
cet embarquement. On doit spcialement y affecter les galres du pape
qui seraient dans le cas de tenir la mer.

Le gnral qui commande dans la Cisalpine peut excuter le mme ordre 
Gnes, et le gnral Baraguey d'Hilliers peut s'y rendre  cet effet; il
faut, au pralable, envoyer l'argent ncessaire.

On demandera au directoire excutif de la rpublique cisalpine deux
galres, qui serviront  aider,  transporter les troupes et  escorter
le convoi.

Quant  Nice, Antibes et Marseille, il faut que le ministre de la
marine:

1. Frte les plus gros btimens de commerce, suffisamment pour porter
les troupes et l'artillerie dsignes ci-dessus;

2. Travaille aux approvisionnement ncessaires;

3. Que le ministre de la guerre donne ordre pour y faire passer les
troupes ci-dessus, avec l'artillerie et autres approvisionnemens.

Nous avons  Toulon six vaisseaux de guerre, des frgates, des
corvettes; il faudrait y joindre six tartanes canonnires.

Tous ces btimens runis seraient dans le cas de porter la partie des
troupes qui doit tre embarque  Toulon.

Cette escadre, selon le rapport du ministre de la marine, sera, sous
quinze jours, prte  partir; mais elle manque entirement de matelots.
Il n'y aura donc qu'a noliser et mettre l'embargo sur les btimens
ncessaires au transport de l'artillerie.

Pour russir dans cette expdition, on doit calculer sur une dpense
extraordinaire de cinq millions, sans compter les dpenses ordinaires
tant pour l'approvisionnement, armement et solde de l'escadre, que pour
la solde, nourriture et habillement des troupes, que pour les dpenses
de l'artillerie et du gnie, auxquelles il est indispensable de pourvoir
en effectif; ce qui forme donc une somme de huit  neuf millions qu'il
faudrait que le gouvernement dbourst d'ici au 20 germinal.

Paris, le 7 ventose an 6 (7 mars 1798).

_Instruction pour la commission charge de l'inspection de la cte de la
Mditerrane_ (propose par Bonaparte au directoire excutif).

Le premier soin de la commission doit tre de confrer  Toulon avec
les chefs du port, et de prendre toutes les mesures pour que les six
vaisseaux de guerre, les quatre frgates qui s'y trouvent, les quatre
frgates que le citoyen Perre amne avec lui d'Ancne, six corvettes,
six chaloupes canonnires, six tartanes canonnires et quatre bombardes
portant un mortier de 10 ou 12 pouces, ayant  bord pour trois mois de
vivres, soient prts a partir de la rade de Toulon au 15, ou au plus
tard au 20 germinal.

On placera sur chaque chaloupe ou tartane canonnire, indpendamment de
ces pices, un mortier de 4 a 5 pouces.

2. Faire prendre les mesures pour que les approvisionnemens pour deux
mois soient embarqus sur lesdits vaisseaux,  raison de six cents
hommes par vaisseau de guerre, deux cent dix par frgate, et cent par
corvette.

3. Faire prparer la solde et les vivres, galement pour trois mois,
pour l'escadre de l'amiral Brueys, de manire que cette escadre puisse,
le 15 germinal, sortir de quarantaine pour reprendre la mer.

4. Faire armer _le Conqurant,_ les gabares, les vieilles frgates,
etc., en flte, de manire  pouvoir porter le supplment de dix mille
hommes que doit embarquer le port de Toulon, dans le cas o l'amiral
Brueys ne rejoindrait pas  temps.

5. Donner des ordres pour que l'on embarque sur-le-champ  bord des six
vaisseaux de guerre et des six frgates ou gabares, vingt pices de 24
en bronze, avec deux affts, un porte-voix, cinq ou six cents coups 
tirer par pice.

Dix mortiers  la Gomre, de 12 pouces; dix _id._, de 8 pouces, avec
cinq cents coups  tirer par mortier; double crapaud et les camions
ncessaires pour transporter les mortiers; six forges pour rougir les
boulets, avec leurs soufflets et leurs ustensiles; quatre millions de
cartouches avec les pierres  feu, en proportion; vingt mille fusils;
trente mortiers de 4  5 pouces, ayant chacun six cents coups a tirer,
et tous les ustensiles et approvisionnemens ncessaires  un quipage
de sige de quarante bouches  feu; spcialement une grande quantit
d'objets pour artifices.

_Nota_. Une partie de ces objets est porte sur le tableau joint aux
instructions du gouvernement, comme devant tre embarqus  Nice ou 
Antibes; mais il sera possible de les faire embarquer sur les vaisseaux
de guerre, si cela ne les obstrue pas trop.

6. Faire embarquer sur les vaisseaux de guerre et frgates six obusiers
de campagne, six pices de 8, six pices de 12; cinq cents coups  tirer
par pice.

7. Faire transformer en curies deux ou trois gabares ou autres
btimens de transport, de manire a pouvoir transporter deux cent
cinquante chevaux.

8. Se procurer et faire embarquer trois paires de boeufs sur chaque
btiment de guerre, avec les harnois et les hommes ncessaires, afin de
pouvoir s'en servir pour le transport de l'artillerie.

9. La commission fera charger  Antibes ou  Nice, sur deux ou trois
trs-gros btimens, des approvisionnemens, de manire  ce que toutes
les pices de campagne de l'quipage qui s'embarque  Civita-Vecchia,
 Gnes,  Nice,  Toulon et  Marseille, et qui se trouve compos de
seize pices de campagne, seize pices de 12, seize pices de 8, seize
pices de 3, ait sur ces btimens un approvisionnement de rserve de
trois cents coups par pice.

L'on pourra galement faire embarquer  Nice ou  Antibes un supplment
extraordinaire d'artifices, d'outils et autres objets ncessaires au
gros parc de l'arme, indpendamment des onze cents hommes que l'on doit
faire embarquer dans ce port.

Le gnral Dommartin donnera les ordres pour toute la partie de
l'artillerie, et fournira les tats ncessaires.

10. La commission fera mettre l'embargo et nolisera  Marseille de gros
btimens en suffisance pour embarquer de quatre  cinq mille hommes, et
des curies pour deux cents chevaux, et fera en sorte que ces btimens
soient approvisionns d'un mois d'eau, de deux mois de vivres, et que ce
convoi soit prt  partir de Marseille le 15 germinal.

11. La commission correspondra avec le consul de Gnes; elle enverra de
suite,  Gnes, un officier de marine intelligent, qui puisse lui rendre
compte de tout. Indpendamment des 200,000 fr. que le payeur y fait
passer, il y fera passer tous les fonds qui seraient ncessaires.

12. La commission ne correspondra qu'avec moi.

13. Si l'amiral Brueys arrivait  temps pour pouvoir partir le 20
germinal, la commission ferait sur-le-champ armer en flte les six
vaisseaux vnitiens qu'il amne avec lui, ce qui diminuerait d'autant le
convoi.

14. La commission correspondra avec le gnral Vaubois en Corse, pour
l'embarquement des deux mille hommes que ce gnral a reu l'ordre du
gouvernement de faire embarquer. Indpendamment des 200,000 fr. que
l'on a envoys dans cette le, elle y fera passer ce qui pourrait tre
ncessaire pour l'tablissement d'un hpital de cinq cents lits et un
magasin de rafrachissemens que l'ordonnateur de la division de Corse a
reu ordre d'tablir  Ajaccio.

15. Indpendamment de tous ces objets, la commission formera  Toulon
et  Marseille un magasin de seize mille paires de souliers, mille
paires de bottes, seize mille chemises, huit mille gibernes, six mille
chapeaux, seize mille paires de bas pour pouvoir tre distribus aux
troupes.

16. Elle fera galement acheter un million de pintes de vin, cent vingt
mille pintes d'eau-de-vie, qu'elle fera charger sur de gros btimens,
auxquels elle donnera ordre de se rendre dans le port d'Ajaccio, o ils
resteront sans dcharger, jusqu' nouvel ordre; les quipages ayant de
l'eau pour un mois et des vivres pour deux.

17. Le commissaire ordonnateur Sucy ordonnancera toutes les dpenses
relatives aux troupes de terre; le citoyen Leroy, celles relatives
au fret des btimens et en gnral  la marine, et l'on mettra  la
disposition des directeurs d'artillerie les sommes ncessaires pour les
dpenses de l'artillerie.

18. Les dix mille hommes qui s'embarqueront  Toulon, les cinq mille
autres qui s'embarqueront  Marseille, et ceux qui s'embarquent  Gnes,
doivent avoir chacun une ambulance avec les chirurgiens, mdecins et
approvisionnemens ncessaires.

19. Indpendamment du million que le payeur de la commission recevra
demain, la commission recevra, chaque dcade,  commencer du 20 ventose,
500,000 fr. jusqu'au 30 germinal. Elle aura soin de garder en rserve,
et pour tre employs sur un ordre exprs de moi, 200,000 fr. sur le
million qu'elle touche demain, et 200,000 fr. sur le demi-million
qu'elle touchera chaque dcade; ce qui fera, au 30 germinal, qu'il y
aura dans la caisse du payeur un million en rserve.

Lorsque la commission fera des marchs, elle rservera une partie des
paiemens desdits marchs pour tre faits en floral.

20. La commission m'enverra, le plus tt possible, l'tat des sommes
prsumes ncessaires pour l'excution du prsent ordre.

21. La commission formera une compagnie de vingt-cinq armuriers, avec
leurs outils; deux compagnies d'ouvriers bourgeois de la mme formation
que celles de l'artillerie, avec leurs outils, destines galement 
tre embarques.



Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).

_Aux commissaires de la trsorerie nationale._

J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyens, l'arrt du directoire,
relatif  la commission de la Mditerrane, et que vous m'avez paru
dsirer.

Je joins galement l'tat des demi-brigades qui se trouvent en ce moment
 Gnes et en Corse. Je dsirerais savoir si la solde des troupes est
assure pour les mois de ventose et germinal.

BONAPARTE.



_Etat des troupes qui se trouvent dans ce moment-ci en Corse._

Dix-neuvime demi-brigade de ligne, deux mille hommes; premier bataillon
de la quatre-vingt-sixime, neuf cents; quatrime d'infanterie lgre,
quinze cents; vingt-troisime id., deux mille cent; artillerie, deux
cents: en tout, six mille sept cents hommes.

_tat des troupes qui viennent de recevoir l'ordre de se rendre 
Gnes._

Vingt-deuxime d'infanterie lgre, quinze cents hommes; treizime de
ligne, deux mille; soixante-neuvime id., dix-sept cents; quatorzime
de dragons, cinq cents; dix-huitime id., deux cents; artillerie, trois
cents: en tout, six mille deux cents hommes.




Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).

_ la commission de l'armement de la Mditerrane._

Le citoyen Estve, nomm payeur prs de la commission, part ce soir. Il
a des ordres pour toucher 1,300,000 fr.  Toulon. Il a touch ici, et a
fait partir pour Gnes, par un courrier extraordinaire, 200,000 fr., ce
qui fait les 1,500,000 f. que vous deviez toucher dans ce mois.

J'aurai soin qu'au premier germinal on vous fasse passer 500,000 autres
francs.

Il est indispensable que vous fassiez partir sur-le-champ, par une
frgate, 200,000 fr. en Corse. J'attends avec intrt votre premire
dpche. Mettez la plus grande activit dans tous vos travaux.

Les troupes qui doivent s'embarquer  Toulon sont en marche, et
arriveront vers le 15 germinal. Faites prparer les casernes et les
subsistances.

BONAPARTE.



Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).

_Instruction pour le gnral Dommartin._

L'quipage d'artillerie pour la Mditerrane est compos d'un quipage
de campagne et d'un de sige.

Il a t ordonn au gnral Massna, par un courrier qui est parti le 15
ventose, de faire embarquer  Civita-Vecchia deux obusiers de 6 pouces,
deux pices de 8, deux pices de 12; trois cents coups  tirer par
pice; une compagnie d'artillerie  cheval, une id. de ligne, un
capitaine faisant fonctions de directeur du parc.

Il a t ordonn au gnral Berthier, par un courrier parti le mme
soir, de faire embarquer  Gnes le gnral Sugny, un chef de brigade
d'artillerie, deux compagnies d'artillerie  cheval, deux id. de ligne,
le commissaire des guerres Boinod, des conducteurs et inspecteurs
d'quipages, deux cents charretiers, cinq cents harnois de chevaux
de trait, une compagnie d'ouvriers, une id. de mineurs, une id. de
pontonniers, un bataillon de sapeurs, douze pices de 3 approvisionnes
 cinq cents coups, quatre obusiers de 6 pouces approvisionns  trois
cents coups, quatre pices de 8 id., quatre pices de 12 approvisionnes
 trois cents coups, deux mortiers  la Gomre de 12 pouces, deux id.
de 6 pouces approvisionns  cinq cents coups, deux cents outils de
pionniers, un million de cartouches. Vous devez faire embarquer 
Marseille deux obusiers de 6 pouces, quatre pices de 12, trois cents
coups  tirer par pice, deux compagnies de ligne;  Toulon, six
obusiers de 6 pouces, six pices de 8, six pices de 12, approvisionnes
 trois cents coups par pice.

Vous devez faire embarquer  Nice ou  Antibes un double
approvisionnement pour tout l'quipage.

Vous devez faire galement embarquer  Toulon ou  Marseille trois ou
quatre millions de cartouches, avec tout ce qui est ncessaire pour un
quipage de campagne de cette importance.

Vous devez galement faire embarquer un quipage de sige de vingt
pices de 24, dix mortiers de 12 pouces, dix id. de 8 pouces, vingt ou
trente mortiers de 3 ou 4 pouces; le tout approvisionn  six cents
coups.

Embarquez le plus d'ouvriers et d'armuriers, munis de leurs outils,
qu'il vous sera possible.

BONAPARTE.



Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).

_Au gnral Berthier._

Le courrier qui vous porte cette lettre, mon cher gnral, porte au
consul de Gnes des lettres de change pour 200,000 fr., afin de subvenir
aux dpenses extraordinaires de l'embarquement, tant pour la marine que
pour l'artillerie et les approvisionnemens extraordinaires de deux mois.

Il serait ncessaire de faire arranger trois des plus gros btimens de
transport, pour servir d'curies, de manire qu'ils pussent porter, 
eux trois, une centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine
d'artillerie. Vous feriez alors choisir les chevaux les plus forts et en
meilleur tat.

Si l'on peut trouver  Civita-Vecchia, galement pour embarquer, une
centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine d'artillerie,
donnez-en l'ordre; si on ne le peut pas, on s'en passera.

Envoyez  Civita-Vecchia un de vos aides-de-camp qui prendra l'tat de
situation des troupes qui s'embarquent, de l'artillerie; le nombre, le
nom et le tonnelage des btimens.

Donnez l'ordre, tant  Gnes qu' Civita-Vecchia, pour que le gnral de
division ne puisse pas embarquer plus de trois chevaux, le gnral de
brigade, plus de deux, le chef de brigade plus d'un: vous sentez combien
il est ncessaire de n'avoir que ce qui est strictement ncessaire et
indispensable; mais vous pouvez engager les officiers  embarquer leurs
selles, brides, etc., pour les chevaux qu'ils doivent avoir.

Je vous ai dj crit, je crois, pour que vous teniez tous vos chevaux,
ceux de Leclerc, et cinq  six autres bons chevaux, prts  partir.

Vous enverrez galement  Gnes, pour tre embarque, la compagnie des
guides qui est dans le Mont-Blanc, ainsi que les douze gardes  cheval
que vous avez gards avec vous.

BONAPARTE.



Paris, le 26 ventose an 6 (16 mars 1798).

_Au ministre de la marine._

Je dsirerais, citoyen ministre, que vous envoyassiez l'ordre  la
frgate qui est  Cadix de se rendre  Ajaccio en Corse, o elle
attendra les ordres du contre-amiral Duchayla, et que vous en
prvinssiez  Toulon, pour qu'on y ft passer la solde et les vivres
dont elle doit avoir besoin.

BONAPARTE.



Paris, le 27 ventose an 6(17 mars 1798).

_Au ministre de la guerre._

J'ai reu, citoyen ministre, votre lettre relative aux adjudans-gnraux
Grsieux et Clauzel. Vous pourrez donner des lettres de service au
citoyen Clauzel pour l'arme d'Angleterre, et envoyer le citoyen
Grsieux  Toulon, o il serait employ sur les ctes de la
Mditerrane.

Je vous demanderai galement d'employer l'adjudant-gnral Jullien 
Marseille, sous les ordres du gnral Bon. Cet adjudant-gnral est
actuellement employ  l'arme d'Angleterre.

BONAPARTE.



Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798).

_Aux commissaires du gouvernement,  Rome._

Le directoire excutif, attachant la plus grande importance  la bonne
organisation et au prompt dpart de la division qui doit s'embarquer 
Civita-Vecchia, a jug  propos d'en confier le commandement au gnral
Desaix, qui part ce soir mme pour s'y rendre en toute diligence.

Je vous prie de lui faire fournir tout ce dont il peut avoir besoin, et
tous les officiers d'tat-major, d'artillerie, du gnie, commissaires
des guerres qu'il demandera.

BONAPARTE.



Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798).

_Note au directoire excutif._

Le gnral commandant  Berne fera faire le prt de la deuxime
demi-brigade d'infanterie lgre, de la dix-huitime de ligne, de la
vingt-cinquime idem, du troisime rgiment de dragons, du quinzime
idem, ainsi que des canonniers attachs  cette division, jusqu'au 13
germinal.

Il fera complter leur armement, leur buffleterie, et, autant qu'il sera
possible, leur habillement.

Il donnera l'ordre au troisime et au quinzime rgimens de dragons,
avec toute l'artillerie de campagne qui est attache  la division qui
est venue de l'arme d'Italie, de se rendre, par le chemin le plus
court,  Toulon.

Le ministre de la guerre donnera l'ordre au gnral de brigade de
cavalerie Leclerc de se rendre sur-le-champ  Lyon pour prendre le
commandement de ces deux rgimens, et les conduire lui-mme  Toulon.

Le gnral commandant l'arme d'Helvtie incorporera dans la seconde
d'infanterie lgre les claireurs de la vingt-troisime d'infanterie
lgre; aprs quoi, il donnera l'ordre au gnral Pigeon de partir
avec la deuxime demi-brigade d'infanterie lgre, les dix-huitime
et vingt-cinquime de ligne, pour se rendre  Lyon, o ces corps
s'embarqueront sur le Rhne jusqu' Avignon, d'o ils se rendront par
terre  Toulon.

Deux jours aprs, il donnera l'ordre au gnral Rampon de partir avec
la trente-deuxime et la soixante-quinzime pour se rendre galement 
Lyon, s'y embarquer sur le Rhne jusqu' Avignon, et se rendre de l par
terre  Toulon.

Le ministre de la guerre donnera l'ordre au gnral Lannes de
partir sur-le-champ en poste de Paris, pour se rendre  Lyon avec
l'adjudant-gnral Lagrange, et prendre toutes les mesures, en se
concertant avec le commandant de cette place, le commissaire-ordonnateur
et celui du directoire excutif, pour qu'il y ait dans cette ville la
quantit de bateaux et tout ce qui est ncessaire pour embarquer les
troupes ci-dessus, et surveiller ledit embarquement; aprs quoi, le
gnral Lannes et le citoyen Lagrange se rendront  Toulon.

Le ministre de la guerre donnera galement les ordres pour qu'il y ait
 Lyon: dix mille paires de souliers, six mille paires de culottes, six
mille chapeaux, quatre mille vestes, dix mille paires de bas, dix mille
chemises, trois mille sacs de peau, trois mille habits, quatorze mille
paires de bottes, pour pouvoir tre distribus auxdites troupes,  leur
passage.

Le gnral Lannes aura soin de veiller aux distributions, pour qu'elles
se fassent conformment aux besoins de chaque corps.

Le gnral commandant l'arme d'Helvtie fera mettre  l'ordre des
demi-brigades ci-dessus dsignes, qu'elles vont se rendre  Toulon,
d'o elles partiront pour une opration extrmement essentielle, et
qu'elles trouveront  Toulon le gnral Bonaparte, sous les ordres
duquel elles continueront d'tre.

BONAPARTE.



Paris, le 27 ventse an 6 (17 mars 1798).

_Au prsident du directoire excutif._

Je vous ferai passer, citoyen prsident, la rponse de la trsorerie 
la demande que je lui avais faite si la solde tait assure pour les
troupes qui se rendent en Corse et  Gnes.

La caisse de l'arme d'Italie a bien de la peine  subvenir aux dpenses
des corps qui sont dans ce pays.

Je crois qu'il serait ncessaire que le directoire prit l'arrt
ci-joint:

ARRT.

ART. 1er. La trsorerie nationale fera sur-le-champ passer  son payeur,
en Corse, la solde pour les troupes qui y sont, pour les mois de nivose,
pluviose et ventose.

2. L'ordonnateur de la marine  Toulon fera partir une corvette pour
porter lesdits fonds.

Pour cet effet, il en remettra les sommes au payeur de la marine 
Toulon, qui les fera passer en Corse par un aviso.

3. La trsorerie nationale fera solder a Gnes, dons le plus court
dlai, aux troupes qui s'y trouvent, la solde des mois de ventose et
germinal.



_Etat des troupes qui sont en Corse._

La quatrime d'infanterie lgre, quinze cents hommes; la
vingt-troisime _id._, deux mille cent; la dix-neuvime de ligne,
dix-huit cents; un bataillon de la quatre-vingt-sixime _id._, huit
cents; artillerie, trois cents: en tout, six mille cinq, cents hommes.



_Etat des troupes qui sont  Gnes, sous les ordres du gnral Baraguey
d'Hilliers._

La vingt-deuxime d'infanterie lgre, quinze cents hommes; la treizime
de ligne, deux mille; la soixante-neuvime _id._, dix-huit cents; le
quatorzime de dragons, cinq cents; le dix-huitime _id._, deux cents;
artillerie, deux cents: en tout, six mille deux cents hommes.

BONAPARTE.



Paris, le 2 germinal an 6 (22 mars 1798).

_Au ministre des finances._

La commission charge de l'armement de la cte de la Mditerrane doit
recevoir 500,000 fr. cette dcade-ci. Je dsirerais, citoyen ministre,
tre inform si la trsorerie a donn des ordres pour cet objet.

Je vous prierais de faire rserver sur cette somme 50,000 f., pour tre
mis  la disposition du gnral Dufalga, commandant l'arme du gnie,
attach  ladite commission, lesquels 50,000 fr. doivent tre solds 
Paris.

Je vous prie galement de donner des ordres pour que la trsorerie
fasse passer des fonds pour solder les troupes qui sont dans les deux
dpartemens de Liamone et du Golo, qui sont arrires de trois mois.

BONAPARTE.



Paris, le 3 germinal an 6 (23 mars 1798).

_Au ministre de la guerre._

Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre au gnral de brigade
Gardane, qui est  Paris, de se rendre  Toulon, o il s'adressera au
gnral Dommartin, chez lequel il trouvera de nouveaux ordres.

Je vous prie de donner les mmes ordres au gnral Verdier, qui est 
Toulouse; au gnral de brigade Davoust, qui est dans ce moment-ci a
Paris, de se rendre  Marseille, pour y prendre le commandement de la
cavalerie qui se runit dans cette ville, o il sera sous les ordres du
gnral Bon; et au gnral de division Dumas de se rendre  Toulon, o
il recevra de nouveaux ordres.

BONAPARTE.



Paris, le 5 germinal an 6 (25 mars 1798).

_ la commission charge de l'approvisionnement de la Mditerrane._

J'ai reu, citoyens, la lettre que vous m'avez envoye par un courrier
extraordinaire.

J'ai vu avec plaisir l'tat satisfaisant de l'escadre. J'aurais dsir
avoir galement l'tat des galres ou btimens de transport que vous
avez arrts  Toulon, pour l'embarquement de dix mille hommes.

Les troupes arriveront avant le 15 germinal; il est ncessaire que tout
soit prt  partir le 20.

Si le contre-amiral Brueys n'est point arriv lorsque vous aurez reu
cette lettre, vous ferez vos prparatifs pour vous en passer.

Les six vaisseaux de guerre qui sont en rade: _le Conqurant,_ les
frgates, les briks, doivent, ensemble, porter facilement six mille
hommes. Il ne vous reste donc plus qu'a chercher,  Toulon, des btimens
de transport pour quatre mille hommes.

Si l'escadre du contre-amiral Brueys tait arrive, ou si vous aviez des
nouvelles du jour o elle arrivera, vous n'auriez plus alors besoin de
transports  Toulon.

Le gnral Dommartin doit tre arriv. Vous avez dj, sans doute,
commenc  embarquer l'artillerie.

Si le citoyen Sucy n'tait pas arriv, cela ne doit pas vous empcher
de faire tout ce dont il est charg, appelant auprs de vous un
commissaire-ordonnateur le plus  porte.

Le payeur, qui doit tre arriv, vous aura apport l'argent qui vous
tait ncessaire; la trsorerie prend ses dispositions pour vous faire
toucher 500,000 fr. cette dcade.

J'attends avec impatience votre premier courrier pour savoir si tout est
prt, et si les troupes pourront tre embarques le 20 de ce mois.

BONAPARTE.



Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).

_Aux commissaires de la trsorerie nationale._

Le ministre des finances, citoyens commissaires, a d vous prvenir
que, sur les 500,000 fr. de cette dcade que vous devez mettre  la
disposition de la commission de la Mditerrane, 50,000 fr. devaient
tre solds,  Paris, au gnral Dufalga.

Je vous prie, citoyens commissaires, de vouloir bien faire solder
lesdits 50,000 fr. au gnral Dufalga, et de donner son reu en paiement
au payeur de la commission, qui le recevra pour comptant. Le revirement
est tout simple: la lettre du ministre des finances et celle que j'ai
l'honneur de vous crire, cette commission se trouvant sous mes ordres,
vous y autorisent suffisamment.

BONAPARTE.



Paris, le 6 germinal on 6 (26 mars 1798).

_Au ministre des relations extrieures._

Ayant besoin, citoyen ministre, pour remplir les intentions du
gouvernement, des citoyens Royer et Bellette, deux jeunes gens qui sont
partis, il y a quelques jours, pour Constantinople, et qui doivent tre
actuellement  Toulon, je vous prie de leur envoyer l'ordre de rester 
Toulon.

Je dsirerais galement que vous donnassiez l'ordre aux citoyens
Jaubert, Chry, Lapone, trois jeunes gens les plus avancs  l'cole des
langues orientales  Paris, de se rendre  Constantinople, et de leur
envoyer contre-ordre  Toulon, pour qu'ils y attendent de nouveaux
ordres.

BONAPARTE.



Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).

_Au ministre de l'intrieur._

Le directeur de l'imprimerie de la rpublique et le citoyen Langls,
citoyen ministre, sont anims de la plus mauvaise volont. Je vous prie
de donner l'ordre positif que tous les caractres arabes actuellement
existans, hormis les matrices, soient sur-le-champ emballs, et au
citoyen Langls l'ordre de les suivre.

Le citoyen Langls m'a paru, dans la premire confrence que j'ai eue
avec lui, trs-dispos  venir; d'ailleurs la rpublique, qui a fait son
ducation et qui l'entretient depuis long-temps, a le droit d'exiger
qu'il obisse.

Je vous prie de donner l'ordre que l'on emballe galement les caractres
grecs; il y en a, puisque l'on imprime en ce moment Xnophon, et ce
n'est pas un grand mal que le Xnophon soit retard de trois mois,
pendant lequel temps on fera d'autres caractres, les matrices restant.

Je vous prie de donner galement l'ordre positif d'emballer les
caractres pour trois presses franaises. Il nous suffit d'avoir des
caractres ordinaires.

BONAPARTE.



Paris, le 6 germinal au 6 (26 mars 1798).

_Au ministre de l'intrieur._

J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyen ministre, la lettre du
directoire pour vous.

Je vous prie en consquence de vouloir bien donner l'ordre aux citoyens
dont la liste est ci-jointe[3] de se tenir prts  partir, au premier
ordre qu'ils recevront, pour se rendre  Bordeaux.

Ceux d'entre eux qui ont des places les conserveront, les appointemens
en seront pays  leur famille. Ils recevront en outre un traitement
extraordinaire et les frais de poste pour la route.

Je vous prie de donner l'ordre aux citoyens dont la liste est
ci-jointe[4] de se tenir prts  partir, au premier ordre, pour
Flessingue. Les ingnieurs jouiront d'un traitement pour leurs travaux
extraordinaires. Leur mission n'tant que temporaire, leurs places
doivent leur tre conserves.

BONAPARTE.

[Footnote 3: Dangs, Duc-la-Chapelle, astronomes; Costaz, Fourier,
Monge, Molard, gomtres; Cont, chef de bataillon des arostiers;
Thouin, Geoffroi, Delisle, naturalistes; Dolomieu, minralogiste;
Berthoilet, chimiste; Dupuis, antiquaire.]

[Footnote 4: Isnard, Lepre, Lepre (Gartien), Lancret, Lefebvre, Chzy,
ingnieur des ponts et chausses; Panuson, interprte.]



Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).

_ la commission charge de l'inspection des ctes de la Mditerrane._

Je viens de recevoir, citoyens, des nouvelles du contre-amiral Brueys.
Il est parti de Corfou, le 6 ventose, avec six vaisseaux de guerre
franais, six frgates _idem_, cinq vaisseaux de guerre vnitiens, trois
frgates _idem_, deux cutters pris sur les Anglais.

Le chef de brigade Perre est parti d'Ancne le 12, avec deux frgates
franaises et deux vnitiennes.

Il est donc possible que, lorsque vous recevrez cette lettre, l'un et
l'autre soient dj arrivs, et j'espre que, moyennant votre activit
et les mesures que vous avez prises avec l'ordonnateur Najac, ces
vaisseaux pourront repartir quinze jours aprs leur arrive. _Le
Mercure_ est le seul vaisseau, je crois, qui ait besoin de rparation.

Quant aux vaisseaux vnitiens, s'ils peuvent tre arms en guerre tous
les cinq, vous y ferez travailler de suite; et, s'il fallait trop de
temps, vous n'en ferez armer qu'une partie: ainsi, vous n'auriez besoin
d'aucun secours de btimens de transport pour porter les dix mille
bommes que vous devez embarquer  Toulon, avec l'artillerie; et, je vous
le rpte, le 25 ou mme le 20 germinal, tout doit tre prt  partir.

Plusieurs mdecins et officiers gnraux ont eu ordre de se rendre 
Toulon: ils s'adresseront  vous, vous leur ferez fournir le logement
et tout ce dont ils auront besoin, et vous leur direz d'attendre de
nouveaux ordres.

La quatre-vingt-cinquime demi-brigade s'est embarque le 3  Lyon,
pour se rendre  Marseille. Le deuxime bataillon du quatrime rgiment
d'artillerie s'est embarqu le 5 pour se rendre  Toulon.

Cinq demi-brigades doivent tre,  l'heure qu'il est, embarques  Lyon,
pour aller par le Rhne jusqu' Avignon, et de l se rendre  Toulon.

Confrez avec le commissaire ordonnateur et le gnral de division
Dugua, pour vous assurer que les subsistances et les cantonnemens de ces
troupes sont assurs.

Les dix-huitime et trente-deuxime demi-brigades, commandes par le
gnral Rampon, feront cantonnes au fort Lamalgue,  Lavalette, 
Solier,  Hires et autres villages dans ces environs.

Les vingt-cinquime et soixante-quinzime, commandes par le gnral
Gardanne, seront cantonnes  Ollioules, au Bausset, Laseine,
Saint-Lazaire et autres villages environnans.

La deuxime demi-brigade d'infanterie lgre sera cantonne dans Toulon.
Le gnral Pigeon aura le commandement de la deuxime demi-brigade
d'infanterie lgre. Le gnral Gardanne commandera la vingt-cinquime
et la soixante-quinzime. Vous placerez les troisime et quinzime
rgimens de dragons dans les endroits o il y aura le plus de fourrages.

Je vous recommande de veiller  ce que les troupes aient tous les jours
du vin ou de l'eau-de-vie, et  ce que les subsistances leur soient
assures.

Il me tarde d'avoir un compte dtaill sur tous les ordres contenus dans
les instructions que je vous ai donnes, ainsi que d'apprendre l'arrive
et l'tat dans lequel se trouve le contre-amiral Brueys.

Pour n'tre pas dans le cas de vous tromper dans vos calculs, vous devez
compter, pour l'embarquement de Toulon, sur douze  treize mille hommes,
compris l'artillerie, les charretiers et les domestiques, et cinq mille
 Marseille.

Actuellement que le contre-amiral Brueys est arriv, il sera bon que
vous mnagiez  Toulon de quoi embarquer plutt mille hommes de plus que
de moins.

Je vous envoie:

1. Des plans et des notes sur la construction d'un ponton qui ne doit
pas peser plus de neuf cents livres; vous en ferez mettre sur-le-champ
trente en construction, avec les poutrelles et ce qui est ncessaire
pour tablir le pont.

2. L'esquisse d'un petit bateau portant une pice de 12, et dont la
simple carcasse de doit pas peser plus de dix milliers: vous en ferez
mettre sur-le-champ deux en construction.

3. Le mmoire et le projet d'une petite corvette portant une pice de
24 et plusieurs pices de 6, laquelle doit se diviser en parties, pour
pouvoir tre transportes par terre sur huit diables. Vous en ferez
mettre une sur-le-champ en construction.

Vous ferez en sorte que les pontons et les deux petits bateaux soient
en tat de partir le plus tt possible. Il les faudrait avoir pour les
premiers jours de floral.

Quant  la petite corvette, mettez-la en construction; lorsqu'elle sera
finie, nous nous en servirons. Je sais bien que cela ne peut pas tre
avant le milieu de prairial: ce serait un grand bien, s'il tait
possible que cela ft plus tt.

En vous envoyant ces plans et les mmoires qui les expliquent, je n'ai
pas entendu vous prescrire de n'y faire aucun changement dans le dtail.
Le vritable point de vue est de tout sacrifier  la lgret, afin de
les rendre transportables par terre.

Je vous prie de remettre la lettre ci-jointe au contre-amiral Brueys, du
moment qu'il arrivera.

BONAPARTE.



Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).

_Au contre-amiral Brueys._

Je prsume, citoyen gnral, que vous tes arriv  Toulon, puisque
vos dernires dpches m'apprennent que vous tes parti de Corfou le 7
ventose.

L'on est ici extrmement satisfait de votre conduite. Il faut que les
btimens qui vous ont plusieurs fois port les ordres du gouvernement
aient t pris.

Maintenez une svre quarantaine parmi vos quipages: c'est le plus sr
moyen d'empcher la dsertion. Tous les ordres ont t donns pour que
la solde et les vivres leur soient fournis.

Vous aurez sous vos ordres une des plus belles escadres qui soient
sorties depuis long-temps de Toulon.

Je compte sur vos six vaisseaux. Vous vous dpcherez de faire faire les
rparations dont _le Mercure_ pourrait avoir besoin; ce qui, joint aux
six vaisseaux qui sont en ce moment en rade; aux treize frgates, au
_Conqurant_ arm en flte, et au plus grand nombre des vaisseaux
vnitiens qui seront susceptibles d'tre promptement arms, vous mettra
 mme de remplir la mission brillante qui vous est destine.

Je serai fort aise de vous revoir: j'espre que ce sera dans trs-peu de
temps.

Casabianca partira bientt pour servir sous vos ordres. Il faut
absolument que vous vous arrangiez de manire  ce que vous puissiez
partir le premier floral.

BONAPARTE.



Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).

_Au gnral Lannes._

Je reois, citoyen gnral, votre dernire lettre de Lyon, du 3 du
courant. J'aurais dsir que vous m'eussiez envoy l'tat de situation
de la quatre-vingt-cinquime, celui des effets qui lui ont t dlivrs,
et des notes sur l'esprit qui anime les troupes.

Ne manquez pas de me l'envoyer le plus tt possible, ainsi que celui des
demi-brigades qui viennent de Suisse.

Prvenez le gnral Dugua  Marseille, et le commissaire ordonnateur
Sucy  Toulon, des mouvemens des troupes, afin qu'ils fassent prparer
tout ce qui leur est ncessaire sur les routes d'Avignon  Marseille et
Toulon.

BONAPARTE.



Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).

_Au gnral Dugua._

Les neuvime et quatre-vingt-cinquime demi-brigades de ligne, ainsi que
le vingt-deuxime de chasseurs et le deuxime escadron du dix-huitime
rgiment de dragons, se rendent  Marseille, o ils doivent s'embarquer.
Je vous prie, mon cher gnral, de veiller  ce qu'ils ne manquent de
rien. Le gnral Bon et le gnral Davoust sont partis pour commander,
le premier l'infanterie, le second la cavalerie, et l'adjudant-gnral
Jullien, pour faire les fonctions de chef de l'tat-major de cette
division.

La deuxime d'infanterie lgre, les dix-huitime, vingt-cinquime,
trente-deuxime et soixante-quinzime arriveront galement sous peu de
jours  Avignon par le Rhne.

Elles ont ordre de se rendre  Toulon.

Vous enverrez l'ordre au gnral Rampon avec, les dix-huitime et
trente-deuxime, de tenir garnison au fort Lamalgue, Solliers, Lavalette
et Hires;  la vingt-cinquime et soixante-quinzime de tenir garnison
 Ollioules, Saint-Lazaire, Lascine et autres villages environnans.
Cette brigade sera commande par le gnral Gardanne.

Vous enverrez l'ordre  la deuxime d'infanterie lgre, qui sera
commande par le gnral Pigeon, de tenir garnison  Toulon.

Vous placerez le gnral Leclerc et deux rgimens de dragons qu'il
commande, dans l'endroit le plus favorable pour la subsistance de la
cavalerie, mais de manire  ce qu'ils soient dans un cercle de trois ou
quatre lieues de Toulon.

Donnez les ordres  votre commissaire-ordonnateur pour que ces troupes
ne manquent de rien, et prvenez le payeur de votre division pour
qu'elles aient leur prt avec exactitude, qu'elles aient le vin ou
l'eau-de-vie tous les jours. Voyez aussi l'ordonnateur Sucy, le gnral
Dommartin, l'amiral Blanquet et le citoyen Leroy, qui forment la
commission de la Mditerrane.

Prvenez vos tapiers d'Avignon  Toulon, afin que ces troupes aient
leur subsistance assure pendant la route.

BONAPARTE.



Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).

_Au citoyen Sucy._

Indpendamment, citoyen ordonnateur, de votre qualit de membre de
la commission, vous remplissez plus spcialement les fonctions de
l'ordonnateur en chef de l'arme qui va s'embarquer.

Je compte assez sur votre discrtion pour vous faire part de suite de la
composition de toute l'arme dont vous tes charg, en vous enjoignant
surtout de garder le plus profond silence.

L'arme sera compose de cinq divisions:

1. Les trois demi-brigades qui s'embarquent  Civita-Vecchia, qui ont
ordre d'embarquer avec elles deux commissaires des guerres, un chef de
chaque administration, une ambulance et des vivres pour deux mois.

2. La division qui s'embarque  Gnes, compose de trois demi-brigades,
et qui a ordre d'embarquer deux commissaires des guerres, un chef de
chaque administration, une ambulance et des vivres pour deux mois.

3. Une division qui s'embarque  Toulon, compose de la quatrime
d'infanterie lgre, de la dix-huitime et de la trente-deuxime de
ligne; vous y attacherez deux commissaires des guerres, un chef de
chaque administration, une ambulance.

4. Une division qui s'embarquera  Marseille, compose des neuvime et
quatre-vingt-cinquime de ligne,  laquelle vous attacherez galement
un chef de chaque administration, deux commissaires des guerres et une
ambulance.

Vous ferez bien attention surtout que la manire dont je viens de
classer les divisions, n'est point par les numros qu'elles doivent
garder; j'ai suivi leur position gographique; ainsi vous dsignerez les
deux divisions qui sont  Toulon, l'une sous le nom de Solliers, l'autre
sous celui de Laseine, sans leur donner aucun numro.

Toutes ces troupes, avec un corps de cavalerie et d'artillerie 
proportion, doivent tre runies sur un seul point pour concourir  une
mme opration. Il est donc ncessaire que vous ayez avec vous, pour
les employer selon les circonstances, sept  huit bons commissaires des
guerres, un chef d'attelage d'artillerie et huit ou dix hommes entendus,
pour pouvoir, lorsque notre dbarquement sera opr, les charger des
diffrens services de l'arme, sans cependant leur dsigner encore
aucune fonction.

Le gnral Dommartin commande l'artillerie de ladite arme; vous vous
entendrez avec lui pour tous les dtails.

Le citoyen Desgenettes est mdecin en chef; le citoyen Larrey,
chirurgien en chef. Dix-huit chirurgiens et mdecins doivent tre
partis, et, a l'heure qu'il est, tre rendus  Toulon. Indpendamment
de cela, vous prendrez le plus de chirurgiens et de mdecins que vous
pourrez, soit en en faisant venir de l'arme d'Italie, soit en prenant
ceux de quelque mrite, que vous pourriez trouver dans le pays o vous
tes: vous n'en aurez jamais de trop.

Vous organiserez aussi une pharmacie, que vous prendrez dans les
hpitaux de Marseille et de Toulon.

Chaque vaisseau de guerre ou vaisseau de transport doit avoir sa
pharmacie pour les malades qui pourraient survenir pendant le passage,
et vous devez aussi embarquer une quantit de mdicamens proportionne 
la force de l'arme, qui se trouve tre de trente mille hommes.

Procurez-vous deux ou trois cents infirmiers, huit ou dix bons
directeurs d'hpitaux, un bon architecte, douze ou quinze maons, cinq
ou six garde-magasins, et un agent en chef des hpitaux. Vous avez l
dessus libert toute entire. Dans les instructions de la commission,
j'ai demand beaucoup de souliers; indpendamment des besoins qu'aura la
troupe au moment de l'embarquement, il faudra encore y suppler jusqu'
ce que nous ayons pu faire des tablissemens dans le pays o nous
allons.

Le payeur gnral sera le citoyen Estve. Il faut qu'il y ait autant
de payeurs qu'il y a de divisions, indpendamment des bureaux et des
payeurs qui peuvent lui devenir ncessaires.

N'oubliez pas de vous procurer quelques artistes vtrinaires.

Le gnral de division ne pourra embarquer que trois chevaux, le gnral
de brigade deux, et tous les officiers qui eut le droit d'avoir des
chevaux, un; le commissaire ordonnateur, trois, et les commissaires des
guerres en chef, un; les administrateurs, aucun; mais tout le monde a la
libert d'embarquer le nombre de selles et de palfreniers que la loi lui
accorde.

Faites-vous rendre compte s'il y a des tentes dans l'arrondissement o
vous vous trouvez: s'il y en avait, il faudrait les faire mettre en
tat: je dsirerais en avoir un millier.

Le deuxime bataillon du quatrime rgiment s'est embarqu le 5  Lyon,
pour Avignon. Ainsi, il sera dj rendu  Toulon quand vous recevrez
cette lettre.

J'ai donn ordre que l'on embarque cinquante chevaux d'artillerie 
Civita-Vecchia, cinquante  Gnes. Nous en embarquerons le plus que nous
pourrons  Toulon et  Marseille. Dans les instructions que j'ai donnes
 la commission, cet article de l'artillerie est spcialement dtaill.

BONAPARTE.



Paris, le 11 germinal an 6 (31 mars 1798).

_Au ministre des finances._

Vous devez remettre, citoyen ministre, pour cette dcade, 500,000 fr. 
la disposition de la commission charge de l'inspection des ctes de la
Mditerrane. Je dsirerais que la trsorerie pt faire partir demain
des lettres de change pour 200,000 francs sur Gnes, et faire passer
300,000 francs  Toulon.

La solde des troupes qui s'embarquent  Gnes est arrire. Il serait
ncessaire que la trsorerie fit passer au payeur de la division du
gnral Baraguey-d'Hilliers  Gnes 400,000 fr., pour payer cette
division jusqu'au premier germinal.

J'ai un courrier tout prt, qui porterait les lettres de change pour
ces 600,000 fr. Il serait fort essentiel  nos oprations que cela pt
partir demain.

Je vous prie aussi de donner des ordres pour qu'elle fasse passer de
l'argent pour la solde des troupes qui sont en Corse. Il faudrait au
moins 300,000 fr.

BONAPARTE.



Paris, le 13 germinal an 6 (a avril 1798). _Au gnral
Baraguey-d'Hilliers._ Le consul recevra, citoyen gnral, par un
courrier que j'expdierai demain, 600,000 fr., ce qui, joint aux 200,000
fr. que j'ai dj fait passer, fournira les sommes ncessaires a
l'embarquement.

Faites-moi passer, par le retour de mon courrier:

1. L'tat de situation des btimens, le nombre des tonneaux et de
l'quipage de chaque btiment, avec le nombre d'hommes et le nombre de
chaque corps que chaque btiment transporte.

2. L'tat de situation de votre division, le nom de votre payeur, de
vos deux commissaires des guerres, de vos deux adjudans gnraux, et
des officiers d'artillerie et de gnie attachs  l'tat-major de la
division.

Tchez d'embarquer avec vous le plus de chirurgiens et de mdecins que
vous pourrez, franais ou italiens; quatre mdecins, douze chirurgiens,
indpendamment des chirurgiens des corps et de l'ambulance, ne seraient
pas trop.

Embarquez huit ou dix armuriers avec leurs outils, franais ou italiens,
et des calfats, charrons, serruriers, le plus que vous pourrez vous en
procurer.

J'cris au gnral Berthier de vous faire passer trois mille fusils,
s'il peut se les procurer.

Ne partez pas sans de nouveaux, ordres.

Faites en sorte d'avoir plutt trois ou quatre jours de vivres de plus
que de moins. Tenez la main  ce que l'on n'embarque rien d'inutile.
Vous ne pouvez embarquer pour vous que trois chevaux, les gnraux de
brigade deux, et les autres officiers qui ont le droit d'avoir des
chevaux, un; mais chacun embarquera ses selles et ses palfreniers.

Laissez  Gnes un officier suprieur par corps composant votre
division, afin de runir dans cette ville tous vos hommes sortant des
hpitaux; et, toutes les fois qu'il y en aura cent, on leur donnera
des ordres pour vous rejoindre. Les officiers peuvent galement donner
rendez-vous  Gnes  leurs domestiques, et gros bagages, qu'ils ne
pourraient pas embarquer avec eux.

Embarquez tous les dpts actuellement existans.

J'imagine que vous menez avec vous Parthouneaux. J'cris  Berthier de
vous envoyer Almeyras, qui est un fort bon adjudant-gnral.

Faites-moi connatre, par le retour du courrier, l'tat exact et par
corps de tout ce qui serait d aux soldats.

Ayez avec vous trois bons directeurs d'hpitaux et une centaine de bons
infirmiers.

BONAPARTE.



Paris, le 13 germinal an 8 (2 avril 1798).

_Au gnral Lannes._

Je vous envoie, citoyen gnral, des lettres pour le payeur de la
division qui vient de Suisse, pour le payeur de Lyon et de deux autres
dpartemens.

Vous ferez donner  Lyon la solde aux troupes jusqu'au 15 de ce mois.
Si la division n'avait point  Lyon de payeur, vous chargeriez un des
quartiers-matres d'en faire les fonctions et de recevoir l'argent que
la trsorerie donne ordre de remettre entre ses mains pour subvenir aux
dpenses ultrieures du prt.

Ayez soin, en m'envoyant l'tat de situation de chaque corps, de
m'instruire jusqu' quel jour les soldats ont t pays, ainsi que de la
quantit d'effets qui a t distribue a chaque corps et ce qui pourrait
leur manquer encore. Surtout ayez bien soin de completter l'armement.

Voyez le commandant de l'artillerie  Lyon, pour vous informer quand
partiront les diffrens objets que le gnral Dommartin doit lui avoir
demands, et pressez-le le plus que vous pourrez. Voyez les salles
d'armes. Faites partir le plus tt possible dix ou douze mille bons
fusils avec autant de sabres, et deux mille selles et brides de hussards
et mme de dragons.

Il faut que tous ces diffrens objets soient  Avignon le 25 de ce mois.
Vous prviendrez le gnral Dommartin de tout ce qui partira, afin qu'il
prenne ses mesures pour que, d'Avignon, le tout se rende de suite 
Toulon.

Instruisez moi de tout dans le plus grand dtail.

Envoyez l'adjudant-gnral Lagrange  Grenoble, pour connatre le jour
o les diffrens objets que le gnral Dommartin a d demander, seront
arrivs a Avignon et pressez le dpart du tout.

BONAPARTE.



Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).

_Au gnral Brune._

Je profite du dpart de Suchet pour vous crire deux mots. J'ai expdi
 Rome un courrier extraordinaire il y a trois heures: il tait charg
d'une lettre pour Berthier ou vous.

J'imagine que Berthier, en vous remettant le commandement de l'arme,
vous communiquera les renseignemens sur les embarcations qui se font 
Civita-Vecchia et  Gnes. Comme il est extrmement essentiel que
ces embarquemens n'prouvent aucun retard, je vous les recommande
spcialement. Il parat que celui de Gnes va assez bien, mais celui de
Civita-Vecchia est bien arrir.

Aidez Dessaix,  qui le directoire a confi le commandement des troupes
qui s'embarquent a Civita-Vecchia.

Vous avez beaucoup  faire dans le pays o vous tes. J'espre que ce
sera le passage d'o vous viendrez me rejoindre pour donner le dernier
coup de main  la plus grande entreprise qui ait encore t excute
parmi les hommes.

Entourez-vous d'hommes  talens et forts.

Je vous recommande de protger l'observatoire de Milan, et, entre
autres, Oriani, qui se plaint de la conduite que l'on tient  son gard:
c'est le meilleur gomtre qu'il y ait eu.

BONAPARTE.



Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).

_Au gnral Schawenbourg._

La trsorerie donne ordre, citoyen gnral,  son payeur  Berne, de
faire passer 3,000,000  Lyon. J'expdie l'ordre de la trsorerie par un
courrier extraordinaire.

Comme ces 3,000,000 sont destins  l'arme d'Angleterre, je vous serai
oblig de me faire connatre le jour o ils pourront arriver  Lyon, et
en quelle monnaie. Il serait ncessaire que, le plus possible, ce ft en
monnaie de France.

La trsorerie donne ordre de les faire partir en toute diligence. Je
vous prierai d'activer par tous les moyens possibles leur arrive  Lyon
avant le 20 de ce mois.

Je suis fort aise, citoyen gnral, que cette circonstance m'ait fourni
l'occasion de correspondre avec vous et de vous tmoigner l'estime et la
considration distingue avec laquelle je suis,

BONAPARTE.



Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).

_Au citoyen Belleville._

J'ai reu, citoyen, vos dernires lettres. Je ferai partir, par un
courrier extraordinaire, des lettres de change pour 600,000 fr. Elles
ne sont payables que dans un mois; mais vous vous arrangerez pour avoir
tout de suite de l'argent comptant.

Quatre cent mille fr. sont destins pour la solde des troupes, et
200,000 pour l'extraordinaire de l'expdition. Le payeur de la division
du gnral Baraguey-d'Hilliers rendra compte des 400,000 fr.  la
trsorerie, et vous rendrez compte  la commission  Toulon des autres
200,000.

J'espre que, moyennant cet argent, vous pourrez subvenir  toutes les
dpenses de l'opration, puisque vous ne paierez que quinze jours de
nolis aux btimens. Vous savez qu'il est avantageux qu'il ne soit pay
en dfinitif qu' la fin de l'expdition. Vous avez parfaitement fait de
noliser par mois.

J'ai trouv que 16 fr. par tonneau tait excessivement cher. Vous devez
trouver quelques biscuits  Tortone ou  Milan: j'en ai fait faire une
trs-grande quantit; cela conomiserait d'autant.

Sur les 400,000 fr. que j'envoie sur la solde, vous devez retenir une
dcade, laquelle ne doit tre donne que lorsqu'on sera embarqu.

J'cris  Berthier qu'il vous fasse remettre le prsent que j'ai destin
au marquis de Gallo. Il doit valoir 100,000 fr.; vous le vendrez; mais
faites en sorte que l'on ne sache pas que c'tait ce que l'on destinait
 M. de Gallo, afin que cela ne fasse pas un mauvais effet. L'argent
provenant de ces diamans sera mis dans la caisse du payeur de cette
division, pour les vnement extraordinaires, et on n'en disposera que
pour subvenir aux dpenses que pourrait ncessiter un nouveau relche
dans quelque port, et sur mon ordre.

Le convoi ne partira que d'aprs de nouveaux ordres; mais je vous
conjure de faire en sorte qu'il puisse partir dans les premiers jours de
floral, et que les deux mois de vivres soient bien complets, et qu'il y
ait plutt pour quatre ou cinq jours de plus que de moins.

Spcifiez qui doit nourrir les quipages, et que dans tous les cas leur
subsistance soit assure pour deux mois.

BONAPARTE.



Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).

_Au gnral Berthier._

Vous ferez remettre, mon cher gnral,  Belleville, le prsent que
j'avais destin pour M. de Gallo. Il s'en servira pour faire de
l'argent. Les circonstances prsentes et le besoin que nous en avons
pour l'expdition de la Mditerrane, sont d'une importance majeure.
Gardez le plus profond secret, afin que cela ne produise pas un mauvais
effet.

Je vous prie de donner l'ordre au citoyen Monge et  tous les ingnieurs
des ponts et chausses, ou gographes qui sont  l'arme, de se rendre
 Gnes, pour y tre embarqus sous les ordres du gnral
Baraguey-d'Hilliers.

Faites-lui passer trois bons directeurs d'hpital, une centaine
d'infirmiers, et les mdecins et chirurgiens qu'il vous demandera.

Voyez aussi, je vous prie, s'il ne serait pas possible de faire passer,
de Milan ou de Tortone, 3,000 fusils, pour tre embarqus  Gnes.

BONAPARTE.



Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).

_Au gnral Desaix._

Par la lettre que je reois de Monge, citoyen gnral, du 30 ventose, je
vois qu'il sera impossible que vous soyez prt pour le 30 germinal. Dans
ce cas-l, continuez toujours vos prparatifs, et tchez d'tre-prt
pour le 20 floral poque  laquelle je vous Enverrai de nouveaux
ordres.

Je prfre, si cela est possible, que vous vous embarquiez sur les plus
gros btimens, ayant les vivres et tout ce qui vous est ncessaire, et
retardiez d'une ou deux dcades pour vous les procurer,  vous voir
passer en Corse sur de petits bateaux.

Ou je viendrai vous prendre  Civita-Vecchia, ou je vous enverrai des
frgates pour vous escorter et vous conduire  l'endroit o il sera
ncessaire.

Tchez de vous procurer  Rome deux ou trois mille fusils; faites-les
transporter  Civita-Vecchia; embarquez-les sur votre convoi, ou, si
cela vous encombre et exige de nouveaux moyens de transport, nous l'es
ferons venir aprs.

Vous ne devez avancer aux patrons que tout juste ce qu'il leur faut pour
commencer l'opration. On leur soldera tous les mois le nolis de leurs
btimens.

Spcifiez qui doit nourrir les quipages, et que, dans tous les cas,
leur subsistance leur soit assure pour deux mois.

Le contre-amiral Brueys est arriv  Toulon; l,  Marseille et  Gnes,
les affaires vont parfaitement.

Je compte partir de Paris le 26 de ce mois.

Si vous envoyez des courriers, il sera ncessaire qu'ils s'adressent, 
Lyon, au gnral Lannes, ou, dans le cas qu'il n'y soit plus, au gnral
commandant, qui saura seul si je suis pass, afin de se diriger sur
Toulon ou sur Paris.

BONAPARTE.



Paris, le 13 germinal an 6 (3 avril 1798).

_Au citoyen Monge._

J'ai reu, mon cher Monge, votre lettre du 30 ventose. Desaix doit tre
arriv. Je vous prie de lui remettre la lettre ci-jointe. Je ne compte
que sur vous et sur lui pour l'embarquement de Civita-Vecchia. J'ai
envoy d'ici de l'argent, afin de vous dcharger entirement de
l'embarquement  Gnes.

Je compte sur l'imprimerie arabe de la Propagande et sur vous, duss-je
remonter le Tibre avec l'escadre pour vous prendre.

BONAPARTE.



Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).

_Au mme._

J'apprends  l'instant qu'un courrier part pour Rome. Je vous cris
deux mots: j'ai reu votre lettre du 8. J'ai appris avec plaisir que
l'embarquement de Civita-Vecchia avanait.

J'envoie l'ordre, par un courrier extraordinaire,  Toulon, a une
frgate arme en flte, de se tendre a Civita-Vecchia; elle pourra
embarquer quatre cents hommes et servira  embarquer Desaix, auquel vous
direz de m'envoyer un courrier extraordinaire pour m'instruire de sa
position au 1er floral.

Nous aurons avec nous un tiers de l'institut et des instrumens de
toute espce. Je vous recommande spcialement l'imprimerie arabe de la
Propagande.

Si Faypoult voulait tre des ntres, il pourrait nous tre bien utile
l-bas. Les choses sont ici assez tranquilles.

BONAPARTE.



Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).

_ la commission charge de l'inspection des ctes de la Mditerrane._

Je vous prie, citoyens, de m'envoyer par le retour du courrier, 1.
l'tat des vaisseaux de guerre, de leurs vivres et de leurs quipages
qui se trouvent en rade et prts  partir au 1er floral, avec le nombre
d'hommes que chacun peut porter;

2. Les btimens de guerre arms en flte, le nombre d'hommes,
d'quipages, et la quantit de monde que chacun peut embarquer;

3. L'tat de l'artillerie, ou embarque, ou qui pourra tre embarque
pour le 1er floral;

4. La situation des vivres et des approvisionnemens pour la troupe de
passage, pendant deux mois, qui se trouvera embarque au 1er floral;

5. La quantit d'eau que chaque btiment aura  bord au 1er floral;

6. Le transport, avec le nombre d'quipages, le nombre d'hommes que
chacun doit porter, qui seront prts  partir au 1er. floral, tant a
Marseille qu' Toulon, et la quantit de vivres et d'eau que chacun aura
 bord;

7. Le nom des officiers de gnie, d'artillerie, commissaires des
guerres, gnraux, troupes d'artillerie, demi-brigades qui seront
arrivs  Marseille ou  Toulon, au jour o ledit tat sera fait, ainsi
que les sommes qui seront dues  ces diffrens corps.

Le courrier part aujourd'hui 16  dix heures du soir; il arrivera le 20,
avant minuit,  Toulon. Je vous prie de le faire partir dans la journe
du 21, afin qu'il soit de retour, au plus tard, le 25.

BONAPARTE.



Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).

_Au citoyen Belleville._

La division du gnral Baraguey-d'Hilliers, qui s'embarque  Gnes, ne
se monte pas  plus de six mille hommes, et cependant le convoi compos
de soixante-six btimens, dont vous m'avez envoy l'tat, porte de douze
 treize mille tonneaux. Un btiment peut porter un homme par tonneau,
sans aucune espce d'inconvnient. Je vous prie de faire l'essai et de
vous assurer du nombre d'hommes que chaque btiment peut porter: car si
c'est un inconvnient de trop resserrer les hommes, c'en serait un aussi
de trop les diviser et d'employer plus de transports qu'il ne faut. Je
m'en rapporte l-dessus  votre exprience.

S'il arrivait que ces btimens ne pussent pas porter davantage d'hommes,
mais pussent porter davantage d'artillerie, je vous prierais d'y faire
embarquer, sans augmenter le convoi, un second million de cartouches,
et jusqu' la concurrence de dix mortiers de 12 pouces, dix _id._ de 8
pouces, dix pices de 24, approvisionns tous  cinq cents coups, avec
double afft.

Vous ne manquez pas a Gnes de ces diffrens objets d'artillerie, qui,
en tout cas, seraient bien vite arrivs de Tortone. Vous aurez soin de
m'instruire de ce que vous pourrez faire l-dessus, et d'en envoyer
l'tat circonstanci au gnral Dommartin. Ce que vous embarquerez de
ces objets diminuera d'autant l'embarquement que nous sommes obligs de
faire de notre quipage de sige.

BONAPARTE.



Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).

_ la commission charge de inspection des ctes de la Mditerrane._

La trsorerie, citoyens, vous fait passer exactement l'argent qui vous
est destin: vous devez n'avoir aucune inquitude sur cet objet, et
pousser vos travaux avec la plus grande activit. Il est indispensable
que l'escadre du contre-amiral Brueys et celle qui est en rade avec tous
les transports soient prtes  partir au 1er floral.

La frgate arme en flte reoit l'ordre, par le courrier, de se rendre
 Civita-Vecchia, pour embarquer du monde dans ce port. Il est urgent
qu'elle parte le plus promptement possible.

BONAPARTE.



Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).

_Au gnral Dommartin._

Je vois avec peine, citoyen gnral, que tous les prparatifs que vous
faites, pour vous procurer de l'artillerie, traneront en longueur.
Voyez  prendre  Toulon, Antibes, Marseille et Nice, ce qui vous serait
ncessaire. Il y a,  Nice, toutes les pices de 24 que vous pourrez
dsirer. Il y a sur la cte de la Mditerrane plus de soixante mortiers
 la Gomre. Il faut tre prt  partir dans les premiers jours de
floral: vous sentez bien que les bombes que vous faites faire dans les
foyers du Forez, ne peuvent tre prtes pour cette poque.

Faites-moi connatre par le retour de mon courrier, dans le plus grand
dtail, dans quelle situation vous vous trouverez au moment o vous
m'crirez, quelles sont les pices ou autres effets qui sont embarqus,
et o se trouvent les objets qui ne le sont pas.

J'ai crit au gnral Lannes pour qu'il ait  activer, de Lyon et
Grenoble, les demandes que vous avez faites.

BONAPARTE.



Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).

_Au ministre de la marine._

Vous avez ordonn, citoyen ministre, il y a un mois,  l'ordonnateur
Najac d'armer en flte une vieille frgate pour servir au transport des
troupes: je vous prie de faire donner l'ordre  cette frgate de se
rendre  Civita-Vecchia, o elle servira  embarquer une partie des
troupes qui ont ordre de s'y embarquer. Elle servira en mme temps pour
l'escorte du convoi. Elle embarquera le gnral qui commande cette
expdition, duquel elle recevra des ordres pour toute la destination
du convoi. Il serait ncessaire que cette frgate partt le plus tt
possible.

BONAPARTE.



Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).

_Au Ministre de la guerre._

Il serait ncessaire, citoyen ministre, d'avoir  Toulon vingt mille
fusils pour l'opration qu'y a commande le gouvernement. Comme il n'y
en a pas dans cette place, ni  Marseille, je vous prie de les faire
partir le plus tt possible de Lyon ou de Saint-Etienne.

BONAPARTE.



Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).

_Au gnral Brune._

Je vous prie, gnral, de faire partir, par un courrier extraordinaire,
la lettre ci-jointe pour le citoyen Belleville. Je dsirerais que
le citoyen Belleville fit embarquer  Gnes dix pices de 2, vingt
mortiers,  cinq cents coups par pice, si les btimens du convoi y
peuvent suffire.

Je vous prie de lui fournir, soit de Tortone, ou mme de Gnes, les
effets d'artillerie dont il peut avoir besoin.

Je vous recommande, mon cher gnral, d'acclrer de tous vos
moyens l'embarquement de Civita-Vecchia. Il ne faudrait pas que cet
embarquement retardt nos oprations.

BONAPARTE.



Paris, le 18 germinal an 6 (7 avril 1798).

_Au citoyen Belleville._

Je vous envoie, citoyen consul, la lettre que vous crit la trsorerie,
avec l'envoi de lettres de change pour quarante-huit mille piastres;
sous trois jours je vous enverrai le reste, jusqu'au complment de
600,000 fr.

Je vous ai crit tous ces jours-ci. Je vous prie, par le retour de mon
courrier, de m'instruire dans le plus grand dtail de la situation dans
laquelle vous vous trouverez au 1er. floral, et de me l'expdier de
suite. Je lui donne l'ordre de ne pas rester plus de vingt-quatre heures
 Gnes.

BONAPARTE.



Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798).

_Au gnral Berthier._

Je n'ai pas encore reu de vos nouvelles, mon cher gnral; mais les
dernires nouvelles que j'ai reues de Monge, le 8 germinal, taient
assez satisfaisantes.

Le gnral de division ne peut embarquer que trois chevaux, le gnral
de brigade, deux, et les deux autres officiers qui ont droit  des
chevaux, un. Il faut tenir la main a l'excution du dit ordre.

Si vous pouvez faire embarquer cinquante chevaux d'artillerie et cent
chevaux de cavalerie, vous ferez embarquer les cent meilleurs chevaux du
septime rgiment de hussards, ayant soin de les donner tous  un mme
escadron, et tenir la main  ce que, sous ce prtexte, les officiers
de cavalerie ne fassent passer tous leurs chevaux, de sorte qu'au
commencement du dbarquement, vous ayez cent hommes de cavalerie 
mettre  terre.

Les chevaux restans du septime rgiment de hussards et du vingtime
de dragons, seront donns aux autres corps de cavalerie de l'arme; en
embarquant le harnachement, vous aurez soin que, sous quelque prtexte
que ce soit, il ne reste aucun homme du septime et du vingtime en
Italie. Faites complter la musique de vos diffrentes demi-brigades.
Donnez-en une  la vingt-unime d'infanterie lgre, s'il n'y en a pas.

Ayez soin qu'il ne manque point de tambours. Si cela tait, vous
pourriez vous en faire donner dans les corps qui restent  Rome.

Faites donner un drapeau  chaque bataillon de la vingt-unime
d'infanterie lgre. Ayez soin que les lieutenans et les sous-officiers
d'infanterie lgre soient arms de fusils, ainsi que les sous-officiers
de ligne. Faites armer de fusils les canonniers.

J'avais ordonn, dans le temps, que chaque corps et un certain nombre
de sapeurs, avec des haches et des outils. Assurez-vous que cet ordre
est excut.

_La Courageuse_, frgate arme en flte, qui peut porter six cents
hommes, doit tre partie de Toulon, pour se rendre  Civita-Vecchia.
Cela servira  vous embarquer.

Tout tant prt  Toulon, Marseille et Gnes, je compte partir dans six
jours. J'y serai dans les premiers jours de floral. Envoyez-moi un
courrier pour Lyon. Il s'informera chez le gnral commandant o je
suis.

Je dsirerais aussi que vous m'en envoyassiez un en droite ligne 
Toulon, qui me ft connatre la situation dans laquelle vous vous
trouverez au 1er floral, pour que je vous envoie des ordres en
consquence.

BONAPARTE.



Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798).

_Au gnral Brune._

Il tait rest en Italie, citoyen gnral, vingt-cinq hommes de mes
guides  cheval, soit aux hpitaux, soit en dtachement avec le gnral
Berthier; je vous prie de leur donner l'ordre de se rendre  Gnes, o
ils s'embarqueront avec le gnral Baraguey-d'Hilliers.

Je vous prie aussi de faire partir pour Gnes tous les hommes qui
resteraient des demi-brigades suivantes: deuxime d'infanterie lgre,
vingt-deuxime _id._; dix-huitime, vingt-cinquime, trente-deuxime,
soixante-quinzime, neuvime, quatre-vingt-cinquime, treizime,
soixante-neuvime de ligne; quatorzime, quinzime, dix-huitime
rgimens de dragons; vingt-deuxime de chasseurs.

Et de faire rendre  Civita-Vecchia ceux des vingt-unime d'infanterie
lgre, soixante-unime, quatre-vingt-huitime de ligne; septime
rgiment de hussards, vingtime _idem_ de dragons.

Ces hommes s'embarqueront  la suite des divisions qui s'embarquent 
Gnes et  Civita-Vecchia; et quand mme ces divisions seraient parties,
leurs dpts resteront  Gnes et  Civita-Vecchia, de manire que
lorsqu'il y aura cent hommes runis, on pourra les faire partir pour
rejoindre au lieu o se rend ledit embarquement.

Les quatorzime et dix-huitime de dragons et le septime de hussards
laissent leurs chevaux sans hommes  Gnes et  Civita-Vecchia. Envoyer
des dtachemens des diffrens corps de cavalerie qui ont le plus
d'hommes  pied. Vous trouverez dans les rgimens de dragons, des
chevaux qui pourront remonter votre grosse cavalerie.

BONAPARTE.



Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798)

_Au gnral Baraguey-d'Hilliers._

J'imagine, citoyen gnral, qu' l'heure qu'il est, l'embarquement de
Gnes doit tre prt.

J'avais crit au gnral Berthier, en date du 25 ventose, pour qu'il
ft prparer des btimens capables de porter cent cinquante chevaux,
indpendamment de ceux des tats-majors.

Vous ferez choisir cinquante chevaux des plus forts d'artillerie et cent
des meilleurs chevaux du quatorzime de dragons. Vous aurez surtout bien
soin que ces chevaux montent les hommes d'un mme escadron, et que les
officiers de cavalerie n'en profitent point pour faire passer leurs
chevaux, de manire qu'au moment du dbarquement, vous ayez un escadron
tout mont pour votre service.

Vous ferez prparer en outre des btimens pour porter les chevaux de
l'tat-major, si vous ne croyez pas plus convenable de les embarquer
dans les mmes btimens o s'embarquent les officiers. Au reste, ce ne
doit pas tre un objet, puisque je ne calcule pas que cela puisse passer
vingt ou vingt-cinq chevaux.

Les chevaux restans des quatorzime et dix-huitime de dragons seront
donns  des dtachemens de diffrens rgimens qui sont en Italie,
auxquels ils seront distribus; bien entendu que vous aurez soin de
faire embarquer les selles et tout le harnachement.

Vous aurez soin que le quatorzime et le dix-huitime de dragons ne
laissent aucun homme en Italie, et que tout soit embarqu. Faites
completter la musique de vos diffrentes demi-brigades. Donnez-en une 
la vingt-deuxime d'infanterie lgre, si elle n'en a pas.

Donnez trois drapeaux  la vingt-deuxime d'infanterie lgre. Ayez soin
que les lieutenans et les sous-officiers d'infanterie lgre aient des
fusils, ainsi que les sous-officiers des demi-brigades de bataille.
Faites donner  l'artillerie  pied des fusils.

BONAPARTE.



Paris, le 21 germinal an 6 (10 avril 1798).

_Au gnral Regnier._

Le gnral de division Regnier se rendra  Lyon; il y verra le gnral
de brigade Lannes; il s'informera si les objets d'artillerie, qui ont
t demands par le gnral Dommartin, sont partis de Lyon.

Il verra le commandant de l'artillerie et le directeur des transports,
pour activer le dpart des objets demands.

Il m'crira de Lyon pour me rendre compte de tout ce qu'il aura fait.

Il se rendra  Grenoble pour activer galement le dpart des objets
d'artillerie qui auraient t demands par le gnral Dommartin.

Arriv  Avignon, il fera faire toutes les dispositions ncessaires pour
que tous les objets d'artillerie qui arriveraient dans cette ville,
soient sur-le-champ mis en route pour Toulon.

Avant de partir pour Paris, il verra le gnral Dufalga, pour avoir de
lui la note de tous les effets qui sont partis ou doivent partir de
Paris, et le jour o ils passent  Lyon ou  Avignon.

Il prviendra les directeurs des transports de ces deux villes, afin que
ces objets n'prouvent aucun retard.

De l il se rendra  Marseille, o il attendra de nouveaux ordres.

BONAPARTE.



Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798).

_Au gnral Baraguey-d'Hilliers._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 11, avec les tats qui y
taient joints. Le courrier porte au citoyen Belleville le restant
des sommes pour completter 800,000 fr., y compris le premier envoi de
200,000 fr.

Je trouve que quatorze mille tonneaux pour sept mille hommes, c'est
trop. Dans les embarquemens que nous faisons  Toulon et  Brest, l'on
ne compte qu'un tonneau par homme; 16 fr. par tonneau, c'est encore
trop cher: nous ne payons que la moiti sur l'Ocan et  Marseille.
Une dcade d'avance pour les nolis suffit. Le reste sera pay lors de
l'arrive.

Six cent quatre-vingts francs par navire pour les arrangemens me
paraissent aussi trop cher.

Pourvu que le prt soit pay  jour,  l'instant qu'on s'embarque, l'on
pourra se passer de deux mois d'avance.

Il rsulte, que les 800,000 fr. que Belleville a touchs doivent faire
votre embarquement, puisque vous en portez la valeur  1,500,000 fr.,
et que vous y comprenez 260,000 fr. pour deux mois de prt d'avance,
400,000 fr. pour le nolis de deux mois; en tout 660,000 fr.
d'conomiss.

Il sera facile d'conomiser 40 ou 60,000 fr. sur le reste. S'il vous est
possible d'avoir deux dcades de prt au moment de votre embarquement,
ce sera un grand bien. S'il reste une queue de 100,000 fr.  devoir aux
fournisseurs, cela serait pay  Paris.

J'espre donc qu'au 1er floral vous serez prt  partir. Dans quatre
jours, je vous expdierai un courrier, avec l'ordre, qui devra tre
excut, quelle que soit la position o vous vous trouverez.

BONAPARTE.



Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798)

_Au citoyen Belleville._

Je vous en voie, citoyen consul, une lettre de la trsorerie nationale
avec des lettres de change pour 20,000 piastres. Ainsi, voil 800,000
fr. que vous avez reus pour l'embarquement. Cela doit vous suffire:
d'ailleurs les diamans que vous vendez vous mettront peut-tre  mme de
pouvoir prendre 200,000 fr., s'il est ncessaire, et enfin s'il y avait
un reste de compte de 100,000 francs d aux fournisseurs, cela serait
pay  Paris.

Dans quatre jours, j'enverrai l'ordre pour le dpart du convoi: il faut
que tout soit prt  partir le 1er floral.

BONAPARTE.



Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798).

_Au gnral Lannes._

J'ai reu, citoyen gnral, la lettre que m'a remise votre aide-de-camp.
3,000,000 sont partis en poste, le 18 de ce mois, de Berne pour Lyon.
Vous trouverez ci-joint l'ordre de la trsorerie  son payeur de Lyon,
de les faire passer sur-le-champ  Toulon.

Vous ferez embarquer ce convoi sur le Rhne; vous vous rendrez avec lui
 Avignon, d'o vous le ferez partir en toute diligence, de Lyon pour
Toulon. Vous m'instruirez du jour de votre dpart de Lyon, et des
diffrentes espces qui composent le convoi de 3,000,000.

Lorsque votre convoi sera parti d'Avignon, et que vous aurez pris toutes
les mesures ncessaires pour la sret de son transport, vous vous
rendrez  Marseille, o vous attendrez de nouveaux ordres.

BONAPARTE.



Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).

_Au ministre des finances._

Je vous prie, citoyen ministre, de faire nommer par la trsorerie
nationale un contrleur auprs du payeur de la commission de la
Mditerrane. Je vous recommanderai, pour cette place, le citoyen
Poussielgue, qui est actuellement  Paris, et qui a t long-temps
employ dans votre ministre.

Je dsirerais que sur les 600,000 fr. que vous devez mettre, cette
dcade,  la disposition de la commission de la Mditerrane, vous
fissiez remettre,  Paris, au gnral Dufalga, commandant le gnie de
l'armement de la Mditerrane, 500,000 fr. pour dpenses de ce corps,
instrumens, etc.; et 100,000 fr.  ma disposition  toucher  Paris.

BONAPARTE.



Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).

_Au ministre des relations trangres._

Je vous prie, citoyen ministre, de vouloir bien donner l'ordre
au citoyen Magallou, consul de la rpublique au Caire, de partir
sur-le-champ pour se rendre le 3 floral  Marseille, o il recevra de
nouveaux ordres.

Ce consul rclame 30,000 fr. qui lui sont dus par votre dpartement,
dont les comptes ne sont pas encore apurs. Je dsirerais que vous lui
fissiez donner un -compte de moiti.

Je vous prie de donner galement l'ordre au citoyen Venture de partir
sur-le-champ pour Toulon, o il recevra de nouveaux ordres. Je
dsirerais que vous lui fissiez donner les frais de poste, et que vous
lui assurassiez la place qu'il a dans votre dpartement, en faisant
toucher  sa famille les appointemens qu'il a.

BONAPARTE.



Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).

_Au ministre de la marine._

Je dsirerais, citoyen ministre, que vous ordonnassiez  une de nos
bonnes frgates de partir de Toulon pour se rendre  Gnes, et prendre
sous son escorte le convoi qui est prt  partir de cette ville. Elle
prendra  son bord le gnral de division qui commande le convoi, de qui
elle recevra des ordres pour sa destination.

Je vous prie galement de donner l'ordre pour qu'on fasse partir pour
Ajaccio, en Corse, neuf des plus gros btimens de transport qui sont 
Toulon, pour embarquer les troupes qui doivent partir d'Ajaccio. Ils
y attendront de nouveaux ordres. Ils pourraient partir sous l'escorte
d'une corvette.

BONAPARTE.



Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798).

_Au vice-amiral Brueys._

Le directoire excutif, citoyen gnral, voulant rcompenser les
services que vous lui avez rendus dans la Mditerrane, o vous naviguez
depuis quinze mois, vous a nomm au grade de vice-amiral. Vous recevrez
incessamment votre nomination ainsi que votre brevet.

Une frgate reoit ordre de partir pour Gnes, pour escorter le convoi
qui doit partir de cette ville; il est ncessaire qu'elle soit commande
par un homme de tte.

Les chefs de division Decrs et Thevenard doivent tre arrivs. Le
citoyen Ganteaume et deux autres officiers de marine partent aprs
demain de Paris. Nous organiserons l'escadre avant de partir, de manire
 ce qu'elle puisse tre digne de la grande mission qu'elle va remplir.

Je ne doute pas que, grce  votre activit, tout ne soit prt  partir
dans les premiers jours de floral. J'imagine qu' l'heure qu'il est
vous avez l'artillerie, les vivres et l'eau  bord, et qu'il n'y a plus
qu' y mettre les hommes.

Il est indispensable d'avoir avec l'escadre le plus de corvettes et
d'avisos qu'il sera possible. J'imagine que toutes les corvettes et tous
les avisos qui taient de l'arme d'Italie et sous vos ordres, sont dans
ce moment  Livourne ou  Gnes. Envoyez par la frgate qui part l'ordre
 tous ceux qui sont  Gnes, de partir pour escorter le convoi,  tous
ceux qui sont  Livourne ou ailleurs, de se rendre  Civita-Vecchia, o
ils seront sous les ordres de la frgate qui s'y rendra de Toulon, et
serviront  escorter le convoi.

Faites rallier  Toulon toutes les corvettes qui seraient dissmines
dans nos diffrens ports.

BONAPARTE.



Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798).

_Note remise au directoire._

Dans notre position, nous devons faire  l'Angleterre une guerre sre,
et nous le pouvons.

Que nous soyons en paix ou en guerre, il nous faut quarante ou cinquante
millions pour rorganiser notre marine.

Notre arme de terre n'en sera ni plus ni moins forte, au lieu que la
guerre oblige l'Angleterre  faire des prparatifs immenses qui ruinent
ses finances, dtruisent l'esprit de commerce et changent absolument la
constitution et les moeurs de ce peuple.

Nous devons employer tout l't  armer notre escadre de Brest,  faire
exercer nos matelots dans la rade,  achever les vaisseaux qui sont en
construction  Rochefort,  Lorient et  Brest.

Si l'on met quelque activit dans ces travaux, nous pouvons esprer
d'avoir au mois de septembre, trente-cinq vaisseaux  Brest, y compris
les quatre ou cinq nouveaux que l'on peut construire  Lorient et 
Rochefort.

Nous aurons, vers la fin du mois, dans les diffrens ports de la
Manche, prs de deux cents chaloupes canonnires. Il faut les placer 
Cherbourg, au Havre,  Boulogne,  Dunkerque et  Ostende, et employer
tout l't  emmariner nos soldats.

En continuant  donner  la commission des ctes de la Manche 300,000
fr. par dcade, nous pouvons faire construire deux cents autres
chaloupes d'une dimension plus forte et propre  transporter des
chevaux.

Nous aurions donc, au mois de septembre, quatre cents chaloupes
canonnires  Boulogne, et trente-cinq vaisseaux de guerre  Brest.

Les Hollandais peuvent galement avoir dans cet intervalle douze
vaisseaux de guerre au Texel.

Nous avons dans la Mditerrane deux espces de vaisseaux:

Douze vaisseaux de construction franaise qui peuvent, d'ici au mois de
septembre, tre augments de deux nouveaux;

Neuf vaisseaux de construction vnitienne.

Il serait possible, aprs l'expdition, que le gouvernement projett
dans la Mditerrane de faire passer les quatorze vaisseaux  Brest et
de garder dans la Mditerrane, simplement les neuf vaisseaux vnitiens;
ce qui nous ferait, dans le courant des mois d'octobre ou de novembre,
cinquante vaisseaux de guerre franais  Brest, et presque autant de
frgates.

Il serait possible alors de transporter quarante mille hommes sur le
point de l'Angleterre que l'on voudrait, en vitant mme un combat
naval, si l'ennemi tait plus fort, dans le temps que quarante mille
hommes menaceraient de partir sur les quatre cents chaloupes canonnires
et autant de bateaux pcheurs de Boulogne, et que l'escadre hollandaise
et dix mille hommes de transport menaceraient de se porter en cosse.

L'invasion en Angleterre, excute de cette manire, et dans les mois de
novembre et de dcembre, serait presque certaine.

L'Angleterre s'puiserait par un effort immense et qui ne la garantirait
pas de notre invasion.

En effet, l'expdition dans l'Orient obligera l'ennemi  envoyer six
vaisseaux de guerre de plus dans l'Inde et peut-tre le double de
frgates a l'embouchure de la mer Rouge. Elle serait oblige d'avoir de
vingt-deux  vingt-cinq vaisseaux  l'embouchure de la Mditerrane,
soixante vaisseaux devant Brest, et douze devant le Texel, ce qui ferait
un total de trois cents vaisseaux de guerre, sans compter ceux qu'elle
a aujourd'hui en Amrique et aux Indes, sans compter dix ou douze
vaisseaux de cinquante canons, avec une vingtaine de frgates, qu'elle
serait oblige d'avoir pour s'opposer  l'invasion de Boulogne.

Nous nous conserverions toujours matres de la Mditerrane, puisque
nous y aurions neuf vaisseaux de construction vnitienne.

Il y aurait encore un moyen d'augmenter nos forces dans cette mer; ce
serait de faire cder par l'Espagne trois vaisseaux de guerre et trois
frgates  la rpublique ligurienne: cette rpublique ne peut plus tre
aujourd'hui qu'un dpartement de la France. Elle a plus de vingt mille
excellens marins.

Il est d'une trs-bonne politique de la part de la France de favoriser
et d'exiger mme que la rpublique ligurienne ait quelques vaisseaux de
guerre.

Si l'on prvoit des difficults  ce que l'Espagne cde  nous ou  la
rpublique ligurienne trois vaisseaux de guerre, je croirais utile que
nous-mmes nous rendissions  la rpublique ligurienne trois des neuf
vaisseaux que nous avons pris aux Vnitiens, et que nous exigeassions
qu'ils en construisissent trois autres. C'est une bonne escadre, monte
par de bons marins, que nous nous trouverons avoir gagne. Avec l'argent
que nous aurons des Liguriens, nous ferons faire  Toulon trois bons
vaisseaux de notre construction, car les vaisseaux de construction
vnitienne exigent autant de matelots qu'un bon vaisseau de 74; et des
matelots, voil notre partie faible.

Dans les vnemens futurs qui peuvent arriver, il nous est extrmement
avantageux que les trois rpubliques d'Italie qui doivent balancer les
forces du roi de Naples et du grand-duc de Toscane, aient une marine
plus forte que celle du roi de Naples.

BONAPARTE.



Paris, le 24 germinal an 6 (l3 avril 1798).

_Au directoire excutif._

Je ne mne avec moi, citoyens directeurs, dans l'expdition de la
Mditerrane, que deux mille cinq cents hommes de cavalerie sans
chevaux. Cela fait donc deux mille cinq cents chevaux qui seront
distribus aux autres rgimens de cavalerie de la rpublique.

Mais, dans le pays o nous allons, on peut compter facilement sur dix ou
douze mille trs-bons chevaux.

Je crois donc qu'il serait ncessaire de faire embarquer quatre ou cinq
rgimens de cavalerie sans chevaux, et remonter avec les chevaux desdits
rgimens les hommes que nous avons  pied dans les diffrens dpts.

Je dsirerais que le gouvernement ordonnt au premier rgiment de
cavalerie de se rendre  Gnes pour y tre embarqu avec ses selles et
sans chevaux; au vingt-quatrime rgiment de chasseurs, de s'embarquer 
Civita-Vecchia avec ses selles et sans chevaux; au onzime de hussards,
de se rendre  Toulon, de s'y embarquer avec ses selles et sans chevaux;
aux deux rgimens de chasseurs qui ont le plus d'hommes  pied, de se
rendre  Toulon pour s'y embarquer.

Faire distribuer les chevaux: 1. du vingt-quatrime rgiment de
chasseurs, du neuvime d'hussards, du vingtime de dragons, qui
s'embarquent  Civita-Vecchia; 2. du quatorzime de dragons, du
premier de cavalerie, de deux escadrons du dix-huitime de dragons qui
s'embarquent a Gnes, ces six rgimens faisant ensemble  peu prs
dix-huit cents chevaux; aux cinquime et onzime rgimens de cavalerie,
premier d'hussards, quinzime, dix-neuvime, vingt-cinquime rgimens de
chasseurs; et comme ces rgimens n'ont pas plus de douze cents hommes 
pied, il serait ncessaire d'envoyer en Italie des rgimens de chasseurs
et d'hussards de ceux qui ont le plus d'hommes  pied. Cela servirait
d'ailleurs  renouveler les rgimens qui sont en Italie depuis
long-temps et qui s'ennuient d'y tre.

Il faudrait distribuer les chevaux du vingt-deuxime rgiment de
chasseurs, des deux escadrons du dix-huitime de dragons, du troisime
et quinzime de dragons, du onzime d'hussards, formant seize cents
chevaux, et de deux rgimens de chasseurs que je demande, aux rgimens
de la rpublique qui en ont le plus besoin, et ds-lors envoyer dans la
huitime division des dtachemens d'hommes  pied des rgimens auxquels
on veut les donner, pour les prendre.

Je crois qu'il serait ncessaire d'envoyer en Italie un officier gnral
inspecteur de cavalerie, uniquement charg de la distribution desdits
chevaux, afin qu'il n'y ait point de perte pour la rpublique.

Je crois qu'il serait galement ncessaire d'en envoyer un dans la
huitime division, uniquement charg de la mme opration: sans quoi, je
prvois que les trois quarts des chevaux seront dilapids.

En prenant toutes ces prcautions, nous nous trouverons avoir trs-peu
d'hommes  pied,  nos dpts.

BONAPARTE.



Paris, le 25 germinal an 6 (14 avril 1798).

_Au directoire excutif._

J'ai reu, citoyen prsident, le dernier arrt que le directoire a
pris, relatif  l'armement de la Mditerrane.

Je dsirerais:

1. Une lettre du directoire qui autorist le citoyen Monge, commissaire
du gouvernement  Rome,  s'embarquer avec le gnral Desaix, comme
savant attach  l'expdition.

2. Avoir avec moi le citoyen Peyron, qui a t longtemps employ auprs
de Tippoo Sultan, en qualit d'agent du roi. On essaierait de le faire
passer aux Indes pour renouveler nos intelligences dans ce pays.

BONAPARTE.



Paris, le 27 germinal an 6 (16 avril 1798).

_Au directoire excutif._

Le gnral d'artillerie Androssi, citoyen prsident, qui tait
directeur de l'quipage des ponts de l'arme d'Italie, serait ncessaire
 l'expdition de la Mditerrane. Il est, dans ce moment, employ dans
la commission des ctes de l'Ocan. Vous pourriez le remplacer dans
cette commission par un autre gnral du gnie ou d'artillerie, soit par
le gnral Debelle, soit par le gnral Dulanloy, soit par les gnraux
Marescot ou Sorbier.

BONAPARTE.



Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).

_Au gnral Lannes._

D'aprs les renseignemens que j'ai reus de Berne, citoyen gnral, les
3,000,000 doivent arriver au plus tard le 30 de ce mois  Lyon. Il est
indispensable qu'ils ne s'y arrtent que douze heures, pour en faire la
vrification, et que vous ne vous couchiez pas qu'ils ne soient partis.

Ds l'instant que les 3,000,000 seront arrivs, vous m'en expdierez la
nouvelle par un courrier extraordinaire.

Comme j'ai des nouvelles que cet argent est parti de Berne en toute
diligence, faites prparer des bateaux en toute diligence pour le
transport.

BONAPARTE.



Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).

_ la commission charge de l'armement de la Mditerrane._

Les citoyens Sucy et Blanquet sont arrivs hier, et mon courrier,
Lesimple, est arriv ce matin.

Les diffrens tats de situation que vous m'avez envoys sont
satisfaisans, et incessamment vous recevrez les ordres pour
l'embarquement.

Vous ne devez avoir aucune inquitude pour l'argent, les dispositions
sont faites depuis long-temps pour qu'il arrive dix millions dans les
caisses du payeur de la marine  Toulon: 2,500,000 fr. existans dans la
caisse, du 20 ventose; 683,000 fr. qu'il a d recevoir depuis, dont les
ordres taient envoys par la trsorerie prcdemment  cette poque;
655,000 fr. que la trsorerie a fait des dispositions, au 29 ventose,
pour faire passer  Toulon.

Le 5 germinal, on a envoy des ordres pour faire passer 941,525 fr.

Le 15 germinal, 670,000 fr.

Le 25 germinal, 1,050,000 fr.

La trsorerie a donn des ordres pour que 3,000,000 se rendissent 
Toulon; ils doivent tre arrivs dans cette ville,  l'heure qu'il est.

Vous ne devez donc avoir aucune espce d'inquitude; vous voyez que les
200,000 fr. qui sont ncessaires  la solde de l'amiral Brueys;

Les 4,500,000 fr. que doit avoir la commission pour ventose, germinal et
floral;

Les 700,000 fr. pour le service des deux mois du port, et 1,500,000 fr.
pour les dpenses extraordinaires de l'ordonnateur, et spcialement
les deux mois d'avance aux matelots; Les 600,000 fr. pour la solde des
troupes de terre, et 600,000 pour la Corse, sont assurs.

Marchez hardiment, rassurez les fournisseurs, et n'ayez aucune
inquitude.

Je viens moi-mme de me rendre  la trsorerie avec le ministre des
finances, et j'ai vrifi que tous ces fonds sont en pleine marche pour
Toulon.

Faites connatre la prsente lettre a l'ordonnateur Najac, dont les
services et le zle sont apprcis par le gouvernement.

Les fonds qui existent dans ce moment-ci, soit dans la caisse d'Estve,
soit dans celle du payeur de la marine, doivent tre employs  lever
tous les obstacles qui s'opposeraient  vos approvisionnemens.

Les matelots de l'escadre du vice-amiral Brueys seront solds avant le
dpart et  l'instant o les trois millions de Berne seront arrivs; ce
qui sera avant le 5 floral.

Il faut que le gnral Dommartin fasse embarquer sur-le-champ son
artillerie, de manire qu'au 5 floral, il n'y ait plus aucun chariot 
embarquer.

Il faut qu'il emporte le plus de charrettes qu'il pourra; qu'il fasse
embarquer sur-le-champ toutes les cartouches, et les fasse distribuer
par chaque vaisseau de guerre.

Le capitaine Perrin, qui est un excellent artificier, doit se tenir prt
 partir.

Il est impossible d'attendre le convoi de marine jusqu'au 15 floral;
qu'un membre de la commission s'y rende sur-le-champ, et que l'on prenne
toutes les mesures pour qu'il soit prt le 6.

Si l'on n'a pas tout le biscuit ncessaire, et que l'on ne puisse pas se
le procurer, l'on embarquera de la farine pour l'quivalent.

Si tous les btimens pour les chevaux ne sont pas prts  partir, il
suffit d'en avoir pour cent cinquante,  Marseille, et l'on continuera
toujours pour les autres qui viendront aprs.

Vous ferez prvenir les gnraux commandans  Marseille et  Toulon de
se tenir prts  s'embarquer le 5 floral.

Vous enverrez l'ordre par un courrier  Nice et  Antibes, pour que tous
les btimens que vous y avez fait prparer se rendent sur-le-champ 
Toulon, o il serait  dsirer qu'ils fussent arrivs avant le 5 ou le 6
floral.

Enfin, vous recevrez les ordres par le courrier prochain, de faire
embarquer  Marseille et  Toulon, le 5 floral, et de se trouver prt 
partir le 7 ou le 8, tel qu'on se trouvera. Tout ce qui ne sera pas prt
sera l'objet d'un second convoi.

Je vous promets qu'avant cette poque, tout l'argent ci-dessus dsign
sera en caisse  Toulon.

BONAPARTE.



Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).

_Au vice-amiral Brueys._

J'ai reu, citoyen gnral, les diffrentes lettres que vous m'avez
crites.

Le gouvernement a une entire confiance en vous, et ce ne seront pas
quelques ttes folles, payes peut-tre par nos ennemis pour semer le
trouble dans nos escadres et nos armes, qui pourront le faire changer
d'opinion. Maintenez une svre discipline.

Dans la premire dcade de floral, je serai  votre bord. Faites-moi
prparer un bon lit comme pour un homme qui sera malade toute la
traverse.

Le gnral Berthier, chef de l'tat-major; le gnral Dufalga,
commandant du gnie; le gnral Dommartin, commandant l'artillerie;
le commissaire ordonnateur Sucy; l'ordonnateur de la marine Leroy; le
payeur gnral de l'arme (Estve); le mdecin et le chirurgien en chef
(Desgenettes et Larrey) seront a votre bord.

J'aurai avec mois huit ou dix aides-de-camp.

Berthier aura deux ou trois adjudans-gnraux et cinq ou six adjoints 
l'tat-major.

Faites de bonnes provisions.

Faites mettre  l'ordre de l'escadre, de ma part, qu'avant de partir les
matelots seront satisfaits.

Il faut que tout ce qui doit partir de Toulon soit prt  lever l'ancre
le 8 floral.

J'imagine que vous avez des avisos au dtroit de Gibraltar et aux les
Saint-Pierre. Si vous n'en avez pas, envoyez-en sur-le-champ, avec
ordre de venir vous instruire de ce qu'il y aurait de nouveau aux les
Saint-Pierre; o ils apprendront si vous tes pass, et dans le cas o
vous ne le seriez pas encore, et qu'il y ait quelque chose d'important 
vous faire connatre, ils se dirigeront sur Ajaccio, et dans le cas o
vous ne seriez pas arriv, ils feront route sur Toulon. Si vous tiez
pass aux les Saint-Pierre, ils trouveront l des nouvelles de la route
qu'ils devront faire pour vous trouver.

Je vous recommande surtout d'avoir le plus d'avisos possible. Je crois
qu'une douzaine ne serait pas trop.

Comme vous tes le seul auquel, j'ai crit que je dois me rendre 
Toulon, il est inutile de le dire.

Je crois indispensable que nous montions _l'Orient_, qui est le vaisseau
 trois ponts. Vous donnerez vos ordres en consquence.

J'cris  l'ordonnateur de faire entrer dans la grande rade les treize
btimens de guerre, les frgates et les avisos, et de les mettre sous
votre commandement immdiat.

Je lui donne l'ordre galement de faire mettre le vaisseau _l'Orient_
en quarantaine, afin que vous puissiez le monter, et d'y mettre pour
garnison tous ceux des hommes de la sixime demi-brigade que vous avez
amens de Corfou.

Vous rpartirez sur le vaisseau _l'Orient_ une partie de l'quipage du
_Guillaume Tell_ ou des autres vaisseaux.

Vous sentez qu'il est essentiel que le vaisseau amiral ne soit pas le
plus mal quipag.

BONAPARTE.

_P.S._ Je vous fais passer un arrt du directoire, que vous ne devez
communiquer  personne.

Je vous enverrai par un courrier qui partira dans vingt-quatre heures,
diffrens ordres pour l'organisation de l'escadre. Je vous le rpte, il
faut que tout soit prt  partir du 6 au 7 floral.



Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).

_Au commissaire ordonnateur Najac._

Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un arrt du directoire excutif;
le gnral Brueys seul en a connaissance. Vous devez garder le plus
grand secret. Rpandez le bruit que le ministre de la marine va se
rendre  Toulon, et faites en consquence prparer un logement qui sera
pour moi.

Donnez des ordres pour que les vaisseaux dont l'tat est ci-joint, se
rendent sur-le-champ dans la grande rade, o ils seront sous les ordres
immdiats du gnral Brueys.

Mettez le vaisseau _l'Orient_ en quarantaine, afin que le vice-amiral
Brueys puisse le monter de suite.

Vous pourrez en retirer les garnisons, pour les rpartir sur les autres
btimens.

Prenez vos mesures pour que les vaisseaux _le Dubois_ et _le Causse_
soient arms en fltes, et que les frgates _la Muiron, la Carrre, la
Loben, la Mantoue, la Montenotte, la Sensible_ soient galement armes
en fltes.

Faites embarquer, tant sur les vaisseaux de l'escadre que sur les
vaisseaux arms en fltes, les vivres, savoir:

Trois mois pour les quipages.

Deux mois pour les hommes de passage.

Deux mois d'eau pour tout le monde.

Un mois d'eau suffira pour les frgates armes en fltes, s'il n'est pas
possible de faire autrement.

Tchez d'avoir des transports pour pouvoir embarquer,  Toulon, trois ou
quatre cents chevaux.

Je vous recommande spcialement, citoyen ordonnateur, d'employer tous
vos soins pour que l'escadre soit prte  partir et  lever l'ancre le 6
ou le 7 floral.

La flotte qui va partir de Toulon est due au zle que vous avez montr
dans toutes les circonstances. Je renouvellerai votre connaissance avec
un plaisir particulier, et je me ferai un devoir de faire connatre au
gouvernement les obligations que l'on vous a.

Vous ne manquerez pas d'argent; avant le 5 floral vous aurez reu cinq
ou six millions.

BONAPARTE.



Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798.)

_Au gnral Dufalga._

Vous voudrez bien, gnral, donner l'ordre  tous les savans, ouvriers,
artistes, et officiers du gnie, de partir le plus tt possible pour
se rendre  Lyon, o il est indispensable qu'ils soient arrivs le 4
floral.

Vous vous adresserez au gnral Berthier, chef de l'tat-major de
l'arme d'Angleterre, qui vous donnera des passeports pour chacun d'eux.
Vous partirez vous-mme, de manire  tre arriv  Lyon avant cette
poque.

Vous ferez partir sur-le-champ un officier de gnie, qui louera une
diligence ou un coche, et, en cas qu'il n'y en ait pas, il louera un
bateau, afin de faciliter l'arrive de toutes ces personnes  Avignon.

Vous leur donnerez  Lyon un rendez-vous, soit chez vous, soit chez
l'officier de gnie que vous y enverrez, o ils trouveront leurs ordres
pour se rendre  Toulon. Il est indispensable qu'ils soient arrivs le 8
au soir.

Vous pouvez leur dire dans la lettre que vous leur crirez, qu'ils
doivent se prparer  faire le voyage de Rome.

BONAPARTE.



Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1738).

_Aux commissaires de la trsorerie nationale._

Je vous prie, citoyens commissaires, de vous rappeler la promesse que
vous m'avez faite de 500,000 fr. en lettres de change sur vous ou vos
payeurs. J'aurai soin de les employer de manire  ce qu'elles nous
valent de l'argent. Je charge le citoyen Poussielgue, votre contrleur
auprs de la commission de la Mditerrane, de prendre lesdites lettres
de change que je dsire avoir le 1er. floral.

BONAPARTE.



Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).

_Au gnral Brune._

Je vous fais passer, citoyen gnral, un arrt du directoire excutif.

J'envoie, par le mme courrier, des ordres pour leur dpart aux gnraux
de division Baraguey-d'Hilliers et Desaix.

Je vous recommande la formation des dpts pour les hommes qui
rentreront aprs notre dpart, et de les faire rejoindre  mesure, ds
l'instant qu'on connatra la destination.

Je vous prie de donner l'ordre au chef de brigade Hullin de rejoindre
en poste la demi-brigade  Toulon, et au chef de bataillon Dupas de
se rendre  Gnes, o il sera sous les ordres du gnral
Baraguey-d'Hilliers.

Je compte partir sous peu de jours. Avant de m'embarquer, je vous
enverrai un courrier extraordinaire. Je vous prie de faire en sorte
qu'il y ait deux bons commissaires des guerres  la division du gnral
Baraguey-d'Hilliers.

L'ordonnateur Sucy a demand au citoyen Aubernon plusieurs objets qu'il
lui a refuss. Je vous prie d'ordonner  cet ordonnateur d'accder aux
demandes du citoyen Sucy.

BONAPARTE.



Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).

_ la commission charge de l'armement de la Mditerrane._

Je vous envoie, citoyens, par un courrier extraordinaire, l'tat des
fonds que la trsorerie a faits pour l'armement de Toulon.

Vous y verrez ce que je vous ai dit, par mon courrier d'hier, que vous
ne devez avoir aucune inquitude. Allez hardiment, l'argent ne manquera
point.

Ce courrier-ci porte encore au citoyen Peyrusse, en sus de tous les
calculs tablis, des lettres de change  tirer sur les diffrens
payeurs, pour la somme de 600,000 fr. Lorsque la trsorerie les a
donnes, elle s'est assure que les fonds existaient dans la caisse de
ces diffrens payeurs. J'ai prfr ces lettres de change  des mandats
ordinaires, parce que l'argent de ces payeurs n'aurait pu arriver 
Toulon avant quinze jours.

Vos collgues sont partis, ils arriveront vingt-quatre heures aprs ce
courrier. Je ne doute pas que, le 7 ou le 8 floral, tout ne soit prt 
mettre  la voile.

BONAPARTE.



Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).

_Au citoyen Peyrusse, payeur._

Je vous adresse, citoyen, des lettres de change pour 600,000 fr. tires
sur diffrens payeurs, que la trsorerie vous envoie.

J'ai prfr ces traites  la mesure ordinaire. Par ce moyen, vous
pouvez utiliser de suite ces fonds et faire marcher le service. Ces
traites ne doivent rien perdre. S'il tait ncessaire, vous pouvez les
garantir personnellement.

Comme ce qui se fait  Toulon exige la plus grande clrit, et que
c'est une des oprations les plus importantes de l'arme d'Angleterre,
je vous serai particulirement oblig de ce que vous voudrez bien faire
pour sa russite.

BONAPARTE.



Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).

_Au mme._

J'cris  l'ordonnateur Najac de faire partir sur-le-champ un aviso pour
la Corse. Il est indispensable que vous fassiez passer 100,000 fr. des
600,000 que la trsorerie  destins pour la Corse.

La clrit des oprations qui doivent s'excuter dans cette le dpend
du prompt envoi de cet argent.

BONAPARTE.



Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798)

_Au citoyen Najac._

J'cris  la commission, citoyen ordonnateur, d'envoyer 100,000 fr. 
Ajaccio en Corse,  la disposition de l'ordonnateur de cette division
pour le service de l'extraordinaire de l'expdition.

J'cris au payeur Peyrusse d'envoyer 100,000 fr. des 600,000 que la
trsorerie a destins pour la Corse. Faites partir ces deux sommes par
un aviso qui mouillera dans le port d'Ajaccio. Mettez-y deux officiers
intelligens, un pour commander l'embarquement qui a lieu dans ce port,
l'autre pour y prendre note de la situation positive o se trouve
ledit embarquement, et venir m'en rendre compte  Toulon. Il serait
ncessaire, si le temps le permet, que l'aviso ne restt pas plus de
vingt-quatre heures mouill  Ajaccio.

Si les neuf btimens de transport que le ministre de la marine vous a
ordonns par sa dpche du 23, n'taient pas encore partis, la corvette
qui doit escorter ce convoi pourrait tre charge de cette mission.

BONAPARTE.



Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).

_Au vice-amiral Brueys._

Le gnral Villeneuve part demain pour se rendre  Toulon, et servir
sous vos ordres.

La frgate qui est  Cadix a reu ordre, il y a un mois, de se rendre 
Ajaccio en Corse, si elle peut le faire avec sret. Envoyez-lui, par
le mme aviso, l'ordre de completter son eau  Ajaccio, et de se tenir
prte  partir avec tout le couvois qui est dans cette rade, pour
joindre l'escadre, lorsque vous en ferez parvenir l'ordre.

Le citoyen Casablanca sera votre capitaine de pavillon.

BONAPARTE.



Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).

_Au gnral Vaubois._

Je vous ai mand prcdemment, citoyen gnral, de runir  Ajaccio
la quatrime lgre et la dix-neuvime de ligne, avec les bateaux
ncessaires pour les faire embarquer, de l'eau pour un mois et des
vivres pour deux.

Craignant que vous ne fussiez embarrass, je vous ai prvenu que j'avais
donn l'ordre,  Toulon,  neuf btimens de transport, de se rendre a
Ajaccio pour aider  l'embarquement desdites troupes.

Je vous prie aujourd'hui de runir galement  Ajaccio deux bataillons
de la vingt-troisime d'infanterie lgre. Toutes ces troupes seront
commandes par le gnral de division Mesnard, et sous ses ordres, par
le gnral de brigade Casalta et l'adjudant-gnral Brouard.

Vous y attacherez un officier de gnie, et, comme je vous l'ai dj
prescrit, une compagnie d'artillerie et quatre pices de 3, si vous en
avez. Ce convoi doit tre prt  lever l'ancre au premier signal que lui
donnera un aviso que lui enverra l'escadre, du 12 au 15 floral.

Je donne l'ordre  la commission de vous faire passer 200,000 fr.;
ces 400,000 doivent suffire pour les dpenses de l'embarquement.
Indpendamment de cette somme, vous recevrez sous peu de l'argent pour
completter la solde de vos troupes.

Je vous prie de me faire connatre, par le retour de l'aviso, la
situation exacte dans laquelle vous vous trouverez du 12 au 15 floral.

BONAPARTE.



Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).

_Au gnral Baraguey-d'Hilliers._

Il est ordonn au gnral Baraguey-d'Hilliers de lever l'ancre de Gnes,
si le temps le permet, le 6 floral, ou au plus tard le 7, et se diriger
sur Toulon avec toute sa division. Il m'expdiera, au moment de son
dpart, un courrier  Toulon avec l'tat exact de sa situation.

Il m'expdiera un courrier extraordinaire de tous les endroits o il
sera possible de relcher.

Il est probable que, si les temps le permettent, l'escadre de Toulon
mettra  la voile, au plus tard le 10 floral. Il doit tre accord aux
officiers un mois de gratification pour les mettre  mme de faire leurs
petites emplettes.

BONAPARTE.



Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).

_Au citoyen Belleville._

Je vous envoie, citoyen consul, l'ordre pour le dpart du gnral
Baraguey-d'Hilliers. Il est indispensable que le convoi mette  la voile
au plus tard le 7 floral.

Vous emploierez toute votre activit pour que cet ordre soit promptement
excut, et si cela vous fait prendre de nouveaux engagemens de finance,
j'y ferai faire honneur.

Les frgates, briks et galres de la rpublique de Gnes doivent partir
avec le convoi.

Il sera form  Gnes un dpt pour tous les hommes des deuxime,
vingt-deuxime d'infanterie lgre; treizime, dix-huitime,
vingt-cinquime, trente-deuxime, soixante-quinzime, soixante-neuvime,
quatre-vingt-cinquime de bataille; troisime, quatorzime, quinzime et
dix-huitime rgimens de dragons.

Toutes les fois qu'il y aura cent cinquante hommes de ces diffrens
corps  Gnes, vous les ferez partir pour une destination qui vous sera
dsigne.

Vous me renverrez le prsent courrier en toute diligence  Toulon, o
je serai le 6 floral, et vous correspondrez avec moi dans cette ville,
jusqu' ce que je vous aie envoy un courrier extraordinaire pour vous
instruire de mon dpart.

BONAPARTE.



Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).

_Au gnral Desaix._

Je n'ai point de vos nouvelles depuis le 15, mon cher gnral; je pars
demain pour Toulon. L'escadre mettra  la voile le 10 floral et se
dirigera droit sur les les Saint-Pierre. Le convoi qui est  Gnes part
le 7 floral pour se rendre dans les mers de Toulon.

Vous recevrez incessamment des ordres pour partir le 15. Ctoyez toutes
les ctes de Naples; passez le phare de Messine et mouillez  Syracuse,
ou dans toute autre rade, dans les environs.

Vous devez avoir une frgate, deux briks, deux avisos et deux galres
du pape. Il serait  dsirer que vous pussiez vous procurer deux autres
avisos, bons voiliers, soit en arrtant deux corsaires franais et
mettant des officiers et des hommes intelligens  bord, soit en se
servant de deux bons voiliers du pays.

Notre point de runion sera sur Malte,

Quoique nous n'ayons aucun indice que les Anglais aient pass ou
veuillent passer le dtroit, cependant la ncessit de ne pas vous
aventurer, me fait prfrer de vous faire filer cte  cte. Il sera
cependant ncessaire que vous expdiiez un aviso aux les Saint-Pierre,
pour croiser entre la Sardaigne et l'Afrique, afin que, si les Anglais
arrivaient aux les Saint-Pierre avant nous, vous pussiez en tre
prvenu et rgler vos mouvemens en consquence. Soit que vous soyez dans
un port du continent, soit dans un de ceux de la Sicile, vous n'avez
rien  craindre des Anglais; mais la prudence veut que vous prveniez ce
cas, et vous ferez donc embarquer quatre pices de 24, deux mortiers,
deux grils  boulets rouges, deux ou trois cents coups par pice, afin
de pouvoir tablir une bonne batterie. Ce seront d'ailleurs des pices
qui, arrives dans l'endroit principal, nous serviront.

Vous devez organiser votre dpt  Civita-Vecchia, afin que tous les
hommes malades, ou en arrire des corps que vous commandez, puissent se
runir et filer  fur et mesure.

Je vous enverrai, d'ici  quatre jours, des ordres positifs pour votre
dpart. Ce que je vous en dis l, c'est pour vous prparer et que vous
preniez d'avance, dans le secret, les renseignements qui vous seront
ncessaires.

Vous embarquerez avec vous le citoyen Mesnard et tous les hommes qui
servent  l'organisation du port de Civita-Vecchia et dont vous pourrez
avoir besoin; on les remplacera de Toulon.

BONAPARTE.



Paris, le 1er floral an 6 (20 avril 1798).

_Aux commissaires de la trsorerie nationale._

Vous avez donn l'ordre, citoyens commissaires, au payeur de Lyon de ne
faire passer  Toulon que la partie des trois millions qui serait en
espces franaises ou en piastres; il serait cependant ncessaire d'tre
assur d'avoir  Toulon ces trois millions. Je dsirerais que vous
m'envoyassiez l'ordre pour votre payeur  Lyon, de faire passer  Toulon
ces trois millions, quelles que soient les espces qui les composent; on
aura soin de se servir des monnaies trangres, de manire  ce que la
trsorerie n'y perde rien.

Je vous prie aussi d'expdier la commission que vous avez l'intention
d'accorder au citoyen Poussielgue, de contrleur prs du payeur de la
Mditerrane, dsirant que ce citoyen parte de suite. Je vous prierais
galement de le faire porteur d'une commission de payeur pour le citoyen
Estve, qui n'est que payeur de dpartement, et de lui donner l'ordre de
s'embarquer, et, ds l'instant que toutes les divisions seront runies
et formeront une arme, il jouira du traitement de payeur gnral
d'arme.

BONAPARTE.



Paris, le 1er floral an 6 (20 avril 1798).

_Au gnral Desaix._

Je vous ai crit hier, citoyen gnral, par un courrier extraordinaire
que j'ai expdi  Milan, en priant le gnral Brune de vous faire
parvenir ma dpche par un autre courrier.

Je reois aujourd'hui votre courrier du 23, et je vois avec une vive
satisfaction que vous serez prt  partir le 15, comme je l'esprais
hier.

_La Courageuse_, frgate arme en flte, et capable de porter six cents
hommes, doit tre arrive  Civita-Vecchia. Cela nous servira d'autant.

Je runis  Toulon le convoi de Gnes, et si les vents contrariaient son
arrive  Toulon, l'escadre attendrait  la cape, entre Toulon et les
les Saint-Pierre, mais sans relcher dans un fort de Corse. J'ai
considr que tout relche dans un port de la Corse nous donnerait des
retards trs-considrables. La saison est dj avance, puisque nous ne
pouvons esprer d'tre hors de Toulon que vers le 1er de mai.

Vous recevrez l'ordre de vous rendre de Civita-Vecchia  Syracuse,
et vous n'avez pas plus de chemin  faire que si vous vous rendiez 
Toulon; ainsi, en partant le 15, il y a possibilit  ce que vous soyez
le 20 au point dsign, et il serait difficile, mme favoriss autant
qu'on peut l'tre, que nous fussions  la mme poque sur Malte.

Je prfre de vous voir aller  Syracuse plutt qu' Trepano, parce que
je crois que vous ctoierez toujours l'Italie et profiterez du vent de
terre.

Si, pendant votre navigation, les vents deviennent contraires et
s'opposent  votre passage au dtroit et vous permettent de vous rendre
promptement  Trepano, je ne verrai aucun inconvnient  cela; mais dans
ce cas, il faudrait doubler le cap Trepano et vous mettre dans une rade
d'o vous pussiez sortir avec le mme vent qui nous est ncessaire pour
nous rendre des les Saint-Pierre  Malte.

Vous sentez que, dans ce dernier cas, plus encore que dans le premier,
il serait ncessaire que vous fissiez croiser un aviso entre la
Sardaigne et le Cap-Blanc, afin d'avoir  temps des nouvelles des
Anglais, si jamais ils paraissaient.

Dans tous les cas, ds l'instant que nous aurons pass les les
Saint-Pierre, j'enverrai  Trepano un aviso, pour avoir de vos
nouvelles. De votre ct, il sera bon que vous envoyiez dans la petite
le de Pentellaria, o j'enverrai prendre de vos nouvelles.

Je vous ai dj mand d'embarquer six pices de 3 autrichiennes. Ce sont
les plus commodes dans le pays o nous allons, puisqu'une bte de somme
peut en porter une.

BONAPARTE.



Paris, le 1er floral an 6 (20 avril 1798).

_Au gnral Baraguey-d'Hilliers._

Par la lettre que je vous ai crite le 22 germinal, citoyen gnral,
je vous dis que, dans quatre jours, vous recevrez l'ordre de vous
embarquer, et que cet ordre devra tre excut de suite. Vous avez
d recevoir cette lettre le 28, vous aurez fait ds-lors toutes vos
dispositions. Ainsi, j'espre que mon courrier, qui est parti d'ici le
30 germinal, avec l'ordre positif du dpart pour le 7, arrivera  Gnes
le 4, et que mon ordre pourra tre ponctuellement excut.

BONAPARTE.



Paris, le 1er floral an 6 (20 avril 1798).

_Au gnral Dufalga._

Le gnral Dufalga, commandant le gnie de l'expdition de la
Mditerrane, nommera deux officiers ou adjoints du gnie par chacune
des divisions, de Regnier, qui est runie  Marseille, et qui est
compose des neuvime et quatre-vingt-cinquime demi-brigades de ligne;
de Klber, qui est  la droite de Toulon,  Laseine et villages voisins,
et qui est compose des vingt-cinquime et soixante-quinzime de ligne,
de la deuxime d'infanterie lgre; enfin la division Mesnard, qui
est compose de la quatrime d'infanterie lgre, la dix-huitime, la
trente-deuxime de ligne.

Le gnral Dufalga ira droit  Marseille, et il verra l'ordonnateur de
la marine dans ce port, les commissaires des guerres chargs du service
de cette division, et le citoyen Perrier, commandant l'artillerie de
Marseille.

Il se fera remettre les tats de la situation et du nombre d'hommes
que peut porter chaque btiment de transport et de la distribution de
rembarquement.

Il chargera l'officier de gnie commandant la division, de lui rendre
compte, tous les jours, au quartier-gnral, de la situation dudit
embarquement.

Il me transmettra les notes qu'il aura faites sur l'tat de
l'embarquement et la situation morale des individus qu'il aura vus.

Arriv  Toulon, il fera prendre de suite connaissance, par les
officiers du gnie, du cantonnement des troupes, de la situation des
vaisseaux de guerre, des approvisionnemens, et me tiendra galement
prtes des notes sur la situation matrielle et personnelle.

Il aura soin de voir les membres de la commission, l'ordonnateur de la
marine, auquel il aura soin de dire que je fais grand cas de lui; le
vice-amiral Brueys et le contre-amiral Dcrs.

Il cherchera  voir galement le commandant de la place de Toulon, les
gnraux Gardanne et Rampon.

Il fera aussi tout ce qu'il pourra pour trouver des logemens pour les
savans.

Dans l'organisation gnrale de l'arme, il restera charg
de transmettre  tous les savans et artistes des ordres pour
l'embarquement. Il aura donc soin d'avoir,  son tat-major, la note de
leurs logemens et des dtails de l'embarquement.

Il dira au vice-amiral Brueys et  l'ordonnateur qu'ils fassent faire
sur le vaisseau _l'Orient_ tous les prparatifs ncessaires pour qu'il y
ait le plus de logemens possible, vu que tous les chefs de l'tat-major
seront sur ce vaisseau.

Il fera prparer  Avignon tous les transports ncessaires pour que tout
ce qui y arrivera en parte pour Toulon sans prouver de retard.

BONAPARTE.



Paris, le 3 floral an 6 (22 avril 1798).

_ la commission charge de l'armement de la Mditerrane._

Le citoyen Poussielgue, contrleur de la trsorerie nationale auprs de
votre payeur, part cette nuit, portant avec lui 300,000 fr. en or, et
200,000 fr. en lettres de change sur Marseille. J'espre que le 9 ou le
10 tout sera prt et qu'on pourra lever l'ancre.

Le citoyen Leroi doit se tenir prt  s'embarquer. Le gnral Blanquet
doit s'embarquer en sa qualit de contre-amiral sur l'escadre, et le
gnral Dommartin, en qualit de commandant d'artillerie; le citoyen
Sucy, commissaire ordonnateur, en qualit de commissaire ordonnateur en
chef; et le citoyen Estve comme payeur gnral de l'arme.

BONAPARTE.



Paris, le 3 floral an 6 (22 avril 1798).

_Au citoyen Najac._

J'expdie l'ordre par le prsent courrier, citoyen ordonnateur, au
vice-amiral Brueys d'organiser l'escadre et de nommer le citoyen
Ganteaume pour faire les fonctions de chef de l'tat-major, et de
distribuer les chefs de division, et autres officiers sur les diffrens
vaisseaux, afin qu'ils soient promptement prts  mettre  la voile. Il
faudrait que tout ft prt  lever l'ancre sans aucune espce de retard,
le 9 ou le 10 au matin.

Je vous prie de tenir la main  ce que, pour cette poque, l'eau, les
vivres et les autres approvisionnemens soient embarqus.

Je pars demain dans la nuit, et je compte tre le 8  Toulon.

BONAPARTE.



Paris, le 4 floral an 6 (23 avril 1798).

_Au gnral Baraguey-d'Hilliers._

Il est ordonn au gnral Baraguey-d'Hilliers de rester  Gnes jusqu'
nouvel ordre; de dbarquer ses troupes, si elles taient embarques;
de rentrer dans le port, s'il avait mis  la voile, de cantonner ses
troupes tant  Gnes que dans les environs, de manire  pouvoir les
rassembler en quarante-huit heures. Ces troupes seront  la disposition
du gnral commandant en Italie.

BONAPARTE.



Paris, le 4 floral an 6 (23 avril 1798).

_Au gnral Desaix._

Il est ordonn au gnral de division Desaix de dbarquer ses troupes
s'il les a embarques, et de les cantonner tant  Civita-Vecchia que
dans les environs, de manire  pouvoir les rassembler en quarante-huit
heures. Ces troupes seront  la disposition du gnral commandant en
Italie.

BONAPARTE.



Paris, le 4 floral an 6 (23 avril 1798).

_Au gnral Brune._

Je donne ordre, citoyen gnral, au gnral Baraguey-d'Hilliers de
dbarquer ses troupes, si elles sont embarques, et de retourner,
s'il est parti. Les troupes resteront cantonnes  Gnes et dans les
environs, et seront  votre disposition, ainsi que celles qui sont 
Civita-Vecchia, o j'ai donn le mme ordre, si des indices vous font
penser avoir besoin de ces troupes. Dans ces nouvelles mesures du
gouvernement, vous voyez l'effet des vnemens qui viennent d'arriver
 Vienne, sur lesquels cependant le gouvernement n'a encore rien de
positif.

Si jamais les affaires se brouillaient, je crois que les principaux
efforts des Autrichiens seraient tourns de votre ct, et, dans ce cas,
je sens bien que vous avez besoin de beaucoup de troupes, de beaucoup de
moyens, et surtout de beaucoup d'argent.

BONAPARTE.



Paris, le 9 floral an 6 (28 avril 1798).

_Au gnral Dufalga_.

Vous avez appris, citoyen gnral, l'vnement arriv  Vienne. Cela est
arriv au moment o j'allais partir, et a d ncessairement occasionner
un retard; j'espre cependant que cela ne drangera rien. Peut-tre
serai-je oblig d'aller  Rastadt pour avoir une entrevue avec le comte
de Cobentzel, et, si tout allait bien, je partirais de Rastadt pour
Toulon.

Le 11 au soir, je ferai partir un courrier avec l'ordre  l'escadre de
partir avec le convoi pour se rendre  Gnes, o je serai moi-mme le 26
de ce mois.

Je donne, par le prsent courrier, l'ordre au convoi de Marseille de se
rendre  Toulon.

Ayez soin que tous les savans, et que tous les objets ncessaires 
notre expdition soient embarqus comme il faut qu'ils le soient.

Le convoi de Gnes a reu contre-ordre, puisque c'est nous, au
contraire, qui allons  Gnes et  Civita-Vecchia.

BONAPARTE.



Paris, le 9 floral an 6 (28 avril 1798).

_Au gnral Klber_.

Il est ordonn au gnral Klber de prendre le commandement des troupes
de terre composant la division du gnral Rguier, la division du
gnral Mesnard et celle du gnral Klber; de transmettre au gnral
Regnier l'ordre ci-joint, et de tout disposer pour l'embarquement des
deux autres divisions sur l'escadre et sur les autres vaisseaux de
guerre arms en fltes, afin d'tre prt  partir au premier ordre qu'il
recevra.

Il se concertera avec le gnral Dufalga, qui lui donnera tous les
renseignemens relatifs au nombre des savans et des artistes qui doivent
s'embarquer.

BONAPARTE.



Paris, le 9 floral an 6 (28 avril 1798).

_Au vice-amiral Brueys_.

Quelques troubles arrivs  Vienne, citoyen gnral, ont ncessit ma
prsence quelques jours  Paris: cela ne changera rien  l'expdition.
Je donne l'ordre par le prsent courrier aux troupes qui sont 
Marseille de s'embarquer et de se rendre  Toulon.

Vous tiendrez ce convoi en grande rade et dans le meilleur ordre qu'il
vous sera possible.

Je vous expdierai, le 11 au soir, par un courrier, l'ordre d'embarquer
et de partir avec l'escadre et le convoi pour Gnes, o je vous
rejoindrai.

Le retard que ce nouvel incident a apport dans l'expdition aura t,
j'imagine, ncessaire pour vous mettre plus en mesure.

BONAPARTE.



Paris, le 9 floral an 6 (28 avril 1798).

_Au gnral Regnier_.

Il est ordonn au gnral Regnier de faire embarquer ses troupes 
Marseille, le 16 floral, sur les btimens de transport qui sont
prpars, et de partir le 17, si le temps le permet, pour se rendre 
Toulon, o son convoi se rangera sous les ordres du vice-amiral Brueys.

BONAPARTE.



Paris, le 9 floral an 6 (28 avril 1798).

_ l'ordonnateur Najac_.

L'ordonnateur Najac donnera, l'ordre au convoi de Marseille d'embarquer
les troupes du gnral Regnier le 16 floral, et de partir le 17 pour se
rendre  Toulon. Il se concertera avec le vice-amiral Brueys, pour faire
sortir, s'il est ncessaire, une frgate pour l'escorte dudit convoi.

BONAPARTE.



Paris, le 13 floral an 6 (2 mai 1798).

_Au gnral Baraguey-d'Hilliers._

Je vous ai donn l'ordre, citoyen gnral, par ma lettre du 30 germinal,
de vous rendre  Toulon. Je vous ai donn l'ordre, par ma lettre du 4
floral, de dbarquer et de cantonner vos troupes aux environs de Gnes
jusqu' nouvel ordre. Je vous envoie l'ordre d'embarquement le plus tt
possible, et de vous diriger sur Toulon.

BONAPARTE.



Paris, le 13 floral an 6 (2 mai 1798).

_Au mme._

Il est ordonn au gnral Baraguey d'Hilliers d'embarquer sa division
le 20, et de mettre  la voile le 21, pour se rendre  Toulon. S'il
rencontrait sur sa route l'escadre franaise, compos de 14 vaisseaux de
guerre et de douze ou quinze frgates, il enverrait un aviso  l'amiral
pour prendre des ordres, et si ladite escadre n'est point encore partie
de Toulon, il enverra prendre des ordres auprs du vice-amiral Brueys,
pour la place qu'il doit occuper dans la rade. Il me prviendra par un
courrier extraordinaire  Toulon, de son dpart.

BONAPARTE.



Paris, le 13 floral an 6 (2 mai 1798).

_Au gnral Desaix._

Je vous avais donn l'ordre, citoyen gnral, par une lettre du 4
floral, de cantonner vos troupes  Civita-Vecchia et aux environs, et
d'attendre de nouveaux ordres. C'tait l'effet des nouveaux vnemens
arrivs  Vienne.

Vous devez vous prparer  partir au premier ordre. Le mme courrier
porte ordre au gnral Baraguey-d'Hilliers de partir pour Toulon. L je
verrai si j'irai vous prendre  Civita-Vecchia, o je vous donnerai des
ordres pour vous rendre sur les ctes de Syracuse, comme je vous en ai
dj entretenu. Ainsi, dans l'un et l'autre cas, il faut vous tenir prt
 lever l'ancre vingt-quatre heures aprs l'arrive de mon courrier ou
aviso.

BONAPARTE.



Paris, le 13 flora| an 6 (2 mai 1798).

_Au vice-amiral Brueys._

J'espre, citoyen gnral, que le 20 vous pourrez embarquer les troupes,
pour mettre  la voile incessamment aprs. Je compte tre  bord le 19.

Je viens de faire partir un courrier pour Gnes, avec ordre au gnral
Baraguey d'Hilliers de se rendre  Toulon. L'un et l'autre seront sous
vos ordres, ds qu'ils seront arrivs. Vous les placerez convenablement
dans la rade.

BONAPARTE.



Paris, le 13 floral an 6 (2 mai 1798).

_Au gnral Brune._

Par ma lettre du 4 floral, je vous ai instruit, citoyen gnral, que
les divisions Baraguey-d'Hilliers et Desaix taient  votre disposition.
Le premier bruit des vnemens survenus  Vienne avait fait penser que
cette mesure tait ncessaire. Aujourd'hui le gouvernement a pris une
autre dtermination.

Je donne l'ordre aux gnraux Baraguey-d'Hilliers et Desaix de
s'embarquer sur-le-champ.

L'on vous fait passer par la Suisse, six autres demi-brigades,
indpendamment des deux autres qui avaient dj reu les ordres
antrieurement, et deux autres rgimens de cavalerie.

Je tous prie, citoyen gnral, de surveiller autant qu'il vous sera
possible, lesdits embarquemens.

J'ai reu votre lettre de Gnes et j'ai vu le zle et l'activit que
vous y avez montrs.

BONAPARTE.



Paris, le 13 floral an 6 (2 mai 1798).

_ la commission charge de l'armement de la Mditerrane._

Par ma dernire lettre date du 9 floral, j'ai envoy l'ordre au
convoi de Marseille de se rendre  Toulon, et de se tenir tout prt 
embarquer, au premier instant, a Toulon.

Je pars dans la journe de demain pour cette ville, et j'espre que tout
sera prt  mettre  la voile le 20. Noubliez rien pour atteindre ce
but.

BONAPARTE.



Chlons, le 16 floral an 6 (5 mai 1798).

_ l'ordonnateur Najac._

Je reois  Chlons votre courrier du 12, par lequel vous m'annoncez que
le convoi de Gnes tait sur le point d'arriver, lorsque vous lui avez
expdi l'aviso, avec mou contre-ordre.

J'ai donn  ce convoi l'ordre de partir le 8 de Gnes pour Toulon.

Je lui ai expdi un contre-ordre le 4; cela tait relatif aux vnemens
de Vienne.

Je lui ai expdi le 13, l'ordre de partir de Gnes au plus tard le 18.

Ainsi, s'il est dans vos parages, donnez-lui l'ordre de se rendre en
grande rade ou tenez-le a Hyres, en lui faisant completter ses vivres
et son eau.

Je serai, douze heures aprs mon courrier,  Toulon.

BONAPARTE.



Le 18 floral an 6 (7 mai 1798).

_ la commission charge de l'armement de la Mditerrane._

Mon courrier, Lesimple, qui m'a rejoint sur le Rhne prs Valence, m'a
remis vos dernires dpches. Vous devez excuter l'ordre relatif 
l'embarquement, tel que je l'ai donn, c'est--dire les gnraux de
division doivent embarquer trois chevaux; les gnraux de brigade, deux,
les adjudans gnraux, aides-de-camp et chefs de brigade des corps, un.

Chacun peut embarquer ses selles, ses brides et les palfreniers,
conformment au nombre de chevaux que la loi lui accorde.

Vous ferez embarquer  Marseille cent chevaux d'artillerie et deux cents
de cavalerie. Si vous pouvez en embarquer davantage, vous ferez toujours
les embarquemens dans cette proportion.

Les corps embarqueront toutes leurs selles et leurs brides, et vous
aurez soin que l'on embarque les meilleurs chevaux, en les faisant
donner aux premier et deuxime escadrons, et en prenant de prfrence
les chevaux de chasseurs.

Le restant des chevaux sera donn aux dtachemens de cavalerie des
autres rgimens qui se trouvent  Marseille.

Je vous pri de m'expdier un courrier extraordinaire, qui m'attendra 
mon passage  Aix, qui ne sera pas plus de huit heures aprs celui de
Lesimple, pour m'instruire si le convoi de Marseille est parti, afin que
je me dcide  aller  Marseille ou droit  Toulon. Je serais mme fort
aise, si cela ne drangeait rien  vos oprations, qu'un de vous se
transportt  Aix, car je ne compte pas m'y arrter du tout, mon
intention tant d'aller droit a Toulon.

BONAPARTE.



Le 18 floral an 6 (7 mai 1798).

_Au gnral commandant  Lyon._

Le 19 ou le 20, doivent arriver 60 ou 80 de mes guides  cheval. Je vous
envoie l'ordre pour qu'ils se rendent  Toulon. Je vous prie de les
faire embarquer sur le Rhne. S'il passe par Lyon des courriers pour
moi, je vous prie de les diriger sur Toulon.

BONAPARTE.



Toulon, le 18 floral an 6 (7 mai 1798).

_Aux guides._

J'ordonne  la compagnie de mes guides qui arrive  Lyon le 20, de
partir le 2, pour se rendre en toute diligence  Toulon.

BONAPARTE



Toulon, le 20 floral an 6 (9 mai 1798).

_Au gnral Mesnard._

Il est ordonn au gnral Mesnard de s'embarquer immdiatement aprs la
rception du prsent ordre, avec la quatrime d'infanterie lgre, la
dix-neuvime de bataille, et de partir au premier beau temps. Il se
rendra dans les les de la Madelaine, au nord de la Sardaigne, o il
recevra des ordres nouveaux du vice-amiral Brueys. Il se conformera
exactement aux ordres qu'il recevra dudit amiral, qui lui envoie un
officier de marine intelligent pour diriger tous ses mouvemens.

BONAPARTE.



Toulon, le 20 floral an 6 (9 mai 1798).

_Au gnral Vaubois_.

Je vous fais passer, citoyen gnral, un ordre pour le gnral Mesnard.
Si ce gnral n'y tait pas, ou s'il tait malade, vous feriez commander
ledit convoi par l'officier le plus ancien.

Sur les reprsentations que vous m'avez faites du besoin que vous avez
de garder la vingt-troisime d'infanterie lgre, je renonce  l'ide
que j'avais de la faire partir, et je la laisse en Corse jusqu' ce que
le gouvernement vous ait renvoy son remplacement.

N'oubliez pas d'embarquer sur le convoi trois ou quatre pices de canon
de 3 ou 4, avec une bonne compagnie de canonniers.

BONAPARTE.



Toulon, le 20 floral an 6 (9 mai 1798).

_Au commandant de la place_.

Je vous prie, citoyen gnral, de faire embarquer tout ce qui reste de
la sixime demi-brigade d'artillerie, sur les vaisseaux de l'escadre,
pour suppler au manque de matelots.

BONAPARTE.



Toulon, le 20 floral an 6 (9 mai 1798).

_Au commandant des armes_.

Je vous prie, citoyen gnral, de faire armer dans la journe de demain,
s'il est possible, les deux felouques nouvellement construites.

BONAPARTE.



Toulon, le 20 floral an 6 (9 mai 1798).

_Au gnral Vaubois_.

Les magasins pour vingt-cinq mille hommes, citoyen gnral, que vous
aviez forms, deviennent  peu prs inutiles. Vous pouvez donc prendre
dans ces magasins tout ce qui sera ncessaire pour approvisionner le
convoi qui va partir.

BONAPARTE.



Toulon, le 21 floral an 6 (10 mai 1798).

_Au gnral Dugua_.

Je vous fais passer, citoyen gnral, l'ordre que vous enverrez au chef
de brigade Lucotte, pour se rendre avec les troupes de la demi-brigade
qui sont  Aix,  Toulon.

J'emmne avec moi les trois compagnies de carabiniers de la septime
demi-brigade. Je ferai aussi venir le reste de la demi-brigade,
lorsqu'elle sera remplace; j'cris a Paris pour cela.

Je vous prie de les faire rapprocher, en les tenant, soit  Toulon ou 
Marseille, afin qu'elles soient  porte.

BONAPARTE.



Toulon, le 21 floral an 6 (10 mai 1798).

_Au mme_.

Je vous prie, mon cher gnral, de faire mettre l'embargo sur tous les
btimens qui sont dans le port de Marseille. Aucun ne pourra sortir, 
moins que ce ne soit un btiment pour l'expdition, que cinq jours aprs
le dpart de l'escadre.

Je vous prie aussi de faire ramasser  Marseille,  la petite pointe du
soir, tous les matelots qui peuvent s'y trouver, et de les envoyer 
Toulon.

BONAPARTE.



Toulon, le 21 floral an 6 (10 mai 1798).

_Au commandant des armes  Toulon._

Je vous prie, citoyen gnral, de donner les ordres pour qu'il ne sorte
aucun btiment de Toulon,  dater d'aujourd'hui, jusqu' dix jours aprs
le dpart de l'escadre.

BONAPARTE.

Toulon, le 21 floral an 6 (10 mai 1798).

_Au gnral Desaix._

Je suis  Toulon, mon cher gnral, depuis hier.

La division du gnral Regnier est partie hier au soir de Marseille,
je l'attends  chaque instant de l rade de Toulon. Je partirai
sur-le-champ pour aller  la rencontre du gnral Baraguey-d'Hilliers,
et de l passer entre l'le d'Elbe et la Corse, faisant route vers la
Sicile et la Sardaigne. Nous vous enverrons prvenir par un aviso, afin
que vous veniez nous joindre.

Il faut donc que vous soyez en rade, embarqus, afin qu'au premier
jour vous puissiez mettre  la voile. Si vous avez des avisos  votre
disposition, vous pouvez envoyer reconnatre. Si le temps est bon, il
est probable que le 28 ou le 29, nous passerons  votre hauteur. Vous
ne recevrez cette lettre que le 27; ainsi vous n'aurez gure que
vingt-quatre heures pour vous prparer.

Tout le monde est rendu ici, et votre colonie de savans est en trs
bonnes dispositions.

BONAPARTE.



Toulon, le 21 floral an 6 (10 mai 1738).

_ l'ordonnateur Najac_.

Je vous prie, citoyen ordonnateur, de vouloir bien faire solder aux
officiers subalternes, tant de marine que de terre, embarqus sur
l'escadre, ou sur le convoi a la suite de l'escadre, 3 fr. par jour,
pour la table. Il suffira que vous fassiez les fonds pour quatre
dcades.

BONAPARTE.



Toulon, le 22 floral an 6 (11 mai 1798).

_Au gnral Dugua_.

Je vous prie, mon cher gnral, de faire partir dans la matine de
demain pour Toulon, si le vent est bon, cinq btimens neutres, soit
danois, soit sudois, espagnols, etc.; vous mettrez  bord de chaque
btiment une garnison suffisante pour tre sr que ces btimens sortis
de Marseille arrivent  Toulon, et si vous avez un aviso ou une chaloupe
canonnire, vous les ferez escorter.

Vous prendrez les plus gros btimens possible; cela doit servir 
embarquer des troupes.

Il y a  Marseille cinq ou six btimens que l'ordonnateur Leroy avait
frts. S'il y en avait un ou deux qui fussent prts, faites-les partir
de suite.

BONAPARTE.



Toulon, le 23 floral an 6 (12 mai 1798).

_Ordre_.

En vertu de l'autorisation qu'il a reue du directoire excutif, le
gnral en chef ordonne:

ART. 1er. Les deux vaisseaux vnitiens qui sont en ce moment-ci dans
le port de Toulon, seront arms en guerre et en tat de partir au 20
prairial, avec deux mois de vivres.

2. Les deux vieilles frgates seront armes en flte et prtes  partir
pour la mme poque, ayant galement pour deux mois de vivres. Sur les
deux vaisseaux et sur les deux frgates, l'on embarquera les soldats qui
seront rendus au dpt le 20 prairial; on peut calculer sur un millier
d'hommes. Il suffira de les approvisionner pour un mois de vivres et
vingt jours d'eau.

3. Il sera arm extraordinairement douze avisos bons voiliers, portant
au moins une pice de 8, et commands par de bons officiers, pour servir
 la communication de l'expdition. Il devra en partir au moins deux
fois par dcade. On embarquera dessus, le courrier ordinaire de l'arme,
et des officiers et soldats, autant que le btiment pourra en porter.

4. Les btimens frts  Marseille recevront ordre de se rendre 
Toulon. Ils seront approvisionns pour vingt jours d'eau et trente
jours de vivres. L'on embarquera dessus le restant de l'artillerie,
les habillemens, le vin et les soldats qni pourraient arriver. On doit
calculer sur un millier d'hommes, indpendamment de mille autres qui se
trouveront au dpt pour le 20 prairial. Les troupes de passage seront
galement approvisionnes pour un mois de vivres et vingt jours d'eau.

5. La frgate _la Badine_ va recevoir ordre de se rendre  Toulon, et
escortera ce convoi, qui devra tre prt  partir du 10 au 15 prairial.
Je remettrai une instruction particulire au commandant de _la Badine_,
pour la route qu'elle devra tenir et le lieu o il devra se rendre avec
ledit convoi.

6. Il y aura  Toulon un commissaire des guerres qui aura les ordres de
l'ordonnateur Sucy, pour tous les objets qui devront tre embarqus, un
officier d'artillerie qui aura les ordres du gnral Dommartin, et enfin
un gnral ou un officier suprieur commandant les dpts, qui aura les
ordres de l'tat-major. Ces trois personnes ont ordre de voir souvent
l'ordonnateur de la marine, et de prendre ses ordres pour tous les
objets qui doivent tre embarqus.

7. En partant, je laisserai deux avisos. Le premier partira
quarante-huit heures aprs l'escadre; il portera le courrier de l'arme,
s'il est arriv, les officiers ou les savans qui sont en retard; et le
second partira soixante-douze heures aprs le premier. Il escortera un
btiment portant soixante guides, s'ils sont arrivs le 29. Il est donc
indispensable que l'ordonnateur se procure un btiment pour porter ces
soixante guides.

BONAPARTE.



Toulon, le 23 floral An 6 (12 mai 1798).

Au citoyen Najac.

Le dpart de l'escadre est invariablement fix dans la nuit du 24 au 25.

Il est indispensable que le convoi soit en grande rade dans la matine
de demain. J'ai, en partant, trois choses  vous recommander:

1. De me faire passer, avec la plus grande clrit, les courriers qui
m'arment, de Paris;

2. De faire excuter avec la plus grande exactitude l'ordre ci-joint;

3. De faire terminer de suite la corvette et de me l'envoyer; nous en
aurons le plus grand besoin.

BONAPARTE.



Toulon, le 24 floral an 6 (13 mai 1798).

Promotion.

En consquence de l'autorisation spciale que j'en ai reue du
directoire excutif, et voulant reconnatre les services que les
citoyens Jean Villeneuve, capitaine de vaisseau; Guillaume-Franois
Bourd, capitaine de frgate.; Pierre-Philippe Altimont, lieutenant de
vaisseau; Serval, aspirant de premire classe, ont rendus depuis quinze
mois sur l'escadre qui tait attache  l'arme d'Italie, dans le golfe
Adriatique: je nomme le citoyen Villeneuve, chef de division; les
citoyens Bourd, capitaine de vaisseau; Altimont, capitaine de frgate;
et Serval, enseigne de vaisseau.

BONAPARTE.



Toulon, le 24 floral an 6 (13 mai 1798).

 l'administration municipale de Toulon,

Je donne les ordres, citoyens administrateurs, pour que la partie de
la garde nationale qui sera requise pour faire le service, soit paye
conformment aux lois. J'ai cependant pourvu  une augmentation de
garnison. Dans tous les cas, la rpublique ne doit avoir aucune
sollicitude, les habitans de Toulon ayant toujours donn des preuves de
leur attachement  la libert.

BONAPARTE.



Toulon, le 24 floral an 6 (13 mai 1798).

 l'administration centrale du Var.

Je vous remercie, citoyens administrateurs, de la dputation que vous
m'avez envoye, et des choses extrmement flatteuses qu'elle m'a dites
de votre part.

L'opration que nous allons entreprendre, sera spcialement avantageuse
 votre dpartement et  celui des Bouches-du-Rhne. Il y aura une
grande activit sur les routes et dans les postes, qui sont absolument
dsorganises. Je vous prie de prendre des mesures pour rorganiser ce
service essentiel, afin que les courriers et autres officiers portant
des ordres, puissent aller  Paris et en revenir facilement. Croyez au
dsir que j'aurai toujours de mriter l'estime de mes concitoyens.

BONAPARTE.



Toulon, le 24 floral an 6 (i3 mai 1798).

Ordre.

Ordonne que tous les matres, contre-matres, matelots, novices,
ouvriers de l'arsenal qui ont t mis en surveillance par ordre du
gouvernement, seront embarqus et rpartis sur l'escadre.

BONAPARTE.



Toulon, le 27 floral an 6 (16 mai 1798).

Au vice-roi de Sardaigne.

J'envoie, monsieur,  Cagliari, pour y rsider en qualit de consul, le
citoyen Augier, officier de marine.

Je vous prie de le reconnatre en cette qualit, et d'agrer les
sentimens d'estime et de considration que j'ai pour vous.

BONAPARTE.



Toulon, le 27 floral an 6 (16 mai 1798).

Au citoyen Augier, consul  Cagliari.

Vous vous rendrez, citoyen,  Cagliari, en qualit de consul; vous
remettrez la lettre ci-jointe au vice-roi de Sardaigne ou  celui qui en
fait les fonctions.

Vous interrogerez tous les btimens pour avoir des nouvelles des
Anglais, et si vous appreniez qu'ils ont mouill dans la Mditerrane,
vous expdieriez un btiment que vous frteriez,  la suite de l'amiral
Brueys, pour l'en informer.

Vous dirigerez ce btiment du ct de Malte.

BONAPARTE.



Toulon, le 29 floral an 6 (18 mai 1798).

 l'ordonnateur Najac.

Le service de l'expdition qui va avoir lieu a exig, de la part des
principaux employs de l'administration, des efforts o ils ont t 
mme de faire connatre leur zle pour la prosprit des armes de la
rpublique.

Je vous prie de tmoigner aux directeurs des constructions,
de l'artillerie du port, au citoyen Cuviller, commissaire des
approvisionnemens, et en gnral  tous les contrleurs, commissaires et
sous-commissaires, une satisfaction particulire sur leurs services dans
cette circonstance essentielle.

Je vous autorise  nommer  la place de chef des mouvemens les citoyens
Aycard et Giroudreux;  la place de commissaire de premire classe,
les citoyens Bugerin, Pigeon et Gobert;  celle de deuxime classe, le
citoyen Desanit;  lever au grade de commissaires de la marine les
citoyens Gasquet, Giraud, Franqueville, Galopin et Bellanger;  la place
de sous-commissaires, les citoyens Nicolas et Rey qui remplissent
les fonctions de sous-commissaires  la Ciotat;  la place de commis
principal, le citoyen Cappel, et de commis en deuxime, le citoyen
Ollivault.

BONAPARTE.



Toulon, le 29 floral an 6 (18 mai 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. Ier. Tout marin qui, tant embarqu, aura rest a terre aprs le
dpart de l'arme navale, sera traduit en prison jusqu'au dpart d'un
btiment de guerre quelconque,  l'effet de rejoindre celui dont il a
dsert.

2. Tout matre charg qui aura manqu le dpart, sera cass et rduit 
la basse paie de deuxime matre.

3. Les matres non chargs subiront la mme punition.

4. Les deuximes matres de toutes classes et les contre-matres de la
manoeuvre, rests  terre, seront mis  la basse paie de quartier-matre
ou d'aide de leur profession respective.

5. Les aides de toute classe et les quartiers-matres dserteurs seront
rduits  la paie des matelots  vingt-sept sous.

6. Les matelots de premire et deuxime classe, galement dserteurs,
descendront  la paie de 12 sous, ceux de troisime et quatrime classe
seront rduits  celle de novice,  huit sous.

7. Dans aucun cas, les officiers, mariniers et matelots, qui auront subi
les rductions prescrites par les articles prcdens, ne pourront tre
rintgrs dans leurs grades primitifs que par un avancement progressif
d'une paie  l'autre, et de six mois en six mois sur la demande motive
des commandans de leurs vaisseaux, qui certifieront leur exactitude et
leur bonne conduite.

8. Les attestations de maladie n'auront de valeur que sur la signature
de la majorit des membres composant le conseil de salubrit navale. Il
est dfendu formellement aux commissaires de marine prposs aux
dtails des armemens, d'en admettre d'autres, sous leur responsabilit
personnelle.

9. Il sera tabli garnison chez toutes les familles des marins embarqus
qui seront rests  terre aprs le dpart de l'arme; et les garnisaires
n'en seront retirs que lorsque ces dserteurs se seront prsents au
bureau des armemens pour y recevoir une nouvelle destination.

10. Dans le temps que l'arme navale de la rpublique, de concert avec
l'arme de terre, se prpare  relever la gloire de la marine franaise,
les marins, dans le cas de servir et qui restent chez eux, mritent
d'tre traits sans aucun mnagement. Avant de svir contre eux,
le gnral en chef leur ordonne de se rendre  bord de la deuxime
flottille qui est en armement. Ceux qui, quinze jours aprs la
publication du prsent ordre, ne se seront pas fait inscrire pour faire
partie dudit armement, seront regards comme des lches. En consquence
l'ordonnateur de la marine leur fera signifier individuellement l'ordre
de se rendre au port de Toulon, et si, cinq jours aprs, ils n'ont point
comparu, ils seront traits comme des dserteurs.

L'ordonnateur de la marine tiendra la main  l'excution du prsent
rglement.

BONAPARTE.



Toulon, le 29 floral an 6 (18 mai 1798).

_Rglement pour la rpression des dlits commis  bord de l'arme
navale._

Vu que les lois existantes sur la manire de procder aux jugemens des
dlits militaires n'ont pas prvu le cas o se trouve l'arme par sa
composition actuelle; qu'il est juste et urgent que les troupes de
terre et de mer, les soldats, matelots et autres employs  la suite de
l'arme, runis sur les vaisseaux, ne soient pas, pour le mme dlit,
soumis  des lois diffrentes, soit pour la procdure, soit pour la
forme des jugemens, ordonne:

ART. 1. La loi du 15 brumaire an 5, qui rgle la manire de procder aux
jugemens militaires, sera ponctuellement et exclusivement suivie  bord
des vaisseaux composant l'arme navale.

2. Chaque vaisseau ou frgate sera considr comme une division
militaire.

3. Il y aura en consquence, par chaque vaisseau ou frgate, un conseil
de guerre compos de sept membres, pris dans les grades dsigns par
l'article 2 de la loi du 13 brumaire, ou dans les grades correspondans
de l'arme de mer.

4. Les membres du conseil de guerre, le rapporteur et l'officier charg
des fonctions de commissaire du pouvoir excutif, seront nomms par
le contre-amiral, dans chaque division de l'arme navale; en cas
d'empchement lgitime de quelqu'un de ces membres, il sera pourvu  son
remplacement par le commandant du vaisseau.

5.  dfaut d'officier dans quelqu'un des grades dsigns par l'art. 2
de la loi du 13 brumaire, ou des grades correspondans dans la marine, il
y sera suppl par des officiers du rang immdiatement infrieur.

6. Les jugemens prononcs par le conseil de guerre seront sujets 
rvision.

7. Il sera tabli  cet effet, a bord de chaque vaisseau ou frgate de
l'arme navale, un conseil permanent de rvision, dans la forme indique
par la loi du 18 vendmiaire an 6.

8. Ce conseil sera compos de cinq membres du grade dsign en l'article
21 de ladite loi, ou du grade correspondant dans la marine; et  dfaut
d'officiers suprieurs, il y sera suppl, ainsi qu'il est dit 
l'article 5, pour la formation du conseil de guerre.

9. En cas d'annulation du jugement par le conseil de rvision, celui-ci
renverra le fond du procs, pour tre jug de nouveau par-devant le
conseil de guerre de tel autre vaisseau qu'il dsignera. Ce conseil de
guerre remplira ds lors les fonctions et aura toutes les attributions
du deuxime conseil de guerre tabli par l'article 9 de la loi du 18
vendmiaire an 6.

10. Les fonctions du commissaire du pouvoir excutif seront remplies par
un commissaire d'escadre ou par un commissaire ordonnateur des guerres,
et  leur dfaut, par un sous-commissaire de marine ou commissaire
ordinaire des guerres.

11. Le commandant de l'arme navale nommera les membres du conseil
permanent de rvision. En cas d'empchement d'aucun de ses membres, il
sera pourvu  son remplacement par le commandant du vaisseau  bord
duquel le conseil devra se tenir.

12. Les dlits commis sur les btimens de transport et autres, faisant
partie du convoi, seront jugs par le conseil de guerre du vaisseau ou
frgate sous le commandement desquels ils se trouveront naviguer. En cas
d'empchement, les prvenus seront mis aux fers, si le cas l'exige, pour
tre jugs au premier mouillage ou  la premire occasion favorable.

13. Les peines portes par la loi du 21 brumaire an 5, notamment celles
contre la dsertion, sont applicables aux marins, et rciproquement
celles portes par la loi du 22 aot 1790 sont dclares communes aux
troupes de terre et  tous individus embarqus, dans les cas non prvus
par la loi du 21 brumaire.

14. Seront justiciables desdits conseils de guerre et de rvision, le
cas chant, tous individus faisant partie de l'arme de terre et de
mer, et autres embarqus sur les vaisseaux.

BONAPARTE.



Toulon, le 30 floral an 6 (19 mai 1798).

PROCLAMATION.

_Aux soldats de terre et de mer de l'arme de la Mditerrane._

Soldats,

Vous tes une des ailes de l'arme d'Angleterre.

Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de siges; il vous
reste  faire la guerre maritime.

Les lgions romaines, que vous avez quelquefois imites, mais pas encore
gales, combattaient Carthage tour--tour sur cette mme mer, et
aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que
constamment elles furent braves, patientes  supporter la fatigue,
disciplines et unies entre elles.

Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes destines 
remplir, des batailles  livrer, des dangers, des fatigues  vaincre;
vous ferez plus que vous n'avez fait pour la prosprit de la patrie, le
bonheur des hommes et votre propre gloire.

Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis;
souvenez-vous que, le jour d'une bataille, vous avez besoin les uns des
autres.

Soldats, matelots, vous avez t jusqu'ici ngligs; aujourd'hui la plus
grande sollicitude de la rpublique est pour vous: vous serez dignes de
l'arme dont vous faites partie.

Le gnie de la libert, qui a rendu, ds sa naissance, la rpublique
l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations les
plus lointaines.

BONAPARTE.



 bord de _l'Orient_, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798).

_Convention arrte entre la rpublique franaise et l'ordre des
chevaliers de Saint-Jean de Jrusalem, sous la mdiation de Sa Majest
Catholique le roi d'Espagne._

ART. 1er. les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jrusalem
remettront  l'arme franaise la ville et les forts de Malte. Ils
renoncent, en faveur de la rpublique franaise, aux droits de
souverainet et de proprit qu'ils ont tant sur cette ville que sur les
les de Malte, du Gozo et de Cumino.

2. La rpublique franaise emploiera son influence au congrs de Rastadt
pour faire avoir au grand-matre, sa vie durant, une principaut
quivalente  celle qu'il perd, et, en attendant, elle s'engage  lui
faire une pension annuelle de 300,000 fr. Il lui sera donn en outre la
valeur de deux annes de ladite pension,  titre d'indemnit, pour son
mobilier. Il conservera, pendant le temps qu'il restera  Malte, les
honneurs militaires dont il jouissait.

3. Les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jrusalem qui sont
Franais, actuellement  Malte, et dont l'tat sera arrt par le
gnral en chef, pourront rentrer dans leur patrie; et leur rsidence 
Malte leur sera compte comme une rsidence en France.

La rpublique franaise emploiera ses bons offices auprs des
rpubliques cisalpine, ligurienne, romaine et helvtique, pour que le
prsent article soit dclar commun aux chevaliers de ces diffrentes
nations.

4. La rpublique franaise fera une pension de 700 fr. aux chevaliers
franais actuellement  Malte, leur vie durant. Cette pension sera de
1,000 fr. pour les chevaliers sexagnaires et au-dessus.

La rpublique franaise emploiera ses bons offices auprs des
rpubliques cisalpine, ligurienne, romaine et helvtique, pour qu'elles
accordent la mme pension aux chevaliers de ces diffrentes nations.

5. La rpublique franaise emploiera ses bons offices auprs des autres
puissances de l'Europe, pour qu'elles conservent aux chevaliers de leur
nation l'exercice de leurs droits sur les biens de l'ordre de Malte
situs dans leurs tats.

6. Les chevaliers conserveront les proprits qu'ils possdent dans les
les de Malte et du Gozo,  titre de proprit particulire.

7. Les habitans des les de Malte et du Gozo continueront  jouir, comme
par le pass, du libre exercice de la religion catholique, apostolique
et romaine. Ils conserveront les privilges qu'ils possdent: il ne sera
mis aucune contribution extraordinaire.

8. Tous les actes civils, passs sous le gouvernement de l'ordre, seront
valables, et auront leur excution.

Fait double,  bord du vaisseau l'_Orient_, devant Malte, le 24 prairial
an 6 de la rpublique franaise (12 juin 1798.)

BONAPARTE, etc.



En excution des articles conclus le 24 prairial, entre la rpublique
franaise et l'ordre de Malte, ont t arrtes les dispositions
suivantes:

ART. 1. Aujourd'hui, 24 prairial, le fort Manol, le fort Timer, le
chteau Saint-Ange, les ouvrages de la Bormola, de la Cottonnere, et de
la Cit Victorieuse, seront remis,  midi, aux troupes franaises.

2. Demain, 25 prairial, le fort de Riccazoli, le chteau Saint-Elme, les
ouvrages de la Cit Valette, ceux de la Florianne, et tous les autres,
seront remis,  midi, aux troupes franaises.

3. Des officiers franais se rendront aujourd'hui,  dix heures du
matin, chez le grand-matre, pour y prendre les ordres pour les
gouverneurs qui commandent dans les diffrens ports et ouvrages qui
doivent tre mis au pouvoir des Franais. Ils seront accompagns d'un
officier maltais. Il y aura autant d'officiers qu'il sera remis de
forts.

4. Il sera fait les mmes dispositions que ci-dessus pour les forts
et ouvrages qui doivent tre mis au pouvoir des Franais, demain 25
prairial.

5. En mme temps que l'on consignera les ouvrages de fortifications,
l'on consignera l'artillerie, les magasins, et papiers du gnie.

6. Les troupes de l'ordre de Malte pourront rester dans les casernes
qu'elles occupent jusqu' ce qu'il y soit autrement pourvu.

7. L'amiral commandant la flotte franaise nommera un officier pour
prendre possession aujourd'hui des vaisseaux, galres, btimens,
magasins, et autres effets de marine appartenans  l'ordre de Malte.

BONAPARTE.



 bord de _l'Orient_, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798).

_ l'vque de Malte._

J'ai appris avec un vritable plaisir, monsieur l'vque, la bonne
conduite, que vous avez eue, et l'accueil que vous avez fait aux troupes
franaises.

Vous pouvez assurer vos diocsains que la religion catholique,
apostolique et romaine, sera non-seulement respecte, mais ses ministres
spcialement protgs.

Je ne connais pas de caractre plus respectable et plus digne de la
vnration des hommes, qu'un prtre qui, plein du vritable esprit
de l'vangile, est persuad que ses devoirs lui ordonnent de prter
obissance au pouvoir temporel, et de maintenir la paix, la tranquillit
et l'union au milieu d'un diocse.

Je dsire, monsieur l'vque, que vous vous rendiez sur-le-champ dans la
ville de Malte, et que, par votre influence, vous mainteniez le calme
et la tranquillit parmi le peuple. Je m'y rendrai moi-mme ce soir. Je
dsire que, ds mon arrive, vous me prsentiez tous les curs et autres
chefs d'ordre de Malte et villages environnans.

Soyez persuad, monsieur l'vque, du dsir que j'ai de vous donner des
preuves de l'estime et de la considration que j'ai pour votre personne.

BONAPARTE.



Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Les citoyens Berthollet, le contrleur de l'arme, et un
commis du payeur, enlveront l'or, l'argent et les pierres prcieuses
qui se trouvent dans l'glise de St.-Jean, et autres endroits dpendans
de l'ordre de Malte, l'argenterie des auberges et celle du grand-matre.

2. Ils feront fondre dans la journe de demain tout l'or en lingots,
pour tre transport dans la caisse du payeur  la suite de l'arme.

3. Ils feront un inventaire de toutes les pierres prcieuses qui seront
mises sous le scell dans la caisse de l'arme.

4. Ils vendront pour 250  300,000 fr. d'argenterie  des ngocians du
pays pour de la monnaie d'or et d'argent, qui sera galement remise dans
la caisse de l'arme.

5. Le reste de l'argenterie sera remis dans la caisse du payeur, qui la
laissera  la monnaie de Malte, pour tre fabrique, et l'argent remis
au payeur de la division, pour la subsistance de cette division. On
spcifiera ce que cela doit produire, afin que le payeur puisse en tre
comptable.

6. Ils laisseront, tant  l'glise St.-Jean qu'aux autres glises, ce
qui sera ncessaire pour l'exercice du culte.

BONAPARTE.



Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).

_Au citoyen Garat, ministre  Naples._

Je vous envoie, citoyen ministre, un courrier que j'expdie  Paris. Je
vous prie de lui fournir les passe-ports ncessaires, et de l'expdier
en toute diligence.

Je vous prie de donner  la cour de Naples une connaissance pure et
simple de l'occupation de Malte par les troupes franaises, et de la
souverainet et proprit que nous venons d'y acqurir. Vous devez en
mme temps faire connatre  S.M. le roi des Deux-Siciles, que nous
comptons conserver les mme relations que par le pass pour notre
approvisionnement, et que si elle en agissait avec nous autrement
qu'elle en agissait avec Malte, cela ne serait rien moins qu'amical.

Quant  la suzerainet que le royaume de Sicile a sur Malte, nous ne
devons pas nous y refuser, toutes les fois que Naples reconnatra la
suzerainet de la rpublique romaine.

Je m'arrte ici deux jours pour faire de l'eau, aprs lesquels je pars
pour l'Orient.

Je ne sais pas si vous resterez encore long-temps  Naples; je vous prie
de me faire connatre ce que vous comptez faire, et de me donner, le
plus souvent que vous pourrez, des nouvelles de l'Europe.

Vous connaissez l'estime et la considration particulire que j'ai pour
vous.

BONAPARTE.

P.S. Pour pargner le temps, je mets ma lettre au directoire, sous
cachet volant; vous pourrez en prendre connaissance.



Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Les chevaliers qui n'taient pas profs et qui se seraient
maris  Malte;

2. Les chevaliers qui auraient des possessions particulires dans l'le
de Malte;

3. Ceux qui auraient tabli des manufactures ou des maisons de commerce;

4. Enfin, ceux compris dans la liste que je vous envoie, connus par les
sentimens qu'ils ont pour la rpublique, seront regards comme citoyens
de Malte et pourront y rester tant qu'ils dsireront. Ils seront
excepts de l'ordre donn aujourd'hui.

BONAPARTE.



Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Les les de Malte et du Gozo seront administres par une
commission de gouvernement compose de neuf personnes, qui seront  la
nomination du gnral en chef.

2. Chaque membre de la commission la prsidera  son tour pendant six
mois. Elle choisira un secrtaire et un trsorier hors de son sein.

3. Il y aura, prs de la commission, un commissaire franais.

4. Cette commission sera spcialement charge de toute l'administration
des les de Malte et du Gozo, et de la surveillance de la perception des
contributions directes et indirectes. Elle prendra des mesures relatives
 l'approvisionnement de l'le. L'administration de sant sera
spcialement sous ses ordres.

5. Le commissaire ordonnateur en chef fera un abonnement avec la
commission pour tablir ce qu'elle doit donner par mois  la caisse de
l'arme.

6. La commission de gouvernement s'occupera incessamment de
l'organisation des tribunaux pour la justice civile et criminelle, en le
rapprochant le plus possible de l'organisation qui existe actuellement
en France. La nomination des membres aura besoin de l'approbation du
gnral de division commandant  Malte. En attendant que ces tribunaux
soient organiss, la justice continuera d'tre administre comme par le
pass.

7. Les les de Malte et du Gozo seront divises en cantons dont le
moindre aura trois mille ames de population. Il y aura  Malte deux
municipalits.

8. Chaque canton sera administr par un corps municipal de cinq membres.

9. Il y aura dans chaque canton un juge de paix.

10. Les juges de paix, les diffrentes magistratures seront nomms par
la commission de gouvernement, avec l'approbation du gnral de division
commandant  Malte.

11. Tous les biens du grand-matre de l'ordre de Malte et des diffrens
couvens des chevaliers appartiennent  la rpublique franaise.

12. Il y aura une commission, compose de trois membres, charge
de faire l'inventaire desdits biens et de les administrer; elle
correspondra avec l'ordonnateur en chef.

13. La police sera toute entire sous les ordres du gnral de division
commandant et des diffrens officiers sous ses ordres.

BONAPARTE.



Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Il y aura, dans chaque municipalit de la ville de Malte, un
bataillon de garde nationale compos de neuf cents hommes, qui portera
l'uniforme habit vert, paremens et collet rouges, et passe-poil blanc.
Cette garde nationale sera choisie parmi les hommes les plus riches, les
marchands, et ceux qui sont intresss  la tranquillit publique.

2. Elle fournira tous les jours toutes les gardes et patrouilles
ncessaires pour la police. Elle ne sera jamais de garde aux forts.

3. L'institution du corps des chasseurs sera conserve.

4. Le gnral de division fera un rglement tant pour l'organisation et
le service de la garde nationale que pour l'organisation et le service
des chasseurs. On donnera aux uns et aux autres la quantit d'armes
ncessaire pour le service.

5. On formera quatre compagnies de vtrans de tous les vieux soldats
qui auraient t au service de l'ordre de Malte, et qui sont incapables
d'un service actif.

Les deux premires, ds l'instant qu'elles seront organises, seront
envoyes pour tenir garnison dans le fort de Corfou. On excutera le
prsent article, quelques difficults que l'on puisse rencontrer, mon
intention n'tant pas que cette grande quantit d'hommes, habitus 
l'ordre de Malte, continue  y rester.

6. On formera quatre compagnies de canonniers,  peu prs sur le mme
pied que celles qui existaient ci-devant, qui seront employes dans
les batteries de la cte. Il y aura, dans chacune de ces compagnies de
canonniers, un officier et un sous-officier franais.

7. Tous les individus qui voudront former une compagnie de cent
chasseurs seront matres de la former. Eux et les officiers de ces
compagnies seront conservs, et, ds l'instant qu'elles seront
organises, le gnral de division les fera partir pour rejoindre
l'arme.

BONAPARTE.



Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).

_Aux commissaires du gouvernement  Corcyre, Ithaque, et prs le
dpartement de la mer Ege._

Je vous prviens, citoyens, que le pavillon de la rpublique flotte sur
tous les forts de Malte, et que l'ordre de Saint-Jean de Jrusalem est
dtruit.

Je vous instruirai incessamment de la direction que prendra l'arme.

Apprenez aux habitans de votre dpartement ce que nous faisons dans ce
moment-ci; ils en tireront tout l'avantage.

N'oubliez aussi aucun moyen de le faire connatre  tous les Grecs de la
More et des autres pays.

BONAPARTE.



Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).

_Aux consuls de Tunis, Tripoli et Alger._

Je vous prviens, citoyens, que l'arme de la rpublique est en
possession depuis deux jours de la ville et des deux les de Malte et du
Gozo. Le pavillon tricolore flotte sur tous les forts.

Vous voudrez bien, citoyen, faire part de la destruction de l'ordre de
Malte et de cette nouvelle possession de la rpublique au bey, prs
duquel vous vous trouvez, et lui faire connatre que, dsormais, il doit
respecter les Maltais, puisqu'ils se trouvent sujets de la France.

Je vous prie aussi de lui demander qu'il mette en libert les diffrens
esclaves maltais qu'il avait; j'ai donn l'ordre pour que l'on mit en
libert plus de deux mille esclaves barbaresques et turcs, que l'ordre
de Saint-Jean de Jrusalem tenait aux galres.

Laissez entrevoir au bey que la puissance qui a pris Malte en deux ou
trois jours, serait dans le cas de le punir, s'il s'cartait un moment
des gards qu'il doit  la rpublique.

BONAPARTE.



Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).

_Au gnral Chabot._

Nous sommes entrs, citoyen gnral, depuis trois jours dans Malte.
La rpublique vient, par-l, d'acqurir une place aussi forte que
favorablement situe pour le commerce.

Les habitans des trois dpartemens qui composent votre division, doivent
en tirer un avantage tout particulier. Annoncez-leur cette bonne
nouvelle.

Je laisse le gnral Vaubois pour commander ici. Vous pourrez
correspondre avec lui pour tous les objets dont vous pourriez avoir
besoin.

Votre division fait partie de l'arme que je commande. Je vous prie de
m'envoyer par le brick l'tat de situation exacte de vos troupes, de
votre marine, de vos magasins, soit d'artillerie, soit de vivres.

Faites-moi connatre aussi ce qui est d  la troupe, et s'il vous
serait possible de pouvoir vous procurer des matelots, d'armer en flte
le vaisseau et la frgate qui sont  Corfou, et de me les envoyer dans
l'endroit que je vous dsignerai.

Je vous prie d'expdier  notre ministre  Constantipople, la nouvelle
de l'occupation de Malte par l'arme franaise, et de la destruction de
l'ordre de Saint-Jean de Jrusalem. Annoncez galement cette nouvelle 
Ali-Pacha, au pacha de Scutari et au pacha de la More.

Je dsire que vous n'envoyiez  Constantinople qu'un bateau de commerce.
Le chebeck _le Fortunatus_ a ordre de venir joindre l'arme: faites-le
accompagner par un de vos meilleurs bricks, afin que je puisse vous le
renvoyer avec de nouveaux ordres.

Mettez-vous en mesure contre l'attaque des Turcs. Il est inutile que
vous fassiez connatre la destination que prend l'arme.

BONAPARTE.



Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Tous les habitans des les de Malte et du Gozo sont tenus de
porter la cocarde tricolore. Aucun habitant de Malte ne pourra porter
l'habit national franais,  moins qu'il n'en ait obtenu la permission
spciale du gnral en chef. Le gnral en chef accordera la qualit
de citoyen franais et la permission de porter l'habit national aux
habitans de Malte et du Gozo qui se distingueront par leur attachement 
la rpublique, par quelque action d'clat, trait de bienfaisance ou de
bravoure.

2. Tous les habitans de Malte sont dsormais gaux en droits. Leurs
talens, leur mrite, leur patriotisme, et leur attachement  la
rpublique franaise, tablissent seuls la diffrence entre eux.

3. L'esclavage est aboli: tous les esclaves connus sous le nom de
_bonnivagli_ seront mis en libert, et le contrat dshonorant pour
l'espce humaine qu'ils ont fait est dtruit.

4. En consquence de l'article prcdent, tous les Turcs qui sont
esclaves de quelque particulier seront remis entre les mains du gnral
commandant, pour tre traits comme prisonniers de guerre; et, vu
l'amiti qui existe entre la rpublique franaise et la Porte ottomane,
ils seront envoys chez eux lorsque le gnral en chef l'ordonnera, et
lorsqu'il aura connaissance que les beys consentent  renvoyer  Malte
tous les esclaves franais ou maltais qu'ils auraient.

5. Dix jours aprs la publication du prsent ordre, il est dfendu
d'avoir des armoiries soit  l'intrieur, soit  l'extrieur des
maisons, de cacheter des lettres avec des armoiries, ni de prendre des
titres fodaux.

6. L'ordre de Malte tant dissous, il est expressment dfendu  qui que
ce soit de prendre des titres de baillis, commandeurs, ou chevaliers.

7. On mettra dans chaque glise,  la place o taient les armes du
grand-matre, celles de la rpublique.

8. Dix jours aprs la publication du prsent ordre, il est dfendu,
sous quelque prtexte que ce soit, de porter des uniformes des corps de
l'ancien ordre de Malte.

9. L'le de Malte appartenant  la rpublique franaise, la mission des
diffrens ministres plnipotentiaires a cess.

10. Tous les consuls trangers cesseront leurs fonctions, et teront
les armes qui sont sur leurs portes, jusqu' ce qu'ils aient reu des
lettres de crance de leur gouvernement pour continuer leurs fonctions
dans la ville de Malte, devenue port de la rpublique franaise.

11. Tous les trangers venant et vivant  Malte seront obligs de se
conformer au prsent ordre, quels que soient leur grade et le rang
qu'ils auraient chez eux.

12. Tous les contrevenans aux articles ci-dessus seront condamns, pour
la premire fois,  une amende du tiers de leurs revenus; la seconde, 
trois mois de prison; la troisime,  un an de prison; la quatrime, 
la dportation de l'le de Malte, et  la confiscation de la moiti de
leurs biens.

BONAPARTE.



Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Il sera fait un dsarmement gnral de tous les habitans des
les de Malte et du Gozo. Il ne sera accord des armes que par une
permission du gnral commandant, et  des hommes dont le patriotisme
sera reconnu.

2. L'organisation des chasseurs volontaires dans les les de Malte et du
Gozo sera continue; mais ce corps ne sera compos que d'hommes sur les
services desquels on peut compter. On aura soin surtout d'avoir des
officiers patriotes.

3. Les signaux seront rtablis depuis la pointe du Gozo  Malte.

4. Les lois de la sant  Malte ne seront ni plus ni moins rigoureuses
que les lois de la sant  Marseille.

5. Il sera form une compagnie de trente volontaires, compose de jeunes
gens de quinze  trente ans, et pris dans les familles les plus riches.

6. Le gnral de division dsignera, dans l'espace de dix jours, 
la commission de gouvernement les hommes qui doivent composer ladite
compagnie. La commission de gouvernement le leur fera signifier; et,
vingt jours aprs, ils seront obligs d'tre arms d'un sabre. Ils
auront le mme uniforme que les guides de l'arme,  l'exception qu'ils
porteront l'aiguillette et le bouton blanc.

7. Ceux qui ne se trouveraient pas  la revue que passera le gnral de
division dix jours aprs seront condamns, les jeunes gens  un an de
prison, et les parens, jouissant du bien de la famille,  mille cus
d'amende.

8. La commission de gouvernement dsignera les jeunes gens de neuf 
quatorze ans, appartenans aux plus riches familles, lesquels seront
envoys a Paris pour tre levs dans les coles de la rpublique. Les
parens seront tenus de leur faire 800 fr. de pension, et de leur donner
600 fr. pour leur voyage. Le passage leur sera accord sur les vaisseaux
de guerre.

9. La commission de gouvernement enverra la liste de ces jeunes gens, au
plus tard dans vingt jours, au gnral en chef, et ils partiront au plus
tard dans un mois.

10. Ils devront avoir pantalon et gilet bleus, paremens et revers
rouges, liser blanc. Ils seront dbarqus  Marseille, o le ministre
de l'intrieur donnera des ordres pour les faire passer dans les coles
nationales.

11. Le commissaire-ordonnateur de la marine dsignera  la commission de
gouvernement les jeunes gens maltais appartenans aux familles les plus
riches, pour pouvoir tre placs comme aspirans, et pouvoir s'instruire
et parvenir  tous les grades.

12. Comme l'ducation intresse principalement la prosprit et la
sret publiques, les parens dont les enfans seront dsigns, et qui s'y
refuseraient, seront condamns  payer mille cus d'amende.

13. Les classes pour les matelots seront rtablies comme dans les ports
de France. Lorsque l'escadre aura besoin de matelots, et qu'il n'y aura
pas assez de gens de bonne volont, on prendra de prfrence les jeunes
gens de quinze  vingt-cinq ans. Si cela ne suffit pas, on prendra
ceux de vingt-cinq  trente-cinq, et enfin ceux de trente-cinq 
quarante-cinq.

BONAPARTE.



Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Tous les prtres, religieux et religieuses, de quelque ordre
que ce soit, qui ne sont pas natifs des les de Malte et du Gnzo, seront
tenus d'vacuer l'le au plus tard dix jours aprs la publication du
prsent ordre: l'vque, vu ses qualits pastorales, sera seul except
du prsent ordre.

2. Toutes les cures, bnfices, qui, en vertu du prsent ordre, seraient
vacans, seront donns  des naturels des les de Malte et du Gozo,
n'tant point juste que des trangers jouissent dsavantages du pays.

3. On ne pourra pas dsormais faire de voeux religieux avant l'ge de
trente ans. Il est dfendu de faire de nouveaux prtres, jusqu' ce que
les prtres actuellement existans soient tous employs.

4. Il ne pourra pas y avoir  Malte et au Gozo plus d'un couvent de
chaque ordre.

5. La commission de gouvernement, de concert avec l'vque, dsignera
les maisons o les individus d'un mme ordre doivent se runir. Tous les
biens qui deviendraient inutiles  la subsistance desdits couvens seront
employs  soulager les pauvres.

6. Toutes les fondations particulires, tous les couvens d'ordre
sculier et corporations de pnitens, toutes les collgiales, sont
supprims. La cathdrale seule aura quinze chanoines rsidans  Malte,
et cinq rsidans  Civita-Vecchia.

7. Il est expressment dfendu  tout sculier, qui n'est pas au moins
sous-diacre, de porter le collet ou la soutane.

8. L'vque sera tenu de remettre, dix jours aprs la publication du
prsent ordre, l'tat des prtres et le certificat qu'ils sont naturels
des les de Malte et du Gozo, et l'tat de ceux qui, en vertu du prsent
ordre, doivent vacuer le territoire.

Chaque chef d'ordre sera tenu de remettre un pareil tat au commissaire
du gouvernement. Tout individu qui n'aurait pas obtempr au prsent
ordre sera condamn  six mois de prison.

9. La commission de gouvernement, le commissaire prs elle, le gnral
de division, sont chargs, chacun en ce qui le concerne, de l'excution
du prsent ordre.

BONAPARTE.



Malte, le 28 prairial an 6(16 juin 1798).

_ l'ordonnateur Najac._

Il y a dj long-temps que vous n'avez reu de nos nouvelles. Vous devez
cependant avoir reu deux avisos que je vous ai envoys. Je n'ai reu
de Toulon, depuis mon dpart, que le brick qui est parti quarante-huit
heures aprs nous.

Aprs deux jours de fusillade et de canonnade, nous avons obtenu la
ville de Malte et tous ses forts: nous y avons trouv deux vaisseaux de
guerre, une frgate, quatre galres, quinze  dix-huit cents pices de
canon, et quarante mille fusils.

Du reste, l'arsenal est fort peu approvisionn.

_La Sensible_ que je vous expdie, conduira l'ambassadeur de la
rpublique  Constantinople.

J'espre que les trois vaisseaux vnitiens, grce  vos soins, seront a
prsent en tat, et que toutes les troupes restes en arrire, pourront
partir sous leur escorte.

Adressez tout ce qui nous serait destin,  Malte qui ncessairement
doit tre notre premire chelle.

Je dsirerais que ces vaisseaux prissent sous leur escorte toutes les
troupes que le consul de Gnes a  nous envoyer.

Je vous prie d'expdier, deux fois par dcade, un aviso pour Malte, d'o
il retournera  Toulon: le commissaire de la marine, qui est  Malte,
nous expdiera nos courriers l o nous serons.

BONAPARTE.



Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).

_Au citoyen Lavalette._

_L'Arthmise_, citoyen, a ordre de vous faire mouiller sur la cte
d'Albanie, pour vous mettre  mme de confrer avec Ali-Pacha. La lettre
ci-jointe que vous devrez lui remettre, ne contient rien autre chose que
d'ajouter foi  ce que vous lui direz, et de l'inviter  vous donner un
truchement sr pour vous entretenir seul avec lui. Vous lui remettrez
vous-mme ladite lettre, afin d'tre assur qu'il en prenne lui-mme
lecture.

Aprs quoi, vous lui direz que, venant de m'emparer de Malte, et me
trouvant dans ces mers avec trente vaisseaux et cinquante mille hommes,
j'aurai des relations avec lui, et que je dsire savoir si je peux
compter sur lui; que je dsirerais aussi qu'il envoyt prs de moi, en
l'embarquant sur la frgate, un homme de marque et qui et sa confiance;
que sur les services qu'il a rendus aux Franais, et sur sa bravoure
et son courage, s'il me montre de la confiance et qu'il veuille me
seconder, je peux accrotre de beaucoup sa gloire et sa destine.

Vous prendrez en gnral note de tout ce que vous dira Ali-Pacha, et
vous vous rembarquerez sur la frgate pour venir me joindre et me rendre
compte de tout ce que vous aurez fait.

En passant  Corfou, vous direz au gnral Chabot, qu'il nous envoie des
btimens chargs de bois, et qu'il fasse une proclamation aux habitans
des diffrentes les pour qu'ils envoient  l'escadre, du vin, des
raisins secs, et qu'ils en seront bien pays.

BONAPARTE.



Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).

_ Ali-Pacha._

Mon trs-respectable ami, aprs vous avoir offert les voeux que je fais
pour votre prosprit et la conservation de vos jours, j'ai l'honneur de
vous informer que depuis long-temps je connais l'attachement que vous
avez pour la rpublique franaise, ce qui me ferait dsirer de trouver
le moyen de vous donner des preuves de l'estime que je vous porte.
L'occasion me paraissant aujourd'hui favorable, je me suis empress
de vous crire cette lettre amicale, et j'ai charg un de mes
aides-de-champ de vous la porter, pour vous la remettre en mains
propres. Je l'ai charg aussi de vous faire certaines ouvertures de ma
part, et comme il ne sait point votre langue, veuillez bien faire choix
d'un interprte fidle et sr pour les entretiens qu'il aura avec vous.
Je vous prie d'ajouter foi  tout ce qu'il vous dira de ma part, et de
me le renvoyer promptement avec une rponse crite en turc de votre
propre main. Veuillez-bien agrer mes voeux et l'assurance de mon
sincre dvouement.

BONAPARTE.



Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).

_Au roi d'Espagne._

La rpublique franaise a accept la mdiation de V.M. pour la
capitulation de la ville de Malte.

M. le chevalier d'Amatti, votre rsident dans cette ville, a su tre 
la fois agrable  la rpublique franaise et au grand-matre. Mais par
l'occupation du port de Malte par la rpublique, la place de M. d'Amatti
se trouve supprime. Je le recommande  Votre Majest, pour qu'elle
veuille bien ne pas l'oublier dans la distribution de ses grces.

Je prie Votre Majest de croire aux sentimens d'estime et  la
trs-haute considration que j'ai pour elle.

BONAPARTE.



Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Les prtres latins ne pourront pas officier dans l'glise qui
appartient aux Grecs.

2. Les messes que les prtres latins ont coutume de dire dans les
glises grecques seront dites dans les autres glises de la place.

3. Il sera accord protection aux Juifs qui voudront tablir une
synagogue.

4. Le gnral commandant remerciera les Grecs tablis  Malte de la
bonne conduite qu'ils ont tenue pendant le sige.

5. Tous les Grecs des les de Malte et du Gozo, et des dpartemens
d'Ithaque, de Corcyre, et de la mer Ege, qui conserveront des relations
quelconques avec les Russes, seront condamns  mort.

6. Tous les btimens grecs qui naviguent sous pavillon russe, s'ils sont
pris par des btimens franais, seront couls bas.



_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798).

ART. 1er. Les femmes et les enfans des grenadiers de la garde du
grand-matre et du rgiment de Malte, qui partent avec la flotte
franaise, recevront:

Les femmes, vingt sous par dcade; les enfans au-dessous de dix ans, dix
sous par dcade.

2. Tous les garons au-dessus de dix ans seront embarqus sur les
btimens de la rpublique, comme mousses.

3. Il sera fait, par le payeur, une retenue d'un centime sur la paie de
chaque grenadier ou soldat, du rgiment de Malte, qui a des enfans.

4. Les femmes des sous-officiers auront trente sous par dcade, et les
enfans au-dessous de dix ans, quinze sous.

5. La retenue en sera faite sur les appointemens de leur mois.

6. La commission du gouvernement de Malte est charge de l'excution du
prsent ordre.



_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798).

ART. 1er. La commission du gouvernement se divisera en bureau et en
conseil.

2. Le bureau sera compos de trois membres; y compris le prsident.

3. Le conseil nommera tous les six mois un des deux membres qui doivent
composer le bureau.

4. Le bureau sera en activit constante de service; chacun des membres
aura 4,000 fr. d'appointemens.

5. Le conseil ne se runira qu'une fois par dcade, pour prendre
connaissance de ce qu'aura fait le bureau.

6. Il leur sera accord  chacun un traitement de 1,000 fr. par an.

7. Les membres du bureau seront, pour cette fois, le citoyen N---- pour
six mois, et le citoyen N---- pour un an.

8. Le commissaire de gouvernement aura 6,000 fr. d'appointemens: outre
ses frais de bureau, il lui sera accord, sur l'extraordinaire, une
gratification pour son tablissement.



_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798).

ART. 1er. Le gnral de division commandant  la police gnrale de
l'le et du port; aucun btiment ne peut ni entrer ni sortir qu'en
consquence de son rglement.

2. La commission du gouvernement est charge de l'organisation civile,
judiciaire et administrative.

3. Elle ne peut rien faire que sur la demande du commissaire, ou aprs
avoir ou son rapport; les conclusions du commissaire devront tre mises
dans toutes les dlibrations de la commission.

4. Tout ce qui est rglement ne peut tre publi, ni avoir son effet,
que vis par le commandant et le gnral de division.

5. La commission des domaines est charge de faire l'inventaire de tous
les meubles et immeubles appartenans  la rpublique; ainsi que de
l'administration de tous les biens nationaux.

6. Elle enverra tous les mois les inventaires qu'elle aura faits et le
bordereau de ce qu'elle aura reu au commissaire du gouvernement.

7. Elle ne pourra faire aucune vente qu'en consquence d'un ordre du
gnral en chef, et, s'il survenait des circonstances extraordinaires
qui exigeassent des fonds, le gnral de division, le commissaire
du gouvernement, le commissaire des guerres, et la commission, se
runiraient et prendraient un arrt, en consquence duquel on serait
autoris a vendre jusqu' la concurrence de 150,000 fr. Le commissaire
du gouvernement serait alors charg de faire un rglement, et d'en
suivre tous les dtails.

8. La commission des domaines n'aura pas d'autre payeur que celui de la
division militaire, qui aura un registre et une caisse particulire pour
les objets y relatifs.

10. Le gnral commandant l'le aura seul le droit de contrler et de se
mler de l'administration du pays. Les gnraux commandant sous lui,
les commandans de place, et autres agens militaires, ne se mleront
en aucune manire des objets administratifs. Le gnral-commandant ne
pourra jamais tre reprsent par un de ses subordonns.


_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798).

ART. 1er. Les impts tablis seront provisoirement maintenus. Le
commissaire du gouvernement et la commission administrative en
assureront la perception.

2. Dans le plus court dlai, il sera tabli un systme d'impositions
nouvelles, de manire que le produit total, pris sur les douanes, le
vin, l'enregistrement, le timbre, le tabac, le sel, les loyers de
maisons et les domestiques, s'lve  720,000 fr.

3. De cette somme, il sera vers chaque mois 50,000 fr. dans la caisse
du payeur de l'arme. Ce versement n'aura lieu cependant que dans trois
mois, et jusque-l la caisse des domaines nationaux y supplera.

4. Les 120,000 fr. restans seront laisss pour fournir aux frais
d'administration, justice, etc., selon l'tat par aperu ci-joint.

5. Cet tat sera arrt dfinitivement par la commission du gouvernement
avec le commissaire de la rpublique franaise, lors de l'organisation
des tribunaux, et des diverses parties du service administratif.

6. Le pav des villes, et l'entretien pour la propret et le lumires,
sera pay par les habitans.

7. L'entretien des fontaines, par un droit qui sera tabli sur les
btimens qui font de l'eau, ainsi que les gages des employs attachs 
ce service.

8. Il sera tabli un droit de passe pour l'entretien des routes.

9. L'instruction publique sera paye avec les biens qui y sont dj
affects; et, en cas d'insuffisance, avec ceux des fondations et couvens
supprims, suivant l'ordre prcdent du gnral en chef.

10. Les gages des magistrats de sant et frais y relatifs seront pays
par un droit sur les vaisseaux et sur les voyageurs.

11. Le mont-de-pit sera maintenu, et le commissaire du gouvernement
pour voira  son organisation nouvelle.

12. L'tablissement dit de l'Universit, pour l'approvisionnement en
grains de l'le, sera maintenu, en sparant l'administration ancienne 
compter du premier messidor; et le commissaire du gouvernement sera tenu
de l'organiser de manire  ne laisser aucune inquitude  la rpublique
sur l'approvisionnement de l'le.

13. Les hpitaux seront organiss sur des bases nouvelles, et il
sera pourvu  leurs besoins par des biens des couvens ou fondations
supprims; ceux qui y sont dj affects leur seront conservs.

14. La poste aux lettres sera organise de manire  couvrir, par la
taxe des lettres, la dpense qu'elle occasionnera.

15. Les dpenses relatives au passage de l'arme, aux fournitures faites
pour elle,  l'tat du nouveau gouvernement, seront prises sur les fonds
qui resteront disponibles pendant les trois mois o le gouvernement ne
paiera rien  l'arme.

16. Le commissaire du gouvernement est autoris  rgler,
provisoirement, les cas non prvus, en rendant compte de la
dtermination au gnral en chef.


_Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)_

COLES PRIMAIRES.

ART. 1er. Il sera tabli dans les les de Malte et du Gozo quinze coles
primaires.

2. Les instituteurs des coles enseigneront aux lves  lire et crire
en franais, les lmens de calcul et du pilotage, et les principes de
la morale et de la constitution franaise.

3. Les instituteurs seront nomms par le commissaire du gouvernement.

4. Ils seront logs dans une maison nationale  laquelle sera attach un
jardin.

5. Leur salaire en argent sera de mille francs dans les villes et de 800
fr. dans les casals.

6. Il sera affect au paiement de chaque instituteur une portion
suffisante des biens des couvens supprims.

7. La distribution des coles et les rglemens sur leurs administration
et rgime seront confis  la commission de gouvernement.


COLE CENTRALE.

ART. 1er. Il sera tabli  Malte une cole centrale qui remplacera
l'universit et les autres chaires.

2. Elle sera compos:

1. D'un professeur d'arithmtique, et de strotomie, aux appointemens
de 1,800 f.; 2. d'un professeur d'algbre et de strotomie, aux
appointemens de 2,000 fr.; 3. d'un professeur de gomtrie et
d'astronomie, aux appointemens de 2,400 fr.; 4. d'un professeur de
mcanique et de physique, aux appointemens de 5,000 fr.; 5. d'un
professeur de navigation, aux appointemens de 2,400 fr.; 6. d'un
professeur de chimie, aux appointemens de 1,800 fr.; 7. d'un professeur
de langues orientales, aux appointemens de 1,200 francs; 8. d'un
bibliothcaire, charg des cours de gographie, aux appointemens de
1,000 fr.

3.  l'cole centrale seront attachs:

1. La bibliothque et le cabinet d'antiquits; 2. un musum d'histoire
naturelle; 3. un jardin de botanique; 4. l'observatoire.

Une somme de 3,000 fr. sera affecte  l'entretien du matriel de
l'cole centrale.

5. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour la fondation de
l'approvisionnement.

6. Le commissaire du gouvernement se concertera avec le commissaire des
domaines pour la vente desdits biens.



_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.)

Le commissaire-ordonnateur ouvrira un crdit sur le payeur de la place,
de 3,000 fr. par mois pour le commandant de l'artillerie; 4,000 fr. par
mois pour le commandant du gnie; 25,000 fr. par mois pour la marine;
3,000 fr. par mois pour l'extraordinaire,  la disposition du
gnral-commandant.



_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.)

ART. 1er. Les commissaires des domaines nationaux auront chacun 4,000
fr. d'appointemens par an.

2. Ceux qui ne sont pas tablis dans le pays auront six mois
d'appointemens en forme de gratification pour leur tablissement.

3. Sur les fonds provenant des domaines, il sera accord galement
une somme de 6,000 fr. au commissaire de gouvernement pour son
tablissement, dont 3,000 fr. seront pays sur les premiers fonds, et
3,00 fr. dans six mois.

4. les frais de logement et de bureau de la commission ne pourront pas
excder la somme de 12  1,500 fr. par an.

5. Les professeurs formeront ensemble un conseil qui s'occupera des
moyens de perfectionner l'instruction, et proposera  la commission de
gouvernement les mesures d'administration qu'il jugera ncessaires.

6. Les appointemens des professeurs, le salaire des employs, dont
l'tat aura t arrt par la commission de gouvernement, et les
dpenses ncessaires pour l'entretien des divers tablissemens, seront
pays sur les fonds ci-devant affects  l'entretien de l'universit et
de la chaire des langues orientales.

7. Il sera affect au jardin de botanique un terrain de trente arpens,
que la commission de gouvernement dsignera sans dlai parmi les
terrains les plus fertiles et les plus prs de la ville.

8. Il sera fait  l'hpital de la ville de Malte des leons d'anatomie,
de mdecine et d'accouchement, par les officiers qui y sont attachs.



_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.)

ART. 1. On affectera pour l'hpital, des fonds des couvens ou dotations
supprimes, jusqu' la concurrence de 40,000 fr. de rentes. On prendra
de prfrence toutes les dotations qui existent dj affectes aux
hospices, quelques dnominations qu'elles aient.

2. On affectera des biens nationaux pour 300,000 fr., pour les
cranciers du grand-matre.

3. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour subvenir aux
besoins de la garnison et de la marine.

Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)

ART. 1er. L'vque n'exercera d'autre justice qu'une police sur les
ecclsiastiques; toutes procdures relatives au mariages seront du
ressort de la justice civile et criminelle.

Il est expressment dfendu  l'vque, aux ecclsiastiques et aux
habitans de l'le, de rien recevoir pour l'administration des sacremens,
le devoir de leur tat tant de les administrer gratis. Ainsi les droits
d'tole, et autres pareils, restent abolis.

3. Aucun prince tranger ne pourra avoir d'influence ni dans
l'administration de la religion, ni dans celle de la justice. Ainsi
aucun ecclsiastique ni habitant ne pourra avoir recours au pape ni 
aucun mtropolitain.

BONAPARTE.



Le 30 prairial (18 juin 1798).

Au directoire excutif.

Je vous envoie, citoyens directeurs,

1. Un rglement pour la rpression des dlits  bord de l'escadre.

2. Copie d'une lettre crite au citoyen Najac, pour les diffrens
avancemens dans l'arsenal.

Le citoyen Najac a mis autant d'activit que de zle dans l'excution
de vos ordres pour l'expdition; c'est un homme de mrite, qui entend
parfaitement sa besogne.

3. Un ordre pour la punition des matelots qui se seraient dbarqus de
dessus l'escadre.

  (Cette lettre a t crite a diffrentes reprises, tant  bord
  De la flotte qu' Malte. Nous la classons  sa dernire date.)

Le 8 prairial (27 mai 1798).

Nous sommes depuis deux jours en calme,  dix lieues au large du dtroit
de Bonifaccio.

Le convoi de Corse vient de se runir  nous; les troupes de ce convoi
sont commandes par le gnral Vaubois. J'attends  chaque instant le
convoi de Civita-Vecchia.

Un brick anglais a t poursuivi par l'aviso _le Corcyre_, command par
le citoyen Renould, et oblig de se jeter sur les ctes de Sardaigne,
o il s'est brl. L'quipage de ce btiment nous parle toujours d'une
escadre anglaise.

Le convoi de l'escadre n'a encore eu aucune espce d'avaries ni de
maladies; tout continue  fort bien aller. Nos soldats travaillent
nuit et jour, soit pour apprendre  grimper sur les mtures, soit 
l'exercice du canon.



Le 9,  huit heures du soir.

Le troisime bataillon de la soixante-dix-neuvime, auquel vous aviez
depuis long-temps donn l'ordre de passer  Corfou, est encore  Ancne.
J'cris a Brune pour qu'il ne perde pas un instant pour l'y faire
passer. Il est bien essentiel que nos les soient suffisamment gardes,
surtout dans le premier moment.



Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).

Nous sommes arrivs le 21,  la pointe du jour,  la vue de l'le de
Gozo. Le convoi de Civita-Vecchia y tait arriv depuis trois jours.

Le 21 au soir, j'ai envoy un de mes aides-de-camp pour demander au
grand-matre la facult de faire de l'eau dans diffrens mouillages de
l'le. Le consul de la rpublique  Malte vint me porter sa rponse, qui
tait un refus absolu, ne pouvant, disait-il, laisser entrer plus de
deux btimens de transport  la fois: ce qui, calcul fait, aurait exig
plus de trois cents jours pour faire de l'eau.

Le besoin de l'arme tait urgent et me faisait un devoir d'employer la
force pour m'en procurer.

J'ordonnai  l'amiral Brueys de faire des prparatifs pour la descente.
Il envoya le contre-amiral Blanquet avec son escadre et le convoi de
Civita-Vecchia, pour l'effectuer dans la calle de Marsa-Siroco. Le
convoi de Gnes dbarqua  la calle Saint-Paul, celui de Marseille 
l'le de Gozo.

Le gnral de brigade Lannes, le chef de brigade Marmont, descendirent
 la porte du canon de la place. Le gnral Desaix fit dbarquer
le gnral Belliard avec la vingt-unime. Il s'empara de toutes les
batteries et de tous les forts qui dfendaient la rade et le mouillage
de Marsa-Siroco.

Le 22,  la pointe du jour, nos troupes taient  terre sur tous les
points, malgr l'obstacle d'une canonnade vive, mais extrmement mal
excute.

Le 22 au soir, la place tait investie de tous les cts, et le reste de
l'le tait soumis.

Le gnral Reynier venait de s'emparer de l'le de Gozo; le gnral
Baraguey-d'Hilliers de tout le midi de l'le de Malte, aprs avoir fait
plusieurs chevaliers et deux cents hommes prisonniers. Le gnral Desaix
tait  une porte de pistolet du glacis de la Cottonre et du fort
Riccazoli: il avait aussi fait plusieurs chevaliers prisonniers.

Les malheureux habitans, effrays au-del de ce qu'on peut imaginer,
s'taient rfugis dans la ville de Malte, qui se trouva par ce moyen
suffisamment garnie de monde.

Pendant toute la soire du 22, la ville canonna avec la plus grande
activit. Les assigs voulurent faire une sortie; mais le chef de
brigade Marmont,  la tte de la dix-neuvime, leur enleva le drapeau de
l'ordre.

Le 22, je commenai  faire dbarquer l'artillerie. Nous avons peu de
places en Europe aussi fortes et aussi soignes que celle de Malte. Je
ne m'en tins pas aux seuls moyens militaires, et j'entamai diffrentes
ngociations: le rsultat en a t heureux.

Le grand-matre m'envoya demander, le 22 au matin, une suspension
d'armes.

J'ai envoy mon aide-de-camp chef de brigade Junot au grand-matre,
avec la facult de signer une suspension d'armes, s'il consentait, pour
prliminaires,  ngocier de la reddition de la place.

J'envoyai les citoyens Poussielgue et Dolomieu pour sonder les
intentions du grand-matre.

Le 22  minuit, les chargs de pouvoir du grand-matre vinrent  bord
de l'Orient, o ils conclurent dans la nuit la convention dont je vous
envoie les articles.

 la tte de la dputation du grand-matre tait le commandeur
Bosredon-Ransigeat, chevalier de la ci-devant langue d'Auvergne, qui, du
moment o il vit que l'on prenait les armes contre nous, a sur-le-champ
crit au grand-matre que son devoir, comme chevalier de Malte, tait
de faire la guerre aux Turcs, et non  sa patrie; qu'en consquence
il dclarait ne vouloir prendre aucune part  la mauvaise conduite de
l'Ordre dans cette circonstance. Il fut sur-le-champ mis en prison, et
il n'en sortit que pour tre charg de venir ngocier.

Hier, 24, nous sommes entrs dans la place, et nous avons pris
possession de tous les forts. Aujourd'hui,  midi, l'escadre y est venue
mouiller.

Je suis extrmement satisfait de la conduite de l'amiral Brueys, de
l'harmonie et de l'ensemble qui rgnent dans toute l'escadre. J'ai
beaucoup  me louer du zle et de l'activit du citoyen Gantheaume, chef
de division de l'tat-major de l'escadre.

Le citoyen Motard, capitaine de frgate, a command les chaloupes de
dbarquement. C'est un jeune officier d'esprance.

Nous avons trouv  Malte deux vaisseaux de guerre, une frgate, quatre
galres, douze cents pices de canon, quinze cents milliers de poudre,
quarante mille fusils, etc. On vous en enverra incessamment l'tat.

Je vous envoie copie des diffrens ordres que j'ai donns pour
l'tablissement du gouvernement dans cette le.

Je vous envoie la liste des Franais rsidant  Malte, dont la plupart
chevaliers, qui, un mois avant notre arrive, ont fait des dons pour la
descente en Angleterre.

Je vous prie d'accorder le grade de gnral de brigade au citoyen
Marmont.



Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).

L'escadre commence  sortir du port; et, le 30, nous comptons tre tous
 la voile pour suivre notre destination.

J'ai laiss, pour commander l'le, le gnral de division Vaubois; c'est
lui qui a command le dbarquement, et il s'est concili les habitans de
l'le par sa sagesse et sa douceur.

Le grand-matre part demain pour se rendre  Trieste. Sur les six cent
mille francs que nous lui avons accords, il laisse ici trois cent mille
francs pour payer ses dettes. Je ferai prvaloir ces trois cent mille
francs sur les terres que nous avons appartenant  l'Ordre.

Je lui ai donn cent mille francs comptant, et le payeur lui a remis
quatre traites sur celui de Strasbourg, de cinquante mille francs
chacune, faisant les deux cent mille francs. Je vous prie d'ordonner
qu'elles soient acquittes.

Toute l'argenterie d'ici, y compris le trsor de Saint-Jean, ne nous
donnera pas un million. Je laisse cet argent pour subvenir aux dpenses
de la garnison et  l'achvement du vaisseau _le Saint-Jean_.

Vous trouverez ci-joint les noms que j'ai donns aux deux vaisseaux, 
la frgate et aux galres que nous avons trouvs ici.

Je vous envoie copie de plusieurs ordres que j'ai donns. Je n'ai rien
oubli de ce qui pouvait nous assurer cette le.

Je vous prie d'y envoyer le reste de la septime demi-brigade
d'infanterie lgre, de la quatre-vingtime et de la vingt-troisime.
Cette dernire est en Corse.

Nous avons besoin ici d'un bon corps de troupes. Rien n'gale
l'importance de cette place. Elle est soigne et dans le meilleur tat;
mais les fortifications sont trs-tendues.

Je vous prie de faire rejoindre tous les hommes de nos demi-brigades qui
sont rests en arrire: cela se monte  plusieurs milliers. Malte aurait
besoin aussi de quatre compagnies d'artillerie  pied.

J'ai fait embarquer comme matelots tous les esclaves turcs qui taient
ici: ils nous seront utiles.

Le nombre des chevaliers de Malte franais se monte  trois cents. Une
partie ayant plus de soixante ans pourra rester ici. J'emmne avec moi
tout ce qui avait moins de trente ans. Le reste se rend  Antibes,
afin que ceux qui n'ont pas port les armes contre la France puissent
rentrer, conformment  l'article 3 de la capitulation.

Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).

Du moment que le convoi de Civita-Vecchia nous a joints, j'ai t
instruit que les ordres que vous aviez donns pour arrter les
instigateurs des troubles de Rome n'avaient pas t excuts, et que
tous les officiers avaient donn leur parole d'honneur de ne pas
souffrir leur arrestation; ce qui avait oblig le gnral Saint-Cyr  se
relcher de l'excution de vos ordres. J'ai sur-le-champ fait
arrter quatre officiers du septime de hussards, et quatre de la
soixante-unime, qui sont dsigns par les chefs comme les principaux
meneurs. Je les ai destitus et renvoys en France, comme indignes de
servir dans les troupes de la rpublique. N'ayant pas le temps de faire
faire leur procs, j'ordonne qu'on les tienne au fort Lamalgue, jusqu'
ce qu'on ait reu vos ordres.



Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).

Je vous envoie l'original du trait que venait de conclure l'ordre de
Malte avec la Russie. Il n'y avait que cinq jours qu'il tait ratifi,
et le courrier, qui est le mme que celui que j'ai arrt, il y a deux
ans,  Ancne, n'tait pas encore parti. Ainsi, sa majest l'empereur de
Russie nous doit des remercimens, puisque l'occupation de Malte pargne
 son trsor quatre cent mille roubles. Nous avons mieux entendu que
lui-mme les intrts de sa nation.

Cependant, si son but avait t de prparer les voies pour s'tablir
dans le port de Malte, sa majest aurait d, ce me semble, faire les
choses un peu plus en secret, et ne pas mettre ses projets tant 
dcouvert. Mais enfin, quoi qu'il en soit, nous avons, dans le centre de
la Mditerrane, la place la plus forte de l'Europe, et il en cotera
cher  ceux qui nous en dlogeront.



Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).

Le gnral Baraguey-d'Hilliers vous porte le grand drapeau de l'Ordre et
ceux de plusieurs des rgimens de Malte.

La sant de cet officier l'obligeait de retourner  Paris.

Le gnral Baraguey-d'Hilliers s'est conduit toujours avec distinction 
l'arme d'Italie, et s'est fort bien acquitt des diffrentes missions
que je lui ai confies.



Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).

Je vous envoie copie de nouveaux ordres pour l'organisation de l'le.
Vous en trouverez, entre autres, un pour l'instruction publique.

Je vous prie d'envoyer ici trois lves de l'cole polytechnique, qui
pourront vous tre dsigns par le citoyen Guyton.

Le premier montrera l'arithmtique et la gomtrie descriptive; le
second l'algbre; le troisime la mcanique et la physique. Ils seront
logs et bien pays.

Vous trouverez aussi ci-joint plusieurs des meilleures vues de l'le de
Malte.

Je vous envoie une galre en argent. Cest le modle de la premire
galre qu'a eue l'ordre de Rhodes: ainsi cela est curieux par son
anciennet.

Je vous envoie un surtout de table venant de Chine. Il servait au
grand-matre dans les grandes crmonies; il est assez bien travaill.



Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Le gnral Vaubois fera dporter  Rome, sous quarante-huit
heures, les consuls d'Angleterre et de Russie.

2. Si ces deux consuls sont naturels du pays, la dportation sera d'une
anne, au bout de laquelle ils pourront rentrer, si la rpublique
franaise n'a pas a se plaindre d'eux.

BONAPARTE.



 bord de _l'Orient_, le 3 messidor an 6 (21 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1. Tout individu de l'arme qui aura pill ou viol, sera fusill.

2. Tout individu de l'arme qui, de son chef, mettra des contributions
sur les villes, villages, sur les individus, ou commettra des extorsions
de quelque genre que ce soit, sera fusill.

3. Lorsque des individus d'une division auront commis du dsordre dans
une contre, la division entire en sera responsable; si les coupables
sont connus, le gnral de division les fera fusiller; s'ils sont
inconnus, le gnral de division prviendra  l'ordre que l'on ait 
lui faire connatre les coupables, et, s'ils restent inconnus, il sera
retenu, sur le prt de la division, la somme ncessaire pour indemniser
les habitans de la perte qu'ils auront soufferte.

4. Lorsque des individus d'un corps auront commis du dsordre dans une
contre, le corps entier en sera responsable; si le chef a connaissance
des coupables, il les dnoncera au gnral de division qui les fera
fusiller; s'ils sont inconnus, le chef fera battre  l'ordre pour qu'on
les lui fasse connatre; et s'ils continuent  tre inconnus, il sera
retenu sur le prt du corps, la somme ncessaire pour indemniser les
habitans de la perte qu'ils auront soufferte.

5. Aucun individu de l'arme n'est autoris  faire des rquisitions
ni lever des contributions, que muni d'une instruction du commissaire
ordonateur en chef, en consquence d'un ordre du gnral en chef.

6. Dans le cas d'urgence, comme il arrive souvent  la guerre, si le
gnral en chef et le commissaire ordonnateur en chef se trouvaient
loigns d'une division, le gnral de division enverra sur-le-champ
copie au gnral en chef de l'autorisation qu'il aura donne, et le
commissaire des guerres enverra une copie au commissaire ordonnateur en
chef des objets qu'il aura requis.

7. Il ne pourra tre requis que des choses ncessaires aux soldats, aux
hpitaux, aux transports et  l'artillerie.

8. Une fois la rquisition frappe, les objets requis doivent tre remis
aux agens des diffrentes administrations qui doivent en donner des
reus, et en recevoir de ceux  qui ils les distribueront, afin d'avoir
leur comptabilit en matire, en rgle. Ainsi, dans aucun cas, les
officiers et soldats ne doivent recevoir directement des objets requis.

9. Tout l'argent et matires d'or et d'argent provenant des
rquisitions, des contributions et de tout autre vnement, doit, sous
douze heures, se trouver dans la caisse du payeur de la division, et
dans le cas que celui-ci soit loign, il sera vers dans la caisse du
quartier-matre du corps.

10. Dans les places o il y aura un commandant, aucune rquisition ne
pourra tre faite sans qu'auparavant, le commissaire des guerres n'ait
fait connatre au commandant de la place, en vertu de quel ordre cette
rquisition est frappe; le commandant de la place devra sur-le-champ en
instruire l'tat-major gnral.

11. Ceux qui contreviendraient aux articles 5, 6, 7, 8, 9 et 10, seront
destitus et condamns  deux annes de fers.

12. Le gnral en chef ordonne au gnral chef de l'tat-major, aux
gnraux, au commissaire-ordonnateur en chef, de tenir la main 
l'excution du prsent ordre, son intention n'tant pas que les fonds de
l'arme deviennent le profit de quelques individus; ils doivent tourner
 l'avantage de tous.

BONAPARTE.



 bord de _l'Orient_, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

Art. 1er. L'amiral aura la partie des ports et ctes des pays occups
par l'arme. Tous les rglemens qu'il fera, et ordres qu'il donnera,
auront leur excution.

2. Les ports de Malte et d'Alexandrie seront organiss conformment aux
rglemens que fera l'amiral, ainsi que ceux de Corfou et de Damiette.

3. Le citoyen Leroy remplira les fonctions d'ordonnateur  Alexandrie;
le citoyen Vavasseur, celles de directeur de l'artillerie.

4. Les agens de l'administration des ports et rades des pays occups par
l'arme, correspondront avec l'ordonnateur Leroy de qui ils recevront
directement des ordres.

5. Toutes les munitions navales qui seront trouves dans les pays
conquis par l'arme, seront mises dans les magasins des ports.

6. Les classes pour les matelots seront tablies  Malte, en Egypte et
dans les les de la mer Ionienne.

Tous les matelots ayant moins de trente ans, seront requis pour
l'escadre.

7. La marine n'aura aucun hpital particulier; elle se servira des
hpitaux de l'arme de terre.

BONAPARTE.



 bord de _l'Orient_, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Il ne sera rien dbarqu des btimens de transports et des
convois que sur l'ordre de l'amiral, et en consquence des rglemens
qu'il fera.

2. Les btimens seront rduits au frt de 18 fr. le tonneau par mois,
pour ceux de cent tonneaux, et de 16 f. pour ceux au-dessus.

3. Les btimens hors de service, et qui ne seront pas jugs capables
de retourner en Europe, seront valus et dpecs pour le service de
l'escadre.

4. Il sera fait trois tats des btimens du convoi.

1. De ceux au-dessus de cent tonneaux.

2. De ceux au-dessus de deux cents.

3. De ceux au-dessus.

On spcifiera la nation dont ils sont.

5. Tous les matelots franais qui sont  bord des btimens du convoi,
seront pris pour la flotte.

Il sera pris des matelots gyptiens pour les convois.

6. Tout btiment qui s'en retournera en Europe, ne pourra avoir que le
nombre de matelots qui lui est ncessaire, de quelque nation qu'il soit.
Le surplus sera mis  bord de l'escadre.

7. Les btimens du convoi, les quipages sont sous les ordres de
l'amiral. Il fera tous les rglemens qu'il jugera ncessaires pour le
bien de l'arme.

BONAPARTE.



 bord de _l'Orient_, le 11 messidor an 6 (19 juin 1798).

Bonaparte, gnral en chef.

En consquence de l'autorisation spciale du Directoire excutif, et
voulant reconnatre les services du citoyen Mesnard, commissaire de la
marine:

Le nomme contrleur de la marine pour prendre rang avec ceux des grands
ports.

BONAPARTE.



 bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).

PROCLAMATION.

Soldats!

Vous allez entreprendre une conqute dont les effets sur la civilisation
et le commerce du monde sont incalculables. Vous porterez  l'Angleterre
le coup le plus sr et le plus sensible, en attendant que vous puissiez
lui donner le coup de mort.

Nous ferons quelques marches fatigantes; nous livrerons plusieurs
combats; nous russirons dans toutes nos entreprises; les destins sont
pour nous. Les beys mameloucks, qui favorisent exclusivement le commerce
anglais, qui ont couvert d'avanies nos ngocians, et qui tyrannisent
les malheureux habitans des bords du Nil, quelques jours aprs notre
arrive, n'existeront plus.

Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahomtans; leur
premier article de foi est celui-ci: il n'y a pas d'autre Dieu que
Dieu, et Mahomet est son prophte. Ne les contredisez pas; agissez avec
eux comme nous avons agi avec les juifs, avec les Italiens; ayez les
gards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les
rabbins et les vques; ayez pour les crmonies que prescrit l'alcoran,
pour les mosques, la mme tolrance que vous avez eue pour les couvens,
pour les synagogues, pour la religion de Mose et celle de Jsus-Christ.

Les lgions romaines protgeaient toutes les religions. Vous trouverez
ici des usages diffrens de ceux de l'Europe: il faut vous y accoutumer.

Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent les femmes
diffremment que nous; mais, dans tous les pays, celui qui viole est un
monstre.

Le pillage n'enrichit qu'un petit nombre d'hommes; il nous dshonore; il
dtruit nos ressources; il nous rend ennemis des peuples qu'il est de
notre intrt d'avoir pour amis.

La premire ville que nous allons rencontrer a t btie par Alexandre:
nous trouverons  chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter
l'mulation des Franais.

BONAPARTE.



 bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).

Au pacha d'Egypte.

Le directoire excutif de la rpublique franaise s'est adress
plusieurs fois a la sublime Porte pour demander le chtiment des beys
d'Egypte, qui accablaient d'avanies les commerans franais.

Mais la sublime Porte a dclar que les beys, gens capricieux et avides,
n'coutaient pas les principes de la justice, et que non-seulement elle
n'autorisait pas les outrages qu'ils faisaient  ses bons et anciens
amis les Franais, mais que mme elle leur tait sa protection.

La rpublique franaise s'est dcide  envoyer une puissante arme
pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte, ainsi qu'elle a t
oblige de le faire plusieurs fois dans ce sicle, contre les beys de
Tunis et d'Alger.

Toi qui devrais tre le matre des beys, et que cependant ils tiennent
au Caire sans autorit et sans pouvoir, tu dois voir mon arrive avec
plaisir.

Tu es sans doute dj instruit que je ne viens point pour rien faire
contre l'Alcoran, ni le sultan. Tu sais que la nation franaise est la
seule et unique allie que le sultan ait en Europe.

Viens donc  ma rencontre, et maudis avec moi la race impie des beys.

BONAPARTE.



 bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).

_Au commandant de la Caravelle._

Les beys ont couvert nos commercans d'avanies; je viens en demander
rparation.

Je serai demain dans Alexandrie; vous ne devez avoir aucune inquitude;
vous appartenez  notre grand ami le sultan: conduisez-vous en
consquence; mais si vous commettez la moindre hostilit contre l'arme
franaise, je vous traiterai en ennemi, et vous en serez cause, car cela
est loin de mon intention et de mon coeur.

BONAPARTE.



Alexandrie, le 13 messidor an 6 (1er juillet 1798).

PROCLAMATION.

Depuis trop long-temps les beys qui gouvernent l'Egypte insultent  la
nation franaise, et couvrent ses ngocians d'avanies: l'heure de leur
chtiment est arrive.

Depuis trop long-temps ce ramassis d'esclaves achets dans le Caucase et
la Gorgie tyrannisent la plus belle partie du monde; mais Dieu, de qui
dpend tout, a ordonn que leur empire fint.

Peuples de l'Egypte, on vous dira que je viens pour dtruire votre
religion; ne le croyez pas: rpondez que je viens vous restituer
vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte, plus que les
mameloucks, Dieu, son prophte, et le Koran.

Dites-leur que tous les hommes sont gaux devant Dieu: la sagesse, les
talens et les vertus mettent seuls de la diffrence entre eux.

Or, quelle sagesse, quels talens, quelles vertus distinguent les
mameloucks, pour qu'ils aient exclusivement tout ce qui rend la vie
aimable et douce?

Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux mameloucks. Y a-t-il une
belle esclave, un beau cheval, une belle maison? cela appartient aux
mameloucks.

Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que Dieu leur en a
fait. Mais Dieu est juste et misricordieux pour le peuple; tous les
Egyptiens sont appels  grer toutes les places: que les plus sages,
les plus instruits, les plus vertueux gouvernent; et le peuple sera
heureux.

Il y avait jadis parmi vous de grandes villes, de grands canaux,
un grand commerce: qui a tout dtruit, si ce n'est l'avarice, les
injustices et la tyrannie des mameloucks?

Qadhys, cheykhs, Imms, thcorbdjys, dites au peuple que nous sommes
aussi de vrais Musulmans. N'est-ce pas nous qui avons dtruit le pape,
qui disait qu'il fallait faire la guerre aux Musulmans? N'est-ce pas
nous qui avons dtruit les chevaliers de Malte, parce que ces insenss
croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux Musulmans?
N'est-ce pas nous qui avons t dans tous les temps les amis du
grand-seigneur (que Dieu accomplisse ses desseins), et l'ennemi de ses
ennemis? Les mameloucks au contraire ne sont-ils pas toujours rvolts
contre l'autorit du grand-seigneur, qu'ils mconnaissent encore? Ils ne
font que leurs caprices.

Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils prospreront dans leur
fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront neutres! Ils auront le
temps de nous connatre, et ils se rangeront avec nous.

Mais malheur, trois fois malheur,  ceux qui s'armeront pour les
mameloucks, et combattront contre nous: il n'y aura pas d'esprance pour
eux; ils priront.

ART. 1er. Tous les villages, situs dans un rayon de trois lieues
des endroits o passera l'arme, enverront une dputation au gnral
commandant les troupes, pour le prvenir qu'ils sont dans l'obissance,
et qu'ils ont arbor le drapeau de l'arme (blanc, bleu et rouge.)

2. Tous les villages qui prendraient les armes contre l'arme seront
brls.

3. Tous les villages qui se seront soumis  l'arme mettront, avec le
pavillon du grand-seigneur notre ami, celui de l'arm.

4. Les cheykhs feront mettre les scells sur les biens, maisons,
proprits qui appartiennent aux mameloueks, et auront soin que rien ne
soit dtourn.

5. Les cheykhs, les qadhys et les Imams, conserveront les fonctions
de leurs places; chaque habitant restera chez lui et les prires
continueront comme  l'ordinaire. Chacun remerciera Dieu de la
destruction des mameloucks, et criera: gloire au sultan, gloire 
l'arme franaise, son amie! maldiction aux mameloucks et bonheur au
peuple d'Egypte!

BONAPARTE.



Alexandrie, le 25 messidor an 6 (3 juillet 1798).

Dans la circonstance o se trouve l'arme, il est indispensable de
prendre des dispositions telles que l'escadre puisse manoeuvrer selon
les vnemens qui peuvent survenir, et se trouver  l'abri des forces
suprieures que pourraient avoir les Anglais dans ces mers; le gnral
en chef ordonne, en consquence, les dispositions suivantes:

ART. 1er. L'amiral Brueys fera entrer, dans la journe de demain, son
escadre dans le port vieux d'Alexandrie, si le temps le permet et s'il y
a le fond ncessaire.

2. S'il n'y avait pas dans ce port le fond ncessaire pour mouiller,
il prendra des mesures telles, que dans la journe de demain, il ait
dbarqu l'artillerie et autres effets de terre, ainsi que tous les
individus composant l'arme de terre, en gardant seulement cent hommes
par vaisseau de guerre et quarante par frgate, ayant soin qu'il ne se
trouve parmi les troupes ni grenadiers ni carabiniers.

3. Il enverra  terre le citoyen Ganteaume, chef de l'tat-major de
l'escadre, pour prsider et vrifier lui-mme l'opration de la sonde du
port, et, dans le cas o il n'y aurait pas le fond ncessaire pour que
l'escadre puisse mouiller, pour acclrer le dbarquement des individus
et objets qui sont  bord de l'escadre. Mais, vu le peu de ressource
qu'il y a dans ce port, l'amiral ne peut compter que sur les
embarcations.

4. _Le Dubois_ et _le Causse_ entreront dans le port.

5. Le citoyen Perre, chef de division, avec les deux galres, les
bombardes et les diffrentes chaloupes canonnires et avisos se rendra
dans le port d'Alexandrie; le gnral en chef lui fera passer des
instructions pour seconder avec ses forces, les oprations de l'arme de
terre.

6. Le citoyen Leroy et le citoyen Vavasseur, avec les employs,
officiers de la marine et tous les ouvriers que l'escadre pourra
fournir, se rendront galement  Alexandrie pour y former un
tablissement maritime.

7. L'amiral fera, dans la journe de demain, connatre au gnral
en chef, par un rapport, si l'escadre peut entrer dans le port
d'Alexandrie, ou si elle peut se dfendre, embosse dans la rade
d'Aboukir, contre une escadre ennemie suprieure; et dans le cas o ni
l'un ni l'autre ne pourraient s'excuter, il devra partir pour Corfou,
l'artillerie dbarque, laissant  Alexandrie _le Dubois_, _le Causse_,
tous les effets ncessaires pour les armer en guerre; _la Diane_, _la
Junon_, _l'Alceste_, _l'Arthmise_, toute la flottille lgre, et toutes
les frgates armes en flte, avec ce qui est ncessaire, pour leur
armement.

8. Si l'ennemi paraissait avec des forces trs-suprieures, dans le cas
o l'amiral ne pt entrer, ni  Alexandrie, ni au Beckier, la flotte se
retirerait galement  Corfou o l'amiral prendrait toutes les mesures
pour excuter les dispositions de l'article septime.

BONAPARTE.



Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART 1er. Tous les bls et autres comestibles et bois ncessaires 
l'arme, qui se trouvent sur les btimens qui sont dans l'un ou l'autre
port, seront sur-le-champ dbarqus. L'inventaire en sera fait, et
lesdits vivres seront achets  des particuliers des nations qui ne
seront pas ennemies de la France.

2. Tous les btimens de guerre qui appartiendraient aux mameloucks ou 
des nations ennemies de la France, seront confisqus.

3. Le scell sera mis sur toutes les maisons et autres proprits des
mameloucks.

4. Toutes les marchandises qui sont  la Douane, appartenant aux
mameloucks ou  des sujets des nations ennemies de la France, qui sont
la Russie, l'Angleterre et le Portugal, seront confisques.

L'ordonnateur en chef nommera une commission de trois personnes
spcialement charges de faire les recherches, les inventaires, et
mme les valuations. Elle remettra aux commissaires des guerres les
diffrens objets  la disposition des diverses administrations.

BONAPARTE.



Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Demain  midi, il se tiendra un conseil chez le gnral
du gnie, compos du commissaire-ordonnateur en chef, du gnral
d'artillerie, du commandant de la place, du citoyen Dumanoir, commandant
du port, et de l'ordonnateur Leroy: l'officier du gnie, charg du
casernement, fera les fonctions de secrtaire.

2. On tablira dans ce conseil les emplacemens qui doivent tre donns
pour les diffrens services.

3. Pour l'artillerie: l'arsenal de construction, les magasins  poudre,
le parc, le logement du personnel. Il faudrait que tout cela ft  peu
prs runi dans un mme endroit.

4. Le logement du personnel: un petit atelier de construction et
quelques magasins pour les outils.

5. Pour le service de l'ordonnateur: diffrens magasins pour les vivres
et autres parties de l'administration, au moins douze fours, des
hpitaux.

6. Pour la place et le service des troupes: le logement des officiers de
l'tat-major, un cachot, deux prisons, une pour les gens du pays, une
pour les militaires.

Pour la marine: les lazarets, l'arsenal, le logement du personnel.

8. On fera une organisation particulire pour les diffrentes parties.

Pour le fort du Phare, pour le grand fort, pour le pharillon, pour le
fort d'Aboukir, pour le Marabou.

BONAPARTE.



Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART 1er. Tous les matelots turcs qui taient esclaves  Malte et qui ont
t mis en libert, et qui sont de Syrie, des les de l'Archipel ou du
Bey de Tripoli, seront sur-le-champ mis en libert.

2. L'amiral les fera dbarquer demain  Alexandrie, d'o l'tat-major
leur donnera des passeports pour se rendre chez eux, et des
proclamations en arabe.

BONAPARTE.




Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).

_ l'ordonnateur Najac._

Nous sommes arrivs, citoyen ordonnateur,  Alexandrie, aprs
diffrentes oprations militaires. Nous avons dj fait divers
tablissemens militaires. Nous sommes matres d'Alexandrie, de Rosette
et de Damanhour, qui sont trois grandes villes loignes de douze
lieues.

Nous avons bien besoin que le second convoi que vous prparez nous
arrive promptement. Faites, je vous prie, imprimer un crit dans nos
diffrens ports de la Provence et du Languedoc, et mme au consul de
Gnes, pour engager tous les ngocians  nous envoyer  Alexandrie des
chargemens de vin et d'eau-de-vie qui seront pays, soit en marchs
d'change, soit en argent comptant. Les ngocians ne doivent avoir
dsormais aucune inquitude, puisque le port de Malte leur offre une
retraite aussi sre que commode.

Notre premier soin a t d'tablir ici un lazaret auquel nous avons
donn la mme organisation qu' celui de Marseille. Ainsi, ds ce
moment, il n'y a plus rien  craindre de la peste qui, heureusement dans
ce moment-ci, n'existe plus ni  Alexandrie, ni  Rosette, ni dans aucun
endroit de l'gypte.

Je vous recommande de nouveau de nous envoyer promptement tout ce qui
est de la suite de l'arme.

BONAPARTE.



Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART 1er. Les noms de tous les hommes de l'arme franaise qui ont t
tus a la prise d'Alexandrie, seront gravs sur la colonne de Pompe.

2. Ils seront enterrs au pied de la colonne. Les citoyens Costas et
Dutertre feront un plan qu'ils me prsenteront pour l'excution du
prsent ordre.

3. Cela sera mis  l'ordre de l'arme.

4. L'tat-major remettra  cette commission l'tat des noms des hommes
tus  la prise d'Alexandrie.

BONAPARTE.



Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798).

_Au citoyen Ferre._

Vous ferez partir de suite tous les btimens de votre flottille qui ne
tirent que quatre ou cinq pieds d'eau. Vous en donnerez le commandement
 l'officier qui aura votre confiance. Il se rendra  Aboukir; il
mettra embargo sur tous les btimens qui pourraient s'y trouver. Il
correspondra avec le commandant du fort, pour savoir si la division
Dugua est passe, et se mettra sur-le-champ en marche pour arriver au
bord du Nil par la Barre, et se portera  Rosette.

Un de ces btimens fera sonder l'embouchure, et y restera pour la
dsigner aux btimens qui arriveront aprs.

Les btimens arrivs de Rosette seront  la disposition du gnral
Dugua.

Vous partirez le plus tt possible avec le reste de votre flottille.
Vous laisserez deux avisos ici,  la disposition du gnral Dumanoir.

Quand vous serez  l'embouchure du Nil, vous ferez entrer tous les
btimens que vous pourrez, en vous servant de tous les moyens que vous
suggreront vos connaissances et votre exprience.

Vous laisserez cependant deux de vos plus grands btimens en dehors,
que vous enverrez croiser au canal de Damiette, avec ordre d'amener 
l'escadre, mouille au Beckier, tous les btimens qui voudraient sortir
du Nil. Vous leur recommanderez de respecter les pcheurs et les
djermes, de leur faire beaucoup d'honntets, et leur donner des
proclamations dont je vous envoie ci-joint une trentaine d'exemplaires.

BONAPARTE.



Alexandrie, le 18 messidor an 6 (6 juillet 1798)

_Au directoire excutif._

L'arme est partie de Malte le 1er messidor, et est arrive le 13,  la
pointe du jour devant Alexandrie. Une escadre anglaise que l'on dit tre
trs-forte, s'y tait prsente trois jours avant et avait remis un
paquet pour les Indes.

Le vent tait grand frais, et la mer trs-houleuse. Cependant je crus
devoir dbarquer de suite; la journe se passa  faire les prparatifs
du dbarquement. Le gnral Menou,  la tte de sa division, dbarqua le
premier prs du Marabou,  une lieue et demie d'Alexandrie.

Je dbarquai avec le gnral Klber, et une autre partie des troupes, 
onze heures du soir. Nous nous mmes sur-le-champ en marche pour nous
porter sur Alexandrie; nous apermes  la pointe du jour la colonne de
Pompe. Un corps de mameloucks et arabes commenait  escarmoucher avec
nos avant-postes; mais nous nous portmes rapidement, la division du
gnral Bon  la droite, celle du gnral Klber au centre, et celle
du gnral Menou  la gauche, sur les diffrens points d'Alexandrie.
L'enceinte de la ville des Arabes tait garnie de monde; le gnral
Klber partit de la colonne de Pompe, pour escalader la muraille; dans
le temps que le gnral Bon forait la porte de Rosette, le gnral
Menou bloquait le chteau triangulaire avec une partie de sa division,
se portait avec le reste sur une autre partie de l'enceinte, et la
forait. Il entra le premier dans la place; il y reut six blessures
dont heureusement aucune n'est dangereuse.

Le gnral Klber, au pied de la muraille, dsignait l'endroit o il
voulait que ses grenadiers montassent; mais il reut une balle au front
qui le jeta par terre; sa blessure, quoique trs-grave, n'est pas
mortelle; les grenadiers de sa division en doublrent de courage et
entrrent dans la place. La quatrime demi-brigade, commande par le
gnral Marmont, enfona  coups de hache la porte de Rosette, et toute
la division du gnral Bon entra dans l'enceinte des Arabes.

Le citoyen Mars, chef de brigade en second de la trente-deuxime, a t
tu, et l'adjudant gnral l'Escalle dangereusement bless.

Matres de l'enceinte des Arabes, les ennemis se rfugirent dans le
fort triangulaire, dans le Phare et dans la nouvelle ville. Chaque
maison tait pour eux une citadelle; mais avant la fin de la journe la
ville fut calme, les deux chteaux capitulrent, et nous nous
trouvmes entirement matres de la ville, des forts et des deux ports
d'Alexandrie.

Pendant ce temps-l les Arabes du dsert tant accourus par pelotons de
30  50 hommes, inondaient nos derrires et tombaient sur nos tranards.
Ils n'ont cess de nous harceler pendant deux jours; mais hier je suis
parvenu  conclure avec eux un trait, non-seulement d'amiti, mais mme
d'alliance: treize des principaux chefs sont venus hier chez moi; je
m'assis au milieu d'eux et nous emes une trs-longue conversation.
Aprs tre convenus de nos articles, nous nous sommes runis autour
d'une table et nous avons vou au feu de l'enfer celui de moi ou d'eux
qui violerait nos conventions, consistantes:

Eux  ne plus harceler nos derrires,  me donner tous les secours qui
dpendraient d'eux, et  me fournir le nombre d'hommes que je leur
demanderais pour marcher contre les mameloucks.

Moi  leur restituer, quand je serai matre de l'gypte, les terres qui
leur avaient appartenu jadis.

Les prires se font, dans les Mosques, comme  l'ordinaire, et ma
maison est toujours pleine des imans ou cadis, des scheicks, des
principaux du pays, des muphtis ou chefs de la religion.

Cette nation-ci n'est rien moins que ce que l'ont peinte les voyageurs
et les faiseurs de relations, elle est calme, fire et brave.

Le port vieux d'Alexandrie peut contenir une escadre aussi nombreuse
qu'elle soit; mais il y a un point de la passe o il n'y a que cinq
brasses d'eau, ce qui fait penser aux marins qu'il n'est pas possible
que les vaisseaux de 74 y entrent.

Cette circonstance contrarie singulirement mes projets; les vaisseaux
de construction Vnitienne pourront y entrer, et dj _le Dubois_ et _le
Causse_ y sont.

L'escadre sera aujourd'hui  Aboukir, pour achever de dbarquer
l'artillerie qu'elle a  nous.

La division du gnral Desaix est arrive  Damanhour aprs avoir
travers quatorze lieues dans un dsert aride, o elle a t bien
fatigue; celle du gnral Reynier doit y arriver ce soir.

La division du gnral Dugua est  Rosette; le chef de division Ferre
commande notre flottille lgre, et va chercher  faire remonter le Nil
par une partie de ses btimens.

Je vous demande le grade de contre-amiral pour le citoyen Gantheaume,
chef de l'tat-major de l'escadre, officier du plus grand mrite, aussi
distingu par son zle que par son exprience et ses connaissances.

J'ai nomm le citoyen Leroi, ordonnateur de la marine  Alexandrie.

J'ai fait dans l'arme diffrens avancemens dont je vous enverrai l'tat
ds que l'arme aura pris un peu d'assiette.

Nous avons eu  la prise d'Alexandrie trente ou quarante hommes tus, et
quatre-vingts  cent blesss.

Je vous demande le grade de chef d'escadron pour le citoyen Sulkowski,
qui est un officier du plus grand mrite, et qui a t deux fois culbut
de la brche.

BONAPARTE.



Alexandrie, le 18 messidor an 6 (8 juillet 1798).

_Au charg d'affaires  Constantinople._

Je vous envoie une dpche que je vous ai crite  bord de _l'Orient_.

L'arme est arrive: elle a dbarqu prs d'Alexandrie et s'est empare
de cette ville aprs quelques fusillades.

Nous sommes en pleine marche sur le Caire.

Vous devez convaincre la Porte de notre ferme rsolution de continuer 
vivre en bonne intelligence avec elle.

Un ambassadeur vient d'tre nomm pour s'y rendre, et il ne tardera pas
 y arriver.

Je dsire que vous rpondiez le plus tt possible  ces diffrentes
lettres et que vous m'en accusiez la rception.

BONAPARTE.



Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).

_Au pacha d'gypte._

Je suis trs-fch de la violence que vous a faite Ibrahim, en vous
forant  quitter le Caire pour le suivre. Si vous en tes le matre,
revenez dans cette ville; vous y jouirez de la considration et du rang
dus au reprsentant de notre ami le sultan.

Je vous ai crit d'Alexandrie la lettre ci-jointe (en date du ...), et
j'ai charg le commandant de la caravelle de vous la faire remettre, et
je suis assur que vous ne l'avez pas reue. Par la Grce de Dieu, de
qui tout dpend, les mameloucks ont t dtruits. Soyez assur que les
mmes armes que nous avons rendues victorieuses, seront toujours  la
disposition du sultan. Que le ciel comble ses dsirs contre ses ennemis!

BONAPARTE.



Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).

_Aux scheicks et notables du Caire._

Vous verrez, par la proclamation ci-jointe, les sentimens qui m'animent.

Hier, les mameloucks ont t pour la plupart tus ou faits prisonniers,
et je suis  la poursuite du peu qui reste encore.

Faites passer de mon ct les bateaux qui sont sur votre rive,
envoyez-moi une dputation pour faire connatre votre soumission.

Faites prparer du pain, de la viande, de la paille et de l'orge pour
mon arme, et soyez sans inquitude, car personne ne dsire plus
contribuer  votre bonheur que moi.

BONAPARTE.



Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).

_Proclamation jointe  la prcdente._

Peuple du Caire, je suis content de votre conduite: vous avez bien fait
de ne pas prendre parti contre moi; je suis venu pour dtruire la race
des mameloucks, protger le commerce et les naturels du pays. Que tous
ceux qui ont peur se tranquillisent; que ceux qui se sont loigns
rentrent dans leurs maisons; que la prire ait lieu comme  l'ordinaire,
comme je veux qu'elle continue toujours. Ne craignez rien pour vos
familles, vos maisons, vos proprits, et surtout pour la religion du
prophte, que j'aime. Comme il est urgent qu'il y ait des hommes chargs
de la police, afin que la tranquillit ne soit pas trouble, il y aura
un divan compos de sept personnes qui se runiront  la mosque de Ver.
Il y en aura toujours deux prs du commandant de la place, et quatre
seront occupes  maintenir la tranquillit publique et  veiller  la
police.

BONAPARTE.



Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).

_Au gnral Desaix._

L'tat-major a d vous donner l'ordre, citoyen gnral, de vous porter
avec votre division  deux lieues en avant de Giza, en suivant les bords
du Nil. Vous emploierez la journe de demain, 6 thermidor,  choisir un
emplacement qui ne soit pas, lors de la crue du Nil, inond, et qui,
cependant, soit prs du Nil.

Mon intention est que ce point soit retranch par trois redoutes formant
le triangle, et se flanquant entre elles.

Chacune de ces redoutes devra pouvoir tre dfendue par quatre-vingt-dix
hommes, deux canonniers, et deux petites pices de canon.

Lorsque ces redoutes seront acheves, elles seront runies entre elles
par trois bons fosss, qui formeront les courtines, et de manire  ce
que ce triangle puisse contenir toute votre division et lui servir de
camp retranch.

Le gnral du gnie a ordre d'envoyer un officier suprieur du gnie
pour tracer ces ouvrages, et vous laisserez un officier du gnie de
votre division et tous vos sapeurs, et vous prendrez mme  la journe
le plus de paysans que vous pourrez pour pousser vivement la confection
desdits travaux.

Le gnral d'artillerie a ordre d'y envoyer six pices de canon pour les
trois redoutes, et deux pices de 24 pour faire une batterie qui domine
la navigation du Nil.

Vous donnerez l'ordre au gnral Belliard d'envoyer des espions, et de
pousser souvent des reconnaissances au loin pour connatre ce que font
les mameloucks, et d'envoyer des lettres jusqu' cinq et six lieues en
remontant le Nil, en rpandant des proclamations, et en exigeant que les
villages envoient des dputs pour prter le serment d'obissance.

Le 8  la pointe du jour, si toutes ces oprations sont finies, vous
vous en retournerez avec le reste de votre division  Giza, o vous
recevrez de nouveaux ordres.

Vous ferez connatre au gnral Belliard que, ds l'instant que les
trois redoutes seront susceptibles de quelque dfense, et qu'il croira
suffisant d'y laisser un bataillon, il vous en fera part et je lui
enverrai l'ordre de rejoindre sa division.

Vous ordonnerez  l'autre officier du gnie de votre division de faire
un croquis  la main de tout le pays, depuis Giza jusqu' la position
que vous choisirez, et aux Pyramides, o est l'avant-garde du gnral
Dugua. Il aura soin de bien placer les villages, et de spcifier
particulirement ceux qui sont habits par les Arabes.

BONAPARTE.



Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).

_Au pacha du Caire._

L'intention de la rpublique franaise en occupant l'gypte a t d'en
chasser les mameloucks, qui taient  la fois rebelles  la Porte et
ennemis du gouvernement franais.

Aujourd'hui qu'elle s'en trouve matresse par la victoire signale
que son arme a remporte, son intention est de conserver au pacha du
grand-seigneur ses revenus et son existence.

Je vous prie donc d'assurer la Porte qu'elle n'prouvera aucune espce
de perte, et que je veillerai  ce qu'elle continue  percevoir le mme
tribut qui lui tait ci-devant pay.

BONAPARTE.



Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).

_Au gnral du gnie._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, envoyer un officier suprieur du
gnie avec l'avant-garde de la division du gnral Dugua, qui part
demain pour se rendre aux Pyramides, et un autre avec la division du
gnral Desaix, qui part ce soir pour prendre position  deux lieues, en
remontant le Nil.

Ils seront chargs de tracer des ouvrages dans la position qu'occupe le
gnral Desaix, trois redoutes ou bastions retranchs se flanquant entre
eux, et capables d'tre dfendus chacun par quatre-vingt-dix hommes,
deux pices de canon et dix canonniers.

Ces trois redoutes se lieront par un grand foss, ce qui formera un
retranchement, dans lequel la division du gnral Desaix devra pouvoir
se camper.

Le profil de ces redoutes doit tre respectable, elles doivent surtout
avoir un foss trs-profond, et sur toutes les parties les plus faibles,
vous pouvez ordonner que l'on fasse une grande quantit de trous de
loup.

L'officier du gnie qui ira aux Pyramides devra tracer un fort  toile,
ou redoute brise, capable de contenir deux cent cinquante  trois cents
hommes, et pouvant tre dfendue par cent hommes et deux pices de
canon: le but de cette redoute est de contenir les Arabes.

L'un et l'autre de ces deux ouvrages doivent tre  l'abri de
l'inondation du Nil. Celui que vous ferez tablir  la position du
gnral Desaix, aura une batterie de deux pices de 24, qui doivent tre
places de manire  tre matre de la navigation du Nil.

BONAPARTE.



Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).

_Au gnral Dugua._

Vous voudrez bien, gnral, faire partir demain,  la pointe du jour,
votre avant-garde avec une pice de 3 et trente hommes  cheval, le tout
command par le gnral Verdier; elle se rendra aux Pyramides. Il fera
connatre par une circulaire  tous les Arabes qui sont tablis dans
les environs, qu'ils seront responsables si les Arabes continuent 
assassiner les Franais et  nous faire la guerre; que je leur donne
quarante-huit heures pour prvenir leurs compatriotes desdites
dispositions: aprs quoi, si l'on continue, je svirai contre eux.

Vous enverrez galement avec cette avant-garde tous vos sapeurs et un
officier du gnie.

Le gnral du gnie a ordre d'y envoyer un officier suprieur de cette
arme, lequel se concertera avec le gnral Verdier pour y tracer une
redoute  toile capable de contenir cent hommes et deux pices de
canon, et de la mettre  l'abri de toute attaque de la part des Arabes.
Vous ordonnerez au gnral Verdier de fournir des sapeurs travailleurs
de la demi-brigade pour aider les sapeurs, et de prendre des paysans
pour travailler.

Ds l'instant que cette redoute sera acheve, le gnral Verdier m'en
prviendra, et je lui donnerai l'ordre de rejoindre sa division.

Le gnral d'artillerie a ordre de fournir deux pices de canon pour
ladite redoute.

Vous ordonnerez  cette division de nettoyer demain ses armes, pour
pouvoir aprs demain occuper la position qui lui sera dsigne de
l'autre ct du Nil.

Cherchez  vous procurer le plus de bateaux que vous pourrez, afin de
passer promptement. J'ai ordonn qu'on vous en envoyt du Caire le plus
que l'on pourra.

BONAPARTE.



Au Caire, le 6 thermidor an 6 (24 juillet 1798).

_Au directoire excutif._

Le 19 messidor, l'arme partit d'Alexandrie. Elle arriva  Damanhour le
20, souffrant beaucoup  travers ce dsert de l'excessive chaleur et du
manque d'eau.

_Combat de Rahmanieh._

Le 22 nous rencontrmes le Nil  Rahmanieh, et nous nous rejoignmes
avec la division du gnral Dugua, qui tait venue par Rosette en
faisant plusieurs marches forces.

La division du gnral Desaix fut attaque par un corps de sept  huit
cents mameloucks, qui aprs une canonnade assez vive, et la perte de
quelques hommes, se retirrent.

_Bataille de Chebrheis._

Cependant j'appris que Mourad-Bey,  la tte de son arme compose
d'une grande quantit de cavalerie, ayant huit ou dix grosses chaloupes
canonnires, et plusieurs batteries sur le Nil, nous attendait au
village de Chebrheis. Le 24 au soir, nous nous mmes en marche pour
nous en approcher. Le 25,  la pointe du jour, nous nous trouvmes en
prsence.

Nous n'avions que deux cents hommes de cavalerie clops et harasss
encore de la traverse; les mameloucks avaient un magnifique corps de
cavalerie, couvert d'or et d'argent, arms des meilleures carabines
et pistolets de Londres, des meilleurs sabres de l'Orient, et monts
peut-tre sur les meilleurs chevaux du continent.

L'arme tait range, chaque division formant un bataillon carr,
ayant les bagages au centre et l'artillerie dans les intervalles des
bataillons. Les bataillons rangs, les deuxime et quatrime divisions
derrire les premire et troisime. Les cinq divisions de l'arme
taient places en chelons, se flanquant entre elles, et flanques par
deux villages que nous occupions.

Le citoyen Perre, chef de division de la marine, avec trois chaloupes
canonnires, un chbec et une demi-galre, se porta pour attaquer la
flottille ennemie. Le combat fut extrmement opinitre. Il se tira de
part et d'autre plus de quinze cents coups de canon. Le chef de division
Perre a t bless au bras d'un coup de canon, et, par ses bonnes
dispositions et son intrpidit, est parvenu  reprendre trois chaloupes
canonnires, et la demi-galre, que les mameloucks avaient prises, et
 mettre le feu  leur amiral. Les citoyens Monge et Berthollet, qui
taient sur le chbec, ont montr dans des momens difficiles beaucoup
de courage. Le gnral Androssy, qui commandait les troupes de
dbarquement, s'est parfaitement conduit.

La cavalerie des mameloucks inonda bientt toute la plaine, dborda
toutes nos ailes, et chercha de tous cts sur nos flancs et nos
derrires le point faible pour pntrer; mais partout elle trouva que la
ligne tait galement formidable, et lui opposait un double feu de flanc
et de front. Ils essayrent plusieurs fois de charger, mais sans s'y
dterminer. Quelques braves vinrent escarmoucher; ils furent reus par
des feux de pelotons de carabiniers placs en avant des intervalles
des bataillons. Enfin, aprs tre rests une partie de la journe 
demi-porte de canon, ils oprrent leur retraite, et disparurent. On
peut valuer leur perte  trois cents hommes tus ou blesss.

Nous avons march pendant huit jours, privs de tout, et dans un des
climats les plus brlans du monde.

Le 2 thermidor au matin, nous apermes les pyramides.

Le 2 au soir, nous nous trouvions  six lieues du Caire; et j'appris que
les vingt-trois beys, avec toutes leurs forces, s'taient retranchs 
Embabeh, qu'ils avaient garni leurs retranchemens de plus de soixante
pices de canon.

_Bataille des Pyramides._

Le 3,  la pointe du jour, nous rencontrmes les avant-gardes, que nous
repoussmes de village en village.

 deux heures aprs midi, nous nous trouvmes en prsence des
retranchemens et de l'arme ennemie.

J'ordonnai aux divisions des gnraux Desaix et Reynier de prendre
position sur la droite entre Djyzeh et Embabeh, de manire  couper 
l'ennemi la communication de la Haute-gypte, qui tait sa retraite
naturelle. L'arme tait range de la mme manire qu' la bataille de
Chebrheis.

Ds l'instant que Mourad Bey s'aperut du mouvement du gnral Desaix,
il se rsolut  le charger, et il envoya un de ses beys les plus braves
avec un corps d'lite qui, avec la rapidit de l'clair, chargea les
deux divisions. On le laissa approcher jusqu' cinquante pas, et on
l'accueillit par une grle de balles et de mitraille, qui en fit
tomber un grand nombre sur le champ de bataille. Ils se jetrent dans
l'intervalle que formaient les deux divisions, o ils furent reus par
un double feu qui acheva leur dfaite.

Je saisis l'instant, et j'ordonnai  la division du gnral Bon, qui
tait sur le Nil, de se porter  l'attaque des retranchemens, et au
gnral Vial, qui commande la division du gnral Menou, de se porter
entre le corps qui venait de le charger et les retranchemens, de manire
 remplir le triple but,

D'empcher le corps d'y rentrer;

De couper la retraite  celui qui les occupait;

Et enfin, s'il tait ncessaire, d'attaquer ces retranchemens par la
gauche.

Ds l'instant que les gnraux Vial et Bon furent  porte, ils
ordonnrent aux premires et troisimes divisions de chaque bataillon de
se ranger en colonnes d'attaque, tandis que les deuximes et quatrimes
conservaient leur mme position, formant toujours le bataillon carr,
qui ne se trouvait plus que sur trois de hauteur, et s'avanait pour
soutenir les colonnes d'attaque.

Les colonnes d'attaque du gnral Bon, commandes par le brave gnral
Rampon, se jetrent sur les retranchemens avec leur imptuosit
ordinaire, malgr le feu d'une assez grande quantit d'artillerie,
lorsque les mameloucks firent une charge. Ils sortirent des
retranchemens au grand galop. Nos colonnes eurent le temps de faire
halte, de faire front de tous cts, et de les recevoir la baonnette au
bout du fusil, et par une grle de balles.  l'instant mme le champ
de bataille en fut jonch. Nos troupes eurent bientt enlev les
retranchemens. Les mameloucks en fuite se prcipitrent aussitt en
foule sur leur gauche. Mais un bataillon de carabiniers, sous le feu
duquel ils furent obligs de passer  cinq pas, en ft une boucherie
effroyable. Un trs-grand nombre se jeta dans le Nil, et s'y noya.

Plus de quatre cents chameaux chargs de bagages, cinquante pices
d'artillerie, sont tombs en notre pouvoir. J'value la perte des
mameloucks  deux mille hommes de cavalerie d'lite. Une grande partie
des beys a t blesse ou tue. Mourad Bey a t bless  la joue. Notre
perte se monte  vingt ou trente hommes tus et  cent vingt blesss.
Dans la nuit mme, la ville du Caire a t vacue. Toutes leurs
chaloupes canonnires, corvettes, bricks, et mme une frgate, ont t
brles, et le 4, nos troupes sont entres au Caire. Pendant la nuit,
la populace a brl les maisons des beys, et commis plusieurs excs.
Le Caire, qui a plus de trois cent mille habitans, a la plus vilaine
populace du monde.

Aprs le grand nombre de combats et de batailles que les troupes que je
commande ont livrs contre des forces suprieures, je ne m'aviserais
point de louer leur contenance et leur sang-froid dans cette occasion,
si vritablement ce genre tout nouveau n'avait exig de leur part une
patience qui contraste avec l'imptuosit franaise. S'ils se fussent
livrs  leur ardeur, ils n'auraient point eu la victoire, qui ne
pouvait s'obtenir que par un grand sang-froid et une grande patience.

La cavalerie des mameloucks a montr une grande bravoure. Ils
dfendaient leur fortune, et il n'y a pas un d'eux sur lequel nos
soldats n'aient trouv trois, quatre, et cinq cents louis d'or.

Tout le luxe de ces gens-ci tait dans leurs chevaux et leur armement.
Leurs maisons sont pitoyables. Il est difficile de voir une terre plus
fertile et un peuple plus misrable, plus ignorant et plus abruti. Ils
prfrent un bouton de nos soldats  un cu de six francs; dans les
villages ils ne connaissent pas mme une paire de ciseaux. Leurs maisons
sont d'un peu de boue. Ils n'ont pour tout meuble qu'une natte de paille
et deux ou trois pots de terre. Ils mangent et consomment en gnral
fort peu de chose. Ils ne connaissent point l'usage des moulins, de
sorte que nous avons bivouaqu sur des tas immenses de bl, sans
pouvoir avoir de farine. Nous ne nous nourrissions que de lgumes et de
bestiaux. Le peu de grains qu'ils convertissent en farine, ils le fout
avec des pierres; et, dans quelques gros villages, il y a des moulins
que font tourner des boeufs.

Nous avons t continuellement harcels par des nues d'Arabes, qui
sont les plus grands voleurs et les plus grands sclrats de la terre,
assassinant les Turcs comme les Franais, tout ce qui leur tombe
dans les mains. Le gnral de brigade Muireur et plusieurs autres
aides-de-camp et officiers de l'tat-major ont t assassins par ces
misrables. Embusqus derrire des dignes et dans des fosss, sur leurs
excellens petits chevaux, malheur  celui qui s'loigne  cent pas des
colonnes. Le gnral Muireur, malgr les reprsentations de la grande
garde, seul, par une fatalit que j'ai souvent remarqu accompagner
ceux qui sont arrivs  leur dernire heure, a voulu se porter sur un
monticule  deux cents pas du camp; derrire taient trois bdouins qui
l'ont assassin. La rpublique fait une perte relle: c'tait un des
gnraux les plus braves que je connusse.

La rpublique ne peut pas avoir une colonie plus  sa porte et d'un sol
plus riche que l'gypte. Le climat est trs-sain, parce que les nuits
sont fraches. Malgr quinze jours de marche, de fatigues de toute
espce, la privation du vin, et mme de tout ce qui peut allger la
fatigue, nous n'avons point de malades. Le soldat a trouv une grande
ressource dans les pastques, espce de melons d'eau qui sont en
trs-grande quantit.

L'artillerie s'est spcialement distingue. Je vous demande le grade de
gnral de division pour le gnral de brigade Dommartin. J'ai promu au
grade de gnral de brigade le chef de brigade Destaing, commandant la
quatrime demi-brigade; le gnral Zayonschek s'est fort bien conduit
dans plusieurs missions importantes que je lui ai confies.

L'ordonnateur Sucy s'tait embarqu sur notre flotille du Nil, pour tre
plus  porte de nous faire passer des vivres du Delta. Voyant que je
redoublais de marche, et dsirant tre  mes cts lors de la bataille,
il se jeta dans une chaloupe canonnire, et, malgr les prils qu'il
avait  courir, il se spara de la flottille. Sa chaloupe choua; il
fut assailli par une grande quantit d'ennemis. Il montra le plus
grand courage; bless trs-dangereusement au bras, il parvint, par son
exemple,  ranimer l'quipage, et  tirer la chaloupe du mauvais pas o
elle s'tait engage.

Nous sommes sans aucune nouvelle de France depuis notre dpart.

Je vous enverrai incessamment un officier avec tous les renseignemens
sur la situation conomique, morale et politique de ce pays-ci.

Je vous ferai connatre galement, dans le plus grand dtail, tous ceux
qui se sont distingus, et les avancemens que j'ai faits.

Je vous prie d'accorder le grade de contre-amiral au citoyen Perre,
chef de division, un des officiers de marine les plus distingus par son
intrpidit.

Je vous prie de faire payer une gratification de 1,200 fr.  la femme
du citoyen Larrey, chirurgien en chef de l'arme. Il nous a rendu, au
milieu du dsert, les plus grands services par son activit et son zle.
C'est l'officier de sant que je connaisse le plus fait pour tre  la
tte des ambulances d'une arme.

BONAPARTE.



Au Caire, le 7 thermidor an 6 (25 juillet 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Le Caire sera gouvern par un divan compos de neuf personnes,
savoir: le scheick El-Sadat, le scheick El-Cherkaou, le scheick
El-Sahoni, le scheik El-Bekri, le scheick El-Fayoumiy, le scheick
Chiarichi, le scheick Mussa-Lirssi, le scheick Nakib-el-Aschraf
Seid-Omar, le scheick Mohamed-el-Emir. Ils se rendront ce soir  cinq
heures dans la maison de ...; ils composeront le divan, et nommeront un
d'entre eux pour prsident; ils choisiront un secrtaire pris hors de
leur sein, et deux secrtaires interprtes, sachant le franais et
l'arabe.

Ils nommeront deux agas pour la police, une commission de trois pour
surveiller les marchs et la propret de la ville, et une autre
galement de trois, qui sera charge de faire enterrer les morts qui se
trouveraient au Caire, ou  deux lieues aux environs.

2. Le divan sera assembl tous les jours  midi, et il y aura
perptuellement trois membres qui seront en permanence.

3. Il y aura  la porte du divan une garde franaise et une garde
turque.

4. Le gnral Berthier et le commandant de la place se rendront le soir
au divan,  cinq heures, pour les installer et leur faire prter le
serment de ne rien faire contre les intrts de l'arme.

BONAPARTE.

_Noms des familles les plus anciennes._

La maison des Beckris, la maison El-Sadat, la maison du nakib
El-Aschraf, la maison du scheick Yuani.




Au Caire, le 8 thermidor an 6 (26 juillet 1798).

_Au gnral Vial._

Vous devez avoir reu, citoyen gnral, l'ordre de l'tat-major pour
votre dpart  Damiette.

Le gnral Zayonscheck est  Menouf.

Je vous envoie une trentaine de proclamations que vous rpandrez sur
la route; vous vous arrterez dans les plus grands endroits pour faire
prter le serment aux scheicks et rassurer les habitans; vous ferez
mettre, par les scheicks, les scells sur les biens des mameloucks, et
vous veillerez  ce que rien ne soit vol.

Arriv  Damiette, vous prviendrez le citoyen Blanc, directeur gnral
de la sant  Alexandrie, pour qu'il y fasse tablir sur-le-champ un
lazaret. Vous ne laisserez rien sortir du port.

Vous ordonnerez que les douanes et toutes les impositions directes
et indirectes soient prises comme  l'ordinaire. Vous ferez faire
l'inventaire de tous les effets appartenans aux mameloucks.

Vous ferez rparer les forts situs  l'embouchure du Nil, de manire 
les mettre  l'abri d'un coup de main.

Vous ferez dsarmer tout le pays.

Vous aurez soin de vous faire instruire de ce qui se passe  Acre et en
Syrie et de m'en prvenir.

Vous vous mettrez en correspondance avec la frgate qui croise 
l'embouchure du Nil, ainsi qu'avec les bombardes, afin de vous en servir
et de les faire avancer jusqu'au Caire,  mesure que le Nil s'accrotra.

Votre commandement s'tendra non-seulement dans toute la province de
Damiette, mais encore dans celle de Mansoura.

Je vous envoie l'organisation donne  ce pays.

Vous nommerez un divan pour la province de Damiette, et un pour celle de
Mansoura, ainsi qu'un aga des janissaires.

Vous vous empresserez galement de nommer les deux compagnies.

Je fais nommer l'intendant de chacune des provinces, et l'administration
des finances nommera l'agent franais.

Pour faire l'inventaire des magasins, meubles et maisons des mameloucks,
vous nommerez une commission de trois personnes; vous pouvez les prendre
parmi les ngocians franais tablis  Damiette, tant pour la province
de Damiette, que pour celle de Mansoura.

Votre premier soin sera de prendre toutes les mesures, et de requrir
des chevaux pour monter cent hommes de cavalerie. Vous pouvez demander 
Rosette deux pices de canon de campagne, et vous trouverez dans le pays
les moyens de les atteler.

BONAPARTE.



Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798).

Le gnral en chef Bonaparte, considrant que les femmes des beys et des
mameloucks, errantes aux environs de la ville, deviennent la proie des
Arabes, et mu par la compassion, premier sentiment qui doit animer
l'homme, autorise toutes les femmes des beys et des mameloucks  rentrer
en ville dans les maisons qui sont leur proprit, et leur promet
sret.

Elles seront tenues dans les vingt-quatre heures de leur arrive, de se
faire connatre au citoyen Magallon, et de dclarer leur demeure.

BONAPARTE.



Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798).

_ l'amiral Brueys._

Aprs des marches fatigantes et quelques combats, nous sommes enfin
arrivs au Caire.

J'ai t spcialement content du chef de division Perre, et je l'ai
nomm contre-amiral.

Je suis instruit d'Alexandrie qu'enfin vous avez trouv une passe telle
qu'on pouvait la dsirer, et qu' l'heure qu'il est vous tes dans le
port avec votre escadre.

Vous ne devez avoir aucune inquitude sur les vivres ncessaires  votre
arme.

J'imagine que demain, ou aprs, je recevrai de vos nouvelles et des
nouvelles de France; je n'en ai point reu depuis mon dpart.

Ds que j'aurai reu une lettre de vous, qui me fasse connatre ce que
vous aurez fait et la position o vous tes, je vous ferai passer des
ordres sur ce que nous aurons encore  faire. L'tat-major vous aura
sans doute envoy le dtail de notre affaire des Pyramides.

Je pense que vous avez une frgate sur Damiette: comme j'envoie prendre
possession de cette ville, je vous prie de dire  l'officier qui
commande cette frgate de s'approcher le plus possible et d'entrer en
communication avec nos troupes qui y seront lorsque vous aurez reu
cette lettre.

Faites partir le courrier que je vous envoie pour prendre terre 
l'endroit qui vous paratra le plus convenable, selon les nouvelles que
vous avez des ennemis et selon les vents qui rgnent dans cette saison.

Je dsire que vous puissiez envoyer une frgate qui aurait ordre de
partir quarante-huit heures aprs son arrive, dans les ports, soit de
Malte, soit d'Aucune, en lui recommandant de nous apporter les gazettes
et nouvelles qu'elle recevrait des agens franais.

J'ai fait filer sur Alexandrie une grande quantit de denres, pour
solder le nolis des btimens de transport.

Mille choses  Ganteaume et  Casa-Bianca.

Faites bien garder Coram; c'est un coquin qui nous a tromps: s'il ne
nous donne pas les cent mille cus que je lui ai demands, je lui ferai
couper la tte.

BONAPARTE.



Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).

_Au commissaire ordonnateur._

Je vous fais passer, citoyen ordonnateur, diffrentes impositions que je
viens de frapper sur Rosette, Alexandrie et Damiette. Le tiers de ces
impositions sera affect au service de ces places; donnez vos ordres aux
commissaires des guerres pour leur rpartition; le deuxime tiers sera
affect  la solde des troupes, et enfin l'autre tiers  l'ordonnateur
Leroi.

BONAPARTE.



Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).

_Au citoyen Leroi._

Je donne l'ordre au gnral Klber de percevoir diffrentes
contributions  Alexandrie, montant  600,000 fr.

Le tiers sera  votre disposition pour le service de la marine, le
deuxime tiers est destin  la solde de l'arme, et le troisime
tiers est  la disposition de l'ordonnateur en chef pour les frais
d'administration d'arme.

Je donne ordre au gnral Vial de percevoir  Damiette une contribution
de 150,

BONAPARTE.



Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).

_ l'amiral Brueys._

D'aprs tous les relevs, il me parat que l'escadre anglaise a pass le
dtroit le 12 prairial, est arrive devant Toulon le 23, devant Naples
le 29, devant Alexandrie le 9 messidor.

BONAPARTE.



Au Caire, le 11 thermidor an 6 (30 juillet 1798).

_Au gnral Klber._

Je vous prie, citoyen gnral, d'organiser la place d'Alexandrie: ds
l'instant que tous les officiers seront organiss et que vos blessures
seront cicatrises, vous pourrez rejoindre l'arme.

Vous sentez que votre prsence est encore ncessaire dans cette place
une quinzaine de jours.

BONAPARTE.



Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).

_Au mme._

Je viens de recevoir tout  la fois vos lettres depuis le 22 messidor
jusqu'au 3 thermidor. La conduite que vous avez tenue est celle qu'il
fallait tenir.

Je vous ai envoy, avant-hier, l'ordre pour l'organisation de la
province d'Alexandrie: ainsi nommez pour composer le divan, l'aga et
les commissaires, les hommes les plus attachs aux Franais et les plus
ennemis des beys. Non-seulement j'approuve l'arrestation de Coram, mais
vous verrez par l'ordre ci-joint que j'ordonne encore celle de plusieurs
autres individus.

La chose que nous avions le plus  craindre, c'tait d'tre prcds par
la terreur qui n'existait dj que trop et qui nous aurait exposs dans
chaque bicoque,  des scnes pareilles  celles d'Alexandrie. Tous
ces gens-ci pouvaient penser que nous venions dans le mme esprit que
Saint-Louis, et qu'ils portent eux-mmes lorsqu'il entrent dans les
tats chrtiens; mais aujourd'hui les circonstances sont tout opposes.
Ce n'est plus ce que nous ferons  Alexandrie qui fixera notre
rputation, mais ce que nous ferons au Caire: d'ailleurs rpandus sur
tous les points, nous sommes parfaitement connus.

Il parat que vous tes peu satisfait de la soixante-neuvime
demi-brigade: faites connatre au chef que si sa demi-brigade ne va pas
mieux, on le destituera.

Vous trouverez ci-joint diffrens ordres; vous les ferez publier l'un
aprs l'autre, et vous veillerez surtout  leur excution. Ce n'est que
par ces moyens-l que nous avons pu trouver quelque chose au Caire.

BONAPARTE.



Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).

_ l'amiral Brueys._

Je reois  l'instant et tout  la fois vos lettres depuis le 25
messidor jusqu'au 8 thermidor. Les nouvelles que je reois d'Alexandrie
sur le succs des sondes, me font esprer qu' l'heure qu'il est, vous
serez entr dans le port. Je pense aussi que _le Causse_ et _le Dubois_
sont arms en guerre de manire  pouvoir se trouver en ligne, si
vous tiez attaqu; car enfin deux vaisseaux de plus ne sont point 
ngliger.

Le contre-amiral Perre sera pour long-temps ncessaire sur le Nil,
qu'il commence  connatre. Je ne vois pas d'inconvnient  ce que vous
donniez le commandement de son vaisseau au citoyen ... Faites l-dessus
ce qu'il convient.

Je vous ai crit le 9, je vous ai envoy copie de tous les ordres que
j'ai donns pour l'approvisionnement de l'escadre; j'imagine qu'
l'heure qu'il est, les cinquante bateaux chargs de vivres sont arrivs.
Nous avons ici une besogne immense; c'est un chaos  dbrouiller et
 organiser qui n'eut jamais d'gal. Nous avons du bl, du riz, des
lgumes en abondance. Nous cherchons et nous commenons  trouver de
l'argent; mais tout cela est environn de travail, de peines et de
difficults.

Vous trouverez ci-joint un ordre pour Damiette, envoyez-le par un aviso,
qui, avant d'entrer, s'informera si nos troupes y sont. Elles sont
parties pour s'y rendre il y a trois jours, en barques sur le Nil: ainsi
elles seront arrives lorsque vous recevrez cette lettre; envoyez-y
un des sous-commissaires de l'escadre pour surveiller l'excution de
l'ordre.

Je vais encore faire partir une trentaine de btimens chargs de bl
pour votre escadre.

Toute la conduite des Anglais porte  croire qu'ils sont infrieurs
en nombre, et qu'ils se contentent de bloquer Malte et d'empcher les
subsistances d'y arriver. Quoi qu'il en soit il faut bien vite entrer
dans le port d'Alexandrie, ou vous approvisionner promptement de riz, de
bl, que je vous envoie, et vous transporter dans le port de Corfou; car
il est indispensable que jusqu' ce que tout ceci se dcide, vous vous
trouviez dans une position  porte d'en imposer  la Porte. Dans le
second cas, vous aurez soin que tous les vaisseaux, frgates vnitiennes
et franaises qui peuvent nous servir, restent  Alexandrie.

BONAPARTE.



Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).

_Au commissaire ordonnateur en chef._

Les pailles arrivent continuellement au Caire lors de l'inondation du
Nil, parce qu'alors le transport devient trs-facile.

Les provinces les plus riches de l'gypte sont dans ce moment occupes
par nos troupes; je crois que vous avez un commissaire dans la province
de Menoufi o commande le gnral Zayonscheck. Envoyez-en un dans la
province de Klioubeh o commande le gnral Murat, un dans la province
de Giza o commande le gnral Blijard, et un dans la province de
Mansoura et Damiette, o commande le gnral Vial, et un dans la
province de Bahhir, o commande le gnral Dumuy.

Dans chacune de ces provinces, il y a un commandant franais, une
commission administrative du pays ou divan, un intendant cophte, un
agent franais prs l'intendant, et enfin une commission, pour faire
dans chaque province l'inventaire des biens des mameloucks. En envoyant
des commissaires de guerre dans ces diffrentes provinces, il vous sera
facile de faire venir au Caire les approvisionnemens du pays.

Je vous envoie copie des ordres que j'ai donns, soit pour les
approvisionnemens, soit pour l'organisation du pays. J'ai aussi ordonn
 l'tat-major gnral de vous envoyer une carte avec les divisions des
diffrentes provinces.

BONAPARTE.



Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ayant des preuves de trahison de Sidi
Mohamed-el-Coram qu'il avait combl de bienfaits, ordonne:

ART 1er. Sidi Mohamed-el-Coram paiera une contribution de 300,000 fr.

2.  dfaut par lui d'acquitter ladite contribution cinq jours aprs la
publication du prsent ordre, il aura la tte tranche.

BONAPARTE.



Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).

_Au gnral Menou._

Je vous fais passer, citoyen gnral, un ordre pour lever une
contribution de 100,000 fr. sur les habitans de Rosette. Le tiers de
cette contribution sera destin  l'ordonnateur en chef, pour les
dpenses de l'administration, et les deux autres tiers  la solde des
troupes.

BONAPARTE.



Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).

_Au gnral Zayonscheck._

Je donne ordre, citoyen gnral, pour qu'on tablisse  Menouf un
hpital de cinquante lits, et qu'on y construise deux fours. Voyez 
faire tout ce qui sera possible pour activer cette opration.

Vous avez d recevoir hier les ordres pour l'organisation de votre
province. Il faut que vous traitiez les Turcs avec la plus grande
svrit; tous les jours ici je fais couper trois ttes et les promener
dans le Caire: c'est le seul moyen de venir a bout de ces gens-ci.

Veillez surtout a l'entier dsarmement du pays.

Faites-moi faire, par un officier du gnie ou de l'tat-major, un
croquis de toutes les provinces, avec la situation de tous les
villages, et des renseignemens gnraux sur leur population, et ce que
produisaient le miri, le seddan et autres impositions.

Prenez tous les moyens pour monter votre cavalerie; avec les chevaux,
prenez les selles, et faites faire par vos commissions, un inventaire
exact et prompt de tous les biens appartenans aux mameloucks.

Faites-moi connatre quelles sont les ressources pcuniaires que nous
offre votre province.

Je vous envoie une grande quantit de proclamations que vous rpandrez
dans la province; je dsire que vous vous mettiez en correspondance avec
le gnral Murat, qui commande la province de Kelioubeh.

Il me serait facile de vous procurer deux pices de canon, si vous
trouviez dans le pays des moyens de les atteler. Je vous les enverrais
sur des bateaux jusqu'au point de dbarquement o vous les feriez
prendre.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART 1er. Tous les propritaires de l'gypte sont confirms dans leurs
proprits.

2. Les fondations pieuses affectes aux mosques, et spcialement 
celles de Mdine et de la Mecque, sont confirmes comme par le pass.

3. Toutes les transactions civiles continueront  avoir lieu comme par
le pass.

4. La justice civile sera administre comme par le pass.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798).

_Au gnral Menou._

Votre prsence est encore ncessaire, citoyen gnral,  Rosette pendant
quelques jours, pour l'organisation de cette province; les Turcs ne
peuvent se conduire que par la plus grande svrit; tous les jours je
fais couper cinq ou six ttes dans les rues du Caire. Nous avons d les
mnager jusqu' prsent pour dtruire cette rputation de terreur qui
nous prcdait: aujourd'hui, au contraire, il faut prendre le ton qui
convient pour que ces peuples obissent; et obir, pour eux, c'est
craindre.

Je vous ai envoy, par mon dernier courrier, des ordres pour
l'organisation du divan, de l'aga d'une compagnie de soixante hommes
turcs pour la police.

Il serait ncessaire que la commission charge de faire l'inventaire des
biens des mameloucks envoyt ses tats  l'ordonnateur.

Faites-nous passer avec la plus grande promptitude des nouvelles de
l'amiral et de l'escadre.

Ordonnez au commandant d'artillerie d'envoyer prendre  Alexandrie deux
ou trois grosses pices d'artillerie, pour les placer  l'embouchure du
Nil, et empcher les chaloupes anglaises de nous insulter.

BONAPARTE.



Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aot 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Tous les effets et esclaves appartenans  la femme de
Mourad-Bey et aux femmes des mameloucks qui composaient sa maison, leur
seront laisss en pleine proprit.

2. La femme de Mourad-Bey versera dans la caisse du payeur de l'arme
600,000 fr., dont 100,000 fr. demain, et le restant 50,000 fr. par jour.

3.  dfaut d'effectuer lesdits paiemens, tous les esclaves et biens
appartenans aux femmes des mameloucks de la maison de Mourad-Bey, seront
regards comme proprits nationales; il sera seulement laiss  la
femme de Mourad-Bey les meubles de l'appartement qu'elle occupe et six
esclaves pour la servir.

BONAPARTE.



Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aot 1798).

_Au citoyen Rosetti._

Vous vous rendrez secrtement, citoyen, auprs de Mourad-Bey: vous lui
direz que vous m'avez prsent l'homme qu'il avait envoy; que cet
homme, par des paroles indiscrtes, des discours verbeux et faux,
n'tait parvenu qu' m'indisposer davantage contre lui: mais que j'ai
compris que le moment pouvait venir o il ft de mon intrt de me
servir de Mourad-Bey comme de mon bras droit, et que je consentais 
ce qu'il conservt la province de Girg, dans laquelle il devrait se
retirer dans l'espace de cinq jours, et que, de mon ct, je n'y ferais
point entrer de troupes; vous lui direz que, ce premier arrangement
fait, il sera possible, en le connaissant mieux, que je lui fasse de
plus grands avantages, et vous signerez de suite un trait en franais
et en arabe, conu  peu prs en ces termes:

ART 1er. Mourad-Bey conservera avec lui cinq ou six cents hommes 
cheval, avec lesquels il gouvernera la province de Girg, depuis les
cataractes jusqu' une demi-lieue plus bas que Girg, et la maintiendra
 l'abri des Arabes.

2. Il se reconnatra dans le gouvernement de ladite province, dpendant
de la France. Il paiera  l'administration de l'arme le miri que cette
province payait.

3. Le gnral s'engage de son ct  ne faire entrer aucune troupe dans
la province de Girg, et  en laisser le gouvernement  Mourad-Bey.

4. Mourad-Bey sera rendu au-del de Girg, dans l'espace de cinq jours.
Aucun de ses gens n'en pourra sortir pour entrer dans les limites d'une
autre province sans une permission du gnral.

BONAPARTE.



Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aot 1798).

_Pouvoirs au citoyen Rosetti._

Le gnral en chef, mu par les sentimens d'humanit qui l'ont toujours
anim, donne au citoyen Rosetti les pleins pouvoirs pour ngocier avec
Mourad-Bey, conclure et signer avec lui une convention qui mette fin aux
hostilits.

BONAPARTE.



Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aot 1798).

_Au gnral Klber._

Ceux qui m'ont donn des preuves de la trahison de Coram, m'ont assur
que son argent est dans une citerne; qu'il a un registre particulier
o est le dtail de toutes ses affaires; qu'il y a plusieurs de ses
domestiques qui sont au fait de tout.

J'ordonne en consquence  l'amiral Brueys de faire arrter tous les
domestiques qu'il a avec lui et de vous les envoyer; faites galement
arrter tous ceux qu'il a dans sa maison, et faites-y mettre les scells
par la commission, ainsi que sur tous ses biens.

Faites interroger sparment avec de fortes menaces ses domestiques.

S'il paie dans les huit jours les 300,000 fr., mon intention est qu'on
le retienne comme prisonnier  bord d'un des btimens de l'escadre, de
manire qu'il ne puisse s'chapper, dsirant le faire passer en France
par une occasion sre. S'il n'a pas, dans les cinq jours, pay au moins
le tiers de la contribution  laquelle il est impos, vous donnerez
l'ordre qu'on le fasse fusiller.

Je vous envoie copie de la lettre que j'cris  l'amiral Brueys.

BONAPARTE.



Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aot 1798).

_ l'amiral Brueys._

Depuis que je vous ai crit, j'ai acquis de nouvelles preuves de la
trahison de Coram: vous voudrez bien le faire mettre aux fers et
prendre toutes les prcautions pour qu'il ne vous chappe pas.

Vous ferez arrter tous les domestiques et autres individus qu'il aurait
avec lui, que vous enverrez sous bonne escorte  Alexandrie,  la
disposition du gnral Klber.

BONAPARTE.



Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aot 1798).

Bonaparte, gnral en chef,

Voyant avec dplaisir que le versement d'argent que doivent faire les
Cophtes et les ngocians de caf et de Damas ne s'effectue qu'avec la
plus grande lenteur, charge le citoyen Magallon de leur dclarer que les
60,000 talaris que doivent payer les Cophtes, seront livrs dans six
jours,  raison de 10,000 talaris par jour.

Les 130,000 mille talaris que doivent les ngocians de caf, seront
pays  raison de 22,000 par jour; les 35,275 que doivent les ngocians
de Damas, seront galement pays en six jours,  raison de 5,878 par
jour.

BONAPARTE.



Au Caire, le 15 thermidor an 6 (3 aot 1798).

_ l'ordonnateur en chef._

Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un ordre pour la poste.

Les individus de l'arme paieront leurs ports de lettres conformment 
l'usage tabli en France; mais le directeur de la poste versera, toutes
les dcades, l'tat des sommes qu'il aura reues; nous en serons
responsables, s'il est ncessaire,  l'administration des postes, et
cela sera un revenu pour l'arme.

Vous aurez soin, pour ce moment, de commencer par organiser les bureaux
du Caire, d'Alexandrie, de Rosette et de Damiette.

Ds que ceux-l seront tablis, vous formerez les quatre autres.
Cependant, comme il est indispensable que nous communiquions avec
Menouf, lorsque le bateau qui va  Rosette sera arriv au village de
Genid, il remettra le paquet qui sera pour Menouf. Il y aura  ce
village un dtachement qui sera charg de le porter  Menouf.

BONAPARTE.



Au Caire, le 15 thermidor an 6 (2 aot 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1er. Les citoyens Berthollet, Monge et le gnral du gnie se
concerteront pour choisir une maison dans laquelle on puisse tablir une
imprimerie franaise et arabe, un laboratoire de chimie, un cabinet de
physique, et, s'il est possible, un observatoire.

Il y aura une salle pour l'Institut.

2. Ils me prsenteront un projet pour l'organisation de ladite maison
avec un tat de dpenses.

3. Je dsirerais que cette maison ft situe sur la place Elbekieh ou le
plus prs possible.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aot 1798).

_Au gnral Chabot, gouverneur de Corfou et des les de la mer
Ionienne._

C'est avec le plus grand plaisir, citoyen gnral, que j'ai appris de
vos nouvelles; on nous avait beaucoup alarms sur votre sret.

L'tat-major vous aura fait part des vnemens militaires qui ont eu
lieu ici. Nous sommes enfin au grand Caire et matres de toute l'gypte.

Il est indispensable que vous nous fassiez passer, par tout les moyens
possibles, la plus grande quantit de vins, eau-de-vie, raisins secs
et bois. Ce sont des objets dont vous savez que l'gypte manque
entirement; les ngocians porteront en retour, du caf, du sucre, de
l'indigo, du bl, du riz et toute espce de marchandises des Indes.

Tenez-moi instruit de toutes les nouvelles que vous avez des affaires
des Turcs, et surtout de Passwan-Oglou.

Le premier bataillon de la soixante-neuvime demi-brigade a reu un
ordre positif de partir lorsque je quittai Toulon; je ne doute donc pas
qu'en ce moment il ne soit arriv.

Ds l'instant que ce pays sera organis et les impositions assises, je
vous enverrai 300,000 fr. qui paraissent ncessaires pour votre solde;
mais comme il me sera beaucoup plus facile de vous envoyer des bls,
du riz, etc., je vous prie de former une compagnie de dix ou douze
ngocians des plus riches; qu'ils chargent plusieurs btimens, qu'ils
m'expdient des bois, du vin, des eaux-de-vie, etc., ils seront pays en
change avec des marchandises du pays. Ils enverront un commissaire avec
une lettre de vous, et je leur donnerai en surplus pour 3 ou 400,000 fr.
de marchandises qu'il vous solderont.

Je vous envoie un ordre qu'il est bien ncessaire d'excuter
ponctuellement pour l'approvisionnement de l'escadre. Comme ici nous
manquons de bois, je dsire que vous fassiez beaucoup de biscuit 
Corfou, afin que nous ayons toujours un point o nous puissions puiser
et ravitailler notre escadre toutes les fois que nous en aurons besoin:
je compte sur votre zle. Vous pouvez tirer, pour la confection, pour
50,000 fr. de lettres de change sur le payeur au Caire. Elles seront
soldes, soit en marchandises, soit en argent, comme le ngociant le
dsirera. Incessamment je vous enverrai, par la premire occasion, du
bl et du riz pour votre approvisionnement.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aot 1798).

_Au citoyen Rhullires, commissaire du directoire excutif franais 
Corfou et dans les les Ioniennes._

J'ai reu  Paris les diffrentes lettres que vous m'avez crites
 votre arrive  Zante. Je viens d'en recevoir une, en date du 13
messidor, de Corfou. L'tat-major vous aura instruit des diffrentes
batailles que nous avons livres aux mameloucks et des succs complets
qu'a obtenus l'arme de la rpublique.  la bataille des Pyramides, nous
leurs avons pris soixante ou quatre-vingt pices de canon, et tu plus
de dix mille hommes de cavalerie d'lite; nous sommes au Caire depuis
une douzaine de jours et en possession de presque toute l'gypte. Il
nous manque ici trois choses, le vin, l'eau-de-vie et le bois  brler.
Faites faire, avec la plus grande quantit que vous aurez de raisins
secs, de l'eau-de-vie; les ngocians porteront en retour le bl, le
sucre, l'indigo, le riz, les marchandises des Indes et le caf. C'est un
vrai service  rendre  la rpublique, que d'employer l'influence que
vous avez par votre place,  activer le commerce de Zante avec l'gypte.
Continuez  bien mriter de ces peuples par votre conduite sage et
philantrophique, et croyez au dsir vrai que j'ai de vous donner des
preuves de l'estime et de l'amiti que vous savez que je vous porte.
Soit en gypte, soit en France, soit ailleurs, vous pouvez compter sur
moi.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aot 1798).

_ l'amiral Brueys._

Je vous envoie, citoyen amiral, la lettre que je reois de Corfou; je
vous prie de me faire connatre quand le btiment charg de bois sera
arriv.

Peut-tre jugez-vous galement ncessaire d'envoyer deux ou trois
btimens de transport pour continuer lesdits chargemens de bois, tant
pour la flotte que pour Alexandrie.

Le gnral Chabot me mande que _le Fortunatus_ escorte plusieurs
btimens chargs de bois; moyennant cela, vous serez dans le cas de ne
pas prendre les quinze cents quintaux de bois que je vous ai accords 
Rosette et dont nous avons plus grand besoin au Caire.

Je vous fais passer un nouvel ordre pour l'approvisionnement de
l'escadre.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aot 1798).

_ l'administration centrale de Corcyre (Corfou.)_

Tous les renseignemens qui me sont donns sur la conduite de votre
dpartement, font l'loge de ses administrateurs. Les nouveaux
tablissemens de la France doivent d'autant plus accrotre votre
commerce, et vous ouvrir une nouvelle source de richesse et de
prosprit.

Faites connatre aux ngocians qu'ils trouveront ici des bls, du riz,
du caf, des marchandises des Indes, du sucre en abondance, et que je
dsire qu'en change, ils portent  Alexandrie du bois  brler, des
bois de construction, des vins, des eaux-de-vie: ce sont les principales
choses qui manquent  ce beau pays.

Croyez au dsir que j'ai de vous donner des preuves du vif intrt que
je prends  votre tranquillit.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aot 1798).

_ Georgio Gioari, intendant gnral de l'gypte._

Vos fonctions doivent se borner  l'organisation des revenus de
l'gypte,  une correspondance suivie avec les intendans particuliers
des provinces, avec le gnral en chef et l'ordonnateur en chef de
l'arme. Vous vous ferez aider dans ces travaux par le moalleim Fretaou.
Ainsi donc, vous chargerez, de ma part, les moalleims Malati, Anfourni,
Hanin et Faudus, de la recette de la somme que j'ai demande  la nation
cophte. Je vois avec dplaisir qu'il reste encore en arrire 50,000
talaris, je veux qu'ils soient rentrs, dans cinq jours, dans la caisse
du payeur de l'arme. Vous pouvez assurer les Cophtes que je les
placerai d'une manire convenable lorsque les circonstances le
permettront.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aot 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

ART. 1. L'or ou l'argent monnoy, tous les objets d'or et d'argent,
tous les lingots, les schals de valeur, les tapis brods en or qui se
trouvent dans les magasins gnraux, seront enferms dans des caisses
sur lesquelles seront apposs les scells du payeur de l'arme, de
l'tat-major gnral et de la commission charge de l'inventaire.
Lesdites caisses seront transportes dans le logement du payeur
de l'arme; l'inventaire sera remis  l'ordonnateur en chef et 
l'administrateur des finances.

2. Tous les objets ncessaires  la subsistance de l'arme seront remis
de suite  la disposition de l'ordonnateur en chef; la commission tirera
un reu du garde-magasin auquel elle remettra lesdites denres.

3. Tous les cinq jours, l'ordonnateur en chef, assist d'un officier
de l'tat-major, de l'administrateur des finances ou d'un membre de la
commission provisoire, et des agens en chef de chaque service, feront
une tourne dans les magasins gnraux et affecteront aux hpitaux, aux
transports,  l'habillement, tout ce qui peut leur tre utile; mais les
garde-magasins des magasins gnraux ne livreront rien qu'aprs avoir
dress un inventaire circonstanci, et tir un reu des garde-magasins
d'administration auxquels ils livreront lesdits objets.

4. Il sera form une compagnie de commerce,  laquelle seront vendus
tous les effets qui se trouveraient dans les magasins gnraux, et qui
ne seraient pas essentiels au service de l'arme.

L'ordonnateur en chef me remettra un rglement sur la manire de former
cette compagnie et de procder avec elle.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aot 1798).

_Au commandant de la place du Caire._

Vous requerrez, citoyen gnral, deux moines de Terre-Sainte pour tre
toujours de planton  l'hpital, afin de servir d'interprtes et de
soigner les malades.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aot 1798).

_Aux gnraux de l'artillerie et du gnie._

Je vous prie, citoyen gnral, de vouloir bien me faire connatre
combien de temps il vous faudrait pour faire abattre toutes les portes
qui barricadent les diffrens quartiers de la ville et en faire
transporter le bois pour le service de votre arme; vous pourriez
partager la besogne avec le gnie, l'artillerie; je dsirerais qu'on pt
commencer ds demain: j'en donnerai l'ordre aussitt que j'aurai reu
votre rponse.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aot 1798).

_ l'ordonnateur en chef._

L'hpital du grand Caire manque d'eau, d'eau-de-vie, et de toute espce
de mdicamens. Je vous prie de vouloir bien me rendre compte si le
pharmacien en chef a trouv au Caire de quoi l'approvisionner.

Je vous prie d'ordonner que les officiers soient mis dans des chambres
spares, et qu'il leur soit fourni tout ce qui leur est ncessaire.
Vous sentez que cela est d'autant plus essentiel dans un pays o tout
homme malade est oblig d'aller  l'hpital.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aot 1798).

_Au gnral Berthier._

Je vous prie, citoyen gnral, de vouloir bien faire vrifier en
prsence d'un officier de l'tat-major, combien un chameau porte d'eau
dans les outres ordinaires.

BONAPARTE.



Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 aot 1798).

_Au consul de la rpublique  Tripoli._

Je profite du passage de la caravane pour vous faire part du succs de
la rpublique  la bataille des Pyramides, o nous avons tu plus de
deux mille mameloucks. Je dsire que vous fassiez connatre au bey de
cette rgence, que la rpublique franaise continuera  vivre en bonne
intelligence avec lui, comme elle l'a fait par le pass. Tous les sujets
du bey seront galement protgs en gypte; j'espre que de son ct,
il se comportera envers la rpublique avec tous les gards qui lui sont
dus. Faites-moi part de toutes les nouvelles que vous pourriez avoir
dans la Mditerrane.

BONAPARTE.



Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 aot 1798).

_Au gnral Zaionscheck._

Vous avez bien fait, citoyen gnral, de faire fusiller cinq hommes des
villages qui s'taient rvolts: je dsire fort apprendre que vous avez
mont notre cavalerie. Le moyen le plus court, je crois, est celui-ci:
ordonnez que chaque village vous fournisse deux bons chevaux. Il ne faut
pas en recevoir de mauvais, et les villages qui, cinq jours aprs la
proclamation de votre ordre, ne les auront pas fournis, seront condamns
 payer mille talaris d'amende. C'est un moyen infaillible, expditif,
d'avoir les six cents chevaux qui vous seront ncessaires. En requrant
les chevaux, requrez les brides et selles, afin d'avoir tout de suite
un corps de cavalerie  votre disposition: c'est le seul moyen d'tre
matre de ce pays.

Vous pouvez garder sans inconvniens le chef de bataillon du gnie
Lazowski, qui vous est ncessaire.

Le gnral Fugires, avec un bataillon de la dix-huitime, part demain
ou ce soir pour Mehal-el-Kebir; il passe par Klioub, et il se rendra
 Menouf, o il arrivera probablement le 21: j'ai donn l'ordre qu'on
embarqut sur une djerme, du pain pour ce bataillon, pour quatre ou cinq
jours; il se rendra jusqu' ..., d'o l'officier qui escorte ces djermes
fera partir ce pain  Menouf. Cependant, si vos fours sont achevs, il
serait essentiel que vous fissiez prparer du pain pour ce bataillon.
J'ai donn ordre  ce bataillon de sjourner deux jours  Menouf. Vous
en profiterez pour oprer le dsarmement et tous les actes difficiles.

 mesure que vous aurez des chevaux, donnez-les aux diffrens
dtachemens de dragons qui sont sous vos ordres, en tirant des reus des
officiers.

BONAPARTE.



Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 aot 1798).

_Au gnral Dupuis._

Je viens d'crire au divan pour qu'il fasse faire une distribution de
bl pour les pauvres de la grande mosque.

Il faudra se servir des magasins qui sont  Boulac et  Gizeh,
appartenans  ..., attendu qu'un seul magasin ne suffirait pas pour
contenir tous les effets provenant des maisons des mameloucks. J'ai
ordonn qu'un magasin servirait  deux commissions, tout comme une
commission doit faire la visite dans deux arrondissemens.

Une grande vigilance est plus ncessaire pour la tranquillit de la
place, qu'une grande dissmination de troupes; quelques officiers
de service qui courent la ville, quelques sergens de planton qui se
croisent sur des nes, quelques adjudans-majors qui visitent les
endroits les plus essentiels, quelques Francs qui se faufilent dans les
marchs et les diffrens quartiers, et quelques compagnies de rserve
pour pouvoir envoyer dans les endroits o il y aurait quelque trouble,
sont plus utiles et fatiguent moins que des gardes fixes sur des places
et dans les carrefours. Si ce n'tait la surveillance  exercer sur les
maisons de mameloucks, quatre cents hommes d'infanterie et cinquante
de cavalerie suffiraient pour le service de la place: en mettant trois
cents hommes pour le service des mameloucks, cela exige quinze cents
hommes. Je pense que deux mille hommes de garnison sont suffisans ici;
faites-moi remettre l'tat des postes que vous occupez, et de tout le
service en dtail.

BONAPARTE.



Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 aot 1798).

_Au commissaire ordonnateur en chef._

Il m'a t prsent plusieurs tats signs par des commissaires des
guerres, o ils paraissent lgaliser des abus videns et des prtentions
peu fondes.

Je vous prie de leur crire pour leur faire sentir combien ils sont
coupables, lorsqu'ils s'loignent de ce que la loi prescrit. J'ai vu
un tat o le commissaire des guerres demande une indemnit pour non
fourniture de vin.

Je vous prie de faire un rglement pour ce qui est accord par mois aux
demi-brigades et aux rgimens, pour leur entretien.

Les corps doivent toucher les sommes qui leur reviennent pour
l'entretien pendant le temps qu'ils ont t embarqus.

Les corps de cavalerie qui n'ont qu'un cinquime des hommes monts,
doivent-ils toucher une somme qui est juge ncessaire pour un rgiment
de huit cents chevaux?

BONAPARTE.



Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 aot 1798).

_Au gnral Reynier._

Vous partirez, citoyen gnral, avec le restant de votre division
pour vous rendre au village de El-Hanka, o se trouve dj le gnral
Leclerc.

L'tat-major a d vous donner l'ordre de partir avec six jours de
vivres, mais ils ne seront probablement pas prts, et, si vous les
attendez, ils retarderaient considrablement votre marche. Laissez votre
commissaire des guerres et le troisime bataillon de la neuvime, afin
qu'ils vous conduisent des vivres ds l'instant qu'ils seront livrs. Ne
partez pas au moins avant que la division n'ait son pain pour la journe
de demain.

Le gnral Leclerc a dj fait construire un four, faites-en construire
deux autres.

Les villages environnans, qui sont extrmement riches, vous fourniront
de la farine, de la viande et des lgumes pour votre division;
indpendamment de cela, j'ordonne qu'on vous complette vos six jours de
vivres et qu'on vous en fasse passer une plus grande quantit.

Plusieurs scheicks sont runis  Belbeis, avec Ibrahim-Bey, et l'on
pense que demain la caravane y sera arrive; c'est ce qui m'a fait juger
votre prsence ncessaire  El-Hanka, o, selon le rapport que l'on m'a
fait, vous vous trouverez juste  un jour de chemin du Caire  Belbeis.

Le gnral Leclerc a men avec lui une certaine quantit de chameaux
pour porter des vivres. Il est indispensable qu'il les renvoie, ainsi
que tous ceux qui vous porteront des vivres, afin de pouvoir continuer.

Vous vous trouverez  El-Hanka au milieu de plusieurs tribus d'Arabes.
Faites ce qu'il vous sera possible pour leur faire entendre qu'ils n'ont
rien  gagner  nous faire la guerre, pour qu'ils nous envoient des
dputations, et pour qu'ils vivent tranquilles sans nous attaquer; vous
leur enverrez de mes proclamations.

Vous vous tiendrez en garde contre les attaques que vous pourrait faire
Ibrahim-Bey. Vous vous retrancherez dans le village de manire  tre 
l'abri de toute insulte, et une heure avant le jour, vous ferez faire
des reconnaissances, afin d'tre prvenu et de pouvoir me prvenir aussi
avant que la cavalerie ne soit sur vous.

Vous interrogerez en dtail tous les hommes qui viendraient de Belbeis
ou de Syrie, et vous m'enverrez leurs rapports. Si la caravane se
prsentait pour venir, vous l'accueillerez de votre mieux; mais vous
ne dissimulerez pas au boy qui l'escorte, s'il y tait encore, que mon
intention est, comme je le lui ai fait crire, qu'arrivs  la Coub,
les mameloucks livrent leurs armes et leurs chevaux, except lui et les
siens.

Je n'attends, pour me mettre en marche et me porter  Belbeis, que la
construction de vos trois fours, et l'tablissement d'une boulangerie 
El-Hanka; je vous recommande de veiller spcialement  la formation de
vos magasins de subsistances  El-Hanka, d'y faire runir le plus de
lgumes, bl et riz, qu'il vous sera possible.

Je dsire aussi que vous employiez les deux ou trois jours que vous
resterez  El-Hanka,  vous retrancher en crnelant quelques maisons, en
creusant quelques fosss. Mon intention est de faire occuper toujours ce
village par un bataillon.

BONAPARTE.



Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 aot 1798).

_Au gnral Dugua._

Le gnral Murat me mande de Mdi, qu'il a entendu quelque canonnade 
une lieue en avant de lui, et qu'il est parti avec le bataillon qu'il
commande pour connatre ce que c'tait.

Je dsire que vous me fassiez partir un bataillon de la
soixante-quinzime, qui se rendra avec une pice de canon jusqu'
Klioubeh, o est le gnral Murat. Si, en route, il apprenait que le
gnral Murat est rentr  son poste, et qu'il n'y a rien de nouveau,
il rentrera au camp; s'il n'apprend rien en route, il se rendra 
Klioubeh, o il restera pendant la journe, et reviendra le lendemain
matin,  moins que le gnral Murat ne croie avoir des raisons pour le
retenir.

Si le bataillon apprenait en route que le gnral Murat est aux mains
avec l'ennemi, il me renverrait l'officier des guides porteur de la
prsente, pour me faire part des renseignement qu'il aurait recueillis.

Faites commander cette reconnaissance par un homme intelligent. En
partant exactement  deux heures aprs minuit, elle arrivera  cinq
heures  Klioubeh.

BONAPARTE.



Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 aot 1798).

_Au gnral Klber._

Le kyaya du pacha d'Egypte expdie  Constantinople un exprs: je vous
prie, citoyen gnral, de lui donner toutes les facilits ncessaires
pour son passage.

BONAPARTE.



Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 aot 1798).

_ l'ordonnateur en chef._

Je vais partir, citoyen ordonnateur, pour me porter  vingt-cinq lieues
d'ici vers la Syrie.

Moyennant les diffrens envois de farine que je vous ai demands,
et ceux que l'tat-major ordonne, nous serons en mesure pour les
subsistances; mais je vous prie de veiller  ce qu'on nous fasse les
envois demain, comme je le demande, de cinquante quintaux de riz, et
autant aprs-demain, ainsi que de dix-huit cents rations de pain.

La police de la ville exigerait que le bl y ft maintenu  un bon prix.
Un moyen ncessaire serait que vous fissiez vendre tous les jours une
certaine quantit de bl au tarif. Cela nous procurerait de l'argent et
ferait un grand bien  la ville.

Je vous recommande, pendant mon absence, d'avoir en magasin la plus
grande quantit de farine que vous pourrez, et de faire faire, tant 
Boulac qu'au Caire et au vieux Caire, la plus grande quantit possible
de biscuit: les mameloucks en faisaient faire dans la ville de fort
beau. Je dsirerais que vous pussiez passer un march avec les
boulangers de la ville, car il serait essentiel que vous eussiez, d'ici
 dix jours, trois cent mille rations de biscuit. C'est le seul moyen
d'assurer les subsistances dans nos routes et de ne pas mourir de faim
dans nos oprations.

BONAPARTE.



Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 aot 1798).

_Au gnral Desaix._

Je vais m'absenter, citoyen gnral, pour quelques jours de la ville du
Caire.

Je donne ordre au gnral commandant de vous instruire de tous les
mouvemens qui provoqueraient des mesures extraordinaires. Votre
division, dans la position o elle se trouve, a le double but: 1. de
garantir la province de Gizeh; 2. de former une rserve pour le Caire.

La commission provisoire, compose des citoyens Monge, Berthollet et
Magallon, s'adressera  vous pour avoir tous les sauf-conduits qu'elle
jugera  propos d'accorder aux femmes des mameloucks, et moyennant les
traits particuliers qu'elle conclura avec elles.

Vous nommerez quatre officiers pour suivre les quatre commissions
charges de faire les inventaires et de dpouiller les maisons des beys.
Ces officiers me rendront compte tous les jours de la manire dont s'est
faite l'opration; ils doivent d'ailleurs laisser faire entirement les
commissaires. S'ils apercevaient des abus, ils vous les dnonceraient et
vous y apporteriez remde.

Le citoyen Beauvoisin a ordre de vous rendre compte tous les jours de la
sance du divan.

Je donne ordre au commandant de la place de faire partir tous les jours
cinquante ou soixante hommes avec un officier pour me porter de vos
dpches, les siennes, celles de la commission, de l'ordonnateur, et de
l'adjudant-gnral qui reste  l'tat-major.

Par ce moyen, vous vous trouverez instruit de la position des esprits au
Caire, et vous ferez faire  votre division et  la garnison tous les
mouvemens que les circonstances exigeront.

Si un courrier de France arrivait, il faudrait avoir soin de ne me
l'expdier que fortement escort.

BONAPARTE.



Au Caire, le 24 thermidor an 6 (11 aot 1798).

_ Ibrahim-Bey._

La supriorit des forces que je commande ne peut plus tre conteste:
vous voil hors de l'Egypte et oblig de passer le dsert.

Vous pouvez trouver dans ma gnrosit la fortune et le bonheur que le
sort vient de vous ter.

Faites-moi de suite connatre votre intention.

Le pacha du grand-seigneur est avec vous, envoyez-le moi porteur de
votre rponse; je l'accepte volontiers comme mdiateur.

BONAPARTE.



Le 25 thermidor an 6 (12 aot 1798).

  [5]Entrevue de Bonaparte, membre de l'Institut national,
  gnral en chef de l'arme d'Orient, et de plusieurs
  muphtis et imans, dans l'intrieur de la grande pyramide,
  dite pyramide de Chaps.

Cejourd'hui, 25 thermidor de l'an 6 de la rpublique franaise, une et
indivisible, rpondant au 28 de la lune de Mucharem, l'an de l'hgire
1213, le gnral en chef, accompagn de plusieurs officiers de
l'tat-major de l'arme et de plusieurs membres de l'Institut national,
s'est transport  la grande pyramide, dite de Chaps, dans l'intrieur
de laquelle il tait attendu par plusieurs muphtis et imans, chargs de
lui en montrer la construction intrieure.  neuf heures du matin, il
est arriv avec sa suite, sur la croupe des montagnes de Gizeh,
au nord-ouest de Memphis. Aprs avoir visit les cinq pyramides
infrieures, il s'est arrt avec une attention particulire  la
pyramide de Chaps, dont les membres de l'Institut ont  l'instant
dtermin, par des figures trigonomtriques, la hauteur perpendiculaire.

Cette hauteur s'est trouve tre d'environ cent cinquante-cinq mtres
(prs de quatre cent soixante cinq pieds), ce qui est prs du double de
celle des monumens les plus levs de l'Europe[6].

Le gnral et sa suite ayant pntr dans l'intrieur de la pyramide,
ont trouv d'abord un canal de cent pieds de long et de trois pieds de
large, qui les a conduits, par une pente rapide, vers les valles qui
servaient de tombeau au Pharaon qui rigea ce monument. Un second canal
fort dgrad, et remontant vers le sommet de la pyramide, les a mens
successivement sur deux plates-formes, et de l,  une galerie vote,
de la longueur de cent dix-huit pieds, aboutissant au vestibule du
tombeau. C'est une valle vote, d'environ dix-sept pieds de long sur
quinze de large, dans un des murs de laquelle on remarque la place d'une
momie que l'on croit avoir t l'pouse du Pharaon.

On voit dans cette valle la trace des fouilles faites avec violence par
les ordres d'un calife arabe, qui fit ouvrir la pyramide, et qui croyait
que ces lieux recelaient un trsor. L'effet des mmes tentatives se
remarqua dans une seconde salle, perpendiculaire  la premire, et plus
haute de cent pieds, o l'on croit qu'tait le corps du Pharaon.

Cette dernire salle,  laquelle le gnral en chef est enfin parvenu,
est  vote plate, et longue de trente-deux pieds sur seize de large et
dix-neuf de haut. On ignore ce que les Arabes spoliateurs dcouvrirent
dans ce sanctuaire de la pyramide; le gnral n'y a trouv qu'une caisse
de granit, d'environ huit pieds de long sur quatre d'paisseur, qui
renfermait sans doute la momie d'un Pharaon. Il s'est assis sur le bloc
de granit, a fait asseoir  ses cts les muphtis et imans, Suleiman,
Ibrahim et Muhamed, et il a eu avec eux, en prsence de sa suite, la
conversation suivante:

_Bonaparte._ Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Voici
un grand ouvrage de main d'hommes! Quel tait le but de celui qui fit
construire cette pyramide?

_Suleiman._ C'tait un puissant roi d'Egypte, dont on croit que le
nom tait Chaps. Il voulait empcher que des sacrilges ne vinssent
troubler le repos de sa cendre.

_B._ Le grand Cyrus se fit enterrer en plein air, pour que son corps
retournt aux lmens. Penses-tu qu'il ne fit pas mieux? le penses-tu?

_S._ (s'inclinant): Gloire  Dieu,  qui toute gloire est due.

_B._ Honneur  Allah! Quel est le calife qui a fait ouvrir cette
pyramide et troubler la cendre des morts?

_Muhamed._ On croit que c'est le commandeur des croyans Mahmoud, qui
rgnait il y a plusieurs sicles  Bagdad; d'autres disent le renomm
Aaroun-Al-Raschid (Dieu lui fasse paix!) qui croyait y trouver des
trsors; mais quand on fut entr par ses ordres dans cette salle, la
tradition porte qu'on n'y trouva que des momies, et sur le mur cette
inscription en lettres d'or: _l'impie commettra l'iniquit sans fruit,
mais non sans remords._

_B._ Le pain drob par le mchant remplit sa bouche de gravier.

_M._ (s'inclinant): C'est le propos de la sagesse.

_B._ Gloire  Allah. Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu; Mohamed est
son prophte, et je suis de ses amis.

_S._ Salut de paix sur l'envoy de Dieu. Salut aussi sur toi, invincible
gnral, favori de Mohamed.

_B._ Muphti, je te remercie. Le divin Coran fait les dlices de mon
esprit et l'attention de mes yeux. J'aime le Prophte et je compte,
avant qu'il soit peu, aller voir et honorer son tombeau dans la ville
sacre; mais ma mission est auparavant d'exterminer les mameloucks.

_Ibrahim._ Que les anges de la victoire balayent la poussire sur ton
chemin et te couvrent de leurs ailes. Le mamelouck a mrit la mort.

_B._ Il a t frapp et livr aux anges noirs Moukir et Quarkir. Dieu,
de qui tout dpend, a ordonn que sa domination ft dtruite.

_S._ Il tendit la main de la rapine sur les terres, les moissons, les
chevaux de l'Egypte.

_B._ Et sur les esclaves les plus belles, trs-saint muphti. Allah a
dessch sa main. Si l'Egypte est sa ferme, qu'il montr le bail que
Dieu lui a fait; mais Dieu est juste et misricordieux pour le peuple.

_Ib._ O le plus vaillant entre les serviteurs d'Issa[7], Allah t'a fait
suivre de l'ange exterminateur pour dlivrer sa terre d'Egypte.

_B._ Cette terre tait livre  vingt-quatre oppresseurs rebelles au
grand sultan notre alli (que Dieu l'entoure de gloire), et  dix mille
esclaves venus du Caucase et de la Gorgie. Adriel, ange de la mort, a
souffl sur eux; nous sommes venus, et ils ont disparu.

_M._ Noble successeur de Scander[8], honneur  tes armes invincibles et
 la foudre inattendue qui sort du milieu de tes guerriers  cheval[8].

_B._ Crois-tu que cette foudre soit une oeuvre des enfans des hommes? le
crois-tu? Allah l'a fait mettre en mes mains par le gnie de la guerre._

_Ib._ Nous reconnaissons  tes oeuvres, Allah qui t'envoie. Serais-tu
vainqueur si Allah ne l'avait permis? Le Delta et tous les pays voisins
retentissent de tes miracles.

_B._ Un char cleste montera par mes ordres jusqu'au sjour des nues[10]
et la foudre descendra vers la terre le long d'un fil de mtal[11] ds
que je l'aurai command.

_S._ Et le grand serpent sorti du pied de la colonne de Pompe, le jour
de ton entre triomphale  Scanderieh[12], et qui est rest dessch sur
le socle de la colonne, n'est-ce pas encore un prodige opr par ta
main?

_B._ Lumire des fidles, vous tes destins  voir, encore de plus
grandes merveilles; car les jours de la rgnration sont venus.

_Ib._ La divine unit te regarde d'un oeil de prdilection, adorateur
d'Issa, et te rend le soutien des enfans du prophte.

_B._ Mohamed n'a-t-il pas dit: tout homme qui adore Dieu et qui fait de
bonnes oeuvres, quelle que soit sa religion, sera sauv?

_Suleiman, Muhamed, Ibrahim_ (ensemble en s'inclinant): Il l'a dit.

_B._ Et si j'ai tempr par ordre d'en haut l'orgueil du vicaire d'Issa,
en diminuant ses possessions terrestres pour lui amasser des trsors
clestes, dites, n'tait-ce pas pour rendre gloire  Dieu, dont la
misricorde est infinie?

_M._ (d'un air interdit): Le muphti de Rome tait riche et puissant;
mais nous ne sommes que de pauvres muphtis.

_B._ Je le sais: soyez sans crainte; vous avez t pess dans la
balance de Balthazar et vous avez t trouvs lgers. Cette pyramide ne
renfermait donc aucun trsor qui vous ft connu?

_S._ (ses mains sur l'estomac): Aucun, seigneur; nous le jurons par la
cit sainte de la Mecque.

_B._ Malheur, et trois fois malheur  ceux qui recherchent les richesses
prissables, et qui convoitent l'or et l'argent, semblables  la Loue!

_S._ Tu as pargn le vicaire d'Issa et tu l'as trait avec clmence et
bont.

_B._ C'est un vieillard que j'honore (que Dieu accomplisse ses dsirs
quand ils seront rgls par la raison et la vrit); mais il a tort de
condamner au feu ternel tous les Musulmans, et Allah dfend  tous
l'intolrance.

_Ib._ Gloire  Allah et  son prophte qui t'a envoy au milieu de nous
pour rchauffer la foi des faibles et rouvrir aux fidles les portes du
septime ciel.

_B._ Vous l'avez dit, trs-zls muphtis, soyez fidles  Allah, le
souverain matre des sept d'eux merveilleux,  Mohamed son vizir, qui
parcourut tous ces cieux dans une nuit. Soyez amis des Francs, et Allah,
Mohamed et les Francs vous rcompenseront.

_Ib._ Que le prophte lui-mme te fasse asseoir  sa gauche le jour de
la rsurrection, aprs le troisime sou de la trompette.

_B._ Que celui-l coute, qui a des oreilles pour entendre. L'heure
de la rsurrection politique est arrive pour tous les peuples qui
gmissaient dans l'oppression. Muphtis, imans, mullahs, derviches,
kalenders, instruisez le peuple d'Egypte. Encouragez-le  se joindre 
nous pour achever d'anantir les beys et les mameloucks. Favorisez
le commerce des Francs dans vos contres, et leurs entreprises pour
parvenir d'ici  l'ancien pays de Brama. Offrez-leur des entrepts dans
vos ports, et loignez de vous les insulaires d'Albion, maudite entre
les enfans d'Issa; telle est la volont de Mohamed. Les trsors,
l'industrie et l'amiti des Francs seront votre partage, en attendant
que vous montiez au septime ciel, et qu'assis aux cts des houris aux
yeux noirs, toujours jeunes et toujours pucelles, vous vous reposiez 
l'ombre du laba, dont les branches offriront d'elles-mmes aux vrais
Musulmans tout ce qu'ils pourront dsirer.

_S._ (s'inclinant): Tu as parl comme le plus docte des mullahs. Nous
ajoutons foi  tes paroles, nous servirons ta cause, et Dieu nous
entend.

_B._ Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Salut de paix sur
vous, trs-saints muphtis!

Le gnral est alors ressorti, avec sa suite, de la pyramide de Chaps,
et il est retourn au Caire, laissant les autres membres de l'institut
national occups  terminer leurs Observations.


[Footnote 5: Ce morceau a t publi dans le no. LXVII du Moniteur, le
7 frimaire an VII (27 novembre 1798). Quoique son authenticit ait t
discute, nous n'avons pas cru devoir omettre une pice aussi curieuse
et qui donne une si juste ide du caractre de Bonaparte et des moyens
qu'il employait avec tant d'habilet pour rapper l'imagination dj si
irritable des habitans de l'Egypte.]

[Footnote 6: Cette assertion n'est pas exacte. La flche de Strasbourg,
qui est le monument le plus lev de l'Europe, a quatre cent vingt-huit
pieds quatre pouces, on  peu prs cent trente-huit mtres de hauteur, y
compris la croix. Saint-Pierre de Rome, au-dessus de la croix,  quatre
cent vingt-un pieds d'lvation, ou  peu prs cent trente-six mtres.
On voit donc qu'il n'y a que dix-sept mtres de diffrence entre la
pyramide de Chaps et la flche de Strasbourg. Voyez  ce sujet les
mesures des principaux difices de l'Europe, consignes dans le
_Voyage d'Italie_, par Lalande; dition de 1769, tome IV, pages 62 et
suivantes.]

[Footnote 7: Jsus-Christ.]

[Footnote 8: Alexandre.]

[Footnote 9: L'artillerie volante, qui a beaucoup tonn les
mameloucks.]

[Footnote 10: Les arostats, inconnus en Egypte.]

[Footnote 11: Les phnomnes de l'lectricit, les paratonnerres.]

[Footnote 12: Alexandrie.]





Le 25 thermidor an 6 (12 aot 1798).

_Au gnral Leclerc._

Je vous prie, citoyen gnral, de vouloir bien tmoigner aux septime de
hussards, vingt-deuxime de chasseurs, troisime et cinquime de dragons
ma satisfaction de la conduite qu'ils ont tenue dans la charge glorieuse
qu'ils ont faite sur l'arrire-garde des mameloucks[13], auxquels ils ont
tu et bless beaucoup de monde, entre autres le chef Aly-Bey, et pris
deux pices de canon.

Je donne l'ordre  l'tat-major pour qu'on fasse reconnatre comme chef
de brigade le citoyen d'Estres, comme chef d'escadron le capitaine
Renaud, comme capitaine le citoyen Leclerc, lieutenant du septime de
hussards, et comme lieutenant le sous-lieutenant des guides, Dallemagne.

Je vous prie de me faire passer dans la journe la liste des officiers
et des soldats des quatre corps qui se sont distingus et qui mritent
un avancement particulier.

BONAPARTE.

[Footnote 13: Il est question du combat de Salchich.]



Le 25 thermidor an 6 (12 aot 1798).

_Au citoyen Leturq._

Le gnral Leclerc m'a rendu compte, citoyen, de la bravoure que vous
avez montre et de la conduite que vous avez tenue dans la journe
d'hier. Vous vous tes souvent distingu dans la campagne d'Italie, et
je vous donnerai incessamment l'avancement que vous mritez.

BONAPARTE.



Le 25 thermidor an 6 (12 aot 1798).

_ la commission de commerce._

Je vous autorise, citoyens,  conclure dfinitivement et  signer les
arrangemens que vous ferez avec les diffrentes femmes des beys et des
autres mameloucks pour le rachat de leurs effets: vous dlivrerez des
sauf-conduits  celles qui consentiront  un accommodement.

BONAPARTE.



Le 26 thermidor an 6 (13 aot 1798).

_Au gnral du gnie._

Mon intention est, citoyen gnral, de runir  Salehieh des magasins de
bouche et de guerre suffisans pour pourvoir aux besoins d'une arme de
trois cent mille hommes pendant un mois.

Vous sentez qu'il est indispensable que des magasins aussi prcieux
soient contenus dans une forteresse qui les mette  l'abri d'tre
enlevs par une attaque de vive force, et qui fasse que les sept ou huit
cents hommes de garnison obligent l'ennemi  un sige d'autant plus
pnible, qu'il ne peut charrier son artillerie qu'aprs un passage de
neuf jours dans le dsert.

Une fois cette forteresse construite, on pourra, si on le juge
ncessaire, y appuyer un camp retranch, soit pour tenir pendant
long-temps les corps de l'ennemi loigns, soit pour pouvoir protger un
corps d'arme infrieur, mais trop considrable pour y tenir garnison.

Il serait essentiel que vous dirigeassiez vos travaux de manire 
ce que, d'ici  quatre ou cinq dcades, cette forteresse et dj
l'avantage d'un fort poste de campagne, et qu'avec une garnison plus
nombreuse que celle que l'on sera oblig d'y tenir, lorsqu'elle sera
acheve, les magasins pussent dj tre  l'abri d'une attaque de vive
force.

Vous laisserez  Salehieh assez d'ingnieurs pour confectionner lesdits
travaux avec promptitude, et pour pouvoir suffire aux reconnaissances
qui serviront  dterminer la position prcise de Salehieh par rapport 
la mer,  Mansoura, a Damiette,  l'inondation du Nil, et aux canaux du
Nil qui peuvent porter bateau.

Vous trouverez l'ordre que j'envoie au payeur du quartier-gnral qui
est  Salehieh, de verser 10,000 fr.  la disposition de l'officier
suprieur du gnie que vous laisserez  Salehieh pour le commencement
desdits travaux.

BONAPARTE.



Le 26 thermidor an 6 (13 aot 1798).

_Au gnral de l'artillerie._

Mon intention, citoyen gnral, est d'tablir une forteresse  Salehieh
qui puisse mettre  l'abri de toute insulte les magasins de bouche et de
guerre que j'ai l'intention d'y runir: vous vous concerterez avec
le gnral du gnie pour tous les tablissemens d'artillerie,
indpendamment des magasins ncessaires  l'approvisionnement pour trois
ou quatre pices de campagne et cinq ou six cent mille cartouches.

Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. que vous laisserez  la
disposition de l'officier d'artillerie que vous chargerez dudit
tablissement, pour commencer  travailler de suite.

BONAPARTE.



Le 16 thermidor an 6 (13 aot 1798).

_Au gnral Reynier._

Mon intention est, citoyen gnral, que le gnie et l'artillerie
travaillent  la construction d'une forteresse qui mette les magasins
que j'ai l'intention de runir  Salehieh  l'abri d'une attaque de vive
force, et dans le cas d'tre gards par moins de mille hommes.

Jusqu'alors vous sentez qu'il est indispensable que vous occupiez en
force le point dsign, et que vous envoyiez des espions en Syrie pour
vous tenir au fait de tous les mouvemens que l'on pourrait faire de ce
ct-l.

Vous vous mettrez en correspondance suivie avec Damiette, qui est plus
 mme d'en recevoir par mer, et vous reconnatrez bien la position de
Salehieh par rapport  la mer et aux diffrens canaux du Nil.

Le gnral Dugua, avec sa division, va  Mansoura, et le gnral Vial va
 Damiette. Quand vous aurez reconnu la route qui de la mer conduit 
Salehieh, on pourra ordonner  une frgate et  un ou plusieurs avisos
de se tenir toujours  porte de ce point, et l'on pourra par l vous
faire passer du vin, du canon, des outils, que nous avons  Alexandrie,
ainsi que les bagages de votre division.

Vous rpandrez, soit dans votre province, soit en Syrie, le plus de mes
proclamations que vous pourrez, et vous prendrez des mesures pour que
tous les voyageurs qui arrivent de Syrie vous soient amens, afin que
vous puissiez les interroger.

Indpendamment de ces fonctions militaires, vous en aurez encore
d'administratives  remplir, en organisant la province de Salehieh dont
le chef-lieu est  Belbeis.

Il faut commencer par vous mettre en correspondance avec toutes les
tribus arabes, afin de connatre les camps qu'ils occupent, les champs
qu'ils cultivent, et ds lors le mal que vous pourrez leur faire
lorsqu'ils dsobiront  vos ordres.

Cela fait, il faudra remplir deux buts: le premier de leur ter le plus
de chevaux possible; le second de les dsarmer.

Vous ne leur laisserez entrevoir l'intention de leur ter leurs chevaux
que peu  peu, en en demandant d'abord une certaine quantit pour
remonter notre cavalerie, et, cela obtenu, il sera possible de prendre
d'autres mesures; mais auparavant il faut que vous vous occupiez de
connatre les intrts qui les lient  nous; ce qui seul vous fera
connatre les menaces et le mal que vous pouvez leur faire.

Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. pour pouvoir subvenir aux
dpenses extraordinaires d'espions  envoyer en Syrie.

BONAPARTE.



Le 28 thermidor an 6 (15 aot 1798).

_Au gnral Dupuy._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, prendre de nouvelles prcautions
pour vous assurer que Coram ne vous chappera pas: aprs quoi vous lui
ferez subir un interrogatoire, dans lequel vous lui demanderez qu'il
rponde positivement: 1. a-t-il crit  Mourad-Bey depuis qu'il nous a
jur fidlit? 2.  quels mameloucks a-t-il crit depuis qu'il nous a
jur fidlit? 3. quelle espce de correspondance a-t-il eue avec les
Arabes de Bahir?

BONAPARTE.



Le 28 thermidor an 6 (15 aot 1798).

_Au gnral Dupuy._

Je vous prie, citoyen gnral, de me faire connatre ce qu'a produit le
dsarmement.

Je dsirerais galement connatre les mesures efficaces que vous pensez
qu'on pourrait prendre pour se procurer des chevaux: vous pourrez faire
prendre tous les chevaux, armes et chameaux qui pourraient se trouver
dans les maisons des femmes avec lesquelles nous avons trait. Ces trois
objets sont objets de guerre.

BONAPARTE.



Le 28 thermidor an 6 (15 aot 1798).

_Au gnral Ganteaume._

Le tableau de la situation dans laquelle vous vous tes trouv,
citoyen gnral, est horrible. Quand vous n'avez point pri dans cette
circonstance, c'est que le sort vous destine  venger un jour notre
marine et nos amis; recevez-en mes flicitations: c'est le seul
sentiment agrable que j'aie prouv depuis avant-hier. J'ai reu, 
mon avant-garde,  trente lieues du Caire, votre rapport, qui m'a t
apport par l'aide-de-camp du gnral Klber.

BONAPARTE.



Le 28 thermidor an 6 (15 aot 1798).

_Au contre-amiral Ganteaume._

Vous prendrez, citoyen gnral, le commandement de tout ce qui reste de
notre marine, et vous vous concerterez avec l'ordonnateur Leroy pour
l'armement et l'approvisionnement des frgates _l'Alceste_, _la Junon_,
_la Carrre_, _la Muiron_, les vaisseaux _le Dubois_ et _le Causse_, et
toutes les autres frgates, bricks ou avisos qui nous restent.

Vous nommerez tous les commandans; vous ferez tout ce qu'il vous sera
possible pour retirer de la rade d'Aboukir les dbris qui peuvent y
rester.

Vous ferez partir de suite sur un aviso, pour Corfou et de l pour
Ancolie, les dpches que porte le courrier que j'ai expdi il y a
quinze jours du Caire, et que l'on m'assure tre encore  Rosette. Vous
adresserez au ministre de la marine une relation de l'affaire, telle
qu'elle a eu lieu.

Je brle du dsir de confrer avec vous; mais, avant de vous donner
l'ordre de venir au Caire, j'attendrai quelques jours, mon intention
tant, s'il est possible, de me porter moi-mme  Alexandrie.

Envoyez-moi l'tat des officiers, des matelots et des btimens qui nous
restent.

Vous sentez qu'il est essentiel que vous fassiez prvenir de suite Malte
et Corfou de ce qu'aura fait le gnral Villeneuve, afin que ces les se
tiennent en surveillance et  l'abri d'une surprise.

Je pense bien qu' l'heure qu'il est, les Anglais se seront retirs avec
leur proie.

BONAPARTE.



Le 28 thermidor an 6 (15 aot 1798)

_Au citoyen Leroy,_

Je vous envoie par une chaloupe canonnire 100,000 fr. pour servir aux
travaux les plus pressans de la marine. Il est indispensable que vous
vous concertiez avec le contre-amiral Ganteaume pour armer en guerre _le
Dubois_, le _Causse_, _la Carrre_, _la Muiron_; il faudra doubler
en cuivre les deux dernires, qui doivent avoir le doublage. Le
contre-amiral Ganteaume nommera au commandement de ces diffrens
btimens. Vous ne devez pas tre embarrass d'en organiser les quipages
avec les dbris de l'escadre.

J'imagine que _l'Alceste_ n'a besoin de rien. Vous aurez dj sans doute
fait travailler  _la Junon_. Ds l'instant que vous aurez des nouvelles
de la route qu'aura tenue le contre-amiral Villeneuve, vous me la ferez
connatre. Envoyez-moi aussi l'tat de tous les btimens et de tous les
matelots chapps, soit de l'escadre, soit des convois qui se trouvent 
Rosette.

Indpendamment des sommes que le gnral Klber vous fera remettre des
contributions d'Alexandrie et de celles qui nous reviendront de la
contribution frappe  Damiette, je vous ferai toucher toutes les
dcades 100,000 fr. Il est arriv  Rosette cinquante djermes charges
de bls et de lgumes, que, ds mon arrive au Caire, j'avais envoyes 
l'amiral Brueys pour approvisionner l'escadre; je donne ordre au gnral
Menou de les tenir  votre disposition, et de faire tout ce qu'il pourra
pour les faire passer  Alexandrie. Faites de votre ct tout ce qui
sera possible pour favoriser ce passage, afin que vous ayez  Alexandrie
les approvisionnemens ncessaires pour cette grande quantit d'hommes.

BONAPARTE.



Le 18 thermidor an 6 (15 aot 1798).

_Au gnral Klber._

Vous devez sans doute,  l'heure qu'il est, avoir reu la rponse a
toutes vos lettres, et vous aurez vu mon aide-de-camp Julien, qui est
parti d'ici, il y a douze jours.

J'ai appris la journe du 14, avant-hier 26, par votre aide-de-camp, qui
m'a trouv  Salehieh,  trente-trois lieues du Caire. Je n'ai pas perdu
un instant  m'y rendre.

Je vous ai crit souvent, et comme la plupart de vos lettres me sont
parvenues toutes  la fois, j'espre qu'il en aura t de mme des
miennes.

J'ai envoy l'adjudant-gnral Brives  Rahmanieh avec un bataillon.

Vous devez avoir reu une grande quantit de monde aujourd'hui 
Alexandrie.

J'envoie 100,000 fr.  l'ordonnateur Leroy pour les premiers besoins de
l'armement.

J'ordonne que l'on vous fasse passer de Rosette tous les vivres que l'on
y avait envoys pour l'approvisionnement de l'escadre.

Aprs cinq ou six marches, nous avons pouss Ibrahim-Bey dans les
dserts de Syrie; nous avons dgag une partie de la caravane qu'il
avait retenue, et lui-mme avec tous ses trsors et ses femmes a failli
tomber en notre pouvoir.

Il nous reste encore  dtruire Mourad-Bey, qui occupe la Haute-gypte,
et  soumettre l'intrieur du Delta, o plusieurs partisans des beys se
trouvent encore les armes  la main.

L'argent est extrmement rare dans ce pays, et j'ai ordonn 
l'ordonnateur Leroy et au contre-amiral Ganteaume de pousser le plus
vivement qu'ils pourront l'armement des vaisseaux _le Dubois_ et _le
Causse_, et celui des avisos, bricks ou frgates qui nous restent
encore.

L'adjudant-gnral Brives et sa colonne sont  vos ordres: si les
Anglais laissent des forces dans ces parages et interceptent nos
communications avec Rosette, il devient indispensable d'occuper les
villages d'Aboukir en force, afin que vous puissiez communiquer avec
Rosette par terre.

Le gnral Manscourt se rend  Alexandrie: c'est un gnral d'artillerie
qui pourra vous servir pour l'armement de la cte; il pourra d'ailleurs
prendre des renseignemens sur le pays, pour vous remplacer lorsque les
circonstances permettront que vous nous rejoigniez.

Je ferai filer des troupes ds l'instant que cela sera possible, du
ct de Rosette, pour pouvoir vous seconder; mais vous devez, d'ici 
plusieurs jours, ne pas y compter: ainsi tirez parti de vos propres
forces.

Je n'ai point reu de vos lettres depuis celles que m'a remises votre
aide-de-camp: ainsi j'ignore jusqu' quel point les Anglais ont t
maltraits, et quelle est la quantit de troupes et d'quipages qui
s'est rfugie  Alexandrie.

J'ai crit  Ganteaume d'instruire Malte et Corfou de tous les dtails
de cette affaire, afin que ces les restent en surveillance. L'on
m'apprend que le courrier que j'ai expdi d'ici, il y a quinze jours,
est encore  Rosette. J'ai crit au contre-amiral de l'expdier le plus
tt possible pour Corfou, d'o il passera en Italie. Coram est arriv
ici; je l'ai fait enfermer. Vous ne devez pas avoir eu de difficult
 avoir les 300,000 fr auxquels j'ai impos Alexandrie; il faudra
cependant soustraire de cette somme 100,000 fr. que vous avez dj
touchs.

Les choses dans ce pays ne sont pas encore assises, et chaque jour
y porte une amlioration considrable. Je suis fond  penser que,
quelques jours encore, nous commencerons  tre matres du pays.

L'expdition que nous avons entreprise exige du courage de plus d'un
genre. Le gnral de brigade Vial occupe Damiette.

BONAPARTE.



Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 aot 1798).

_Au gnral Menou._

Vous ferez partir, citoyen gnral, pour Alexandrie tous les bls et
autres approvisionnemens qui taient chargs sur les djermes, et qui
taient destins pour l'escadre.

Vous devez avoir reu plusieurs de mes lettres par mon aide-de-camp
Jullien, qui est parti d'ici il y a quinze jours.

Dans une, je vous disais de percevoir une contribution de 100,000 fr.
sur le commerce de Rosette, pour subvenir  nos besoins.

La djerme de poste vient d'arriver et ne porte aucune de vos lettres:
veillez, je vous prie,  ce qu'aucun courrier ne parte de Rosette sans
aller vous demander vos ordres, et qu'il y ait toujours un billet de
vous ou d'un officier de votre tat-major.

L'aide-de-camp du gnral Klber ne m'a appris que le 26,  Salehieh, o
je me trouvais, la nouvelle de la journe du 14.

Je ne fais que d'arriver au Caire; j'espre cette nuit recevoir de vos
lettres qui m'instruisent de la perte relle des Anglais.

BONAPARTE.



Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 aot 1798).

_Au contre-amiral Ganteaume._

Je vous prviens, citoyen gnral, que j'ai donn ordre de vous envoyer
15,000 fr., qui sont partis aujourd'hui dans la mme caisse que les
100,000 fr. de l'ordonnateur Leroy.

Vous vous servirez de ces 15,000 fr. pour distribuer aux officiers de
l'arme navale qui auraient le plus de besoins. Vous garderez 3,000 fr.
pour vos besoins particuliers.

BONAPARTE.



Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 aot 1798).

_Au gnral Menou._

Je donne ordre au payeur de vous envoyer 15,000 fr. pour distribuer
aux individus de l'escadre qui auraient le plus de besoins et qui se
seraient rfugis  Rosette, et pour activer l'arrive au Caire de tous
les objets ncessaires  l'arme, et  Alexandrie, de tous les objets
ncessaires  son approvisionnement.

BONAPARTE.



Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 aot 1798).

_Au gnral Zayonscheck._

J'ai reu, citoyen gnral,  mon retour de Salehieh, votre lettre.
J'espre qu'aprs les avantages que nous avons remports sur
Ibrahim-Bey, que nous avons pouss  plus de quarante lieues, et oblig
de passer le dsert de Syrie, aprs l'avoir bless et aprs avoir tu
Aly-Bey, les habitans de votre province deviendront plus traitables.

Le gnral Dugua, qui doit tre arriv  Mansoura, se rendra lui-mme
 Mehal-el-Kebir, pour soumettre la province de Garbi. Le gnral
Fugires s'y rendra ds l'instant qu'il saura que le gnral Dugua est
en marche; cela ncessitera quelques jours encore sa prsence  Menouf.

Je n'ai pas vu avec plaisir la manire avec laquelle vous vous tes
conduit envers le Cophte: mon intention est qu'on mnage ces gens-l et
qu'on ait des gards pour eux. Prononcez les sujets de plainte que vous
avez contre lui, je le ferai remplacer.

Je n'approuve pas non plus que vous ayez fait arrter le divan sans
avoir approfondi s'il tait coupable ou non; il a fallu le relcher
douze heures aprs: ce n'est pas le moyen de se concilier un parti.
tudiez les peuples chez lesquels vous tes, distinguez ceux qui sont
les plus susceptibles d'tre employs; faites quelquefois des exemples
justes et svres, mais jamais rien qui approche du caprice et de la
lgret. Je sens que votre position est souvent embarrassante, et je
suis plein de confiance dans votre bonne volont et votre connaissance
du coeur humain; croyez que je vous rends la justice qui vous est due.

BONAPARTE.



Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 aot 1798).

_Au gnral Rampon._

Je vous envoie, citoyen gnral, des souliers et du biscuit; on vous a
envoy des cartouches.

Le gnral Desaix, avec sa division, s'embarque dans la nuit de demain
pour se rendre  Benecouef: par-l vous vous trouverez couvert, et
reprendrez sans inconvnient la position d'Alfieli, et punirez le
scheick de la conduite perfide qu'il a tenue.

Je connais trop l'esprit qui anime les trois bataillons que vous
commandez, pour douter qu'ils ne fussent fchs que je donnasse 
d'autres le soin de les venger de la trahison infme des habitans
d'Alfieli.

BONAPARTE.



Au Caire, le 30 thermidor an 6 (17 aot 1798)

_Au gnral Chabot._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre du 25 messidor: j'y vois que
_le Fortunatus_ est arriv avec deux btimens chargs de bois; je vous
prie de continuer  nous en envoyer.

Le contre-amiral Villeneuve, avec une partie de l'escadre, est arriv 
Corfou.

Je ne doute pas que vous ne lui accordiez tous les secours et
approvisionnemens qu'il doit attendre. Dans ce cas, flicitez-le, de
ma part, sur le service qu'il a rendu dans cette circonstance, en
conservant  la rpublique un aussi bon officier et d'aussi bons
btimens.

Vous lui direz que je dsire qu'il fasse armer le plus tt possible le
btiment de guerre qui est  Corfou, et qu'il envoie l'ordre a Ancne
pour que les trois btimens de guerre et les frgates qui y sont,
se rendent galement  Corfou, afin de pouvoir ainsi commencer 
rorganiser une escadre. Nous faisons armer les vaisseaux et les
frgates qui se trouvent dans le port d'Alexandrie. Plusieurs vaisseaux
de guerre et frgates, partis de Toulon, vont arriver  Malte, o il y a
galement quelques vaisseaux de guerre et frgates: mon intention est de
runir tous ces vaisseaux  Corfou.

crivez de ma part au gnral Brune, pour qu'il fasse mettre, sur
nos vaisseaux d'Ancne, de bonnes garnisons de troupes, et mettez-en
vous-mme sur ceux qu'a amens le contre-amiral Villeneuve. Je ne lui
cris pas  lui-mme, parce que je ne suis pas assur qu'il se trouve 
Corfou; mais s'il s'y trouve, cette lettre lui sera commune. Tout ici
va parfaitement bien, et commence mme  s'organiser: notre conqute se
consolide tous les jours.

Faites-moi connatre, le plus souvent que vous pourrez, ce qui se passe
en Turquie, et surtout du ct de Passwan-Oglou. En gnral, quand vous
m'crirez, envoyez-moi les journaux que vous aurez, et une note de ce
que vous aurez appris, car ici nous sommes trs-souvent sans nouvelles
de France.

J'ai vu avec plaisir que les choses vont bien dans votre division. Les
troupes qui vous sont arrives, sont un renfort bien prcieux dans ce
moment-ci.

Faites faire la plus grande quantit de biscuit que vous pourrez; je
vous enverrai des bls le plus tt qu'il me sera possible; d'ailleurs,
je vois par votre tat de situation, que vous en avez sept cents
quintaux, en approvisionnement de sige.

BONAPARTE.



Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 aot 1798).

_Au gnral Marmont._

Vous vous rendrez, citoyen gnral, le plus tt possible  Rosette.

En passant  Rahmanieh, vous vous aboucherez avec l'adjudant-gnral
Brives, afin d'avoir des nouvelles, soit d'Alexandrie, soit de la
province de Damanhour.

Si l'expdition que j'ai ordonne sur le Damanhour n'avait pas russi,
vous dbarqueriez a Rahmanieh, et vous prendriez le commandement de
toutes les colonnes mobiles; vous dissiperiez les attroupemens de toute
la province de Damanhour, et puniriez les habitans de cette ville pour
la manire dont ils se sont conduits avec le gnral Dumuy.

Si, comme je dois le prsumer, il n'y a rien de nouveau  Rahmanieh, et
que l'adjudant-gnral Brives soit  Damanhour ou  Rahmanieh, vous lui
donnerez de vos nouvelles en l'instruisant que le but de votre mission
est d'entretenir la communication du canal de Rahmanieh  Alexandrie,
afin que les eaux y coulent; ainsi que la communication de Rosette 
Alexandrie.

Arriv a Rosette, votre premier soin sera de visiter la barre du Nil, et
de vous assurer si l'on y a plac les batteries et chaloupes ncessaires
pour le mettre  l'abri des corsaires et chaloupes anglaises.

Vous vous trouverez sous les ordres du gnral Menou pour les oprations
qu'il jugera  propos de faire, soit pour la sret de la ville, soit
pour celle des villages environnans: de l vous vous rendrez  Aboukir;
vous verrez s'il y a quelque chose  faire pour perfectionner les
retranchemens du fort, et rendre plus commode la rade d'Aboukir 
Rosette.

De l vous vous rendrez  Alexandrie; vous vous trouverez sous les
ordres du gnral Klber, pendant votre sjour dans cette ville, soit
pour les mesures qu'il voudrait prendre dans la ville, soit pour quelque
opration contre les Arabes, soit pour quelque opration le long du
canal qui va  Rahmanieh. Mon intention est que, de retour  Aboukir
et  Rosette, vous restiez dans cette dernire ville, jusqu' ce que
l'escadre anglaise ait disparu, et que la communication par mer soit 
peu prs rtablie.

Ainsi, le but de votre opration est de former une colonne mobile propre
 observer les mouvemens de l'escadre anglaise, et  assurer la bouche
du Nil de la branche de Rosette, d'empcher toute communication entre
les Anglais et les Arabes par Aboukir, de rendre facile la communication
de Rosette  Aboukir, d'offrir une rserve pour dissiper les
rassemblemens qui se formeraient dans la province de Rahmanieh, de punir
la ville de Damanhour, et enfin de protger l'coulement des eaux le
long du canal, le seul qui procure de l'eau  Alexandrie.

Vous m'enverrez, de Rahmanieh, un mmoire sur le temps o les eaux
entrent dans ce canal, sur les obstacles que les Arabes pourraient
mettre  l'coulement des eaux, et sur la situation de la province de
Rahmanieh.

J'ai dj ordonn plusieurs fois que tous les magasins qui se trouvent
 Rahmanieh filassent sur Rosette et sur Alexandrie. Vous me ferez
connatre spcialement si le canal qui va de Rahmanieh  Alexandrie peut
porter des djermes.

Je vous ordonne,  votre retour  Alexandrie, de rester  Rosette de
prfrence, afin que, si cela tait ncessaire, vous pussiez vous porter
entre les deux branches du Nil, et vous opposer aux incursions que
pourraient faire les Anglais pour tenter de s'approvisionner de Rosette,
d'Aboukir et d'Alexandrie.

Vous m'crirez, dans le plus grand dtail, pour me faire connatre la
situation des Anglais, et la manire dont notre escadre s'est comporte
dans le combat.

En parlant, soit aux gnraux, soit aux marins, soit aux soldats, vous
aurez soin de dire et de faire tout ce qui peut encourager.

Ayez soin surtout de voir et de confrer avec le contre-amiral
Ganteaume, et vous me ferez connatre ce qu'il pense que feront les
Anglais, ce qu'il pense qu'a fait Villeneuve, ce qu'il pense de la
conduite de notre escadre et de celle des Anglais. Tmoignez-lui
l'estime que j'ai pour lui et le plaisir que j'ai eu  apprendre qu'il
tait sauv.

Vous direz  Brives de faire entrer le plus de vivres qu'il pourra 
Damanhour et  Rosette, en y envoyant soit du bl, soit de la viande.

Je m'en rapporte  votre zle et  vos talens pour la conduite que vous
tiendrez.

BONAPARTE.



Au Caire, le 1er. fructidor an 6 (18 aot 1798).

_Au gnral Perre._

Vous partirez, citoyen gnral, cette nuit, avec deux btimens arms,
et la quantit de djermes ncessaires pour porter la colonne du gnral
Marmont.

Arriv  Rosette, vous me rendrez compte si les batteries que l'on y
a tablies, sont suffisantes pour empcher les avisos et chaloupes
anglaises de venir nous troubler.

Vous prendrez, des officiers et matelots qui sont  Rosette, tous les
dtails sur le combat de l'escadre, et vous me les ferez connatre; vous
irez  Aboukir avec le gnral Marmont, afin de prendre une connaissance
exacte sur la position qu'occupe l'escadre anglaise, des vaisseaux qui
sont brls, de ceux qui restent, et enfin de tout ce qu'ils ont fait ou
de ce qu'ils ont l'air de faire.

Vous ferez partir de Rosette _la Cisalpine_, que vous enverrez en
Italie porter un de mes courriers. Vous direz au capitaine, que s'il me
rapporte la rponse de Paris  ce courrier, je lui donnerai mille louis.

Vous lui tracerez une instruction sur le chemin qu'il doit tenir.

Vous resterez, jusqu' nouvel ordre,  Rosette, afin de faciliter autant
qu'il sera possible la communication par mer d'Alexandrie  Rosette,
celle de Rosette au Caire, et de me faire parvenir promptement les
nouvelles intressantes qu'il pourrait y avoir.

BONAPARTE.



Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 aot 1798).

_Au gnral Menait._

Ce soir, le gnral de brigade Marmont, avec la quatrime demi-brigade,
part pour se rendre  Rosette et y observer les mouvemens des Anglais.

Le contre-amiral Perre se rend  Rosette avec deux avisos; j'espre que
ds l'instant que le gnral Marmont sera arriv  Rosette, on pourra
empcher les Anglais d'avoir aucune communication avec les Arabes.

J'ai appris, par voie indirecte, qu'un de mes derniers courriers avait
t arrt par les Anglais, et qu'il n'avait pas eu l'esprit de jeter
ses paquets  la mer. J'ai appris galement indirectement que deux cents
hommes taient arrivs d'Alexandrie  Rosette, J'en vous veux un peu de
mal de ce que ce n'est pas vous ou votre tat-major qui m'ayez fait
part de ces nouvelles. Vous sentez combien, dans ces circonstances, les
moindres choses sont essentielles.

L'adjudant-gnral Jullien et l'aide-de-camp du gnral Klber, avec
une caisse de 130,000 fr., dont la majeure partie est destine pour le
citoyen Leroy, ordonnateur de la marine, sont partis avant-hier, sur un
aviso; ils doivent tre arrivs  l'heure qu'il est.

crivez-moi, je vous prie, citoyen gnral, souvent et longuement;
faites passer  Alexandrie la plus grande quantit de riz qu'il vous
sera possible.

Je n'ai pas encore reu le plan que j'avais tant recommand que l'on
m'envoyt promptement, de Rosette  la mer.

Tout ici va parfaitement bien. La fte que l'on y a clbre pour
l'ouverture du canal du Nil, a paru faire plaisir aux habitans.

BONAPARTE.



Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 aot 1798).

_Au gnral Reynier._

Je reois votre lettre du 26, par laquelle vous m'annoncez
qu'Ibrahim-Bey tait, le 27,  plusieurs journes de Salehieh.

Je vous ai envoy du riz, de la farine et quatre mille rations de bon
biscuit; j'imagine qu' l'heure qu'il est, vos fours sont faits, et que
vous ne manquez point de pain.

Le parti que vous avez pris de retrancher la mosque est extrmement
sage; vous avez d recevoir six pices de canon turques qui vous
serviront  cet objet.

Ne gardez pas de chameaux qui vous soient inutiles, parce que cela vous
priverait des moyens de vous approvisionner.

BONAPARTE.



Au Caire, le 1er fructidor an 6 (8 aot 1798).

_Au consul franais  Tripoli._

J'ai reu, citoyen consul, votre lettre du 13 messidor: depuis la prise
de Malte, nous avons pris Alexandrie, battu les mameloucks, pris le
Caire, et nous nous sommes empars de toute l'gypte.

Les Anglais ayant battu notre escadre, ont dans ce moment la supriorit
dans ces mers, ce qui m'engage  vous prier d'expdier un courrier pour
se rendre, soit  Malte, soit  Civita-Vecchia, soit  Cagliari, d'o il
regagnera facilement Toulon.

Je vous envoie une copie de la lettre  faire partir; vous direz que
l'arme de terre est victorieuse et bien tablie en gypte, sans
maladies et sans perte de monde, que je me porte bien, et qu'on n'ajoute
pas foi en France aux bruits que l'on fait courir. Expdiez-moi de
Tripoli un courrier pour me faire parvenir les nouvelles que vous aurez
de France, et crivez  Malte pour qu'on envoie toutes les gazettes que
l'on y reoit et que vous me ferez parvenir.

Il est indispensable que vous nous expdiiez, au moins une fois toutes
les dcades, un courrier qui ira par mer jusqu' Derne, et de l
traversera le dsert. Je vous ferai rembourser tous les frais que cela
vous occasionera. Je n'ose aventurer de l'argent au travers du dsert;
mais si vous trouvez un ngociant de Tripoli qui ait besoin d'avoir
6,000 fr. au Caire, vous pouvez les prendre et tirer une lettre de
change sur moi. D'ailleurs, je paierai bien tous les courriers qui
m'apporteront des nouvelles intressantes.

Faites connatre au bey que demain nous clbrons la fte du prophte
avec la plus grande pompe. La caravane de Tripoli part galement demain;
je l'ai protge, et elle a eu  se louer de nous.

Engagez le bey  envoyer beaucoup de vivres  Malte, des moutons 
Alexandrie, et  faire savoir aux fidles que les caravanes sont
protges par nous, et que l'mir-aga est nomm.

BONAPARTE.



Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 aot 1798).

_Au directoire excutif._

Le 18 thermidor, j'ordonnai  la division du gnral Reynier de se
porter  Elkhankah, pour soutenir le gnral de cavalerie Leclerc,
qui se battait avec une nue d'Arabes  cheval, et de paysans du pays
qu'Ibrahim-Bey tait parvenu  soulever. Il tua une cinquantaine de
paysans, quelques Arabes, et prit position au village d'Elkhankah. Je
fis partir galement la division commande par le gnral Lannes et
celle du gnral Dugua.

Nous marchmes  grandes journes sur la Syrie, poussant toujours devant
nous Ibrahim-Bey et l'arme qu'il commandait.

Avant d'arriver  Belbeis, nous dlivrmes une partie de la caravane
de la Mecque, que les Arabes avaient enleve et conduisaient dans le
dsert, o ils taient dj enfoncs de deux lieues. Je l'ai fait
conduire au Caire sous bonne escorte. Nous trouvmes  Qouryn une autre
partie de la caravane, toute compose de marchands qui avaient t
arrts d'abord par Ibrahim-Bey, ensuite relchs et pills par les
Arabes. J'en fis runir les dbris et je la fis galement conduire au
Caire. Le pillage des Arabes  d tre considrable; un seul ngociant
m'assura qu'il perdait en schalls et autres marchandises des Indes, pour
deux cent mille cus. Le ngociant avait avec lui, suivant l'usage du
pays, toutes ses femmes. Je leur donnai  souper, et leur procurai les
chameaux ncessaires pour leur voyage ou Caire. Plusieurs paraissaient
avoir une assez bonne tournure; mais le visage tait couvert, selon
l'usage du pays, usage auquel l'arme s'accoutume le plus difficilement,

Nous arrivmes  Ssalehhyeh, qui est le dernier endroit habit de
l'gypte o il y ait de bonne eau. L commence le dsert qui spare la
Syrie de l'gypte.

Ibrahim-Bey, avec son arme, ses trsors et ses femmes, venait de partir
de Ssalehhyeh. Je le poursuivis avec le peu de cavalerie que j'avais.
Nous vmes dfiler devant nous ses immenses bagages. Un parti d'Arabes
de cent cinquante hommes, qui taient avec eux, nous proposa de charger
avec nous pour partager le butin. La nuit approchait, nos chevaux
taient reints, l'infanterie trs-loigne; nous leur enlevmes les
deux pices de canon qu'ils avaient, et une cinquantaine de chameaux
chargs de tentes et de diffrens effets. Les mameloucks soutinrent la
charge avec le plus grand courage. Le chef d'escadron d'Estres,
du septime rgiment de hussards, a t mortellement bless; mon
aide-de-camp Shulkouski a t bless de sept  huit coups de sabre et de
plusieurs coups de feu. L'escadron mont du septime de hussards et du
vingt-deuxime de chasseurs, ceux des troisime et quinzime de dragons,
se sont parfaitement conduits. Les mameloucks sont extrmement braves et
formeraient un excellent corps de cavalerie lgre; ils sont richement
habills, arms avec le plus grand soin, et monts sur des chevaux de
la meilleure qualit. Chaque officier d'tat-major, chaque hussard
a soutenu un combat particulier. Lasalle, chef de brigade du
vingt-deuxime, laissa tomber son sabre au milieu de la charge; il fut
assez adroit et assez heureux pour mettre pied  terre et se trouver
 cheval pour se dfendre et attaquer un des mameloucks les plus
intrpides. Le gnral Murat, le chef de bataillon, mon aide-de-camp
Duroc, le citoyen Leturcq, le citoyen Colbert, l'adjudant Arrighi,
engags trop avant par leur ardeur dans le plus fort de la mle, ont
couru les plus grands dangers.

Ibrahim-Bey traverse dans ce moment-ci le dsert de Syrie; il a t
bless dans ce combat.

Je laissai  Salehieh la division du gnral Reynier et des officiers du
gnie, pour y construire une forteresse, et je partis le 26 thermidor
pour revenir au Caire. Je n'tais pas loign de deux lieues de
Salehieh, que l'aide-de-camp du gnral Klber arriva et m'apporta
la nouvelle de la bataille qu'avait soutenue notre escadre, le 14
thermidor. Les communications sont si difficiles, qu'il avait mis onze
jours pour venir.

Je vous envoie le rapport que m'en fait le contre-amiral Ganteaume. Je
lui cris, par le mme courrier,  Alexandrie, de vous en faire un plus
dtaill.

Le 18 messidor, je suis parti d'Alexandrie. J'crivis  l'amiral
d'entrer sous les vingt-quatre heures, dans le port d'Alexandrie, et,
si son escadre ne pouvait pas y entrer, de dcharger promptement toute
l'artillerie et tous les effets appartenans  l'arme de terre, et de se
rendre a Corfou.

L'amiral ne crut pas pouvoir achever le dbarquement dans la position o
il tait, tant mouill dans le port d'Alexandrie sur des rochers, et
plusieurs vaisseaux ayant dj perdu leurs ancres; il alla mouiller 
Aboukir, qui offrait un bon mouillage. J'envoyai des officiers du gnie
et d'artillerie qui convinrent avec l'amiral que la terre ne pouvait lui
donner aucune protection, et que, si les Anglais paraissaient pendant
les deux ou trois jours qu'il fallait qu'il restt  Aboukir, soit
pour dcharger notre artillerie, soit pour sonder et marquer la passe
d'Alexandrie, il n'y avait pas d'autre parti  prendre que de couper ses
cbles, et qu'il tait urgent de sjourner le moins possible  Aboukir.

Je suis parti d'Alexandrie dans la ferme croyance que, sous trois jours,
l'escadre serait entre dans le port d'Alexandrie, ou aurait appareill
pour Corfou. Depuis le 18 messidor jusqu'au 6 thermidor, je n'ai reu
aucune nouvelle ni de Rosette, ni d'Alexandrie, ni de l'escadre.
Une nue d'Arabes, accourus de tous les points du dsert, taient
constamment  cinq cents toises du camp. Le 9 thermidor, le bruit de nos
victoires et diffrentes dispositions rouvrirent nos communications. Je
reus plusieurs lettres de l'amiral, o je vis avec tonnement qu'il se
trouvait encore  Aboukir. Je lui crivis sur-le-champ pour lui faire
sentir qu'il ne devait pas perdre une heure  entrer  Alexandrie, ou 
se rendre  Corfou.

L'amiral m'instruisit, par une lettre du 2 thermidor, que plusieurs
vaisseaux anglais taient venus le reconnatre, et qu'il se fortifiait
pour attendre l'ennemi, emboss  Aboukir. Cette trange rsolution me
remplit des plus vives alarmes; mais dj il n'tait plus temps, car la
lettre que l'amiral crivait le 2 thermidor ne m'arriva que le 12. Je
lui expdiai le citoyen Jullien, mon aide-de-camp, avec ordre de ne pas
partir d'Aboukir qu'il n'et vu l'escadre  la voile. Parti le 12 il
n'aurait jamais pu arriver  temps; cet aide-de-camp a t tu en chemin
par un parti arabe qui a arrt sa barque sur le Nil, et l'a gorg avec
son escorte.

Le 8 thermidor, l'amiral m'crivit que les Anglais s'taient loigns;
ce qu'il attribuait au dfaut de vivres. Je reus cette lettre par le
mme courrier, le 12.

Le 11, il m'crivait qu'il venait enfin d'apprendre la victoire des
Pyramides et la prise du Caire, et que l'on avait trouv une passe pour
entrer dans le port d'Alexandrie; je reus cette lettre le 18.

Le 14, au soir, les Anglais l'attaqurent; il m'expdia, au moment o
il aperut l'escadre anglaise, un officier pour me faire part de ses
dispositions et de ses projets: cet officier a pri en route.

Il me parat que l'amiral Brueys n'a pas voulu se rendre  Corfou, avant
qu'il et t certain de ne pouvoir entrer dans le port d'Alexandrie, et
que l'arme dont il n'avait pas de nouvelles depuis long-temps, ft
dans une position  ne pas avoir besoin de retraite. Si dans ce funeste
vnement il a fait des fautes, il les a expies par une mort glorieuse.

Les destins ont voulu dans cette circonstance, comme dans tant d'autres,
prouver que, s'ils nous accordent une grande prpondrance sur le
continent, ils ont donn l'empire des mers  nos rivaux. Mais ce revers
ne peut tre attribu  l'inconstance de notre fortune; elle ne nous
abandonne pas encore: loin de l, elle nous a servis dans toute cette
opration au-del de tout ce qu'elle a jamais fait. Quand j'arrivai
devant Alexandrie avec l'escadre, et que j'appris que les Anglais y
taient passs en force suprieure quelques jours avant; malgr la
tempte affreuse qui rgnait, au risque de me naufrager, je me jetai 
terre. Je me souvins qu' l'instant o les prparatifs du dbarquement
se faisaient, on signala dans l'loignement, au vent, une voile de
guerre: c'tait _la Justice_. Je m'criai: Fortune, m'abandonneras-tu?
quoi, seulement cinq jours! Je dbarquai dans la journe; je marchai
toute la nuit; j'attaquai Alexandrie  la pointe du jour avec trois
mille hommes harrasss, sans canons et presque pas de cartouches;
et, dans les cinq jours, j'tais matre de Rosette, de Damanhour,
c'est--dire dj tabli en gypte. Dans ces cinq jours, l'escadre
devait se trouver  l'abri des forces des Anglais, quel que ft leur
nombre. Bien loin de l elle reste expose pendant tout le reste de
messidor. Elle reoit de Rosette, dans les premiers jours de thermidor,
un approvisionnement de riz pour deux mois. Les Anglais se laissent voir
en nombre suprieur pendant dix jours dans ces parages. Le 11 thermidor,
elle apprend la nouvelle de l'entire possession de l'gypte et de notre
entre au Caire; et ce n'est que lorsque la fortune voit que toutes ses
faveurs sont inutiles qu'elle abandonne notre flotte  son destin.

BONAPARTE.



Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 aot 1798).

_ la citoyenne Brueys._

Votre mari a t tu d'un coup de canon, en combattant  son bord. Il
est mort sans souffrir, et de la mort la plus douce, la plus envie par
les militaires.

Je sens vivement votre douleur. Le moment qui nous spare de l'objet que
nous aimons est terrible; il nous isole de la terre; il fait prouver au
corps les convulsions de l'agonie. Les facults de l'me sont ananties,
elle ne conserve de relation avec l'univers, qu'au travers d'un
cauchemar qui altre tout. Les hommes paraissent plus froids, plus
gostes qu'ils ne le sont rellement. L'on sent dans cette situation
que si rien ne nous obligeait  la vie, il vaudrait beaucoup mieux
mourir; mais, lorsqu'aprs cette premire pense, l'on presse ses enfans
sur son coeur, des larmes, des sentimens tendres raniment la nature,
et l'on vit pour ses enfans: oui, madame, voyez ds ce premier moment
qu'ils ouvrent votre coeur  la mlancolie: vous pleurerez avec eux,
vous lverez leur enfance, cultiverez leur jeunesse; vous leur parlerez
de leur pre, de votre douleur, de la perte qu'eux et la rpublique ont
faite. Aprs avoir rattach votre me au monde par l'amour filial et
l'amour maternel, apprciez pour quelque chose l'amiti et le vif
intrt que je prendrai toujours  la femme de mon ami. Persuadez-vous
qu'il est des hommes, en petit nombre, qui mritent d'tre l'espoir de
la douleur, parce qu'ils sentent avec chaleur les peines de l'me.

BONAPARTE.



Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 aot 1798).

_Au gnral Vial._

Vous avez mal fait de laisser cent hommes  Mansoura, c'tait videmment
les compromettre.

La division du gnral Dugua aura sans doute dissip les attroupemens et
puni svrement les chefs d'attroupemens.

Je donne ordre  l'artillerie de vous faire passer six pices de gros
calibre et deux mortiers pour placer  l'embouchure du Nil. Organisez
votre province le plus tt possible; tenez toujours vos troupes runies;
vous pouvez laisser libre le commerce de Damiette  la Syrie, mais ayant
soin qu'on n'y transporte pas les riz qui sont ncessaires  l'arme.
crivez a Djezzar-Pacha et au pacha de Tripoli, que je vous ai charg
de leur annoncer que nous ne leur en voulons pas, encore moins aux
musulmans et vrais croyans; qu'ils peuvent se tranquilliser et vivre en
repos, et que j'espre qu'ils protgeront le commerce d'gypte en Syrie,
comme mon intention est de le protger de mon ct: envoyez-leur ces
lettres par des occasions sres.

J'imagine que vous aurez eu soin que l'on clbre avec plus de pompe
encore la fte du prophte, qui est dans quatre ou cinq jours. La fte
du Nil a t trs-belle ici, celle du prophte le sera encore davantage.

BONAPARTE.



Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 aot 1798).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

Les citoyens Monge, Berthollet, Caffarelli et Geoffroy sont membres de
l'institut national, ainsi que les citoyens Desgenettes et Androssi.
Ils se runiront demain dans la salle de l'institut pour arrter un
rglement pour l'organisation de l'institut du Caire et dsigner les
personnes qui doivent le composer.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aot 1798).

_Au contre-amiral Villeneuve  Malte._

J'ai reu, citoyen gnral, la lettre que vous m'avez crite en mer, 
... lieues du cap de Celidonia. Si l'on pouvait vous faire un reproche,
ce serait de n'avoir pas mis a la voile immdiatement aprs que
_l'Orient_ a saut, puisque, depuis trois heures, la position que
l'amiral avait prise, avait t force et entoure de tous cts par
l'ennemi.

Vous avez rendu dans cette circonstance, comme dans tant d'autres, un
service essentiel  la rpublique eu suivant une partie de l'escadre.

Les contre-amiraux Ganteaume et Duchayla sont  Alexandrie, ainsi que
tous les matelots, canonniers, soldats de l'escadre, soit blesss, soit
bien portans, tous les prisonniers ayant t rendus.

Les deux vaisseaux _le Causse_ et _le Dubois_ sont arms, ainsi que les
frgates _l'Alceste_, _la Junon_, _la Muiron_, _la Carrre_, et les
autres frgates vnitiennes.

Vous trouverez  Malte deux vaisseaux et une frgate; vous y attendrez
l'arrive de trois btimens de guerre vnitiens et de deux frgates, qui
doivent venir de Toulon avec le convoi; vous ferez tous vos efforts et
tout ce que vous croyez ncessaire pour nous le faire passer.

Mon projet est de runir trois vaisseaux neufs que nous avons  Ancne,
celui que nous avons  Corfou, et les deux que nous avons  Alexandrie
dans le port, afin de pouvoir contenir,  tout vnement, l'escadre
turque, de chercher ensuite  les joindre avec les sept vaisseaux que
vous vous trouverez avoir alors sous vos ordres, et dont la principale
destination est dans ce moment de favoriser le passage des convois qui
nous arrivent de France.

Je donne ordre au gnral Vaubois de vous fournir cent Franais par
vaisseau de guerre de plus, afin de pouvoir avec ce renfort mieux
contenir votre quipage, que vous completterez de tous les matelots
maltais que vous trouverez.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor en 6 (21 aot 1798).

_Au gnral Vaubois._

Il est indispensable, citoyen gnral, que vous fournissiez  l'amiral
Villeneuve tout ce qui lui sera ncessaire, soit en approvisionnemens,
soit en garnison, soit en matelots pour pouvoir ravitailler sa division.

Les communications sont extrmement difficiles. Je n'ai point reu de
lettres de vous et fort peu de France; mais je compte assez sur votre
zle, pour ne pas douter que la place de Malte se trouve dans le
meilleur tat, et que vous employez tous vos moyens  captiver le peuple
et  nous faire passer toutes les nouvelles qui pourront vous arriver de
France.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aot 1798).

_Au gnral Ganteaume._

Je vous envoie, citoyen gnral, une lettre pour le contre-amiral
Villeneuve, qui m'a crit,  la hauteur du cap de Celidonia, qu'il se
rendait  Malte. Je vous prie de la lui faire passer. Je vous prie de me
faire connatre dans quel port _la Marguerite_ a eu ordre de relcher,
et si vous pensez qu'elle soit arrive.

Le citoyen Leroy ne m'envoie aucun tat, de sorte que j'ignore
absolument le nombre des matelots qui se trouvent dans le port
d'Alexandrie. Les uns disent que les Anglais ont rendu tous les
prisonniers de guerre: ds-lors, il devrait y avoir cinq ou six mille
personnes de l'escadre  Alexandrie; je vous prie de me rendre un compte
trs-dtaill de l'vnement qui a eu lieu, afin que je puisse en
instruire le gouvernement. De tout ce que j'ai reu jusqu' prsent, je
n'ai pas de quoi faire la moindre relation. Quelle tait la force
des Anglais? avaient-ils des vaisseaux  trois ponts? combien de
quatre-vingt? combien de soixante-quatorze?  l'heure qu'il est,
j'imagine qu'ils sont partis. Combien et quels sont les vaisseaux qui
ont t emmens ou brls? qui sont ceux de nos principaux officiers
qui se sont sauvs, qui sont tus ou qui sont prisonniers? Pourquoi _le
Franklin_ s'est-il rendu presque sans se battre?

_Le Gnreux_, que le contre-amiral a emmen avec lui, est-il un bon
vaisseau? Un vaisseau de quatre-vingts peut-il dcidment entrer dans
le port d'Alexandrie? L'amiral m'crivait, le 11, qu'il croyait qu'il
pouvait y entrer.

J'ai envoy le citoyen Perre  Rosette pour observer la position des
Anglais et me rendre compte de son ct de ce qu'il verra.

Lorsque les Anglais auront quitt ces parages, s'ils n'y laissent pas
une forte croisire, comme je pense qu'ils ne pourront le faire, ayant
besoin de leur monde pour emmener tous nos vaisseaux, j'enverrai trois
 quatre cents matelots  Ancne pour augmenter l'quipage des trois
vaisseaux vnitiens qui s'y trouvent, et les conduire  Corfou et
ensuite  Alexandrie. Vous les ferez accompagner d'un officier
intelligent, et vous lui donnerez une instruction sur la route qu'il
devra suivre.

Nous avons un vaisseau  Corfou, envoyez-y une trentaine de matelots
pour augmenter les quipages, et donnez-lui des ordres pour, s'il y a
possibilit, le faire runir aux trois autres et le faire venir ici.

J'ai crit au gnral Villeneuve de tcher de runir  Malte les trois
vaisseaux vnitiens et les deux frgates que nous avons  Toulon, ce
qui, joint aux deux vaisseaux,  la frgate maltaise, et  ce qu'il a
avec lui, fera cinq vaisseaux de guerre et cinq frgates. Nos forces
de la Mditerrane tant dans ces deux masses, nous verrons, dans le
courant de l'hiver, ce qu'il nous sera possible de faire pour leur
runion et pour seconder l'opration ultrieure de l'arme.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aot 1798).

_ l'ordonnateur Leroy._

Je suis extrmement mcontent, citoyen ordonnateur, de votre
correspondance; deux ou trois lettres que je reois de vous ne
m'apprennent rien. Vous ne m'envoyez ni l'tat approximatif des blesss,
des morts, ni celui des prisonniers que nous ont rendus les Anglais;
j'ignore absolument le nombre d'hommes rfugis de notre escadre qui se
trouvent dans ce moment  Alexandrie.

J'ignore galement ce qui a t fait pour l'armement des deux btimens
vnitiens, pour l'armement des deux frgates, et dans quelle situation
se trouve le convoi.

Je vous prie de vouloir bien m'envoyer tous ces tats dans le plus court
dlai.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aot 1798).

_Au contre-amiral Ganteaume._

Ds l'instant que vous aurez, citoyen gnral, expdi les ordres pour
Corfou, et que vous aurez pris les tats de situation du personnel et du
matriel dans les ports d'Alexandrie, vous vous rendrez au Caire: avant
de partir, confrez avec le citoyen Dumanoir.

Vous aurez soin d'crire par toutes les occasions en France, et de
rendre compte au directoire du combat naval qui a eu lieu. Notre
position au Caire est extrmement satisfaisante puisque nous avons perdu
peu de monde, et que nos prisonniers nous sont tous rendus. Cet chec,
si considrable qu'il soit, se rparera. Croyez  l'estime et  l'amiti
que j'ai pour vous.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aot 1798).

_Au mme._

Vous ferez partir, citoyen, aussitt que cela sera possible.,
d'Alexandrie; sept ou huit avisos dans le genre du _Cerf_, du _Pluvier_,
pour remonter le Nil  Rosette, et se rendre au Caire; vous y ferez
embarquer deux cents matelots de surplus, pour pouvoir armer quelques
bricks qui se trouvent ici.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aot 1798).

_Au gnral Menou._

Ni moi ni l'tat-major, nous ne recevons aucun compte de vous; vous ne
dites rien de ce qui se passe  Aboukir et  Rosette: cela en mrite
pourtant bien la peine; et je ne suis instruis que par les oui-dire.

Je vous prie de vouloir bien envoyer a l'tat-major un tat de situation
des corps qui composent la garnison, les hpitaux; de m'instruire des
mouvemens que feraient l'escadre  Aboukir ou les btimens anglais au
Bogaz. Je n'ai aucun dtail sur la communication de Rosette  Aboukir,
quoique je sache d'un autre ct qu'elle est ouverte.

Je vous prie galement de me faire connatre ce que sont devenues les
lettres  l'amiral Brueys, que vous avez d avoir dans les mains, et qui
ne sont arrives  Rosette que lorsque l'amiral n'y tait plus.

Le citoyen Croizier a port des lettres pour le gnral Klber:
ont-elles t remises au courrier? ce courrier avait aussi des lettres 
l'amiral Brueys, les a-t-il emportes avec lui?

J'aurais d tre instruit dans le plus grand dtail de tout ce qui se
disait et se faisait d'essentiel. Ds l'instant que les Anglais seront
partis d'Aboukir, ce qui ne peut tarder, si cela n'est pas dj fait,
favorisez autant qu'il vous sera possible l'arrive de quelques pices
de 24 pour les mettre au Bogaz. Rosette est le seul point de l'arme sur
lequel je n'aie aucune espce de dtails.

Vous pouvez faire partir pour le Caire tous les meubles de la commission
des arts. Je ne vous enverrai des ordres pour quitter Rosette, que
lorsque la province sera organise et que l'embouchure du Nil pourra ne
pas craindre d'insulte de quelque corsaire.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aot 1798).

_Au gnral Dommartin._

Je crois ncessaire, citoyen gnral, que votre partiez ce soir pour
vous rendre  Rosette et de l  Alexandrie. Vous profiterez du
moment o les Anglais laisseront libre la communication de Rosette
 Alexandrie, pour faire passer une pice de gros calibre et quatre
mortiers  tablir  l'embouchure de cette rivire, et enfin faire
passer, indpendamment de ce que vous avez, du Caire  Damiette, huit
autres pices de gros calibre et quatre mortiers; pour faire galement
armer le fort d'Aboukir avec une trs-bonne batterie de cte, et enfin
augmenter et inspecter les fortifications et batteries d'Alexandrie, en
ayant soin qu'on occupe le poste de l'le du Marabou. Votre prsence
sera d'ailleurs utile pour dtruire beaucoup de faux bruits que l'on
fait courir sur l'arme et sa position, et pour ranimer autant qu'il
vous sera possible, les esprances et le courage de ceux qui en auront
besoin.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aot 1798).

_ l'ordonnateur de la marine  Toulon._

L'amiral Ganteaume vous aura sans doute instruit, citoyen ordonnateur,
de l'vnement arriv  l'escadre. Le gnral Villeneuve est all, avec
tout ce qu'il a sauv,  Malte. L'ordonnateur Leroy vous rendra sans
doute un compte dtaill du nombre des blesss et morts, et vous enverra
l'tat des marins qui sont  Alexandrie.

Je vous envoie une lettre pour madame Brueys: je vous prie de la lui
remettre avec tous les mnagemens possibles. L'arme de terre est dans
la plus brillante position, nous sommes matres de toute l'gypte,
et ds l'instant que nous aurons reu le convoi que vous devez nous
envoyer, il ne nous restera plus rien  dsirer. J'ordonne au gnral
Villeneuve de runir dans le port de Malte et sous son commandement les
deux vaisseaux maltais, les trois vaisseaux vnitiens et les frgates
que nous avons  Toulon.

Je runirai les vaisseaux vnitiens que nous avons  Ancne et celui que
nous avons  Corfou, ainsi que les deux vaisseaux et les six frgates
qui sont dans le port d'Alexandrie. Il n'y a eu que fort peu de blesss:
ceux-ci ne montent qu' huit cents. Tous les quipages qui ont t pris
par les Anglais, sont presque tous rendus et existans  Alexandrie.
Les trente ou quarante ouvriers que vous avez envoys sont arrivs
galement.

Soyez assez aimable, je vous prie, pour faire connatre  ma femme, dans
quelque lieu qu'elle se trouve, et  ma mre en Corse, que je me porte
fort bien. J'imagine bien que l'on m'aura dit, en Europe, tu une
douzaine de fois.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aot 1798).

_Au citoyen Menars, commissaire de la marine  Malte._

Je vois avec plaisir, citoyen commissaire, par votre lettre du 5
thermidor, que _le Dego_ et _la Carthaginoise_ sont prts  partir. 
l'heure qu'il est, le contre-amiral Villeneuve aura mouill dans le port
de Malte avec son escadre. J'espre aussi que vous travaillerez avec la
plus grande activit  l'armement du troisime vaisseau, et qu'avant un
mois il pourra augmenter l'escadre de l'amiral Villeneuve. Je vous prie
de mettre dans cette circonstance plus de zle et d'activit que dans
toutes les autres. J'ai crit en France pour qu'on vous ft passer
600,000 fr. et j'cris au gnral Vaubois pour qu'il vous aide de tous
ses moyens. J'espre que vous serez bientt joint par le reste de nos
vaisseaux qui sont  Toulon.

Faites-nous parvenir par toutes les occasions des nouvelles de France;
les petits bateaux qui ctoient la cte d'Afrique doivent pouvoir
arriver sans difficults.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aot 1798).

_Au gnral Klber._

Je vous remercie, citoyen gnral, de votre sollicitude sur ma sant:
elle n'a jamais, je vous assure, t meilleure. Les affaires ici vont
parfaitement bien, et le pays commence  se soumettre.

J'ai appris la nouvelle de l'escadre onze jours aprs l'vnement, et
ds-lors ma prsence n'y pouvait plus rien. Quant  Alexandrie, je n'ai
jamais eu la moindre inquitude; il n'y aurait personne que les Anglais
n'y entreraient pas. Ils ont bien assez  faire de garder leurs
vaisseaux, et sont trop empresss  profiter de la bonne saison pour
regagner Gibraltar.

J'ai reu des lettres du contre-amiral Villeneuve  six lieues du cap de
Celidonia: il va  Malte. J'ai reu des lettres de cette le. Les deux
btimens et la frgate sont prts; les trois btimens sont aussi prts
 Toulon: ainsi j'espre que, dans le courant de septembre, nous aurons
sept btimens de guerre et cinq frgates quips  Malte, tout comme
nous aurons six, sept  huit frgates  Alexandrie. J'espre que les
quatre d'Ancne nous y joindront.

Je n'ai pas encore reu la revue, au moins approximative, des matelots
qui se trouvent  Alexandrie. Je voudrais qu'au lieu de trois, vous y
gardassiez pour six mois de riz. Ne vous sachant pas si bien pourvu,
j'avais ordonn que l'on en achett cinq mille quintaux  Damiette et
cinq mille  Rosette, pour faire passer  Alexandrie.

J'ai envoy le gnral Marmont avec la quatrime demi-brigade
d'infanterie lgre et deux pices de canon pour soumettre la province
de Bahir, maintenir libre la communication de Rosette  Alexandrie, et
rester sur la cte pour empcher la communication de l'escadre avec la
terre.

Je ferai partir cette nuit le gnral Dommartin pour profiter du moment
favorable et acclrer le dpart de l'artillerie de campagne pour
l'arme: avec six pices de 24  boulets rouges et deux mortiers, toutes
les escadres de la terre n'approcheraient pas. Il faut, dans ce cas,
recommander qu'on tire lentement et trs-peu; il faut avoir quelques
gargousses de parchemin bien faites. Il faut le plus promptement
possible mettre en tat le fort d'Aboukir et occuper la tour du Marabou,
o nous avons descendu: occupez-la avec un poste et quelques pices de
canon.

Le turc Passwan-Oglou est plus fort que jamais, et les Turcs y penseront
 deux fois avant de faire un mouvement contre nous: au reste ils
trouveront  s'en repentir. Tous les mois, tous les jours, notre
position s'amliore par les tablissemens propres  nourrir l'arme, par
les fortifications que nous tablissons sur diffrens points; et ds
l'instant que nos approvisionnemens de campagne qui sont  Alexandrie,
seront en tat d'tre transports au Caire, je vous assure que je ne
crains pas cent mille Turcs.

Si les Anglais relvent cette escadre-ci par une autre et continuent 
inonder la Mditerrane, ils nous obligeront peut-tre  faire de plus
grandes choses que nous n'en voulions faire. Au milieu de ce tracas, je
vois avec plaisir que votre sant se rtablit, que votre blessure est
gurie. Vous sentez que votre prsence est encore ncessaire dans le
poste o vous tes; vous voyez que la blessure que vous avez reue a
tourn  bien pour l'arme. Faites-moi passer de suite tous les hommes
qui viendraient de Malte ou de France, quand mme ils n'auraient pas
de dpches. Vous me ferez connatre quels sont les btimens que vous
m'envoyez. Je vous fais passer l'ordre pour le commerce; il faut
rependant prendre garde qu'aucun ngociant d'Alexandrie ne profite de
cette libert de commerce pour faire transporter ses richesses, et de
ne le mettre  excution que lorsque la plus grande partie de l'escadre
anglaise sera partie.

Encouragez, autant qu'il vous sera possible, les barques de Tripoli qui
transportent des moutons  Alexandrie. J'ai crit  ce bey et au consul
franais, par le dsert; crivez lui de votre ct par mer, et surtout
au bey de Bengaz. Quant aux btimens de guerre turcs, il faut
nous tenir dans la position o nous sommes jusqu'aux nouvelles de
Constantinople, afin qu'aux premires hostilits du capitan pacha, nous
puissions nous en emparer; ils quivaudront toujours dans nos mains 
une de leurs caravelles.

J'imagine qu' l'heure qu'il est la masse de l'escadre anglaise sera
partie. Aujourd'hui que les chemins sont ouverts, crivez-moi souvent
et faites-moi envoyer exactement les tats de situation. J'espre que
l'arrt du conseil pour couler les soixante btimens de transport
n'aura pas eu lieu. Avec six pices de 24, deux grils  boulets rouges
et quarante canonniers, j'ai lutt pendant quatre jours contre l'escadre
anglaise et espagnole au sige de Toulon, et aprs lui avoir brl une
frgate et plusieurs bombardes, je l'ai force  prendre le large. Si le
gnie de l'arme voulait qu'ils tentassent de se frotter contre notre
port, ils pourraient, par ce qui leur arriverait, nous consoler un peu
de l'vnement arriv  notre flotte. Le parti que vous avez pris
de renforcer la batterie des Figuiers et du fort triangulaire est
extrmement sage.

J'ai envoy, par votre aide-de-camp, une assez forte somme 
l'ordonnateur Leroy. Faites-moi connatre ce que l'opinion dit sur la
conduite _du Francklin_: il parat qu'il ne s'est pas battu.

Faites-moi connatre la date de toutes les lettres que vous avez reues
de moi, afin que je vous envoie copie de toutes celles qui ne vous
seraient point parvenues.

BONAPARTE.



Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 aot 1798).

_Instructions remises au citoyen Beauvoisin, chef de bataillon
d'tat-major, commissaire prs le divan du Caire._

Le citoyen Beauvoisin se rendra  Damiette; de l il s'embarquera sur un
vaisseau turc ou grec; il se rendra  Jaffa; il portera la lettre que je
vous envoie  Achmet-Pacha; il demandera  se prsenter devant lui, et
il ritrera de vive voix que les musulmans n'ont pas de plus vrais amis
en Europe que nous; que j'ai entendu avec peine que l'on croyait en
Syrie que j'avais dessein de prendre Jrusalem et de dtruire la
religion mahomtane; que ce projet est aussi loin de notre coeur que de
notre esprit; qu'il peut vivre en toute sret, que je le connais de
rputation comme un homme de mrite; qu'il peut tre assur que, s'il
veut se comporter comme il le doit envers les hommes qui ne lui font
rien, je serai son ami, et bien loin que notre arrive en gypte soit
contraire  sa puissance, elle ne fera que l'augmenter; que je sais que
les mameloucks que j'ai dtruits taient ses ennemis, et qu'il ne doit
pas nous confondre avec le reste des Europens, puisque, au lieu de
rendre les musulmans esclaves, nous les dlivrons; et enfin il lui
racontera ce qui s'est pass en gypte et ce qui peut tre propre  lui
ter l'envie d'armer et de se mler de cette querelle. Si Achmet-Pacha
n'est pas  Jaffa, le citoyen Beauvoisin se rendra  Saint-Jean-d'Acre;
mais il aura soin auparavant de voir les familles europennes,
et principalement le vice-consul franais, pour se procurer des
renseignemens sur ce qui se passe  Constantinople et sur ce qui se fait
en Syrie.

BONAPARTE.



Au Caire, le 5 fructidor an 6 (11 aot 1798).

_ Achmet-Pacha[14], gouverneur de Sid et d'Acra (Saint-Jean-d'Acre.)_

En venant en gypte faire la guerre aux beys, j'ai fait une chose juste
et conforme  tes intrts, puisqu'ils taient tes ennemis; je ne suis
point venu faire la guerre aux musulmans. Tu dois savoir que mon premier
soin, en entrant  Malte, a t de faire mettre en libert deux mille
Turcs, qui, depuis plusieurs annes, gmissaient dans l'esclavage. En
arrivant en gypte, j'ai rassur le peuple, protg les muphtis, les
imans et les mosques; les plerins de la Mecque n'ont jamais t
accueillis avec plus de soin et d'amiti que je ne l'ai fait, et la fte
du prophte vient d'tre clbre avec plus de splendeur que jamais.

Je t'envoie cette lettre par un officier qui te fera connatre de vive
voix mon intention de vivre en bonne intelligence avec toi, en nous
rendant rciproquement tous les services que peuvent exiger le commerce
et le bien des tats: car les musulmans n'ont pas de plus grands amis
que les Franais.

BONAPARTE.

[Footnote 14: Le mme que le clbre Djessar pacha.]




Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 aot 1798).

_Au grand-visir._

L'arme franaise que j'ai l'honneur de commander est entre en gypte
pour punir les beys mameloucks des insultes qu'ils n'ont cess de faire
au commerce franais.

Le citoyen Talleyrand-Prigord, ministre des relations extrieures
 Paris, a t nomm, de la part de la France, ambassadeur 
Constantinople, pour remplacer le citoyen Aubert, Dubayet, et il est
muni des pouvoirs et instructions ncessaires de la part du directoire
excutif pour ngocier, conclure et signer tout ce qui est ncessaire
pour lever les difficults provenant de l'occupation de l'gypte par
l'arme franaise, et consolider l'ancienne et ncessaire amiti qui
doit exister entre les deux puissances. Cependant, comme il pourrait se
faire qu'il ne ft pas encore arriv  Constantinople, je m'empresse
de faire connatre  votre excellence l'intention o est la rpublique
franaise, non-seulement de continuer l'ancienne bonne intelligence,
mais encore de procurer  la Porte l'appui dont elle pourrait avoir
besoins contre ses ennemis naturels, qui, dans ce moment, viennent de se
liguer contre elle.

L'ambassadeur Talleyrand-Prigord doit tre arriv. Si, par quelque
accident, il ne l'tait pas, je prie votre excellence d'envoyer ici
(au Caire), quelqu'un qui ait votre confiance et qui soit muni de vos
instructions et pleins-pouvoirs, ou de m'envoyer un firman, afin que je
puisse envoyer moi-mme un agent, pour fixer invariablement le sort de
ce pays, et arranger le tout  la plus grande gloire du sultan et de
la rpublique franaise, son allie la plus fidle, et  l'ternelle
confusion des beys et mameloucks, nos ennemis communs.

Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'amiti et de haute
considration, etc.

BONAPARTE.



Au Caire, le 8 fructidor an 6 (25 aot 1798).

_Au schrif de la Mecque._

En vous faisant connatre l'entre de l'arme franaise en gypte, je
crois devoir vous assurer de la ferme intention o je suis de protger
de tous mes moyens le voyage de plerins de la Mecque: les mosques
et toutes les fondations que la Mecque et Mdine possdent en gypte,
continueront  leur appartenir comme par le pass. Nous sommes amis des
musulmans et de la religion du prophte; nous dsirons faire tout ce qui
pourra vous plaire et tre favorable  la religion.

Je dsire que vous fassiez connatre partout que la caravane des
plerins ne souffrira aucune interruption, qu'elle n'aura rien 
craindre des Arabes.

BONAPARTE.



Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 aot 1798).

_Au mme._

Je m'empresse de vous faire connatre mon arrive,  la tte de l'arme
franaise, au Caire, ainsi que les mesures que j'ai prises pour
conserver aux saintes mosques de la Mecque et de Mdine les revenus qui
leur taient affects. Par les lettres que vous criront le divan et les
diffrens ngocians de ce pays, vous verrez avec quel soin je protge
les imans, les schrifs et tous les hommes de loi; vous y verrez
galement que j'ai nomm pour emir-adji Mustapha-Bey, kiaya de
Seid-Aboukekir, pacha gouverneur du Caire, et qu'il escortera la
caravane avec des forces qui la mettront  l'abri des incursions des
Arabes.

Je dsire beaucoup que, par votre rponse, vous me fassiez connatre si
vous souhaitez que je fasse escorter la caravane par mes troupes, ou
seulement par un corps de cavalerie de gens du pays; mais, dans tous les
cas, faites connatre  tous les ngocians et fidles que les musulmans
n'ont pas de meilleurs amis que nous, de mme que les schrifs et tous
les hommes qui emploient leur temps et leurs moyens  instruire les
peuples n'ont pas de plus zls protecteurs, et que le commerce
non-seulement n'a rien  craindre, mais sera spcialement protg.

J'attends votre rponse par le retour de ce courrier.

Vous me ferez connatre galement les besoins que vous pourriez avoir,
soit en bl, soit en riz, et je veillerai  ce que tout vous soit
envoy.

BONAPARTE.



Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 aot 1798).

_Aux ngocians franais  Jaffa._

Je n'ai reu, citoyens, qu'aujourd'hui votre lettre du 7 thermidor. Je
vois avec peine la position dans laquelle vous vous trouvez; mais les
nouvelles ultrieures que l'on aura eues de nos principes, auront, j'en
suis persuad, dissip toutes les alarmes qui vous entouraient.

Je suis fort aise de la bonne conduite de l'aga, gouverneur de la ville:
les bonnes actions trouvent leur rcompense, et celle-l aura la sienne.

Malheur, au reste,  qui se conduira mal envers vous! Conformment  vos
dsirs, le divan, compos des principaux schrifs du Caire, le kiaya
du pacha, le mollah d'gypte, et celui de Damas, qui se trouvent ici,
crivent en Syrie pour dissiper toutes les alarmes. Les vrais musulmans
n'ont pas de meilleurs amis que nous.

BONAPARTE.



Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 aot 1798).

_Au gnral Menou._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 6 fructidor. Il sera fait
incessamment un rglement gnral pour le traitement  accorder au
divan et  la compagnie des janissaires, ainsi qu' l'aga dans chaque
province.

Faites arrter tous les Franais arrivant du Caire, qui n'auraient pas
de passeports de l'tat-major.

Diminuez votre service. Comment est-il possible que vous ayez
trois cents hommes de garde  Rosette, lorsque nous n'en avons que
quatre-vingts, au Caire?

Une garde chez vous, une de police, quelques factionnaires aux
principaux magasins, et tout le reste en rserve, cela ne fait que
vingt-cinq ou trente hommes de service.

L'officier du gnie et l'ingnieur des ponts et chausses doivent
travailler sans instrumens: on ne demande que des croquis. Si vous
pouviez nous envoyer un croquis de votre province, fait  la main, avec
tous les noms des villages, cela nous serait fort utile.

Je ne puis trop vous louer d'avoir donn  dner aux scheiks du pays.
Nous avons clbr ici la fte du Prophte avec une pompe et une ferveur
qui m'ont presque mrit le titre de saint. Je n'approuve pas la mesure
de donner du bl aux pauvres; nous ne sommes pas encore assez riches, et
il faut nous garder de les gter.

J'imagine que vous avez opr le dsarmement de la ville, et que vous
avez profit des sabres pour armer votre cavalerie. Vous aurez vu, dans
l'ordre du jour, que vous devez lever dans votre province trois cents
chevaux.

BONAPARTE.



Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 aot 1798).

_Au gnral Klber._

Vous avez trs-bien fait, citoyen gnral, de faire arrter le ngociant
Abdel-Bachi, puisque vous avez eu des preuves qu'il tait avec les
mameloucks. En gnral, confisquez les proprits et les biens de tous
ceux qui se trouvent avec eux. Je vous envoie un ordre pour un autre
habitant d'Alexandrie, qui est un des _factotum_ de Mourad-Bey, et qui,
dans ce moment-ci, est avec lui.

J'ai lu les lettres que les pilotes barbaresques, qu'avaient pris les
Anglais, ont crites  El-Messiri. C'est une plate btise; cependant
j'aurais assez aim que vous eussiez fait couper le cou au reis de la
djerme.

Il va incessamment y avoir un rglement  l'ordre pour la solde du
divan, de l'aga et de la compagnie des janissaires; employez surtout
cette compagnie  protger l'arrivage des eaux. Mnagez bien vos armes,
nous en avons grand besoin; nous devons peu compter sur le second
convoi: vous savez combien nos troupes en dpendent.

J'ai envoy, par votre aide-de-camp, 100,000 fr.  l'ordonnateur Leroy;
j'en fais partir demain 50,000 autres. Nous ne sommes pas ici, comme
vous pourriez vous l'imaginer, au milieu des trsors, et, jusqu' la
perception, nous prouverons toujours une certaine pnurie.

Les ressources que vous trouverez chez les diffrentes personnes
arrtes; la contribution que vous devez percevoir,  titre de prt,
sur les ngocians; les fonds que les gnraux d'artillerie et du gnie
envoient pour leurs services, ceux que j'envoie pour la marine,
vous mettront, j'espre,  mme d'aller, et vous viteront le grand
inconvnient de vendre du riz, que nous aurions tant de peine 
transporter  Alexandrie, et o la prudence veut que nous en ayons pour
toute l'arme pendant un an ou deux. Le gnral du gnie a envoy de
l'argent  Rahmanieh, pour les travaux du canal.

Vous devez dclarer positivement au commandant de la caravelle, qu'il
ait  vous remettre tout l'argent, tous les effets qui n'appartiennent
ni  lui, ni  son quipage, sous peine d'tre puni exemplairement.

J'espre que si le citoyen Delisle est  Alexandrie, vous aurez fait
mettre la main dessus, et surtout que vous aurez fait prendre sa
vaisselle. Je suis ici dans l'embarras de trouver de l'argent, et dans
un bois de fripons.

Quant  l'administration de la justice, c'est une affaire
trs-embrouille chez les musulmans; il faut encore attendre que nous
soyons un peu plus mls avec eux. Laissez faire le divan  peu prs ce
qu'il veut.

J'espre que vous aurez fait clbrer la fte du Prophte avec le mme
clat que nous l'avons fait au Caire.

BONAPARTE.



Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 aot 1798).

_Au scheick El-Messiri[15]._

Le gnral Klber me rend compte de votre conduite, et j'en suis
satisfait.

Vous savez l'estime particulire que j'ai conue pour vous an premier
moment que je vous ai connu, j'espre que le moment ne tardera pas o je
pourrai runir tous les hommes sages et instruits du pays, et tablir
un rgime uniforme, fond sur les principes de l'Alcoran, qui sont les
seuls vrais, et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes.

Comptez en tout temps sur mon estime et mon appui.

BONAPARTE.

[Footnote 15: Un des notables de la ville d'Alexandrie.]



Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 aot 1798).

_Ordre du jour._

Le gnral en chef ordonne que le 1er. vendmiaire, poque de la
fondation de la rpublique, sera clbr dans tous les diffrens points
o se trouve l'arme, par une fte civique.

La garnison d'Alexandrie clbrera sa fte autour de la colonne de
Pompe.

Les noms de tous les hommes de l'arme franaise qui ont t tus  la
prise d'Alexandrie, seront en consquence gravs sur cette mme colonne.

L'on plantera le pavillon tricolore au haut de la colonne.

L'aiguille de Cloptre sera illumine.

L'on dressera au Caire, au milieu de la place d'Esbeckieh, une pyramide
de sept faces dont chacune sera destine  contenir les noms des hommes
des cinq divisions qui sont morts  la conqute de l'gypte;

La sixime sera pour la marine;

La septime pour l'tat-major, la cavalerie, l'artillerie et le gnie.

La partie de l'arme qui se trouvera au Caire s'y runira  sept heures
du matin, et aprs diffrentes manoeuvres et avoir chant des couplets
patriotiques, une dputation de chaque bataillon partira pour aller
planter au haut de la plus grande pyramide le drapeau tricolore.

La pince d'Esbeckieh sera dispose de manire  ce que le soir,  quatre
heures, il puisse y avoir course de chevaux autour de la place, et
course  pied.

 ces courses seront admis ceux des habitans du pays qui voudront s'y
prsenter; il y aura des prix assigns pour le vainqueur.

Le soir, la pyramide sera toute illumine; il y aura un feu d'artifice.

Les troupes qui sont dans la Haute-gypte clbreront leur fte sur les
ruines de Thbes.

Le gnral du gnie, le gnral d'artillerie et le commandant de la
place du Caire se runiront chez le gnral en chef de l'tat-major
gnral pour se concerter et faire un programme plus dtaill de la
fte, chacun en ce qui concerne son arme.

Le gnral en chef ordonne qu'il ne sera fait dans l'arme qu'un seul
pain; toutes les rations, soit  l'tat-major, soit aux administrations,
seront de pain de munition.

Il sera fait un pain plus soign pour les hpitaux; mais il est
dfendu, sous quelque prtexte que ce soit, aux administrateurs et aux
garde-magasins, de donner de ce pain au gnral en chef, ni  aucun
gnral, ni au munitionnaire gnral;  la visite que l'officier de
service fait tous les jours des hpitaux, le directeur fera connatre la
quantit de pain d'hpitaux qu'il aura reue. Il lui est dfendu, sous
les peines les plus svres, de donner de ce pain  tout autre.

Le gnral en chef est instruit que des employs et administrateurs
s'embarquent sur les diligences du Caire  Rosette et Damiette, sans
tre munis d'ordres, ainsi qu'il a t ordonn. Le gnral en chef
dfend expressment de laisser embarquer aucun Franais, soit  Boulac,
soit au Vieux-Caire, ou dans tout autre endroit, s'il n'est muni d'un
passeport, soit du gnral chef de l'tat-major gnral, soit de
l'ordonnateur en chef Sucy. Des postes seront placs de manire 
s'assurer, soit au dpart, soit  l'arrive des bateaux, de l'excution
du prsent ordre. Tous les Franais trouvs sur des barques sans tre
munis de passeports ou d'ordres, seront arrts.

Le conseil militaire de la division du gnral Bon a condamn  cinq
annes de fers le citoyen Vaultre, domestique du citoyen Thieriot,
adjudant sous-lieutenant au vingt-deuxime de chasseurs  cheval,
convaincu de vol.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aot 1798).

_Au gnral Zayonscheck._

Je suis fort aise d'apprendre, par votre lettre, que la dnonciation
que l'on m'avait faite sur la contribution que vous aviez impose, est
fausse. Vous devez m'envoyer les noms des villages qui ont tir sur nos
troupes lors de notre marche au Caire; vous ne devez leur accorder le
pardon qu' condition:

1. De vous rendre les armes;

2 De vous donner le nombre des chevaux et mulets qu'ils peuvent
fournir;

3. De vous remettre chacun deux tages pour garantir leur conduite 
l'avenir. Vous m'enverrez un tage au Caire. Conformment  la demande
que vous avez faite de revenir au Caire, j'ai nomm le gnral Lanusse
pour vous remplacer; vous mnerez avec vous la plus grande partie de vos
troupes, conformment  l'ordre que vous aura donn l'tat-major.

Avant de partir, faites un croquis de tous les canaux et de tous les
villages qui composent la province de Menoufi.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aot 1798).

_Au gnral Klber._

Je n'approuve pas, citoyen gnral, la mesure que vous avez prise de
retenir les 15,000 fr. que j'avais destins au contre-amiral Ganteaume.
Je vous prie, s'il est  Alexandrie, de les lui remettre: beaucoup
d'officiers de marine sont dangereusement blesss, et doivent
ncessairement avoir des besoins. Les officiers qui faisaient partie
des garnisons, qui doivent tre peu nombreux, se trouvent naturellement
compris dans cette rpartition. Vous devez avoir reu l'ordre de faire
partir tous les dtachemens qui faisaient partie des garnisons des
vaisseaux, et j'aurai soin,  leur arrive au Caire, de les indemniser
autant qu'il me sera possible.

Il est indispensable de vous procurer, sur la ville d'Alexandrie, les
185,000 fr., pour complter la contribution de 300,000 fr. Il n'y a pas
d'autre moyen de subvenir  nos besoins. Le gnral Menou, qui croyait
trouver de grands obstacles  lever sa contribution de 100,000 fr., me
mande, par le dernier courrier, qu'elle est dj leve.

Il faut construire une batterie  Aboukir; il faudrait galement
dfendre par deux redoutes et quelques pices d'artillerie, l'entre du
lac, afin que les chaloupes anglaises ne viennent pas vous y inquiter.
Je crois trs-ncessaire d'y travailler, ainsi que de complter la
batterie d'Aboukir, et la mettre dans une situation respectable.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aot 1798).

_Au gnral Menou._

J'ai reu, citoyen gnral, par toutes les diligences, toutes vos
lettres, que je lis avec d'autant plus d'intrt, que j'approuve
davantage vos vues et vos manires de voir. Je vous remercie des
honneurs que vous avez rendus  notre prophte.

Vous devez,  l'heure qu'il est, avoir reu l'ordre pour les limites de
la province de Rosette.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aot 1798).

_Au citoyen Leroi, ordonnateur de la marine._

Il y a  Damiette, citoyen, une corvette portant vingt pices de canon,
laquelle n'est pas encore acheve. Il est indispensable que vous y
envoyiez un ingnieur constructeur pour la faire terminer. Cela est
extrmement essentiel. Envoyez galement reconnatre les ressources que
pourra vous fournir cette place. On m'assure qu'elle renferme beaucoup
de fer, de bois, tous objets qui vous sont essentiels.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aot 1798).

_Au gnral Klber._

J'ai dj rpondu, citoyen gnral,  toutes les questions contenues
dans votre lettre du 8 fructidor; mais, pour me rsumer, je rponds ici
 vos sept questions.

1. Oui, vous pouvez faire lever l'embargo mis sur les btimens neutres,
et les laisser sortir malgr la prsence de l'ennemi, pourvu qu'ils ne
portent aucuns vivres, et spcialement du riz.

2. Mme rponse pour les btimens de commerce turcs.

3. Cela ne s'tend pas jusqu' la caravelle et aux btimens de guerre
turcs, auxquels il faut donner de belles paroles, et attendre, pour
prendre une dcision, que nous ayons des renseignemens ultrieurs.

4. Les btimens auxquels on a fait des rquisitions, si les denres
qu'ils avaient appartenaient  des particuliers, doivent tre solds.
Envoyez-moi l'tat de tous ces btimens, ainsi que la valeur de leurs
chargemens. Que les patrons fassent une assemble, et qu'ils envoient
ici des fonds de procuration; je leur ferai donner de l'argent pour la
valeur de leurs marchandises. Ceux qui, aprs cette opration faite,
voudraient s'en aller, en seront les matres. Vous leur ferez connatre
qu' leur retour, cette commission aura obtenu de moi cette demande; et
qu'ils seront solds. Voue les engagerez  nous apporter du bois et du
vin.

5. Les btimens neutres attachs  notre convoi ne pourront pas sortir
jusqu' nouvel ordre: j'attends un tat sur leur nombre et sur ce qui
leur est d, pour prendre un parti  leur gard.

6. Les esclaves mameloucks seront regards comme marchandise ordinaire;
vous exigerez seulement qu'ils vacuent Alexandrie, et se rendent au
Caire. Cependant il faut, avant, vrifier si les beys ne les avaient pas
dj pays. L'artillerie fera des reus des armes, estimera leur valeur,
et les marchands viendront au Caire, o je les ferai solder. Si les
armes sont ordinaires, elles resteront  la disposition de l'artillerie;
si ce sont des armes qui passent le prix des armes ordinaires,
l'artillerie m'en enverra l'inventaire, et on n'en disposera pas jusqu'
nouvel ordre.

7. Tous les officiers de marine rendus sur parole, pourront partir,
ds l'instant qu'ils ont jur de ne pas servir de cette guerre; vous
excepterez du nombre quatre ou cinq, qui, par leur activit, pourraient
nous tre utiles sur le Nil.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aot 1798).

_Au citoyen Dubois[16]._

Je reois votre lettre, citoyen, en date du 6 fructidor. Par le
mme courrier, le gnral Klber m'apprend qu'il n'a plus besoin de
pansemens. Vos talens nous sont utiles ici, et je vous prie de partir le
plus tt possible pour vous y rendre: l'air du Nil vous sera favorable.
Les circonstances, d'ailleurs, ne rendent pas le passage assez sr pour
que j'expose un homme aussi utile. Vous serez content de voir de prs
cette grande ville du Caire; vous trouverez  l'Institut un logement
passable, et une socit d'amis[17].

BONAPARTE.

[Footnote 16: C'est le clbre Antoine Dubois, l'un des chirurgiens les
plus habiles de l'Europe.]

[Footnote 17: La sant du docteur Dubois ne lui permit pas de rester en
gypte.]




Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 aot 1798).

_Au gnral Dugua._

J'ai reu votre lettre, citoyen gnral, du 11 fructidor. Je savais bien
que ce n'tait pas  Mehal-el-Kebir que l'on s'tait battu; mais l'on
m'avait suppos que c'tait le chef-lieu de tous les rassemblemens. Je
dsire que vous y envoyiez un bataillon, afin d'assister le gnral
Fugires dans ses oprations, et spcialement dans le dsarmement.

Il serait extrmement dangereux de lever des contributions par village:
cela serait capable dans ce moment-ci de dcider les paysans 
abandonner la culture; j'ai cependant ordonn la leve de quelques
contributions sur quelques villages; je les ai mises  la disposition de
l'ordonnateur eu chef. Je vous envoie ci-joint, copie de mon ordre. Vous
recevrez incessamment les instructions pour les contributions  lever
dans votre province, L'intendant cophte a d recevoir des ordres de son
intendant gnral pour la manire dont elles doivent tre soldes. D'ici
 quelque temps, il ne sera pas possible au gnral Dommartin de vous
procurer l'artillerie qu'il vous avait promise; l'vnement arriv  la
flotte a apport dans toutes ses combinaisons beaucoup de changemens;
faites raccommoder votre artillerie le mieux qu'il vous sera possible.

Je ne pense pas que le gnral Cafarelli puisse vous envoyer un autre
officier du gnie: il y en a beaucoup de malades.

Vous trouverez ci-joint l'ordre au gnral Vial de mettre trente djermes
 votre disposition. Il est indispensable que vous soyez toujours en
mesure pour que, vingt-quatre heures aprs la rception d'un ordre, vous
puissiez vous porter o le besoin l'exigerait, et, dans ce moment-ci,
je sens que cela ne peut s'excuter qu'avec des bateaux. J'approuve que
vous accordiez  la ville de Mansoura une amnistie. Pressez toutes les
mesures pour donner de la confiance aux habitans, leur faire reprendre
le commerce. Je dsire que vous criviez aux trois ou quatre villages
qui se sont le plus mal comports dans l'affaire de Mansoura, pour
qu'ils reviennent  l'obissance. Dans ce cas, vous ferez sentir aux
dputs les dangers qu'ils courent, et, s'ils ne veulent pas voir brler
leurs villages, qu'ils doivent faire arrter les plus coupables et vous
les livrer.

Il faut absolument que vous profitiez du moment o les circonstances
me permettent de laisser votre division  Mansoura, pour soumettre
dfinitivement tous les villages de votre province, prendre des otages
des sept ou huit qui se sont mal comports, et livrer aux flammes celui
de tous qui s'est le plus mal conduit: il ne faut pas qu'il y reste une
maison, Sans cet exemple, ds l'instant que votre division aurait quitt
Mansoura, ces gens-ci recommenceraient. Vous trouverez facilement de
petits bateaux pour vous transporter au village que vous voudrez brler;
enfin faites l'impossible pour cela.

BONAPARTE.



Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 aot 1798).

_Au pacha de Damas._

Je vous ai dj crit plusieurs lettres pour vous faire connatre que
nous n'tions pas ennemis des musulmans, et que la seule raison qui nous
avait conduits en gypte, tait pour y punir les beys et venger les
outrages qu'ils avaient faits au commerce franais. Je dsire donc que
vous restiez persuad du dsir o je suis de vivre en bonne intelligence
avec vous, et de vous donner tous les signes de la plus parfaite amiti.

BONAPARTE.



Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 aot 1798).

_Au pacha du Grand-Seigneur en gypte._

Lorsque les troupes franaises obligrent Ibrahim  vacuer la province
de Scharkieh, je lui crivis que je vous acceptais pour mdiateur, et
qu'il vous envoyt vers moi. Je vous ritre aujourd'hui le dsir que
j'aurais que vous revinssiez au Caire pour y reprendre vos fonctions: ne
doutez pas de la considration que l'on aura pour vous, et du plaisir
que j'aurai  faire votre connaissance.

BONAPARTE.



Au Caire, le 15 fructidor an 6 (1er septembre 1798).

_Au gnral Klber._

Le citoyen Leroy me mande que toutes les dispositions que j'avais faites
pour la marine sont annules, par le parti que vous avez pris d'affecter
 d'autres services les 100,000 liv. que je lui avais envoyes. Vous
voudrez bien, aprs la rception du prsent ordre, remettre les 100,000
liv.  la marine, et ne point contrarier les dispositions que je fais et
qui tiennent  des rapports que vous ne devez pas connatre, n'tant pas
au centre.

L'administration d'Alexandrie a cot le double que le reste de l'arme.
Les hpitaux, quoique vous n'ayez que trois mille malades, cotent, et
ont cot beaucoup plus que tous les hpitaux de l'arme.

Je ne crois pas, dans les diffrens ordres que je vous ai donns, vous
avoir laiss matre de lever ou non la contribution  titre d'emprunt,
sur les ngocians d'Alexandrie: ainsi, si vous en avez suspendu
l'excution, je vous prie de vouloir bien prendre les mesures,
sur-le-champ, pour la faire rentrer, quels que soient les inconvniens
qui doivent en rsulter: nous n'avons point, pour ce moment-ci, d'autre
manire d'exister.

BONAPARTE.



Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).

_Au gnral Desaix._

Votre tat-major doit correspondre avec le chef de l'tat-major
de l'arme. Il n'est pas d'usage que je reoive des lettres des
adjudans-gnraux,  moins que ce ne soit pour des rclamations qui leur
soient particulires. Votre commissaire, et surtout votre agent des
subsistances, sont extrmement coupables. Les biscuits ont rest cinq ou
six jours embarqus, et ils avaient bien le temps de les vrifier. Il
faut avoir soin aussi qu'on ne donne pas aux corps plus de rations qu'il
ne leur en revient.

_La Cisalpine_ part ce soir avec le troisime bataillon de la
vingt-unime, quarante mille rations de biscuit, deux pices de canon et
cinquante mille cartouches: ils se rendent a Abugirg. On m'assure qu'il
y a  Abugirg un canal qui conduit  Benhec, et j'espre que vous
trouverez moyen de vous porter directement  cette position et
d'atteindre Mourad-Bey. C'est le projet qui me parat le plus simple:
s'il n'tait pas excutable, je dsire que vous remontiez jusqu'
Melaoni, pour descendre par le canal de Joseph.

Vous savez qu'en gnral je n'aime pas les attaques combines; arrivez
devant Mourad-Bey par o vous pourrez et avec toutes les forces: l, sur
le champ de bataille, vous ferez vos dispositions pour lui causer le
plus de mal possible.

Vous verrez, par l'ordre que vous envoie l'tat-major, que je vous
autorise  traiter avec les anciens beys.

Je n'envoie personne dans le Faioum, jusqu' ce que je sache
dfinitivement ce que veut faire Mourad-Bey, car je ne peux pas y
envoyer de grandes forces, et pour y envoyer cinq ou six cents hommes,
il faut que je connaisse les oprations ultrieures de Mourad-Bey.

BONAPARTE.



Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).

Le gnral en chef Bonaparte ordonne:

ART. 1er La femme de Mourad-Bey paiera, dans la journe du 20, vingt
mille talaris,  compte de sa contribution.

2. Si le 20 au soir ces vingt mille talaris ne sont pas solds, elle
paiera un vingtime par jour en sus, jusqu' ce que les vingt mille
talaris soient entirement verss.

BONAPARTE.



Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).

_Au vice-amiral Thvenard._

Votre fils est mort d'un coup de canon sur son banc de quart: je
remplis, citoyen gnral, un triste devoir en vous l'annonant; mais il
est mort sans souffrir et avec honneur. C'est la seule consolation qui
puisse adoucir la douleur d'un pre. Nous sommes tous dvous  la mort:
quelques jours de vie valent-ils le bonheur de mourir pour son pays?
compensent-ils la douleur de se voir sur un lit environn de l'gosme
d'une nouvelle gnration? valent-ils les dgots, les souffrances d'une
longue maladie? Heureux ceux qui meurent sur le champ de bataille! ils
vivent ternellement dans le souvenir de la postrit. Ils n'ont jamais
inspir la compassion ni la piti que nous inspire la vieillesse
caduque, ou l'homme tourment par des maladies aigus. Vous avez
blanchi, citoyen gnral, dans la carrire des armes; vous regretterez
un fils digne de vous et de la patrie: en accordant avec nous quelques
larmes  sa mmoire, vous direz que sa mort glorieuse est digue d'envie.

Croyez  la part que je prends  votre douleur, et ne doutez pas de
l'estime que j'ai pour vous.

BONAPARTE.



Au Caire, le 20 fructidor an 6 (6 septembre 1798).

_Au gnral Dugua._

 l'heure qu'il est, vous devez avoir reu les cartouches: ainsi
j'espre que vous aurez mis  la raison les maudits Arabes des villages
de Soubat. Faites un exemple terrible, brlez ce village et ne permettez
plus aux Arabes de venir l'habiter, qu'ils n'aient livr dix otages des
principaux, que vous m'enverrez pour les tenir  la citadelle du Caire.

Faites reconnatre par vos officiers de gnie, d'artillerie et de
l'tat-major, tous vos diffrens canaux, et surtout faites-moi connatre
quelle route vous devriez prendre si vous tiez forc de marcher sur
Salahieh.

J'ai donn les ordres pour que tous les individus de votre division qui
sont au Caire, rejoignissent.

Vous devez avoir des officiers de sant, qui taient  votre ambulance,
et ceux des diffrens corps. L'ordonnateur en chef va vous envoyer
d'ailleurs tout ce qui peut tre ncessaire  votre hpital.

On se plaint du pillage de vos troupes  Mansoura: c'est le seul point
de l'arme sur lequel j'aie en ce moment des plaintes; on se plaint mme
des vexations que commettent plusieurs officiers d'tat-major.

BONAPARTE.



Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798).

_Au citoyen Regnault de Saint Jean d'Angely._

J'ai reu, citoyen, par le courrier Lesimple, vos lettres du 14
thermidor et du 8 fructidor.

C'est avec un vritable plaisir que j'apprends la bonne conduite que
vous tenez  Malte, et les services que vous rendez  la rpublique en
lui organisant ce poste important.

Les affaires ici vont parfaitement bien, tous les jours, notre
tablissement se consolide; la richesse de ce pays en bl, riz, lgumes,
coton, sucre, indigo, est gale  la barbarie du peuple qui l'habite.
Mais il s'opre dj un changement dans leurs moeurs, et deux ou trois
ans ne seront pas passs, que tout aura pris une face bien diffrente.

Vous avez sans doute reu les diffrentes lettres que je vous ai
crites, et les relations des diffrens vnemens militaires qui se sont
passs; ne ngligez rien pour faire passer en France, par des spronades,
toutes les nouvelles que vous avez de nous, ne ft-ce mme que les
rapports des neutres, pour dtruire les mille et un faux bruits que les
curieux d'une grande ville accueillent avec tant d'imbcillit.

BONAPARTE.




Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798).

_Au gnral Klber._

Un vaisseau comme _le Franklin_, citoyen gnral, qui portait l'amiral,
puisque _l'Orient_ avait saut, ne devait pas se rendre  onze heures
du soir. Je pense d'ailleurs que celui qui a rendu ce vaisseau est
extrmement coupable, puisqu'il est constat par son procs-verbal qu'il
n'a rien fait pour l'chouer et pour le mettre hors d'tat d'tre amen:
voil ce qui fera  jamais la honte de la marine franaise. Il ne
fallait pas tre grand manoeuvrier ni un homme d'une grande tte pour
couper un cble et chouer un btiment; cette conduite est d'ailleurs
spcialement ordonne dans les instructions et ordonnances que l'on
donne aux capitaines de vaisseau. Quant  la conduite du contre-amiral
Duchaila, il et t beau pour lui de mourir sur son banc de quart,
comme du Petit-Thouars.

Mais ce qui lui te toute espce de retour  mon estime, c'est sa lche
conduite avec les Anglais depuis qu'il a t prisonnier. Il y a des
hommes qui n'ont pas de sang dans les veines. Il entendra donc tous les
soirs les Anglais, en se solant de punch, boire  la honte de la marine
franaise! Il sera dbarqu  Naples pour tre un trophe pour les
lazzaronis: il valait beaucoup mieux pour lui rester  Alexandrie ou 
bord des vaisseaux comme prisonnier, sans jamais souhaiter ni demander
rien. Ohara, qui d'ailleurs tait un homme trs-commun, lorsqu'il fut
fait prisonnier  Toulon, sur ce que je lui demandais de la part du
gnral Dugommier ce qu'il dsirait, rpondit: _tre seul, et ne rien
devoir  la piti_. La gentillesse et les traitemens honntes n'honorent
que le vainqueur, ils dshonorent le vaincu, qui doit avoir de la
rserve et de la fiert.

BONAPARTE.



Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798).

_Instruction pour le citoyen Mailly._

Le citoyen Mailly partira sur une djerme qui lui sera fournie 
Damiette, directement pour Lataquie; la premire attention qu'il doit
avoir, c'est d'viter les croisires anglaises. Il engagera le patron 
changer de route lorsqu'il s'en verra menac; il ne s'approchera mme
qu'avec prcaution des petits btimens venant de la cte, et ne les
hlera que lorsqu'il sera sr que ce ne sont pas des corsaires. Les
patrons de la barque reconnaissent facilement au large les djermes de
leur pays.

Il cachera soigneusement les paquets en cas de visite, et fera en pareil
cas ce que la prudence lui dictera. Son habit oriental pourra lui tre
utile dans cette occasion, et il aura soin de ne parler qu'en langue
turque avec son interprte arabe, lors d'une visite.

Arrive  la marine de Lataquie, il demandera  parler 
Codja-Hanna-Coubb, intendant du gouverneur, et noligataire du brigantin
franais _la Marie_, arriv  bon port  la rade de Damiette le 11
fructidor de cette anne. Il lui fera valoir la permission qu'a donne
le gnral en chef  son correspondant, de faire son retour en riz, pour
alimenter son chelle et la ville d'Alep.

Il demandera de suite la permission de communiquer avec le citoyen
Geoffroi, proconsul de la rpublique franaise  Lataquie, distant d'un
demi-quart de lieue de la marine. Assist de cet officier, il se rendra
chez le gouverneur,  qui il remettra la lettre du gnral en chef.

Le citoyen Mailly devra bien prvoir qu'il y a des espions anglais 
Lataquie: ainsi, pour mieux masquer l'expdition de son paquet pour
Constantinople, il aura soin de dire au gouverneur et de rpandre dans
le public, que le gnral en chef a envoy sur toute la cte divers
officiers pour engager les pachas  laisser toute libert de commerce
avec l'gypte, et que sa mission particulire se borne  Lataquie et
Alep.

Cette ouverture donnera au proconsul la facilit d'expdier sur-le-champ
un messager qui se rendra en deux jours a Alep. Le citoyen Chos-de-Clos,
notre consul, le gardera un jour ou deux tout au plus, pendant lequel
temps il donnera au gnral en chef les nouvelles les plus authentiques
qu'il aura pu recueillir de la lgation de Constantinople, soit aussi de
diverses lettres particulires sur la situation de cette capitale, de
mme que les mouvemens en Romlie, Syrie, etc., et en gnral tout ce
qui peut intresser le gnral en chef.

Le citoyen Mailly attendra chez le proconsul de la rpublique, le retour
du message; il se tiendra trs-rserv sur les nouvelles de l'gypte,
autant qu'elles pourront entraver sa mission, et, dans le cas qu'il
trouve le peuple de Lataquie en fermentation, il pourra dire comme de
lui-mme: Le bruit constant au Caire est que l'expdition des Franais
est termine, et, sans l'chec arriv  notre escadre, notre arme se
serait dj retire; mais qu'en attendant de nouvelles forces maritimes,
les ports de l'gypte sont ouverts aux ngocians musulmans, et que ceux
de Lataquie peuvent en toute sret y envoyer leur tabac, qui fait toute
leur richesse.

Le messager tant de retour d'Alep, le citoyen Mailly mettra
sur-le-champ  la voile, tchera de n'aborder aucune terre et de s'en
retourner en droiture  Damiette, d'o il se rendra sur-le-champ prs du
gnral en chef.

Il mettra la mme prudence  cacher ses dpches pour le gnral en
chef, et, dans le cas o il se verrait forc de les jeter  la mer ou
qu'elles seraient interceptes par les Anglais, son voyage ne sera
pas inutile sous le rapport des nouvelles, en prenant  Lataquie la
prcaution de faire crire en Arabe les nouvelles les plus saillantes,
et de les confier  son interprte ou de les cacher dans un ballot de
tabac.

BONAPARTE.



Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798).

_Au gnral Murat._

Si les Arabes que vous avez attaqus sont les mmes qui ont assassin
nos gens  Mansoura, mon intention est de les dtruire. Faites-moi
connatre les forces qui vous seraient ncessaires  cet effet, et
tudiez la position qu'ils occupent; afin de pouvoir les attaquer, les
envelopper, et donner un exemple terrible au pays.

J'imagine que, si vous avez fait la paix provisoirement avec eux, vous
aurez exig des otages, des chevaux et des armes.

BONAPARTE.



Au Caire, le 27 fructidor an 6 (13 septembre 1798).

_Au gnral Fugires._

J'espre qu' l'heure qu'il est, citoyen gnral, vous aurez, de concert
avec le gnral Dugua, soumis le village de Soubat et extermin ces
coquins d'Arabes.

J'attends toujours des nouvelles de la rquisition des chevaux, qui
n'avance pas dans votre province.

BONAPARTE.



Au Caire, le 28 fructidor an 6 (14 septembre 1798).

_Au gnral Murat._

Je vous rpte que mon intention est de dtruire les Arabes que vous
avez attaqus; c'est le flau des provinces de Mansoura, de Kelioubeh et
de Garbieh.

Le gnral Dugua doit, de concert avec le gnral Fugires, avoir
attaqu la partie de ces Arabes qui se trouve au village de Soubat;
envoyez reconnatre o se trouvent les Arabes que vous avez attaqus;
faites-moi connatre les forces dont vous aurez besoin, et l'endroit
d'o vous pourrez partir pour les attaquer avec succs, en tuer une
partie et prendre des otages, afin de s'assurer de leur fidlit.

Faites reconnatre la route de Met-Kamao  Belbeys: vous ne devez pas, 
Met-Kamao, vous en trouver loign.

BONAPARTE.



Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798).

_ l'adjudant-gnral Bribes._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 25 fructidor, o vous
me rendez compte de l'attaque qu'a essuye le convoi d'Alexandrie 
Damanhour. Le commandant du convoi ne mrite aucun loge, puisqu'il a
laiss prendre plusieurs btes charges; il devait faire assez de haltes
pour ne rien laisser en arrire: le commandant du convoi et mrit des
loges, s'il l'et amen sans avoir rien laiss prendre.

Donnez la chasse  ces brigands; crivez au gnral Marmont  Rosette.
Si vous avez besoin de lui, il s'y portera avec sa demi-brigade.

BONAPARTE.



Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798).

_ l'ordonnateur Leroy._

Il est extrmement ridicule, citoyen ordonnateur, que vous vous amusiez
 payer le traitement de table, quand la solde des matelots et le
matriel sont dans une si grande souffrance. Je vous prie de vous
conformer strictement  mon ordre, d'employer au matriel les trois
quarts de l'argent que je vous ai envoy, et le quart seulement au
personnel de la marine. En faisant de si grands sacrifices pour la
marine, mon intention a t de mettre les trois frgates  mme de
sortir le plus tt possible, ainsi que les deux vaisseaux.

Par votre lettre du 23, il est impossible de savoir si les deux neutres,
_l'Aimable Mariette_ et _l'Alexandre_ sont rentrs, ou non, dans le
port.

BONAPARTE.



Au Caire, le 30 fructidor an 6 (16 septembre 1798).

_Au conseil d'administration de la soixante-neuvime demi-brigade._

J'ai reu, citoyens, votre lettre du 21 fructidor; je me fais faire un
rapport sur la solde qui vous est due.

L'arme, depuis son entre en gypte, a t solde des mois de floral,
prairial et messidor: elle se trouve encore arrire des mois de
thermidor et fructidor.

La division dont vous faisiez partie a, ainsi que vous, un arrir
antrieur  floral: conformment  ce qui a t mis  l'ordre du jour,
il y a prs d'un mois, il faut que vous vous adressiez, pour tout ce qui
est antrieur  floral,  l'ordonnateur en chef.

Si, dans le rapport que le payeur gnral me fera, il est constat que
vous ayez touch moins de paye que le reste de l'arme, je donnerai
sur-le-champ les ordres et je prendrai les mesures pour que vous soyez
mis au courant de paye de l'arme.

BONAPARTE.



Au Caire, le 1er jour complmentaire an 6 (17 septembre 1798).

_ l'ordonnateur en chef._

J'avais ordonn qu'on payt quarante mille rations de biscuit au gnral
Desaix; ou n'en a, sur la lettre de voiture, compt que trente mille,
et, lorsque le biscuit est arriv, il ne s'en est trouv que vingt
mille.

L'agent  Boulac doit avoir le reu de celui qui a accompagn le convoi,
faites-le moi prsenter: si vous ne mettez point d'ordre  cet abus, il
est impossible que l'arme existe.

Si l'on continue cette friponnerie malgr la plus grande surveillance,
que sera-ce lorsque je serai en avant et qu'il y aura des envois
multiplis  faire?

Les envoys ont la friponnerie, lorsque l'ordonnateur donne l'ordre en
quintaux, d'envoyer, en quintaux du pays de soixante livres; mais ils ne
peuvent avoir cette pitoyable excuse par mon ordre, puisque je demand
toujours par rations.

BONAPARTE.



Au Caire, le 1er jour complmentaire an 6 (17 septembre 1798).

_Au gnral Klber._

Un officier du gnie, charg des ordres du gnral Caffarelli, se rend 
Alexandrie pour activer autant qu'il sera possible les travaux de cette
place, surtout du ct de terre.

Mourad Dey a t battu par Desaix, qui lui a pris cent cinquante barques
charges de bl, d'effets, douze pices de canon et quelques mameloucks:
nous sommes matres de toute l'gypte. Mourad Bey, avec cinq  six cents
mameloucks et quelques Arabes, est entre le Fayoum et le dsert: il va
se rendre dans les oasis ou en Barbarie. Dans ce dernier cas, il ne
passerait pas loin de la province du Bahhir.

J'ai donn ordre au gnral Marmont de se rendre  Rhamanieh, d'y
prendre le commandement des troupes de toute la province, pour tre 
mme, dans tous les cas, de protger la navigation du Nil, celle du
canal, et la campagne d'Alexandrie.

Ibrahim Bey est toujours  Gaza, d'o il promet et crit beaucoup  ses
partisans.

Notre fte ici sera fort belle.

BONAPARTE.



Au Caire, le 2e. jour complmentaire an 6 (18 septembre 1798).

_Au mme._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre du 26. Il est extrmement
urgent de dbarrasser Alexandrie de cette grande quantit de plerins:
qu'ils s'en aillent par terre  Derne, o ils pourront s'embarquer, ou
faites-les embarquer sur trois bons btimens et partir de suite.

Une fois partis, il ne faut plus les laisser rentrer. Dans la saison o
nous nous trouvons, o il ne fait grand jour qu'a six heures du matin,
tous les btimens peuvent sortir  la barbe des Anglais. Forcez ceux qui
seront chargs des hommes dont vous voulez dbarrasser votre place, 
sortir.

Moyennant l'expdition que vous avez faite sur le village qui
s'tait rvolt, les choses changeront. Le gnral Marmont, avec
l'adjudant-gnral Bribes, se trouve avoir prs de quinze cents hommes;
ce qui forme une colonne respectable, qui protgera l'arrive des eaux 
Alexandrie.

Ou me mande de Rosette qu'on a envoy  Rahmanieh trois mille quintaux
de bl pour Alexandrie; j'en ai envoy une grande quantit du Caire: si
la navigation tait commode, il serait facile de pouvoir payer en bl ce
que nous devons  une grande partie du convoi.

Le svre blocus que veulent tablir les Anglais ne produira aucun
rsultat; les vents de l'quinoxe nous en feront bonne raison. J'imagine
que M. Hood veut tout bonnement se faire payer pour la sortie et pour
l'entre, comme cela est arriv quarante fois sur les ctes de Provence.
Je dsirerais qu'il n'y et plus de parlementaires, et que le commandant
des armes et l'ordonnateur de la marine cessassent enfin d'crire des
lettres ridicules et qui n'ont point de but. Il est fort peu important
que les Anglais gardent prisonnier un commissaire, ou non: ces gens-l
me paraissent dj assez orgueilleux de leur victoire, sans les enfler
encore davantage. Quand les circonstances vous feront croire ncessaire
de leur envoyer un parlementaire, qu'il n'y ait que vous qui criviez.

Mourad-Bey est toujours dans la mme position entre le Fayoum et le
dsert. Je me suis port  Gizeh pour surveiller ses mouvemens.

BONAPARTE.



Au Caire, le 1er vendmiaire an 7 (22 septembre 1798).

_ l'arme._

Soldats!

Nous clbrons le premier jour de l'an 7 de la rpublique.

Il y a cinq ans, l'indpendance du peuple franais tait menace: mais
vous prtes Toulon, ce fut le prsage de la ruine de nos ennemis.

Un an aprs, vous battiez les Autrichiens  Dego.

L'anne suivante, vous tiez sur le sommet des Alpes.

Vous luttiez contre Mantoue il y a deux ans, et vous remportiez la
clbre victoire de Saint-George.

L'an pass, vous tiez aux sources de la Drave et de l'Isonzo, de retour
de l'Allemagne.

Qui et dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil, au
centre de l'ancien continent?

Depuis l'Anglais, clbre dans les arts et le commerce, jusqu'au hideux
et froce Bdouin, vous fixez les regards du monde.

Soldats, votre destine est belle, parce que vous tes dignes de ce que
vous avez fait et de l'opinion que l'on a de vous. Vous mourrez avec
honneur comme les braves dont les noms sont inscrits sur cette pyramide,
ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers et de
l'admiration de tous les peuples.

Depuis cinq mois que nous sommes loigns de l'Europe, nous avons t
l'objet perptuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce
jour, quarante millions de citoyens clbrent l're des gouvernemens
reprsentatifs; quarante millions de citoyens pensent  vous. Tous
disent: c'est  leurs travaux,  leur sang, que nous devrons la paix
gnrale, le repos, la prosprit du commerce, et les bienfaits de la
libert civile.

BONAPARTE.



Au Caire, le 2 vendmiaire an 7 (23 septembre 1798).

_Au gnral Dugua._

Il faut faire partir, citoyen gnral, le premier bataillon de la
soixante quinzime avec une chaloupe canonnire; mon aide-de-camp Duroc,
sur l'aviso _le Pluvier_, et le troisime bataillon de la seconde
d'infanterie lgre, qui sont partis avant-hier, doivent tre arrivs.

J'attends,  chaque instant, des nouvelles de l'opration du gnral
Damas; s'il n'a que trois  quatre cents hommes, il est un peu faible.

 Mit-el-Kouli, le lundi 1er complmentaire  neuf heures du matin, on a
gorg quinze Franais qui taient sur un bateau qui venait de Damiette.
Les cinq villages qui sont immdiatement aprs Mit-el-Kouli, se sont
runis pour cette opration. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou
quatre mauvaises pices de canon; ils ont fait quelques retranchemens.
La premire chose que vous aurez faite sans doute, aura t de vous
emparer de ces canons, dtruire ces retranchemens et dsarmer ces
villages: celui de Mit-el-Kouli a plus de quatre-vingts fusils.
J'imagine qu' l'heure qu'il est, vous tes arriv  Damiette. Il faut
demander des otages dans tous les villages qui se sont mal comports, et
avoir sur le lac Menzal des djermes armes avec des pices de 5 ou de
3.

Depuis cinq mois que nous sommes loigns de l'Europe, nous avons t
l'objet perptuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce
jour, quarante millions de citoyens clbrent l're des gouvernemens
reprsentatifs; quarante millions de citoyens pensent  vous. Tous
disent: c'est  leurs travaux,  leur sang, que nous devrons la paix
gnrale, le repos, la prosprit du commerce, et les bienfaits de la
libert civile.

BONAPARTE.



Au Caire, le 2 vendmiaire an 7 (23 septembre 1798).

_Au gnral Dugua._

Il faut faire partir, citoyen gnral, le premier bataillon de la
soixante quinzime avec une chaloupe canonnire; mon aide-de-camp Duroc,
sur l'aviso _le Pluvier_, et le troisime bataillon de la seconde
d'infanterie lgre, qui sont partis avant-hier, doivent tre arrivs.

J'attends,  chaque instant, des nouvelles de l'opration du gnral
Damas; s'il n'a que trois  quatre cents hommes, il est un peu faible.

 Mit-el-Kouli, le lundi 1er complmentaire  neuf heures du matin, on a
gorg quinze Franais qui taient sur un bateau qui venait de Damiette.
Les cinq villages qui sont immdiatement aprs Mit-el-Kouli, se sont
runis pour cette opration. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou
quatre mauvaises pices de canon; ils ont fait quelques retranchemens.
La premire chose que vous aurez faite sans doute, aura t de vous
emparer de ces canons, dtruire ces retranchemens et dsarmer ces
villages: celui de Mit-el-Kouli a plus de quatre-vingts fusils.
J'imagine qu' l'heure qu'il est, vous tes arriv  Damiette. Il faut
demander des tages dans tous les villages qui se sont mal comports, et
avoir sur le lac Menzal des djermes armes avec des pices de 5 ou de 3
natre les canaux et pris des mesures pour soumettre la province.

Vous aurez vu, par ma lettre d'hier, diffrentes mesures que je vous ai
prescrites concernant le dsarmement, et pour prendre des tages dans
les diffrens villages rvolts.

Faites passer dans le lac Menzal quatre o cinq djermes armes de
canon, que vous avez  Damiette, et, si vous pouvez, une chaloupe
canonnire; enfin, armez le plus de bateaux que vous pourrez, pour tre
entirement matre du lac. Tchez d'avoir Hassan-Thoubar dans vos mains,
et pour cela faire, employez la ruse s'il le faut.

Sur-le-champ, faites partir une forte colonne pour s'emparer
d'El-Menzal; faites-en partir une autre pour accompagner le gnral
Androssi, et s'emparer de toutes les les du lac. J'imagine que vous
aurez donn une leon svre au gros village de Mit-el-Kouli. Mon
intention est qu'on fasse tout ce qui est ncessaire pour tre
souverainement matre du lac de Menzal, et dussiez-vous y faire marcher
toute votre division, il faut que le gnral Androssi arrive  Peluse.

Je vous ai crit, dans une de mes lettres, de faire une proclamation;
faites-la rpandre avec profusion dans le pays.

Il faut faire des exemples svres, et comme votre division ne peut pas
tre destine  rester dans les provinces de Damiette et de Mansoura, il
faut profiter du moment pour les soumettre entirement, et pour cela il
faut le dsarmement, des ttes coupes et des tages.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 vendmiaire an 7 (25 septembre 1798).

_Au gnral Dupuy._

Vu les intelligences que la femme d'Osman-Bey a continu d'avoir avec le
camp de Mourad-Bey, et, vu aussi l'argent qu'elle y a fait, et voulait
encore y faire passer, j'ordonne que la femme d'Osman-Bey restera en
prison jusqu' ce qu'elle ait vers dans la caisse du payeur de l'arme
dix mille talaris.

BONAPARTE.



Au Caire, le 4 vendmiaire an 7 (25 septembre 1798).

_Au citoyen Poussielgue._

Je vous prie d'envoyer chez les marchands de caf, les Cophtes et les
marchands de Damas, des gardes, si dans la journe de demain ils n'ont
pas pay ce qu'ils doivent de leur contribution.

Si la femme de Mourad-Bey n'a pas vers dans la journe de demain les
huit mille talaris qu'elle doit, sa contribution sera porte a dix mille
talaris.

Sur les quinze mille talaris imposs sur le Saga, il n'en a encore t
peru que mille cinquante-cinq; il en reste treize mille neuf cent
quarante-cinq. Trois mille neuf cent quarante-cinq seront verss dans la
journe de demain, et les dix mille restant, mille par jour.

Faites verser dans la caisse du payeur, dans la journe d'aujourd'hui,
l'argent que vous auriez des cotons, caf, des morts sans hritiers ou
de tout autre objet. Le Caire se trouve absolument dpourvu de fonds, et
l'arme a dj de grands besoins.

BONAPARTE.



Au Caire, le 5 vendmiaire an 7 (26 septembre 1798).

_Au gnral Dugua._

Soit par terre, soit par le canal, il faut absolument, citoyen gnral,
parvenir  Menzal; faites-y marcher votre avant-garde en la renforant
de ce que vous jugerez ncessaire; je dsire qu'elle prenne position 
Menzal. En runissant la quantit de bateaux ncessaires pour pouvoir
se porter rapidement soit  Damiette, soit  Salahieh, soit  Mansoura,
essayez de prendre par la ruse Hassan-Thoubar, et, si jamais vous le
tenez, envoyez-le moi au Caire. Dsarmez le plus que vous pourrez;
n'coutez point ce qu'ils pourraient vous dire, que, par le dsarmement,
vous les exposez aux incursions des Arabes: tous ces gens-l
s'entendent; surtout il faut que le village de Mit-el-Kouli vous
fournisse au moins cent armes et des pices de canon: ils les ont
caches; mais je suis sr qu'ils en ont. Concertez-vous avec le gnral
Vial pour faire dsarmer Damiette et faire arrter les hommes suspects.

Prenez des tages, exigez que les villages vous remettent leurs fusils,
tchez d'avoir leurs canons, et faites entrer dans le lac de Menzal des
djermes armes ou armes de leurs bateaux.

Envoyez un officier de gnie  Menzal, afin de bien tablir sa position
par rapport a Damiette,  Mansoura et surtout  Salahieh.

Faites faire des reconnaissances le long de la mer  droite et  gauche
jusqu'au cap Bourlos d'un ct, et aussi loin que vous pourrez de
l'autre.

Ordonnez aussi que les troupes soient dsarmes. Je vous ai envoy une
djerme arme, _la Carniole_; vous devez en avoir deux  Damiette. Je
vous ai envoy deux avisos; il y avait une chaloupe canonnire; et cela
fait six btimens arms. BONAPARTE.



Au Caire, le 6 vendmiaire an 7 (27 septembre 1798).

_Au gnral Dupuis._

Faites couper la tte aux deux espions et faites-les promener dans la
ville avec un criteau pour faire connatre que ce sont des espions du
pays. Faites connatre  l'aga que je suis trs-mcontent des propos que
l'on tient dans la ville contre les chrtiens. Il doit y avoir en ce
moment des tages de Menouf  la citadelle.

BONAPARTE.



Au Caire, le 11 vendmiaire an 7 (2 octobre 1798).

_Au commandant de la Caravelle._

J'ai reu la lettre que vous vous tes donn la peine de m'crire.
J'ai appris avec peine que vous aviez prouv  Alexandrie quelques
dsagrmens. J'ai donn les ordres au Caire pour que tout votre monde
vous rejoignt. Tenez-vous prt a partir a l'poque  laquelle vous
aviez l'habitude de quitter Alexandrie. Faites-moi connatre le temps o
vous comptez partir; j'en profiterai pour vous donner des dpches pour
la Porte.

Croyez aux sentimens d'estime, et au dsir que j'ai de vous tre
agrable.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 vendmiaire an 7 (4 octobre 1798).

_Au gnral Klber._

Le gnral Caffarelli, citoyen gnral, m'a fait connatre votre dsir.

Je suis extrmement fch de votre indisposition: j'espre que l'air
du Nil vous fera du bien, et, sortant des sables d'Alexandrie, vous
trouverez peut-tre notre gypte moins mauvaise qu'on peut le croire
d'abord. Nous avons eu diffrentes affaires avec les Arabes de Scharkieh
et du lac Menzal: ils'ont t battus  Damette et avant-hier 
Mit-Kamar.

Desaix a t jusqu' Syouth: il a pouss les mameloucks dans le dsert;
une partie d'eux a gagn les oasis.

Ibrahim-Bey est  Gaza: il nous menace d'une invasion; il n'en fera
rien; mais nous qui ne menaons pas, nous pourrons bien le dloger de
l.

Croyez au dsir que j'ai devons voir promptement rtabli, et au prix que
j'attache  votre estime et  votre amiti. Je crains que nous ne soyons
un peu brouills: vous seriez injuste si vous doutiez de la peine que
j'en prouverais.

Sur le sol de l'gypte, les nuages, lorsqu'il y en a, passent dans six
heures; de mon ct, s'il y en avait, ils seraient passs dans trois:
l'estime que j'ai pour vous est au moins gale  celle que vous m'avez
tmoigne quelquefois.

J'espre vous voir sous peu de jours au Caire, comme vous le mande le
gnral Caffarelli.

BONAPARTE.



Au Caire, le 24 vendmiaire an 7 (15 octobre 1798).

_Au gnral Fugires._

Il est ncessaire, citoyen gnral, que vous portiez le plus grand
respect au village de Tenta, qui est un objet de vnration pour les
Mahomtans. Il faut surtout viter de faire tout ce qui pourrait leur
donner lieu de se plaindre que nous ne respectons pas leur religion et
leurs moeurs.

BONAPARTE.



Au Caire, le 25 vendmiaire an 7 (15 octobre 1798).

_Au mme._

J'ai appris avec peine, citoyen gnral, ce qui est arriv  Tenta: je
dsire que l'on respecte cette ville, et je regarderais comme le plus
grand malheur qui pt arriver, que de voir ravager ce lieu saint aux
yeux de tout l'Orient. J'cris aux habitans de Tenta, et je vais faire
crire par le divan gnral: je dsire que tout se termine par la
ngociation.

Quant aux Arabes, tchez de les faire se soumettre et qu'ils vous
donnent des tages: crivez leur  cet effet, et, s'ils ne se soumettent
pas, tchez de leur faire le plus de mal que vous pourrez.

BONAPARTE.



Au Caire, le 26 vendmiaire an 7 (17 octobre 1798).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs, je vous fais passer le dtail de quelques combats
qui ont eu lieu  diffrentes poques et en diffrens lieux contre les
mameloucks, diverses tribus d'Arabes, et quelques villages rvolts.

_Combat de Rmeryeh._

Le gnral de brigade Fugires, avec un bataillon de la dix-huitime
demi-brigade, est arriv  Menouf dans le Delta, le 28 thermidor, pour
se rendre  Mehalleh-el-kbyr, capitale de la Gharbyh. Le village de
Rmeryeh lui refusa le passage. Aprs une heure de combat, il repoussa
les ennemis dans le village, les investit, les fora, en tua deux cents,
et s'empara du village. Il perdit trois hommes, et eut quelques blesss.
Le citoyen Chnet, sous-lieutenant de la dix-huitime, s'est distingu.

_Combat de Djmyleh._

Le gnral Dugua envoya, le premier jour complmentaire, le gnral
Damas, avec un bataillon de la soixante-quinzime, reconnatre le canal
d'Achmoun, et soumettre les villages qui refusaient obissance. Arriv
au village de Djmyleh, un parti d'Arabes, runi aux fellahs ou
habitans, attaqua nos troupes. Les dispositions furent bientt faites,
et les ennemis repousss. Le chef de bataillon du gnie, Cazals, s'est
spcialement distingu.

_Combat de Myt-Qamar._

Les Arabes de Derneh occupaient le village de Doundeh; environns
de tous cts par l'inondation, ils se croyaient inexpugnables, et
infestaient le Nil par leurs pirateries et leurs brigandages. Les
gnraux de brigade, Murat et Lanusse, eurent ordre d'y marcher, et
arrivrent le 7 vendmiaire. Les Arabes furent disperss aprs une
lgre fusillade. Nos troupes les suivirent pendant cinq lieues, ayant
de l'eau jusqu' la ceinture. Leurs troupeaux, chameaux, et effets, sont
tombs en notre pouvoir. Plus de deux cents de ces misrables ont t
tus ou noys. Le citoyen Niderwood, adjoint  l'tat-major, s'est
distingu dans ce combat.

Les Arabes sont  l'gypte ce que les Barbets sont au comt de Nice;
avec cette grande diffrence qu'au lieu de vivre dans les montagnes
ils sont tous  cheval, et vivent au milieu des dserts. Ils pillent
galement les Turcs, les gyptiens et les Europens. Leur frocit est
gale  la vie misrable qu'ils mnent, exposs des jours entiers, dans
des sables brlans,  l'ardeur du soleil, sans eau pour s'abreuver. Ils
sont sans piti et sans foi. C'est le spectacle de l'homme sauvage le
plus hideux qu'il soit possible de se figurer.

Le gnral Desaix est parti du Caire le 8 fructidor, pour se rendre dans
la Haute-gypte, avec une flottille de deux demi-galres, et six avisos.
Il a remont le Nil, et est arriv  Benouef le 14 fructidor. Il mit
pied  terre, et se porta par une marche force  Behnce, sur le canal
de Joseph. Mourad-Bey vacua  son approche. Le gnral Desaix prit
quatorze barques charges de bagage, de tentes, et quatre pices de
canon.

Il rejoignit le Nil le 21 fructidor, et arriva  Acyouth le 29
fructidor, se trouvant alors  plus de cent lieues du Caire, poussant
devant lui la flottille des beys, qui se rfugia du ct de la
cataracte.

Le cinquime jour complmentaire, il retourna  l'embouchure du canal
de Joseph. Aprs une navigation difficile et pnible, il arriva le 12
vendmiaire  Behnce.

Le 14 et le 15, il y eut diverses escarmouches qui prludrent  la
journe de Sdyman.

_Bataille de Sdyman._

Le 16,  la pointe du jour, la division du gnral Desaix se mit en
marche, et se trouva bientt en prsence de l'arme de Mourad-Bey, forte
de cinq  six mille chevaux, la plus grande partie Arabes, et un corps
d'infanterie qui gardait les retranchements de Sdyman, o il avait
quatre pices de canon.

Le gnral Desaix forma sa division, toute compose d'infanterie, en
bataillon carr qu'il fit clairer par deux petits carrs de deux cents
hommes chacun.

Les mameloucks, aprs avoir longtemps hsit, se dcidrent, et
chargrent, avec d'horribles cris et la plus grande valeur, le petit
peloton de droite que commandait le capitaine de la vingt-unime,
Valette. Dans le mme temps, ils chargrent la queue du carr de
la division, o tait la quatre-vingt-huitime, bonne et intrpide
demi-brigade.

Les ennemis sont reus partout avec le mme sang-froid. Les chasseurs
de la vingt-unime ne tirrent qu' dix pas, et croisrent leurs
baonnettes. Les braves de cette intrpide cavalerie vinrent mourir
dans, le rang, aprs avoir jet masses et haches d'armes, fusils,
pistolets,  la tte de nos gens. Quelques-uns, ayant eu leurs chevaux
tus, se glissrent le ventre contre terre pour passer sous les
baonnettes, et couper les jambes de nos soldats; tout fut inutile: ils
durent fuir. Nos troupes s'avancrent sur Sdyman, malgr quatre pices
de canon, dont le feu tait d'autant plus dangereux que notre ordre
tait profond; mais le pas de charge fut comme l'clair, et les
retranchemens, les canons et les bagages, nous restrent.

Mourad-Bey a eu trois beys tus, deux blesss, et quatre cents hommes
d'lite sur le champ de bataille; notre perte se monte  trente-six
hommes tus et quatre-vingt-dix blesss.

Ici, comme  la bataille des Pyramides, les soldats ont fait un butin
considrable. Pas un mamelouck sur lequel on n'ait trouv quatre ou cinq
cents louis.

Le citoyen Conroux, chef de la soixante-unime, a t bless; les
citoyens Rapp, aide-de-camp du gnral Desaix, Valette, et Sacro,
capitaines de la vingt-unime, Geoffroy, de la soixante-unime,
Gromme, sergent de la quatre-vingt-huitime, se sont particulirement
distingus.

Le gnral Friant a soutenu dans cette journe la rputation qu'il avait
acquise en Italie et en Allemagne.

Je vous demande le grade de gnral de brigade pour le citoyen Robin,
chef de la vingt-unime demi-brigade. J'ai avanc les diffrens
officiers et soldats qui se sont distingus. Je vous en enverrai l'tat
par la premire occasion.

BONAPARTE.




Le 26 vendmiaire an 6 (17 octobre 1798).

_Au citoyen Barr, capitaine de frgate._

J'ai reu, citoyen, le travail sur les passes d'Alexandrie, que vous
m'avez envoy. Vous avez d depuis vous confirmer davantage dans les
sondes que vous aviez faites. Je vous prie de me rpondre  la question
suivante:

Si un btiment de soixante-quatorze se prsente devant le port
d'Alexandrie, vous chargez-vous de le faire entrer?

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 vendmiaire an 7 (17 octobre 1798).

_Au gnral Marmont._

L'intrigant Abdalon, intendant de Mourad-Bey, est pass il y a trois
jours  Chouara avec trente Arabes; on croit qu'il se rend dans les
environs d'Alexandrie: je dsirerais que vous pussiez le faire prendre;
je donnerais bien 1,000 cus de sa personne; ce n'est pas qu'elle les
vaille; mais ce serait pour l'exemple: c'est le mme qui tait  bord
de l'amiral anglais. Si l'on pouvait parler  des Arabes, ces gens-l
feraient beaucoup de choses pour 1,000 sequins.

BONAPARTE.



Au Caire, le 3 brumaire an 7 (23 octobre 1798).

_Au mme._

Nous avons eu hier et avant-hier beaucoup de tapage ici: mais tout est
aujourd'hui tranquille. Le gnral Dupuy a t tu dans une rue, au
premier moment de la rvolte; Sullowski a t tu hier matin: j'ai t
oblig de faire tirer des bombes et des obus sur la grande mosque,
pour soumettre un quartier qui s'tait barricad: cela a fait un effet
trs-considrable. Plus de quinze obus sont entrs dans la mosque. Nous
avons eu en diffrens points quarante ou cinquante hommes de tus. La
ville a eu une bonne leon, dont elle se souviendra long-temps, je
crois.

J'ai reu votre lettre du 26. Faites-nous passer le plus d'artillerie
que vous pourrez: je vous ai demand quelques pices de 24 et quelques
mortiers; il serait bien essentiel qu'il nous en arrivt.

BONAPARTE.



Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798).

_Au gnral Reynier._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 4 brumaire, avec diffrens
extraits des lettres du gnral Lagrange. Vous devez avoir reu un
convoi avec des cartouches et quatre pices de canon, dont deux pour
votre quipage de campagne, deux pour Salahieh, dans le cas que
l'quipage par eau tardt  y arriver. La tranquillit est parfaitement
rtablie au Caire. Notre perte se monte exactement  huit hommes tus
dans les diffrens combats, vingt-cinq hommes malades qui, revenant de
votre division, ont t assassins en route, et une vingtaine d'autres
personnes de diffrentes administrations et de diffrens corps,
assassines isolment. Les rvolts ont perdu un couple de milliers
d'hommes. Toutes les nuits nous faisons couper une trentaine de ttes et
beaucoup de celles des chefs: cela, je crois, leur servira d'une bonne
leon.

Ibrahim-Bey ne tardera pas, je crois,  se jeter dans le dsert. Si
quelques Arabes ont t le joindre, cela a t pour lui porter du bl
et autres provisions. Il parat qu'il y a  Gaza une grande disette.
Au reste, si nous pouvions tre prvenus  temps, il n'chapperait que
difficilement.

Pour le moment, tenez-vous concentr  Salahieh et  Belbeis; punissez
les diffrentes tribus arabes qui se sont rvoltes contre vous; tchez
d'en obtenir des chevaux et des tages; faites activer, par tous les
moyens possibles, les travaux de Belbeis, afin que l'on puisse
y confier, d'ici  quelques jours, quelques pices de canon;
approvisionnez Salahieh le plus qu'il vous sera possible. La meilleure
manire de punir les villages qui se sont rvolts, c'est de prendre le
scheick El-Beled et de lui faire couper le cou, car c'est de lui que
tout dpend.

Le gnral Androssi est reparti de Peluse le 28; il y a trouv de
trs-belles colonnes et quelques cames.

BONAPARTE.



Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798).

_Au directoire excutif._

Le 30 vendmiaire,  la pointe du jour, il se manifesta quelques
rassemblemens dans la ville du Caire.

 sept heures du matin, une populace nombreuse s'assembla  la porte du
cadhi, Ibrahim Ehctem Efendy, homme respectable par son caractre et ses
moeurs. Une dputation de vingt personnes des plus marquantes se rendit
chez lui, et l'obligea  monter  cheval, pour, tous ensemble, se rendre
chez moi. On partait, lorsqu'un homme de bon sens observa au cadhi que
le rassemblement tait trop nombreux et trop mal compos pour des
hommes qui ne voulaient que prsenter une ptition. Il fut frapp de
l'observation, descendit de cheval, et rentra chez lui. La populace
mcontente tomba sur lui et sur ses gens  coups de pierre et de bton
et ne manqua pas cette occasion pour piller sa maison.

Le gnral Dupuy, commandant la place, arriva sur ces entrefaites;
toutes les rues taient obstrues.

Un chef de bataillon turc, attach  la police, qui venait deux cents
pas derrire, voyant le tumulte et l'impossibilit de le faire cesser
par douceur, tira un coup de tromblon. La populace devint furieuse; le
gnral Dupuy la chargea avec son escorte, culbuta tout ce qui tait
devant lui, s'ouvrit un passage. Il reut sous l'aisselle un coup de
lance qui lui coupa l'artre: il ne vcut que huit minutes.

Le gnral Bon prit le commandement. Les coups de canon d'alarme furent
tirs; la fusillade s'engagea dans toutes les rues; la populace se mit
 piller les maisons des riches. Sur le soir, toute la ville se trouva
-peu-prs tranquille, hormis le quartier de la grande mosque, o se
tenait le conseil des rvolts, qui en avaient barricad les avenues.

 minuit, le gnral Dommartin se rendit avec quatre bouches  feu
sur une hauteur, entre la citadelle et la qoubbeh, qui domine  cent
cinquante toises la grande mosque. Les Arabes et les paysans marchaient
pour secourir les rvolts. Le gnral Lannes fit attaquer par le
gnral Vaux quatre  cinq mille paysans qui se sauvrent plus vite
qu'ils n'auraient voulu; beaucoup se noyrent dans l'inondation.

 huit heures du matin, j'envoyai le gnral Dumas avec de la cavalerie
battre la plaine. Il chassa les Arabes au-del de la qoubbeh.

 deux heures aprs midi, tout tait tranquille hors des murs de la
ville. Le divan, les principaux scheicks, les docteurs de la loi,
s'tant prsents aux barricades du quartier de la grande mosque, les
rvolts leur en refusrent l'entre; on les accueillit  coups de
fusil. Je leurs fis rpondre  quatre heures par les batteries de
mortiers de la citadelle, et les batteries d'obusiers du gnral
Dommartin. En moins de vingt minutes de bombardement, les barricades
furent leves, le quartier vacu, la mosque entre les mains de nos
troupes, et la tranquillit fut parfaitement rtablie.

On value la perte des rvolts de deux mille  deux mille cinq cents
hommes; la ntre se monte  seize hommes tus en combattant, un convoi
de vingt-un malades revenant de l'arme, gorgs dans une rue, et 
vingt hommes de diffrens corps et de diffrens tats.

L'arme sent vivement la perte du gnral Dupuy, que les hasards de la
guerre avaient respect dans cent occasions.

Mon aide-de-camp Sullowsky allant,  la pointe du jour, le premier
brumaire, reconnatre les mouvemens qui se manifestaient hors la ville,
a t  son retour attaqu par toute la populace d'un faubourg; son
cheval ayant gliss, il a t assomm. Les blessures qu'il avait reues
au combat de Salahieh n'taient pas encore cicatrises; c'tait un
officier de la plus grande esprance.

BONAPARTE.



Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798).

_Au citoyen Braswich, chancelier interprte._

Vous vous embarquerez, citoyen, avec Ibrahim-Aga; vous vous rendrez
avec lui  bord de la caravelle. Vous tcherez de prendre tous les
renseignemens possibles sur notre situation avec la Porte, et sur celle
de notre ambassadeur  Constantinople et de l'ambassadeur ottoman 
Paris.

Vous ferez connatre  l'officier qui commande la flottille turque le
dsir que j'aurais qu'il m'envoyt au Caire un officier distingu, pour
confrer avec lui d'objets importans; que si les Anglais ne les laissent
pas entrer  Alexandrie, ni  Rosette, il peut envoyer une frgate 
Damiette, et que j'en profiterai pour crire  Constantinople des choses
galement avantageuses aux deux puissances.

Je compte, pour cette mission importante, sur votre zle et sur votre
capacit.

BONAPARTE.



Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798).

_Au gnral commandant  Alexandrie._

Vous ferez sortir, citoyen gnral, deux parlementaires, l'un sera le
canot de la caravelle, sur lequel seront embarqus le turc Ibrahim Aga
et le citoyen Braswich, qui s'habillera  la turque, s'il ne l'est pas.

Le second portera un officier de terre.

Vous ferez commander le canot par un officier intelligent qui puisse
tout observer sans se mler de rien.

Ces deux parlementaires sortiront en mme temps du port: l'un portera
pavillon tricolore et pavillon blanc; l'autre pavillon turc et pavillon
blanc.

Sortis du port, le parlementaire franais ira aborder l'amiral anglais;
le parlementaire turc ira aborder l'amiral turc.

Vous crirez  l'amiral anglais une lettre, dans laquelle vous lui direz
que vous vous tes empress d'envoyer au Caire la lettre qu'il vous a
crite le 19 octobre; que la caravelle qui est  Alexandrie tant  la
disposition du pacha d'gypte, elle suivra les ordres que lui donnera
ledit pacha; que celui-ci ayant jug  propos d'envoyer un de ses
officiers a bord de l'amiral turc, avant de donner ledit ordre, vous
avez autoris la sortie du parlementaire qui porte la chaloupe de la
caravelle.

Vous aurez soin qu'aucun individu de la caravelle ne s'embarque sur son
parlementaire, hormis les rameurs, qui devront tre matelots.

L'officier de terre que vous enverrez  bord de l'amiral anglais se
comportera avec la plus grande honntet: il remettra  l'amiral, comme
par hasard, quelques journaux d'gypte, et cherchera  tirer toutes les
nouvelles possibles du continent. Il lui dira que je l'ai spcialement
charg de lui offrir tous les rafrachissemens dont il pourrait avoir
besoin.

Dans la nuit, le gnral Murat partira avec une partie de la
soixante-quinzime; il se rendra  Rahmanieh, de l  Rosette, et de
l  Aboukir ou  Alexandrie. Je juge cet accroissement de forces
ncessaire pour vous mettre  mme de vous opposer  toutes les
entreprises que pourraient former les ennemis. Je fais disposer d'autres
btimens pour vous envoyer d'autres troupes, et m'y transporter
moi-mme, si les nouvelles que je recevrai demain me le font penser
ncessaire.

BONAPARTE.



Au Caire, le 14 brumaire an 7 (4 novembre 1798).

_Au gnral Marmont._

Je reois, citoyen gnral, vos lettres des 6 et 7. Puisque les Anglais
ne tentaient leur descente qu'avec une vingtaine de chaloupes, il tait
vident qu'ils ne pouvaient dbarquer que huit ou neuf cents hommes:
c'et donc t une bonne affaire de les laisser dbarquer, vous nous
auriez envoy quelque colonel anglais prisonnier, qui nous aurait donn
quelques nouvelles du continent.

Il est bien vident que les Anglais ne veulent tenter leur dbarquement
 Aboukir qu'en consquence de quelque projet mal ourdi, o Mourad-Bey,
ou de nombreuses cohortes d'Arabes, ou peut-tre mme des habitans,
devaient combiner leurs mouvemens avec le leur. Puisque rien de tout
cela n'est arriv et que cependant ils tentaient de dbarquer, c'tait
une bonne occasion dont on pouvait profiter. J'espre toujours que si le
9 ils ont voulu descendre, vous aurez eu le temps de vous prparer: vous
pourrez les attirer dans quelque embuscade et leur faire un bon nombre
de prisonniers.

Quant au fort d'Aboukir, ayant une enceinte et un foss, il est 
l'abri d'un coup de main, quand mme les Anglais auraient effectu leur
dbarquement: cent hommes s'y renfermeraient dans le temps que l'on
marcherait d'Alexandrie et de Rosette pour craser les Anglais.

J'ai reu des nouvelles de Constantinople: la Porte se trouve dans une
position trs-critique, et il s'en faut beaucoup qu'elle soit contre
nous. L'escadre russe a demand le passage par le dtroit; la Porte le
lui a refus avec beaucoup de dcision.

BONAPARTE.



Au Caire, le 19 brumaire an 7 (9 novembre 1798).

_ son excellence le grand-visir._

J'ai eu l'honneur d'crire  votre excellence le 13 messidor,  mon
arrive  Alexandrie; je lui ai crit galement le 5 fructidor par
un btiment que j'ai expdi exprs de Damiette; je n'ai reu aucune
rponse  ces diffrentes lettres.

Je ritre cette troisime lettre pour faire connatre  votre
excellence l'intention de la rpublique franaise de vivre en bonne
intelligence avec la sublime Porte. La ncessit de punir les mameloucks
des insultes qu'ils n'ont cess de faire au commerce franais, nous a
conduits en gypte, tout comme,  diffrentes poques, la France a d
faire la mme chose pour punir Alger et Tunis.

La rpublique franaise est, par inclination comme par intrt, amie
du sultan, puisqu'elle est l'ennemie de ses ennemis; elle s'est
positivement refuse  entrer dans la coalition qui a t faite avec les
deux empereurs contre la Sublime Porte: les puissances qui se sont dj
prcdemment partag la Pologne ont le mme projet contre la Turquie.
Dans les circonstances actuelles la Sublime Porte doit voir l'arme
franaise comme une amie qui lui est dvoue et qui est toute prte 
agir contre ses ennemis.

Je prie votre excellence de croire que personnellement je dsire
concourir et employer mes moyens et mes forces  faire quelque chose qui
soit utile au sultan, et puisse prouver  votre excellence l'estime et
la considration avec laquelle je suis,

BONAPARTE.



Au Caire, le 21 brumaire an 7 (11 novembre 1798).

_Au gnral Menou._

S'il se prsentait, citoyen gnral, une ou deux frgates turques pour
entrer dans le port d'Alexandrie, vous devez les laisser entrer. S'il se
prsentait plusieurs btimens de guerre turcs pour entrer dans le port
d'Alexandrie, vous ferez connatre  celui qui les commande qu'il est
ncessaire que vous me fassiez part de sa demande; vous pourrez mme
l'engager  envoyer quelqu'un au Caire, et, s'il persistait, vous
emploierez la force pour l'empcher d'entrer.

Si une escadre turque vient croiser devant le port et qu'elle communique
directement avec vous, vous serez  mme de prendre toute espce
d'information: vous lui ferez toute sorte d'honntets.

Si elle ne communique avec nous que par des parlementaires anglais, vous
ferez connatre  celui qui la commande combien cela est indcent et
contraire au respect que l'on doit  la dignit du sultan, et vous
l'engagerez  communiquer avec vous directement sans parlementaire
anglais, lui faisant connatre que vous regarderez comme nulles toutes
les lettres qui vous viendront par les parlementaires anglais.

BONAPARTE.



Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798).

_Au citoyen Guibert, lieutenant des guides._

Vous vous rendrez, citoyen,  Rosette, en vous embarquant de suite sur
_la Diligence_. Vous remettrez les lettres ci-jointes, au gnral Menou;
vous aurez avec vous un Turc nomm Mohammed-Tehaouss, lieutenant de la
caravelle qui est  Alexandrie.

Vous vous embarquerez  Rosette sur un canot parlementaire, que le
contre-amiral Perre vous fournira. Vous vous rendrez  bord de l'amiral
anglais avec votre Turc, qui remettra une lettre dont il est porteur 
l'officier qui commande la flottille turque.

Vous resterez quelques heures avec l'amiral anglais: vous lui remettrez
sans prtention les diffrens journaux gyptiens et les numros de la
dcade; vous tcherez qu'il vous remette les journaux qu'il pourrait
avoir reus d'Europe; vous laisserez chapper dans la conversation que
je reois souvent des nouvelles de Constantinople par terre. S'il vous
parle de l'escadre russe qui assige Corfou, vous lui laisserez d'abord
dire tout ce qu'il voudra, aprs quoi vous lui direz que j'ai des
nouvelles en date de vingt jours de Corfou; vous lui ferez sentir que
vous ne croyez pas  la prsence de l'escadre russe devant Corfou, parce
que, si les Russes avaient des forces dans ces mers, ils ne seraient pas
assez dupes de ne pas tre devant Alexandrie; vous lui direz, comme par
inadvertance, qu'il attribuera facilement  votre jeunesse, que, depuis
les premiers jours de septembre, tous les jours, je fais partir un
officier pour la France; que plusieurs de mes aides-de-camp ont t
expdis, et entre autres, mon frre, que vous direz parti depuis
vingt-cinq jours. S'il vous demande d'o ils partent, vous direz que
vous ne savez pas d'o tous sont partis; mais que, pour mon frre, il
est parti d'Alexandrie.

Vous leur demanderez des nouvelles de la frgate _la Justice_, sur
laquelle vous direz avoir un cousin; vous demanderez o elle se trouve:
s'il ne la connaissait pas, vous la lui dsigneriez comme une de celles
qui s'en sont alles avec l'amiral Villeneuve.

Vous leur direz que je suis dans ce moment-ci  Suez et que vous croyez
que vous me trouverez de retour; vous lui direz, mais trs-lgrement,
que vous croyez qu'il est arriv un trs-grand nombre de btimens 
Suez, venant de l'le de France.

Vous lui direz que le premier parlementaire qu'il aurait  m'envoyer, je
dsirerais qu'il vnt  Rosette, et que j'avais donn l'ordre qu'il vnt
au Caire, et que, dans ce cas, je dsirerais qu'il nommt quelqu'un qui
et sa confiance et qui ft intelligent.

Vous lui direz galement que, s'ils ont de la difficult  faire de
l'eau ou qu'ils aient difficilement des choses qui puissent leur tre
agrables, vous savez que mon intention est de les leur faire fournir;
vous leur raconterez que devant Mantoue, sachant que le marchal de
Wurmser avait une grande quantit de malades, je lui avais envoy
beaucoup de mdicamens, gnrosit qui avait beaucoup tonn le vieux
marchal; que je lui faisais passer tous les jours six paires de boeufs
et toutes sortes de rafrachissemens; que j'avais t trs-satisfait de
la manire dont ils avaient trait nos prisonniers.

Enfin, vous rentrerez  Rosette avec votre Turc sans toucher Alexandrie.
Si le contre-amiral Perre prfrait vous faire partir d'Aboukir sur la
chaloupe de _l'Orient_, vous vous y rendriez.

Vous reviendriez  Aboukir, et de l  Rosette, et descendrez avec votre
Turc au quartier-gnral.

BONAPARTE.



Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798).

_Au directoire excutif._

Je vous fais passer la note des combats qui ont eu lieu  diffrentes
poques et sur diffrens points de l'arme.

Les Arabes du dsert de la Lybie harcelaient la garnison d'Alexandrie.
Le gnral Klber leur fit tendre une embuscade; le chef d'escadron
Rabasse,  la tte de cinquante hommes du quatorzime de dragons, les
surprit le 5 thermidor et leur tua quarante-trois hommes.

 la sollicitation de Mourad-Bey et des Anglais, les Arabes s'taient
runis et avaient fait une coupure au canal d'Alexandrie, pour empcher
les eaux d'y arriver. Le chef de brigade Barthlmy,  la tte de six
cents hommes de la soixante-neuvime, cerna le village de Birk et
Glathas, la nuit du 27 fructidor, tua plus de deux cents hommes, pilla
et brla le village. Ces exemples ncessaires rendirent les Arabes
plus sages, et, grces aux peines et  l'activit de la quatrime
d'infanterie lgre, les eaux sont arrives, le 14 brumaire, 
Alexandrie en plus grande abondance que jamais. Il y en a pour deux ans.
Le canal nous a servi  approvisionner de bl Alexandrie, et  faire
venir nos quipages d'artillerie  Djyzh.

Le gnral Androssi, aprs diffrens combats sur le lac Menzalh, est
arriv, le 29 vendmiaire, sur les ruines de Peluse. Il y a trouv
plusieurs antiques, entre autres un fort beau came; il y a dress la
carte de ce lac et de ses sondes avec la plus grande exactitude. Nous
avons dans ce moment beaucoup de btimens arms dans ce lac. Il ne reste
plus que deux branches, celle d'Ommfaredje et celle de Dybh, peu de
traces de celle de Peluse.

Deux jours aprs que la populace du Caire se fut rvolte, les Arabes
accoururent de diffrens points du dsert, et se runirent devant
Belbeis. Le gnral Reynier les repoussa partout; un seul coup de canon
 mitraille en tua sept: aprs diffrens petits combats ils disparurent,
et quelque temps aprs se sont soumis.

Quelques djermes, charges de chevaux nous appartenant, ont t pilles
par les habitans du village de Ramleh, et deux dragons ont t tus. Le
gnral Murat s'y est port, a cern le village, et a tu une centaine
d'hommes.

Le gnral Lanusse, instruit que le clbre Abouch'ir, un des
principaux brigands du Delta, tait  Kafr-Khar, l'a surpris la nuit du
29 vendmiaire, a cern sa maison, l'a tu, lui a pris trois pices de
canon, quarante fusils, cinquante chevaux, et beaucoup de subsistances.

Les Anglais, avec quinze chaloupes canonnires et quelques petits
btimens, se sont approchs du fort d'Aboukir, les 3, 4, 6 et 7
brumaire. Ils ont eu plusieurs chaloupes coules bas: l'ordre tait
donn de les laisser dbarquer; ils ne l'ont pas os faire. Ils doivent
avoir perdu quelques hommes; nous en avons eu deux blesss et un de tu:
le citoyen Martinet, commandant la lgion nubique, s'est distingu.

Depuis la bataille de Sdyman, le gnral Desaix tait dans le Faoum.
Dans cette saison, on ne peut en gypte aller ni par eau, il n'y en a
pas assez dans les canaux; ni par terre, elle est marcageuse et pas
encore sche: ne pouvant donc poursuivre Mourad-Bey, le gnral Desaix
s'occupa  organiser le Faoum.

Cependant Mourad-Bey en profita pour faire courir le bruit qu'Alexandrie
tait pris, et qu'il fallait exterminer tous les Franais. Les villages
se refusrent  rien fournir au gnral Desaix, qui se porta, le 19
brumaire, pour punir le village de Cruni (Chrnh) qui tait soutenu
par deux cents mameloucks; une compagnie de grenadiers les mit en
droute. Le village a t pris, pill et brl; l'ennemi a perdu quinze
 seize hommes.

Dans le mme temps, cinq cents Arabes, autant de mameloucks, et un grand
nombre de paysans, se portaient  Faoum pour enlever l'ambulance.
Le chef de bataillon de la vingt-unime, Epler, sortit au devant
des ennemis, les culbuta par une bonne fusillade, et les poussa la
baonnette dans les reins. Une soixantaine d'Arabes, qui taient entrs
dans les maisons pour piller, ont t tus; nous n'avons eu, dans ces
diffrens combats, que trois hommes tus et dix de blesss.

BONAPARTE.



Au Caire, le 28 brumaire an 7 (18 novembre 1798).

_ l'ordonnateur Leroy._

Le capitaine du navire le _Santa-Maria_, qui a achet ou vol quatre
pices de canon de 2, un cble et un grappin, de concert avec un matelot
franais, sera condamn a payer 6,000 fr. d'amende, qui seront verss
dans la caisse du payeur.

BONAPARTE.



Au Caire, le 29 brumaire an 7 (19 novembre 1798).

_ Djezzar-Pacha._

Je ne veux pas vous faire la guerre, si vous n'tes pas mon ennemi; mais
il est temps que vous vous expliquiez. Si vous continuez  donner refuge
et  garder sur les frontires de l'gypte Ibrahim-Bey, je regarderai
cela comme une marque d'hostilit, et j'irai  Acre.

Si vous voulez vivre en paix avec moi, vous loignerez Ibrahim-Bey 
quarante lieues des frontires de l'gypte, et vous laisserez libre le
commerce entre Damiette et la Syrie.

Alors, je vous promets de respecter vos tats, de laisser la libert
entire au commerce entre l'gypte et la Syrie, soit par terre, soit par
mer.

BONAPARTE.



Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798).

_Au gnral Menou._

Faites sentir, citoyen gnral, au conseil militaire combien il est
essentiel d'tre svre contre les dilapidateurs qui vendent la
subsistance des soldats. C'est par ce mange-l qu'ils nous ont vendu
tout le vin que nous avons apport de France. Par la seule raison qu'il
ne surveille pas des dilapidations aussi publiques, le commissaire des
guerres est coupable, et mrite une punition exemplaire.

BONAPARTE.



Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798).

_Au scheick El-Messiri._

J'ai vu avec plaisir votre heureuse arrive  Alexandrie; cela
contribuera  y maintenir la tranquillit et le bon ordre. Il serait
essentiel que vous et les notables d'Alexandrie, prissiez des moyens
pour dtruire les Arabes et les forcer  une manire de vivre
plus conforme  la vertu. Je vous prie aussi de faire veiller les
malintentionns qui dbarquent  deux ou trois lieues d'Alexandrie, se
glissent dans la ville et y rpandent des faux bruits qui ne tendent
qu' troubler la tranquillit.

Sous peu, je ferai travailler au canal d'Alexandrie, et j'espre
qu'avant six mois l'eau y viendra en tout temps.

Quant  la mer, persuadez-vous bien qu'elle ne sera pas long-temps 
la disposition de nos ennemis. Alexandrie racquerra son ancienne
splendeur, et deviendra le centre du commerce de tout l'Orient; mais
vous savez qu'il faut quelque temps. Dieu mme n'a pas fait le monde en
un seul jour.

BONAPARTE.



Au Caire, le 5 frimaire an 7 (25 novembre 1798).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie, par le citoyen Sucy, ordonnateur de l'arme, un
duplicata de la lettre que je vous ai crite le 1er. frimaire, et que je
vous ai expdie par un de mes courriers, et le quadruplicata de celle
que je vous ai crite le 30 vendmiaire, et que je vous ai galement
expdie par un de mes courriers, et enfin tous les journaux, ordres du
jour et relations que je vous ai fait passer par mille et une occasions.

L'ordonnateur Sucy est oblig de se rendre en France pour y prendre les
eaux, par suite de la blessure qu'il a reue dans les premiers jours de
notre arrive en gypte. Je l'engage  se rendre  Paris, o il pourra
vous donner tous les renseignemens que vous pourrez dsirer sur la
situation politique, administrative et militaire de ce pays.

Nous attendons toujours avec une vive impatience des courriers d'Europe.

L'ordonnateur Daure remplit en ce moment les fonctions d'ordonnateur en
chef.

Comme nos lazarets sont tablis  Alexandrie, Rosette et Damiette, je
vous prie d'ordonner qu'il ne soit pas fait de quarantaine pour les
btimens qui viennent d'gypte, ds l'instant qu'ils auront une patente
en rgle. Vous pouvez tre srs que nous serons extrmement prudens,
et que nous ne donnerons point de patente, ds qu'il y aura le moindre
soupon.

Nous sommes, au printemps, comme en France au mois de mai.

Je me rfre, sur la situation politique et militaire de ce pays, aux
lettres que je vous ai prcdemment crites.

J'envoie en France une quarantaine de militaires estropis ou aveugles:
ils dbarqueront en Italie ou en France: je vous prie de les recommander
 nos gnraux et  nos ambassadeurs en Italie, en cas qu'ils dbarquent
dans un port neutre.

BONAPARTE.



Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798).

_Au gnral Marmont._

L'tat-major vous ordonne, citoyen gnral, de prendre le commandement
de la place d'Alexandrie. Je fais venir le gnral Manscourt au Caire,
parce que j'ai appris que le 24 il a envoy un parlementaire aux Anglais
sans m'en rendre compte, et que d'ailleurs sa lettre  l'amiral anglais
n'tait pas digne de la nation. Je vous rpte ici l'ordre que j'ai
donn, de ne pas envoyer de parlementaire aux Anglais sans mon ordre.
Qu'on ne leur demande rien. J'ai accoutum les officiers qui sont sous
mes ordres,  accorder des grces et non  en recevoir.

J'ai appris que les Anglais avaient fait quatorze prisonniers  la
quatrime d'infanterie lgre; il est extrmement surprenant que je n'en
aie rien su.

Secouez les administrations, mettez de l'ordre dans cette grande
garnison, et faites que l'on s'aperoive du changement de commandant.

crivez-moi souvent et dans le plus grand dtail. Je savais depuis
trois jours la nouvelle que vous m'avez crite, des lettres venues de
Saint-Jean d'Acre.

Renvoyez d'Alexandrie tous les hommes isols qui devraient tre 
l'arme. Ayez soin que personne ne s'en aille qu'il n'ait son passeport
en rgle; que ceux qui s'en vont n'emmnent point de domestiques avec
eux, surtout d'hommes ayant moins de trente ans, et qu'ils n'emportent
point de fusils.

BONAPARTE.



Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798).

_Au gnral Ganteaume._

Je vous prie, citoyen gnral, de faire expdier d'Alexandrie  Malte
un bon marcheur du convoi, avec des dpches pour le contre-amiral
Villeneuve. Vous lui ferez connatre le dsir que j'aurais qu'il pt,
par le moyen de ses frgates, nous envoyer des nouvelles d'Europe. Les
frgates pourraient venir  Damiette o les ennemis ne croisent pas.

Vous lui ferez connatre que depuis Alexandrie jusqu' la bouche d'Orum
Faredge,  vingt heures est de Damiette, toute la cte est  nous, et
qu'en reconnaissant un point quelconque de cette cte, et mettant un
canot  la mer avec cinquante hommes arms dedans, les dpches nous
parviendront trs-certainement.

Vous lui direz que nous ne sommes bloqus ici que par deux vaisseaux et
une ou deux frgates: s'il pouvait paratre ici avec trois ou quatre
vaisseaux qu'il a  Malte, et deux ou trois frgates, il pourrait
enlever la croisire anglaise; que nos btimens de guerre qu'il sait que
nous avons  Alexandrie, sont organiss et pourraient sortir pour lui
donner des secours.

Vous donnerez pour instructions  ce btiment de ne point se prsenter
devant le port de Malte, mais dans la cale de Massa-Sirocco.

Expdiez un autre btiment grec ou du convoi  Corfou pour faire
connatre  celui qui commande les forces navales dans ce port, combien
il est ncessaire qu'il nous expdie un aviso avec toutes les nouvelles
qu'il pourrait avoir  Corfou, d'Europe, de l'Albanie, de la Turquie,
et de tout ce qui s'est pass de nouveau dans ces mers. Donnez-lui
galement une instruction du point o il doit aborder.

Expdiez un troisime btiment du convoi, si vous pouvez, un btiment
imprial, au commandant des btimens de guerre  Ancne. Vous lui direz
que je dsire qu'il m'expdie un aviso pour me faire connatre la
situation de ses btimens, et qu'il m'envoye toutes les nouvelles, et
entre autres toutes les gazettes franaises et italiennes depuis notre
dpart.

Vous lui donnerez galement une instruction sur la marche que doit tenir
l'aviso.

Vous expdierez un quatrime btiment du convoi, bon voilier, pour se
rendre  Toulon, avec une lettre pour le commandant des armes, dans
laquelle vous lui ferez connatre notre situation dans ce pays, et la
ncessit o nous nous trouvons qu'il nous fasse passer des nouvelles
de France et les ordres du gouvernement, en vitant Alexandrie, et
en venant aborder, soit  Bourlas, soit  Damiette, soit  la bouche
d'Orum-Faredge.

Vous ordonnerez au btiment de Toulon de passer entre le cap Bon et
Malte, d'viter l'un et l'autre, de doubler les les Saint-Pierre, et
de passer entre la Corse et les les Minorques. Si les vents le
contrariaient ou qu'il apprt la prsence des ennemis, il pourrait
aborder en Corse ou dans un port d'Espagne.

Sur chacun de ces trois ou quatre btimens, vous mettrez un aspirant de
la marine ou un officier marinier, qui sera porteur de vos dpches,
et qui devra en rapporter la rponse. Vous leur donnerez toutes les
instructions ncessaires  cet gard, et vous leur ferez bien connatre
la manire dont ils doivent se conduire  leur retour. Il sera promis
une gratification aux patrons des navires qui retourneront et nous
rapporteront des nouvelles du continent.

Je vous enverrai, dans la matine de demain, quatre paquets, dont seront
porteurs ces quatre officiers. Vous leur ordonnerez de les garder, en
les cachant; s'ils taient pris par les Anglais, je prfre qu'ils
soient pris, plutt que de les jeter  la mer.

Il n'y a que des imprims dans ces paquets.

BONAPARTE.



Au Caire, le 10 frimaire an 7 (30 novembre 1798).

_Au gnral Menou._

Si la contribution ne rentre pas, faites parcourir, citoyen gnral, une
colonne mobile dans toute la province de Rosette, village par village,
avec l'intendant, l'agent franais et un officier intelligent;  mesure
qu'ils passeront dans un village, ils exigeront les chevaux et la
contribution.

Vous verrez qu'elle rentrera trs-promptement.

BONAPARTE.



Au Caire, le 11 frimaire an 7 (1er dcembre 1798).

_Au gnral Bon._

Vous vous rendrez, citoyen gnral, demain  Birket-el-Adji. Vous
partirez aprs-demain avant le jour de cet endroit pour vous rendre,
avec la plus grande diligence possible  Suez. Il serait  dsirer que
vous pussiez y arriver le 14 au soir, ou le 15 avant midi.

Vous m'enverrez un exprs arabe, tous les jours, auquel vous ferez
connatre que je donnerai plusieurs piastres lorsqu'ils me remettront
vos lettres.

Vous aurez avec vous, indpendamment des troupes que le chef de
l'tat-major vous a annonces, le citoyen Collot, enseigne de vaisseau
avec dix matelots et le moallem ... qui aura aussi huit ou dix de ses
gens avec lui.

Vous trouverez,  Suez, toutes les citernes, que j'ai fait remplir.

Votre premier soin sera, en arrivant, de nommer un officier pour
commander la place. Le citoyen Collot remplira les fonctions de
commandant des armes du port, et les officiers du gnie et d'artillerie
qu'y envoient les gnraux Caffarelli et Dommartin, commanderont ces
armes dans cette place; le moallem ... remplira les fonctions de mazir
ou inspecteur des douanes.

Votre premire opration sera de remplir toutes les citernes qui ne sont
pas pleines, et de faire un accord avec les Arabes de Thor, pour qu'ils
continuent  vous fournir toute l'eau existant dans les citernes, en
rserve.

Vous ferez retrancher, autant qu'il sera possible, tout le Suez ou une
partie de Suez, de manire  tre  l'abri des attaques des Arabes, et
avoir une batterie de gros canons qui battent la mer.

Vous vivrez dans la meilleure intelligence avec tous les patrons des
btimens venant de Jambo ou de Djedda, et vous leur crirez, pour les
assurer qu'ils peuvent en toute sret continuer le commerce, qu'ils
seront spcialement protgs.

Vous tcherez de vous procurer, parmi les btimens qui vont  Suez, une
ou deux felouques des meilleures qui se trouvent dans ce port, que vous
ferez armer en guerre.

Vingt-quatre heures aprs votre arrive, vous m'enverrez toujours, par
des Arabes et par duplicata, un mmoire sur votre situation militaire,
sur celle des citernes et sur la situation du pays et le nombre des
btimens.

Vous ferez tout ce qui sera possible pour encourager le commerce et rien
pour l'alarmer.

Ds l'instant que je saurai votre arrive, je vous enverrai un second
convoi de biscuit.

Vous ferez commencer sur-le-champ les travaux ncessaires pour mettre
tout le Suez ou une partie de Suez  l'abri des attaques des Arabes, et
si vous ne trouvez pas dans cette place un assez grand nombre de pices
pour mettre en batterie, indpendamment des deux que vous emmnerez avec
vous, je vous en ferai passer d'autres.

Mon intention est que vous restiez dans cette place assez de temps pour
faire des fortifications, afin que la compagnie Omar, les marins et les
canonniers suffisent pour la dfense contre les entreprises des Arabes,
et si ces forces n'taient pas suffisantes, vous me le manderez: alors
je les renforcerai de quelques troupes grecques.

Je vous recommande de m'crire, par les Arabes, deux fois par jour.

Vous m'enverrez toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir, soit
sur la Syrie, soit sur Djedda ou la Mecque.

BONAPARTE.



Au Caire, le 12 frimaire an 7 (2 dcembre 1798).

_Au gnral Marmont._

Vous ferez runir chez vous, citoyen gnral, dans le plus grand secret,
le contre-amiral Perre, le chef de division Dumanoir, le capitaine
Barr.

Vous dresserez un procs-verbal de la rponse qu'ils feront aux
questions suivantes, que vous signerez avec eux.

_Premire question_. Si la premire division de l'escadre sortait,
pourrait-elle, aprs une croisire, rentrer dans le port neuf ou dans le
port vieux, malgr la croisire actuelle des Anglais?

_Seconde question_. Si _le Guillaume-Tell_ paraissait avec _le
Gnreux_, _le Dgo_, _l'Arthmise_, et les trois vaisseaux vnitiens
que nous avons laisss  Toulon et qui sont actuellement runis  Malte,
la croisire anglaise serait oblige de se sauver: se charge-t-on de
faire entrer l'amiral Villeneuve dans le port?

_Troisime question_. Si la premire division sortait pour favoriser
sa rentre, malgr la croisire anglaise, ne serait-il pas utile,
indpendamment du fanal que j'ai ordonn qu'on allumt au phare,
d'tablir un nouveau fanal sur la tour du Marabou? Y aurait-il quelques
autres prcautions  prendre?

Si, dans la solution de ces trois questions, il y avait diffrence
d'opinions, vous ferez mettre dans le procs-verbal l'opinion de chacun.

Je vous ordonne qu'il n'y ait  cette confrence que vous quatre. Vous
commencerez par leur ordonner le plus grand secret.

Aprs que le conseil aura rpondu  ces trois questions et que le
procs-verbal sera clos, vous poserez cette question:

Si l'escadre du contre-amiral Villeneuve partait le 15 frimaire de
Malte, de quelle manire s'apercevrait-on de son arrive  la hauteur
de la croisire? Quels secours les forces navales actuelles du port
pourraient elles lui procurer? et de quel ordre aurait besoin le
contre-amiral Perre pour se croire suffisamment autoris  sortir?

Combien de temps faudrait-il pour jeter les boues pour dsigner la
passe?

Les frgates _la Carrre_, _la Muiron_ et le vaisseau _le Causse_
seraient-ils dans le cas de sortir?

Aprs quoi vous poserez cette question:

Les frgates _la Junon_, _l'Alceste_, _la Carrre_, _la Courageuse_, _la
Muiron_, les vaisseaux _le Causse_, _le Dubois_, renforcs chacun par
une bonne garnison de l'arme de terre et de tous les matelots europens
qui existent  Alexandrie, seraient-ils dans le cas d'attaquer la
croisire anglaise, si elle tait compose de deux vaisseaux et d'une
frgate?

Vous me ferez passer le procs-verbal de cette sance dans le plus court
dlai.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 frimaire an 7 (3 dcembre 1798).

_Au mme._

J'ai donn, citoyen gnral, plusieurs ordres pour que tous les matelots
existant  bord du convoi et ayant moins de vingt-cinq ans, de quelque
nation qu'ils soient, fussent envoys au Caire, ainsi que tous les
matelots napolitains provenant des btimens brls par les Anglais. L'un
et l'autre de ces ordres ont t mal excuts, puisque les Napolitains
taient seuls plus de trois cents, et qu'il tait impossible que tout le
convoi ne contnt au moins cinq ou six cents personnes dans le cas de la
rquisition que je fais.

Vous sentez facilement combien il est essentiel, dans la position o est
l'arme, qu'elle trouve dans les convois qui sont sur le point de
passer en Europe, de quoi se recruter des pertes que peut lui avoir
occasionnes, en diffrons vnemens, la conqute de l'gypte.

Indpendamment de cette raison, j'attachais une grande importance 
intresser  notre opration un grand nombre de marins de nations
diffrentes, lesquelles, par-l, se trouveraient plus  porte de nous
donner des nouvelles, et ce que nous avons besoin de France. Je vous
prie donc, citoyen gnral, de vous concerter avec le citoyen Dumanoir,
commandant des armes, et de prendre des mesures efficaces pour que, dans
le plus court dlai, tous les jeunes matelots, italiens, espagnols,
franais, etc., vacuent Alexandrie et soient envoys a Boulac.

Veillez  ce qu'aucun btiment, en sortant du port, n'emmne avec lui de
jeunes matelots qui pourraient nous servir.

BONAPARTE.



Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 dcembre 1798).

_Au gnral Leclerc._

Comme nous avons grand besoin d'argent, citoyen gnral, faites verser
dans la caisse du payeur gnral les 30,000 fr. que vous avez dans votre
caisse.

Les souliers vont vous arriver, ainsi que les deux harnois pour votre
pice.

Occupez-vous sans relche  vous procurer des chevaux: vous savez le
besoin que nous en avons.

Douze cents hommes de cavalerie bien monts et bien arms partent demain
pour se mettre aux trousses de Mourad-Bey. J'espre, moyennant les
chevaux que toutes les provinces envoient, en avoir bientt encore
autant.

BONAPARTE.



Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 dcembre 1798).

_Au gnral Marmont._

Je vous ai fait connatre, par mes dernires lettres, l'importance
extrme qu'il y avait  retenir tous les matelots napolitains, gnois,
espagnols, etc.: cette mesure a t excute en partie par le citoyen
Dumanoir; mais elle est bien loin de l'tre entirement, puisque les
Napolitains seuls taient trois cent quatre-vingt. Les tats que l'on
m'a remis de la force du convoi, portaient deux cent soixante-dix-sept
btimens et deux mille cinq cent soixante-quatorze matelots. Je pense
qu'aujourd'hui il sera rduit  deux mille. Il est indispensable que
vous parveniez  me procurer encore huit cents hommes.

Si les nouvelles recherches que vous ferez pour trouver des jeunes gens
ayant moins de vingt-cinq ans, ne suffisent pas, pour trouver ce nombre
vous aurez recours  une rquisition, d'un quart de chaque quipage,
ayant soin de prendre les plus jeunes: ceci doit avoir lieu pour tous
les btimens du convoi, soit franais ou trangers.

Ne donnez communication de cette lettre qu'au citoyen Dumanoir, et
concertez-vous avec lui pour nous procurer huit cents hommes. Ce ne sera
qu'aprs l'excution pralable de cet ordre, que je lverai l'embargo
mis sur une partie du convoi.

Visez vous-mme tous les passeports de ceux qui s'en vont, et ne laissez
partir personne qui puisse faire un soldat. Ceux qui s'en vont n'ont pas
besoin de domestiques,  moins qu'ils n'aient plus de vingt-cinq ans.

BONAPARTE.



Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 dcembre 1798).

_Au mme._

Je vous envoie, citoyen gnral, un ordre que je vous prie d'excuter
avec la plus grande exactitude. Aprs que vous aurez fait arrter ce
citoyen, faites venir chez vous tous les administrateurs de la marine,
et lisez-leur mon ordre. Vous leur direz que je reois des plaintes de
tous cts sur leur conduite, et qu'ils ne secondent en rien le citoyen
Leroy; que je punirai les lches avec la dernire svrit, et avec
d'autant moins d'indulgence, qu'un homme qui manque de courage n'est pas
franais.

BONAPARTE.



Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 dcembre 1798).

_ l'intendant-gnral de l'gypte._

J'ai reu, citoyen, la lettre que m'a crite la nation cophte. Je me
ferai toujours un plaisir de la protger: dsormais elle ne sera plus
avilie, et, lorsque les circonstances le permettront, ce que je prvois
n'tre pas loign, je lui accorderai le droit d'exercer son culte
publiquement, comme il est d'usage en Europe, en suivant chacun sa
croyance. Je punirai svrement les villages qui, dans les diffrentes
rvoltes, ont assassin des cophtes. Ds aujourd'hui, vous pourrez leur
annoncer que je leur permets de porter des armes, de monter sur des
mules ou sur des chevaux, de porter des turbans et de s'habiller de la
manire qui peut leur convenir. Mais si tous les jours seront marqus de
ma part par des bienfaits; si j'ai  restituer  la nation cophte une
dignit et des droits insparables de l'homme, qu'elle avait perdus,
j'ai le droit d'exiger sans doute des individus qui la composent
beaucoup de zle et de fidlit au service de la rpublique. Je ne peux
pas vous dissimuler que j'ai eu effectivement  me plaindre du peu de
zle que plusieurs y ont mis. Comment en effet, lorsque tous les jours
des principaux scheicks me dcouvrent les trsors des mameloucks, ceux
qui taient leurs principaux agens ne me font-ils rien dcouvrir?

Je rends justice  votre zle et a celui de vos collaborateurs, ainsi
qu' votre patriarche, dont les vertus et les intentions me sont
connues, et j'espre que, dans la suite, je n'aurai qu' me louer de
toute la nation cophte.

Je donne l'ordre pour que vous soyez rembours, dans le courant du mois,
des avances que vous avez faites.

BONAPARTE.



Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 dcembre 1798).

_Au citoyen Poussielgue._

Vu les pertes que nous avons prouves sur les diamans, la femme de
Mourad-Bey sera tenue de verser dans la caisse du payeur 8,000 talaris
dans l'espace de cinq jours.

BONAPARTE.



Au Caire, le 18 frimaire an 7 (8 dcembre 1798).

_Au gnral Rampon._

Vous devez avoir reu, citoyen gnral, du pain pour quatre jours.

Si cette lettre vous arrive  temps, vous partirez demain avec la plus
grande partie de votre monde pour aller reconnatre la position de
Gzir-Bili, qui est  quatre lieues de l'endroit que vous occupez.
Quand vous serez  une demi-lieue de ladite position, vous ferez
connatre  ladite tribu de Bili qu'elle n'a rien  craindre; qu'elle
peut rester dans son camp, parce que vous avez t prvenu que le
scheick tait venu me voir et avait obtenu grce.

Vous tiendrez note de tous les villages par o vous passerez pour
arriver  Gzir, et vous observerez les diffrentes positions
qu'occupent les Arabes, afin que, si les circonstances exigent que vous
deviez y marcher, vous sachiez comment faire.

Vous aurez soin que les troupes ne fassent aucun mal, et aprs vous
tre promen en diffrens sens, avoir demand s'il y a des mameloucks 
El-Mansoura, qui est un village prs de Gzir, avoir recommand 
tous les villages de payer exactement le miri au gnral commandant la
province, et  ne pas cacher les mameloucks,  les dclarer s'il y en a,
vous retournerez, s'il est possible, coucher  Birket-el-Hadji.

Si cette lettre vous arrivait demain trop tard, vous remettriez la
partie  aprs-demain.

BONAPARTE.




Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 dcembre 1798).

_Au gnral Menou._

Je reois votre lettre du 14, citoyen gnral: je venais d'ordonner la
mesure que vous me proposez, de vendre soixante-quatre mille pintes de
vin. Veillez autant qu'il vous sera possible  ce que ces fonds rentrent
dans la caisse du payeur, et que les voleurs n'en vendent pas une plus
grande quantit pour masquer leurs vols. crivez au gnral Marmont
pour qu'il fasse vendre les vins les plus aigres et les plus prs de se
gter, et que l'on profite de cette circonstance pour vrifier ce qu'il
y a en magasin.

J'ai reu votre lettre du 15, dans laquelle vous m'apprenez que
messieurs les Anglais ont vacu Aboukir. Profitez-en pour faire passer
 Alexandrie la plus grande quantit de bl possible.

BONAPARTE.



Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 dcembre 1798).

_Au gnral Ganteaume._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, faire partir d'Alexandrie le brick
_le Lodi_ pour se rendre  Derne. Il prendra tous les renseignemens
qu'il pourrait acqurir sur les nouvelles de France et d'Europe.

Je suis instruit que plusieurs tartanes de Marseille, expdies par le
gouvernement, y sont arrives dans le courant de brumaire, et n'y ont
sjourn que vingt-quatre heures, aprs avoir pris des renseignemens sur
les Anglais et sur notre position. Comme il est extrmement intressant
que la mission de ce brick soit ignore, vous lui donnerez ses
instructions  ouvrir en mer.

Vous lui ordonnerez de prendre des pilotes d'Alexandrie, connaissant la
cte depuis Alexandrie jusqu' Saint Jean-d'Acre et depuis Alexandrie
jusqu' Tripoli.

J'imagine que la tartane que j'avais ordonn d'envoyer depuis long-temps
 Derne, sera partie: si elle ne l'tait pas, vous ordonneriez, au
pralable, au citoyen Dumanoir de n'expdier _le Lodi_ que vingt-quatre
heures aprs la tartane, en ayant bien soin que la tartane ignore que ce
brick devait partir.

Ce brick portera le citoyen Arnaud, qui, parlant parfaitement la langue,
et ayant eu des relations avec Derne, pourra plus facilement prendre
tous les renseignemens ncessaires.

Vous spcifierez bien au commandant du brick que le citoyen Arnaud n'est
rien sur son bord, et n'a point d'ordre  lui donner, et que lui seul
est responsable de la manire dont sa mission sera remplie.

Vous lui ferez connatre qu'il faut qu'il retourne le plus tt possible
 Alexandrie.

Je compte que son absence sera de moins de quinze jours; que, sous
quelque prtexte que ce soit, il ne doit point cingler vers l'Europe;
que cela serait regard par le gouvernement comme une lchet et une
trahison, dont un Franais ne peut tre souponn.

Vous donnerez deux ordres au commandant du brick: 1. de partir et
d'ouvrir ses instructions  telle hauteur, et d'embarquer, au moment du
dpart, un homme qui lui sera remis par le gnral Marmont, commandant
de la place;

2. Son instruction  ouvrir en mer.

BONAPARTE.



Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 dcembre 1798).

_Instructions pour le citoyen Arnaud._

Le brick sur lequel vous tes embarqu, citoyen, vous conduira  Derne.

Vous remettrez les lettres ci-jointes au commandant de Derne; vous
prendrez tous les renseignemens sur les nouvelles d'Europe et de
Tripoli.

Vous me rendrez compte de votre mission et de tout ce que vous aurez vu
et appris en mer, en expdiant de Derne deux Arabes.

Le brick vous ramnera  Alexandrie, et,  peine dbarqu, vous viendrez
au Caire sans communiquer  personne les nouvelles que vous aurez pu
apprendre.

Je compte sur votre zle et sur vos lumires. Je saurai vous tenir
compte du service que vous aurez rendu dans cette occasion  la
rpublique.

BONAPARTE.



Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 dcembre 1798).

_Au bey de Tripoli._

Je profite d'un btiment qui va  Derne pour vous renouveler l'assurance
de vivre avec vous en bonne intelligence et amiti.

Dans plusieurs lettres que je vous ai crites, je vous ai tmoign le
dsir que j'ai de vous tre utile ainsi qu' ceux qui dpendent de vous.

Je vous prie, lorsque vous aurez des nouvelles d'Europe, de me les
envoyer par des exprs.

Croyez aux sentimens d'estime et  la considration que j'ai pour vous.

BONAPARTE.



Au Caire, le 20 frimaire an 7 (10 dcembre 1798).

_Au citoyen Poussielgue,_

Vous voudrez bien, citoyen, ordonner sur-le-champ au citoyen
Marco-Calavagi, agent du citoyen Rosetti  Terraneh, de verser dans
la caisse du payeur, la valeur de deux mille moutons et de cinquante
chameaux, que le gnral Murat avait pris aux Arabes et qu'il a fait
restituer en disant que c'tait mon intention.

BONAPARTE.



Au Caire, le 11 frimaire an 7 (11 dcembre 1798).

_Au commissaire du gouvernement,  Zante._

Je vous expdie le brick _le Rivoli_ pour avoir de vos nouvelles et de
celles de Corfou.

Faites-moi passer toutes les gazettes franaises, italiennes ou
allemandes que vous auriez depuis le mois de messidor, ainsi que les
nouvelles que vous pourriez avoir d'Italie ou de France, et de tous les
btimens anglais, russes ou turcs qui auraient paru sur vos ctes depuis
ledit mois de messidor.

Donnez-moi toutes les nouvelles que vous pourriez avoir sur
Passwan-Oglou et sur Constantinople.

Envoyez-nous ici un Franais intelligent qui puisse me donner de vive
voix toutes les petites nouvelles que vous pourriez avoir oublies.

Expdiez des btimens  Corfou et en Italie pour faire connatre au
commandant de cette place et au gouvernement franais que tout va au
mieux ici.

Expdiez-moi souvent des btimens sur Damiette.

Les journaux et les imprims que je vous fais passer vous mettront 
mme de connatre notre position.

Je vous, recommande de ne pas retenir le _Rivoli_ plus de trois ou
quatre heures, et de le faire repartir tout de suite, car je suis
impatient d'avoir de vos nouvelles.

BONAPARTE.



Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 dcembre 1798).

_Au gnral Marmont._

Cette lettre, citoyen gnral, vous sera remise par le citoyen
Beauchamp.

Vous ferez appeler le capitaine de la caravelle: vous lui direz que je
consens  ce que son btiment parte pour Constantinople aux conditions
suivantes:

1. Qu'il laissera en tages ses deux enfans et l'officier de la
caravelle, son plus proche parent, pour me rpondre du citoyen
Beauchamp, qui va s'embarquer  son bord pour se rendis 
Constantinople.

2. Qu'il passera devant l'le de Chypre; qu'il fera entendre au pacha
que nous ne sommes pas en guerre avec la Porte; qu'il nous renvoie le
consul et les Franais qui sont  Chypre; qu'il les fera embarquer
devant lui sur une djerme pour se rendre  Damiette; qu'en consquence
vous allez tenir en arrestation un officier et dix hommes de la
caravelle pour rpondre du consul et des Franais  Chypre, lesquels
seront envoys  Damiette et renvoys sur le mme btiment qui amnera
les Fianais de Chypre  Damiette.

3. Qu'il sortira du port d'Alexandrie de nuit, afin d'chapper  la
croisire anglaise; qu'il vitera Rhodes, afin d'chapper aux Anglais.

4. Qu'aprs que le citoyen Beauchamp aura caus avec le grand-visir 
Constantinople, il sera charg de le faire revenir  Damiette, et que,
sur le mme btiment qui ramnera le citoyen Beauchamp, je ferai placer
ses enfans et l'officier qu'il aura laisss en tages.

5. Que du reste il peut compter que, dans tous les vnemens, je serai
fort aise de lui tre utile.

Vous dresserez de votre sance avec lui un procs-verbal en turc et en
franais, qu'il signera avec vous, et dont vous et lui garderez une
copie, en me faisant passer l'original.

Cette conversation devra avoir lieu  neuf heures du matin: vous lui
mnerez le citoyen Beauchamp  bord. Vous aurez soin auparavant que l'on
tienne tout prts sur un btiment les affts et tous les objets qu'on
aurait  lui rendre.

Ds l'instant que le procs-verbal sera sign et que les tages seront
remis, vous lui ferez rendre ses effets; et la nuit, si le temps est
beau, il devra partir, ayant bien soin:

1. Que votre entretien et la mission du citoyen Beauchamp soient
parfaitement secrets;

2. Que le commandant de la caravelle, en arrivant  la confrence, ait
avec lui ses enfans et les personnes que vous voulez garder pour tages,
que vous lui dsignerez pour qu'ils se rendent  la confrence, et que
vous laisserez dans un autre appartement.

3. Qu'il n'ait plus, le reste de la journe, aucune espce de
communication avec la terre sous quelque prtexte que ce soit, afin
que personne ne sache le dpart de la caravelle: sans quoi ces gens-l
embarqueraient beaucoup de marchandises et beaucoup de monde.

Il faut que le lendemain  la pointe du jour, les Franais et les gens
du pays soient tout tonns de ne plus voir la caravelle.

Quelque observation qu'il puisse vous faire, vous dclarerez que, s'il
ne part pas dans la nuit, il vous faudra de nouveaux ordres pour le
laisser partir.

Je vous envoie deux ordres que vous remettrez au commandant des armes,
deux ou trois heures avant l'excution.

BONAPARTE.



Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 dcembre 1798).

_Instruction pour le citoyen Beauchamp._

Vous vous rendrez  Alexandrie; vous vous embarquerez sur la caravelle;
vous aborderez  Chypre, vous demanderez au pacha, de concert avec le
commandant de la caravelle, qu'on envoie  Damiette le consul et les
Franais qu'on a arrtes dans cette le.

Vous prendrez  Chypre tous les renseignemens possibles sur la situation
actuelle de la Syrie, sur une escadre russe qui serait dans la
Mditerrane, sur les btimens anglais qui auraient paru ou qui y
seraient constamment en croisire, sur Corfou, sur Constantinople,
sur Passwan-Oglou, sur l'escadre turque, sur la flottille de Rhodes,
commande par Hassan-Bey, qui a t pendant un mois devant Aboukir, sur
les raisons qui empchent qu'on apporte du vin  Damiette, enfin sur les
bruits qui seraient parvenus jusque dans ce pays-l sur l'Europe.

Vous m'expdierez toutes ces nouvelles avec les Franais, si on les
relche, sur un petit btiment qui viendrait  Damiette; ou, lorsque
vous verrez l'impossibilit de porter ces gens-l  relcher les
Franais, vous expdieriez un petit bateau avec un homme de la caravelle
pour me porter vos lettres, et sous le prtexte de me mander que le
capitaine de la caravelle, ayant fait tout ce qu'il a pu, je fasse
relcher les matelots de la caravelle.

 toutes les stations que le temps ou les circonstances vous feraient
faire dans les diffrentes chelles du Levant, vous m'expdierez des
nouvelles par de petits btimens envoys exprs  Damiette, et qui
seront largement rcompenss.

Arriv  Constantinople, vous ferez connatre  notre ministre notre
situation dans ce pays-ci; de concert avec lui, vous demanderez que les
Franais qui ont t arrts en Syrie soient mis en libert, et vous
ferez connatre le contraste de cette conduite avec la ntre.

Vous ferez connatre  la Porte que nous voulons tre ses amis; que
notre expdition d'gypte a eu pour but de punir les mameloucks, les
Anglais, et empcher le partage de l'empire ottoman que les deux
empereurs, ont arrt; que nous lui prterons secours contre eux, si
elle le croit ncessaire, et vous demanderez imprieusement et avec
beaucoup de fiert qu'on relche tous les Franais qu'on a arrts;
qu'autrement cela serait regard comme une dclaration de guerre; que
j'ai crit plusieurs fois au grand-visir sans avoir eu une rponse, et
qu'enfin la Porte peut choisir et voir en moi ou un ami capable de la
faire triompher de tous ses ennemis, ou un ennemi aussi redoutable que
tous ses ennemis.

Si notre ministre est arrt, vous ferez ce qu'il vous sera possible
pour pouvoir causer avec des Europens: vous reviendrez en apportant
toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir sur la position
actuelle politique de cet empire.

Vous aurez soin de vous procurer tous les journaux en quelque langue
qu'ils soient depuis messidor.

Si jamais on vous faisait la question: Les Franais consentiront-ils 
quitter l'gypte? Pourquoi pas, pourvu que les deux empereurs fassent
finir la rvolte de Passwan-Oglou et abandonnent le projet de partager
la Turquie europenne? Que, quant  nous, nous ferons tout ce qui
pourrait tre favorable  l'Empire ottoman et le mettre  l'abri de ses
ennemis: mais que le prliminaire  toute ngociation, comme  tout
accommodement, est un firman qui fasse relcher les Franais partout o
on les a arrts, surtout en Syrie.

Vous direz et ferez tout ce qui pourra convenir pour obtenir cet
largissement; vous dclarerez que vous ne rpondez pas que je
n'envahisse la Syrie, si on ne met pas en libert tous les Franais
qu'on a arrts; et, dans le cas o on voudrait vous retenir, que si,
sous tant jours, je ne vous voyais pas revenir, je pourrais me porter 
une invasion.

Enfin le but de votre mission est d'arriver  Constantinople, d'y
demeurer, de voir nos ministres sept  huit jours, et de retourner avec
des notions exactes sur la position actuelle de la politique et de la
guerre de l'empire ottoman.

Profitez de toutes les occasions pour m'crire et pour m'expdier des
btimens  Damiette.

De Constantinople, expdiez une estafette  Paris par Vienne avec tous
les renseignemens qui pourraient tre ncessaires au gouvernement: vous
lui ferez passer les relations et imprims que je joins ici  cet effet.

Ainsi, si la Porte ne nous a point dclar la guerre, vous paratrez 
Constantinople comme pour demander qu'on relche le consul franais et
qu'on laisse libre le commerce entre l'gypte et le reste de l'empire
ottoman.

Si la Porte nous avait dclar la guerre et avait fait arrter nos
ministres, vous lui direz que je lui renvoie sa caravelle comme une
preuve du dsir qu'a le gouvernement franais de voir se renouveler
la bonne intelligence entre les deux tats, et en mme temps
vous demanderez notre ministre et les autres Franais qui sont 
Constantinople.

Vous lui ferez plusieurs notes pour dtruire tout ce que l'Angleterre et
la Russie pourraient avoir imagin contre nous, et vous reviendrez.

BONAPARTE.



Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 dcembre 1798).

_Au grand-visir._

J'ai crit plusieurs fois  votre excellence pour lui faire connatre
les intentions du gouvernement franais, de continuer  vivre en bonne
intelligence avec la Sublime Porte. Je prends aujourd'hui le parti de
vous en donner une nouvelle preuve en vous expdiant la caravelle du
grand-seigneur et le citoyen Beauchamp, consul de la rpublique, homme
d'un grand mrite, et qui a entirement ma confiance.

Il fera connatre  votre excellence que la Porte n'a point de plus
vritable amie que la rpublique franaise, comme elle n'aurait pas
d'ennemie plus redoutable, si les intrigues des ennemis de la France
parvenaient  avoir le dessus  Constantinople: ce que je ne pense pas,
connaissant la sagesse et les lumires de votre excellence.

Je dsire que votre excellence retienne le citoyen Beauchamp 
Constantinople le moins de temps possible, et me le renvoie pour me
faire connatre les intentions de la Porte.

Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'estime et  la haute
considration que j'ai pour elle.

BONAPARTE.



Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 dcembre 1798).

_Au citoyen Talleyrand, ambassadeur  Constantinople._

Je vous ai crit plusieurs fois, citoyen ministre; j'ignore si mes
lettres vous sont parvenues; je n'en n'ai point reu de vous.

J'expdie  Constantinople le citoyen Beauchamp, consul  Mascate, pour
vous faire connatre notre position, qui est extrmement satisfaisante,
et pour, de concert avec vous, demander qu'on mette en libert tous les
Franais arrts dans les chelles du levant et dtruire les intrigues
de la Russie et de l'Angleterre.

Le citoyen Beauchamp vous donnera de vive voix tous les dtails et
toutes les nouvelles qui pourraient vous intresser.

Je dsire qu'il ne reste  Constantinople que sept  huit jours.

BONAPARTE.



Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 dcembre 1798).

_Au gnral Reynier._

Je dsirerais, citoyen gnral, qu'avant de faire un tour  Salahieh,
vous envoyassiez cinq ou six colonnes mobiles dans les diffrens points
de votre province.

Tous les villages qui n'auront pas vu la troupe ne se regarderont pas
comme soumis: c'est le seul moyen, d'ailleurs, de faire lever le miri et
les chevaux. Votre province est celle qui est le plus en retard.

Le gnral Lagrange porte avec lui des outres. Mon intention serait que
vous lui procurassiez une quinzaine de chameaux; et, aprs qu'il aura
pass quelques jours a Salahieh pour y organiser son service et rendre
des visites aux villages qui se sont mal conduits pendant l'inondation,
je dsire qu'on aille occuper Catieh, o mon intention est de faire
construire un fort.

BONAPARTE.



Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 dcembre 1798).

_Au gnral Marmont._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 14.

Il est toujours plus intressant de rendre compte d'une mauvaise
nouvelle que d'une bonne, et c'est vraiment une faute que vous avez
faite, d'oublier de rendre compte des neuf prisonniers qu'ont faits les
Anglais  la quatrime demi-brigade.

L'tat-major donne l'ordre  la lgion nautique de se rendre  Foua,
d'o je la ferai venir au Caire pour l'habiller et l'organiser, afin
qu'elle puisse retourner, si les circonstances l'exigeaient, et servir
utilement.

Envoyez-moi au Caire tous les individus inutiles. J'ai ordonn le
dsarmement de la galre, qui a quatre ou cinq cents hommes qui mangent
beaucoup et ne nous rendraient pas un service utile les armes  la main.

Ds l'instant que vous aurez envoy ici beaucoup d'hommes du convoi,
et qu'il n'y aura plus que des vieillards ou des hommes inutiles, j'en
ferai partir la plus grande partie.

Vous devez avoir beaucoup de plerins; dbarrassez-vous-en le plus tt
possible, ou par terre ou par mer.

Envoyez aussi des Arabes  Derne pour avoir des nouvelles; il y arrive
souvent des tartanes de Marseille.

BONAPARTE.



Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 septembre 1798).

_Au gnral Bon._

J'ai reu, citoyen gnral, vos lettres des 20 et 21.

Il est parti hier un convoi.

Vous avez d recevoir, par le premier convoi, du riz, du biscuit, de
l'eau-de-vie, des matelots, des ouvriers de toute espce, des outils et
des sapeurs.

Je vous ai mand hier de faire venir tous les chameaux qui vous ont
port du biscuit; joignez-y les chameaux qui ont port notre artillerie.
Ne gardez que les chameaux qui doivent porter l'eau  votre troupe. Ayez
soin surtout que les chameaux des Arabes soient parfaitement libres: il
faut faire ce que ces gens-l veulent. Laissez passer les lettres pour
Djedda sans les dcacheter, et laissez aller et venir chacun librement.
Le commerce est souvent fond sur l'imagination. La moindre chose est un
monstre pour ces gens-ci, qui ne connaissent pas nos moeurs.

Je vous recommande de faire mettre une corde au puits d'Adjeroud, de
manire que l'on puisse s'en servir. On dit que l'eau est bonne pour les
chevaux.

Gardez spcialement les matelots, les sapeurs et les Turcs d'Omar, une
partie de la trente-deuxime, et renvoyez l'autre partie.

BONAPARTE.



Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 dcembre 1798).

_Au gnral Leclerc._

Je vous prviens, citoyen gnral, que j'ai fait arrter Cherabi: si
vous tes encore  Nay, vous vous rendrez  Klioub pour mettre le
scell sur tous ses biens. Vous crirez au divan de la province et aux
scheicks des Arabes que Cherabi a t arrt, parce qu'il m'a trahi,
parce qu'il a, malgr ses sermens de fidlit, correspondu avec les
mameloucks, et, le jour de la rvolte du Caire, appel les habitans
des diffrens villages qui environnent cette ville,  se joindre
aux rvolts; qu'ils doivent d'autant plus sentir la justice de
l'arrestation de Cherabi, qu'ils ont t tmoins de ses crimes, et que
je l'avais combl de bienfaits.

BONAPARTE.



Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 dcembre 1798).

_Au commandant de la place du Caire._

Je vous envoie, citoyen gnral, Cherabi, chef de la province de
Klioub. Vous le ferez mettre en prison  la citadelle et au secret,
afin qu'il n'ait de communication avec qui que ce soit. Vous prendrez
toutes les mesures ncessaires pour qu'il ne puisse pas s'chapper.

BONAPARTE.



Au Caire, le 25 frimaire an 7 (15 dcembre 1798).

_Au gnral Bon._

L'adjudant-gnral Valentin, citoyen gnral, est parti hier de
Berket-el-Hadji. J'ai reu votre lettre du 22.

Vous me demandez de vous envoyer Mustapha-Effendi; mais il doit tre
avec vous. Il n'est pas au Caire; il est parti immdiatement aprs votre
colonne. Si,  l'heure qu'il est, il n'est pas  Suez, je crains fort
qu'il n'ait t assassin. Au reste, je vais prendre des renseignemens.

L'adjudant-gnral Valentin doit tre arriv, et vous allez vous trouver
approvisionn pour long-temps.

On enverra, par la premire occasion, de l'argent pour les Turcs et pour
les fortifications.

Envoyez-nous les chameaux qui ont port vos pices. Comme elles doivent
rester  Suez, ils vous sont inutiles, et serviront  vous en porter
d'autres.

Si vos rhumatismes, au lieu de se gurir, continuaient  empirer, vous
laisseriez le commandement  l'adjudant-gnral Valentin, et vous vous
rendriez au Caire.

BONAPARTE.



Au Caire, le 26 frimaire an 7 (16 dcembre 1798).

_Au contre-amiral Perre._

Je vous envoie, citoyen gnral, un sabre en remplacement de celui que
vous avez perdu  la bataille de Chebreisse. Recevez-le, je vous prie,
comme un tmoignage de la reconnaissance que j'ai pour les services que
vous avez rendus  l'arme dans la conqute de l'gypte.

BONAPARTE.



Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 dcembre 1798).

_Au gnral Dugua._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre du 20 frimaire, de Mansoura,
relative au commerce de Damiette avec la Syrie. Mon intention est que le
commerce soit entirement libre. L'inconvnient d'aider  la subsistance
de nos ennemis est compens par d'autres avantages.

BONAPARTE.



Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 dcembre 1798).

_Au mme._

J'ai lu avec surprise dans votre lettre, citoyen gnral, que l'on
employait l'argent du miri  acheter du bl. Ce doit tre une coquinerie
des intendans; je vais m'en faire rendre compte. Mais je vous prie de
tenir la main  ce que le produit de toutes les impositions entre dans
la caisse des prposs du payeur gnral, et n'en sorte plus sans
l'ordre du payeur.

BONAPARTE.



Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 dcembre 1798).

_Au contre-amiral Villeneuve._

Je n'ai point reu de vos lettres, citoyen gnral; je vous envoie un
aviso. Faites-moi connatre par son retour quelle est votre position et
ce que vous pourriez avoir appris des mouvemens et du nombre des ennemis
dans la Mditerrane.

Les ennemis n'ont que deux vaisseaux de guerre et deux frgates devant
Alexandrie.

Vous devez actuellement avoir trois ou quatre vaisseaux et trois ou
quatre frgates de Malte. Nous dsirons bien vous voir arriver ici.

Nous aurions besoin de cinq ou six mille fusils; chargez-en un millier
sur l'aviso que je vous expdie, et envoyez-nous le reste sur des
btimens qui viendraient aborder  Damiette.

Vous devez avoir reu du contre-amiral Ganteaume des lettres qui ont
d vous faire connatre le besoin o nous sommes d'avoir des nouvelles
d'Europe, et de recevoir notre second convoi.

BONAPARTE.



Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 dcembre 1798).

_Au directoire excutif._

Je vous ai expdi un officier de l'arme, avec ordre de ne rester que
sept  huit jours  Paris, et de retourner au Caire.

Je vous envoie diffrentes relations de petits vnemens et diffrens
imprims.

L'gypte commence  s'organiser.

Un btiment arriv  Suez a amen un Indien qui avait une lettre pour le
commandant des forces franaises en gypte: cette lettre s'est perdue.
Il parat que notre arrive en gypte a donn une grande ide de notre
puissance aux Indes, et a produit un effet trs-dfavorable aux Anglais:
on s'y bat.

Nous sommes toujours sans nouvelles de France; pas un courrier depuis
messidor. Cela est sans exemple dans les colonies mme.

Mon frre, l'ordonnateur Sucy et plusieurs courriers que je vous ai
expdis, doivent tre arrivs.

Expdiez-nous des btimens sur Damiette.

Les Anglais avaient runi une trentaine de petits btimens, et taient
 Aboukir; ils ont disparu. Ils ont trois vaisseaux de guerre et deux
frgates devant Alexandrie.

Le gnral Desaix est dans la Haute-gypte, poursuivant Mourad-Bey, qui,
avec un corps de mameloucks, s'chappe et fuit devant lui.

Le gnral Bon est  Suez.

On travaille avec la plus grande activit aux fortifications
d'Alexandrie, Rosette, Damiette, Belbeis, Salahieh, Suez et du Caire.

L'arme est dans le meilleur tat et a peu de malades. Il y a en Syrie
quelques rassemblemens de forces turques. Si sept jours de dsert ne
m'en sparaient, j'aurais t les faire expliquer.

Nous avons des denres en abondance, mais l'argent est trs-rare, et la
prsence des Anglais rend le commerce nul.

Nous attendons des nouvelles de France et d'Europe; c'est un besoin vif
pour nos mes: car si la gloire nationale avait besoin de nous, nous
serions inconsolables de ne pas y tre.

BONAPARTE.



Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 dcembre 1798).

_Au chef de division Dumanoir._

Vous voudrez bien, citoyen, faire partir, le plus promptement possible,
un btiment pareil  celui dans lequel s'est embarqu le citoyen Louis
Bonaparte: il sera approvisionn pour un mois d'eau et deux de vivres.
Il prendra  son bord le citoyen ... charg d'une mission.

Vous remettrez au commandant du btiment que vous expdierez, l'ordre
que je vous envoie qu'il ouvrira  trois lieues en mer.

BONAPARTE.



Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 dcembre 1798).

_Au citoyen ... officier, charg de dpches._

Le btiment sur lequel vous vous embarquerez, vous conduira  Malte.
Vous remettrez les lettres que je vous envoie  l'amiral Villeneuve et
au gnral commandant de Malte.

Le commandant de la marine,  Malte, vous donnera sur-le-champ un
btiment pour vous conduire dans un port d'Italie qu'il jugera le plus
sr, d'o vous prendrez la poste pour vous rendre en toute diligence 
Paris et remettre les dpches que je vous fais passer au gouvernement.

Vous resterez huit  dix jours  Paris: aprs quoi vous reviendrez en
toute diligence, en venant vous embarquer dans un port du royaume de
Naples ou  Ancne.

Vous viterez Alexandrie et aborderez avec votre btiment  Damiette.

Avant de partir, vous aurez soin de voir un de mes frres, membre du
corps lgislatif; il vous remettra tous les papiers et imprims qui
auraient paru depuis messidor.

Je compte, dans tous les vnemens imprvus qui pourraient survenir dans
votre mission, sur votre zle, qui est de faire parvenir vos dpches au
gouvernement, et d'en apporter les rponses.

BONAPARTE.



Au Caire, le 27 frimaire an 6 (17 dcembre 1798).

_Au citoyen ..._

Vous vous dirigerez sur Malte, citoyen, en passant hors de vue de toute
terre. Si vous apprenez que le port soit bloqu, vous aborderez de
prfrence  la cale de Massa-Sirocco, o il y a des batteries qui vous
mettront  l'abri de toute insulte.

L, vous dbarquerez l'officier que vous avez  votre bord.

Vous instruirez le Commandant de la marine  Malte et le contre-amiral
Villeneuve, de tout ce que vous aurez vu en mer, et du nombre des
vaisseaux qui sont devant Alexandrie, et vous demanderez les ordres du
commandant de la marine.

Vous reviendrez m'apporter les dpches du gnral commandant  Malte,
et du contre-amiral Villeneuve, et, si vous ne pouvez pas aborder 
Alexandrie, vous aborderez  Damiette ou sur tout autre point de
la cte, depuis le Marabou jusqu' Orum-Faregge  trente lieues de
Damiette.

Vous ne resterez que vingt-quatre heures  Malte.

Je compte sur votre zle dans une mission aussi importante, qui,
indpendamment des nouvelles qu'elle doit nous faire avoir de l'Europe,
doit nous faire venir des objets essentiels pour l'arme.

Vous chargerez sur votre btiment les armes que le commandant de Malte
vous remettra.

BONAPARTE.



Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 dcembre 1798).

_Au gnral Bon._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 25. J'ai lu avec le plus
vif intrt ce que vous m'avez dit relativement  l'Indien des tats de
Tippoo Sab.

Il serait ncessaire que vous fissiez sonder la rade pour savoir si des
frgates de l'le de France que j'attends, pourraient, tant arrives
 Suez, s'approcher de la cte jusqu' deux cents toises, de manire 
tre protges par les batteries de la cte.

Le chef de bataillon Say est arriv. La caravelle que je vous ai
envoye, charge de riz et d'avoine pour les chevaux, sera sans doute
arrive galement.

J'ai ordonn au kiaka des Arabes de me faire venir deux bouteilles d'eau
de la source chaude qui se trouve  deux journes de Suez, sur la cte
de la mer Rouge.

BONAPARTE.



Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 dcembre 1798).

_Au gnral Marmont._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 19 frimaire. La
correspondance commence  tre bien lente par le Nil.

Le citoyen Beauchamp, et mon aide-de-camp Lavalette, doivent tre
arrivs.

Si un btiment, dans la principale passe, peut favoriser l'entre des
btimens qui vous viendraient de France, il est ncessaire, je crois,
que vous vous concertiez avec le commandant des armes pour en faire
mettre un.

Envoyez  Rosette toutes les djermes, chaloupes et petits btimens qui
peuvent passer la barre, afin de charger  Rosette pour Alexandrie des
riz, du biscuit, du bl, de l'orge et autres objets. Je vais faire filer
sur Rosette jusqu' cent mille quintaux de bl; mais prenez toutes les
mesures pour qu'il ne soit pas dilapid.

Tchez d'envoyer des Arabes  Derne. Faites crire par un habitant
d'Alexandrie  un habitant de Derne, afin de lui faire connatre que si,
toutes les fois qu'il arrive des nouvelles de France, il nous les fait
passer, ses courriers seront bien pays, et que lui aura une bonne
rcompense.

Il part demain cent mille rations de biscuit pour Rosette, et deux mille
quintaux de farine.



Au Caire, le 29 frimaire an 7 (19 dcembre 1798).

Bonaparte, gnral en chef, voulant favoriser le couvent du mont Sina:

1. Pour qu'il transmette aux races futures la tradition de notre
conqute;

2. Par respect pour Mose et la nation juive, dont la cosmogonie nous
retrace les ges les plus reculs;

3. Parce que le couvent du mont Sina est habit par des hommes
instruits et polics, au milieu de la barbarie des dserts o ils
vivent;

Ordonne:

ART 1er. Les Arabes bdouins, se faisant la guerre entre eux, ne
peuvent, de quelque parti qu'ils soient, s'tablir ou demander asile
dans le couvent, ni aucune subsistance ou autres objets.

2. Dans quelque lieu que rsident les religieux, il leur sera permis
d'officier, et le gouvernement empchera qu'ils ne soient troubls dans
l'exercice de leur culte.

3. Ils ne seront tenus de payer aucun droit ni tribut annuel, comme ils
ont t exempts suivant les diffrens titres qu'ils en conservent.

4. Ils sont exempts de tout droit de douane pour les marchandises et
autres objets qu'ils importeront et exporteront pour l'usage du couvent,
et principalement pour les soieries, les satins et les produits des
fondations pieuses, des jardins, des potagers qu'ils possdent dans les
les de Scio et de Chypre.

5. Ils jouiront paisiblement des droits qui leur ont t assigns dans
diverses parties de la Syrie et au Caire, soit sur les immeubles, soit
sur leurs produits.

6. Ils ne paieront aucune pice, rtribution et autres droits attribus
aux juges dans les procs qu'ils pourront avoir en justice.

7. Ils ne seront jamais compris dans les prohibitions d'exportation et
d'achat de grains pour la subsistance de leur couvent.

8. Aucun patriarche, vque ou autre ecclsiastique suprieur, tranger
 leur ordre, ne pourra exercer d'autorit sur eux ou dans leur couvent;
cette autorit tant exclusivement remise  leurs vques et au corps
des religieux du mont Sina.

Les autorits civiles et militaires veilleront  ce que les religieux du
mont Sina ne soient pas troubls dans la jouissance desdits privilges.

BONAPARTE.



Au Caire, le 1er. nivose an 7 (21 dcembre 1798).

_Aux habitans du Caire._

Des hommes pervers avaient gar une partie d'entre vous: ils ont pri.
Dieu m'a ordonn d'tre clment et misricordieux pour le peuple; j'ai
t clment et misricordieux envers vous.

J'ai t fch contre vous de votre rvolte; je vous ai privs pendant
dix mois de votre divan; mais aujourd'hui je vous le restitue: votre
bonne conduite a effac la tache de votre rvolte.

Chryfs, eulmas, orateurs de mosques, faites bien connatre au
peuple que ceux qui, de gat de coeur, se dclareraient mes ennemis,
n'auraient de refuge ni dans ce monde ni dans l'autre. Y aurait-il un
homme assez aveugle pour ne pas voir que le destin lui-mme dirige
toutes mes oprations? y aurait-il quelqu'un assez incrdule pour
rvoquer en doute que tout, dans ce vaste univers, est soumis  l'empire
du destin?

Faites connatre au peuple que, depuis que le monde est monde, il tait
crit qu'aprs avoir dtruit les ennemis de l'islamisme, fait abattre
les croix, je viendrais du fond de l'occident remplir la tche qui m'a
t impose. Faites voir au peuple que, dans le saint livre du Qoran,
dans plus de vingt passages, ce qui arrive a t prvu, et que ce qui
arrivera est galement expliqu.

Que ceux donc que la crainte seule de nos armes empche de nous maudire,
changent; car, en faisant au ciel des voeux contre nous, ils sollicitent
leur condamnation; que les vrais croyans fassent des voeux pour la
prosprit de nos armes.

Je pourrais demander compte  chacun de vous des sentimens les plus
secrets du coeur; car je sais tout, mme ce que vous n'avez dit 
personne: mais un jour viendra que tout le monde verra avec vidence
que je suis conduit par des ordres suprieurs, et que tous les efforts
humains ne peuvent rien contre moi: heureux ceux qui, de bonne foi, sont
les premiers  se mettre avec moi!

ART 1er. Il y aura au Caire un grand divan compos de soixante personnes
ci-aprs nommes:

(_Suivent les noms_).

2. Il y aura auprs du divan un commissaire franais, le citoyen
Cloutiers, et un commissaire musulman, Dzulfekar Kiaka.

3. Le gnral commandant la place fera runir le 5 nivose,  neuf heures
du matin, les membres qui doivent composer le divan gnral.

4. Ils procderont  la nomination d'un prsident, de deux secrtaires,
au scrutin et  la majorit absolue des suffrages.

5. Aprs quoi ils procderont  la nomination des quatorze personnes qui
devront composer le petit divan, au scrutin et  la pluralit absolue.
Les sances du divan gnral doivent tre termines en trois jours: il
ne pourra tre runi que par une convocation extraordinaire.

6. Lorsque le gnral en chef aura accept les membres nomms par le
divan gnral pour faire partie du divan, ceux-ci se runiront et
procderont  la nomination d'un prsident pris dans les quatorze, d'un
secrtaire, de deux interprtes pris hors des quatorze, d'un huissier,
d'un chef de btonniers et de dix btonniers.

7. Les membres composant le petit divan se runiront tous les jours, et
s'occuperont sans relche de tous les objets relatifs  la justice, au
bonheur des habitans, et aux intrts de la rpublique franaise.

8. Le prsident aura cent talaris par mois, les autres treize membres
quatre-vingt talaris par mois, les secrtaires auront vingt-cinq talaris
par mois, l'huissier soixante parahs par jour, le chef des btonniers
quarante parahs, les autres btonniers quinze parahs.

BONAPARTE.



Belbeis, le 13 nivose an 7 (3 janvier 1799).

_Au divan du Caire._

J'ai reu la lettre que vous m'avez crite, que j'ai lue avec le plaisir
que l'on prouve toujours lorsqu'on pense  des gens que l'on estime et
sur l'attachement desquels on compte.

Dans peu de jours je serai au Caire.

Je m'occupe, dans ce moment-ci,  faire faire les oprations ncessaires
pour dsigner l'endroit par o l'on peut faire passer les eaux pour
joindre le Nil et la mer Rouge. Cette communication a exist jadis, car
j'en ai trouv la trace en plusieurs endroits.

J'ai appris que plusieurs pelotons d'Arabes taient venus commettre
des vols autour de la ville. Je dsirerais que vous prissiez des
informations pour connatre de quelle tribu ils sont; car mon intention
est de les punir svrement. Il est temps enfin que ces brigands cessent
d'inquiter le pauvre peuple qu'ils rendent bien malheureux.

Croyez, je vous prie, au dsir que j'ai de vous faire du bien.

BONAPARTE.



Au Caire, le 18 nivose an 7 (7 janvier 1799).

_Au gnral Marmont._

 mon retour d'une course dans le dsert, je reois vos lettres des 21,
25 et 28 frimaire, et 4 et 6 nivose.

J'approuve les mesures que vous avez prises dans les circonstances
essentielles o vous vous tes trouv.

Vous sentez bien que le moment d'augmenter la garnison d'Alexandrie
n'est pas celui dans lequel vous tes, d'autant plus que la saison vous
dbarrassant des Anglais, vous tes tranquille de ce ct-l.

Que la caravelle parte le plus tt possible, que _le Lodi_ parte lorsque
le citoyen Arnaud sera guri.

Multipliez vos relations avec Damanhour, o se trouve le
quartier-gnral de la province. Vous recevrez l'ordre de l'tat-major,
pour que l'adjudant-gnral Leturcq vous rende compte exactement.

Le citoyen Boldoni part.

J'attends les quatre  cinq cents matelots que vous m'avez annoncs et
surtout les Napolitains.

Je donne ordre pour que le village du schrif d'Alexandrie lui soit
donn.

Je vous autorise  envoyer un parlementaire aux Anglais: vous leur direz
que vous avez appris qu'ils avaient la peste  bord, et que dans ce cas
vous leur offrez tous les secours que l'humanit pourrait exiger.

Envoyez un homme extrmement honnte, qui soit peu parleur et qui ait de
bonnes oreilles.

Si Lavalette tait  Alexandrie, et que vous eussiez l'ide de l'y
envoyer, ce n'est point mon intention; il faut y envoyer un homme qui
ait le grade tout au plus de capitaine, qui leur pourra porter les
gazettes d'gypte, et qui tchera de tirer des gazettes d'Europe, s'ils
en ont et s'ils veulent en donner.

Recommandez que l'officier seul monte  bord, de manire qu' son retour
dans la ville il n'y soit pas fait de caquets, et qu'il vous confie seul
tout ce qui se sera pass.

Tous les engagemens que vous avez pris avec le divan seront
ponctuellement excuts.

BONAPARTE.



Au Caire, le 22 nivose an 7 (11 janvier 1799).

_Au gnral Murat._

Vous partirez demain, citoyen gnral,  huit heures du matin. Vous
sortirez comme pour aller  Belbeis, dehors de la ville; vous gagnerez
le Mokattam; vous vous enfoncerez  deux lieues dans le dsert, et vous
vous dirigerez en suivant toujours le dsert sur le village de Gamas,
province d'Alfili, o se trouvent les tribus des Ayd et des Mas,
qui ont cent hommes monts sur des chameaux, et qui sont des tribus
ennemies.

Le citoyen Venture vous donnera un conducteur qui est un des grands
ennemis de ces tribus.

Vous combinerez votre marche de manire  vous reposer pendant la nuit
 deux ou trois lieues de ces Arabes, et pouvoir,  la pointe du jour,
tomber sur leur camp, prendre tous leurs chameaux, bestiaux, femmes,
enfans, vieillards, et la partie de ces Arabes qui sont  pied.

Vous tuerez tous les hommes que vous ne pourrez pas prendre.

Comme le village o ils sont n'est pas loign du Nil, vous ferez
embarquer sur des djermes, pour nous les envoyer, les femmes, bestiaux,
et tous les prisonniers. Vous vous mettrez  la poursuite des fuyards
qui ncessairement se porteront du ct de Gendeli et de Toueritz. Vous
irez dans l'un et l'autre de ces endroits; de l vous irez jusqu' la
mer Rouge, et vous vous trouverez pour lors  peu prs  trois lieues de
Suez, au commandant duquel vous crirez un mot.

Vous mnerez avec vous le chef de brigade Ld avec quatre-vingts hommes
du dix-huitime et du troisime. Vous le chargerez, avec ce dtachement,
de la garde des prisonniers, du dtail de l'embarquement, de la conduite
des prisonniers et de tout ce que vous aurez pris.

Indpendamment de quatre jours de vivres que vous avez eu l'ordre
d'emporter sur des chameaux, faites-en prendre pour deux jours  la
troupe; ce qui vous fera pour six jours.

Dans toute votre marche dans le dsert, vous pousserez toujours sur
votre droite et votre gauche,  une lieue, un officier et quinze hommes
de cavalerie, et vous marcherez sur tous les convois de chameaux que
vous rencontrerez dans votre route. Je compte que votre course en
produira plusieurs centaines.

BONAPARTE.



Au Caire, le 23 nivose an 7 (12 janvier 1799).

_Au gnral Lanusse._

Je dsire, citoyen gnral, que vous fassiez arrter le fils
d'Abou-Char, et que vous l'envoyiez sous bonne escorte  la citadelle
du Caire: c'est un tage qu'il est bon d'avoir. Ses biens seront
confisqus au profit de la rpublique.

BONAPARTE.



Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799).

_Au gnral Caffarelli._

Demain, citoyen gnral, le gnral Junot part pour Suez.

Je dsire que la position du puits qui se trouve vers la moiti du
chemin soit dtermine; que les ingnieurs se munissent de tout ce qui
sera ncessaire pour descendre dans ce puits; qu'ils reconnaissent
si l'on a creus jusqu'au roc, et s'il serait possible de creuser
davantage; enfin qu'ils mesurent la distance du Caire  Suez.

Aprs demain d'autres ingnieurs partiront escorts par cinquante
hommes, que le gnral Junot laisse  cet effet. Ils mesureront aussi la
distance du Caire  Suez, par la valle de l'garement.

BONAPARTE.



Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799).

_Au gnral commandant  Alexandrie._

Je ne conois pas, citoyen gnral, comment les consuls trangers ont pu
recevoir une lettre de l'amiral anglais sans que vous en soyez instruit,
et je conois encore moins comment l'ayant reue, ils l'aient publie
sans votre permission.

Faites-vous rendre compte par les consuls qui leur a remis cette lettre,
et faites-leur connatre que si,  l'avenir, ils ne vous remettaient
pas toutes cachetes les lettres qu'ils recevraient, vous les feriez
fusiller. Si ce cas se reprsentait, vous m'enverriez la lettre toute
cachete.

Vous ferez mettre le scell sur tous les effets du nomm Jennovisch,
capitaine imprial qui s'est rendu  Alexandrie, et vous me l'enverrez
sous bonne escorte au Caire; vous aurez soin de le faire mettre nu,
et de prendre tous ses habillemens que vous ferez dcoudre pour vous
assurer qu'il n'y a rien dedans. Vous lui ferez donner d'autres habits.

L'envoi de cet homme  Alexandrie me parat suspect: du reste, je
suis fort aise qu'il y soit, puisqu'il nous donnera des nouvelles du
continent; mais qu'il ne parle  personne.

BONAPARTE.



Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).

_Au citoyen Poussielgue._

Nous avons le plus grand besoin d'argent. Les fermes doivent six mille
talaris; les sagats, mille; les ngocians de Damas, sept cents. Voyez de
les faire payer dans les vingt-quatre heures.

Vous me ferez demain un rapport sur nos ressources et nos moyens d'avoir
de l'argent. Tchez de nous avoir deux  trois cent mille francs.

Les deux btimens de caf qui sont arrivs  Suez doivent avoir pay
quelques droits; faites-vous-en remettre le montant.

Je vous envoie un ordre pour que les Cophtes versent demain dix mille
talaris, aprs demain dix mille autres; le 1er. pluviose, dix mille; le
3, dix mille autres; le 5, dix mille autres: en tout cinquante mille
talaris.

Vous hypothquerez pour le paiement dudit argent, les bls qui sont dans
la Haute-gypte, et vous leur ferez connatre qu'il est indispensable
que cela soit sold, parce que j'en ai le plus grand besoin.

Vous me ferez demain un rapport sur la quantit d'obligations qu'a en
ce moment l'enregistrement, en comptant depuis aujourd'hui, dcade par
dcade.

Enfin, vous me ferez un rapport sur la quantit des villages et terres
qui ont t afferms et sur les conditions desdits affermages.

Vous demanderez deux mois d'avance  tous les adjudicataires des
diffrentes fermes.

BONAPARTE.



Au Caire, le 16 nivose an 7 (15 janvier 1798).

_Au contre-amiral Ganteaume._

Vous vous rendrez  Suez, citoyen gnral; vous y passerez une
inspection rigoureuse de tous les tablissemens de la marine de Suez;
vous donnerez les ordres pour que tous les magasins et tablissemens
soient conformes au projet que j'ai d'organiser et de maintenir  Suez
un petit arsenal de construction.

La chaloupe canonnire _la Castiglione_ sera sans doute de retour.

Si les trois autres chaloupes canonnires sont prtes, bien armes, et
dans le cas de remplir une mission dans la mer Rouge, vous partirez avec
elles.

Vous vous rendrez  Cosseir, Vous vous emparerez de tous les btimens
appartenant aux mameloucks, qui sortiront du port.

Vous vous emparerez du fort, et vous le ferez mettre sur-le-champ dans
le meilleur tat de dfense.

Vous tcherez de correspondre avec le gnral Desaix. Vous laisserez
en croisire, devant le port de Cosseir, une partie de vos chaloupes
canonnires.

Vous mnerez avec vous un commissaire de la marine, et un officier
intelligent que vous tablirez  Cosseir, commissaire et commandant des
armes.

Vous ferez tous les rglemens que vous jugerez ncessaires pour
l'tablissement de la douane, pour la formation des magasins nationaux,
la recherche de tout ce qui appartenait aux mameloucks, et pour le
commerce.

Vous crirez  Yamb'o, Gedda et Mokka, pour faire connatre que l'on
peut venir, en toute sret, commercer dans le port de Suez; que toutes
les mesures ont t prises pour l'organisation du port, et pour pouvoir
fournir aux btimens tous les secours dont ils auront besoin.

Vous embarquerez sur chacune de vos chaloupes canonnires vingt hommes,
dont quarante de la lgion maltaise, dix canonniers que vous laisserez
en garnison  Cosseir, et trente hommes de la trente-deuxime
demi-brigade.

Vous ferez embarquer deux pices de quatre, de campagne, que vous
laisserez pour armer le fort de Cosseir, si on n'y en trouve pas.

Du reste, vous combinerez votre marche de manire que, autant que les
vents pourront le permettre, vous soyez, de votre personne, de retour au
Caire du 15 au 20 pluviose.

Je vous enverrai, par l'officier qui part dans deux jours, des lettres
pour Mascate et Djedda, que vous ferez parvenir  leur destination.

Si les quatre armemens n'taient pas achevs, vous enverriez alors les
trois qui seraient prts, avec les mmes instructions que je vous donne;
mais vous resteriez  Suez, et donneriez le commandement  un capitaine
de frgate.

BONAPARTE.



Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

Tous les adjudicataires des fermes ou douanes de la rpublique paieront,
du 1er au 10 pluviose, les mois de pluviose et ventose d'avance.

BONAPARTE.



Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

Les Cophtes verseront cinquante mille talaris,  titre d'emprunt,
savoir: demain, dix mille talaris; aprs demain, dix mille; le 1er.
pluviose, dix mille; le 3 _idem_, dix mille; le 5 _id._, dix mille. En
tout, cinquante mille talaris.

Il leur sera vendu, pour cette somme, une quantit de bls de la
Haute-gypte.

BONAPARTE.



Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

Il sera form un conseil des finances, chez l'administrateur des
finances, qui se runira demain  deux heures aprs-midi. Il
sera compos des citoyens Monge, Caffarelli, Blanc, James, et de
l'ordonnateur en chef.

Ce conseil s'occupera: 1. du systme et du tarif des monnaies et des
changemens possibles  y faire, les plus avantageux  nos finances; 2.
des oprations que dans la position actuelle de l'gypte, on pourrait
faire pour procurer de l'argent  l'arme et accrotre ses ressources;
3. du plan raisonnable que l'on pourrait adopter pour, sans diminuer
les revenus de la rpublique, donner aux soldats de l'arme une
rcompense qu'ils ont mrite  tant de titres.

BONAPARTE.



Au Caire, le 27 nivose an 7 (16 janvier 1799).

_Au gnral Marmont._

Faites faire, tous les cinq jours, une visite des hpitaux par un
officier suprieur de ronde, qui prendra toutes les prcautions
ncessaires  cet effet, qui visitera tous les malades, et fera fusiller
sur-le-champ dans la cour de l'hpital les infirmiers ou employs qui
auraient refus de fournir aux malades tous les secours et vivres dont
ils ont besoin. Cet officier, en sortant de l'hpital, sera mis pour
quelques jours en rserve dans un endroit particulier.

Vous avez bien fait de faire donner du vinaigre et de l'eau-de-vie  la
troupe. pargnez l'un et l'autre; il y a loin d'ici au mois de juin.

BONAPARTE.



Au Caire, le 29 nivose an 7 (18 janvier 1799).

_Au gnral Verdier._

Je reois, citoyen gnral, vos lettres des 24 et 25. J'ai appris avec
intrt l'expdition que vous avez faite contre les Arabes de Derne.

Le scheick du village de Mit-Massaout est extrmement coupable; vous le
menacerez de lui faire donner des coups de bton, s'il ne vous dsigne
pas l'endroit o il y aurait d'autres mameloucks et d'autres pices
qu'ils auraient caches. Vous vous ferez donner tous les renseignemens
que vous pourrez sur les bestiaux appartenant aux Arabes de Derne qui
pourraient tre dans son village: aprs quoi vous lui ferez couper la
tte, et la ferez exposer avec une inscription qui dsignera que c'est
pour avoir cach des canons.

Vous ferez galement couper la tte aux mameloucks, et vous enverrez 
Gizeh les trois pices de canon que vous avez trouves dans ce village.
Faites une proclamation dans la province, pour que tous les villages qui
auraient des canons, aient  les envoyer dans le plus court dlai.

BONAPARTE.



Au Caire, le 3 pluviose an 7 (22 janvier 1799).

Bonaparte, gnral en chef, ordonne:

La maison qu'occupe le gnral Lannes dans l'le de Baouda avec
vingt feddams de terre, dix de chaque ct, lui sont donns en toute
proprit.

La maison qu'occupe le gnral Dommartin et le jardin qui est vis--vis,
 gauche du nouveau chemin, lui sont donns en toute proprit.

La maison qu'occupe le gnral Murat lui est donne en toute proprit.

L'le de Baouda sera partage en dix portions: seront exceptes la
partie sud, o est le Mekkias, et la partie nord, o il y a une
batterie, avec un arrondissement convenable.

L'le vis--vis Boulac, o est le lazaret, sera partage en dix
portions.

Le gnral en chef se rserve le soin de donner ces vingt portions  des
officiers de l'arme qui les mriteront.

L'administrateur gnral des finances fera rdiger, dans la journe de
demain, par le bureau d'enregistrement, les actes de proprit de ces
diffrens officiers, et prendra des mesures pour excuter d'ici au 20
pluviose l'article 2 du prsent ordre. Les actes de proprit seront
remis chez le payeur.

Le chef de l'tat-major gnral fera connatre aux gnraux en
chef Dommartin, Lannes et Murat, que ces biens leur sont donns en
gratification extraordinaire pour les services qu'ils ont rendus dans la
campagne et pour les dpenses qu'elle leur a occasionnes.

BONAPARTE.



Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).

_ l'iman de Mascate._

Je vous cris cette lettre pour vous faire connatre ce que vous avez
dj appris sans doute, l'arrive de l'arme franaise en gypte.

Comme vous avez t de tout temps notre ami, vous devez tre convaincu
du dsir que j'ai de protger tous les btimens de votre nation, et que
vous les engagiez  venir  Suez, o ils trouveront protection pour leur
commerce.

Je vous prie aussi de faire parvenir cette lettre  Tipoo-Sab, par la
premire occasion qui se trouvera pour les Indes.

BONAPARTE.



Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).

_ Tipoo-Sab._

Vous avez dj t instruit de mon arrive sur les bords de la mer Rouge
avec une arme innombrable et invincible, remplie du dsir de vous
dlivrer du joug de fer de l'Angleterre.

Je m'empresse de vous faire connatre le dsir que j'ai que vous me
donniez, par la voie de Mascate et de Mokka, des nouvelles sur la
situation politique dans laquelle vous vous trouvez. Je dsirerais mme
que vous pussiez envoyer  Suez ou au grand Caire quelque homme adroit
qui et votre confiance, avec lequel je pusse confrer.

BONAPARTE.



Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).

_Au sultan de la Mecque._

J'ai reu la lettre que vous m'avez crite, et j'en ai compris le
contenu. Je vous envoie le rglement que j'ai fait pour la douane de
Suez, et mon intention est de le faire excuter ponctuellement. Je ne
doute pas que les ngocians de l'Hygiaz ne voient avec gratitude la
diminution des droits que j'ai faite pour le plus grand avantage du
commerce, et vous pouvez les assurer qu'ils jouiront ici de la plus
ample protection.

Toutes les fois que vous aurez besoin de quelque chose en gypte, vous
n'avez qu' me le faire savoir, et je me ferai un plaisir de vous donner
des marques de mon estime.

BONAPARTE.



Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).

_Au gnral Berthier._

Vous partirez, citoyen gnral, le 10 pluviose, pour vous rendre 
Alexandrie: vous vous y embarquerez sur la frgate _la Courageuse_: vous
aurez avec vous deux btimens du convoi, bons voiliers, que j'ai fait
arranger  cet effet.

Ds l'instant que vous aurez rencontr quelque btiment qui vous aura
donn des nouvelles, vous m'en expdierez un sur Damiette, le lac
Bourlos ou mme sur Alexandrie, si les vents l'y portaient. Vous
m'expdierez l'autre ds l'instant que vous aurez appris d'autres
nouvelles, ce que je dsirerais tre avant que vous ne touchassiez
aucune terre d'Europe.

Le plus sr parat tre que vous vous dirigiez sur les ctes d'Italie du
ct du golfe de Tarente, du port de Crotone, et, si le temps le permet,
de remonter le golfe Adriatique jusqu' Ancne. Soit que vous touchiez
 Corfou ou  Malte, ou dans un point quelconque, ne manquez pas de
m'envoyer toutes les nouvelles que vous pourriez avoir, en m'expdiant
des btimens, auxquels vous donnerez l'instruction spciale de se
diriger sur Damiette.

Vous prendrez aussi des mesures pour que l'on nous envoie de l'une de
ces places des sabres, des pistolets, des fusils, dont vous savez que
nous avons besoin.

Vous aurez bien soin que la frgate qui vous portera, ds l'instant
qu'elle sera approvisionne de ce qui pourrait lui manquer, reparte
sur-le-champ, se dirigeant sur Jaffa, et l elle saura o je suis.
Arrive  Jaffa, elle mouillera au large et avec prcaution, afin de
s'assurer si l'arme y est; si elle n'y tait pas, elle se dirigerait
vers Damiette.

Si vous pouvez faire charger sur la frgate quelques armes, vous le
ferez; si les vnemens qui se passeront sur le continent font que votre
prsence n'y soit pas ncessaire, vous rejoindrez l'arme  la prochaine
mousson.

Vous remettrez les paquets que je vous envoie au gouvernement, et vous
remplirez la mission dont vous tes charg.

BONAPARTE.



Au Caire, le 7 pluviose an 7 (26 janvier 1799).

_Au gnral Klber._

J'ai reu, citoyen gnral, votre lettre du 3. Comme les lettres que
je reois de Mansoura me font craindre que la maladie de la deuxime
demi-brigade ne soit contagieuse, je crois qu'il serait dangereux de la
mettre en libre communication avec les autres demi-brigades. Faites-vous
faire un rapport dtaill sur la situation de cette demi-brigade, et,
dans le cas o la maladie serait contagieuse, vous pourriez la renvoyer
 Mansoura: je la ferais remplacer  votre division par un bataillon de
la vingt-cinquime demi-brigade.

BONAPARTE.



Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799).

_Au gnral Marmont._

J'imagine, citoyen gnral, que vous aurez chang la manire de faire le
service d'Alexandrie. Vous aurez plac aux diffrentes batteries et aux
forts de petits postes stables et permanens: ainsi, par exemple,  la
hauteur de l'observatoire,  la batterie des bains, vous aurez plac
douze  quinze hommes qui ne devront pas en sortir, et que vous
tiendrez l sans communication. Ces douze  quinze hommes fourniront le
factionnaire ncessaire pour garder le poste. La position de la mer vous
dispense d'avoir aujourd'hui une grande surveillance; vous vous trouvez
ainsi avoir besoin de fort peu de monde. Pourquoi avez-vous des
grenadiers pour faire le service en ville? Je ne conois rien 
l'obstination du commissaire des guerres Michaux  rester dans sa
maison, puisque la peste y est. Pourquoi ne va-t-il pas camper sur un
monticule du ct de la colonne de Pompe?

Tous vos bataillons sont, l'un de l'autre, au moins  une demi-lieue. Ne
tenez que trs-peu de chose dans la ville, et, comme c'est le poste le
plus dangereux, n'y tenez point de troupe d'lite... Mettez le bataillon
de la soixante-quinzime sous ces arbres o vous avez t long-temps
avec la quatrime d'infanterie lgre. Qu'il se baraque l en
s'interdisant toute communication avec la ville et l'gypte. Mettez le
bataillon de la quatre-vingt-cinquime du ct du Marabou: vous pourrez
facilement l'approvisionner par mer. Quant  la malheureuse demi-brigade
d'infanterie lgre, faites-la mettre nue comme la main, faites-lui
prendre un bon bain de mer; qu'elle se frotte de la tte aux pieds;
qu'elle lave bien ses habits, et que l'on veille  ce qu'elle se tienne
propre. Qu'il n'y ait plus de parade; qu'on ne monte plus de garde que
chacun dans son camp. Faites faire une grande fosse de chaux vive pour y
jeter les morts.

Ds l'instant que, dans une maison franaise, il y a la peste, que les
individus se campent ou se baraquent; mais qu'ils fuient cette maison
avec prcaution, et qu'ils soient mis en rserve en plein champ. Enfin,
ordonnez qu'on se lave les pieds, les mains, le visage tous les jours,
et qu'on se tienne propre.

Si vous ne pouvez pas garantir la totalit des corps o cette maladie
s'est dclare, garantissez au moins la majorit de votre garnison. Il
me semble que vous n'avez encore pris aucune grande mesure proportionne
aux circonstances. Si je n'avais pas  Alexandrie des dpts dont je ne
puis me passer, je vous aurais dj dit: partez avec votre garnison, et
allez camper  trois lieues dans le dsert. Je sens que vous ne pouvez
pas le faire. Approchez-en le plus prs que vous pourrez. Pntrez-vous
de l'esprit des dispositions contenues dans la prsente lettre;
excutez-les autant que possible, et j'espre que vous vous en trouverez
bien.

BONAPARTE.



Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799).

_Au contre-amiral Ganteaume._

Je reois, citoyen gnral, votre lettre du 5. L'intention o vous tes
de vouloir suivre vous-mme l'expdition de Cosseir fait honneur  votre
zle; mais j'ai besoin de vos lumires pour une expdition considrable.
Vous savez que, lorsque je vous ai envoy  Suez, j'esprais que vous
seriez de retour du 20 au 30: nous sommes au 10, et vous n'tes pas
encore parti. Les vnemens arrivs  _la Castiglione_ me persuadent
qu'une fois parti, je ne vous verrai plus d'ici  deux mois; et les
vnemens sont tels, que je ne puis me passer de vous. Donnez les
instructions ncessaires  l'officier qui commandera l'expdition, et
rendez-vous de suite au Caire, o je vous attends avant le 15. Vous
pouvez ramener mes vingt-cinq guides. J'cris au gnral Junot de
complter votre escorte au moins  cinquante ou soixante hommes.

Donnez au commandant des armes et  Feraud toutes les instructions
ncessaires  votre dpart. Je dsirerais que la construction de la
golette pt tre tellement en train d'ici au 20, que le citoyen Feraud,
avec un petit dtachement d'ouvriers, pt tre disponible pour se porter
ailleurs.

Un gros brick anglais a fait cte  Bourlos. Sur cinquante-six hommes
d'quipage, quarante se sont noys, et seize sont en notre pouvoir. Je
les attends  chaque instant. Ils nous donneront des renseignemens sur
les mouvemens des Anglais. Il parat que, cette anne, les temps sont
terribles.

BONAPARTE.



Au Caire, le 10 pluviose an 7 (29 janvier 1799).

_Au payeur-gnral._

Vous passerez, citoyen, les douze actions de la compagnie d'gypte qui
appartiennent  la rpublique,  la disposition des citoyens:
Boyer, chef de brigade de la dix-huitime; Darmagnac, _id._ de la
trente-deuxime; Conroux, _id._ de la soixante-unime; Lejeune, _id._
de la vingt-deuxime; Delorgne, _id._ de la treizime; Grezins,
adjudant-gnral; Maugras, chef de brigade de la soixante-quinzime;
le chef de la neuvime; Venoux, _id._ de la vingt-cinquime; Duvivier,
colonel du quatorzime de dragons; Bron, _id._ du troisime; Pinon,
_id._ du quinzime,  titre de gratification extraordinaire.

Dix actions existent dans votre caisse; je donne  l'administrateur des
finances l'ordre de s'arranger avec la compagnie d'gypte pour avoir les
deux autres.

BONAPARTE.



Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799).

_Au citoyen Poussielgue._

La femme Selti-Nefsi, veuve d'Ali-Bey et femme actuelle de Mourad-Bey,
conservera la partie de ses biens qui lui vient d'Ali-Bey: je veux
par-l donner une marque d'estime pour la mmoire de ce grand homme.

BONAPARTE.



Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799).

_Au divan du Caire._

J'ai reu votre lettre du 10 pluviose. Non-seulement j'ai ordonn 
l'aga des janissaires et aux agens de la police de publier que l'on
jouira, pendant la nuit du Rhamadan, de toute la libert d'usage, mais
encore je dsire que vous-mme fassiez tout ce qui peut dpendre de vous
pour que le Rhamadan soit clbr avec plus de pompe et de ferveur que
dans les autres annes.

BONAPARTE.



Au Caire, le 13 pluviose an 7 (31 janvier 1799).

_Au gnral Klber._

L'tat-major, citoyen gnral, vous fera passer l'ordre de mouvement
pour l'occupation d'El-Arich. Pour y arriver, vous avez deux ennemis 
vaincre, la faim et la soif, et les ennemis qui sont  Gaza, et qui, en
deux jours, peuvent retourner  El-Arich.

Vous direz aux gens du pays que vous pourriez rencontrer, que vous
n'avez ordre d'occuper qu'El-Arich, Kan-Iounes, et de chasser
Ibrahim-Bey; que c'est  lui seul que vous en voulez.

Les moyens de transport que vous avez dans ce moment-ci  Catieh peuvent
seuls dcider de la quantit de troupes que vous pourrez envoyer 
El-Arich. L'avant-garde du gnral Reynier puisera tous les moyens de
transport: car il est indispensable que les soldats portent pour trois
jours sur eux, et qu'il ait avec lui un convoi qui assure la subsistance
pour douze jours.

Arriv  Kan-Iounes, vous pouvez crire  Abdallah-Pacha que le bruit
public nous a instruits que le grand-seigneur l'avait nomm pacha
d'gypte; que si cela est vrai, nous avons lieu d'tre tonns qu'il
ne soit pas venu; que nous sommes les amis du grand-seigneur; que vous
n'avez aucune intention hostile contre lui; que vous n'avez ordre de moi
que d'occuper le reste de l'gypte, et de chasser Ibrahim-Bey; que vous
ne doutez pas que, s'il me fait connatre l'ordre qui le nomme pacha
d'gypte, je ne le reoive avec tous les honneurs dus  son poste; que,
du reste, vous tes persuad que, s'il est vritablement officier de la
Sublime-Porte, il n'a rien de commun avec un tyran tel qu'Ibrahim-Bey, 
la fois ennemi de la rpublique franaise et de la Sublime-Porte.

Les divisions Bon et Lannes, la cavalerie et le parc de rserve sont
en mouvement; je compte partir moi-mme le 17. Je suivrai la route
de Birket-el-Haldji, Belbeis, Corice, Salahieh, le pont Kautaxeh et
Cathieh. Vous m'enverrez par cette route les rapports que vous aurez 
me faire.

BONAPARTE.



Au Caire, le 15 pluviose an 7 (3 fvrier 1799).

_Au gnral Desaix._

Votre dernire lettre que j'ai reue hier, citoyen gnral, est date
du 16 nivose. Je n'ai eu depuis aucune nouvelle de vos oprations
ultrieures.

Le gnral Davoust m'a crit de Syout le 23 nivose: il m'a annonc le
succs qu'il a obtenu sur les diffrens rassemblemens de fellahs qui
s'taient rvolts.

Depuis le 3 nivose nous sommes  Catieh et nous y avons tabli un fort
et des magasins assez considrables.

Le gnral Reynier part le 16 de Catieh pour se rendre  El-Arich.

Une grande partie de l'arme est en mouvement pour traverser les dserts
et se prsenter sur les frontires de Syrie.

Le quartier-gnral va incessamment se mettre en marche.

Mon but est de chasser Ibrahim-Bey du reste de l'gypte, dissiper les
rassemblemens de Gaza, et punir Ibrahim-Bey de sa mauvaise conduite.

Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti avec quatre
chaloupes canonnires de Suez, portant quatre-vingts hommes de
dbarquement: il a ordre de croiser devant Cosseir et mme de s'en
emparer. Ds l'instant qu'il aura effectu son dbarquement, il vous en
prviendra en vous expdiant des Arabes. De votre ct, expdiez d'Esneh
des hommes, pour pouvoir tre instruit de son arrive, correspondre avec
lui et lui envoyer des vivres dont il pourrait se trouver avoir besoin.

Dfaites-vous, par tous les moyens et le plus tt possible, de ces
vilains mameloucks.

BONAPARTE.



Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 fvrier 1799).

_Au gnral Klber._

Nous avons reu enfin, citoyen gnral, des nouvelles de France. Un
btiment ragusais, charg de vins, est arriv, ayant  son bord les
citoyens Hamelin et Liveron. Ils apportent des lettres que je n'ai pas
encore reues, parce que Marmont m'a crit par un Arabe.

Jourdan a quitt le corps lgislatif, et commande l'arme sur le Rhin.
Le congrs de Rastadt tait toujours au mme point: on y parlait
beaucoup sans avancer.

Joubert commande l'arme d'Italie. Schawenburg commande  Malte.
Plville est parti pour Corfou. Passwan-Oglou a dtruit entirement
l'arme du capitan-pacha, et est matre d'Andrinople.

_La Marguerite_, expdie aprs la prise d'Alexandrie, et _la
Petite-Cisalpine_, expdie de Rosette un mois aprs le combat
d'Aboukir, sont toutes deux arrives.

Descoutes tait en route pour Constantinople.

Au commencement de novembre, l'ambassadeur turc  Paris faisait encore
ses promenades  l'ordinaire.

Les Espagnols, au nombre de vingt-quatre vaisseaux, se laissent bloquer
par seize vaisseaux anglais.

On a pris des mesures pour recruter les armes: il parat que l'on a
requis tous les jeunes gens de dix-huit ans, que l'on a appels les
_conscrits_.

Les choses de l'intrieur sont absolument dans le mme tat que lorsque
nous sommes partis: on ne remarque, dans l'allure du gouvernement, que
le changement qu'a pu y apporter le nouveau membre qui y est entr.

Le gnral Humbert, avec quinze cents hommes, est arriv en Irlande. Il
a runi quelques Irlandais autour de lui, et, quinze jours aprs, a t
fait prisonnier avec toute sa troupe.

On arme en Europe de tous cts; cependant on ne fait encore que se
regarder.

Je retarde mon dpart de deux jours, afin de recevoir des lettres avant
de partir.

La trente-deuxime doit tre arrive  Catieh. Le gnral Bon, avec le
reste de sa division, est  Salahieh. Si des vnemens pressans vous
rendaient un secours ncessaire, vous lui cririez: il n'aurait pas
besoin de mon ordre pour marcher  vous.

BONAPARTE.



Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 fvrier 1799).

_Au gnral Marmont._

J'ai reu, citoyen gnral, la lettre que vous m'avez crite le 7,
m'annonant l'arrive du citoyen Hamelin  Alexandrie. Toutes les
troupes dans ce moment-ci traversent le dsert, et j'tais moi-mme sur
le point de partir. Je retarde mon dpart pour voir le citoyen Hamelin,
ou recevoir au moins les lettres de Livourne et de Gnes que vous
m'annoncez.

Vous ferez sortir un parlementaire, par lequel vous prviendrez le
commandant anglais que plusieurs avisos anglais ont,  diffrentes
poques, chou sur la cte; que nous avons sauv les quipages; qu'ils
sont dans ce moment-ci au Caire, o ils sont traits avec tous les
gards possibles; que, ne les regardant pas comme prisonniers, je les
lui enverrai incessamment.

BONAPARTE.



Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 fvrier 1799).

_Au citoyen Poussielgue._

Je donne ordre au payeur d'envoyer un de ses prposs sur une djerme
arme  Mehal-el-Kebir et Menouf, pour ramasser l'argent et le rapporter
au Caire le plus promptement possible.

Donnez ordre  l'agent de la province de Gizeh de se mettre en course
pour lever le deuxime tiers du miri.

Pressez de tous vos moyens la rentre du premier tiers que doivent payer
les adjudicataires. Joignez-y tout ce que rend la monnaie et tout ce
que doit rendre l'enregistrement; car il est indispensable que vous
ramassiez, d'ici au 1er ventose, 500,000 fr., et que vous me les fassiez
passer  l'arme. Ils seront escorts par un adjudant-gnral de
l'tat-major et le troisime bataillon de la trente-deuxime, qui ont
ordre de partir le 30.

Envoyez des exprs de tous cts, et crivez que l'on active la rentre
des impositions.

Donnez ordre  Damiette pour que l'on recouvre les 150,000 fr. qui
restent  recouvrer, et que l'on fasse rentrer le deuxime tiers du
miri; de manire que le payeur de cette place puisse nous envoyer le 30,
par Tineh et Catieh, 200,000 fr.

Donnez ordre galement que les impositions se lvent dans la Scharkieh,
de manire que l'on puisse nous envoyer, d'ici au 1er du mois prochain,
100,000 fr.

Vous sentez combien il est ncessaire que, surtout dans ce premier
moment, nous ayons de quoi subvenir  l'extraordinaire de l'expdition.

BONAPARTE.



Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 fvrier 1799).

_Au Directoire excutif._

Plusieurs gnraux et officiers m'ayant fait connatre que leur sant ne
leur permettait point de continuer  servir dans ce pays-ci, surtout la
campagne redevenant plus active, je leur ai accord la permission de
passer en France.

Je vous ai expdi et je vous expdie ces jours-ci plusieurs btimens
avec des courriers: j'espre que quelques-uns vous arriveront.

L'on nous annonce  l'instant l'arrive  Alexandrie d'un btiment
ragusais charg de vins, et porteur de lettres pour moi de Gnes et
d'Ancne: depuis huit mois c'est la premire nouvelle d'Europe qui nous
arrive. Je ne recevrai ces lettres que dans deux ou trois jours, et je
dsire bien vivement qu'il y en ait de vous, et du moins que je puisse
tre instruit de ce qui se passe en Europe, afin de pouvoir guider ma
conduite en consquence.

BONAPARTE.



Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 fvrier 1799).

_Au gnral Marmont._

Vous verrez par l'ordre du jour, citoyen gnral, que tous les fonds des
provinces d'Alexandrie, de Rosette et de Bahhireh doivent tre verss
dans la caisse du payeur d'Alexandrie. Le citoyen Baude a t investi de
toute l'autorit du citoyen Poussielgue.

Le commissaire Michaud est investi de toute l'autorit de l'ordonnateur
en chef sur l'administration de ces trois provinces, dont les fonds
seront exclusivement destins  pourvoir  vos services.

Ordonnez que le troisime bataillon de la soixante-quinzime se
runisse, avec deux bonnes pices d'artillerie,  Damanhour; que cette
colonne puisse se porter dans toute cette province, et mme dans
celle de Rosette, pour lever les impositions et punir ceux qui ce
comporteraient mal. Cette mesure aura l'avantage de tirer tout le parti
possible de ces deux provinces; dtenir une bonne rserve loigne de
l'pidmie d'Alexandrie; et, selon les vnemens, vous la feriez revenir
 Alexandrie, o sa prsence relverait le moral de toute la garnison:
car il est d'axiome que, dans l'esprit de la multitude, lorsque l'ennemi
reoit des renforts, elle doit en recevoir pour se croire galit de
force; et, enfin, s'il arrivait quelque vnement dans le Delta, ce
bataillon pourrait s'y porter, et tre d'un grand secours.

Mettez-vous en correspondance avec le gnral Lanusse, qui commande 
Menouf, et le gnral Fugires, qui commande  Mehal-el-Kebir. Ne vous
laissez point insulter par les Arabes. Le bon moyen de faire finir
votre pidmie, est peut-tre de faire marcher vos troupes. Saisissez
l'occasion, et calculez une opration de quatre  cinq cents hommes sur
Mariout: cela sera d'autant plus essentiel, que, partant demain pour me
rendre en Syrie, l'ide de mon absence pourrait les enhardir.

Si des vnemens suprieurs arrivaient, le commandant de Rosette doit se
retirer dans le fort de Catieh, qui doit tre approvisionn pour cinq
ou six mois. Matre de ce fort, il le serait de la bouche du Nil, et
ds-lors empcherait de rien faire de grand contre l'gypte. Faites donc
armer et approvisionner le fort de Raschid; mettez dans le meilleur tat
celui d'Aboukir, et profitez de tous les moyens possibles et du temps
qui vous reste d'ici au mois de juin, pour mettre Alexandrie  l'abri
d'une attaque de vive force pendant, 1. cinq a six jours qu'une arme
puisse dbarquer et l'investir; 2. quinze jours pour qu'elle commence
le sige; 3. quinze  vingt jours de sige.

Vous sentez que, lorsque cette opration pourrait tre possible, je ne
serais pas loign de dix jours de marche d'Alexandrie.

Faites lever exactement la carte des provinces de Bahhireh, Rosette et
Alexandrie, et ds l'instant qu'elle sera faite, envoyez-la moi, afin
qu'elle puisse me servir si votre province devenait le thtre de plus
grands vnemens.

Dans ce moment-ci, la saison ne permet pas aux Anglais de rien faire de
dangereux. Envoyez-moi des Arabes par Damiette et par le Caire pour me
donner de vos nouvelles: dans ces deux villes, on saura o je me trouve.

Je vous envoie la relation de la fte du Rhamadan et une proclamation du
divan du Caire. Il est bon de rpandre l'une et l'autre non-seulement
dans votre province, mais encore par les btimens qui partiront.

Je ne puis pas vous donner une plus grande marque de confiance qu'en
vous laissant le commandement du poste le plus essentiel de l'arme.

Le citoyen Hamelin est arriv hier: j'ai trouv beaucoup de
contradictions dans tout ce qu'il a appris en route et j'ajoute peu
de foi  toutes les nouvelles qu'il donne comme les ayant apprises en
route: la situation de l'Europe et de la France jusqu'au 10 novembre me
paraissait assez satisfaisante.

J'apprends qu'il est arriv un nouveau btiment venant de Candie:
interrogez-le avec le plus grand soin, et envoyez-moi les demandes et
les rponses. Informez-vous de l'escadre russe.

Quoique je croie que nous soyons en paix avec Naples et l'empereur,
cependant je vous autorise  retarder, sous diffrens prtextes, le
dpart des btimens napolitains, impriaux, livournais; concertez-vous
avec le citoyen Leroy, et envoyez-en moi l'tat: nous acquerrons tous
les jours des renseignemens plus certains.

BONAPARTE.



Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 fvrier 1799).

_Au gnral Dugua._

Vous prendrez, citoyen gnral, le commandement de la province du Caire.

Les dpts des divisions Bon et Reynier gardent la citadelle avec deux
compagnies de vtrans.

Il y a  la citadelle des approvisionnemens de rserve pour nourrir
pendant cinq  six mois la garnison et l'hpital qui s'y trouvent.

Il y a au fort Dupuy un dtachement de la lgion maltaise et de
canonniers.

Le fort Sullowski est gard par les dpts du septime de hussards et du
vingt-deuxime de chasseurs.

Le fort Camin est gard par un dtachement du quatorzime de dragons.

La tour du fort de l'institut est garde par un dtachement des dpts
de la division Lannes, ainsi que le fort de la Prise d'eau, et de la
maison d'Ibrahim-Bey. Dans cette dernire est notre grand hpital.

Tous nos tablissemens d'artillerie sont  Gizeh, ainsi que les dpts
de la division du gnral Desaix.

Tous les Franais sont logs autour de la place Esbequieh. J'y laisse un
bataillon de la soixante-neuvime, un de la quatrime lgre et un de la
trente-deuxime.

Le bataillon de la quatrime partira le 24, une compagnie de canonniers
marins, le 27, et le bataillon de la trente-deuxime, le 30 pluviose.
J'ai dsign le 30 pour le dpart de ce bataillon, parce que je suppose
que le gnral Menou sera arriv  cette poque avec la lgion nautique.
Si elle n'tait pas arrive, vous garderez ce bataillon jusqu' son
arrive, et dans ce cas vous feriez escorter le trsor qu'on doit
envoyer  l'arme, par un dtachement qui ira jusqu' Belbeis.

Je laisse  Boulac tous les dpts de dragons, ce qui, avec les dpts
des rgimens de cavalerie lgre, forme prs de 300 hommes. Il leur
reste  tous quelques chevaux; il en arrive d'ailleurs journellement que
vous leur ferez distribuer.

La premire opration que vous aurez  faire est de runir chez vous les
commandans des diffrens dpts, de passer la revue de leurs magasins,
et de prendre toutes les mesures afin que chacun de ces rgimens puisse,
en cas d'alerte, monter, tant bien que mal, un certain nombre de
chevaux.

Ce sont principalement les selles qui manquent. Il y a  Boulac un
atelier qui a dj reu 6,000 fr. et qui doit en fournir quatre cents,
 trente par dcade. Vous ne recevrez que des selles trs-bonnes,
puisqu'on les paie trs-cher. Le quatorzime de dragons a deux cents
selles qui sont en quarantaine  Rosette depuis vingt-cinq jours, et qui
doivent tre ici avant la fin du mois.

On doit monter  Gizeh au moins cinq  six cents sabres par jour; vous
les ferez donner aux dpts de cavalerie qui en ont le plus besoin. Vous
passerez une rforme des chevaux, et je vous autorise  faire vendre au
profit des masses des rgimens de cavalerie tous les chevaux hors d'tat
de servir.

Il y a dans la province du Caire cinq tribus principales d'Arabes:

Les Billy: c'est la plus nombreuse; elle est en paix avec nous, elle a
dans ce moment-ci son chef et plus de deux cents chameaux  l'arme.

Les Joualka: nous sommes en paix avec eux. Les fils des deux principaux
scheicks sont en ce moment en tage chez Zulvekias, commissaire prs le
divan.

Les Terrabins; nous sommes en paix avec eux. Ils ont leurs scheicks et
presque tous leurs chameaux dans les convois de l'arme.

Enfin, les Aouatah et les Hayd, qui sont nos ennemis. Nous avons brl
leurs villages, dtruit leurs troupeaux. Ils sont dans le fond du
dsert, mais ils pourraient revenir faire des brigandages aux environs
du Caire.

Il faut que les forts Camin, Sullowski et Dupuy leur tirent des coups de
canon, quand ils approchent de trop prs.

Il faut toujours avoir un btiment arm, emboss plus bas que la ville,
prs du rivage, de manire  pouvoir tirer dans la plaine.

Il faut de temps en temps envoyer cent hommes  Kelioubeh, avec une
petite pice de canon, tant pour lever le miri, que pour connatre si
ces Arabes sont retourns, et pouvoir les investir et surprendre leur
camp.

Il faut aussi, de temps en temps, runir une centaine d'hommes  Giza,
faire une tourne surtout dans le nord de la province, lever le miri, et
donner la chasse aux Arabes.

Je dsirerais que, ds que le gnral Leclerc sera arriv  Gizeh, vous
l'envoyassiez avec cent hommes de Jerich et cinquante hommes de la
garnison du Caire, faire, dans le nord de sa province, une tourne de
cinq  six jours. Vous rgleriez sa marche de manire  tre instruit
tous les jours o il se trouverait, afin de pouvoir le rappeler, si les
circonstances l'exigeaient.

Le divan du Caire a une influence relle dans la ville, et est compos
d'hommes bien intentionns; il faut le traiter avec beaucoup d'gards et
avoir une confiance particulire dans le commissaire Zulvekias et dans
le scheick Madich.

L'intendant-gnral cophte, le chef des marchands de Damas,
Michal-Kebil, que vous pouvez consulter secrtement lorsque vous aurez
quelques inquitudes, pourront vous donner des renseignemens sur ce qui
se passerait dans la ville.

S'il y avait des troubles dans la ville, il faudrait vous adresser
au petit divan, runir mme le divan gnral. Ils russiront  tout
concilier en leur tmoignant de la confiance; enfin, prendre toujours
des mesures de sret, telles que consigner la troupe, redoubler les
gardes du quartier franais, y placer quelques petites pices de canon,
mais n'arriver  faire bombarder la ville par le fort Dupuy et la
citadelle qu' la dernire extrmit: vous sentez le mauvais effet que
doit produire une telle mesure sur l'gypte et dans tout l'Orient.

S'il arrivait des vnemens imprvus  Alexandrie et  Damiette, vous y
feriez marcher le gnral Lanusse et mme le gnral Fugires.

Si vous veniez  craindre quelque ruse de la populace du Caire, vous
feriez venir le gnral Lanusse de Menouf; il viendrait sur l'une et
l'autre rive, et son arrive ferait beaucoup d'effet dans la ville.

J'ai donn des fonds au gnie,  l'artillerie et  l'ordonnateur pour
tout le service de ventose.

Vous correspondrez avec moi par des Arabes, et par tous les convois qui
partiront.

Quels que soient les vnemens qui se passent dans la Scharkieh,
vingt-cinq hommes partant de nuit arriveront toujours  Birket-el-Hadji,
 Belbeis et  Salahieh.

Le commandant des armes  Boulac vous remettra l'tat des btimens arms
que vous avez sur le Nil. Il est ncessaire que ces btimens fassent un
service de plus en plus actif.

Le payeur a ordre de tenir  votre disposition 2,000 fr. par dcade,
pour payer les courriers que vous m'expdierez.

BONAPARTE.



Au Caire, le 22 pluviose an 7 (10 fvrier 1799).

_Au gnral Desaix._

Je suis fort impatient de recevoir de vos nouvelles, quoique la voix
publique nous apprenne que vous ayez battu les mameloucks; et que vous
en ayiez dtruit un grand nombre.

Les gnraux Klber et Reynier sont  El-Arich; je pars  l'instant
mme pour m'y rendre. Mon projet est de pousser Ibrahim-Bey au-del des
confins de l'gypte, et de dissiper les rassemblemens du pacha qui sont
faits  Gaza.

crivez-moi par le Caire, en m'envoyant des Arabes droit  El-Arich.

Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti le 12 de ce moi,
avec un trs-bon vent, de Suez avec les chaloupes canonnires, portant
quatre-vingts hommes de dbarquement pour se rendre  Cosseir: on
m'crit de Suez, qu' en juger par le temps qu'il a fait, il doit tre
arriv le 16. crivez-lui par des Arabes, et procurez-lui tous les
secours que vous pourrez.

Les citoyens Hamelin et Liveron sont arrivs, le 7 pluviose, 
Alexandrie: ils taient partis le 24 octobre de Trieste; le 3 novembre,
d'Ancne, et le 28 nivose, de Navarino, en More, o ils ont rest
mouills fort long-temps; ils sont venus sur un btiment charg de
vin, d'eau-de-vie et de draps.  leur dpart d'Europe, tout tait
parfaitement tranquille en France; le congrs de Rastadt durait
toujours; le corps lgislatif paraissait avoir repris un peu plus de
dignit et de considration, et avoir dans les affaires un peu plus
d'influence que lorsque nous sommes partis. On avait fait une loi pour
le recrutement de l'arme. Tous les jeunes gens, depuis dix-huit ans,
avaient t diviss en cinq conscriptions militaires.

Voulant activer les ngociations de Rastadt, on avait envoy Jourdan
commander l'arme du Rhin, Joubert, celle d'Italie, et on avait demand
 la premire conscription 200,000 hommes: cela paraissait s'effectuer.

Presque tous les avisos que j'avais envoys en France, taient arrivs.

On avait appris en Europe la prise d'Alexandrie un mois avant la
bataille des Pyramides, et la bataille des Pyramides toujours avant le
combat d'Aboukir.

Le vaisseau _le Gnreux_, qui s'tait retir  Corfou, a pris, en
diffrentes occasions, deux frgates anglaises et le vaisseau _le
Leander_, de 64: ce dernier s'est battu quatre heures.

Au 5 novembre, _la Cisalpine_ et deux autres avisos que j'avais
expdis, taient en rade  Corfou, attendant,  chaque instant, le
retour de leur courrier pour remettre  la voile et revenir ici.

Une escadre russe bloquait Corfou; les habitans s'taient runis  la
garnison, forte de quatre mille hommes. Le blocus n'a pas empch la
frgate _la Brune_ d'y entrer le 20 novembre. L'ancien ministre de la
marine Plville est  Corfou, o il cherche  runir le reste de notre
marine. Descoutes est parti, le 15 octobre, pour Constantinople, comme
ambassadeur extraordinaire.

Ds l'instant que l'on a su  Londres que toute notre arme avait
dbarqu en gypte, il y a eu en Angleterre une espce de dlire.

Nos dignes allis, les Espagnols, avaient vingt-quatre vaisseaux dans le
port de Cadix, et ils taient bloqus par seize.

L'Angleterre a dclar la guerre  toutes les rpubliques italiennes.

Le gnral Humbert, que vous connaissez bien, a eu la bont de doubler
l'cosse et de dbarquer avec deux  trois mille hommes en Irlande.
Aprs avoir obtenu quelques avantages, il s'est laiss investir et a t
fait prisonnier; l'adjudant-gnral Sarrasin tait avec lui. Il me
fche de voir, dans une opration aussi ridicule, le brave troisime de
chasseurs.

L'escadre de Brest tait trs-belle.

Les Anglais bloquaient Malte, mais plusieurs btimens chargs de vivres
y taient dj entrs.

On tait trs-indispos  Paris contre le roi de Naples.

Ne donnez pas de relche aux mameloucks, dtruisez-les par tous les
moyens possibles.

Faites construire un petit fort capable de contenir deux  trois cents
hommes, et capable d'en contenir un plus grand nombre dans l'occasion,
dans l'endroit le plus favorable que vous pourrez, et il faut le choisir
prs d'un pays fertile.

Le but de ce fort serait de pouvoir runir l nos magasins et nos
btimens arms, afin que dans le mois de mai ou de juin, votre division
devenant ncessaire ailleurs, on puisse laisser un gnral avec quatre
ou cinq djermes armes, qui, de l, tiendra en respect toute la
Haute-gypte. Il y aura des fours et des magasins, de sorte que quelques
bataillons de renfort le mettraient dans le cas de soumettre les
villages qui se seraient rvolts, ou de chasser les mameloucks qui
seraient revenus. Sans cela, vous sentez que si votre division est
ncessaire ailleurs, cent mameloucks peuvent revenir et s'emparer de la
Haute-gypte; ce qui n'arrivera pas si les habitans voient toujours des
troupes franaises, et ds-lors peuvent penser que votre division n'est
absente que momentanment. Je dsirerais, si cela est possible, qu'un
fort ft  mme de correspondre facilement avec Cosseir.

Je fais construire, dans ce moment, deux corvettes  Suez, qui porteront
chacune douze pices de canon de 6. Mettez la main, le plus tt
possible,  la construction de votre fort; prenez l vos larges. Assurez
le nombre de pices ncessaires pour armer votre fort. Je dsire, si
cela est possible, qu'il soit en pierre.

BONAPARTE.



Au Caire, le 11 pluviose an 7 (10 fvrier 1799).

_Au Directoire excutif._

Un btiment ragusais est entr le 7 pluviose dans le port d'Alexandrie:
il avait  bord les citoyens Hamelin et Liveron, propritaires du
chargement du btiment, consistant en vins, vinaigre et draps: il m'a
apport une lettre du consul d'Ancne en date du 11 brumaire, qui ne
me donne point d'autre nouvelle que de me faire connatre que tout est
tranquille en Europe et en France; il m'envoie la srie des journaux de
Lugano depuis le n. 36 (3 septembre) jusqu'au n. 43 (22 octobre),
et la srie du _Courrier de l'arme d'Italie_, qui s'imprime  Milan,
depuis le n. 219 (14 vendmiaire) jusqu'au n. 280 (6 brumaire).

Le citoyen Hamelin est parti de Trieste le 24 octobre, a relch 
Ancne le 3 novembre et est arriv a Navarino, d'o il est parti le 22
nivose.

J'ai interrog moi-mme le citoyen Hamelin, et il a dpos les faits
ci-joints.

Les nouvelles sont assez contradictoires: depuis le 18 messidor je
n'avais pas reu de nouvelles d'Europe.

Le 1er. novembre, mon frre est parti sur un aviso. Je lui avais ordonn
de se rendre  Crotone ou dans le golfe de Tarente: j'imagine qu'il est
arriv.

L'ordonnateur Sucy est parti le 26 frimaire.

Je vous expdie plus de soixante btimens de toutes les nations et par
toutes les voies: ainsi vous devez tre bien au fait de notre position
ici.

Nous avons appris par Suez que six frgates franaises, qui croisent 
l'entre de la mer Rouge, avaient fait pour plus de 20,000,000 de prises
aux Anglais.

Je fais construire dans ce moment-ci une corvette  Suez, et j'ai ma
flottille de quatre avisos, qui navigue dans la mer Rouge.

Les Anglais ont obtenu de la Porte que Djezzar-Pacha aurait, outre
son pachalic d'Acre, celui de Damas. Ibrahim-Pacha, Abdallah-Pacha et
d'autres pachas sont  Gaza, et menacent l'gypte d'une invasion: je
pars dans une heure pour aller les trouver. Il faut passer neuf jours
d'un dsert sans eau ni herbes; j'ai ramass une quantit assez
considrable de chameaux, et j'espre que je ne manquerai de rien. Quand
vous lirez cette lettre, il serait possible que je fusse sur les ruines
de la ville de Salomon.

Djezzar-Pacha est un vieillard de soixante-dix ans, homme froce, qui a
une haine dmesure contre les Franais; il a rpondu avec ddain aux
ouvertures amicales que je lui ai fait faire plusieurs fois. J'ai, dans
l'opration que j'entreprends, trois buts:

1. Assurer la conqute de l'gypte en construisant une place forte
au-del du dsert, et ds-lors loigner tellement les armes de quelque
nation que ce soit, de l'gypte, qu'elles ne puissent rien combiner avec
une arme europenne qui viendrait sur les ctes.

2. Obliger la Porte  s'expliquer, et par-l appuyer la ngociation que
vous avez sans doute entame, et l'envoi que je fais  Constantinople du
citoyen Beauchamp sur la caravelle turcque.

3. Enfin ter  la croisire anglaise les subsistances qu'elle tire de
Syrie, en employant les deux mois d'hiver qui me restent  me rendre,
par la guerre et la diplomatie, toute cette cte amie.

Je me fais accompagner dans cette course du molah, qui est, aprs le
muphti de Constantinople, l'homme le plus rvr dans l'empire musulman;

Des quatre scheicks des principales sectes; de l'mir Hadji ou prince de
la caravane.

Le rhamadan, qui a commenc hier, a t clbr de ma part avec la plus
grande pompe. J'ai rempli les mmes fonctions que remplissait le pacha.

Le gnral Desaix est  plus de cent soixante lieues du Caire, prs des
Cataractes. Il fait des fouilles sur les ruines de Thbes. J'attends 
chaque instant les dtails officiels d'un combat qu'il aurait eu contre
Mourad-Bey, qui aurait t tu et cinq  six beys faits prisonniers.

L'adjudant-gnral Boyer a dcouvert dans le dsert, du ct du Fayoum,
des mines qu'aucun Europen n'avait encore vues.

Le gnral Androssi et le citoyen Berthollet sont de retour de leur
tourne aux lacs de Natron et aux couvens des Cophtes. Ils ont fait des
dcouvertes extrmement intressantes; ils ont trouv d'excellent natron
que l'ignorance des exploiteurs empchait de dcouvrir. Cette branche
de commerce de l'gypte deviendra encore par-l plus importante. Par le
premier courrier, je vous enverrai le nivellement du canal de Suez, dont
les vestiges se sont parfaitement conservs.

Il est ncessaire que vous nous fassiez passer des armes et que vos
oprations militaires et diplomatiques soient combines de manire que
nous recevions des secours: les vnemens naturels font mourir du monde.

Une maladie contagieuse s'est dclare depuis deux mois  Alexandrie:
deux cents hommes en ont t victimes. Nous avons pris des mesures pour
qu'elle ne s'tende pas: nous la vaincrons.

Nous avons eu bien des ennemis  combattre dans cette expdition:
dserts, habitans du pays; Arabes, mameloucks, Russes, Turcs, Anglais.

_Si, dans le courant de mars, le rapport du citoyen Hamelin m'tait
confirm, et que la France ft en guerre contre les rois, je passerais
en France._

Je ne me permets, dans cette lettre, aucune rflexion sur les affaires
de la rpublique, puisque, depuis dix mois, je n'ai plus aucune
nouvelle.

Nous avons tous une entire confiance dans la sagesse et la vigueur des
dterminations que vous prendrez.

BONAPARTE.



Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 fvrier 1799).

_Au gnral Klber._

Je suis parti hier soir  dix heures et je suis arriv  minuit 
Belbeis. Je reois votre lettre du 19, et, deux heures aprs, celle du
20. Le parc d'artillerie est arriv hier  Salahieh. J'ai ordonn que
le reste de la division Bon partt demain de Salahieh pour se rendre 
Catieh; la division Lannes ira ce soir  Corain, et demain  Salahieh;
toute la division de cavalerie du gnral Murat, forte de plus de mille
chevaux, part galement, et sera demain soir  Salahieh; deux cents
chameaux chargs d'orge doivent tre arrivs ou sont en chemin pour
Catieh. Nous ramassons dans la Scharkieh tous les chameaux ncessaires,
et nous cherchons tous les vivres que nous pouvons. Si les officiers de
marine ont trouv un point de dbarquement prs d'El-Arich, et que l'un
des deux convois y arrive, je crois que nous serons bien, grce au
mouvement que vous avez donn  Damiette pendant le peu de temps que
vous y tes rest.

Quand je suis parti du Caire, le gnral Desaix avait dtruit une partie
des mameloucks  trois journes des Cataractes. On disait trois beys
pris et Mourad-Bey tu depuis trois jours: cette nouvelle tait celle
du Caire, et l'intendant-gnral l'avait presque reue officiellement.
Ainsi, il est sr qu'il y a eu une affaire.

BONAPARTE.



 Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 fvrier 1799).

_Au gnral Bon._

Vous aurez reu, citoyen gnral, l'ordre de vous rendre  Catieh: nous
passerons sans doute par la route du fort, o il y a de l'eau. Je suis
arriv ici hier soir, et je repars ce matin. Je serai demain  Salahieh,
o j'espre recevoir de vos nouvelles.

Plusieurs convois de chameaux sont en route, et vont arriver  Catieh:
donnez les ordres pour qu'ils soient dchargs. Envoyez a Tineh pour
y prendre les vivres venant de Damiette qui y seraient en dpt, et
faites-les filer le plus possible sur El-Arich.

BONAPARTE.



Catieh, le 26 pluviose an 7 (14 fvrier 1799).

_Au gnral Ganteaume._

Il est ncessaire, citoyen gnral, que vous vous rendiez demain  Tineh
et  la bouche d'Omin Faredge.

Vous ferez passer des ordres au commandant de la marine,  Damiette,
pour le dpart, par El-Arich, du citoyen Slendelet avec sa flottille.

Vous ferez partir pour El-Arich le convoi qui est  Tineh ou
Omin-Faredge, et qui est destin pour El-Arich.

Vous activerez par tous les moyens possibles la navigation du lac
Menzaleh, qui, dans ce moment, est notre moyen principal pour
l'approvisionnement de l'arme.

Ds le moment que vous croirez que votre prsence n'est plus ncessaire,
vous viendrez par terre  Catieh, et de-l au quartier-gnral.

BONAPARTE.



Catieh, le 26 pluviose an 5 (14 fvrier 1799).

_Au gnral Klber._

Le gnral Bon, avec le reste de sa division, citoyen gnral, part ce
matin pour se rendre  la premire journe.

La cavalerie part ce matin pour le mme endroit.

J'ignore encore si le convoi par mer pour El-Arich est parti; je ne sais
pas mme si le convoi d'Omin-Faredge est arriv  Tineh; cependant je le
prsume, la journe d'hier ayant t favorable.

On a envoy hier quarante chameaux  Tineh: je les attends ce matin, et
je ne partirai moi-mme que lorsque je les aurai vu filer sur El-Arich.

Je fais partir deux cents chameaux appartenans au quartier-gnral, qui
viennent du Caire pour se charger  Tineh de tout ce qui pourrait y
rentrer, et, dans le cas o le convoi ne serait pas arriv a Tineh, ils
iront jusqu' Omin-Faredge.

Vous devez avoir reu un convoi command par l'adjudant-gnral
Gillyvieux, un autre par l'adjudant-gnral Fouler: celui-ci est le
troisime Arabe que je vous expdie sur un dromadaire depuis que je suis
ici.

Je n'ai point de vos nouvelles depuis la lettre du gnral Reynier, que
vous m'avez envoye il y a trois jours.

BONAPARTE.



Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 fvrier 1799).

_ l'adjudant-gnral Grezieux._

Vous allez partir pour Tineh, citoyen, avec 200 chameaux et cinquante
hommes d'escorte et une compagnie de dromadaires. Arriv  Tineh, vous
ferez charger sur ces chameaux tout l'orge, le riz et le biscuit que
vous pourrez; vous presserez le dpart du bataillon de la quatrime et
des trois compagnies de grenadiers de la dix-neuvime; vous crirez
 l'adjudant-gnral Almeyras, commandant  Damiette, et vous lui
marquerez d'activer le plus possible le dpart des convois de
subsistances pour Tineh. Vous m'expdierez de Tineh un Arabe sur un
dromadaire pour me rendre compte exactement de la situation des magasins
de Tineh, et me donner des nouvelles du Caire et de Damiette.

Vos chameaux chargs, vous vous rendrez  Catieh; vous y trouverez un
convoi de chameaux revenant  vide d'El-Arich; vous ferez charger dessus
cinquante mille rations de riz, de biscuit, et si le nombre des chameaux
n'tait pas suffisant, vous prendriez dans les deux cents chameaux de
quoi assurer le transport de ces cinquante mille rations; vous partirez
avec ce convoi pour El-Arich, et vous remettrez les chameaux dont
vous n'aurez plus besoin. Avant de partir, vous donnerez l'ordre au
commandant de Catieh de faire filer continuellement sur El-Arich les
vivres qui arriveraient de Tineh, et de m'envoyer des exprs pour
m'instruire de sa situation, de celle de ses magasins et de celle de
Tineh.

BONAPARTE.

_P.S._ Si,  Tineh, il y avait des denres pour charger plus de deux
cents chameaux, vous feriez un second voyage avec vos chameaux.

Le parc d'artillerie a ordre, ds l'instant qu'il sera arriv, d'envoyer
cent chameaux  Tineh.



Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 fvrier 1799).

_ l'ordonnateur en chef._

L'adjudant-gnral Grezieux, qui part avec deux cents chameaux pour
Tineh, a ordre de faire un second voyage, si cela est ncessaire, pour
l'entire vacuation des magasins de Tineh. Le parc d'artillerie
qui arrive ce soir enverra cent chameaux  Tineh, et, si cela est
ncessaire, ces chameaux feront deux voyages.

Vous donnerez ordre au commissaire Sartelon de rester  Catieh jusqu'
nouvel ordre, et de faire filer, avec la plus grande activit, sur
El-Arich tous les objets de subsistance qui se trouveraient  Catieh.

Il doit y avoir  Damiette, Menouf, Mehal-el-Kebir, une grande quantit
de son; faites filer le tout sur Catieh: ce point est le plus essentiel
tant pour avancer que pour la retraite, et doit tre approvisionn par
tous les moyens possibles.

Vous renouvellerez les ordres  Salahieh, Belbeis et au Caire, de faire
filer avec activit des convois de biscuit, orge, fves, son et riz sur
Catieh.

BONAPARTE.



Kan-Jounes, le 6 ventose an 7 (24 fvrier 1799).

_Aux scheicks et ulemas de Gaza._

Arriv  Kan-Jounes avec mon arme, j'apprends qu'une partie des
habitans de Gaza ont eu peur et ont vacu la ville. Je vous cris la
prsente pour qu'elle vous serve de sauvegarde, et pour faire connatre
que je suis ami du peuple, protecteur des ulemas et des fidles.

Si je viens avec mon arme  Gaza, c'est pour en chasser les troupes de
Djezzar-Pacha, et le punir d'avoir fait une invasion en gypte.

Envoyez donc au devant de moi des dputs, et soyez sans inquitude pour
la religion, pour votre vie, vos proprits et vos femmes.

BONAPARTE.



Ramleh, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799).

_Au gnral Klber._

Je pense que la lettre que vous avez fait crire par votre capitaine des
Maugrabins pourra faire un bon effet. Joignez-y une sommation en rgle
pour leur faire sentir que la place ne peut pas tenir.

Si vous pensez qu'un mouvement de votre division sur Jaffa en acclre
la reddition, je vous autorise  le faire. Si vous entrez dans la ville,
prenez toutes les mesures pour empcher le pillage; vous placerez la
cavalerie en avant sur le chemin de Saint-Jean d'Acre.

Nous avons trouv ici une assez grande quantit de magasins, surtout
beaucoup d'orge.

BONAPARTE.



Jaffa, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799).

_Au contre-amiral Ganteaume._

Vous donnerez l'ordre qu'on fasse partir d'Alexandrie les troupes qui
s'y trouveraient sur les btimens de transport que l'on jugera les plus
propices.

Vous donnerez l'ordre au contre-amiral Perre, s'il peut sortir
d'Alexandrie avec les trois frgates _la Junon_, _l'Alceste_ et _la
Courageuse_ et deux bricks, sans que l'ennemi s'en aperoive, de se
rendre  Jaffa, o il recevra de nouveaux ordres. Si le temps le
poussait devant Saint-Jean d'Acre, il s'informera si nous y sommes:
il est probable que nous y serons. Alors il embarquera avec lui, sur
chacune de ses frgates, une pice de 24 et un mortier avec trois cents
coups  tirer, et sur chaque frgate une forge pour rougir les boulets
 terre. Il ne faut pas cependant que l'embarquement desdits objets
retarde en rien son dpart, si le temps tait propice.

S'il pensait ne pouvoir sortir sans que l'ennemi et connaissance de son
mouvement, il tacherait de m'envoyer  Jaffa deux bons bricks, tels que
_le Salamine_ et _l'Alerte_.

Vous enverrez cet ordre par un officier de marine qui partira sur une
djerme, qui dbarquera  Damiette, et par le courrier qui part demain
pour le Caire.

BONAPARTE.



El-Arich, le 15 ventose an 7 (5 mars 1799).

_Au gnral Dugua._

Le chef de l'tat-major doit vous avoir tenu instruit des diffrens
mouvemens militaires qui ont eu lieu ici.

Vous recevrez une quinzaine de drapeaux avec six cachefs et une
trentaine de mameloucks: mon intention est qu'ils soient bien traits.
On leur restituera leurs maisons, mais on exercera sur eux une
surveillance particulire. Vous leur ritrerez la promesse que je leur
ai faite de leur faire du bien si,  mon retour, vous tes content de
leur conduite.

Je dsire que vous voyiez le scheik Mahdieh et les diffrens membres
du divan, que vous vous concertiez pour faire une petite fte  la
rception des drapeaux, et, si cela se peut, faire naturellement qu'ils
soient placs dans la mosque de Geuil-Azur, comme un trophe de la
victoire remporte par l'arme d'gypte sur Djezzar et sur les ennemis
des gyptiens.

Arrangez tout cela comme vous pourrez. Faites connatre aux habitans
du Caire, de Damiette, qu'ils peuvent envoyer des caravanes en Syrie;
qu'ils vendront bien leurs marchandises, et que leurs proprits seront
respectes.

Faites filer du biscuit par toutes les occasions.

Faites dire  Ibrahim, scheick des Billis, que je dsire qu'il vienne,
ainsi que le kiaya des Arabes, qui est un Maugrabin qui me serait utile.
Faites-nous passer, ds que vous le pourrez, cinq ou six cents coups 
boulet de 8 et trois ou quatre cents de 12.

Envoyez-moi les lettres de l'arme par des convois srs, et ne m'crivez
par les Arabes que des lettres par duplicata de ce que vous m'crirez
par des dtachemens: le dsert est fort long, et les Arabes viennent de
piller toutes les dpches que le gnral Rampon m'envoyait de Catieh
par un Arabe.

Je n'ai reu de vous, depuis mon dpart, qu'une seule lettre du 26. S'il
venait surtout des lettres importantes, soit de la Haute-gypte, soit
de France, ne les hasardez pas lgrement; mais envoyez-les-moi par un
officier et une bonne escorte, en me prvenant en gros, par un Arabe, de
ce qui serait parvenu  votre connaissance.

J'ai enrl trois  quatre cents Maugrabins, qui marchent avec nous.

BONAPARTE.



Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).

_Au gnral Klber._

Je vous envoie, citoyen gnral, une lettre au scheick de Naplouse,
que je vous prie de lui faire passer. Je vous prie d'en faire faire
plusieurs copies, et de les envoyer successivement, afin d'tre sr
qu'une d'elles arrivera.

J'ai crit  Djezzar-Pacha: s'il prend le parti d'envoyer quelqu'un,
comme je le lui propose, recommandez  vos avant-postes de le bien
traiter.

 l'instant nous prenons deux btimens, un charg de deux mille quintaux
de poudre, et l'autre de riz.

La garnison de Jaffa tait de quatre mille hommes: deux mille ont t
tus dans la ville, et prs de deux mille ont t fusills entre hier et
aujourd'hui.

BONAPARTE.




Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).

_Aux scheicks, ulmas, et autres habitans des provinces de Gaza, Ramleh
et Jaffa._

Dieu est clment et misricordieux.

Je vous cris la prsente pour vous faire connatre que je suis
venu dans la Palestine pour en chasser les mameloucks et l'arme de
Djezzar-Pacha.

De quel droit, en effet, Djezzar a-t-il tendu ses vexations sur les
provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza, qui ne font pas partie de son
pachalic? De quel droit avait-il galement envoy ses troupes 
El-Arich? Il m'a provoqu  la guerre, je la lui ai apporte; mais ce
n'est pas  vous, habitans, que mon intention est d'en faire sentir les
horreurs.

Restez tranquilles dans vos foyers: que ceux qui, par peur, les ont
quitts, y rentrent. J'accorde sret et sauvegarde  tous. J'accorderai
 chacun la proprit qu'il possdait.

Mon intention est que les cadis continueront comme  l'ordinaire leurs
fonctions et  rendre la justice, que la religion surtout soit protge
et respecte, et que les mosques soient frquentes par tous les bons
musulmans: c'est de Dieu que viennent tous les biens, c'est lui qui
donne la victoire.

Il est bon que vous sachiez que tous les efforts humains sont inutiles
contre moi, car tout ce que j'entreprends doit russir. Ceux qui se
dclarent mes amis, prosprent; ceux qui se dclarent mes ennemis,
prissent. L'exemple de ce qui vient d'arriver  Jaffa et  Gaza doit
vous faire connatre que si je suis terrible pour mes ennemis, je suis
bon pour mes amis, et surtout clment et misricordieux pour le pauvre
peuple.

BONAPARTE.



Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).

_Aux scheicks, ulmas et commandant de Jrusalem._

Je vous fais connatre par la prsente que j'ai chass les mameloucks et
les troupes de Djezzar-Pacha des provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa; que
mon intention n'est pas de faire la guerre au peuple; que je suis l'ami
des musulmans; que les habitans de Jrusalem peuvent choisir la paix ou
la guerre. S'ils choisissent la premire, qu'ils envoient au camp de
Jaffa des dputs pour promettre de ne jamais rien faire contre moi.
S'ils taient assez insenss pour prfrer la guerre, je la leur
porterai moi-mme. Ils doivent savoir que je suis terrible comme le feu
du ciel envers mes ennemis, clment et misricordieux envers le peuple
et ceux qui veulent tre mes amis.

BONAPARTE.



Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).

_Aux scheicks de Naplouse._

Je me suis empar de Gaza, Ramleh, Jaffa et de toute la Palestine. Je
n'ai aucune intention de faire la guerre aux habitans de Naplouse,
car je ne viens ici que pour faire la guerre aux mameloucks, 
Djezzar-Pacha, dont je sais que vous tes les ennemis.

Je leur offre donc, par la prsente lettre, la paix ou la guerre. S'ils
veulent la paix, qu'ils chassent les mameloucks de chez eux, et me le
fassent connatre, en promettant de ne commettre aucune hostilit contre
moi. S'ils veulent la guerre, je la leur porterai moi-mme; je suis
clment et misricordieux envers mes amis, mais terrible comme le feu du
ciel envers mes ennemis.

BONAPARTE.



Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).

_ Djezzar-Pacha._

Depuis mon entre en gypte, je vous ai fait connatre plusieurs fois
que mon intention n'tait pas de vous faire la guerre, que mon seul
but tait de chasser les mameloucks; vous n'avez rpondu  aucune des
ouvertures que je vous ai faites.

Je vous avais fait connatre que je dsirais que vous loignassiez
Ibrahim-Bey des frontires de l'gypte: bien loin de l, vous avez
envoy des troupes  Gaza, vous avez fait de grands magasins, vous avez
publi partout que vous alliez entrer en gypte: effectivement vous avez
effectu votre invasion en portant deux mille hommes de vos troupes dans
le fort d'El-Arich, enfonc  six lieues dans le territoire de l'gypte.
J'ai d alors partir du Caire, et vous apporter moi-mme la guerre que
vous paraissiez provoquer.

Les provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa sont en mon pouvoir. J'ai trait
avec gnrosit celles de vos troupes qui s'en sont remises  ma
discrtion, j'ai t svre envers celles qui ont viol les droits de
la guerre; je marcherai sous peu de jours sur Saint-Jean d'Acre. Mais
quelle raison ai-je d'ter quelques annes de vie  un vieillard que je
ne connais pas? Que font quelques lieues de plus  ct des pays que
j'ai conquis? et puisque Dieu me donne la victoire, je veux,  son
exemple, tre clment et misricordieux, non-seulement envers le peuple,
mais encore envers les grands.

Vous n'avez point de raisons relles d'tre mon ennemi, puisque vous
l'tiez des mameloucks. Votre pachalic est spar par les provinces de
Gaza, Ramleh et par d'immenses dserts de l'gypte. Redevenez mon ami,
soyez l'ennemi des mameloucks et des Anglais, je vous ferai autant de
bien que je vous ai fait et que je peux vous faire de mal. Envoyez-moi
votre rponse par un homme muni de vos pleins pouvoirs et qui connaisse
vos intentions. Il se prsentera  mon avant-garde avec un drapeau
blanc, et je donne ordre  mon tat-major de vous envoyer un
sauf-conduit, que vous trouverez ci-joint.

Le 24 de ce mois, je serai en marche sur Saint Jean d'Acre; il faut donc
que j'aie votre rponse avant ce jour.

BONAPARTE.



Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).

_Au gnral Dugua._

J'ai reu, citoyen gnral, fort peu de lettres de vous; elles ont,
j'imagine, t interceptes par cette nue d'Arabes qui couvrent le
dsert: la dernire que j'ai reue de vous est du 6 ventose.

L'tat-major vous instruira des dtails de la prise de Jaffa. Les 4,000
hommes qui formaient la garnison ont tous pri dans l'assaut, ou ont t
passs au fil de l'pe.

Il nous reste encore Saint-Jean d'Acre.

Avant le mois de juin, il n'y a rien de srieux  craindre de la part
des Anglais.

Quant  l'affaire de la mer Rouge, on ne comprend pas grand'chose au
rapport qui vous a t envoy. Il faut esprer que les officiers de
marine qui s'y trouvent, en donneront un plus intelligible.

La victoire du gnral Desaix doit avoir tout tranquillis dans la
haute gypte. Nos victoires en Syrie doivent apaiser les troubles de la
Scharkieh.

BONAPARTE.



Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).

_Au gnral Marmont._

L'tat-major vous aura instruit, citoyen gnral, des diffrens
vnemens militaires qui se sont succd et auxquels nous devons la
conqute de toute la Palestine. La prise de Jaffa a t brillante; 4,000
hommes des meilleures troupes de Djezzar et des meilleurs canonniers de
Constantinople ont t passs au fil de l'pe. Nous avons trouv dans
cette ville soixante pices de canon, des munitions, et beaucoup de
magasins. Ces pices sont toutes fondues  Constantinople et de calibre
franais.

Jaffa a une rade assez sre et une petite anse o nous avons trouv un
btiment de cent cinquante tonneaux. Comme nous avons ici beaucoup de
savon et autres objets, si quelques btimens de convoi de cent  cent
cinquante tonneaux veulent se hasarder  venir, on les frtera.

Les dernires nouvelles que j'ai de Damiette sont du 4 ventose, d'o je
conclus qu'il n'y avait rien de nouveau  Alexandrie. Le 1er ventose, il
a fait des vents trs-violens qui auront loign les Anglais.

Je vous envoie une proclamation en arabe, faite aux habitans du pays: si
vous avez encore une imprimerie, faites-la imprimer et rpandre dans le
Levant, la Barbarie et partout o il sera possible. Dans le cas o vous
n'auriez plus d'imprimerie, je donne ordre qu'on l'imprime au Caire et
que l'on vous envoie deux cents exemplaires de cette proclamation.

S'il partait des btimens pour France, je vous autorise  crire au
gouvernement ce que vous savez de notre position: vous sentez qu'il ne
doit rien y avoir de politique, mais seulement des faits.

BONAPARTE.



Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).

_Au gnral du gnie._

Des personnes arrives d'El-Arich m'instruisent qu'on n'y a rien fait,
pas mme rtabli la brche: veuillez donner des ordres pour que les
rparations d'un fort si essentiel n'prouvent aucun retard. Vous sentez
qu'il peut arriver des vnemens tels qu'El-Arich devienne notre tte de
ligne, laquelle pouvant tenir quinze jours ou un mois, pourrait donner
des rsultats incalculables.

BONAPARTE.



Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).

_ l'adjudant-gnral Almeyras._

L'tat-major vous aura instruit, citoyen gnral, de la prise de Jaffa,
o nous avons trouv beaucoup de riz, et nous en avions besoin, car
notre flottille nous manque toujours.

Nous y avons trouv une grande quantit d'artillerie, beaucoup
d'obusiers, de pices de 4 du calibre franais.

Comme il y a ici de l'huile et du savon, et d'autres objets qui sont
utiles en gypte, et que la Palestine a besoin de riz, engagez les
ngocians de Damiette  ouvrir un commerce avec Jaffa. Assurez-les
qu'ils seront protgs et n'essuieront aucune avanie.

Si la flottille n'tait pas partie, prenez toutes les mesures pour la
faire sortir. Envoyez-moi aussi des djermes avec du biscuit, droit 
Jaffa.

BONAPARTE.



Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).

_Au citoyen Poussielgue._

Je vous fais passer une proclamation que j'ai faite aux habitans de
ces provinces. Faites-la imprimer et rpandez-la par tous les moyens
possibles; envoyez-en deux cents exemplaires  Damiette et  Alexandrie,
pour qu'il s'en rpande dans le Levant,  Constantinople et dans la
Barbarie.

Je renvoie au Caire le chef des scheicks, celui qui avait la place que
j'ai donne au scheick El-Bekri. Vous assurerez ce dernier que cela ne
doit l'inquiter en rien, et que je sais mettre de la diffrence entre
mes vieux amis et les nouveaux.

Engagez les ngocians de Damiette  venir vendre leur riz  Jaffa. Nous
avons ici une grande quantit de savon; engagez les ngocians du Caire
 venir en acheter. Ils savent que je protge le commerce; ils n'ont
 craindre ni avanies ni tracasseries. Il y a ici des articles qui
manquent en gypte, tels que le savon, l'huile; qu'ils apportent en
change du riz et du bl; prenez toutes les mesures pour activer, autant
que possible, ce commerce.

Faites imprimer en arabe tout ce que Venture crit au divan, en y
faisant mettre les ornemens que le scheick Mahdi jugera  propos, et
rpandez-le dans l'gypte.

BONAPARTE.



Jaffa, le 21 ventose an 7 (11 mars 1799).

_Au gnral Dugua._

J'ai reu, citoyen gnral, par mon aide-de-camp Lavalette le duplicata
des lettres que vous m'avez crites. Vous aurez reu des lettres de Gaza
et le rcit de l'affaire de Jaffa.

L'vnement arriv  Cosseir est d'autant plus inconcevable, que le
contre-amiral Ganteaume avait donn pour instructions au citoyen Collot,
que, s'il y avait des btimens  Cosseir, il s'en tnt  croiser pour
les empcher de sortir.

L'tat-major envoie l'ordre au gnral Menou de se rendre  Jaffa pour
prendre le commandement de la Palestine.

Aprs tous les accidens que nous apprenons de la mer, il ne vous
paratra pas prudent que vous la traversiez dans ce moment-ci; vous
penserez, sans doute, qu'il est ncessaire que vous attendiez d'autres
circonstances.

Votre convoi de cent cinquante chameaux chargs de vivres et de
munitions d'artillerie, nous est venu fort  propos, pour les munitions
d'artillerie surtout, car nous avons grand besoin de boulets de 8 et de
12.

BONAPARTE.



Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799).

_ l'adjudant-gnral Grezieux._

Vous aurez, citoyen, le commandement de la province de Jaffa et de celle
de Ramleh.

Votre premire opration sera de faire placer une pice de canon sur
chacune des tours, et de disposer les quatre plus grosses du ct du
front, pour sa dfense.

L'officier du gnie a ordre de rparer sur-le-champ la brche.

Vous vous assurerez que les portes puissent se fermer facilement. Comme
les deux qui existent me paraissent trs-rapproches l'une de l'autre,
il suffirait d'en tenir une ouverte.

Les Grecs doivent fournir des secours  l'hpital des blesss.

Les chrtiens latins et les Armniens doivent fournir des secours 
l'hpital des fivreux.

Vous formerez un divan, compos de sept personnes; vous y mettrez des
mahomtans et des chrtiens.

Vous seconderez toutes les oprations du citoyen Gloutier, tendant 
tablir les finances et  procurer de l'argent  la caisse.

Aucun btiment de ceux qui sont actuellement dans le port, ne doit en
sortir sous quelque prtexte que ce soit.

Le commerce avec Damiette et l'gypte sera encourag le plus possible.

Vous enverrez dans tous les villages une proclamation afin que les
habitans vivent tranquilles. J'ai charg le gnral Reynier d'organiser
un divan  Ramleh.

Il reste ici un officier de marine.

Si vous aviez des nouvelles plus intressantes  me faire passer, et que
le temps ft beau, vous pourriez profiter  la fois de la terre et de la
mer.

Toutes les fois qu'il y aura des occasions pour l'gypte, vous ne
manquerez pas de donner des nouvelles de l'arme  l'adjudant-gnral
Almeyras,  Damiette, et au gnral Dugua, au Caire.

Ayez bien soin que les magasins soient tenus en bon tat et ne soient
pas gaspills. Faites toutes les recherches possibles pour en dcouvrir
de nouveaux.

BONAPARTE.



Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799).

_Au directoire excutif._

Le 5 fructidor, j'envoyai un officier  Djezzar, pacha d'Acre: il
l'accueillit mal et ne rpondit pas.

Le 29 brumaire, je lui crivis une autre lettre: il fit couper la tte
au porteur.

Les Franais taient arrts  Acre et traits cruellement.

Les provinces d'gypte taient inondes de firmans, dans lesquels
Djezzar ne dissimulait point ses intentions hostiles et annonait son
arrive.

Il fit plus: il envahit les provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza. Son
avant-garde prit position  El-Arich, o il y a quelques bons puits
et un fort situ dans le dsert  dix lieues dans le territoire de
l'gypte.

Je n'avais donc plus le choix: j'tais provoqu  la guerre; je ne crus
pas devoir tarder  la lui porter moi-mme.

Le gnral Reynier rejoignit le 16 pluviose son avant-garde, qui, sous
les ordres de l'infatigable gnral Lagrange, tait  Catieh, situ
 trois journes dans le dsert, o j'avais runi des magasins
considrables.

Le gnral Klber arriva le 18 pluviose de Damiette sur le lac Menzaleh,
sur lequel on avait construit plusieurs barques canonnires, dbarqua 
Peluse et se rendit  Catieh.

_Combat d'El-Arich._

Le gnral Reynier partit le 18 pluviose de Catieh avec sa division,
pour se rendre  El-Arich. Il fallut marcher plusieurs jours  travers
le dsert sans trouver d'eau; des difficults de toute espce furent
vaincues: l'ennemi fut attaqu, forc, le village d'El-Arich enlev, et
toute l'avant-garde ennemie bloque dans le fort d'El-Arich.

_Attaque de nuit._

Cependant la cavalerie de Djezzar-Pacha, soutenue par un corps
d'infanterie, avait pris position sur nos derrires  une lieue, et
bloquait l'arme assigeante.

Le gnral Klber fit faire un mouvement au gnral Reynier;  minuit,
le camp ennemi fut cern, attaqu et enlev; un des beys fut tu.
Effets, armes, bagages, tout fut pris: la plupart des hommes eurent le
temps de se sauver, plusieurs mameloucks d'Ibrahim-Bey furent faits
prisonniers.

_Sige du fort d'El-Arich._

La tranche fut ouverte devant le fort d'El-Arich: une de nos mines
avait t vente et nos mineurs dlogs. Le 28 pluviose, une batterie
de brche fut construite, ainsi que deux batteries d'approche:
on canonna toute la journe du 29. Le 30  midi, la brche tait
praticable; je sommai le commandant de se rendre, il le fit. Nous avons
trouv a El-Arich trois cents chevaux, beaucoup de biscuit, de riz, cinq
cents Albanais, cinq cents Maugrabins, deux cents hommes de l'Adonie et
de la Caramanie; les Maugrabins ont pris du service avec nous: j'en ai
fait un corps auxiliaire.

Nous partmes d'El-Arich le 4 ventose; l'avant-garde s'gara dans le
dsert et souffrit beaucoup du manque d'eau: nous manqumes de vivres,
nous fmes obligs de manger des chevaux, des mulets, des chameaux.

Nous tions le 6 aux colonnes places sur les limites de l'Afrique et de
l'Asie; nous couchmes en Asie le 6.

Le jour suivant, nous tions en marche sur Gaza:  dix heures du
matin, nous dcouvrmes trois ou quatre mille hommes de cavalerie qui
marchaient  nous.

_Combat de Gaza._

Le gnral Murat, commandant la cavalerie, fit passer les diffrens
torrens qui se trouvaient en prsence de l'ennemi par des mouvemens
excuts avec prcision.

La division Klber se porta par la gauche sur Gaza; le gnral Lannes,
avec son infanterie lgre, appuyait les mouvemens de la cavalerie,
qui tait range sur deux lignes. Chaque ligne avait derrire elle un
escadron de rserve: nous chargemes l'ennemi prs de la hauteur qui
regarde Nebron, et o Samson porta les portes de Gaza. L'ennemi ne reut
point la charge et se replia: il eut quelques hommes tus, entre autres
le kiaya du pacha.

La vingt-deuxime d'infanterie lgre s'est fort bien conduite: elle
suivait les chevaux au pas de course; il y avait cependant bien des
jours qu'elle n'avait fait un bon repas ni bu de l'eau a son aise.

Nous entrmes dans Gaza: nous y trouvmes quinze milliers de poudre,
beaucoup de munitions de guerre, des bombes, des outils, plus de deux
cent mille rations de biscuit et six pices de canon.

Le temps devint affreux: beaucoup de tonnerre et de pluie; depuis notre
dpart de France, nous n'avions pas vu d'orage.

Nous couchmes le 10 a Eswod, l'ancienne Azot.

Nous couchmes le 11  Ramleh; l'ennemi l'avait vacu avec tant de
prcipitation, qu'il nous laissa cent mille rations de biscuit, beaucoup
plus d'orge, et quinze cents outres que Djezzar avait prpares pour
passer le dsert.

_Sige de Jaffa._

La division Klber investit d'abord Jaffa, et se porta ensuite sur la
rivire de la Hhayah, pour couvrir le sige; la division Bon investit
les fronts droits de la ville, et la division Lannes les fronts gauches.

L'ennemi dmasqua une quarantaine de pices de canon de tous les points
de l'enceinte, desquelles il fit un feu vif et soutenu.

Le 16, deux batteries d'approche, la batterie de brche, une de
mortiers, taient en tat de tirer. La garnison fit une sortie; on
vit alors une foule d'hommes diversement costums, et de toutes les
couleurs, se porter sur la batterie de brche: c'taient des Maugrabins,
des Albanais, des Kurdes, des Natoliens, des Caramaniens, des
Damasquyns, des Alepins, des noirs de Tekrour; ils furent vivement
repousss, et rentrrent plus vite qu'ils n'auraient voulu. Mon
aide-de-camp Duroc, officier en qui j'ai grande confiance, s'est
particulirement distingu.

 la pointe du jour, le 17, je fis sommer le gouverneur; il fit couper
la tte  mon envoy, et ne rpondit point.  sept heures, le feu
commena;  une heure je jugeai la brche praticable. Le gnral Lannes
fit les dispositions pour l'assaut; l'adjoint aux adjudans-gnraux,
Netherwood, avec dix carabiniers, y monta le premier et fut suivi
de trois compagnies de grenadiers de la treizime et de la
soixante-neuvime demi-brigade, commandes par l'adjudant-gnral
Rambaud, pour lequel je vous demande le grade de gnral de brigade.

 cinq heures, nous tions matres de la ville, qui, pendant
vingt-quatre heures, fut livre au pillage et  toutes les horreurs de
la guerre, qui jamais ne m'a paru si hideuse.

Quatre mille hommes des troupes de Djezzar ont t passs au fil de
l'pe; il y avait huit cents canonniers: une partie des habitans a t
massacre.

Les jours suivans, plusieurs btimens sont venus de Saint-Jean d'Acre
avec des munitions de guerre et de bouche; ils ont t pris dans le
port: ils ont t tonns de voir la ville en notre pouvoir; l'opinion
tait qu'elle nous arrterait six mois.

Abd-Oullah, gnral de Djezzar, a eu l'adresse de se cacher parmi les
gens d'gypte, et de venir se jeter  mes pieds.

J'ai renvoy  Damas et  Alep plus de cinq cents personnes de ces deux
villes, ainsi que quatre a cinq cents personnes d'gypte.

J'ai pardonn aux mameloucks et aux kachefs que j'ai pris  El-Arich;
j'ai pardonn  Omar Makram, cheikh du Caire; j'ai t clment envers
les gyptiens, autant que je l'ai t envers le peuple de Jaffa, mais
svre envers la garnison qui s'est laiss prendre les armes  la main.

Nous avons trouv  Jaffa cinquante pices de canon, dont trente formant
l'quipage de campagne, de modle europen, et des munitions, plus de
quatre cent mille rations de biscuit, deux mille quintaux de riz, et
quelques magasins de savon.

Les corps du gnie et de l'artillerie se sont distingus.

Le gnral Caffarelli, qui a dirig ces siges, qui a fait fortifier
les diffrentes places de l'gypte, est officier recommandable par une
activit, un courage et des talens rares.

Le chef de brigade du gnie Samson a command l'avant-garde qui a pris
possession de Cathieh, et a rendu dans toutes les occasions les plus
grands services.

Le capitaine du gnie Sabatier a t bless au sige d'El-Arich.

Le citoyen Aim est entr le premier dans Jaffa, par un vaste souterrain
qui conduit dans l'intrieur de la place.

Le chef de brigade Songis, directeur du parc d'artillerie, n'est parvenu
 conduire les pices qu'avec de grandes peines; il a command la
principale attaque de Jaffa.

Nous avons perdu le citoyen Lejeune, chef de la vingt-deuxime
d'infanterie lgre, qui a t tu a la brche: cet officier a t
vivement regrett de l'arme; les soldats de son corps l'ont pleur
comme leur pre. J'ai nomm  sa place le chef de bataillon Magni, qui a
t grivement bless. Ces diffrentes affaires nous ont cot cinquante
hommes tus et deux cents blesss.

L'arme de la rpublique est matre de toute la Palestine.

BONAPARTE.




FIN DU SECOND VOLUME.





End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome II.
by Napolon Bonaparte

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE NAPOLEON ***

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     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
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Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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