The Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; Kachmir, by Various

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Title: Le Tour du Monde; Kachmir
       Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905

Author: Various

Editor: douard Charton

Release Date: July 29, 2009 [EBook #29536]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TOUR DU MONDE; KACHMIR ***




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                    LE TOUR DU MONDE




                         PARIS
                IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT
                  20, rue du Dragon, 20




                NOUVELLE SRIE--11e ANNE
                       2e SEMESTRE




                    LE TOUR DU MONDE

                         JOURNAL
              DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS




                     Le Tour du Monde
             a t fond par douard Charton
                        en 1860




                         PARIS
              LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie
             79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
         LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND
                          1905

Droits de traduction et de reproduction rservs.




TABLE DES MATIRES


L'T AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_

  I. De Paris  Srnagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay 
     Lahore. -- Premiers prparatifs. -- En _tonga_ de
     Rawal-Pindi  Srnagar. -- Les Kachmiris et les matres du
     Kachmir. -- Retour  la vie nomade.                             1

  II. La Valle heureuse en _dounga_. -- Bateliers et
     batelires. -- De Baramoula  Srnagar. -- La capitale du
     Kachmir. -- Un peu d'conomie politique. -- En amont de
     Srnagar.                                                      13

  III. Sous la tente. -- Les petites valles du Sud-Est. --
     Histoires de voleurs et contes de fes. -- Les ruines de
     Martand. -- De Brahmanes en Moullas.                           25

     IV. Le plerinage d'Amarnth. -- La valle du Lidar. -- Les
     plerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacre.
     -- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles.           37

  V. Le plerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funbre et
     hydrothrapie religieuse. -- Les temples de Vangth. --
     Frissons d'automne. -- Les adieux  Srnagar.                  49


SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Mdecin-major des troupes coloniales_.

  I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motso.
     -- La route dans un ruisseau. -- Dengura. -- Kodioso. --
     Villes et villages abandonns. -- O est donc Betti? --
     Arrive  Dioubasso.                                           61

  II. Dans le territoire de Mop. -- Coutumes du pays. -- La
     mort d'un prince hritier. -- L'preuve du poison. -- De
     Mop  Betti. -- Bnie, roi de Betti, et sa capitale. --
     Retour  Petit-Alp.                                          73

  III. Rapports et rsultats de la mission. -- Valeur
     conomique de la cte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --
     Supriorit de la faune.                                       85

  IV. La fivre jaune  Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --
     Retour en France.                                              90


L'LE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_

  I. L'le d'Elbe et le canal de Piombino. -- Deux mots
     d'histoire. -- Dbarquement  Porto-Ferraio. -- Une ville
     d'opra. -- La teste di Napoleone et le Palais imprial.
     -- La bannire de l'ancien roi de l'le d'Elbe. -- Offre 
     Napolon III, aprs Sedan. -- La bibliothque de l'Empereur.
     -- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du pote. -- Un
     enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules
     blanches. Dans la paix des limbes. -- Les diffrentes routes
     de l'le.                                                      97

  II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir
     temptueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte
     Giove. -- Un village dans les nues. -- L'Ermitage de la
     Madone et la Sedia di Napoleone. -- Le vieux gardien de
     l'infini. Bastia, Signor!. Vision sublime. -- La cte
     orientale de l'le. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge
     de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer.             109

  III. Napolon, roi de l'le d'Elbe. -- Installation aux
     Mulini. -- L'Empereur  la gorge de Monserrat. -- San
     Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond
     aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et
     le miroir de la Vrit. -- L'Empereur transporte ses pnates
     sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --
     L'ancien Muse de San Martino. Essai de reconstitution par
     le propritaire actuel. Le lit de Madame Mre. -- O il faut
     chercher  Elbe les vraies reliques impriales. Apollon
     gardant ses troupeaux. ventail et bijoux de la princesse
     Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de
     la signorina Squarci. -- L'glise de l'archiconfrrie du
     Trs-Saint-Sacrement. La Pieta de l'Empereur. Les
     broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de
     Porto-Ferraio.                                                121


D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'cole franaise d'Athnes._

  I. -- Alexandrette et la monte de Belan. -- Antioche et
     l'Oronte; excursions  Daphn et  Soueidieh. -- La route
     d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperu
     d'Alep.                                                       133

  II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --
     Premire rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --
     Souvenirs des Htens. -- Excursion  Resapha. -- Comment
     atteindre Ras-el-An? Comment le quitter? -- Enfin  Orfa!    145

  III. -- Sjour  Orfa. -- Samosate. -- Valle accidente de
     l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Antab. -- Court repos  Alep.
     -- Saint-Symon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --
     Conclusion pessimiste.                                        157


LA FRANCE AUX NOUVELLES-HBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_

      qui les Nouvelles-Hbrides: France, Angleterre ou
     Australie? Le condominium anglo-franais de 1887. --
     L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des les. --
     L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des
     Nouvelles-Hbrides. -- Leur avenir.                           169


LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_

  I. -- Moscou. -- Une dception. -- Le Kreml, acropole
     sacre. -- Les glises, les palais: deux poques.             182

  II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie
     moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le
     Kreml et la ville.                                            193

  III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --
     L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. --  bord du
     _Sviatoslav_. -- Une visite  Kazan. -- La sainte mre
     Volga.                                                       205

  IV. -- De Samara  Tomsk. -- La vie du train. -- Les
     passagers et l'quipage: les soires. -- Dans le steppe:
     l'effort des hommes. -- Les migrants.                        217

  V. -- Tomsk. -- La mle des races. -- Anciens et nouveaux
     fonctionnaires. -- L'Universit de Tomsk. -- Le rle de
     l'tat dans l'oeuvre de colonisation.                         229

  VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La
     Grande-Russie. -- Conclusion.                                 241


LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_

     La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu
     d'histoire et de gographie. -- La cathdrale de
     Saint-Laurent. -- L'glise Sainte-Marie-des-Anges. --
     Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --
     Procds employs pour le transfert des fresques.             253


SHANGHA, LA MTROPOLE CHINOISE

Par _M. MILE DESCHAMPS_

  I. -- Woo-Sung. -- Au dbarcadre. -- La Concession
     franaise. -- La Cit chinoise. -- Retour  notre
     concession. -- La police municipale et la prison. -- La
     cangue et le bambou. -- Les excutions. -- Le corps de
     volontaires. -- meutes. -- Les conseils municipaux.          265

  II. -- L'tablissement des jsuites de Zi-ka-oue. --
     Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie
     d'opium. -- Le charnier des enfants trouvs. -- Le
     fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --
     Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --
     Fou-tchou-road. -- Statistique.                              277


L'DUCATION DES NGRES AUX TATS-UNIS

Par _M. BARGY_

     Le problme de la civilisation des ngres. -- L'Institut
     Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --
     L'cole professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --
     Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des ngres et la
     casuistique de la Constitution.                               289


 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan_.

  I. -- Arrive  Astrabad. -- Ancienne importance de la
     ville. -- Le pays des Turkomans:  travers le steppe et les
     Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosque;
     son commerce. -- Le dsert de Lout. -- Sur la route de
     Kirman.                                                       301

  II. -- La province de Kirman. -- Gographie: la flore, la
     faune; l'administration, l'arme. -- Histoire: invasions et
     dvastations. -- La ville de Kirman, capitale de la
     province. -- Une saison sur le plateau de Sardou.             313

  III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la cte du golfe
     Arabique. -- Histoire et gographie du Makran. -- Le Sarhad.  325

  IV. -- Dlimitation  la frontire perso-baloutche. -- De
     Kirman  la ville-frontire de Kouak. -- La Commission de
     dlimitation. -- Question de prsance. -- L'oeuvre de la
     Commission. -- De Kouak  Klat.                              337

  V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --
     Comparaison du Seistan et de l'gypte. -- Excursions dans le
     Helmand. -- Retour par Yezd  Kirman.                         349


AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_

     De Sagon  Pnm-penh et  Compong-Chuang. --  la rame sur
     le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Rap.
     -- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Dcadence de la
     civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.
     -- Oudong-la-Superbe, capitale du pre de Norodom. -- Le
     palais de Norodom  Pnm-penh. -- Pourquoi la France ne
     devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor.        361


EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_

  I. -- De Budapest  Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La
     valle du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le march
     de Targu Jiul. -- Le monastre de Tismana.                    373

  II. -- Le monastre d'Horezu. -- Excursion  Bistritza. --
     Romnicu et le dfil de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges
      Campolung. -- Dfil de Dimboviciora.                       385

  III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de
     Slanic. -- Les sources de ptrole de Doftana. -- Sinaa,
     promenade dans la fort. -- Busteni et le domaine de la
     Couronne.                                                     397


CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMN_

_Photographies de l'auteur._

  I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.
     -- Les _boerin_. -- La maison. -- L'clusier. -- Le march.
     -- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons
     aubergistes. -- Une soire locale. -- Les sabots des petits
     enfants. -- La kermesse. -- La pit du Hollandais.           410

  II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un
     djeuner dcevant. -- Le pre Kick.                           421

  III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --
     La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la
     Hollande. -- Une nuit  Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq
     jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur
     l'eau.                                                        423

  IV. -- Le pcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --
     Les marmots. -- Les canards. -- La pche au hareng. -- Le
     fils du pcheur. -- Une le singulire: Marken. -- Au milieu
     des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes
     filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbires. --
     Produit national. -- Les tourbires hautes et basses. --
     Houille locale.                                               433


ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_

     Lgende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos  travers les
     dynasties,  l'poque chrtienne. -- Ses monuments et leur
     spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs.         445


VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_

  I. -- De Tachkent  Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --
     En tarentass. -- Tchimkent. -- Aouli-Ata. -- Tokmak. -- Les
     gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un
     chef kirghize.                                                457

  II. -- La valle de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La
     traverse du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une
     valle dserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --
     Troupeaux de chevaux. -- La valle de Kachkateur. -- En vue
     du Khan-Tengri.                                               469

  III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La
     valle d'Inghiltchik. -- Le tchiou mouz. -- Un chef
     kirghize. -- Les gorges d'Attialo. -- L'aoul d'Oustchiar.
     -- Arrts par les rochers.                                   481

  IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --
     En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqus
     par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la valle
     de l'Irtach. -- Chez le kaltch. -- Cuisine de Kirghize. --
     Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize.   493

  V. -- L'heure du retour. -- La valle d'Irtach. -- Nous
     retrouvons la douane. -- Arrive  Prjevalsk. -- La
     dispersion.                                                   505

  VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et
     Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume
     khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.
     -- Mariages khirghizes. -- Conclusion.                        507


L'ARCHIPEL DES FERO

Par _Mlle ANNA SEE_

     Premire escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de
     l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La
     vie vgtative des Feroens. -- La pche aux dauphins. -- La
     pche aux baleines. -- Excursions diverses  travers
     l'Archipel.                                                   517


PONDICHRY

chef-lieu de l'Inde franaise

Par _M. G. VERSCHUUR_

     Accs difficile de Pondichry par mer. -- Ville blanche et
     ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les htels
     de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;
     les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --
     L'avenir de Pondichry. -- Le march. -- Les coles. -- La
     fivre de la politique.                                       529


UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_

  I. -- Gographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --
     Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois.      541

  II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --
     Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --
     Astrologie. -- L'criture. -- L'art. -- Le vtement et la
     parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La
     posie.                                                       553


LA RGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMEN_

     Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.
     -- La fort de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --
     Le Bou Hedma. -- Un groupe mgalithique. -- Renseignements
     indignes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La
     plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir
     Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.
     -- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --
     Sidi Abd el-Aziz.                                             565


DE TOLDE  GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_

  I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en
     _transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses potes. -- La
     Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine
     hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux
     palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolde. --
     Un souvenir de l'inondation du Tage.                          577

  II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --
     Les pupilles de l'vque Siliceo. -- Santo Tom et l'oeuvre
     du Greco. -- La mosque de Tolde et la reine Constance. --
     Juan Guaz, premier architecte de la Cathdrale. -- Ses
     transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.
     -- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique
     est son excutrice testamentaire. -- Ximns. -- Le rite
     mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannire d'Isabelle
      la bataille de Toro.                                        589

  III. -- Entre d'Isabelle et de Ferdinand, d'aprs les
     chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hpital de Santa
     Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les
     portraits fameux de l'Universit. -- L'ange et la peste. --
     Sainte-Locadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil
     couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes.           601

  IV. -- Les cigarrales. -- Le pont San Martino et son
     architecte. -- Dvouement conjugal. -- L'inscription de
     l'Htel de Ville. -- Cordoue, l'Athnes de l'Occident. -- Sa
     mosque. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de
     Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.
     -- Doa Maria de Pardes. -- L'industrie des cuirs repousss
     et dors.                                                     613




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--1re LIV.         N 1.--7 Janvier 1905.

[Illustration: En rickshaw sur la route du Mont Abou--D'aprs une
photographie.]




L'T AU KACHMIR

Par Mme F. MICHEL.

     I.--De Paris  Srnagar.--Un guide pratique.--De Bombay 
     Lahore.--Premiers prparatifs.--En tonga de Rawal-Pindi 
     Srnagar.--Les Kachmiris et les matres du Kachmir.--Retour  la
     vie nomade.


Passez-vous l't au Kachmir? La question n'est pas aussi saugrenue
qu'elle peut sembler aux sdentaires Franais que nous sommes. Je sais
des gens qui le font et ne s'en portent que mieux. La season y est
admirable. On trouve de tout dans cette heureuse contre, une valle
comme en Touraine, des sources et des ruisseaux comme en Bretagne, des
arbres et des gazons comme en Angleterre, des montagnes comme en
Suisse, des ruines comme en Italie, et, comme en nul de ces pays, la
libert!--je veux dire le droit d'aller et de venir au gr de votre
humeur, roi en votre bateau et seigneur en votre tente, amarrant ou
dmarrant  votre guise, plantant ou levant le camp  votre fantaisie,
sans que jamais aucune clture, aucun criteau, ni aucun garde
champtre vienne vous arrter. Ajoutez enfin l'tonnant bon march de
la vie; et, au total, cela est infiniment plus intressant, plus
hyginique et, aprs tout, pas beaucoup plus coteux qu'une saison
dans telle ville d'eaux  la mode.

[Illustration: L'lphant du touriste  Djapour.]

 quiconque voudrait tenter l'aventure, ces notes sont ddies. Elles
n'ont d'autres prtentions que de donner les quelques renseignements
dont on pourrait avoir besoin. Si, a et l, aux informations se
mlent quelques impressions, on pardonnera celles-ci en faveur de
celles-l.

Pour commencer, Srnagar n'est qu' vingt jours et  moins de 2000
francs de Paris. Comptons: de Marseille, les paquebots des Messageries
maritimes vous conduiront en quinze jours et pour 1375 francs jusqu'
Bombay. De Bombay, le train express,--en dehors duquel il n'est point
dans l'Inde de salut,--vous mnera en soixante-quatre heures
vingt-cinq minutes jusqu' Rawal-Pindi, et vous paierez en premire
classe 93 roupies 9 annas, soit, au taux actuel de la roupie, environ
160 francs. En courant ensuite la poste, vous atteindrez Srnagar en
deux jours. Une place dans le courrier se paye 45 roupies, une voiture
spciale revient  130.

Si le touriste n'a pas pass l'hiver prcdent dans l'Inde, il fera
bien d'arriver  Bombay ds les premiers jours de mars. Plus tard il
risquerait de trouver la chaleur dj accablante. En remontant vers le
nord, il aura encore le temps de visiter Ahmedabad et ses mosques; le
mont Abou et ses sanctuaires djans, bijoux de marbre cisel; la ville
rose de Djapour d'o un lphant le conduira  Amber, la vieille
capitale dserte; Agra et sa fameuse merveille du Tadj-Mahal,
assurment le plus beau monument qu'en aucun lieu du monde l'amour ait
jamais lev  la mort; Mathour, patrie du dieu Krichna, et ses quais
bords de temples o les singes disputent aux tortues du fleuve les
offrandes des plerins; l'impriale Delhi, dont la campagne, jonche 
perte de vue de ruines imposantes, a le mme air de grandeur et de
dsolation que celle de Rome; Amritsar, la ville sainte des Sikhs, qui
mire dans un tang les coupoles d'or de son temple trop vant....
Enfin le voici  Lahore.

L, que de choses encore  voir: le beau muse, les rues pittoresques
de la ville indigne, le fort d'Akbar, la mosque d'Aureng-Zeb; celle
de Vazir-Khn, toute revtue de prcieux carreaux de faence; les
jardins mogols de Shalimar, et, au del du grand pont de bateaux de la
Ravi, ceux de Shah-Dehra o Jehan-Guir, de son vivant grand libertin,
opre aprs sa mort des miracles; puis les innombrables tombeaux qui
font de Lahore et de sa banlieue comme une vaste ncropole et peuvent,
pendant des mois, donner un but nouveau  chaque promenade du soir. On
nous en voudrait de ne pas mentionner celui de la pauvre Anarkali,
dont le nom signifie Bouton de grenade et qui fut, dit-on, enterre
vive, en la fleur non panouie de sa jeunesse, pour avoir une fois
rendu son sourire  ce mme Jehan-Guir, du temps qu'il n'tait encore
que le prince hritier Slim. Et pourtant, j'eus une surprise plus
mue en visitant la maison o vcut le gnral Allard,--un de ces
officiers de la grande arme qui firent,  charge de revanche, la
fortune de Randjit Singh,--et o il donna l'hospitalit  Jacquemond;
sous un kiosque du jardin, une simple dalle de marbre porte ces mots
en franais: MARIE ALLARD, _six mois_.

[Illustration: Petit sanctuaire latral dans l'un des temples djans
du Mont Abou.--D'aprs une photographie.]

Entre temps, le touriste fera ses prparatifs de nomade civilis. Il
commencera par se procurer une tente lgre, mais pourtant double, du
modle dit: Cottage suisse ou tente de Kaboul. Puis il runira un
mobilier de camp comprenant un lit dmontable, des chaises et des
tables pliantes; de la batterie de cuisine, plus volontiers un jeu de
casseroles en aluminium rentrant les unes dans les autres; un four de
campagne, de la vaisselle maille, des chandeliers ou des lampes de
jardin; enfin le trs petit nombre d'objets qui sont vraiment
indispensables. Il peut d'ailleurs remettre jusqu' son arrive au
Kachmir une partie de ces acquisitions et louer le reste  l'une des
agences de Srnagar.

Surtout qu'il ne manque pas d'engager, ds Lahore, deux de ces
prcieux domestiques indiens, si habiles  assurer le confort de leur
matre au milieu de toutes les tribulations des dplacements
quotidiens. L'un lui servira de _khitmatgar_ (valet de chambre);
l'autre sera le _khansama_ (cuisinier). Leur salaire mensuel est de 12
 16 roupies, plus une indemnit de 8 roupies quand on les emmne loin
de chez eux,  charge de se nourrir eux-mmes. Ces musulmans du
Pendjb sont en gnral des gens de confiance et parfaitement sobres,
ce que ne sont pas toujours les domestiques qui guettent dans les
ports de mer l'arrive des globe-trotters. Assurez-vous seulement
qu'ils soient bien de mme secte, pour viter de fcheux conflits. Les
miens s'taient fort bien entendus durant la campagne, mais tout finit
par des grincements de dents! Pendant les derniers temps de mon
sjour  Srnagar, j'avais d accepter et rendre quelques invitations,
et c'est assez la coutume des domestiques que de s'inviter en mme
temps que les matres; or, un beau soir que les miens se trouvaient 
dner chez des Lahoris comme eux, le khansama qui tait _sunnite_ et
trs dvot, apprit avec horreur que le khitmatgar appartenait  la
secte des Chyites, et c'est ainsi qu'aprs avoir fraternis six mois,
ils dcouvrirent qu'ils taient ennemis jurs, pour la raison qu'il y
a plus de mille ans le calife Omar extermina la famille d'Ali, gendre
du Prophte.

[Illustration: Pont de cordes sur le Djhilam, prs de Garhi.--Dessin
de Massias, d'aprs une photographie.]

Que le touriste s'en fie au khitmatgar pour trouver, chaque jour,  la
mme place, sous sa main,  table, prs de son lit ou dans les poches
de la tente, tous les objets dont il a coutume de se servir.  toute
heure, le cri de Ko hai! qui quivaut au Hol, quelqu'un! de nos
pres, trouvera celui-ci prt  rpondre, empress et ingnieux, et
portant sur l'paule la serviette qui est comme l'insigne de sa
charge. Veillez seulement  ce qu'il en change souvent! C'est avec
elle qu'il essuie l'assiette qu'il vous apporte; avec elle qu'il
poussette,  l'occasion, vos vtements et vos chaussures; avec elle
qu'au matin, en faisant votre lit, quand vous avez camp trop prs
d'un village, il chasse  petits coups bienveillants les puces,  demi
asphyxies par la poudre de pyrthre dont il eut soin la veille de
saupoudrer vos draps; c'est avec elle encore qu'il fouaille les
coolies qui tardent  dresser les tentes et  disposer le camp; car il
s'improvise chef de caravane, et les bons Kachmiris que houspillait le
mien,--un freluquet qu'ils auraient cras d'une chiquenaude,--ne
manquaient jamais de lui donner respectueusement du Sirdar!... ni
plus ni moins que le titre que portait lord Kitchener de Khartoum
quand il commandait l'arme anglo-gyptienne! Il se piquait d'ailleurs
d'tre de bonne famille, mais des malheurs domestiques avaient
contrari son ducation; aussi ne prtendait-il pas au titre de pote
comme le khitmatgar d'un de mes amis, qui charmait ses loisirs 
composer des vers persans. Du moins il tait fidle;  la diffrence
d'autres qui ont, tous les quinze jours,  enterrer la mme
belle-mre, il ne m'a jamais demand qu'une demi-journe de cong.
C'tait  Lahore, pour se marier! Et comme, gnreusement, je lui
offrais la journe tout entire, il protesta qu'il tenait  tre de
retour  temps pour me servir mon djeuner.

Quant au khansama, sans doute, il volera un peu son matre; c'est le
mtier qui veut a. En revanche, on peut tre assur de trouver
partout, mme en pleine djangle, et par quelque temps qu'il fasse, le
repas prt  l'heure et cuit  point. Par la pluie ou le vent, au coin
d'un bois, sur un feu qui flambe entre deux pierres, dans des
circonstances o le meilleur matre-queux europen ne songerait qu'
rendre son tablier, ces cuisiniers indiens ralisent couramment et
d'impeccable faon le menu classique: potage, entre, lgumes, rti,
entremets. Lorsque le mien vint, le premier jour de son entre en
charge, me demander dans son jargon anglo-indien comment je dsirais
le rti: _Half-paka, three quarters paka ya bahout paka_, mi-cuit,
aux trois quarts cuit ou trs cuit, je connus que je possdais un
virtuose dou du sentiment des nuances. Je dois dire qu'il les
ralisait imperturbablement, et  la broche; car je lui avais, une
fois pour toutes, inculqu l'ide que mes principes s'opposaient  ce
que les rtis se fissent  la casserole; et je le vois encore,  telle
tape, sous l'onde, abritant d'une main avec un parapluie, et
tournant mlancoliquement de l'autre devant la braise le poulet du
soir. En pareilles matires, n'invoquez jamais votre got ni votre
estomac; ils n'en ont cure. Parlez vaguement de rites ou simplement de
coutume (_dastour_) que vous tenez  observer: vous serez sr d'tre
obi, et ils vous en estimeront davantage d'avoir ce qu'ils ne
manqueront pas de prendre pour des pratiques religieuses, dans le
genre des leurs. Quelques plats  la mode de France vinrent ainsi, au
nom du _french dastour_, remplacer fort avantageusement les ternelles
ctelettes de poulet (_sic_) et les fades lgumes  l'anglaise.
Grce moiti  de laborieuses explications, moiti  des
dmonstrations pratiques, ces recettes furent assimiles par le
cuisinier avec une telle maestria que, quand je le congdiai au bout
de la saison, il ne parlait de rien moins, fort de sa science accrue,
que de se faire engager chez un lieutenant-gouverneur.

Au Kachmir, le touriste renforcera encore sa maison de deux ou trois
autres domestiques  8 ou 10 roupies par mois. Il lui faudra d'abord
un _bhichti_ (porteur d'eau) qui cumulera sans doute les fonctions de
_masalchi_ (laveur de vaisselle). Les familles un peu nombreuses
tranent mme  leur suite un _dhobi_ (blanchisseur) particulier
attach  leur service. Enfin il y aura encore le balayeur,--celui
que Jacquemond appelait le grand-matre de la garde-robe,--homme de si
basse caste, qu'il soigne les chiens et mange ple-mle les restes de
votre table; inutile d'ajouter qu'il est au ban de la socit. Et
quand, arrivant fatigu  l'tape, vous aurez vu le cuisinier rclamer
au _bhichti_ de l'eau qu'il fera chauffer sur du bois ramass par le
balayeur pour vous prparer selon les rites une simple tasse de th,
que vous apportera le khitmatgar, vous admirerez,--si du moins vous
n'tes pas  bout de patience,--cette lgante division du travail.

Lahore, en avril, est encore plein de roses. Mais si le voyageur veut
s'assurer que la chaleur de l'Inde n'est pas un mythe solaire, comme
le proclament souvent les touristes d'hiver, qu'il s'attarde seulement
jusqu'en mai et attende le premier orage de poussire, aprs 117 ou
120 Fahrenheit (48 centigrade)  l'ombre; tout comme jadis les
compagnons d'Alexandre, il dclarera que l'exprience est suffisante
et insistera pour se retirer sans demander son reste. Le dpart pour
les montagnes ne lui semblera que plus doux. Il sera dj temps pour
lui de s'approvisionner de glace pour faire sans encombre les neuf
heures d'express qui le sparent de Rawal-Pindi. Il passera sans
s'arrter devant l'amorce des routes que suivirent Bernier et
Jacquemond par le Pir-Pantsal ou Pantch. Le Kachmir a maintenant sa
voie carrossable, passant par Mari (orth. anglaise: Murree). On parle
mme d'y pousser un chemin de fer lectrique; mais alors ce sera
l'invasion des hordes de l'agence Cook et la fin du paradis des
Indes. Htez-vous pendant qu'il en est temps encore!

[Illustration: Les karvas ou plateaux alluviaux forms par les
rosions du Djhilam. D'aprs une photographie.]

L'express de Calcutta arrive  deux heures du matin  Rawal-Pindi, un
des grands cantonnements ou stations militaires du Pendjb. Il sera
bon d'avoir d'avance crit  l'indispensable Dhanjibhoy,
l'entrepreneur de transports, dont les voitures roulent sur toutes les
routes de l'Inde du Nord, pour retenir une _tonga_. C'est un petit
chariot  deux roues, fort bas et mdiocrement suspendu, recouvert
d'une paisse bche blanche, qui est la chaise de poste du pays; il y
a place pour trois personnes, plus le cocher, et les menus bagages.
Les malles et caisses viennent d'ordinaire en _ekkas_, voitures
indignes fort ingnieusement construites, qu'on peut louer de
Rawal-Pindi  Srnagar pour 35 ou 40 francs, et qui, atteles au mme
poney indigne, accomplissent le voyage en quatre ou cinq jours. On
les fait d'ordinaire accompagner, pour plus de sret, par l'un des
domestiques.

Sitt les bagages chargs  la gare, on part, sous les toiles du ciel
immuablement pur,  travers les rues de Rawal-Pindi, au risque
d'craser les dormeurs rangs sur des _tcharpas_ (lits indignes)
devant leur porte. Les premiers milles sont rapidement franchis le
long de la route plate; mais bientt la silhouette des montagnes sur
lesquelles meurt l'toile du matin, apparat dans des blancheurs
d'aurore. Avec dlices on respire la fracheur retrouve. On monte et
les relais se font plus courts. La route longe le lit d'un torrent
bord de lauriers roses, puis devient de plus en plus montante et
pittoresque. Les pentes se couvrent de sapins; des glantiers s'y
accrochent, les revtant jusqu' la cime de leurs touffes blanches et
parfumes. Les ravins sont pleins de fougres et de fraisiers en
fleurs. La route monte de plus belle. Aux derniers relais le _sace_
(palefrenier), qui d'ordinaire se tient  l'arrire sur le marchepied,
passe  l'avant de la tonga, et, assis sur le brancard de gauche, aide
le cocher  fouetter ses deux chevaux. On fait ainsi plus de 60
kilomtres en six heures, en mme temps qu'on monte  2000 mtres de
hauteur.

[Illustration: Ekkas et tongas sur la route du Kachmir: vue prise
au relais de Rampour.--D'aprs une photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

Mari, la station d't  la mode du Pendjb, parpille sur plusieurs
crtes ses glises, ses htels, ses magasins europens, ses cottages
entours de verdure et ses jolies promenades remplies d'amazones et de
cavaliers. Au sud, la vue s'tend sur l'immense plaine couleur de
_khaki_, au nord sur les hautes cimes neigeuses qui semblent barrer la
route de Kachmir. On se sent renatre dans cet air pur et frais,
descendu de l'Himalaya, l'ternel sjour des neiges, alors que, la
veille encore, on touffait sous le vent artificiel des _pankas_.

Cependant, aprs avoir tant mont, il faut redescendre,--bien entendu
sans frein,-- mi-cte des pentes boises, le long de prcipices dont
ne vous sparent que quelques quartiers de roc chelonns au bord de
la route.  chaque relais, pas un cheval qui ne plonge et se cabre au
moment de dmarrer; puis ils trottent de faon tout  fait paisible
comme si, aprs avoir protest pour la forme, ils se rsignaient 
leur sort. Un seul cheval suffit dans la descente. Tous d'ailleurs, au
fort de la saison, sont maigres et corchs  faire piti. Pourtant au
deuxime relais aprs Mari, on nous amena par hasard un cheval en bon
tat, gras, le poil luisant, la peau intacte. Il ne fallut pas moins
de quatre _saces_ pour l'atteler, aprs quoi il ne rpondit aux coups
de fouet que par des ruades folles. Comme le cocher insistait, il usa
de son grand moyen; reculant soudain, il alla violemment jeter la
voiture contre les pierres qui bordaient la route du ct de la
valle.  vingt pas plus loin, rien n'aurait empch la dgringolade,
et on nous aurait ramasss avec armes et bagages  500 mtres plus
bas. Les gens du village et les conducteurs d'une caravane au repos
regardaient, avec intrt, se prparer l'accident. Nous avons
immdiatement rclam un autre cheval: c'est tout ce que demandait le
premier; et tandis qu'on amenait un de ses compagnons, moins ingnieux
ou plus bonasse, le vicieux animal, aussitt dtel, remontait tout
seul reprendre  l'curie sa place accoutume et son repas interrompu.

Cependant,  force de descendre, la route atteint enfin le creux de la
valle du Djhilam ou Vitast. Elle suit jusqu'au pont de Kohala le
bord de la blanchtre et puissante rivire, grossie d'eau de neige.
Change en furieux torrent, elle cume et gronde, affole de remous et
de rapides dans son lit de rochers, elle si calme au Kachmir! Des bois
flotts, membres pars des beaux cdres dodars des montagnes, y
tournoient, entrans aux plaines du Pendjb. Les ruines de l'ancien
pont suspendu, remplac par un pont de pierre, racontent les
fantasques sursauts des inondations. De l'autre ct de ce pont, nous
sommes dans les tats du mahrdja de Djammou et Kachmir;  preuve
que, de ce ct du Djhilam, on donne une roupie de page aux
fonctionnaires anglais et, de l'autre ct, une roupie l/2 aux gens du
mahrdja pour le droit de route et le droit de pturage des btes de
somme. Quant aux droits de douane, ils ne sont pas faits pour les
_sahebs_ ou seigneurs, entendez les Europens.

La route continue, dsormais, le long de la rive gauche du Djhilam,
pour ne plus la quitter: bonne route quand elle est en tat, et dont
un de nos chemins vicinaux de France peut donner une ide assez juste.
Elle court en corniche, un peu au-dessus du fleuve cumant et furieux,
dans l'troite valle o le soleil oubli se fait de nouveau sentir. 
chaque pas, il lui faut traverser d'innombrables _nallas_ ou valles
latrales. Ce sont, en gnral, de dlicieux ravins o, du haut des
montagnes, l'eau dvale en cascades, quelquefois mme en puissants
torrents, et qui, tous, vaudraient une visite. Chacun d'eux a son
pont, d'ordinaire emport  chaque brusque fonte des neiges et
reconstruit avec une inlassable patience par les ingnieurs de l'tat.
De temps  autre, on rencontre un de ces glissements de terrain qui,
au dbut de la saison, rendent frquemment la route infranchissable.
On dblaye juste la place de la voiture, le reste des boulis est jet
au Djhilam. Presque au milieu de mai, nous avons trouv de nombreux
coolies encore occups  rparer la route; mais il suffit qu'il en
reste un soupon pour que la _tonga_ continue  passer  toute vole.
Un cahot vous jette dans la crevasse bante, un autre vous en retire;
le cocher vous prvient d'un mot bref: _Khabardar!_ Prenez garde! Et
tout est dit.

[Illustration: Le vieux fort sikh et les gorges du Djhilam 
Ouri.--D'aprs une photographie.]

Nous avons, le premier jour, fait ainsi 90 kilomtres avec bien des
_khabardars_  la clef. Ce sont naturellement les passages les plus
prilleux que choisit le cocher pour lcher les rnes et souffler dans
sa trompette. Les accidents sont, d'ailleurs, extrmement rares, et on
finit par goter ces galopades perdues sur des ponts sans parapets et
ces brusques tournants pris  toute vole. Toutefois, les gens nerveux
feront bien de s'absorber, aux tournants surtout, dans la
contemplation de la paroi droite de la route, pour ne point voir le
Djhilam, o le moindre cart les prcipiterait, et o les grands
sapins, emports comme des ftus de paille, leur prdisent assez leur
sort. Cette paroi a d'ailleurs son intrt; faite, le plus souvent, de
cailloux rouls de nuances diverses, grs et porphyres, veins et
polis comme nos galets de l'Ocan, elle a t srement tranche dans
un ancien lit du fleuve. Parfois mme des tunnels sont percs au
travers, et l'on ne passe pas sans quelque apprhension sous ces blocs
suspendus,  peine ciments dans leur gangue de terre.

[Illustration: Shr-Garhi ou la maison du lion, palais du mahrdja
 Srnagar.--Photographie Bourne et Shepherd,  Calcutta.]

Tous les 20 kilomtres, ou  peu prs, si le dsir vous prend de vous
arrter, un bangalow (hind. _bngla_) est prt  vous recevoir.
Quelques-uns, notamment  Domel, Garhi et Ouri, sont suffisamment
approvisionns. Vous n'y risquez pas de voir se rpter l'anecdote
classique du bangalow de l'Inde, dont le dernier poulet,--suprme
ressource,--vient toujours de s'enfuir dans la djangle  votre arrive
par respect pour Votre Honneur! Ici, le khansama vous sert
immanquablement le djeuner ou le dner  l'anglaise, et fournit en
plus, aux amateurs, du Kachmir Barsac ou du Kachmir Mdoc fabriqu
 Srnagar. Quant aux chambres, elles sont assez propres, mais
sommairement meubles.

[Illustration: L'entre du Tchinar-Bgh, ou bois-des-platanes,
au-dessus de Srnagar; au premier plan une dounga, au fond le sommet
du Takht-i-Souleiman.--Photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

La valle, un peu ferme d'abord aprs Kohala, s'largit bientt au
confluent de la Kichen-ganga, prs de Domel. En mme temps, on cesse
brusquement de courir du sud au nord pour tourner au sud-est. Une des
curiosits de l'tape de Garhi est son pont de cordes. Imaginez des
deux cts de la rivire, large d'environ 80 mtres, deux solides
montants renforcs par une poutre transversale et maintenus par
d'normes tas de gros galets. D'une rive  l'autre, deux cordes,
faites de lanires de cuir lgrement tordues, les relient deux 
deux; ce sont les rampes. Aux poutres transversales se suspend une
autre corde de cuir; c'est le chemin. Les trois cordes sont maintenues
en position par des fourches de bois en forme de V, places  environ
3 mtres les unes des autres. Sur cet appareil instable, les Kachmiris
se promnent portant d'normes faix d'herbe ou un pot au lait placs
en quilibre sur leur tte; il est vrai que ceux qui possdent des
chaussures les passent  leur ceinture avant d'y monter, ce qui leur
permet de se servir de leurs pieds  la faon des singes. D'ailleurs,
il y a un passeur qui, pour deux _annas_, charge sur son dos les gens
sujets au vertige ou effrays par les rapides qui roulent  grand
fracas sous ce chemin de clown. Ce passeur est une manire d'Hercule
qui porte un homme comme une plume; il a soin, pralablement, de
s'attacher sur le dos son client au moyen d'une large charpe dont il
se noue solidement les bouts sur la poitrine, gardant ainsi toute sa
libert de mouvements. Un autre pont semblable, mais moins long, se
voit encore prs d'Ouri, au-dessous du vieux fort Sikh, dont les
murailles de briques et de pis semblent places l comme un dcor
dans le paysage.

[Illustration: Ruines du temple de Brankoutri. D'aprs une
photographie.]

Mais comment dcrire tous les pittoresques tableaux qui, tour  tour,
s'encadrent entre les montants de la capote de la voiture et auxquels
on ne donne qu'un regard en passant? Et de mme il nous faut renoncer
 numrer les mille et un incidents de la route: rencontres
d'_ekkas_, de chars  boeufs ou de longues thories de chameaux qui
vont, remuant les lvres comme s'ils marmottaient des patentres. Puis
ce sont les villages, avec leurs huttes basses  toit plat formant
vranda; les bazars, o ont encore cours de vieilles monnaies 
lgendes grecques; les sanctuaires, que marquent des drapeaux
triangulaires de couleurs diverses,--sans parler de l'motion de
rigueur  chacun des relais! Vus encore sous un buisson, prs de leurs
chevreaux et de leur jeune chien aboyant  la _tonga_ qui passe, deux
jolis petits ptres kachmiris, Daphnis et Chlo  leur ge
d'innocence; et Chlo appuyait tendrement sa toque de drap rouge
contre le turban sale de Daphnis....

Et ainsi, de ce paradis, la route mme est dlicieuse. D'ailleurs, 
partir de Rampour, tout annonce l'approche du Kachmir. Les pentes sont
couvertes de sapins et de cdres dodars, le chemin bord de peupliers
et de platanes. Dj,  Brankoutri, on passe devant un premier temple
en ruines. Celui de Baniyar, mieux conserv, debout au milieu de sa
cour quadrangulaire, donne une ide trs nette de ce qu'taient les
vieux difices d'autrefois. Voici bientt que paraissent les iris,
cette fleur symbolique de la contre. Soudain, la rivire assagie se
fait unie comme un miroir, et le long couloir, o nous trottons depuis
deux jours, dbouche brusquement dans l'heureuse valle par
l'troite porte de Baramoula, qui est en mme temps la seule issue
pour tout le drainage de ses eaux.

De Mari  Baramoula, on compte 200 kilomtres, soit, si l'on marche,
neuf tapes, et, si l'on court la poste, une trentaine de relais. La
route, commence en 1880, tait termine en 1890 jusqu' l'entre de
la valle; mais la section de Baramoula  Srnagar n'a t livre
qu'en 1897. Ds 1896, les ponts taient finis, et le rouleau  vapeur,
image de notre civilisation niveleuse, achevait d'craser dans le
ballast plus d'une pierre emprunte aux vieilles ruines hindoues. La
route traverse, en effet, la plaine alluviale o l'on ne trouverait
pas un caillou; la montagne est loin; les entrepreneurs avaient trouv
plus court de prendre comme carrire les vieilles capitales du pays.
Cette anne-l, les premires voitures commencrent  rouler  travers
le Kachmir, regardes avec plus de curiosit par les paysans que chez
nous les automobiles. Maintenant, tous les vhicules suivent
couramment jusqu' Srnagar, laissant  mi-chemin le vieux bourg et
les temples ruins de Patan. Si vous tes impatients d'arriver,
poussez de suite jusqu' la capitale; mais du moins, en y entrant,
arrtez-vous sur le pont par lequel la route franchit la rivire, pour
vous donner le temps de souffler un peu.

[Illustration: Types de pandis ou brahmanes kachmiris.--Photographie
Jadu Kissen,  Delhi.]

Aussi bien l'Amira-Kadal, le premier en amont des sept ponts de
Srnagar et le seul construit  l'europenne, est devenu le
rendez-vous habituel des nouvellistes de la cit. C'est l qu'ils
discutent des affaires publiques et font courir toutes les semaines le
bruit que les Afghans sont entrs  Lahore et que les Russes ont
franchi les Pmirs. Nous y serons bien pour regarder et causer un
instant. Un march se tient des deux cts, et les gens passent et
repassent, pour la plupart de grands gaillards au teint  peine
basan, vtus d'une robe de laine qui se souvient plus ou moins
d'avoir jadis t blanche, et enturbanns de calicot. Ce sont,
d'ailleurs, de braves gens,  la faon dont l'entendait le
globe-trotter qui, dans une gare du Pendjb, outr de l'insolence d'un
coolie, allait s'enqurant de sa race avant de se risquer  svir. Les
Kachmiris sont de la bonne espce; on peut les battre impunment, ils
ne font que tendre le dos. Ce n'est pas comme les Afghans de la
frontire qui auraient tt fait de riposter  la bourrade par un coup
de coutelas mortel. Les voyant si forts et si dbonnaires, les Anglais
en ont tout de suite conclu qu'ils taient couards. Les
prfreraient-ils enclins au meurtre et au brigandage? Il est vrai que
pour les Afghans, dont la bravoure ne fait pas question, les Anglais
se tirent d'affaire en prtendant qu'ils sont tratres. Ce parti
pris dans le choix des qualificatifs les plus malsonnants prouve
seulement, ce que l'on sait dj, que les Anglais ne sont gure
contents que d'eux-mmes. Quelques Kachmiris, piqus de ce reproche de
lchet, soutiennent que la robe, qui est leur costume national, leur
fut impose par les conqurants musulmans, en vue d'effminer leur
caractre. L'histoire est spcieuse et paratrait mme convaincante,
si ceux qui l'ont imagine pouvaient se passer de leur _kangri_. Le
kangri est la chaufferette indigne, bol de terre garni d'osier et
rempli de charbons et de cendres, qui, ds qu'il fait un peu frais, ne
quitte pas le Kachmiri plus que son ombre; il passe ses jours accroupi
sur elle, il couche avec elle la nuit, et c'est  elle qu'il doit les
frquents incendies de ses demeures et les cicatrices de brlures dont
il est le plus souvent coutur. Or le kangri ne va pas sans les plis
de la large robe  longues manches sous lesquels, frileusement, on
l'enfouit; et comme le Dr M. A. Stein assure qu'il en tait dj
question dans les vieilles chroniques, il faut renoncer  la lgende
d'un Kachmir, jadis peupl de hros, tous braves parce que portant
culottes.

Mais vous commencez  discerner entre les passants des nuances de
types et de costumes. Laissons de ct quelques Sikhs, Pendjbis et
autres immigrs de l'Inde; les Kachmiris eux-mmes n'ont pas tous mme
religion ni mme caste. En gros ils se partagent entre hindous et
musulmans. Ces derniers sont de beaucoup les plus nombreux: des cent
vingt mille habitants de la capitale, plus des trois quarts professent
l'islamisme, et, dans les campagnes, la proportion est plus forte
encore. Il semble que cette conversion de la masse de la population,
qui date seulement du XIVe sicle, se soit produite sans violence et
nullement  la suite d'une invasion de conqurants. Les cultivateurs
et les gens de peu, qui n'avaient qu' gagner au change, embrassrent
tous la religion trangre; les brahmanes, qui avaient tout  y
perdre, s'attachrent dsesprment au culte que leur avaient lgu
leurs aeux, seule justification des privilges attachs  leur caste.
Les musulmans les stigmatisent naturellement de l'pithte de
_bout-parast_ (adorateurs d'idoles); mais eux-mmes sont-ils bien srs
d'tre des vrais croyants orthodoxes? En fait, ils ont gard toutes
les superstitions hindoues sous un lger vernis d'islam, et les
docteurs de la Mecque les fltrissent  leur tour du nom de
_pir-parast_ (adorateurs de saints). Si les brahmanes sont la
minorit, ils restent de beaucoup la classe la plus intelligente et la
plus cultive, encore que tous ne justifient pas par de suffisantes
tudes le titre de _pandit_ (lettr), qu'ils se donnent uniformment.
Dj, vous les distinguez aisment de leurs compatriotes musulmans 
la marque sectaire qu'ils portent au front, au tour particulier de
leur turban et  l'charpe jete sur leurs paules.

Maintenant que vous avez fait une premire connaissance avec les
Kachmiris, tes-vous curieux de savoir qui les gouverne? Regardez en
aval, puis en amont. L, tout prs, sur la rive gauche, cet
entassement d'horribles btisses est le Shr-Garhi, comme on appelle
le palais du mahrdja; l-bas en amont, sur la rive droite, vous
distinguez entre les peupliers et les platanes la place de l'lgante
villa du rsident anglais. Du rsident ou du mahrdja, lequel est le
vrai roi de Kachmir? Les petits enfants mme le savent et les
vieillards ne s'y trompent pas. Un brahmane centenaire, nous disant
tous les _sarkars_ (gouvernements) qu'il avait vu passer dans sa vie,
numrait les Afghans Douranis, les Sikhs de Randjit-Singh, les
Rdjpoutes Dogras de Goulb-Singh... et les Anglais de la reine. Il
est presque dommage, pour la beaut du fait, qu'il n'ait pas aussi vu
les Russes.

[Illustration: Le quai de la rsidence; au fond, le sommet du
Takht-i-Souleiman.--Photographie Jadu Kissen,  Dehli.]

C'est le Kachmir des Sikhs qu'a visit Jacquemond en 1831 et dont la
vice-royaut lui fut, dit-on, offerte. Ne craignez pas que votre
modestie soit mise  pareille preuve: cet heureux temps n'est plus! Sur
sa route,  l'aller et au retour, notre compatriote avait eu l'occasion
de rencontrer un Rdjpoute du clan des Dogras que la faveur de
Randjit-Singh avait fait rdja de Djammou. Dj Goulb-Singh--c'tait le
nom de ce condottiere--convoitait le Kachmir. Tant que vit le vieux
lion ou, comme l'appelle encore Jacquemond, le vieux renard du
Pendjb, nous le voyons rder alentour sans y pntrer; l'un aprs
l'autre, il conquiert les pays limitrophes, le Kichtwar, le Ladkh, le
Skardo. Randjit-Singh mort, il sait habilement mnager sa fortune entre
les Sikhs et les Anglais. Enfin par un trait en date du 16 mars 1846,
le Gouvernement britannique transfre et cde, au mahrdja
Goulb-Singh et aux hritiers mles de son corps, toute la contre
accidente ou montagneuse situe  l'est de l'Indus et  l'ouest de la
Ravi... En change, le nouveau mahrdja payait la somme de 75 lakhs de
roupies (un lakh vaut 100000) et s'engageait  offrir un tribut annuel
de chevaux, de chvres et de chles. On dit que ceux-ci sont encore
livrs et que la dfunte reine-impratrice en faisait des cadeaux de
noces qui n'avaient rien de ruineux. Ce trait tait pour Goulb-Singh
un coup de matre. On assure qu'en quelques annes, il retrouva, dans le
revenu de la Valle, la somme qu'il avait paye pour l'acqurir. Jamais
on n'tera de la tte des Kachmiris l'ide que, pour obtenir tant
d'avantages, il devait avoir fait croire aux Anglais que tout le pays 
lui cd n'tait que montagnes et collines striles, et la rdaction
mme du trait le donne assez  penser. En fait, leur but tait de
sparer Goulb-Singh de la cause des Sikhs et de s'en faire un alli
contre eux; trois ans plus tard, quand, en 1849, ils eurent
dfinitivement annex le Pendjb, ils se trouvrent avoir constitu sur
leur flanc un royaume presque indpendant et, qui plus est, confinant
aux territoires chinois et russes. C'est l'erreur de cette politique 
courte vue qu'ils s'occupent aujourd'hui de rparer au nom des intrts
impriaux de la dfense de l'Inde; et voil sous quel prtexte ils
reprennent pour rien ce qu'ils n'ont d'ailleurs pas vendu bien cher.

[Illustration: La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam 
Baramoula.--Photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

Mais assez caus politique. Occupons-nous de vous assurer le vivre et
le couvert. Vous les trouverez pour quelques jours  l'htel que le
progrs ou le malheur des temps vient de faire tablir  Srnagar et
dont l'inauguration de la route carrossable avait d'ailleurs rendu
l'ouverture ncessaire. Mais on ne vient pas au Kachmir pour vivre 
l'htel,--autant alors aller en Suisse,--et du reste vous ne
connatrez rien du pays ni de son charme qu' condition d'avoir une
installation indpendante et ambulante et de mener (ou de vous
imaginer mener) dans ce magnifique dcor de Haute-Asie la vie
errante de nos hypothtiques anctres aryens. C'est l encore une
fois, conscient ou non, tout le secret de l'attrait subtil et prenant
de la saison kachmirie. C'est l'vasion hors des ridicules et
perptuelles entraves de notre socit, o tout est devenu matire 
contravention, depuis l'acte de prendre du bois  la fort jusqu'
celui de puiser de l'eau  l'ocan; c'est la ralisation de ce qui
reste, depuis l'Eden, la vocation et le rve de l'homme, la royaut au
sein d'une nature amie; c'est enfin la satisfaction de ce puissant et
obscur instinct de vagabondage qui fait qu'au fond de tout civilis un
nomade sommeille. La marque, et peut-tre aussi la ranon de ce retour
(oh! combien mitig, d'aucuns diraient perfectionn) aux moeurs de
l'humanit primitive, c'est l'importance norme et insouponne dans
le cadre artificiel de nos villes, que prend soudain le double
problme de l'abri et du ravitaillement.

Quelques renseignements seront peut-tre encore ici les bienvenus.
Vous pourrez vous procurer  Srnagar, dans les boutiques des
invitables Parsis, toutes les conserves europennes; mais vous ferez
mieux pendant votre sjour de vous approvisionner, comme fait
d'ailleurs le reste de la flottante colonie trangre, aux marchs
voisins du pont de l'Amira-Kadal. Bien entendu vous n'y trouverez de
boeuf ni pour amour ni pour argent, au grand scandale des Anglais,
qui se ddommagent en consommant force botes de _corned beef_.
L'interdiction est maintenue en vigueur par la dynastie hindoue
rgnante et le meurtre d'une vache, jadis puni de mort, coterait
encore  un indigne une quinzaine d'annes de prison, et,  un
Europen, l'expulsion du royaume. En dehors de cette viande prohibe,
parce que trop sacre, et de celle de porc que votre cuisinier
musulman se rsignera malaisment  prparer, parce que trop impure,
votre table pourra tre abondamment servie: mouton excellent,
succulentes volailles, lgumes, oeufs et beurre frais, rien ne manque
au bazar. Ne vous tonnez pas si votre cuisinier rapporte du march
les victuailles enveloppes dans de l'corce de bouleau: c'est
l'ancien papier du pays, comme en tmoignent les vieux manuscrits, et
l'on continue  s'en servir pour maint usage domestique. Voulez-vous
enfin un aperu des prix, qui, d'ailleurs, ont tendance  monter en
raison de l'affluence des touristes? Un quartier de mouton, 30 sous de
notre monnaie; un poulet, de 6  10; une livre de beurre ou une
douzaine d'oeufs, 4; et le reste  l'avenant. Encore rencontre-t-on
des gens qui se plaignent de la chert des vivres et vantent le bon
temps o, pour la roupie, on avait le mouton tout entier.

Voil pour la table. Quant  l'abri, si vous n'avez dj pris vos
prcautions  Lahore, vous aurez tt fait d'acheter ou de louer dans
une des agences de Srnagar les tentes et le mobilier de camp
ncessaires. Vous ferez dresser votre maison de toile,--bien plus
confortable que vous ne pouvez croire, si vous n'en avez jamais
essay,--sur la rive et dans les environs de la Rsidence, sous les
ombrages de l'un des _bghs_, que se sont appropris les Europens. Il
y a le Mounchi-Bgh, qui est un verger au bord du Djhilam, rserv aux
gens maris et aux dames seules; il y a le Tchinar-Bgh qui est un
magnifique bois de platanes sur le dversoir du lac,  l'usage des
clibataires hommes; et ainsi l'ivraie est spare du bon grain.
Surtout, vous vous assurerez la disposition d'une de ces barques
indignes que l'on appelle des _doungas_: elle vous servira de logis
en mme temps que de vhicule, au cours de vos premiers dplacements.
Ni la roulotte du bohmien, ni mme la maison du berger, dont parle
le pote, ne vous mnerait bien loin au Kachmir; pendant ces derniers
jours du printemps, o les eaux sont encore hautes, le bateau vous
conduira, au contraire, veill ou dormant, par la rivire et les
lacs,  tous les coins les plus intressants de la valle. Pour vous
qui descendez de voiture, moulu de cahots, ahuri de trompette et
suffoqu de poussire, vous verrez que vous ne perdrez pas au change
en troquant votre _tonga_ contre une _dounga_.

  (_ suivre._)                         Mme F. MICHEL.

[Illustration: Nos tentes  Lahore.--D'aprs une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--2e LIV.          N 2.--14 Janvier 1905.

[Illustration: Dounga ou bateau de passagers au
Kachmir.--Photographie Bourne et Shepherd,  Calcutta.]




L'T AU KACHMIR[1]

          [Note 1: _Suite._ _Voyez page 1._]

Par Mme F. MICHEL

     II.--La Valle heureuse en dounga.--Bateliers et
     Batelires.--De Baramoula  Srnagar.--La capitale du
     Kachmir.--Un peu d'conomie politique.--En amont de Srnagar.


[Illustration: Vichnou port par Garouda, idole vnre prs du temple
de Vidjabroer (hauteur 1m40).]

La _dounga_ est un bateau plat, pointu aux deux extrmits, long d'une
dizaine de mtres et recouvert d'un toit en nattes de roseaux.
D'autres nattes, se roulant  volont comme des stores, forment la
fermeture des cts, la porte et les sparations intrieures. 
l'avant, se trouve une petite vranda; puis vient une chambre (la
mienne avait exactement 4 mtres de long sur 1m80 de large), et enfin
une pice plus petite qui sert de cabinet de toilette;  l'arrire, la
famille du batelier grouille, pagaye et dort dans un espace
invraisemblablement restreint. Bateau et quipage se louent au mois
pour une vingtaine de roupies le tout; et l'on y est trs
confortable (bien que le lit de camp, si bas qu'il soit, dpasse le
plat-bord du bateau),  la condition de se rserver l'entire
proprit de son vaisseau et de le meubler  sa fantaisie. Les
domestiques suivent dans un autre, o l'on cuisine; qu'en cours de
route l'heure du repas sonne, la cuisine flottante accoste, et vous
tes servi sans qu'il soit besoin de vous arrter. Un petit bateau
lger, qu'on appelle _shikara_ et qui sert  la chasse aux oiseaux
d'eau et aux courses rapides, complte la flottille; avec cela, vous
pouvez circuler partout sur la rivire et sur les lacs du Kachmir. La
mode de ces habitations flottantes, que les Anglais appellent
_house-boats_, a bien pass de la Tamise au Djhilam; on en peut louer
de fort bien agences pour la saison. Mais, outre que cela revient
beaucoup plus cher, ce sont de lourdes et encombrantes machines qui,
ds que les eaux baissent, risquent  chaque instant de s'chouer;
puis la _dounga_ est plus couleur locale; et enfin dans aucun cas l'on
n'chappe aux handjis!

Les handjis sont les bateliers du Kachmir; caste peut-tre mprisable,
 coup sr mprise, ils tiennent pourtant une grande place dans la
vie du pays. Jusqu' ces dernires annes, tous les transports se
faisaient par eau. Il y a beau temps que les Kachmiris ont dcouvert
que leur rivire est un chemin qui marche; aussi, la Vihat, comme ils
l'appellent, est-elle couverte de barques, depuis les gros chalands de
charge, jusqu'aux lgres _doungas_ de passagers. Les handjis de cette
dernire catgorie sont les plus mal fams de tous. On dit le plus
grand mal de la vertu de leurs femmes; il est vrai que l'on vante
aussi leur beaut.

Esprons que le reproche n'est pas plus mrit que la louange. Du
moins, si les malheureuses cratures ont eu, dans leur prime jeunesse,
un moment de fracheur, la dure vie qu'elles mnent les a vite
fltries. Elles pagayent, pontent, ou tirent la cordelle sans relche;
puis il leur faut dcortiquer le riz ou concasser le mas dans de
lourds mortiers de bois,  l'aide d'un grand pilon; enfin, elles ont,
en plus, le souci d'lever toute une niche d'enfants qui, d'ailleurs,
sont charmants. Leur seul dlassement est de se quereller d'un bateau
 l'autre. Ces querelles de handjis sont passes en proverbe au
Kachmir. Leur rpertoire d'injures, au dire de ceux qui les
comprennent, laisse bien loin derrire lui celui des cochers
parisiens. Le plus souvent, les femmes seules s'en mlent et
s'invectivent avec fureur, tandis que les hommes coutent en fumant et
marquent les points sans cesser de rire. Parfois, le soir tombe, et
l'inspiration n'est pas encore puise; alors, chacune des mgres
renverse,  l'avant de sa barque, une marmite ou un panier. C'est un
geste symbolique; la querelle est enferme l-dessous pour la nuit; au
matin, on retourne l'ustensile, et la voici qui repart de plus belle.

Ds Baramoula, j'ai fait connaissance avec la nave astuce de ces
handjis tant calomnis. Il s'agissait, au milieu de la flottille
amarre au bord, de nous choisir des barques. De tous cts, c'tait 
mon adresse des appels et des supplications, mls de larmes et de
prosternements, de gens se jetant sur mes pieds pour en essuyer du
front la poussire, toute la comdie dont ils sont coutumiers en
pareil cas. Et toujours un cri dominait: _Kiline_, Hazour, _kiline_!
C'est leur faon de prononcer le mot anglais clean, la propret
tant naturellement la qualit requise par les arrivants europens.
Mon choix fait, les autres bateliers cessrent aussitt leurs
pathtiques prires; leur tour viendrait une autre fois. Je n'ai,
d'ailleurs, pas eu  me plaindre des miens, sauf qu'ils avaient, comme
tous leurs congnres, la dtestable habitude de jacasser jour et
nuit, en dpit de tous mes _tchoup!_, ce qui est la manire de leur
crier silence! en langue hindoustanie. Il y eut bien quelques
querelles entre les femmes des deux bateaux; mais elles n'osaient trop
m'en rebattre les oreilles, et il tait plaisant de voir par instants,
quand elles ne se croyaient pas observes, l'air de rage concentre
avec lequel elles se crachaient silencieusement,  l'adresse l'une de
l'autre, tout leur rciproque mpris.

[Illustration: Enfants de bateliers jouant  cache-cache dans le creux
d'un vieux platane.--D'aprs une photographie.]

Mais, une fois embarqu, quel dlice de se rveiller dans sa _dounga_
qui, insensiblement, glisse sur le beau fleuve transparent et calme.
Si une bonne heure de paresse a son prix, c'est  voir de son lit, par
la natte  peine souleve, dfiler les vertes rives dans la fracheur
du matin.  la vrit, le paysage immdiat n'a rien que de dj vu, et
peut-tre sa popularit, parmi les Anglo-Indiens, vient-elle de ce
qu'il leur rappelle les prs de la Tamise. Nous avons, le premier
jour, remont de Baramoula jusqu' Sopour par un de ces temps tides
et voils, comme en ont nos ts du nord; les fonds se perdaient dans
une brume blanche, et, plus prs, les ombrages, les grasses prairies
peuples de troupeaux, les beaux champs bien cultivs, les larges
perspectives  peine ondules et fermes de lignes d'arbres, tout
tait aussi bien une des belles valles de chez nous. Vers midi, les
rideaux de gaze qui voilaient l'horizon se dchirrent, et, dans la
nue diaphane, apparurent, uniques  voir, les cimes neigeuses qui
encerclent la valle, vaste meraude sertie d'argent; et alors cela
valut le voyage.

Sans plus de peine, vous pouvez visiter, au cours de cette indolente
navigation, les curieuses et clbres ruines du Kachmir. Toutes les
vieilles capitales et presque toutes les fondations religieuses des
rois, dont les Chroniques nous entretiennent, jalonnent la rivire,
qui est la grande artre du pays. Les seuls noms des villages que l'on
rencontre, Pampour, Lattapour, Avantipour, forcent d'ailleurs les plus
profanes  connatre les noms de Padma, de Lalitditya,
d'Avantivarman. Le bourg de Sopour devrait lui-mme son nom  Souyya,
l'ingnieur de ce dernier prince qui, dit-on, rectifia et cura le
cours de la Vitast. Si l'on en croit la _Rdjatarangin_, il se
serait born  vider les coffres du roi dans la rivire! Aussitt,
tous les citoyens s'empressrent d'aller en fouiller le lit pour
retrouver les dinnars d'or, tant et si bien qu'elle s'en trouva
dsobstrue.

[Illustration: Batelires du Kachmir dcortiquant du riz, prs d'une
range de peupliers. Photographie Bourne et Shepherd,  Calcutta.]

Le procd est simple, sinon  la porte de tous les esprits et de
toutes les bourses. Ce fut une autre affaire, au temps du farouche
Mihirakoula, pour remuer un seul rocher; il faut dire qu'un gnie s'y
tait embusqu, qui se riait de tous les efforts. Toutefois, un rve
avertit le roi qu'il n'y fallait que la main d'une honnte femme. Les
dames de la cour et de la ville passrent l'une aprs l'autre, par
ordre de prsance, et le roc ne bougeait toujours pas; ce fut
seulement quand vint le tour de l'pouse d'un pauvre potier qu'il
consentit  se mettre en branle. De fureur, Mihirakoula fit mettre 
mort, non seulement les femmes coupables, mais encore leurs maris et
leurs frres, pour les punir de les avoir si mal gardes; et il en
prit ainsi trois _crores_, c'est--dire trente millions! Ce n'est pas
la seule histoire qu'il y aurait  conter; le peu que je viens d'en
dire n'est que pour vous exciter  en lire davantage dans la
traduction anglaise,-- moins, bien entendu, que vous ne prfriez
l'dition sanscrite,--du Dr M. A. Stein.

Un pont  la mode kachmirie, qui en vaut bien une autre, de petits
sanctuaires hindous, une mosque, un bazar de village, quelque huit
cents maisons  toit anguleux comme chez nous, et non plus en terrasse
comme dans l'Inde, voil Baramoula, et voil encore, en plus petit,
Sopour. Les ponts surtout amusent l'oeil par la nouveaut de leur
silhouette. Ils sont entirement en bois. Leurs piles sont formes de
rangs de solives superposes alternativement en long et en large. De
loin, on dirait assez bien un tas de planches que l'on veut faire
scher.  la base, en amont, une sorte d'peron, construit de solides
madriers et rempli de grosses pierres, rompt l'effort du courant; par
en haut, les piles vont s'largissant et les pices de bois parallles
au fil de l'eau se font de plus en plus longues, jusqu' ce qu'enfin
elles se trouvent assez rapproches pour qu'on puisse aisment jeter,
de l'une  l'autre, les traverses du tablier. Ces ponts  jour, outre
la simplicit et le bon march de leur construction, ont encore
l'avantage de rsister aux crues, qui passent  travers leurs
interstices sans les entraner. Jadis, ils taient bords de maisons
et de boutiques  la faon du Pont-au-Change de nos anctres ou du
Ponte Vecchio de Florence; mais partout ces superstructures ont brl
et n'ont pas t rebties.

Derrire Sopour, s'ouvre le Voular, le plus grand lac du Kachmir.
N'taient quelques belles nappes d'eau libre, on dirait plutt une
immense prairie d'herbes aquatiques, o se posent des oiseaux au
plumage clatant. Partout flottent en cette saison de vieilles noix,
ou mieux des chtaignes d'eau (_singhara_), hrisses de quatre
longues pines, qui sont un des produits du lac et la suprme
ressource des Kachmiris en temps de famine. Dans des barques plates,
charges  couler bas, les riverains recueillent, pour leur btail,
les herbages de ce pr de nnuphars et de lotus. Ils chantent en
arrachant avec leurs mains les larges feuilles humides  tiges
visqueuses et le vent emporte trs loin ces mlancoliques mlopes
hindoues, qui recommencent sans fin.

Les bateliers ont trs grand'peur du Voular; c'est qu'il est
frquemment visit par des orages brusquement descendus des montagnes,
et auxquels leurs bateaux plats et trop chargs du haut ne sauraient
rsister. Ils n'ont d'autre ressource que de gagner au plus vite le
bord avant que les vagues n'embarquent. Goulb-Singh, dit-on, faillit
y prir. Aussi, au lieu de traverser le lac pour gagner l'embouchure
de la grande rivire, les handjis se htent-ils de rejoindre, le long
de la rive mridionale, l'entre du canal de Norou. C'est ce que
firent les ntres, et non sans raison: au soir, le vent tomba soudain
sur nous, soulevant les nattes et menaant de jeter  l'eau mobilier
et habitants. Nous trouvons, par bonheur, l'abri d'une leve de terre,
et toute l'quipe de handjis, hurlant d'effroi, s'empresse d'augmenter
les amarres et d'assujettir le toit du bateau. Aprs quoi, il n'y eut
qu' s'endormir paisiblement, dfendu de la pluie et des rafales par
cet excellent abri de roseaux tresss.

Ces orages s'en vont aussi vite qu'ils sont venus. Au matin, nous
repartons sur l'eau calme et miroitante. L'occasion est belle, au
dbut de la saison, pour gagner, par les tangs intrieurs, le
voisinage des ruines de Patan. Les _doungas_ glissent sur les
nnuphars en fleurs ou se coulent  travers les grands roseaux peupls
de sarcelles; la transparence de l'eau est telle qu'on peut compter
les brins de mousse qui tapissent le fond. Un petit canal conduit
jusqu' de grands platanes isols dans la plaine prs du village,
ignor des cartes, de Palhallan. Aucune place de campement ne paye
moins de mine; mais on y est comme sur la plate-forme d'un magique
panorama, d'o la vue s'tend de l'Haramouk au Toutakouti et du
Kadjng au Brahma-Sakoul, sur l'immense cirque de montagnes neigeuses.

[Illustration: Campement prs de Palhallan: tentes et
doungas.--D'aprs une photographie.]

 quelques kilomtres plus loin, les vieux temples de Patan, fortement
prouvs en 1885 par le dernier tremblement de terre, achvent de
crouler. Palhallan, magnifiquement ombrag de mriers, de noyers, de
platanes sculaires et de peupliers o s'accroche la vigne, a aussi sa
curiosit: c'est sa hronnire. Des centaines de hrons vont et
viennent, faisant la navette entre les lacs voisins et les grands
arbres o ils ont log leur niche. Il est comique de les voir se
poser avec un geste maladroit de leurs longues pattes. D'autres se
font les plumes ou mditent, le cou rentr dans les paules, au bout
d'un rameau dessch; car les cimes dpouilles semblent souffrir de
cet excs d'habitants. On est en droit de s'tonner que l'art kachmiri
n'ait pas tir du hron le mme parti que les Chinois et les Japonais
de leurs cigognes, d'autant que c'est un oiseau royal, dont la chasse
est interdite. Jadis, les gens de qualit portaient, fixe par un
joyau  leur turban, une aigrette de plumes de hron, et le fermage de
la cueillette comptait dans les revenus de l'tat. Dans ces dernires
annes encore, le fermier avait  payer 268 roupies et  fournir 2999
plumes, pas une de plus, pas une de moins. Mais la mode s'en va, et
les aigrettes ne reparaissent qu' l'occasion des mariages, dans le
costume de mascarade dont on affuble le fianc.

La maison flottante se remet en marche  travers les tangs
transparents et fleuris pour regagner le canal de Norou, qui
s'embranche  Shadipour sur le bras principal de la Vitast; juste en
face, se jette le Sindh, formant ainsi un vrai carrefour de rivires.
Ce confluent est aux yeux des brahmanes un lieu aussi sacr que le
point de jonction du Gange et de la Djamna; sur un lot circulaire, un
petit platane, pareil  l'arbre ternel dont les plerins vnrent
encore le tronc dans les souterrains du fort d'Allahabd, est cens
ne connatre ni dclin ni croissance. Dtail qui a son prix, on pche
 cette place vnre d'excellents poissons appels _mahsirs_. De l,
en descendant la grande rivire, on aurait vite fait d'atteindre le
pont de Soumbal, et, par un troit dversoir, les eaux vertes et
profondes du petit lac Manusbal, o une rduction de temple kachmiri
achve de s'enliser dans la vase. Si, au contraire, on la remonte,
bientt se dessine, dans le lointain, le fort sikh de Hari-Parvat, qui
est la citadelle de Srnagar. Par derrire, se profile, plus haut
encore, servant d'cran au soleil levant, une colline couronne d'un
sanctuaire brahmanique, ce qui n'empche pas les musulmans de
l'appeler Takht-i-Souleiman, c'est--dire Trne de Salomon.

[Illustration: Troisime pont de Srnagar et mosque de Shah Hamadan;
au fond, le fort de Hari-Parvat.--Photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

Srnagar est coup en deux par la rivire qu'elle borde pendant plus
de 5 kilomtres. Sept ponts relient les deux rives. J'ai, pour ma
part, eu l'impression d'arriver dans une ville demi-ruine. Il
semblerait que les maisons, dont beaucoup sont tayes, ont t
laisses en tat d'quilibre instable par le dernier tremblement de
terre, en attendant que le prochain achve de les jeter  bas. Elles
n'en sont que plus pittoresques, avec leurs petites loggias  l'tage
suprieur, leurs volets ajours, sur lesquels, l'hiver, on colle du
papier pour remplacer les vitres absentes, et surtout leurs toits de
terre couverts de touffes d'iris et d'herbes folles, ondoyant au
moindre souffle. Tour  tour dfilent des mosques, avec leur triple
toit galement fleuri, et les temples hindous, dont les dmes oblongs
sont revtus de plaques de fer blanc, hlas! empruntes  des bidons
de ptrole. Des quais et de grands escaliers, btis de vieilles
pierres sculptes, bordent la rivire. Des femmes y descendent emplir
leurs cruches de terre rouge ou de bronze; leurs petites sandales de
bois, retenues par un simple champignon pass entre l'orteil et le
premier doigt, claquent sur les marches glissantes, et c'est miracle
qu'elles ne se rompent pas le cou; leurs longues robes de laine ont
parfois des teintes dlicieusement passes: vieux vert, bleu pli,
grenat fonc. Les _shikaras_ sillonnent en tous sens la rivire, aussi
nombreux que les fiacres dans une rue de Paris.

Sur la gauche, on a laiss le Mahrdj-gandj, qui est le bazar
neuf,--d'autant plus neuf  prsent qu'on vient encore de le rebtir
aprs un nouvel incendie. C'est le repaire de tous les gros marchands
de ces bibelots d'argent, de cuivre cisel et maill, de papier
mch, de bois sculpt et de broderies, qui sont les grandes
productions artistiques du pays. N'esprez pas leur chapper. Ils vous
poursuivront sur eau comme sur terre; avec une inlassable patience,
ils mettront le sige devant votre tente ou votre bateau,
s'insinueront peu  peu, eux et leurs marchandises, dans la place, et
ne vous tiendront quittes qu'ils ne remportent, inscrite sur leurs
livres, votre commande, livrable fin saison. Entre temps, les
courtiers des banquiers indignes vous proposent fort poliment
d'escompter vos chques, tout comme la Banque anglaise, et mme, ce
que celle-ci ne saurait faire, de vous dlivrer des lettres de change
(en kachmiri, _houndi_) pour les plus lointaines villes de l'Asie
centrale, o ils ont leurs correspondants attitrs. Et enfin, c'est
toute la horde des fournisseurs venant faire leurs offres de services,
tailleurs pour hommes et pour dames ( dix roupies le complet;
spcialit de paletots pour fox-terriers), bottiers pour la ville et
pour la montagne, marchands de fourrures, fabricants d'articles de
voyage et de campement, prts  vous quiper de pied en cap pour vos
expditions futures, vous, vos gens, et, si besoin est, vos chiens.

Pour tout ce petit monde grouillant d'artisans et de commerants, la
mort de l'industrie des chles fut, il y a quelque trente ans, un coup
terrible. On sait que la mode commenait, ds 1870,  en passer; mais
comme ce commerce tait entre les mains de nos courtiers et que la
guerre franco-allemande vint arrter brusquement leurs achats, les
bons Kachmiris tablirent tout naturellement une relation entre nos
dsastres et leur ruine. La nouvelle de Sedan fut accueillie chez ce
peuple dmonstratif par des lamentations publiques, qui, pour tre
intresses, n'en taient pas moins sincres; et peut-tre est-il le
seul qui ait compati  nos malheurs. Une partie des tisseurs de chles
ont retrouv depuis un gagne-pain dans deux manufactures de tapis,
dont l'une est dirige par un Franais, M. Dauvergne.

Cette crise conomique n'est, d'ailleurs, qu'un incident dans
l'histoire rcente de la malheureuse capitale de l'heureuse Valle. On
s'explique assez son air de dlabrement quand on songe  tous les maux
qui l'ont prouve au cours de ces dernires annes: famines, cholra,
inondations et incendies priodiques, rien ne lui a t pargn;
par-dessus tout, elle a eu  souffrir de l'hostilit dclare de la
nouvelle administration anglaise, qui, bienfait pour le reste du pays,
fut pour elle un malheur. Cette agglomration de cent vingt mille
habitants--pour les trois quarts, artisans ou commerants musulmans,
et, pour le reste, brahmanes,--pse d'un poids anormal dans une valle
ferme de 35 lieues de long sur 10 de large, et qui compte, au plus,
huit cent mille mes. Jusqu'il y a quinze ans  peine, la tradition
avait t d'exploiter la province au profit de la capitale; le mot
d'ordre des fonctionnaires prts--ou imposs--au mahrdja par le
Gouvernement anglais fut, au contraire, de renverser les rles et de
sacrifier la ville  la campagne. On ne saurait donner un meilleur
rsum des deux chapitres que M. W. Lawrence,--le fonctionnaire qui a
fait le plus pour attacher son nom  cette transformation,--a
consacrs, dans son intressant ouvrage (_The Valley of Kashmir_,
Oxford, 1895),  nous faire sentir la diffrence entre l'ancien rgime
et le nouveau. C'tait, proprement, tout mettre sens dessus dessous et
vouloir faire marcher le Kachmir sur la tte. Il fallait avoir affaire
 une population aussi douce et mallable pour qu'un si radical et si
brusque changement pt tre opr en si peu de temps; partout
ailleurs, il et provoqu des troubles, sinon une rvolution; mais
s'il se fit sans rvolte, il ne se fit pas sans souffrances, au moins
pour les citadins.

[Illustration: Le temple inond de Pandrethan.--D'aprs une
photographie.]

Peut-tre tait-ce aussi leur tour, car il faut avouer que,
jusqu'alors, la vie du paysan kachmiri avait t des plus dures.
C'tait dj un principe des vieux rois hindous que l'on ne devait
laisser aux cultivateurs, gens de basse caste, que tout juste la
quantit de grains ncessaire pour faire les semailles et attendre la
rcolte suivante, sans mourir tout  fait de faim. Leur conversion en
masse au mahomtisme ne semble pas avoir amlior leur sort. Rois ou
gouverneurs musulmans continurent de les dpouiller  l'envi, et les
Sikhs firent de mme. Jacquemond dfinit le gouverneur de son temps
le Sikh stupide qui est, pour le prsent, en possession de piller ce
malheureux pays,  charge, sans doute, de rendre gorge dans le trsor
de Randjit-Singh  l'expiration de sa charge. Quant  Goulb-Singh,
l'homme qui vendait couramment ses audiences pour une roupie, il
n'entendait pas raillerie en matire de revenu. Du temps de
Ranbr-Singh, il y avait bien eu quelques tentatives de rformes, mais
elles avaient chou, grce  l'opposition systmatique des
fonctionnaires qui, comme il tait naturel sous une dynastie hindoue,
taient des brahmanes ou pandits. Or tous les pandits, depuis le
_patwari_ de village jusqu'au _vazir-vazarat_ ou gouverneur de
province, en passant par les _tahsildars_ ou chefs de district,
s'entendaient entre eux pour exploiter le plus possible le cultivateur
musulman. La plus grande partie du revenu se payait en nature, et
l'tat, aprs avoir pris, sans faons, aux campagnards, les trois
quarts de leur rcolte, la vendait  bas prix aux gens de la ville. En
ce temps-l, nous assure-t-on, une roupie par mois suffisait  faire
vivre son homme. On comprend, dans ces conditions, l'essor des
industries citadines, grce au bon march de la main-d'oeuvre; mais ce
n'tait pas gai tous les jours pour les villageois qui voyaient la
meilleure part de leur riz mange par les frelons de la ruche.

[Illustration: Femme musulmane du Kachmir.--Photographie Jadu Kissen,
 Delhi.]

[Illustration: Pandit Narayan, assis sur le seuil du temple de
Narasthn. D'aprs une photographie.]

Enfin, M. W. Lawrence vint (c'est lui qui parle), charg du
_settlement_, c'est--dire de la rvision du cadastre et de la
rpartition de l'impt foncier; il prit sous sa protection le paysan
et dclara, du mme coup, la guerre  ceux qu'il appelle ses trois
ennemis,  savoir, dit-il: 1 les pandits des classes officielles; 2
les chefs de village; 3 la cit de Srnagar. Depuis, il est de fait
que le cultivateur, le _zmindar_, prospre; les autres clans
prtendent mme qu'il prospre insolemment. Il a obtenu du _Settlement
officer_ les conditions les plus douces qu'il ait jamais connues; et
ce n'est pas sa faute si,  force de ruses, il n'en a pas obtenu de
plus douces encore. Si quelques erreurs invitables ont t commises,
et si des abus sculaires n'ont pas t rforms d'un coup de
baguette,--et que, par exemple, les exactions des petits
fonctionnaires indignes soient loin d'avoir t supprimes,--il n'y a
pas de doute que l'immense majorit des protgs de M. Lawrence ne
soit justement enchante d'un rgime qui, pour la premire fois, leur
permet de garder leur riz et de payer tout ou partie de leurs
contributions en espces. Que dire de ses trois ennemis? Avec l'un
d'eux au moins, la corporation des maires ou _lambardrs_, il a d
transiger et leur a allou, pour les apaiser, une indemnit de 5 pour
100 sur le revenu de leur village. Mais pour les brahmanes, et, avec
eux, le reste des habitants de Srnagar, il s'est montr inexorable,
et il faut avouer qu'ils ont t en grand danger de mourir de faim.
Ils subsistent cependant, quoique,  la vrit, d'une vie fort
misrable. Les pandits finiront toujours par s'en tirer; ils ont bien
su s'arranger pour survivre aux perscutions des gouverneurs afghans.
Comme, au temps de la domination mongole, ils ont appris le persan,
voici qu' prsent les jeunes gens se mettent  l'anglais, passent des
examens, reprennent les places. Assurment, la transition actuelle se
fait cruellement sentir dans les familles; ils n'en rentreront pas
moins en matres dans cette administration dont M. Lawrence avait
voulu les chasser  jamais, et cela par la force des choses, pour la
bonne raison, qu'tant la partie claire et intelligente de la
population, ils redeviendront, bon gr mal gr, la classe dirigeante.
Les plus  plaindre sont assurment les pauvres artisans de Srnagar.
Heureusement pour eux, on n'a pas pouss jusqu'au bout les thories du
_Settlement officer_, qui voulait que la totalit du revenu ft perue
en argent et que l'tat cesst d'tre le grand fournisseur de riz des
gens de la capitale. C'est ce qu'on fit en 1891, et il en rsulta
l'anne suivante une telle famine qu'on n'osa pas recommencer. En
1893, on dcida d'amener encore  Srnagar 300000 _kharvar_ ou
charges d'ne (177 livres anglaises) de riz du Roi; au moment de
notre passage, en 1896, on en apportait encore la moiti, et c'est ce
qui empchait la ville d'tre affame. Un nouvel essai, tent il y a
trois ans, n'a pas t plus heureux, et cette anne mme (1904), on a
d, pour combattre l'excessive chert, percevoir en nature le tiers du
revenu de deux districts sur quatre.

Que la mdaille ait ainsi son revers, la faute en est moins  M.
Lawrence, qu'au rgime qu'il tait charg d'inaugurer. Ce qu'il est
venu faire au Kachmir, c'est appliquer simplement  la Valle le
systme qui prvaut dans toute l'Inde anglaise. On sait que l'impt
foncier y constitue le plus clair du revenu. Ce n'est pas la
politique de l'Angleterre, et pour cause, d'encourager l'industrie
dans ses colonies. On l'a vrifi dernirement encore, quand
Manchester s'est mu de la concurrence des filatures de coton
anglo-indiennes. L'Inde est, en somme, rgie comme une grande
exploitation agricole,  charge pour elle d'acheter  la mtropole la
plus grande partie des produits manufacturs dont elle a besoin. Ce
n'est peut-tre pas trs imprial, mais c'est trs pratique. Reste 
savoir si la situation particulire du Kachmir n'appelait pas quelque
modification  ce systme. Aprs tout, l'avenir agricole de ce pays
est aussi restreint que sa partie cultivable. Peut-tre et-il t
plus sage et plus habile de ne pas tout subordonner  l'unique
proccupation d'obtenir une rentre facile de l'impt foncier.
L'adresse de mains des Kachmiris, leur habilet, depuis longtemps
clbre, dans les arts dcoratifs, pouvait tre une source bien plus
prcieuse de revenus. Ce n'tait pas si maladroit, de la part des
anciens rois ou gouverneurs, de sacrifier une partie du revenu de la
terre  la subsistance des artisans de la capitale et  la prosprit
de leurs mtiers. Le seul droit sur l'exportation des chles
rapportait  l'tat plus de 600000 roupies; il y avait l des
compensations. Ce que les chles ne donnaient plus, d'autres
industries pouvaient le rendre. Dirons-nous celles que les
administrateurs anglais se vantent d'avoir prconises? C'est la
fabrication de la bire et des confitures, lesquelles ne peuvent mme
pas s'exporter, faute de moyens de transport; l'nonc seul en est
suffisamment ridicule, et il serait cruel d'insister. Quand le sultan
Zan-oul-ab-Din introduisit dans la Valle la fabrication du papier,
du papier mch et des chles, il se montrait plus avis. Il est 
craindre qu'en raison de l'enchrissement de la vie et de la
production de camelote  l'usage des touristes, les arts, qui firent
la gloire du Kachmir, n'aillent bientt rejoindre les industries jadis
si renommes de l'Hindoustan dans la remise aux vieilles lunes.

[Illustration: Pont et bourg de Vidjabroer.--Photographie Jadu Kissen,
 Delhi.]

De tout ceci, nous voudrions tirer deux petites conclusions pratiques.
La premire est qu'il est sage de se procurer  Srnagar, en mme
temps que la passe ncessaire  tout Europen, Amricain ou
Australien, un _parvana_, sorte de lettre de rquisition, dont on
pourrait user,  l'occasion, soit pour se procurer des coolies sur les
routes trop frquentes, soit surtout pour assurer le ravitaillement
de ses gens dans les villages carts, o vous avez toutes les peines
du monde  obtenir des paysans qu'ils vous vendent un peu de leur riz.
L'autre conseil, que nous donnerions volontiers, serait de ne pas
prendre un _shikari_ comme chef de caravane,  moins qu'on ne soit
venu au Kachmir spcialement pour chasser. Si  ces lointaines et
fatigantes expditions vous prfrez la visite de la Valle,
faites-vous plutt suivre d'un pandit. Au prix rduit o sont en ce
moment l'instruction et les bonnes manires, vous trouverez aisment,
pour le salaire d'un domestique indien, un brahmane bien lev,
parlant l'anglais, et capable de vous servir non seulement
d'interprte, mais encore de secrtaire en kachmiri, voire mme en
sanscrit et en persan. Il vous rendra les mmes services comme
intermdiaire auprs des tahsildars et lambardrs rencontrs en route;
et l'on devine que sa familiarit avec le pays lui permettra de
satisfaire  chaque pas votre curiosit, et rendra bien plus
intressant le voyage; car passer sans comprendre, c'est passer sans
voir.

Les attractions de Srnagar et ses distractions mondaines
puises,--nous y reviendrons  l'approche de l'automne,--il est, ds
la mi-juin, temps de repartir; car voici la chaleur qui arrive, et
avec elle les moustiques et parfois quelques cas de malaria. On a
assez souvent compar le climat de la Basse-Valle, en t,  celui de
la Lombardie.

Par les mandres qui, vus du haut du Takht-i-Souleiman, dessinent dans
la Valle comme une palme (le motif dcoratif des anciens chles), on
atteint d'abord Pandrethan, qui passe pour tre l'ancienne capitale
dtrne par Srnagar. Elle s'tendait sur les premires pentes des
collines,  l'abri des inondations de la Vitast. Ses ruines ne sont
plus qu'un chaos de pierres. Seul, un petit temple est encore debout
au milieu de sa cour quadrangulaire qu'a envahie l'eau de son _nga_:
c'est le nom que les Kachmiris donnent aux fontaines et aux serpents
mythiques  tte humaine, qui sont censs en tre les divinits
protectrices. Sur le petit tang, ainsi form, flotte un bachot. En
voulant m'y embarquer, je me rencontre nez  nez avec mon premier
serpent. Mais celui-ci n'avait rien de mythique, ni non plus celui que
l'on trouva, quelques jours plus tard, roul sous la natte de ma
tente; aprs quoi je n'en vis plus, ni ne souhaitai d'en voir
davantage.

La bte tue  coups de bton par les handjis, je demande au pandit,
lequel rprouve cet assassinat, s'il la croit venimeuse; au lieu de se
baisser pour examiner sa forme et sa couleur, le voil qui se dresse
sur ses babouches, le nez en l'air, dans la direction du
nord-ouest.... C'tait pourtant bien la rponse  ma question que
l'honnte homme cherchait ainsi dans les nuages. tant donn que iva
rside sur l'Haramouk, qu'il porte comme colliers et bracelets des
serpents, et qu'en sa qualit de divinit tutlaire de la Valle, il a
promis que la morsure de ces derniers ne serait jamais mortelle en
aucun lieu d'o l'on dcouvre la cime neigeuse de sa demeure, le
problme se rsumait donc  vrifier si, de cette place, on apercevait
la pointe de l'Haramouk. Tant que vous la verrez, ajouta le pandit,
vous pourrez tre tranquille, mais aprs il faudra se mfier.... Je
prfre me mfier avant.

[Illustration: Ziarat de Cheik Nasr-Oud-Din,  Vidjabroer.--D'aprs
une photographie.]

Plus en amont, Pampour montre une base de temple hindou, une mosque,
un pont et des champs o le safran fleurira  l'automne. La rcolte de
cette suprme dlicatesse des gourmets kachmiris est un monopole
d'tat, et la poudre dore des tamines se paye au poids de l'argent.
On fabrique aussi  Pampour d'excellents biscuits, qui sont d'une
grande ressource en campagne et valent,  mon avis, le meilleur pain.

Je dois, faute de place, brler les tapes et me borner  numrer les
buts d'excursion les plus intressants. De Pampour, sur la rive
droite, on visite les sources sulfureuses de Vian et les ruines des
temples de Ladou. De Kakapour, sur la rive gauche, deux heures de
marche vous conduisent au petit temple, bien conserv, de Panyech,
bijou de l'art kachmiri, sculpt dans l'assemblage de dix blocs de
pierre. Quant aux temples de Narasthn, il faut une bonne journe de
marche pour les dcouvrir au pied des hautes montagnes neigeuses de
Brariangan. En revanche, les doubles ruines d'Avantipour bordent la
rivire,  moiti enfouies dans les alluvions.

[Illustration: Le temple de Panyech.  gauche, un brahmane;  droite,
un musulman. Photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

Plus haut se prsente le confluent de la Vitast et de la Veshau, non
moins sacr, aux yeux des Hindous du pays, que celui de la Vitast et
du Sindh. Au-dessus, surplombe un _karva_, sorte de plateau alluvial
bizarrement dcoup en bastion par les eaux; c'est au sommet que
Kayapa aurait mdit mille ans, avant de desscher la Valle. On
pourrait, d'ailleurs, lui reprocher de n'avoir fait sa besogne qu'
moiti. Quand, ds le dbut de la saison des pluies, quelque gros
orage vient dverser jusqu'au Kachmir ses trombes d'eau, au moment de
la fonte des neiges, la Valle, brusquement submerge, se trouve,
faute d'une issue suffisamment large, en passe de redevenir un lac.
Les inondations de juillet 1893 furent dsastreuses, celles de juillet
1903 ne le furent pas moins, et l'on estime qu'un sixime des rcoltes
a t dtruit d'un coup: sans doute les _ngas_ avaient faim, et le
temps tait venu pour eux de prlever leur dme priodique.

Au pied du _karva_ de Tsakadar, dans un tang aujourd'hui dessch,
se localiserait, de toute antiquit, une des plus curieuses lgendes
du Kachmir. En ce temps-l, un _nga_ habitait encore l'tang, et des
arbres se miraient dans son eau limpide; un jeune brahmane, en voyage,
vint un jour y chercher l'ombre et la fracheur. Comme il s'apprtait
 entamer ses provisions de route, il aperut tout  coup devant lui
une jeune fille si belle, qu' voir sa figure de lune, il en oublia
de manger. Son trouble et sa confusion augmentrent, quand il vit que
la belle enfant se contentait, pour tout potage, de racines de lotus.
mu d'un tendre sentiment, il l'invita  partager son riz, lui apporta
 boire dans une coupe de feuilles, puis, tout en l'ventant, la pria
de lui conter son histoire et de lui expliquer comment, avec de si
beaux yeux, elle faisait si maigre chre. Sans plus de crmonie, la
_ng_,--car c'en tait une,--lui rpondit que la plus belle fille du
monde ne peut manger que ce qu'elle a; quant  la raison de sa
pauvret, qu'il en rfrt  son pre; il le trouverait  la _mla_ du
village voisin,--en Bretagne on et dit: au pardon,--et le
reconnatrait aisment, dans la foule,  son chignon tout ruisselant
d'eau. C'est ce qui arriva: le _nga_ confie au jeune brahmane que les
temps sont durs, et qu'il est rduit  la plus grande disette; car ces
souterraines divinits ont besoin de grain tout comme les hommes, et
les orages sont leur faon de moissonner les rcoltes  leur profit.
Or les champs du voisinage taient gards par un ascte si
consciencieux, qu'aucun pi nouveau n'approchait jamais de sa bouche;
et tant qu'il n'en mangeait pas, il tait impossible aux _ngas_ d'y
toucher. C'tait pour lui et les siens le supplice de Tantale.
L'amoureux brahmane n'a de cesse qu'il n'ait oblig le pre d'une si
jolie fille. Il s'avise du stratagme fort simple de mler quelques
grains de riz nouveau  la bouillie de l'ascte, quand celui-ci avait
le dos tourn.  peine le vieillard en a-t-il port une boulette  sa
bouche, que, dans un tourbillon de grle, le _nga_ emporte toute la
moisson; reconnaissant, il donne sa fille en mariage au brahmane. Les
deux poux vivaient heureux, mais leur bonheur fut de courte dure. Un
jour que la _ng_ tait sur sa terrasse, elle aperut un cheval
dtach de l'curie, et qui mangeait  mme un tas de riz que l'on
avait mis  scher dans la cour. Elle appelle pour qu'on le chasse,
puis, comme aucun serviteur ne rpond, elle y court elle-mme,
accompagne du son argentin de ses bracelets, et le cheval emporte sur
sa croupe l'empreinte dore de la belle main qui l'avait frapp. Ce
fut l'origine de tout le mal. Cette vue exaspra les passions du roi
du pays. Il essaya d'abord, vainement, de sduire la jeune femme. Puis
il prtendit l'obtenir de son mari, mais le pandit n'tait pas du tout
Rgence et n'apprcia pas l'honneur que le roi voulait faire  sa
maison. Enfin quand, de guerre lasse, celui-ci envoie ses soldats pour
enlever la _ng_ par la force, le brahmane appelle son beau-pre 
son secours. Le _nga_ sort tout en furie de son tang, et en moins de
temps qu'il n'en faut pour le dire, brle, ple-mle, le roi, la ville
et tous ses habitants. Aprs quoi, dgot du monde, et non sans
quelque remords de son accs de vivacit, il se retira dans la
solitude, sur la route d'Amarnth, o il est encore.

Non loin de l, sur la rive gauche, le gros bourg de Vidjabroer (le
Bij-Bihara des cartes anglaises), possde un temple hindou moderne,
bti par Goulb-Singh, et o se conservent de curieuses idoles, et une
jolie _ziarat_ musulmane  triple toit.  chaque pas, d'ailleurs, on y
rencontre des vestiges d'antiquits, et son pittoresque bazar
fourmille d'anciennes monnaies de cuivre. On campe de l'autre ct du
pont, sous des platanes sculaires, non loin de la maison o le
mahrdja se repose un jour ou deux, quand il vient  Srnagar. Nous y
avons eu la visite d'un vieux fakir musulman, qu'on ne manquerait pas,
en pays civilis, de coffrer comme vagabond. Les domestiques s'en sont
empars et lui ont servi un repas copieux: une effroyable quantit de
riz, des _tchapatis_ (sortes d'paisses galettes qui tiennent lieu de
pain) et du fromage frais, largement saupoudr de sucre, de quoi
rassasier trois hommes; puis ils lui ont prsent un _houka_. Pendant
que notre cuisinier, trs dvot musulman, le couvait avec des yeux
attendris de jeune mre pour son nouveau-n, l'affreux bonhomme fumait
batement, ne lchant le tube que pour vocifrer quelque anathme 
l'adresse de l'humanit qui l'engraisse et le couvre, pendant qu'il
lzarde au soleil, en grattant sa vermine  deux mains. Au physique,
il n'a rien du fakir tel qu'on l'imagine et qu'il est ordinairement.
norme, chauve, sous ses sourcils en broussailles ses petits yeux
clignotants toisent insolemment ceux qui l'examinent; son nez camus et
sa longue barbe frise lui font une tte de vieux faune. Quand le
mahrdja passe  Vidjabroer, il ne manque jamais de le faire
demander; mais le vieux fakir, ddaigneux des honneurs, se drobe et
reste introuvable. Aussi ne vous dirai-je pas son nom: j'ai oubli de
le demander, l'ayant aussitt baptis Diogne.

Mais dj la rivire s'trcit entre ses rives bordes de chanvre;
bientt elle se fait moins profonde et le courant plus dur. C'est le
moment pour les bateliers d'invoquer leur saint patron _Dast Guir_,
tout en poussant la perche ou en tirant la cordelle.  un certain
moment, ils sont obligs de marcher dans l'eau, les uns tirant, les
autres poussant le bateau, qu'enfin ils amnent devant le terrain de
campement,  Islamabd; efforts d'autant plus mritoires, qu'arrivs
l, il ne reste plus qu' les congdier.

Tandis qu'on dresse les tentes, les chefs de famille apportent le
cahier de certificats de l'quipage. Il en est de curieux; nous
relevons notamment, au passage, celui d'un gentleman qui dclare
quitter le bateau avec indignation parce qu'il ne peut supporter plus
longtemps la vue de la jolie soeur du batelier, faisant un travail de
cheval. Mais il ne suffit pas de les lire, nous dmes aussi
collaborer  cette bizarre collection d'autographes. Aprs quoi il
fallait voir les salms, les protestations et l'air de dvotion
comique avec lequel ils portaient  leurs fronts les roupies donnes
comme _bakchich_, et bien mrites, d'ailleurs, par deux mois de bons
et loyaux services.

(_ suivre._)                           Mme F. MICHEL.

[Illustration: Temple hindou moderne  Vidjabroer.--D'aprs une
photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--3e LIV.          N 3.--21 Janvier 1905.

[Illustration: Brahmanes en visite au Nga ou source sacre de
Valtongou.--D'aprs une photographie.]




L'T AU KACHMIR[2]

          [Note 2: _Suite._ _Voyez pages 1 et 13._]

Par Mme F. MICHEL.

     III.--Sous la tente.--Les petites valles du Sud-Est.--Histoires
     de voleurs et contes de fes.--Les Ruines de Martand.--De
     Brahmanes en Moullas.


[Illustration: Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une
mosque,  Houtamourou, prs de Bhavan.]

Islamabd, ou, comme l'appellent les Hindous, Anantng, est  peu prs
situ au confluent des quatre rivires non navigables, Sandran,
Bringh, Arpat et Lidar, branches de l'ventail dont le manche est la
Vitast. La valle de chacun de ces ruisseaux ou plutt de ces
torrents rivalise de pittoresque avec sa voisine. Que leur charme
agreste ne date pas d'hier, c'est ce que prouvent les villas d't
qu'y avaient bties les empereurs mogols, et dont les restes
subsistent toujours. Jehan-Guir, surtout, s'y complaisait en compagnie
de la belle Nour-Mahal, dont le souvenir,  la fois idyllique et
tragique, flotte encore sous l'ombre des platanes plants par elle. Et
vraiment, quiconque a visit tous les recoins du pays comprend ce que
Bernier nous dit de cet empereur: qu'il en tait devenu tellement
amoureux qu'il ne le pouvait quitter et qu'il disait quelquefois qu'il
aimerait mieux perdre tout son royaume que de perdre Cachemire.

Islamabd est le point de dpart oblig pour toutes ces excursions
qu'il faut bien faire sous la tente, puisque presque nulle part il n'y
a de _bungalows_. C'est en mme temps le point de chargement pour tous
les produits des villages, qui descendent vers Srnagar. Le grand
verger, qui sert de campement, est trs anim, ainsi que la berge
borde d'une nombreuse flottille. Mais, la nuit, les aboiements des
chiens, les hurlements des chacals et les braiements des petits nes
de charge empchent tout sommeil. Aussi, je me contente d'une rapide
visite aux sources sacres et au bazar de la ville. Ou y trouve des
toffes brodes nommes _gabas_, de toutes teintes et de toutes
tailles, depuis les plus petits tapis de table jusqu'aux rideaux et
portires de plusieurs mtres. Trs bon march et trs dcoratives,
ces broderies rappellent le dessin des anciens chles. On y fabrique
aussi de jolis rouets de parade, peints et argents, qui sont donns
en cadeau de noces aux fiances kachmiries.

Nous plions bagage ds le surlendemain. Au matin, les tentes sont
abattues et tout le fourniment gt ple-mle sur l'herbe. Le _tub_
fraternise avec le garde-manger, la broche du khansama fait commerce
d'amiti avec le sac  ombrelles, la literie voisine avec les
casseroles: c'est un vrai dballage de bohmiens au bord d'un grand
chemin. Aussi bien allons-nous vivre de la mme vie nomade que, sages,
ils ont su garder du temps de nos prhistoriques anctres. La grosse
affaire est de rpartir tout cela en paquets d'un poids sensiblement
gal, d'environ 80 livres. Le _bandobast_ se fait,--entendez que tout
se dbrouille,--comme par enchantement. La toile des tentes se roule
autour des btons, le lit dmontable s'emballe dans sa sangle, la
literie se met  l'abri de la poussire ou de l'humidit dans des
draps caoutchouts. Vaisselle, batterie de cuisine, provisions de
toutes sortes s'arriment dans le ventre rebondi ou allong des
_kiltas_, paniers d'osier recouverts de cuir, lgers, solides,
impermables, qu'on fabrique tout exprs dans le pays. Les chaises de
camp s'entassent sur les tables galement pliantes. Au total, vingt
charges: il nous faudra donc vingt hommes ou dix poneys pour
transporter aprs nous dans la djangle tout l'essentiel de la
civilisation. Le chiffre est modeste si l'on songe qu'au grand Mogol,
en dplacement, il fallait trente mille porteurs!

[Illustration: Temple ruin,  Khotair.--D'aprs une photographie.]

Le curieux n'est pas qu'il en faille, mais qu'on en trouve. Non
seulement le Kachmir est comme un grand parc mis  la disposition du
visiteur et o il peut dresser sa tente  volont, mais lui plat-il
d'aller plus loin, il n'a qu' dire. Au matin, il trouve, assis prs
des tentes, des braves gens du plus proche village qui ont laiss pour
son service leurs maisons et leurs champs. Avec leurs 80 livres sur le
dos, ils iront o il lui plaira de les conduire. Les prix sont fixs:
pour l'tape d'environ 20 kilomtres, 4 annas; pour la mi-tape, 2
annas, c'est--dire 40 ou 20 centimes de notre monnaie. Sur un bon
conseil qui me fut donn, j'avais emport  leur intention quantit de
petites pices d'argent de 2 et 4 annas. Je faisais ranger les coolies
et veillais  ce que chacun ret bien son compte. Grce  ce systme,
je n'eus jamais de difficult pour trouver des porteurs. C'tait
plaisir de voir le sourire que chacun d'eux, tour  tour, faisait  sa
picette, tandis que les derniers de la file touchaient du coin de
l'oeil et se grattaient la tte dans leur inquitude qu'il n'en restt
pas jusqu' eux.

C'est  Atchibal, notre premire tape, que je me donne pour la
premire fois cette comdie. Du pied de la colline, font ruption
trois sources, qui sont aussitt trois ruisseaux; pour en mieux jouir,
les empereurs mogols avaient creus des bassins et bti des terrasses
surmontes de pavillons de plaisance. Tout cela est  prsent bien
dlabr. Pourtant, les trois cascades jouent encore, et c'est prs
d'elles qu'est install notre campement,  l'ombre des platanes
sculaires, entre quatre ruisseaux qui entretiennent une dlicieuse
fracheur.

C'est encore  Atchibal que j'apprends la premire et dernire
histoire de vol dont j'aie entendu parler au Kachmir. En ce
bienheureux pays, la scurit est parfaite, dans tous les cas plus
grande qu'en France, o je ne me vois pas bien dormant en pleine
campagne sous un simple abri de toile. Pourtant, fait inou, on a
tent la nuit dernire de drober une malle dans un camp tabli de
l'autre cte du village. Un pareil attentat contre la proprit des
Sahebs rclamait une clatante vengeance; deux inspecteurs de police
sont aussitt accourus d'Islamabd. Nous apprenons ce matin qu'ils ont
pass la nuit  btonner successivement tous les gens du hameau afin
de leur faire avouer plus vite le crime qu'ils ne peuvent pourtant
pas tous avoir commis. Ce sont l, parat-il, les procds ordinaires
de la police; on ne saurait trop s'lever contre eux. Le _lambardr_
(maire du village) vient en pleurant me prier d'intervenir. J'y
consens: allons demander un peu  ces policiers ce qu'ils croient que
le rsident penserait de ces moyens d'enqute.... Mais j'ai mal
compris le discours du bonhomme; ce n'est pas du tout de cela qu'il
s'agit. Les villageois ne se plaignent pas le moins du monde d'avoir
t battus. Qui serait assez bte pour avouer un vol autrement que
sous le bton? Mais voil qu'on veut  prsent leur extorquer un
cautionnement de 100 roupies qu'ils sont srs de ne jamais revoir.
C'est contre cela qu'ils protestent. Ils veulent bien tre battus,
mais ils ne veulent pas payer pour l'avoir t! Tant de philosophie de
la part des intresss a jet une douche sur mon bel accs
d'indignation et je laisse villageois et policiers s'arranger en
famille.

[Illustration: Nga ou source sacre de Khotair.--D'aprs une
photographie.]

Aprs les sources d'Atchibal, ce qu'il faut voir dans le fond sud-est
du Kachmir, ce sont celles de Koukar-Ng et de Ver-Ng. Des routes
directes y conduisent d'Islamabd. Mais il vaut mieux,  notre avis,
prendre le chemin des coliers et aller faire le grand tour par la
valle de Nauboug. Pour commencer, nous contournons,  l'est, les
collines d'Atchibal et faisons un premier crochet pour rendre visite
au _nga_ et aux ruines de Kothair. Les pierres des vieux temples sont
toutes ronges par le temps, mais le bassin circulaire de la source
est toujours merveilleux de limpidit; on dirait d'un morceau de ciel
tomb dans un creux de colline.

Nous reprenons le sentier qui escalade  prsent un petit rameau
montagneux, fort expos au soleil, entre deux valles. Du haut du col,
on voit, en avant, s'ouvrir les vallons tributaires de la Bringh. Les
gens presss pourraient, en poussant tout droit, gagner Koukar-Ng par
Sp et ses mines de fer. Nous tournons au contraire,  gauche, pour
installer le camp  l'ombre des peupliers de Karpour. Plus hauts
encore que ceux de Srnagar, ils forment, au centre d'un petit cirque
de montagnes, un bouquet d'arbres magnifiques. Quelques-uns tombent de
vieillesse. L'un d'eux s'est abattu en travers du sentier: impossible
de remuer une semblable masse. On a trouv plus court de creuser un
passage au milieu de l'norme tronc.

Le lendemain, une autre passe nous mne dans la valle de Nauboug. 
celle-ci, on ne peut reprocher que d'tre trop jolie. On dirait d'un
parc bien entretenu. Une claire rivire serpente sur des galets polis
entre des rizires d'un vert incomparable. Au-dessus, les champs de
mas s'tendent jusqu'aux vergers, qui ne finissent eux-mmes qu' la
lisire des sapins. Mais, dans les creux exposs au nord, de grandes
coules de neige subsistent, et de ci, de l, s'ouvrent des chappes
sur les hautes cimes, qui mlent dans le bleu du ciel la blancheur de
leurs glaces ternelles  celle des nuages d't.

Le meilleur campement est  Laram, au-dessus du village, sous des
noyers. Il y faisait si dlicieusement frais qu'en plein mois de
juillet je trouvais plaisir, chaque soir,  me chauffer. C'est un des
meilleurs souvenirs de mon voyage que ces soires passes devant le
feu du campement, o parfois flambait tout un sapin; car le bois ne
manque pas. Rien d'ailleurs ne nous fait dfaut de ce qui est
ncessaire au ravitaillement: lait, beurre, oeufs, poulets, prennent
spontanment le chemin du camp. Le miel est dlectable. Enfin, ces
bons Kachmiris ont eu l'ingnieuse prvenance de semer de vritables
champs de petits pois et de faire grimper un peu partout des haricots
autour des tiges de mas. Seulement, on a quelque peine  leur faire
comprendre qu'on dsire les manger verts; leur ide est qu'on attende
qu'ils soient _paka_ (cuits), c'est--dire mrs. Plus lard, dans la
valle du Lidar,  mesure que nous gagnions une altitude plus haute,
nous devions en trouver, trs tard dans la saison, qui n'taient pas
encore secs. Cette dcouverte fut une joie si pure que je dcidai
immdiatement d'en faire part  mes contemporains et de composer ds
mon retour un _Trait sur l'existence des lgumes verts dans la
djangle kachmirie_; ainsi me vint la premire ide d'crire les notes
que vous lisez.

En quittant Laram, comme je chemine au petit matin par le sentier
humide, brusquement s'impose  moi, absurde et dlicieuse, une
impression de sol natal. Est-ce le pittoresque rtrcissement de la
frache valle et la vue de cette ferme paisible au milieu de ses
vergers de pommiers remplis de gui? Est-ce le joyeux tic-tac que ce
petit moulin mle  l'allgre rumeur du ruisseau qu'il enjambe, ou le
grisant parfum de miel qui monte de ce champ de bl noir en fleurs?
Sans doute, c'est un peu tout cela qui fait que je me crois, comme par
enchantement, transporte en Basse-Bretagne; et j'prouve cette joie
qui est peut-tre la meilleure rcompense du voyageur,--qui est aussi
assurment la meilleure condamnation du voyage,--de goter aprs tant
d'inutiles courses la secrte douceur des paysages familiers.

 quelques milles plus loin, on atteint les bords de la Bringh: la
rivire coule trs encaisse dans un lit troit et creus dans le roc
vif, ce qui donne  ses eaux une teinte particulire d'opale bleute.
Au-del du pont qui la franchit, on rejoint la route qui mne du
Kitchwar en Kachmir. Il est rare qu'on n'y rencontre pas quelques
Kichtwaris en voyage avec leur passe-montagne, leur court justaucorps
et leurs inexpressibles _pyndjamas_, dont le fond, sillonn de mille
plis, est tout un pome. Sur le chemin tout droit et ensoleill, les
arbres des villages font des haltes d'ombre o le repos semble
d'autant plus doux. Comme nous approchons de l'un d'eux, j'entends un
chant bizarre. C'tait une sorte de mlope qui montait, montait
toujours, de plus en plus dchirante, pour finir par des sanglots.
Information prise, c'tait le chant de deuil d'une mre dont le fils
tait mort trois jours avant. Assise devant sa maison, prs de son
rouet dlaiss, elle exaltait, dans une improvisation dolente, la
beaut et les qualits du disparu. Chaque matin, jusqu' la prochaine
quinzaine obscure, elle devait, ds l'aube, manifester  nouveau sa
douleur, jusqu'au moment o une autre femme, parente ou voisine,
venait en silence poser sa main sur la bouche de la vocratrice, et
lui faisait ainsi comprendre qu'elle s'tait assez lamente pour ce
jour-l.

[Illustration: Ver-Ng: le bungalow au-dessus de la source.--D'aprs
une photographie.]

Nous plantons les tentes prs de Vangam, dans un verger d'abricotiers,
pour visiter,  une petite heure de l, sur la gauche, dans un de ces
charmants vallons dont le pays abonde, la source intermittente de
Soundbrr. En juillet, ce n'est plus qu'une sorte d'entonnoir bord de
pierres brutes; mais en avril et mai, la source bouillonne et coule,
dit-on, trois fois par jour.  cette poque, les plerins viennent en
foule se baigner dans cette eau suppose sacre. Rangs en silence
tout autour, ils attendent sa venue, mais si,  son apparition,
quelque sot crie: La voil!, l'onde, offense, immdiatement se
retire; du moins on me l'affirme avec un grand srieux. Au temps de
Bernier, cette merveille du Cachemire tait dj clbre. Il la
visita et en tenta une explication fonde, vu l'activit de la source
au printemps, sur la fonte des neiges environnantes. Au lieu d'une
cause physique, les Kachmiris assignent  cette intermittence une
raison psychologique bien plus profonde. La desse (car,
naturellement, la source est fe) s'est dit: En cet ge de fer, si je
suis ici toute l'anne, personne ne fera attention  moi. Je ne
manifesterai donc ma prsence que deux mois par an; on ne m'en rendra
que plus d'hommages.... Et le calcul s'est trouv juste.

[Illustration: Temple rustique de Voutanr.--D'aprs une
photographie.]

De Vangam, il n'y a qu'une courte tape jusqu' Koukar-Ng. Mais ici
les mots me manquent pour dcrire le charme de ce ferique sjour. Que
vous dirai-je? Du pied d'une colline, couverte de pivoines
arborescentes, jaillissent une dizaine de sources qui forment, limpide
et frache, une petite rivire; aux bords, les mousses, les fougres,
les myosotis, les reines des prs, se mlent aux massifs de
boules-de-neige et de rhododendrons. Au-dessus, des jasmins, des
clmatites, des rosiers grimpent aux arbres et retombent en
berceaux.... Je sais bien qu'ailleurs il y a de toutes ces choses;
mais nulle part, comme l, tout cela ne murmure, ne fleurit, ne
parfume et n'enchante. Par instants sous la feuille, ondule un clair
blanc  tte bleue, qui est un oiseau de paradis, au nom digne des
lieux qu'il habite.... Du moins, ai-je cru y retrouver comme un
vestige de l'antique den!

Par intervalles seulement nous arrivent les bruits du monde. Un
vieillard dguenill, tranant son cheval par le licou, s'est arrt
prs des tentes des domestiques et a cont la nouvelle du jour. Le
mahrdja est arriv ce matin dans la Valle; pour ses dbuts, il a
fait btonner le tahsildar (le sous-prfet) de Ver-Ng. La raison: il
n'y avait pas une provision d'herbe suffisante pour ses chevaux.
Justement, je rencontre en me promenant deux jeunes garons
paisiblement assis  l'ombre,  ct d'un grand faix d'herbe: ils me
font penser aux porteurs de mare de Vatel.

Environ trois lieues nous sparent de la rsidence du pauvre
sous-prfet, qui, dit-on, aurait mme laiss dans l'algarade une
partie de sa barbe; et depuis il ne se montrait plus. Il suffit de
traverser le petit massif qui spare la valle de la Bringh de celle
de la Sandran. Par ce matin de juillet, nous passons prs du petit
temple rustique de Voutanr. Du sentier, des chants nasillards
s'entendaient entre les arbres; c'tait le brahmane du lieu qui
faisait sa _poudj_. Il tait accroupi devant une noire statue de
Vichnou  trois ttes, dont une de sanglier. Il l'avait dj baigne,
drape dans un chle et couronne de fleurs. Autour de lui gisait
l'ordinaire attirail du culte: la conque, pour chasser les mauvais
esprits, la clochette, pour rveiller l'attention du dieu, la lampe
pour l'clairer, le chasse-mouches pour l'venter et les cymbales pour
lui faire de la musique. Infatigablement, le vieux prtre psalmodiait
ses hymnes.... Qui donc disait que tous les dieux taient morts?

Du haut du raidillon qui monte derrire Voutanr, la vue est un vrai
coup de thtre.  nos pieds, au fond de la valle troite et seme de
bouquets d'arbres qui marquent les villages, le lit rocailleux de la
Sandran court encadr de rizires et bord de tamaris en fleurs. Dans
un groupe de peupliers hauts comme des mts de navire, on aperoit le
large bassin octogonal de Ver-Ng. Par derrire, se dresse la
formidable muraille du Banihal et les croupes boises des contreforts
qui en descendent. Le mince ruban qui les coupe est la route de
Djammou, rserve au mahrdja. Nous nous heurtons  la barrire
mridionale du Kachmir.

Au-dessus des arcades mogoles en alcve, dont Jehan-Guir entoura la
merveilleuse source de Ver-Ng, se dressent, sur trois cts, des
pavillons, ouverts  tous les vents, qui servent de _bungalows_. La
belle Nour-Mahal y rsida peut-tre; en tous cas, c'est dlice de s'y
installer entre le bassin bleu et la colline verte. Un fouillis de
clmatites et de lianes, s'accrochant aux sapins, escalade la pente
presque  pic. L'azur profond de l'eau est sillonn de poissons par
myriades. Le gouffre, de plus de 100 mtres de tour, passe pour
insondable; du moins, le pandit l'assure, ce qui ne l'empche pas
d'affirmer, non moins catgoriquement, qu'au fond demeure un vieil
anachorte. Voici comment cela s'est su. En ce temps-l, les hommes
n'habitaient le Kachmir que pendant les six mois de belle saison; ds
l'automne, ils s'empressaient de dguerpir pour cder la place  des
dmons et des lutins qui, pendant tout l'hiver, rgnaient en matres
dans la valle. Une fois, les hommes laissrent derrire eux un
vieillard qui n'avait plus la force de suivre leurs migrations
priodiques et ne valait pas la peine de son transport. Lutins et
dmons se firent un souffre-douleurs de l'intrus; mais, en jouant  la
balle avec lui, ils le laissrent choir dans le bassin de Ver-Ng.
Cette maladresse devait leur coter cher. Au fond de la source, le
pauvre vieux trouva un compatissant ascte qui lui fit prsent de deux
choses: un grimoire pour exorciser les dmons et un _kangri_ (la
chaufferette kachmirie) pour se dfendre du froid. Arm de ces deux
dons prcieux, le vieillard passa un hiver des plus confortables, et,
au printemps de l'anne suivante, les hommes eurent la surprise de le
retrouver encore vivant. Il leur apprit son secret, et c'est depuis
qu'ils rsident  demeure dans la valle.

Par de petits vallons de plus en plus sauvages, nous pntrons enfin
dans le bassin ferm de Rozlou, que dominent les rocs et pics
romantiques du sombre Soundrinr. C'est un fief ou _djgir_, jadis
concd par Randjit-Singh. Nous nous installons au village central de
Kantchlou (le Kosroe des cartes!), rsidence des hobereaux du canton,
qui ont droit de basse justice. On nous indique une place de campement
sous des noyers, dans ce qui m'a tout l'air d'un cimetire; mais en
campagne, on n'y regarde pas de si prs. Les tentes sont  peine
dresses qu'arrivent les prsents diplomatiques: des fruits, des
lgumes, du miel. Que peut-on bien dsirer en change? Pas
grand'chose; un peu de ce produit de la civilisation qui a nom en
franais poudre de pyrthre et, dans le jargon anglo-indien des
domestiques, _piou-powder_. On a beau tre un seigneur fodal, on
n'en est pas moins rveill par ses puces.

Le village tait plein d'alles et de venues. Informations prises, il
s'agissait d'un mariage, et les matres de cans font obligeamment les
honneurs du dfil. La marie passa la premire, porte dans une
litire hermtiquement close; puis vinrent les musiciens, tambourinant
avec rage ou soufflant, avec force contorsions, dans des espces de
hautbois. Leur cacophonie me fait excuser l'air ahuri du fianc, un
garon de douze ans, vtu d'oripeaux rouge et or et coiff d'un turban
argent, surmont de l'habituelle aigrette de plumes de hron. Juch
sur un cheval, il reconduit ainsi en pompe la jeune pouse chez ses
parents, en attendant qu'ils soient d'ge tous deux  se mettre
vraiment en mnage.

[Illustration: Autel du temple de Voutanr et accessoires du
culte.--D'aprs une photographie.]

Ici encore, que de lgendes locales! Je m'amuse  les recueillir par
l'intermdiaire du pandit. C'est d'abord les hautes cimes voisines,
encore zbres de neige, que l'on dit hantes de Yoginis, moiti fes
et moiti sorcires; malheur  qui s'gare dans leur retraite
enchante: il y laisse au moins sa raison. On nous conte, entre
autres, un tour de leur mtier, dont on dirait que Rudyard Kipling
s'est inspir dans son Livre de la djangle. Un beau jour,--il y
avait deux ans en 1896,--un Goudjar, en faisant patre son troupeau
dans une prairie alpestre, trouva, assis sur un rocher, un garon de
quinze ans, muet et nu. Il l'emmena  la ziarat de Valtongou o,
depuis trois mois, on le nourrissait aux dpens de la charit des
fidles, quand un homme de Shahabd, venu en plerinage, reconnut son
fils qui tait perdu depuis douze ans. Nul doute qu'il n'et t
drob et nourri depuis ce temps  l'tat sauvage par les Yoginis de
la montagne. C'est encore  Valtongou que rside, pendant les six mois
d't, un nga qui est cens passer l'hiver dans l'Inde. Enfin, avant
de quitter la valle, nous visitons le clbre et fatidique nga de
Rozlou o, parfois, l'on entend, la nuit, se battre  grand fracas des
troncs d'arbres morts! Quelque calamit menace-t-elle le pays, il
trace sur la boue dessche de son lit des signes prophtiques: une
pe annonce la guerre, un van prvoit la famine, mais pour la
_mahmar_, la grande tueuse (le cholra), c'est en traits de sang
qu'est prdite sa venue.

[Illustration: Noce musulmane,  Rozlou: les musiciens et le
fianc.--D'aprs une photographie.]

De Kantchlou  l'entre de la valle du Lidar, il faut, pour
retraverser le Kachmir dans sa largeur, compter trois bonnes tapes et
franchir quatre rivires. Je passe la premire, le Vithavatour, sur de
grosses pierres; arrive au bord de la seconde, la Sandran, je ne suis
pas peu surprise de trouver son lit compltement  sec; comme je
demande o est l'eau, un Kachmiri fait un geste vague: elle est en
train de vaquer  l'irrigation des champs. Quant  la Bringh, elle est
si bien chez elle, qu'il me faut me rsigner  emprunter le dos d'un
coolie pour la traverser. Je rencontre au gu une femme battue et
pas contente, qui s'en allait se plaindre  la police d'Islamabd,
tenant prcieusement dans sa main, comme pices  conviction, les
trois dents qu'une de ses voisines lui avait casses. Tout ceci nous
ramne de Lokabhavan, notre premire halte,  la seconde, prs des
frais ombrages d'Atchibal, o nous retrouvons le gros de nos bagages.

[Illustration: Sacrifice brahmanique,  Bhavan.--D'aprs une
photographie.]

D'Atchibal  Martand, la route court entre des rizires arroses par
l'Arpat. On traverse la rivire sur un pont rustique, fait de deux
arbres jets d'une rive  l'autre, puis recouverts de branchages et de
terre; et bientt on atteint le _karva_. En juillet, la moisson de
bl est dj faite. De grosses meules de gerbes s'entassent prs des
villages; sur les aires, des boeufs foulent les pis pour en faire
sortir le grain. Dans les champs sont encore sur pied le lin dj mr
et la plante annuelle qui fournit le coton (_gossypium herbaceum_).
Dans les mas et le millet picorent de nombreux couples de
tourterelles grises, si peu farouches qu'elles ne se drangent pas
quand nous passons.

[Illustration: Intrieur du temple de Martand: le repos des coolies
employs au dblaiement.--D'aprs une photographie.]

Non loin du village de Martand se dresse ce qui fut, il y a bientt
mille ans, le plus beau temple--ce qui reste encore aujourd'hui les
plus belles ruines du Kachmir. Le site en est magnifique. Le monument
s'lve au pied de la colline,  la naissance d'un de ces grands
plateaux, de formation alluviale, qui bordent comme d'une frange de
falaises toute la ceinture des montagnes et semblent bien tre les
restes du lit d'un ancien lac. Ici le _karva_, de forme triangulaire
et relev  son extrmit, s'avance au-dessus de la plaine comme une
norme proue.  gauche, se prolonge obliquement la chane dentele et
encore neigeuse du Pantsal;  droite, trois ou quatre artes de
montagne se profilent, les unes derrire les autres, de plus en plus
estompes dans l'loignement; et, devant vous, c'est toute l'heureuse
valle, avec les teintes claires de ses rizires, les taches sombres
de ses feuillages, les lacis d'argent de ses fleuves; et ainsi  perte
de vue, depuis les premiers plans qui sont verts, jusqu'aux plus
lointains qui sont bleus. Imaginez enfin tout cela baign dans cette
belle lumire du Kachmir,  la fois si limpide et si vaporeuse, dans
l'air lger des hauteurs. Que ce soit le matin, quand le soleil, se
levant derrire vous, soulve les brouillards de la valle, ou bien le
soir, quand il noie les fonds dans la brume d'or du couchant, il est
peu de plus beaux spectacles; et il ne serait pas moins difficile de
trouver un meilleur cadre  ce merveilleux tableau que les hautes
arches trifolies, bties par Lalitditya  la gloire de sa divinit
favorite, le Soleil.

Plus de mille ans ont pass, et les imposantes murailles sont toujours
debout, au milieu d'une cour rectangulaire, borde d'une colonnade et
flanque de quatre portes, dont la plus monumentale est celle de
l'ouest. Si, le jour, les dbris du temple ont encore grand air, la
nuit, au clair de lune, ils reprennent, comme font souvent les ruines,
un reflet de leur ancienne splendeur.... Ce soir-l, trs haut dans le
ciel d'un bleu de saphir, le croissant tait suspendu, les cornes en
l'air; l'azur fonc du znith se dgradait peu  peu en un gris qui
lui-mme se teintait doucement, pour finir  l'horizon par une large
bande rose. Sous l'ombre croissante, par l'ampleur des croulements et
par la massive lgance de ses lignes, le vieux temple hindou revtait
une majest comparable  celle des ruines romaines. Deux colonnes,
isoles et relies encore par leur architrave, ajoutaient 
l'illusion. Ce n'est pas un des moindres attraits du Kachmir que d'y
retrouver jusqu' des sensations d'Italie.

Au village de Martand, peu d'arbres, partant peu d'ombre. Nous
songeons  tablir notre campement sous un bouquet de sapins, prs des
ruines, mais l'eau potable manque,  moins de nous contenter de celle
de la mare o vont puiser les mnagres, et qui sert d'abreuvoir aux
troupeaux. Nous dcidons d'aller planter nos tentes  Bhavan,  un
mille environ de Martand. Nous y descendons par un chemin trangement
ravin, mais pour trouver bientt l'un des plus beaux campements du
Kachmir.

[Illustration: Ruines de Martand: faade postrieure et vue latrale
du temple. D'aprs des photographies.]

Bhavan possdait autrefois, comme Atchibal et Ver-Ng, un jardin de
plaisance, ainsi qu'en tmoignent les restes d'importants travaux. Au
pied d'une colline presque nue, l'abondante source forme un premier
bassin qui se dverse dans un second plus large, o, sous l'eau
opaline, on voit encore des assises de pierre. De l, le nga, ou mme
les deux ngas,  ce que disent les brahmanes, coulaient par trois
canaux de granit, celui du milieu faisant cascade. L'eau a aujourd'hui
dsert les canaux ruins, elle s'gare parmi les capillaires en une
srie de cascatelles et s'chappe par un tunnel qu'elle s'est creus.
C'est l,  la fracheur des eaux vives, sous les platanes sculaires
formant une vote haute comme celle d'une cathdrale et laissant
passer une lumire tamise d'un doux vert ple, qu'est tabli notre
camp.

Ma premire visite fut pour la source o d'innombrables poissons
vivent des offrandes des fidles. Les brahmanes de l'endroit en font
autant. Bhavan est, en effet, un grand lieu de plerinage.  certaines
priodes, les Hindous du Kachmir et mme du Pendjb s'y rendent en
grand nombre, pour clbrer des sacrifices funbres en l'honneur de
leurs anctres morts. Voici,  ce propos, la lgende qui me fut
conte: Au commencement des temps, Aditi, femme de Kayapa, avait dj
mis au monde douze fils, appels Adityas, du nom de leur mre, et qui
sont douze dieux solaires prsidant aux douze mois. Elle pensa qu'il
n'y avait rien de bon  attendre d'une treizime grossesse, et elle
jeta un dernier oeuf dans le lac qui recouvrait alors le Kachmir.
Toutefois, cet oeuf ddaign finit par clore, et il en sortit un
pauvre petit avorton de soleil qui reut le nom de Martand, parce
qu'il tait n d'un oeuf qu'on avait cru mort. Tout malingre qu'il
ft, il alla bravement trouver son pre et sa mre, et leur dit: Vous
avez donn un mois  chacun de mes frres, j'en veux un pour ma part.
Le cas aurait pu tre embarrassant. Mais il faut savoir que les
brahmanes se servent  la fois d'un calendrier lunaire et solaire. Or
douze mois lunaires ne font que trois cent cinquante-quatre jours,
tandis qu'une anne solaire en compte trois cent soixante-cinq et
quelques heures: il en rsulte que tous les deux ans et demi le
calendrier lunaire est en retard d'un mois sur le solaire. On compense
cette diffrence en intercalant un mois lunaire complmentaire. C'est
ce mois que Martand reut en apanage: aussi bien n'a-t-il t invent
que pour cela; enfin, ce mois intercalaire est consacr au culte des
_pitris_, des pres, c'est--dire des anctres morts. On conoit que
les crmonies seront infiniment plus mritoires si on les accomplit
au lieu mme qui fut le berceau du dieu de ce mois.

Il faut voir avec quel empressement, au retour de chaque saison
sainte, les deux cents ou deux cent-cinquante brahmanes officiants ou
pourohitas de Bhavan vont  la rencontre des plerins de l'Inde,
munis, si l'on peut dire, de leur livre des visiteurs. C'est une
liste de tous ceux pour qui ils ont dj offici. Quiconque peut avoir
une vague parent avec l'une des personnes inscrites leur appartient
de droit. Ils s'en emparent sur le champ et le plerin ne se tirera
pas de leurs mains sans y laisser quelques plumes. C'est, pendant tout
un mois, une priode d'abondance. On prtend que les poissons mme du
Ng, trop gavs, refusent les grains de riz et de mas grill qu'on
leur jette. Mais il ne s'agit pas seulement, pour _pourohitas_ de
faire bombance, il leur faut aussi songer  conomiser pour l'avenir.
Chacun d'eux compte bien mettre de ct quelques centaines de roupies.
tant donn que, sauf cas de disette, deux ou trois roupies par mois
suffisent  nourrir un homme, et quatre ou cinq par an  le vtir
confortablement, cela leur permettra d'attendre sans trop d'impatience
le prochain plerinage. Cette anne-l, une pauvre petite veuve de
quinze ans avait donn  elle seule, pour le salut de son mari, deux
cents roupies: on se montrait le brahmane  qui tait chue cette
bonne aubaine. Un autre vint m'avertir qu'il tait le _pourohita_ en
titre des Sahebs et m'invita d'office  m'inscrire sur son livre
contre argent comptant. Car il n'est de pires mendiants au monde, et
il est curieux d'observer combien les Hindous les mprisent tout en
les employant. Pour un brahmane de bonne maison, le nom de _pourohita_
serait une vritable injure.

[Illustration: Place du campement sous les platanes, 
Bhavan.--D'aprs une photographie.]

Mais, en somme, il faut bien que tout le monde vive, et ces pauvres
gens ont aussi leurs qualits. Ainsi, mon soi-disant aumnier hindou
me fut trs prcieux: il fit toutes mes commissions, se chargea de
veiller au ravitaillement et  la rparation du mobilier du camp
pendant mon sjour  Bhavan, et m'indiqua le meilleur four du village
o faire cuire la ptisserie. Enfin, ils prouvent le besoin de mettre
leur conscience en repos en rendant  la divinit une partie de ce
qu'ils ont pris aux fidles. Avec le mois intercalaire, leur saison
venait de finir. Le 28 juillet 1896, ils se cotisrent pour clbrer,
en manire d'action de grces, une sorte de sacrifice pique-nique.
Sous un beau platane, au bord de la rivire, on avait tabli un petit
bcher carr; et tout le jour on jeta dans les flammes des fleurs, des
fruits, du beurre fondu ou _gh_, du miel, du riz, du mas, sans
compter du sucre candi et autres douceurs du mme genre. Au pied de
l'arbre, les chanteurs de textes sacrs ne se taisaient point, et
toujours revenait le Svaha monotone accompagnant le geste machinal
de l'officiant. S'il faut tout dire, je contribuai aussi de mon obole
au sacrifice; mais, en retour, je fus autorise de la meilleure grce
du monde  en prendre des instantans: l'un d'eux vient de passer sous
les yeux du lecteur.

[Illustration: La Ziarat de Zan-Oud-Din,  Eichmakam.--Photographie
Bourne et Shepherd,  Calcutta.]

 propos de _pourohitas_, j'ai t,  Bhavan, tmoin d'une petite
comdie assez amusante. J'ai dit que j'avais engag les services d'un
pandit de Srnagar. Un jour qu'il prenait le frais prs des tentes, 
l'ombre des beaux platanes, nonchalamment pelotonn au creux de son
sige favori,--une vieille chaise de bord transforme en chaise de
camp,--accourt un brahmane de l'endroit qui jette son turban  ses
pieds. Il n'est pas de faon plus solennelle de faire appel  la
charit de quelqu'un, ni de se mettre sous sa protection, corps et
me. Or c'est de l'me que souffrait le pauvre homme. Voici son
histoire telle que le pandit me la conta. Ce brahmane, un peu sot,
avait une femme trs jolie et un mchant voisin; celui-ci lui prit
celle-l. Les personnes soucieuses de sauver l'honneur de la
corporation prtendirent qu'il l'avait enivre dans du lait, sur le
chemin, un jour qu'elle se rendait chez son pre; puis, la jetant dans
un bateau, il l'avait emmene jusqu' Srnagar, o il la garda quelque
temps. Un beau matin, la panditn reparut au village, et son mari,
bonnement, la reprit chez lui. Jusqu'ici l'aventure est banale. Le
plaisant de l'affaire, c'est que le voisin tant musulman, la femme
avait perdu sa caste en sa compagnie, et que le pauvre brahmane
tomba  son tour de la sienne pour avoir accueilli au pigeonnier le
retour de la voyageuse. Aucun de ses collgues ne voulait plus
s'asseoir  sa table, ni rien accepter de sa main. Ses malheurs
domestiques se compliquaient d'excommunication majeure. Il y avait
bien de quoi faire rouler son turban dans la poussire. Toi,
disait-il, tu es un pandit de la ville; sage et savant, tu connais les
textes sacrs; fixe ma pnitence et sois mon arbitre. Je ferai tout ce
que tu auras dcid. Ces flatteries allrent, sans doute, au coeur du
pandit, qui aussitt mit sa plus belle robe pour aller confrer de
l'autre ct du ruisseau avec les _pourohitas_ runis en assemble
plnire. Puis il passa tout le reste du jour  laborer,--en
sanscrit, s'il vous plat,--son arrt de justice, en y joignant tous
les considrants appropris. Il ne manqua pas, avec les explications
ncessaires, de m'en donner la primeur, tant il semblait ravi de la
sagesse de sa sentence. La femme tait condamne  observer le voeu de
_pruajpati_. C'est une sorte de neuvaine. Les trois premiers jours,
on ne doit manger qu'une fois le soir, les trois suivants seulement le
matin, et, les trois derniers, rien autre que ce que l'on reoit en
don. En somme, on n'en meurt pas; mais il parat qu'il est crit qu'il
ne faut imposer aux femmes, aux enfants et aux vieillards que des
pnitences lgres. Pour le mari, le pandit fut sans piti. Il tait
d'autant moins dispos  le mnager qu'il tenait pour certain que son
cas ne pouvait tre que celui d'un imbcile ou d'un mchant homme; en
quoi il exagrait. Toujours est-il que le pauvre brahmane en avait
pour trois jours  ne cesser de rpter sans manger ni dormir, le nom
bni de Rm! Rm!. Aprs quoi, purifi par l'nonciation continue
des divines syllabes et l'absorption des cinq produits de la vache
(lait, petit-lait, beurre fondu et deux autres sur lesquels il est
prfrable de ne pas insister), il ne lui restait plus qu'
s'endetter, pour offrir  tous ses collgues brahmaniques un grand
banquet auquel on lui ferait l'honneur de prendre part. Il en advint
comme l'oracle de la grande ville l'avait dcid dans sa sagesse; et
c'est ainsi que le pandit de village dut faire pnitence pour les
pchs de sa panditn.

 cinq lieues au-dessus de Bhavan, faisant face  la grande valle,
Eichmakam (le sjour des dlices) tage au flanc de la colline ses
maisons domines par les vieilles murailles de sa ziarat. On dirait un
village d'Ombrie; la ziarat, avec sa loggia italienne, ajoute encore 
la ressemblance, que sa flche de pagode n'arrive pas  dtruire.
C'est le sanctuaire de Zan-oud-din, l'un des disciples du grand saint
national du Kachmir, Nour-oud-din. Il est tenu en grande vnration,
surtout par les bateliers, qui y conduisent leurs enfants quand le
moment est venu de couper leur premire mche de cheveux. Ils amnent,
en mme temps, volailles et bliers, qu'ils tuent et mangent sur
place. On assure que plus de deux cents personnes vivent ainsi des
offrandes des fidles. Le mode de rpartition est des plus simples:
chacun des moullas,  tour de rle, encaisse la recette du jour.

La ziarat domine les noyers sous lesquels on campe. On prend pour y
monter l'unique rue, mi-raidillon, mi-casse-cou, borde d'choppes
capricieusement alignes. En haut de ce bazar de village, un escalier
conduit  la porte o quelques vieux moullas s'agitent  votre
arrive, pendant que le frre portier, assis prs du gong qu'il frappe
pour sonner les heures, tend la main tout comme un sacristain italien.
Deux des cts de la cour rectangulaire sont occups par la galerie
(j'allais dire le clotre), les deux autres par des constructions et
l'entre du sanctuaire. C'est une toute petite grotte taille en plein
roc,  peine assez grande pour contenir cinq ou six personnes. Le
moulla, dont c'tait le jour de recette, tait accroupi prs d'une
sorte de grande cage de bois noir cache sous une housse de cotonnade
peinte et malpropre. C'est le cnotaphe du Saint. Aprs sa disparition
miraculeuse, on a retrouv,  cette place, sa lance, sa guirlande et
son pain.

Avant de les laisser quitter la ziarat, on exhibe aux visiteurs ces
reliques et quelques autres;  la longue lance s'est joint un joli arc
en fer forg et articul; la guirlande est faite d'une dizaine de
galets de la grosseur d'un petit oeuf, percs au milieu et enfils 
une cordelette; le fameux pain ressemble  un biscuit ptrifi; vient
enfin une sandale de bois et jusqu'aux cornes de la chvre du Saint.
Il faut voir avec quelle dvotion prtres et plerins les baisent et
s'en frottent les yeux. Je fus encore plus surprise de l pieuse
dfrence avec laquelle notre brahmane vnre ces reliques d'un saint
mahomtan. Il gobe visiblement toutes les histoires qu'on lui conte et
qu' mesure il me traduit; aussi bien la plupart empruntent au terroir
une saveur beaucoup plus hindoue que musulmane, et il est fcheux que
la place me manque pour les rapporter. Qu'il suffise de dire que ces
suppts de l'islam, dont quelques-uns ont des ttes dignes de
Rembrandt, se donnent bnvolement le titre de rishis, emprunt aux
plus anciennes traditions de l'Inde. En ralit, pandits ou musulmans
du Kachmir sont de la mme mouture et bons  remettre ple-mle dans
le mme sac. Quitter Bhavan pour Eichmakam, c'est tomber de brahmanes
en moullas.

  (_ suivre._)                         Mme F. MICHEL.

[Illustration: Nga ou source sacre de Bhar, entre Bhavam et
Eichmakam. D'aprs une photographie.]

Droits de traductions et de reproductions rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--4e LIV.          N 4.--28 Janvier 1905.

[Illustration: Maisons de bois,  Palgm.--Photographie Bourne et
Shepherd,  Calcutta.]




L'T AU KACHMIR[3]

          [Note 3: _Suite._ _Voyez pages 1, 13 et 25._]

Par Mme F. MICHEL.

     IV.--Le plerinage d'Amarnth.--La valle du Lidar.--Les plerins
     de l'Inde.--Vers les cimes.--La grotte sacre.--En _dholi_.--Les
     Goudjars, pasteurs de buffles.


[Illustration: Palanquin et porteurs.]

Des quatre torrents de montagne, qui se runissent prs d'Anantng ou
Islamabd pour former la rivire matresse du Kachmir, le plus
considrable est, sans contredit, celui du Lidar. C'est aussi celui
dont la valle est la plus pittoresque, et runit le plus
d'attractions. Quinze lieues durant, du haut des glaciers originels
jusqu'aux plus prochaines rizires, d'abord il dvale en ruisseaux
laiteux, sur les pentes nues des sommets, puis rugit de roc en roc, au
creux de gorges magnifiquement boises, pour s'taler enfin, vif et
clair, en maints lits sems de cailloux,  travers la plaine largie.
Si tant d'cume et de bruit venait  sembler monotone, le dcor a des
figurants varis  souhait. Des centaines de plerins, arrivant de
tous les coins de l'Inde, remontent  chaque mois d'aot le cours
entier du torrent, jusque par del ses sources, avec leur cortge
oblig de brahmanes et de coolies kachmiris. Leur route est toute
jalonne de surprenants sanctuaires, les uns construits de main
d'homme et les autres simples jeux de la nature, temples ruins,
sources sacres, rochers divins ou lacs de mystre, et dont chacun a
sa lgende et sa particulire vertu. C'est ainsi que la valle du
Lidar s'accommode aux gots de tout le monde; il y a place pour le
pcheur  la ligne, pour l'amateur de ruines et de paysages, comme
pour le curieux d'humanit. Aussi, n'est-il pas tonnant que le nombre
des visiteurs aille croissant chaque anne; quelques-uns mme,
dlaissant les plaisirs sportifs de Goulmarg, la station d't
officielle, ou reculant devant le long voyage de Sonamarg,
s'tablissent, pour laisser passer les grandes chaleurs, aux alentours
de Palgm; comme eux, je prfrai le paisible village des bergers
 la prairie d'or et mme  celle des roses.

Dj nous avons visit ensemble toute la partie basse de la valle,
depuis Bhavan, fertile en brahmanes, jusqu' Eichmakam, riche en
moullas. Aprs ce dernier village, la valle s'trangle subitement et
dsormais la route suit le bord du Lidar. La rivire, elle-mme au
lieu de former un inextricable rseau de ruisseaux--dans la traverse
d'Eichmakam  Sallar, j'en ai compt une quarantaine,--ne coule plus
que dans un seul lit, roulant dans ses rapides cumeux d'normes
troncs de dodars et de sapins.

Nous arrivons  Bhatkote sous une belle averse. En attendant que les
tentes soient debout, je cherche un abri sous la vranda de la petite
mosque. C'est, comme dans tous les villages, un btiment fort
misrable et dlabr. Le Kachmiri musulman se soucie moins d'Allah que
des saints locaux et frquente les ziarats de prfrence aux mosques.
Je ne trouve, comme sige, que le cercueil qui sert  porter en terre
tous les morts des environs.

Pendant ce temps, une scne pique se passait sous les beaux noyers du
campement. Bhatkote est habit par des _maliks_, des seigneurs du
chemin, sans doute descendants de quelque petit rdja commandant
autrefois dans la valle. Tout musulmans qu'ils soient, il leur reste
le privilge de conduire les plerins hindous  Amarnth et
d'encaisser le quart des offrandes. Un trs vieux chef, sinon le
plus vieux du village, se trouve bientt aux prises avec le pandit.
Celui-ci demandait du riz que celui-l refusait nergiquement, jurant
par sa barbe et par le Coran qu'il n'y en avait pas un grain dans le
village. Le pandit qui, sur ce chapitre, n'entend pas la plaisanterie,
menaait le vieillard de son bton. La menace n'tait pas srieuse; le
bonhomme en fut pourtant si effray que, dfaillant, il dut
s'accroupir au pied d'un arbre pour ne pas tomber, tant il tremblait,
cependant que le _tchaukidar_ (garde-champtre), pour calmer la colre
plus feinte que relle du pandit, lui prenait la barbe  la manire
antique en l'appelant baba-dji (vnr pre).

Une heure plus tard, le vieux malik, ayant coiff un beau turban et
endoss une robe verte, vint me donner ses _salms_ et m'offrir tout
ce dont nous aurions besoin: volailles, beurre, lait, oeufs et
lgumes,--pour un bon prix, bien entendu. Aprs quoi, il m'informa
qu'il tait un trs vieil homme et qu'on avait tent de l'assassiner
quand,  l'arrive, il venait pour me saluer.... J'eus quelque peine 
lui faire entendre raison. Comme  Bhatkote on dit dfinitivement
adieu aux ternelles rizires, mes gens dsiraient lgitimement
augmenter, avant d'entrer en montagne, leur provision pourtant dj
considrable de riz. En exhibant les parvanas,--les lettres de
rquisition dont nous nous tions munis  Srnagar,--ils finirent par
en obtenir un peu, mais au prix de 8 _srs_ (un _sr_ est d'environ
800 gr.)  la roupie, ce qui semblait un vol au pandit qui  Bhavan en
obtenait seize pour le mme prix, et vingt-quatre  Islamabd.

Aprs Bhatkote, la scenery, comme disent les Anglais, devient de
plus en plus sauvage; en certains endroits, la Valle se transforme en
une vritable gorge, ne laissant de place qu'au sentier et au torrent.

[Illustration: Ganech-Bal sur le Lidar; le village hindou et la roche
miraculeuse.--D'aprs une photographie.]

Un peu plus haut, elle s'largit de nouveau, et l'on arrive 
Ganech-Bal. Le petit village de ce nom est partag en deux par la
rivire. Sur la rive gauche et sur les premires pentes, trois
maisons, dans quelques champs de mas (_makhi_) et de bl noir
(_troumba_), forment le village musulman. De l'autre ct, au ras de
l'eau, deux maisons pour les pourohitas et quelques _baradris_ ou
pavillons de planches, pour les plerins: c'est le village hindou.
L'endroit n'en est pas moins clbre  cause de l'image du dieu auquel
il doit son nom. N'allez pas croire qu'il s'agisse d'une statue, mais
cherchez avec les yeux de la foi, au milieu des rapides de la rivire,
une roche que l'eau courante a vaguement modele en forme de tte
d'lphant: voil Ganech!

Au moment du plerinage, quelques judicieuses applications de minium,
laissant deux taches noires pour figurer les yeux, soulignent
heureusement la ressemblance. C'est, en somme, une de ces images
_svayambhou_ (c'est--dire nes d'elles-mmes, naturelles) qui sont si
frquentes et si vnres au Kachmir. D'aprs les brahmanes,
Bout-Shikan, l'iconoclaste, dans sa tourne de destruction, entendit
parler de cette image et rsolut de la dtruire aussi. Il se mit donc
en route.  la premire halte, la nuit, Ganech lui apparut et lui
parla: Ne va pas plus loin; je te touche les genoux en signe. Et si
cela ne te suffit pas, demain matin, regarde le Lidar: il roulera
rouge. Il en fut ainsi; mais l'incrdule ddaigna cet avertissement
du ciel; aussi, avant mme d'arriver  l'image, prit-il avec toute
son escorte sous les aiguillons d'une nue d'abeilles. Le dixime jour
de la quinzaine claire de _rvan_ (aot), en leur chemin pour
Amarnth, les plerins s'y arrtent. On fait un pont de planches de la
rive  l'idole. Les fidles lui offrent des gteaux de farine et de
miel, puis en donnent aux brahmanes du lieu, et enfin en mangent, s'il
en reste.

[Illustration: Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la valle du
Lidar au-dessus de Palgm. Vue prise de Ganech-Bal. Photographie Jadu
Kissen,  Delhi.]

 partir de Ganech-Bal, les emplacements de camp abondent jusqu'
Palgm. Sur les anciennes berges de la rivire, situes  prsent bien
au-dessus du lit actuel, les tentes des Sahebs font de nombreuses
taches blanches sous les pins bleus et les sapins d'argent,--le
_kairou_ et le _soungal_ des Kachmiris, les _pinus excelsa_, et _abies
webiana_ des botanistes. Il va de soi qu'avec un pareil afflux
d'Europens, les ressources des hameaux voisins sont vite puises. Il
faut avoir au moins deux coolies faisant la navette, pour le
ravitaillement et la poste entre Islamabd ou Srnagar et le
campement. Qui dira jamais les surprises que mnage le retour de ces
commissionnaires improviss!

Palgm parpille ses maisons de bois au pied de l'norme massif
neigeux du Kolahoi,  la bifurcation des deux principales branches du
Lidar. C'est la branche de droite que remonte vers le nord-est la
route d'Amarnth. L'poque traditionnelle de la visite de la fameuse
grotte est proche, et, le 17 aot, nous faisons nos derniers
prparatifs pour l'excursion.

Nous commenons par confier au lambardr le gros de nos bagages, pour
n'en garder que tout juste le ncessaire: les tentes et leur mobilier
indispensable, la batterie de cuisine, des vivres pour quinze jours et
des vtements chauds. Tout compte fait, il reste encore quinze
charges; il nous faut donc quinze porteurs. S'il est facile de trouver
des coolies pour vous conduire d'une tape  l'autre, c'est une tout
autre affaire quand il s'agit de les garder, une semaine ou deux, loin
de leurs villages et de leurs champs.  l'appt d'un bon salaire et
d'une indemnit quotidienne de nourriture (_rasad_), il convient
d'ajouter une douce pression officielle pour achever de dcider les
plus hsitants. Toutes les autorits du village taient convoques, ce
matin,  cet effet, et discutaient ferme, c'est--dire qu'elles
criaient toutes ensemble. Enfin, le lambardr d'Eichmakam, qui est en
mme temps le jelladar de toute la valle, s'emploie  trouver les
quinze coolies qu'il nous faut. Son obligeance n'est pas absolument
dsintresse, et ce gros personnage sollicite, comme rcompense, des
bouteilles et des botes de conserves vides. Entre temps, il expdie
son _dk_ ou courrier, un bout de papier pli trs troit, pinc dans
la fente d'une baguette, que ses administrs se repassent de main en
main, jusqu' destination: le plus tonnant, c'est que ces lettres
arrivent.

Comme la pleine lune approche, nous voyons toute la journe dfiler
nombre de ces religieux mendiants que l'on appelle _sdhous_; s'il
s'agissait de musulmans, on les appellerait des fakirs. Les uns sont
plus ou moins vtus de cotonnade orange, les autres affubls de robes
semblables  des habits d'arlequin; quelques-uns, presque nus, ont le
corps frott de cendres. Tous sont porteurs d'un bol  aumnes, tantt
en cuivre, tantt fait d'une noix de coco ou d'une courge. L'un d'eux
avait plant le sien en guise de coiffure sur ses cheveux roux,
dcolors par la cendre; c'tait  peu prs tout son vtement. Outre
les sdhous qui, pour la plupart, viennent de l'Inde, des familles
entires de brahmanes montent de Srnagar, hommes, femmes, et mme
quelques enfants, dont certains encore  la mamelle. Tout ce monde ne
dpassera pas Palgm avant deux jours.  ce moment, le surintendant de
police donnera le signal, et un sdhou, portant la bannire, se mettra
en marche vers Amarnth; tout le monde suivra.

En attendant, ils campent dans une sorte d'le forme par deux bras de
la rivire. Nous sommes naturellement alls les voir. Ils ont des
tentes de tout genre, la plupart de simples abris drlement fabriqus
avec trois btons coups dans la djangle, et un morceau de mauvaise
toffe. La palme appartenait sans conteste  un ascte presque nu,
dont le logis avait pour dme un parapluie, et un chle comme mur de
clture. Un autre, trs vieux, portant une longue barbe blanche en
pointe, l'air martial, trs causeur, nous prsente ses trois disciples
et nous conte qu'il vient de Patiala, l'un des tats indignes du
Pendjb; nous prenons rendez-vous, l-haut,  la grotte.


Tannin, 18 aot.

[Illustration: Valle d'Amarnth: vue prise de la grotte.--D'aprs une
photographie.]

Nous voici  Tannin depuis deux heures; le temps de souffler et de
dner. L'tape est rude depuis Palgm. Nous sommes partis ce matin 
sept heures aprs un dernier bandobast, l'achat de quelques paires
de _poulahor_ ou sandales faites d'herbes tresses, et de _kangris_,
la chaufferette nationale des Kachmiris. Deux paires de chaussures et
un kangri cotent 3 annas (30 centimes).

Tout le monde tait en mouvement dans le camp des plerins. Les uns
dmolissaient leurs abris pour se draper dans la pice d'toffe qui,
la nuit, leur servait de maison. D'autres, trs affairs, allumaient
de petits feux. Les plus matineux allaient  la rivire teindre le
bois qui devait leur servir le soir.

Les ponts rustiques passs, nous avons suivi, au flanc de la montagne,
un sentier abrupt, juste assez large pour une personne. Deux heures
aprs, nous tions  Preslang, misrable village, le dernier de la
route et o l'on ne peut rien trouver.

 mesure qu'on avance, la valle devient de plus en plus belle et
sauvage. Le torrent se prcipite entre des rochers normes, formant,
en certains endroits, jusqu' trois tages de cascades. Sur la rive
gauche, les hautes montagnes neigeuses sont couvertes de sapins,
tandis que la rive droite, expose au sud, est nue. Elle rachte sa
nudit par les fantastiques dcoupures de ses pics granitiques. Ici,
une mince aiguille, pointant droit vers le ciel, semble un clocher,
tandis qu' ct, on croirait voir quelque chteau fort ruin ou bien
encore le porche d'un grand temple.

Nous sommes camps au confluent de deux torrents, une rduction de
Palgm en plus sauvage, dans une clairire borde de pins et de
bouleaux. Les tentes sont comme adosses  la montagne que nous
gravirons demain, ds l'aube. En attendant, ce soir, la lune claire
le grandiose paysage, baignant de lumire le haut des falaises et les
pics qui, de tous cts, mergent des masses sombres des forts.

[Illustration: Pandjtarni et le camp des plerins: au fond la passe du
Mahagouxas.--Photographie Jadu Kissen,  Delhi.]


Zodji-Pl, 19 aot.

Au sortir du campement, nous avons commenc l'ascension de Pich-bal,
la bien nomme montagne de la Puce. C'est une falaise, haute d'au
moins 500 mtres, et presque  pic. Le sentier monte tout droit dans
les pierres, par le chemin de l'eau,--bien entendu quand elle
descend pendant la fonte des neiges. C'est  peine si, de ci, de l,
il esquisse quelques zigzags; ou bien des roches forment de hautes
marches, sur lesquelles on se hisse comme on peut. Vus d'en haut, nos
pauvres coolies faisaient piti. Penchs vers la terre, sous le faix
des _kiltas_ et des tentes, qui ressemblaient assez  de grosses
coquilles brunes ou blanches, ils se tranaient pniblement, pareils 
des escargots malades. La ligne des arbres tait dj dpasse, et
tout le monde se plaignait, plus ou moins, des nauses et des
vertiges, premiers symptmes du mal des hauteurs.

Mais cette sorte de gigantesque seuil franchi, quelle joie pour la
caravane de s'affaler pour souffler dans l'herbe fleurie! Nous avions,
en effet, atteint le _marg_. La grande prairie alpestre ressemblait 
un immense jardin rustique, o poussaient, ple-mle, pieds
d'alouette, sainfoin, fumeterre, myosotis, campanules, prles, et, a
et l, de grosses touffes de chardons jaunes, dont la tige atteint
jusqu' 3 mtres. Voil une bien plate numration; mais avec quels
mots rendre le charme virginal et la fracheur de ces plantes des
cimes, qui ne fleurissent que pour Dieu?

Le sentier court,  prsent,  mi-cte, le long de la pente herbeuse,
dans une sorte de large val.  gauche, au-dessus de nos ttes,
surplombent de hautes falaises dchiquetes et convulses, qui
semblent vouloir nous craser au passage.  droite, au-dessous de
nous, la rivire s'engouffre sous des tunnels de neige ou s'en chappe
en cascades, remplissant ces votes naturelles de poussire d'eau et
de bruit.  et l, quelques bouleaux s'enttent encore  pousser.
Beaucoup sont couchs  terre par les avalanches, et leurs branches
tordues et sans feuilles rampent comme des serpents d'argent.
Ailleurs, tout un groupe chevle ses branches nues, mort sans doute
sous le couteau de l'corceur. Par places, seulement, ils ont gard
leur beau feuillage vert sombre.

Soudain, sur la rive droite, une chappe s'ouvre sur de glorieux
glaciers; nous campons juste en face, dans la prairie qui prte  nos
tentes son moelleux tapis. Mais avec la nuit, la pluie et le froid
tombent, et, pour nous chauffer, nous n'avons qu'un feu de bois de
bouleau qui, lentement, noircit, et, par instants, fuse en tincelles,
sans flamber.


echa-Ng, 20 aot.

Ce matin, il nous a fallu escalader encore un nouveau gradin
montagneux, un peu moins haut, mais non moins rude. Nous nous levons
ainsi d'une marche par jour, comme des nains par un escalier de
gants. D'arbres, il n'en est plus question, sauf quelques buissons
rabougris de genvriers, qui se terrent dans le creux des roches.

Nous atteignons enfin le bord d'un lac. Il n'est autre, parat-il, que
le nga qui, jadis, demeurait prs de Bidj-Bihara, et qui s'est
retir, par dgot du monde, dans ces solitudes glaces. Ng ou lac,
l'aspect en est sinistre et grandiose. Il remplit de son eau vitreuse
une coupe ovale, borde de pics rugueux;  la tte, un grand glacier
ferme une large chancrure que domine, casque de neige, la cime noire
du Koh-i-Nour.

J'cris, emballe dans une fourrure, avec un _kangri_ sous mes pieds;
pourtant, le soleil n'est pas couch. Il me cuit la joue droite, la
gauche gle. J'avais lu quelque chose de semblable dans un rcit de
voyage au Tibet, et je ne pouvais y croire. C'est une premire
exprience, comme d'ailleurs celle du _kangri_, mais celle-ci plutt
agrable. Quand je lve les yeux, je ne vois autour de moi que de la
roche et de la neige. C'est toute l'aridit des bords de la mer encore
amplifie. Les nuages remplissent la gorge troite par laquelle nous
comptons nous chapper demain du cirque de montagnes qui nous entoure;
on les voit s'abaisser avec le soir le long de leurs flancs. Bientt,
ils seront sur nous. Quand les coolies se taisent, on n'entend plus
que la rumeur des ruisseaux qui, de tous cts, dvalent des glaciers
sur les pentes, et le coup de sifflet aigu des marmottes, dchirant
l'air de temps en temps. On a tout  fait l'impression d'un paysage
ternel, tel qu'il restera jusqu' la consommation des ges, alors que
la terre ne sera plus qu'un astre mort; et c'est comme si nous
touchions les extrmits dj refroidies de la plante.

[Illustration: Cascade sortant de dessous un pont de neige entre
Tannin et Zodji-Pl.--D'aprs une photographie.]


Kl Nr, 21 aot.

En nous rveillant, ce matin, nous avons trouv toutes les cimes
d'alentour poudres de neige frache. Une pluie glace tombe sur nous.
Voici pourtant les plerins qui arrivent  la file indienne. Ils sont
pitoyables  voir ainsi, demi-nus et grelottants sous leurs minces
vtements de coton. Certes, le premier qui mit  la mode le plerinage
d'Amarnth avait le sens et le got du pittoresque, mais surtout il ne
manquait pas de courage. C'est bien une autre affaire pour ces pauvres
gens que pour nous, qui sommes relativement confortables. Au fond,
ils y risquent leur vie, et, dans les mauvaises annes, beaucoup
prissent de froid. Il est vrai qu'ils ont, pour les soutenir, la foi
et l'espoir de voir iva face  face, motif plus entranant, sinon
mme plus excusable, que ma curiosit.

Profitant d'une claircie, nous nous dcidons,  notre tour,  partir.
Nous dbutons par passer un torrent sur un pont de neige; c'est
dcidment plus solide qu'on ne croirait. Et voici d'autres ruisseaux
qui nous barrent la route. Il serait tonnant de rencontrer tant d'eau
 de telles hauteurs si les inpuisables rserves des glaciers ne se
dressaient encore bien au-dessus de nous.

Des cris dsesprs: c'est un coolie, tal au beau milieu du torrent,
qui beugle lamentablement en se raccrochant  une pierre. Ses
camarades accourent  son aide et le ramnent au bord. Naturellement,
sur les quinze, c'est celui qui portait le lait et le sucre qui est
seul  prendre ce bain forc. Par bonheur, la _kilta_ ferme bien, et
notre provision d'picerie est sauve. Quant au lait qu'il portait  la
main, c'est une offrande involontaire aux ngas de la contre.

[Illustration: Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac
echa-Nag.--Photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

L'incident clos, on se hisse encore, en prenant la montagne en flanc,
pour gagner la passe du Mahgounas, du grand Serpent. Elle est
couverte de neige, ce qui n'a rien de surprenant; nous sommes  14000
pieds d'altitude. Nous peinons dans les pierres boules: une moiti
de montagne est tombe dans la passe; le pandit veut qu'un coup de
foudre ait dtermin l'boulement. Beaucoup de pierres sont arranges
par trois ou quatre, en sorte de petites maisons comme les enfants en
construisent. Chaque plerin en btit une et y dpose un sou, que les
maliks de Bhatkote ramassent ensuite. Nous montons toujours.  et l,
quelques edelweiss se montrent. Rien ne saurait rendre l'aspect dsol
de cette passe entre ses deux murailles de granit sous le ciel gris;
le vent qui la balaie nous glace jusqu'aux os. Un cairn en marque le
fate; nous accomplissons en passant le rite d'ajouter notre pierre au
monceau. Puis nous descendons le long de pentes glissantes et
couvertes d'herbes dans une nouvelle valle, semblable  celle que
nous venons de quitter, mais oriente, celle-ci, vers le nord, et qui
dverse ses eaux, non plus dans le Lidar, mais dans le Sind.

[Illustration: Grotte d'Amarnth.--Photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

La pluie nous a rattraps en chemin; la voil bientt qui se change en
neige fondue, puis en neige vritable. Les coolies sont bien loin
derrire. Nous nous arrtons  la premire place o l'on puisse songer
 camper, prs de Kl-Nr, la gorge de l'Ibex. J'attends l deux
mortelles heures, sous la neige, les tentes, qui n'arrivent toujours
pas. Les voici enfin, on les monte  la diable. Rien  tirer de nos
gens. Les domestiques hindous, qui n'avaient jamais vu tomber de
neige, sont positivement atterrs. Les coolies, qui ont pourtant de
bonnes couvertures de laine, pleurent, disant qu'ils vont tous mourir.
Deux d'entre eux manquent  l'appel, et la nuit vient. Deux autres de
leurs camarades consentent, moyennant un gros _bakchich_,  se mettre
 leur recherche. Pour comble, pas de bois pour faire du feu; tout au
plus peut-on, avec une lampe  alcool, me prparer une tasse de th.
J'ordonne une distribution gnrale de sucre, qui est considr ici
comme un aliment chaud, je fais mettre les coolies sous la double
toile et jusque dans les bathrooms des tentes, o, toute la nuit,
ils grognent, grouillent, geignent, accroupis sur la terre dtrempe
de la prairie. Les pieds de mon lit de camp s'y enfoncent, pendant que
les btons de la tente plient et craquent sous le poids de la neige
qui charge la toile.


Pandjtarni, 22 aot.

La neige a continu  tomber une partie de la nuit; mais ce matin,
quel beau soleil tincelait sur les neiges nouvelles, et avec quel
plaisir btes et gens s'y chauffaient! Cela a rendu courage  tout le
monde, et il se trouve qu'aprs tout personne, pas mme les poulets
que nous tranons aprs nous, n'est _mar-gaya_, all mort.

[Illustration: Astan-Marg: la prairie et les bouleaux.--D'aprs une
photographie.]

L'tape qui nous reste  fournir est, d'ailleurs, fort courte. On
continue  descendre le long de la mme valle, toute fleurie
d'immortelles et de gentianes, en traversant cinq fois le torrent qui
serpente au fond. Les marmottes, assises au bord de leurs trous, nous
regardent passer. En face de nous, derrire quelques montagnes nues,
se dresse le pic d'Amarnth, terme de notre excursion et but du
plerinage. Dj, ce rocher que nous longeons n'est autre que le
tambour de iva. Les plerins ont soin de le faire rsonner au
passage, en le frappant d'un galet. Presque aussitt on arrive 
Pandjtarni. Les cinq rivires coulent dans un immense lit, moiti
rocaille, moiti prairie, descendant de deux beaux glaciers,
curieusement stris. Nous ne sommes heureusement pas obligs, comme
les plerins, de prendre un bain frapp dans chacune d'elles. Nous
installons notre campement au bout de la prairie, prs de l'endroit o
les cinq rivires se runissent pour former le Sangam (confluent). 
cette place, la haute valle s'trcit de nouveau, et par la porte
ouverte de ma tente, oriente au nord, je ne vois qu'un triangle de
ciel ple, qui est celui du Ladkh ou petit Tibet. Sa frontire n'est
qu' un jour de marche, mais nous sommes trop tard dans la saison, et
la gorge qui mne  Baltal est, pour le moment, infranchissable.

[Illustration: Campement de goudjars  Astan-Marg.--D'aprs une
photographie.]

Au soir, les plerins sont enfin arrivs. Les officiers de police, que
le mahrdja mobilise pour le soin temporel des plerins, les avaient
retenus  notre campement d'avant-hier, de peur qu'ils ne fussent pris
dans la passe par la neige. Ils sont on retard.  la nuit tombante,
ils arrivent encore le long du sentier, que leur file indienne dessine
 perte de vue. Je suis alle les voir  six heures. Ils remontaient
la berge, tout grelottants de leurs cinq bains conscutifs et le front
barbouill de jaune et de rouge par les _pourohitas_ qui, ds deux
heures de l'aprs-midi, les guettaient, accroupis au bord de la
dernire rivire. Quelques tentes taient dj debout. Les marchands
qui suivent les plerins avaient ouvert boutique pour ceux qui ne
peuvent allumer de feu, soit faute de bois, soit que leurs voeux le
leur interdisent. Il y avait l des vendeurs de _mitha_ (confiseurs)
et des espces d'piciers dbitant du mauvais th et des ingrdients
bizarres, de petites graines d'amarante qui ne rompent pas le jene,
des amandes, des noyaux d'abricots, du chanvre  fumer hach trs fin,
des tas de choses htroclites par petits lots ou dans des sacs
minuscules. Nos coolies eux-mmes se sont transforms en marchands de
bois; aussitt les tentes montes, ils taient partis  l'aventure, et
les voici qui reviennent, chargs de fagotins de genvrier.

C'est une cohue des plus amusantes et barioles; des gens enfoncent
des piquets de tente, d'autres rcurent d'normes pots de cuivre jaune
o, tout  l'heure, cuira le riz; des sdhous, et mme des sadhounies
de l'Inde, en coudoient d'autres du Ladk et du Npal; et tous ces
gens grouillent au pied de la montagne, qu'ils graviront demain matin.


Amarnth, 23 aot.

De bonne heure, ce matin, les plerins sont partis pour Amarnth, par
leur chemin spcial, laissant seulement quelques coolies pour garder
le camp. Ce chemin a ses mrites particuliers. D'abord, il est trs
dur; il faut franchir une crte  plus de 5000 mtres d'altitude et
redgringoler de l'autre ct comme on peut. On fait, en outre, ses
dvotions  une aiguille rocheuse, qui passe pour tre une image de
Bhairava. On lui offre des gteaux de farine, du sucre et du _gh_,
rite d'autant plus mritoire que ces pauvres plerins grimpent l-haut
absolument  jeun. Jadis, nombre de sdhous escaladaient la roche et
se prcipitaient  terre, c'est--dire, d'aprs leurs ides, montaient
au ciel. Ce saut prilleux dans l'autre monde est,  prsent, interdit
par la police; qu'on nie aprs cela les progrs de la civilisation!

Sur l'autre versant, on rencontre dans les rochers une fissure qui
forme une sorte de porte naturelle: celui qui l'a franchie n'est plus
condamn  renatre, car c'est l l'ide que les Hindous se font de
leur salut. Le pandit contait que ceux qui ont quelque chose de
grave sur la conscience sont empchs de passer: une force mystrieuse
et invincible les arrte, et l'on assure que plus d'un se sent mal 
l'aise en approchant de cette preuve redoute. Aprs quoi, il ne
reste plus qu' gagner la bienheureuse grotte.

Pour nous autres, profanes, nous nous bornons  prendre, pour y aller,
le chemin que les plerins suivent pour revenir; c'est aussi celui
qu'adoptent de prfrence les fidles qui se sentent trop faibles et
les malades assez insenss pour venir chercher ici leur gurison. Il
ne faut pas croire, d'ailleurs, qu'il soit des plus faciles: on est
heureux de trouver place pour un pied  la fois, souvent sur du
schiste miett qui s'boule.

[Illustration: Le bain des plerins  Amarnth.--D'aprs une
photographie.]

Le pis est qu'aprs avoir mont, il ne reste plus qu' descendre par un
sentier du mme acabit, jusqu' ce qu'on gagne enfin le lit du torrent
d'Amarnth, de son nom Amarvati. On marche au creux de cette lugubre
valle de mort, tantt sur des boulis, tantt sur des tunnels de neige.
De chaque ct, vous oppressent des montagnes nues, dont la crte est
aussi dchiquete que celle des vagues un jour de tempte. De
quelques-unes, avec leurs stries bizarrement souleves, on dirait
d'normes lames figes dans leur effort vers le ciel. Dans l'une
d'elles,  gauche, on aperoit enfin une large baie ouverte  mi-cte,
o montent et descendent des files ininterrompues de plerins; c'est la
grotte du Seigneur des immortels. Un jour dans l'an, le 15e jour de la
quinzaine claire de rvan, le jour de la pleine lune d'aot, les
plerins remplissent ainsi la valle de leur multitude bariole, o
domine la couleur orange des vtements des sdhous, et de la rumeur de
leurs cris. Leur premire action est de se baigner dans le ruisseau
d'Amarvati, qui forme,  gauche de la grotte, trois tages de cascades.
Celui du bas semble rserv aux femmes. Puis, tous les hommes, vtus
seulement d'un pagne d'corce de bouleau retenu autour des reins par une
cordelette de mme nature, les femmes, drapes d'une pice d'toffe
immacule, tous poussant le mme cri: Amarnth-Svmi-ki-Jay! Vive le
seigneur roi des Dieux! se prcipitent vers la grotte. On y accde par
une sorte de rampe, le long de la paroi de gauche. La grande arche
bante, haute comme une vote de cathdrale, est  moiti comble 
droite par les boulements. Les plerins se pltrent la figure, certains
mme tout le corps, avec la poudre de la pierre de gypse o elle est
creuse. Il faut les voir  l'entre de la caverne, les mains tendues,
la tte renverse et la bouche ouverte, guettant perdment les
infiltrations de la vote pour tcher d'en recueillir au vol quelques
gouttes, car cette eau n'est rien moins que de l'_amrita_, de
l'ambroisie. Enfin, se prosternant de tout leur long, ils pntrent dans
la grotte.

Le but principal du plerinage est la contemplation des sources
glaces qui sont censes reprsenter iva et mme sa famille.
Imaginez, dans un retrait, o le soleil ne pntre jamais, des sortes
de petits dmes de glace. Le plus grand ne serait rien autre qu'une
image naturelle du dieu. Certains prtendent que l'paisseur de la
glace crot et dcrot avec la lune; personne, d'ailleurs, n'est l
pour le voir. Dans l'me des plerins, il n'y a pas l'ombre de
scepticisme. Avec quelle dvotion ils se pressent vers le bloc de
glace, y frottant avec frnsie leurs fronts, leurs bras, leurs torses
nus; quand ils ont fini de se frotter d'un ct, ils recommencent de
l'autre. Puis ils organisent, dans l'ombre froide de la grotte, une
sorte de danse sacre, rythme par des battements de mains.

Inutile de dire que les _pourohitas_ sont de la fte; ils ont dcor
les blocs glacs d'oripeaux rouges, de petites lampes fumeuses, et y
ont sem des fleurs. Deux d'entre eux sont, sans faon, accroupis sur
iva; deux autres tiennent une corde de paille pour maintenir la foule
qui se presse alentour. Tous ces prtendus fanatiques nous font
d'ailleurs bon accueil. On semble me savoir gr d'avoir remplac mes
impures chaussures de cuir par des sandales de paille. On s'informe
avec intrt si je vais faire ou si j'ai dj fait le _daran_ (la
contemplation) du fameux glaon. J'aurais d'ailleurs t dsole de
contrister en quoi que ce soit le coeur de ces braves gens. Si toute
croyance est respectable ds lors qu'elle est sincre, le mpris n'est
pas de mise ici.

[Illustration: Plerins d'Amarnth: le sdhou de Patiala; par derrire,
des brahmanes, et  droite, des musulmans du Kachmir.--D'aprs une
photographie.]

 la vrit, les pourohitas marquent un empressement exagr et
bousculent les pauvres sdhous pour faire une large place aux Sahebs
qui,  dfaut de conviction, apportent des roupies. Ils me donnent, en
change, quantit de sucre candi, des amandes, des fleurs, et
m'attachent au poignet gauche un bracelet de laine rouge et de soie
jaune. Une pauvre vieille femme me demande l'aumne et va
immdiatement apporter la picette d'argent  d'autres brahmanes, en
train de sacrifier autour d'un petit feu. Ce soir, on partagera la
recette: un quart sera pour les pourohitas de Bhavan, un quart pour
ceux de Ganech-Bal, un autre pour les sdhous qui ont port
l'tendard, et le dernier pour les maliks de Bhatkote. Nous avons
entendu plus tard, en repassant par ce village, les dolances du vieux
malik: les petits hobereaux n'avaient eu pour leur part que cent
roupies. Chaque anne, d'ailleurs, ils ne manquent pas de se dclarer
lss, pour la bonne raison que l'accs de la grotte--et par suite,
tout contrle sur les oprations financires qui s'y passent,--est
interdit aux musulmans.

Cependant, le _daran_ fait, tout est fait; il ne reste plus qu' s'en
aller. Alors, c'est une droute lamentable parmi ces pauvres gens dj
puiss par huit jours de fatigues et de jenes, et que la volont
d'arriver au but ne soutient plus. Tant que le sentier descend la
valle d'Amarnth, en vue de la caverne, cela va encore, et l'on
entend quelques cris enthousiastes. Au bord du torrent, nous voyous
deux femmes s'arrter; par trois fois, elles puisent de l'eau dans le
creux de leurs mains et se font boire rciproquement, et par trois
fois, elles se donnent l'accolade. C'est un pacte d'amiti qu'elles
sont en train de sceller entre elles. Un tel pacte, assure le pandit,
prime tout intrt mondain ou tout lien de famille; c'est  la vie et
 la mort. Bientt, les acclamations s'teignent, les groupes
s'espacent et s'parpillent. Un des disciples de notre vieille
connaissance, le sdhou de Patiala, mourant, allait rester sur la
place, faute de dix annas pour se faire porter.  la premire monte,
ce ne sont partout que des gens affals sur les pentes, cramponns aux
touffes d'herbes, haletants, geignants, et ne voulant pas croire que
l'ascension puisse jamais finir. De l'autre ct du contrefort, la
descente sur les cinq rivires n'est pas plus brillante; beaucoup qui,
tout  l'heure, grimpaient en rampant,  quatre pattes, se laissent 
prsent glisser sur le dos. En bas, un dernier bain, aussi sacr que
froid, les attend en l'honneur des anctres, comme s'ils voulaient
hter le moment d'aller les rejoindre. La fatigue, il faut l'avouer,
m'a terrasse comme eux et, comme eux, je me trane, tant bien que
mal, jusqu'au campement de Pandjtarni. Par derrire, les officiers de
police s'occupent  presser les derniers retardataires; ce serait la
mort certaine pour ceux qu'on abandonnerait sur le chemin dans ces
solitudes dsoles, o tout est de glace, jusqu'aux dieux; et pour un
an entier, la valle d'Amarnth retombe dans son silence.

Le 24 aot au matin, il n'y avait plus que nos tentes de dresses, 
Pandjtarni, sur la prairie tincelante de gele blanche. Je me ressens
 ce point des fatigues de la veille que je suis oblige de diffrer
mon dpart d'un jour. Quand le surintendant de police, qui continue 
fermer la marche du cortge vient, avant de partir  son tour,
m'offrir ses services, je lui demande de m'envoyer un _dholi_ avec
double quipe de porteurs. Le _dholi_, pour ceux qui l'ignorent, est
une espce de palanquin de forme carre, surmont d'un dais d'toffe.
Bien suspendu entre deux longs bambous, l'appareil me sembla
confortable; son seul dfaut est d'tre fort encombrant. Mais mes huit
mulets non baptiss sont des _kahars_ exercs et qui me portent par
les chemins les plus difficiles avec une incroyable adresse.

On suit au retour le mme chemin qu' l'aller, sauf que d'ordinaire
l'on coupe au plus court par une passe encore plus haute que celle du
Mahgounas (les cartes anglaises accusent 16000 pieds) et non moins
rocailleuse. Brusquement on arrive aprs avoir contourn une corniche
vertigineuse, sur l'autre versant. Sous nos pieds se creuse un immense
gouffre, entour de crtes bizarrement ondes, et profond de plus de
1000 mtres. On croirait,  premire vue, qu'il est impossible de
descendre des pentes aussi abruptes; on les descend cependant, non
sans peine et sans risques. Au bas, prs d'un ruisseau qui sort
soudain de terre, les bouleaux retrouvs forment un nid de verdure qui
a nom Astan Marg.

Toute une famille de pasteurs Goudjars est tablie l avec ses
buffles. La vieille mre, bonne femme  tte de sorcire, vient me
faire ses _salms_ en m'offrant d'paisses galettes de lait cuit et
m'invite du geste  entrer dans la hutte. Ce n'est qu'un large auvent
support par quelques troncs d'arbres, d'ailleurs simple sjour d't;
l'hiver, ils redescendent dans leurs villages. Je n'aperois, en fait
de mobilier, que ces sacs de peau de chvre o l'on conserve le beurre
fondu et les pots de terre ou de bronze o on le fait fondre. Dans un
coin, une toute jeune femme tait tendue sur un lit d'herbes sches,
ayant  ct d'elle son bb, nouveau-n de la veille. Comme ses
compagnes, elle est couverte de bijoux et je compte jusqu' douze
anneaux d'argent par oreille. Ainsi, la coquetterie ne perd jamais ses
droits, et je reste sceptique sur la simplicit tant vante des
bergres. Connaissent-elles seulement leur bonheur? Volontiers, je
partagerais pour le reste de l't leur claire et frache retraite
qu'un pote du cru ne manquerait pas de dcrire, niche au creux du
gant Himalaya, comme un joyau sur le sein de la desse Prvati.
Malheureusement, les ncessits du ravitaillement s'y opposent et il
faut se rabattre sur des rgions de 1000 mtres plus basses et o
dj l'on respire un air plus lourd. Encore deux jours de pittoresque
descente et mes porteurs me dposaient doucement  terre  Palgm. De
l, il ne me reste plus qu' retraverser le Kachmir en diagonale, si
je veux tre arrive  temps pour faire l'ascension de l'Haramouk.

  (_ suivre._)                         Mme F. MICHEL.

[Illustration: Mosque de village au Kachmir.--D'aprs une
photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.




  TOME XI, NOUVELLE SRIE.--5e LIV.          N 5.--4 Fvrier 1905.

[Illustration: Brodeurs kachmiris sur toile.--Photographie Bourne et
Shepherd,  Calcutta.]




L'T AU KACHMIR[4]

          [Note 4: _Suite._ _Voyez pages 1, 13, 25 et 37._]

Par Mme F. MICHEL.

     V.--Le Plerinage de l'Haramouk.--Alpinisme funbre et
     hydrothrapie religieuse.--Les temples de Vangth.--Frissons
     d'automne.--Les adieux  Srnagar.


[Illustration: Mendiant musulman. D'aprs une photographie.]

Le huitime jour de la quinzaine claire de Bhadrapda qui, cette anne
(1896), tombait le 14 septembre, est le grand jour des morts des
pandits kachmiris. Mais il ne s'agit pas seulement d'aller apporter
des fleurs  un cimetire plus ou moins proche; il leur faut monter 
plus de 4000 mtres, par de rudes chemins,  travers des passes
dsoles, jusqu' un lac, entour de glaciers et de pentes pierreuses,
au pied du gant Haramouk. Comme on jette plus volontiers dans le
Gange les cendres des Hindous de l'Inde, celles des brahmanes et des
Sikhs du Kachmir viennent toutes s'amasser l. Aussi bien le lac
est-il donn, pour les besoins de la cause, comme une des sources du
grand fleuve sacr.

Les profanes et les cartes l'appellent Gangbal; les brahmanes disent
simplement la Gang, ou la Moukouta-Gang, la Gang du diadme. On
sait que le grand fleuve coule du chignon de iva, et l'Haramouk,
l'norme massif de roches et de glaces qui domine cinq valles et
dresse vers le ciel sept grands pics ingaux, n'est autre que le
neigeux diadme en mme temps que la demeure du dieu. Les pandits
affirment sans rire que les annes de scheresse, en faisant la
_pradakchin_, c'est--dire le tour du lac  main droite, on aperoit
comme des cheveux d'o ruisselle la source! Si le huitime jour de la
quinzaine claire de Bhadrapda tombe aprs le commencement de la
saison d'automne, le rite du jet des cendres dans la Gang est remis
 l'anne suivante. Cette anne-l, il s'en est fallu de peu qu'il
n'et pas lieu; la saison d'automne commenait le neuvime jour de la
quinzaine.

Dans toutes les maisons o il y a eu un mort, un des parents, aussi
proche que possible, doit forcment faire l'ascension. Ce plerinage
de Gangbal a donc un caractre local tout particulier. Ici plus de
plerins de l'Inde, autant dire point de Sdhous; quelques Sikhs mis 
part, on n'y voit que des brahmanes kachmiris; c'est un vrai
plerinage de famille.

Et ce n'est pas une petite affaire pour les pandits. On sait quelle
frayeur plaisante les Kachmiris ont des magnifiques montagnes au sein
desquelles ils vivent et qu'il leur plat de contempler de loin. Le
bandobast est une aussi longue opration que s'il s'agissait d'un
voyage au ple; il faut s'assurer d'une tente, puis runir des
provisions, vtements et couvertures  profusion; enfin, se munir de
sucre, de poivre en grains et de fruits aigres, toutes choses qui ne
rompent pas le jene, pour se rchauffer le coeur ou se rafrachir en
route; n'oublions pas un parfum nou dans le coin de l'charpe pour
respirer en guise de sels, si l'on est pris du mal des hauteurs. Il
est surtout important d'avoir des _kangris_ et nombre de ces sandales
en corde d'herbe (_poulahor_), si prcieuses pour marcher sur les
pentes glissantes. Il s'agit, ensuite de trouver des coolies pour tout
cela. Enfin--_last but not least_, comme disent les Anglais,--vient la
question des cendres. On dbouche, pour les prendre, au-dessus de la
porte, dans le mur extrieur de la maison, la cachette o elles
taient enfermes depuis le jour de l'incinration. L'habitude est de
placer les quelques dbris d'ossements recueillis parmi la cendre du
bcher dans un vase de terre, purifi par les cinq produits de la
vache, en compagnie de minuscules fragments des cinq joyaux: perle,
saphir, corail, or, argent. Je me suis laiss dire qu'on ne prenait
pas autant de cendres qu'il serait possible, par crainte d'en tre
encombr au jour du plerinage; car les morts ont toujours pes aux
vivants.

[Illustration: Le brahma Sr et le camp des plerins au pied de
l'Haramouk.--D'aprs une photographie.]

Voil enfin nos pandits en route, non sans que les porteurs de cendres
aient d'abord clbr  la maison un premier _rddh_ ou sacrifice
funbre. Ces derniers renouvellent, d'ailleurs, tous les jours du
chemin, ces oblations de boulettes de farine, d'eau et de fruits aux
mnes des anctres;  la Gang, tous doivent faire un _rddh_, et
ceux qui ont apport des cendres en font deux. Nous avons rejoint 
Prang, au bord du Sind, la foule bariole des plerins, djeunant
aprs leur offrande faite ou se reposant sous les arbres. Il y avait
l de bien jolies panditanies; elles passent, d'ailleurs, pour plus
belles que leurs compatriotes musulmanes, et sans doute avec raison;
car, comme on sait, ce furent les hautes classes qui ne se laissrent
pas convertir au mahomtisme. Gracieuses dans leurs robes de couleur
vive  larges manches, la taille serre par une charpe blanche et la
tte couverte d'un long voile blanc flottant sur les paules,
plusieurs avaient quelque chose de biblique. Quant aux pandits, la
plupart quittent en voyage la robe blanche qui, avec l'charpe dont
ils se drapent, prend des allures de toge et leur donne vraiment bon
air; ils la remplacent par un costume assez semblable  celui du
Kichtwar, une sorte de justaucorps sur des culottes et des pattis
enroules autour des jambes. Presque tous portent aussi un ample
pardessus, fourr de peau d'agneau du Ladkh. Quelques adolescents
ressemblaient, avec leurs calottes brodes et leurs pourpoints de
couleur sur leurs haut-de-chausses collants,  des pages Moyen ge.
D'autres avaient eu la fcheuse ide d'arborer d'invraisemblables
redingotes, chefs-d'oeuvre des tailleurs de la capitale; il y en avait
de bleu-ciel, de beiges, de vertes, d'autres mmes en velours noir,
toutes ornes par devant de grandes poches extrieures comme celles
des vestes de chasse. Ces jeunes lgants reprsentent le nouveau
Kachmir, celui qui s'est mis  l'anglais pour vivre; ils nous saluent
dans le baragouin qu'ils ont appris  l'cole de Srnagar, en vue de
briguer quelque petit emploi. En attendant, ils ne se dispensent pas
encore d'aller  Gangbal.  ct, des pourohitas, accourus 
l'aubaine, s'acquittent de leur _poudj_. Plus loin, un groupe de
Sikhs devisaient assez joyeusement. Prs d'eux,  la fourche de btons
plants en terre, se balanaient des sachets de diverses couleurs,
contenant les cendres de leurs morts; c'est leur faon de les porter 
la Gang; les pandits les mettent d'ordinaire  leur cou. Quelques-uns
en avaient jusqu' trois et quatre: les diverses couleurs des sachets
leur servent en ce cas  s'y reconnatre, car ils doivent prononcer le
nom de l'ex-propritaire des cendres en les jetant  l'eau. Au soir,
des feux s'allumrent de tous cts, et le campement avait un air de
fte qui s'accordait assez mal avec le but du plerinage.

[Illustration: Lac Gangbal au pied du massif de
l'Haramouk.--Photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

Le lendemain, tout le monde s'engageait par un petit sentier pierreux
dans la valle de Chittragoul; le chemin de retour passe par celle de
Vangth.  Chittragoul demeurent des maliks qui, comme ceux de
Bhatkote pour Amarnth, sont chargs du soin temporel des plerins et
peroivent une redevance  cet effet. On campe en plein champ, au pied
de la montagne: quelque 2000 mtres  gravir d'une haleine. Un fort
orage, survenu dans la soire, avait mouill tentes et gens. C'tait,
ds minuit, un curieux spectacle que de voir les groupes s'agiter, mi
dans l'ombre, mi dans l'clairage violent des feux, schant leurs
vtements au moment du dpart; puis leur procession s'engage  la file
indienne dans le sentier, les uns portant une branche de bois
rsineux, d'autres une torche d'corce de bouleau ou mme une
hurricane lamp. De nuit, l'ascension semble-t-elle plus courte? je
ne sais; de jour, elle parat interminable. D'une traite, on passe par
toutes les zones de la vgtation. Tout d'abord, le sentier monte au
creux d'un ravin bois, entre deux murs de verdure, composs surtout
de noyers, de marronniers, de noisetiers et de sycomores. Puis l'on
s'engage sur des pentes clairsemes de sapins  demi dchausss par
les pluies et dsesprment cramponns de toutes leurs racines. Enfin,
voici la ligne des bouleaux qui font bientt place  l'herbe, et
celle-ci  la roche nue.

On retrouve ici, comme du ct d'Amarnth, ces sortes de seuils
gigantesques menant aux hauts plateaux qui sont les _margs_, et que
seuls quelques pics dominent encore. Mais d'abord ce ravin aux parois
rocheuses et perpendiculaires, o l'herbe vient affleurer comme au
bord des falaises de l'ocan, c'est le Haph-Nr, la gorge des
Revenants. L auraient pri, il y a longtemps, des plerins qui
avaient perdu leur chemin; et si grand tait leur nombre, que l'on
aurait ramass au fond du sinistre prcipice, hant de leurs fantmes,
plus d'un _maund_ (80 livres) de cordons sacrs de brahmanes! Plus
loin, on traverse une crte rocheuse par une troite et bizarre
coupure bien nomme le Portail. C'est l que se tiennent les maliks
pour percevoir de chaque passant leur redevance de quelques centimes.
On s'engage ensuite  travers les croupes ondules du Mahalesh, vaste
prairie seme de roches, qui semblent les dbris pars de quelques
pics ruins. En certains endroits, des torrents ont emprunt pour lits
d'anciennes moraines, et sous les amas de pierres qui les couvrent, on
les entend au passage bruire ou gronder sans les voir. Voici enfin
Brahmasr, un petit tang pour un grand nom: c'est la halte souhaite,
tout au pied de la haute pyramide noire de l'Haramouk, qui domine,
d'ailleurs, toute la dernire partie de la route.

Que de lgendes ici encore et de croyances populaires! Qui doutera que
le sommet ne soit fait d'une immense pierre et que sa vue ne suffise 
rendre les serpents inoffensifs, se souvenant sans doute qu'un de
leurs pareils forme le vivant collier du dieu iva? Le pic est rput
inaccessible par les Kachmiris. Jadis, un Sdhou s'tait, douze ans
durant, assign comme tche quotidienne de le gravir jusqu'au sommet
pour voir iva. Chaque jour, il montait, montait le long des roches;
la nuit le surprenait toujours en chemin et,  son rveil, il se
retrouvait au lieu d'o il tait parti le jour prcdent. Son cas est
devenu un commun proverbe au pays de Kachmir; si, par exemple, un
enfant oublie au fur et  mesure ce qu'il apprend, il est comme le
religieux de l'Haramouk retombant toujours  son point de dpart. On
dit pourtant,--que ne dit-on pas?--qu'un jour un de ces gardeurs de
moutons, qui sont connus pour aller partout, s'tant mis  la
recherche d'une brebis gare, s'aventura trs haut sur la montagne.
Il aperut dans un creux de roches un homme et une femme--de cette
caste si mprise qui se nourrit de charognes et o les Europens
recrutent le dernier de leurs serviteurs,--occups  traire une
chienne pour en boire le lait. L'homme invita le berger  partager
leur boisson, mais l'aveugle Mletcha refusa, plein d'horreur et de
mpris, et passa outre. Pourtant l'homme eut le temps de lui frotter
le front d'une goutte de lait. En redescendant, le berger rencontra le
Sdhou et lui conta son aventure. Aussitt celui-ci bondit sur ses
pieds, essuya d'un coup de langue la gouttelette sur le front de
l'infidle et disparut, ravi au ciel. Ceux que le musulman avait pris
pour un couple d'infmes Vatals, n'taient autres que iva et son
pouse Prvat.

[Illustration: Le Noun-Kl, au pied de l'Haramouk et le bain des
plerins. D'aprs une photographie.]

Le dieu est-il vraiment de mauvaise humeur cette anne; ou bien est-ce
Prvat que dpitent tous ces hommages rendus  sa rivale, la Gang?
Les coolies sont encore loin naturellement, et voici qu'clate un gros
orage de grle; en un instant la terre est couverte d'une paisse
couche blanche; les coups de tonnerre sont si violents qu'ils semblent
vouloir nous jeter les montagnes sur la tte; pour comble, le vent
s'est lev, glacial, et balaye la passe. C'est une piteuse dbandade
parmi les pauvres brahmanes qui n'ont d'autre rconfort en perspective
qu'un bain glac  prendre dans le Nga; car, point de bain, point de
mrite. Aussi, ont-ils une frayeur extrme de ces orages qui vous font
passer en un moment du climat de l'Inde  celui de la Laponie, et
surtout de ce vent qui, plus tard dans la saison, est mortel aux
caravanes surprises dans les hautes passes. On s'entasse, comme on
peut, dans les tentes envahies avant que montes. Tant bien que mal la
nuit s'achve, et, au matin, le soleil fait de nouveau soupirer aprs
l'ombre sur les pentes dnudes; ce qui n'empche d'ailleurs pas
l'orage et le froid de recommencer de plus belle au soir.

L'tape du lendemain conduit enfin au but du voyage, aux bords du lac
Gangbal. Mais ce n'est point encore sans fatigue, surtout pour les
plerins. Ils ont, comme  Amarnth, leur chemin particulier, plus
long et plus difficile, mais qui a,  leurs yeux, l'inestimable
avantage de leur faire rencontrer trois Nags et de leur donner
l'occasion de trois baignades de plus. En vrit, ils gagnent bien les
indulgences qu'ils viennent chercher si haut et au prix de tant de
peines; mais si tous ces bains froids successifs, pris  jeun, leur
doivent tre du plus grand secours dans leur prochaine naissance, j'ai
bien peur qu'ils ne leur vaillent plus d'un gros rhume dans celle-ci.
Un peu au-dessus de Brahmasr, ils tournent  droite pour franchir une
porte rocheuse. Des trois Nags auxquels elle conduit, deux seraient
ns des larmes de la belle Prvat. C'tait au temps des scnes de
jalousie qu'elle faisait  iva  propos de sa rivale la Gang,
toujours errante dans les noires tresses du dieu. iva avait pris le
meilleur parti en pareil cas; il s'tait clips. Prvat, repentante
et dsole, se mit bientt  sa recherche. Chemin faisant, elle
s'inquitait si l'on n'avait pas vu passer son divin poux; ici on lui
rpondit ngativement et une brlante larme de douleur s'chappa de
ses yeux; plus loin, la rponse fut affirmative et une frache larme
de joie glissa sur sa joue; et voil pourquoi,  prsent encore, le
Nag de la premire larme est chaud, tandis que l'autre est froid.
Quant au troisime, sa couleur sombre lui a simplement valu le nom de
Kl Sr.

[Illustration: Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs houkas
(pipes) et leur kangri (chaufferette).--Photographie Jadu Kissen, 
Delhi.]

Cependant, les coolies et les profanes continuent  monter jusqu' la
chane qui ferme le fond dernier de la valle de Chittragoul, 
quelque 4000 mtres d'altitude. Impatiente de voir, je pousse droit
pour gravir la croupe qui domine les lacs; de l, la vue est
grandiose. Sous nos pieds, au bas mme du pic, le Noun-Kl arrondit
ses bassins, mi-partie bleu, mi-partie vert, selon la profondeur des
cuvettes; plus loin, vers la gauche, on aperoit les glaciers
suspendus au-dessus du Gangbal; de l'un  l'autre, un ruisseau
d'argent cascatelle. Dj brahmanes et brahmines ont repris leur
hydrothrapie sacre. Le lac funraire refltait paisiblement le ciel
changeant dans ses couleurs fuyantes. Durs rochers, eaux froides,
neiges glaces, toutes choses taient sous le soleil d'une srnit
morne. Quelques panditanies passaient, oubliant de se cacher le
visage, et je vis qu'elles avaient les yeux rouges de pleurs. C'est,
en effet, le lieu de la sparation dfinitive. C'est l que s'achvent
les destines dernires de ceux qui furent,--l que s'achveront
celles de ceux qui sont les Hindous du Kachmir: dans une boule de
terre prise au bord de l'eau et ptrie  la main, on enferme, avec les
cinq joyaux, les dbris qu'ont laisss les flammes; le lac indiffrent
se referme sur le tout. Voil des sicles que cela dure, et toutes les
gnrations du monde ne suffiront pas  le combler.

Nous laissons ces bonnes gens  leurs pensers et devoirs funbres, et
nous redescendons vers Vangth, jusqu'aux tentes plantes plus bas, 
la limite des bouleaux. En face, sur une pente herbeuse, un grand
troupeau d'un millier de moutons fait son tour accoutum. Comme
pousss par une force invincible, ils vont, broutant  la hte
quelques touffes d'herbe happes au passage, ils vont sans trve
devant eux. Beaucoup forment sur une seule ligne de longues files o
chacun semble oublier mme de manger dans la proccupation unique de
suivre la queue qui marche devant lui. Notez que personne ne les
incite  changer de place, sauf leur instinct migrateur. Quand ils
sont alls assez loin dans un sens, les bergers se bornent  les
relancer dans un autre. Et on comprend ce qu'on raconte des caravanes
de moutons de charge qui traversent les hautes passes de l'Asie
centrale, chacun d'eux portant quelques briques de th comprim.
Leur gte de nuit est en plein air, au creux d'un val.  ct, les
_chaupans_ habitent ple-mle avec leur famille dans une sorte de
tente-abri, ouverte aux deux bouts; ils se contentent d'entasser des
fagots de genvriers du ct du vent et de la pluie. En change d'un
maigre salaire, ils se chargent ainsi pendant tout l't de faire
patre les moutons d'un ou mme de plusieurs villages. Les paysans
n'ont pas une trs haute opinion de leur honntet, et plus d'un
propritaire monte de temps  autre vrifier le compte de ses btes,
sous prtexte de leur apporter, comme friandise, une petite provision
de sel.

De ce point encore la vue s'tend sur un fouillis de montagnes,
tourmentes comme des vagues et toutes crtes de neiges nouvelles,
d'un blanc cumeux. Le chemin du retour est, pour 4  5 milles, pareil
aux prairies du Mahalesh, avec les mmes torrents de pierres grises
dans les creux. Puis on rencontre le bord abrupt des falaises
rocheuses, et l'on arrive  la dernire descente, contre-partie de la
premire monte, une glissade vertigineuse par des sentiers de sable
et de grs, qui font des coules blanches  travers la noire
sapinire. En bas, c'est la rivire, les temples, le Nag, et,  une
petite lieue plus loin, par un sentier  travers les taillis, le
village de Vangth, l'tape du jour.

Les parents des plerins viennent en masse les y attendre, chargs de
mille choses rconfortantes pour les braves qui sont monts jusqu'au
Gangbal. Ceux-ci en redescendent compltement rass, consquence
oblige du dernier rite funraire clbr l-haut. Les barbiers
musulmans de Srnagar n'ont garde de manquer l'occasion; pour exercer
leur art  de pareilles hauteurs, ils exigent des sommes normes,
jusqu' huit annas (0 fr. 80)! Tous les brahmanes y passent, qu'ils
aient ou non apport les restes d'un mort; il n'est fait exception que
pour ceux dont le pre est encore vivant ou la femme grosse.

[Illustration: Temples ruins  Vangth.--D'aprs une photographie.]

Les dix ou douze temples de Vangth enfouissent sous la verdure leurs
ruines pittoresques, prs d'une source, merveilleuse de limpidit et
encore  demi prisonnire dans son bassin de pierres tailles. Ces
lieux si calmes furent, au temps d'Avantivarman, le thtre d'une
curieuse tragdie qu'il vaut la peine de lire dans la traduction du Dr
Stein. Ce roi tait un jour venu faire ses dvotions au grand temple,
qu'il croyait avoir enrichi de ses prsents. Aussi fut-il plutt
tonn de voir que les prtres ne dposaient devant l'image du dieu,
pour toute offrande, que des feuilles d'_oupalkh_. (Il faut savoir
que c'est une plante sauvage, sorte de scabieuse blanche, dont les
Kachmiris mangent les feuilles bouillies; que ne mangent pas les
Kachmiris!) Devant cette ingnieuse mise en scne, le roi ne peut
s'empcher de demander la raison de tant de lsinerie: c'est tout ce
que les pourohitas attendaient pour parler. Ils content qu'un certain
hobereau du voisinage se prvaut de sa faveur auprs du ministre pour
leur enlever les revenus de leurs villages; ainsi s'explique la
pauvret de leur offrande et la maigre chre  laquelle est rduit le
dieu. Le roi fait semblant de n'avoir rien entendu et sort, sous
prtexte d'indisposition subite, laissant la crmonie interrompue.
Voil tout le monde en l'air. L'affaire arrive aussitt aux oreilles
du ministre, qui ne songe qu' garder sa place en se dbarrassant au
plus vite d'un favori aussi compromettant; et c'est pourquoi il lui
fait, sance tenante, couper la tte et jeter le corps dcapit dans
l'eau claire du petit tang. Aprs quoi, paisible, il vient s'informer
de la sant du roi, laquelle se trouve instantanment rtablie. Non,
jamais, s'extasie le bon chroniqueur, on n'a vu ni on ne reverra
pareil ministre! Il ne faudrait rien exagrer; les moeurs se sont
incontestablement adoucies, mais on trouve toujours des ministres qui
ont leur portefeuille chevill au corps.

[Illustration: Mla ou foire religieuse  Hazarat-Bal.--En haut,
photographie de l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

Le voisinage des temples et la beaut de la valle me retiennent
quelques jours  Vangth, et aussi je ne sais quelle paresse 
m'loigner pour jamais de ces montagnes, dont la nostalgie doit
toujours hanter quiconque en a foul l'herbe parfume et respir l'air
pur et lger. Pourtant voici l'automne: il s'annonce  n'en pas douter
par la teinte dore des pentes et la neige qui poudre les sommets, par
la fracheur piquante de l'air matinal et la clart franche et froide
des clairs de lune. Et voici que descendent avec le premier frisson
d'automne tous les pasteurs, habitants d't des hautes prairies; ils
descendent avec leurs familles et leurs troupeaux. Tous les jours, 
travers le petit hameau, c'est le bruyant et pittoresque dfil de
leurs bandes migrantes; et elles m'apparaissent aussi soumises aux
fatalits des saisons que les troupes d'oiseaux migrateurs que je vois
passer au-dessus de ma tte.

Ce sont les Goudjars qui ouvrent la marche, car leurs buffles ne
supportent pas mieux le froid que le chaud. Aussi les huttes ouvertes,
o ils gtent l-haut, sous la blancheur spectrale des bouleaux, sont
les premires dsertes. Emportant dans des outres leurs provisions de
beurre ou de _gh_, ils vont, poussant devant eux leurs lourdes btes
stupides,  la constitution si ridiculement dlicate, et qui
s'attardent  se vautrer dans toutes les eaux du chemin. L-bas, du
ct du midi, les attend quelque petite maison basse,  toit plat,
terre dans un champ de mas, comme nous en avons tant vu, en montant
au Kachmir, sur les collines qui dominent la route.

Voici  prsent le _chaupan_ ramenant aux paysans d'en bas les moutons
confis pour l't  sa garde. Mais combien manqueront  l'appel et
seront censs avoir t dvors par les ours ou tre tombs dans un
prcipice, qui auront t simplement vendus le plus cher possible au
touriste de passage? C'est le secret du _marg_. Il y aura dans les
villages des querelles et des cris assourdissants,  la mode
kachmirie; puis, tout s'apaisera; le berger recevra son salaire en
grains et son cong jusqu'au printemps de l'anne prochaine; et
aussitt ses moutons lavs, peigns et tondus, le paysan les enfermera
au rez-de-chausse de sa maison pour lui servir de calorifre,
cependant qu'avec leur laine il se tissera des couvertures bien
chaudes au cours de ses longs loisirs d'hiver.

La rencontre la plus nouvelle pour nous a t, sur le chemin des
temples, celle d'une halte de _bakarban_ ou chevriers. Ceux-ci, de
vritables nomades, ne sont au Kachmir que des htes de passage comme
les touristes d't; ils passent la saison froide sur les pentes
mridionales de l'Himalaya. Ce sont de tout autres personnages que le
_chaupan_ mercenaire. Leurs chvres sont leur proprit, ainsi que les
nombreux chevaux de charge qui portent leurs bagages.

[Illustration: La villa de Sheik-Safai-Bgh au sud du lac du
Srnagar.--D'aprs une photographie.]

On cite tel _bakarban_,--un boiteux,--qui possderait  lui seul plus
de treize mille chvres. Ce serait donc un Crsus pour le pays; car
son troupeau reprsenterait une valeur d'au moins 50000 roupies. Ces
chvres sont, en effet, trs grandes, et leur peau est fort recherche
pour faire des outres. Celles qui servent  l'eau sont tannes des
deux cts; au contraire, pour celles  provisions, on laisse le poil
 l'intrieur. N'allez pas vous imaginer que c'est avec ce poil que
l'on fabriquait les fameux chles. La chvre, dite du Kachmir, y est
inconnue; elle ne se trouve que sur les hauts plateaux glacs du
Tibet. L seulement, la bonne mre nature fait pousser, sous la longue
toison de la bte, une sorte de plastron de laine fine, tout comme le
duvet pousse sous les plumes de l'eider. C'est de cette laine qu'on
tissait les chles et qu'on fait encore les souples et chauds tissus
de _pashmina_. On a bien essay d'acclimater au Kachmir la chvre 
lainage, mais l'hiver, si dur qu'il soit, ne l'est pas assez pour la
forcer  doubler d'un gilet de laine son long manteau de fourrure; 
plus forte raison en est-il de mme des chvres des _bakarban_ qui
passent le temps froid du ct de l'Inde.

[Illustration: Nishat-Bgh et le bord oriental du lac de
Srnagar.--Photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

Pour en revenir  nos chevriers, ils taient bien une vingtaine,
hommes, femmes et enfants. Ils tranaient  leur suite une bonne
grosse bufflesse, dont le lait, avec quelques galettes, composa leur
djeuner. Les hommes taient draps dans des couvertures  la mode
kachmirie; les femmes taient toutes vtues d'une toffe de coton bleu
fonc,  petites raies rouges largement espaces. Leur costume se
composait d'un pantalon troit aux chevilles, mais par ailleurs trs
largement drap,--certains emploient jusqu' 20 mtres d'toffe,--et
d'une blouse serre  la taille. Sous la petite calotte ronde dont
elles sont coiffes, leurs cheveux tombent sur leurs paules en
quantit de petites tresses. Ainsi affubles, elles n'en restent pas
moins sveltes et souples. L'une d'elles, pare comme une idole, tait
royalement belle; avec le gracieux ovale de son visage, son nez fin,
sa bouche mignonne et ses longs yeux de flamme sous l'arc parfait de
ses sourcils, elle tait le vivant portrait de ces miniatures
indo-persanes qui reprsentent les sultanes favorites des grands
Mogols. Comme les autres, je la vis se charger, au dpart, de son
dernier-n. Au lieu de tenir leurs enfants sur la hanche ou sur
l'paule  la faon des femmes indiennes ou kachmiries, ces nomades
portent les leurs sur le dos  la hauteur des reins, dans une sorte de
berceau improvis avec un pan d'toffe. Elles se nouent solidement
autour de la ceinture le bout d'une longue charpe, puis ramnent
l'autre extrmit par derrire sur leur paule; dans la poche ainsi
forme est gliss l'enfant, puis l'excdent d'toffe est enroul en
manire de turban autour de la tte de la mre, qui pose encore
par-dessus un vase de terre ou de bronze, et, alerte, les mains
libres, se remet en marche. Par derrire, les enfants plus grands
trottinent comme ils peuvent, faisant leur apprentissage de bohmiens
et se familiarisant de bonne heure avec les routes de transhumance que
plus tard ils enseigneront  leurs descendants; car l'homme, comme les
animaux des bois, a ses pistes et ses foules par lesquelles un mme
instinct le pousse toujours  repasser.

Enfin il faut nous rsigner  redescendre comme les autres. Avec la
valle du Sind nous rattrapons la route muletire qui mne de Srnagar
 Leh, et nous faisons encore d'intressantes rencontres. Ce sont de
bons bouddhistes du Ladkh, qui regagnent leur pays avec des caravanes
de yaks chargs de bl, de riz, de sel et de poteries communes; ou
bien, au contraire, ce sont des musulmans de Yarkand en route pour les
ports de l'Inde, d'o ils comptent s'embarquer  destination de la
Mecque. L'accoutrement des uns et des autres est sensiblement le mme:
bonnet fourr, houppelande  longues manches et bottes de feutre; et
ce sont toujours les mmes petits yeux brids qui clignotent dans
leurs faces jaunes et plates de Mongols. Tout ce monde se hte, en
sens inverse, avant que la neige n'ait ferm les passes et que le
Kachmir ne retombe dans sa lthargie d'hiver.

Htons-nous donc, nous aussi, de profiter des derniers beaux jours. Je
m'installe avec quelques amis au Sheik-Safai-Bgh, dans une maison de
plaisance qui est la proprit du rdja Amar-Singh, l'un des frres du
roi. Elle est--ou plutt elle tait--btie au milieu d'un grand parc
d'amandiers, sur une terrasse assez leve pour jouir de la vue du
merveilleux lac de Srnagar: les citadins disent le _Dal_ ou lac
tout court, comme les Parisiens quand ils parlent de celui du Bois de
Boulogne; mais il n'y a pas  comparer. Donc le Dal est plus
ferique que jamais dans cette lumire d'automne. Les lots et les
fameux jardins flottants, vritables radeaux de verdure, continuent 
se mirer dans l'eau transparente, qui reflte en plus clair les bois,
les montagnes et le ciel. Et le cadre est digne du tableau; il n'est
pas de plus bel amphithtre de collines que celui qui va de
l'Hariparvat, couronn de son fort, au Takht-i-Souleiman, coiff de
son temple, tandis que, par derrire, monte le cne blanchi de
l'Haramouk. Seules, la teinte de rouille des prochains versants, les
feuilles d'or ple des peupliers et la mince ligne de neige qui, dj,
court sur le haut des montagnes comme pour en mieux dessiner les
artes, font pressentir l'approche de la mauvaise saison. La valle,
en veine de coquetterie, devient chaque jour plus belle, comme pour se
faire davantage regretter de ceux qui vont lui dire adieu.

Le Bgh de Dilavar-Khn, o rsida Jacquemont, est beaucoup plus
proche de la ville et jouit d'une vue infiniment moins belle;
toutefois je n'ai pas manqu de m'y rendre en plerinage. Le bois de
la vranda est bien vermoulu et les chambres bien dlabres; mais il y
a peu d'annes que vivait encore un vieux gardien qui avait connu
Chakaman-Sheb et se rappelait comment c'tait un grand maigre, qui
jetait les roupies  poignes. Il est vrai que, sur les ordres de
Randjit-Singh, sa provision lui en tait renouvele chaque matin; ce
n'est pas avec les 1200 francs que lui avait octroys le Musum qu'il
aurait pu faire des folies. Plus d'une fois, dit-il dans ses lettres,
il vint chercher  ce Sheik-Safai-Bgh, o nous demeurons, un peu de
repos et peut-tre rjouir ses yeux d'un plus beau paysage. Il n'y a
pas de doute que nous ayons retrouv cette maison  peu prs telle
qu'elle tait en 1831; mais elle ne devait pas tarder  disparatre
sous la pioche des dmolisseurs. Un an fait plus aujourd'hui que jadis
un sicle pour la transformation du Kachmir. Non seulement le joli
_baradri_ n'existe plus, mais le bois d'amandiers a t dcoup en
petits lots, comme un de nos parcs de banlieue, et s'est rempli de
cottages  louer pour la saison; car le rdja Amar-Singh passe pour
tre fort entendu en affaires et n'a pas jug ce genre de spculation
indigne de lui. L'endroit, comme l'avait dj remarqu Bernier, s'est
trouv admirable pour cela, parce qu'il est en trs bel air, en vue du
lac, des les et de la ville, et qu'il est plein de sources et de
ruisseaux.

[Illustration: Le canal de Mar  Srnagar.--Photographie Jadu Kissen,
 Delhi.]

Situ sur les molles pentes qui descendent  la rive mridionale,
Sheik-Safai-Bgh tait un excellent centre d'excursions pour les
fameux jardins de plaisance mogols dissmins alentour. On sait
comment ces parcs rappellent curieusement par leur ordonnance celui de
Versailles, dont ils sont  peu prs contemporains. Sur la rive
occidentale, Nasim-Bgh, le jardin des brises, n'a plus ni
terrasses, ni fontaines, mais son bois de platanes est dans toute sa
splendeur. Sur le bord oppos, Nishat-Bgh, le jardin de la joie,
adosse au rapide versant sa blanche villa  l'italienne, double par
son reflet dans les eaux. Enfin, au fond de la vaste nappe, longue de
plus d'une lieue, une valle naturelle encadre la rsidence royale de
Shahlimar: au bout de longs bassins sems de jets d'eau et bords de
nobles avenues, la retraite d'amour de Jehan-Guir et de Nour-Mahal
dresse encore, au haut de ses quatre terrasses tages, au milieu des
cascades et des fontaines, les piliers de marbre de ses pavillons. Il
faut lire dans Bernier, pour une fois enthousiaste, la description de
ces splendeurs aujourd'hui ternies ou clipses. On ne peut errer
parmi leurs dbris sans un mlancolique retour en arrire sur les
figures vanouies, qui jadis s'y panouirent en pleine joie de vivre,
feuilles de l'autre t, femmes de l'autre temps. Et l'on doit
convenir que ces empereurs et ces sultanes avaient le sens de la vie
et de la nature; il n'est srement pas au monde de lieux mieux choisis
que ces maisons et jardins de plaisance, au bord du grand lac
transparent, pour goter, comme en suspens entre deux ciels, la beaut
des choses de la terre. Prenez garde seulement de ne vous abandonner 
cette contemplation qu' l'automne ou au printemps, quand la saison
des moustiques est dj passe ou n'est pas encore venue. Ce serait un
bonheur trop parfait et, l't, les anges dserteraient le Paradis
pour le Kachmir, s'il n'y fallait compter avec cette diabolique
engeance.

[Illustration: La mosque de Shah Hamadan  Srnagar (rive
droite).--Photographie Jadu Kissen,  Delhi.]

Que de sites et de monuments, plus intressants les uns que les autres,
il nous resterait encore  visiter! Si l'ascension ne vous effrayait
pas, ce serait d'abord le temple en haut du Takht-i-Souleiman, dont la
plate-forme commande une si belle vue sur les gracieux mandres de la
rivire; ou bien, au contraire, un bateau nous mnerait paresseusement 
la mosque d'Hazarat-Bal, qui est cense possder un poil de la barbe du
Prophte; de grandes foires religieuses, o des proccupations profanes
et mercantiles se mlent aux exercices de dvotion dans une
indescriptible cohue, s'y tiennent priodiquement en son honneur. Non
seulement c'est un rendez-vous gnral pour les marchands et les
mendiants autant que pour les personnes pieuses, mais les dames  la
mode de Srnagar ne manquent pas d'y venir parader dans leurs plus
magnifiques atours. Vous conduirai-je encore, moiti par eau, moiti par
terre, aux difices brahmaniques ou musulmans de la ville, au temple
dor du palais royal ou  la mosque de Chah-Hamadan, reconnaissable 
ses toits plats superposs, et  la tombe de Zan-oul-ab-Din que
surmonte une coupole? Battrons-nous ensemble les faubourgs de la rive
droite jusqu' la Jamma-Masjid, dont le grand hall est support par des
troncs de dodars hauts comme des mts, et relverons-nous, dans les
porches ou sur les murs des _ziarats_ voisines, les vieilles colonnes et
les sculptures empruntes  d'anciens sanctuaires hindous? Nous
contenterons-nous, au contraire, de suivre les divers canaux qui
s'entrecroisent, comme des rues d'eau,  travers la ville, et notamment
celui de Mar, parfois si mal odorant, mais toujours si pittoresque avec
les lourds ponts de pierre qui le coupent et les hautes maisons qui le
bordent? N'esprez pas,  Srnagar plus qu'ailleurs, chapper  cette
sorte de loi fatale qui veut que, dans les villes anciennes, les coins
les plus amusants pour les yeux soient souvent les plus dplaisants pour
le nez; on sait assez que l'hygine et le pittoresque ne logent pas  la
mme enseigne. Mais, en somme, ces excursions sont celles de tout le
monde et de tous les jours, et l'on trouve l-dessus tous les
renseignements ncessaires dans les guides.

Une exprience peut-tre plus rare et plus digne d'tre rapporte est la
visite que j'eus l'occasion de faire  la maison d'un grand seigneur
kachmiri. Nous tions encore partis, ce matin-l, en expdition; car
quel autre nom donner  ces promenades en deux ou trois bateaux, o l'on
trane aprs soi,  la mode anglo-indienne, mobilier de salle  manger
et vaisselle, provisions et domestiques, batterie de cuisine et
cuisinier? Il tait convenu que nous nous arrterions pour djeuner dans
le jardin de ce palais, un des rares qui subsistent  Srnagar, et
auquel on accde du ct du Djhilam par un large escalier de pierre.
Notre repas fini, le propritaire, fort correctement vtu  l'europenne
entre ses babouches et son turban, nous fit aimablement les honneurs de
sa vaste demeure. Une porte monumentale, btie  la taille des lphants
et surmonte de pavillons destins  loger les htes, donne accs, du
ct de la rue,  une premire cour; deux grands corps de btiments
parallles, spars par une autre cour, et dont le plus intrieur est le
_znana_ rserv aux femmes, constituent la rsidence; nous ne visitons
que le premier. Dans les chambres, au luxe asiatique des tapis, des
divans et des coussins brods, se mlent malheureusement des canaps et
des meubles du plus mauvais got anglais; mais c'est une haute salle au
plafond soutenu par deux rangs de colonnes sculptes, qui nous prsente
le ramassis le plus htroclite: des filets et des raquettes de tennis
tranent sur des tapis de Perse  faire rver tous les collectionneurs;
des bidons de ptrole s'amoncellent  ct de braseros de bronze finement
cisels, et tandis que nous feuilletons des manuscrits persans, orns
d'admirables miniatures, sur les murs, dans des cadres dors, les quatre
saisons et les cinq parties du monde, horribles chromolithographies,
nous contemplent.

Est-ce la peine de confesser que je profite de toutes ces courses pour
boutiquer, comme disaient mes amies anglaises, chez les marchands du
bazar? J'ai eu la navet, en mai dernier, de leur commander les
bibelots que je tenais  emporter; je me convainc,  prsent, que
c'tait parfaitement inutile. Dans les principales choppes il est
ais de se procurer tout ce que l'on veut au moment mme du dpart. Le
style des artistes kachmiris commence, d'ailleurs,  tre fcheusement
gt par les modles qu'on leur impose. Les formes massives de
salires anglaises tendent, par exemple,  supplanter les motifs
indignes du _kangri_, de la _kilta_ ou du lotus, et des tasses 
l'europenne remplacent les jolis bols de Lhassa. Presque tous les
objets d'argent deviennent ainsi d'un got dtestable. Le travail sur
cuivre est rest plus original; mais il faut savoir y mettre le prix.
Je n'ai pas vu une seule pice maille qui ft parfaitement russie,
et ils ne connaissent que l'mail bleu, en deux tons. Ce qui a le
mieux rsist jusqu' prsent  la contagion europenne, c'est la
sculpture sur bois et la broderie, trs habilement excutes et  trs
bas prix. Quelques objets usuels, cadres, botes, critoires, etc.,
fabriqus en papier mch ou garnis de turquoises tibtaines, achvent
de former un assortiment assez complet de la production jadis
artistique du Kachmir.

Que les beaux jours sont courts, assurent les romances; elles n'ont
que trop raison! Il faut bien me rsigner, par un laid matin de
novembre,  donner l'ordre du dpart. Dans le brouillard gris, nos
_doungas_ dmarrent et se mettent  descendre au fil de l'eau, nous
ramenant  Baramoula, porte de sortie comme d'entre de la Valle.
Lentement,--j'ai dfendu que l'on pagaye,--nous glissons sous les sept
ponts de Srnagar, qui, en cette saison o la rivire est basse,
semblent avoir doubl de hauteur. Temples, mosques, palais, un  un
tous les aspects familiers des quais dfilent et demeurent en arrire;
et quand enfin l'Hari-Parvat s'estompa, puis disparut au tournant du
fleuve,--l'avouerai-je?--quelque chose comme une larme de regret me
mouilla les yeux.

Mais alors, dira-t-on,  quoi bon le voyage et pourquoi se donner tant
de fatigues pour ne recueillir au bout qu'une tristesse de plus? 
cela je rpondrai que c'est un got comme un autre et peut-tre plus
dfendable que celui de l'opium ou de l'alcool. Du moins, sa
principale vertu n'est pas d'abrger la vie par l'oubli et
l'abrutissement final, mais, au contraire, de l'allonger, en
augmentant la somme de vos expriences. De cette saison passe au
Kachmir, il me reste une impression  la fois trs prsente, comme
d'hier, et trs lointaine, comme celles qui, si l'on en croit les
Hindous, vous reviennent parfois du temps de vos existences passes:
je n'en demande pas plus. Il est convenu que les voyages forment la
jeunesse; pourquoi n'ajoute-t-on pas qu'il n'est pas de meilleure
manire de faire provision de souvenirs pour ses vieux jours? Aprs
tout, mieux vaut porter grave dans sa mmoire que sur son tombeau la
fameuse inscription: Et moi aussi, je fus en Arcadie.

                                        Mme F. MICHEL.

[Illustration: Spcimens de l'art du Kachmir.--D'aprs une
photographie.]

Droits de traduction et de reproduction rservs.


       *       *       *       *       *


TABLE DES GRAVURES ET CARTES


L'T AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_


  En rickshaw sur la route du mont Abou.
    (D'aprs une photographie.)                                      1

  L'lphant du touriste  Djapour.                                 1

  Petit sanctuaire latral dans l'un des temples djans du mont Abou.
    (D'aprs une photographie.)                                      2

  Pont de cordes sur le Djhilam, prs de Garhi. (Dessin de Massias,
    d'aprs une photographie.)                                       3

  Les Karvas ou plateaux alluviaux forms par les rosions du
    Djhilam. (D'aprs une photographie.)                             4

  Ekkas et Tongas sur la route du Kachmir: vue prise au relais
    de Rampour. (D'aprs une photographie Jadu Kissen,  Delhi.)     5

  Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam  Ouri. (D'aprs une
    photographie.)                                                   6

  Shr-Garhi ou la Maison du Lion, palais du Mahrdja  Srnagar.
    (Photographie Bourne et Sheperd,  Calcutta.)                    7

  L'entre du Tchinar-Bgh, ou Bois des Platanes, au-dessus de
    Srnagar; au premier plan une dounga, au fond le sommet du
    Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)          7

  Ruines du temple de Brankoutri. (D'aprs une photographie.)        8

  Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen,
     Delhi.)                                                        9

  Le quai de la Rsidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            10

  La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam  Baramoula.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            11

  Nos tentes  Lahore. (D'aprs une photographie.)                  12

  Dounga ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne
    et Shepherd,  Calcutta.)                                       13

  Vichnou port par Garouda, idole vnre prs du temple de
    Vidja-Broer (hauteur 1m 40.)                                    13

  Enfants de bateliers jouant  cache-cache dans le creux d'un
    vieux platane. (D'aprs une photographie.)                      14

  Batelires du Kachmir dcortiquant du riz, prs d'une range de
    peupliers. (Photographie Bourne et Shepherd,  Calcutta.)       15

  Campement prs de Palhallan: tentes et doungas. (D'aprs une
    photographie.)                                                  16

  Troisime pont de Srnagar et mosque de Shah Hamadan; au fond,
    le fort de Hari-Paryat. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)    17

  Le temple inond de Pandrethan. (D'aprs une photographie.)       18

  Femme musulmane du Kachmir. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)  19

  Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthn.
    (D'aprs une photographie.)                                     20

  Pont et bourg de Vidjabroer. (Photographie Jadu Kissen, 
    Delhi.)                                                         21

  Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din,  Vidjabroer. (D'aprs une
    photographie.)                                                  22

  Le temple de Panyech:  gauche, un brahmane;  droite, un
    musulman. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                  23

  Temple hindou moderne  Vidjabroer. (D'aprs une photographie.)   24

  Brahmanes en visite au Naga ou source sacre de Valtongou.
    (D'aprs une photographie.)                                     25

  Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosque,
     Houtamourou, prs de Bhavan.                                  25

  Temple ruin,  Khotair. (D'aprs une photographie.)              26

  Naga ou source sacre de Kothair. (D'aprs une photographie.)     27

  Ver-Ng: le bungalow au-dessus de la source. (D'aprs une
    photographie.)                                                  28

  Temple rustique de Voutanr. (D'aprs une photographie.)          29

  Autel du temple de Voutanr et accessoires du culte. (D'aprs une
    photographie.)                                                  30

  Noce musulmane,  Rozlou: les musiciens et le fianc. (D'aprs
    une photographie.)                                              31

  Sacrifice bhramanique,  Bhavan. (D'aprs une photographie.)      31

  Intrieur de temple de Martand: le repos des coolies employs au
    dblaiement. (D'aprs une photographie.)                        32

  Ruines de Martand: faade postrieure et vue latrale du temple.
    (D'aprs des photographies.)                                    33

  Place du campement sous les platanes,  Bhavan. (D'aprs une
    photographie.)                                                  34

  La Ziarat de Zan-oud-Din,  Eichmakam. (Photographie Bourne et
    Shepherd,  Calcutta.)                                          35

  Naga ou source sacre de Brar, entre Bhavan et Eichmakar.
    (D'aprs une photographie.)                                     36

  Maisons de bois,  Palgm. (Photographie Bourne et Shepherd, 
    Calcutta.)                                                      37

  Palanquin et porteurs.                                            37

  Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche
    miraculeuse. (D'aprs une photographie.)                        38

  Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la valle du Lidar
    au-dessus de Palgm, vue prise de Ganeth-Bal. (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          39

  Valle d'Amarnth: vue prise de la grotte. (D'aprs une
    photographie.)                                                  40

  Pondjtarni et le camp des plerins: au fond, la passe du
    Mahgounas. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                41

  Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et
    Zodji-Pl. (D'aprs une photographie.)                          42

  Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac ecra-Nag.
    (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)                            43

  Grotte d'Amarnth. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)           43

  Astan-Marg: la prairie et les bouleaux. (D'aprs une
    photographie.)                                                  44

  Campement de Goudjars  Astan-Marg. (D'aprs une photographie.)   45

  Le bain des plerins  Amarnath. (D'aprs une photographie.)      46

  Plerins d'Amarnth: le Sdhou de Patiala; par derrire, des
    brahmanes, et  droite, des musulmans du Kachmir. (D'aprs une
    photographie.)                                                  47

  Mosque de village au Kachmir. (D'aprs une photographie.)        48

  Brodeurs Kachmiris sur toile. (Photographie Bourne et Shepherd,
     Calcutta.)                                                    49

  Mendiant musulman. (D'aprs une photographie.)                    49

  Le Brahma Sr et le camp des plerins au pied de l'Haramouk.
    (D'aprs une photographie.)                                     50

  Lac Gangbal au pied du massif de l'Haramouk. (Photographie Jadu
    Kissen,  Delhi.)                                               51

  Le Noun-Kl, au pied de l'Haramouk, et le bain des plerins.
    (D'aprs une photographie.)                                     52

  Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs houkas (pipes) et leur
    hangri (chaufferette). (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)   53

  Temples ruins  Vangth. (D'aprs une photographie.)             54

  Mla ou foire religieuse  Hazarat-Bal. (En haut, photographie
    par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen,  Delhi.)       55

  La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srnagar. (D'aprs
    une photographie.)                                              56

  Nishat-Bgh et le bord oriental du lac de Srnagar. (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          57

  Le canal de Mar  Sridagar. (Photographie Jadu Kissen,  Delhi.)  58

  La mosque de Shah Hamadan  Srnagar (rive droite). (Photographie
    Jadu Kissen,  Delhi.)                                          59

  Spcimens de l'art du Kachmir. (D'aprs une photographie.)        60


SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Mdecin-major des troupes coloniales_.


  La barre de Grand-Bassam ncessite un grand dploiement de force
    pour la mise  l'eau d'une pirogue. (D'aprs une photographie.) 61

  Le fminisme  Adoko: un mdecin concurrent de l'auteur.
    (D'aprs une photographie.)                                     61

  Travail et Maternit ou Comment vivent les femmes de
    Petit-Alp. (D'aprs une photographie.)                       62

   Motso: soins maternels. (D'aprs une photographie.)            63

  Installation de notre campement dans une clairire dbroussaille.
    (D'aprs une photographie.)                                     64

  Environs de Grand-Alp: des hangars dans une palmeraie, et une
    douzaine de grands mortiers destins  la prparation de l'huile
    de palme. (D'aprs une photographie.)                           65

  Dans le sentier troit, montant, il faut marcher en file indienne.
    (D'aprs une photographie.)                                     66

  Nous utilisons le ft renvers d'un arbre pour traverser la M.
    (D'aprs une photographie.)                                     67

  La popote dans un admirable champ de bananiers. (D'aprs une
    photographie.)                                                  68

  Indignes coupant un acajou. (D'aprs une photographie.)          69

  La cte d'Ivoire.--Le pays Atti.                                 70

  Ce fut un sauve-qui-peut gnral quand je braquai sur les
    indignes mon appareil photographique. (Dessin de J. Lave,
    d'aprs une photographie.)                                      71

  La rue principale de Grand-Alp. (D'aprs une photographie.)     72

  Les Trois Graces de Mop (pays Atti). (D'aprs une
    photographie.)                                                  73

  Femme du pays Atti portant son enfant en groupe. (D'aprs une
    photographie.)                                                  73

  Une clairire prs de Mop. (D'aprs une photographie.)           74

  La garnison de Mop se porte  notre rencontre. (D'aprs une
    photographie.)                                                  75

  Femme de Mop fabriquant son savon  base d'huile de palme et de
    cendres de peaux de bananes. (D'aprs une photographie.)        76

  Danse excute aux funrailles du prince hritier de Mop.
    (D'aprs une photographie.)                                     77

  Toilette et embaumement du dfunt. (D'aprs une photographie.)    78

  Jeune femme et jeune fille de Mop. (D'aprs une photographie.)   79

  Route, dans la fort tropicale, de Malamalasso  Daboissu.
    (D'aprs une photographie.)                                     80

  Beni Coam, roi de Betti et autres lieux, entour de ses femmes
    et de ses hauts dignitaires. (D'aprs une photographie.)        81

  Chute du Mala-Mala, affluent du Como,  Malamalasso. (D'aprs
    une photographie.)                                              82

  La valle du Como  Malamalasso. (D'aprs une photographie.)     83

  Tam-tam de guerre  Mop. (D'aprs une photographie.)             84

  Piroguiers de la cte d'Ivoire pagayant. (D'aprs une
    photographie.)                                                  85

  Allou, le boy du docteur Lamy. (D'aprs une photographie.)        85

  La fort tropicale  la cte d'Ivoire. (D'aprs une
    photographie.)                                                  86

  Le dbitage des arbres. (D'aprs une photographie.)               87

  Les lianes sur la rive du Como. (D'aprs une photographie.)      88

  Les occupations les plus frquentes au village: discussions et
    farniente Atti. (D'aprs une photographie.)                    89

  Un incendie  Grand-Bassam. (D'aprs une photographie.)           90

  La danse indigne est caractrise par des poses et des gestes
    qui rappellent une pantomime. (D'aprs une photographie.)       91

  Une inondation  Grand-Bassam. (D'aprs une photographie.)        92

  Un campement sanitaire  Abidjean. (D'aprs une photographie.)    93

  Une rue de Jackville, sur le golfe de Guine. (D'aprs une
    photographie.)                                                  94

  Grand-Bassam: cases dtruites aprs une pidmie de fivre jaune.
    (D'aprs une photographie.)                                     95

  Grand-Bassam: le boulevard Treich-Laplne. (D'aprs une
    photographie.)                                                  96


L'LE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_


  L'le d'Elbe se dcoupe sur l'horizon, abrupte, montagneuse et
    violtre.                                                       97

  Une jeune fille elboise, au regard nergique,  la peau d'une
    blancheur de lait et aux beaux cheveux noirs.                   97

  Les rues de Porto-Ferraio sont toutes un escalier (page 100).     98

  Porto-Ferraio:  l'entre du port, une vieille tour gnoise,
    trapue, bizarre de forme, se mire dans les flots.               99

  Porto-Ferraio: la porte de terre, par laquelle sortait Napolon
    pour se rendre  sa maison de campagne de San Martino.         100

  Porto-Ferraio: la porte de mer, o aborda Napolon.              101

  La teste de Napolon (page 100).                               102

  Porto-Ferraio s'chelonne avec ses toits plats et ses faades
    scintillantes de clart (page 99).                             103

  Porto-Ferraio: les remparts dcoupent sur le ciel d'un bleu
    sombre leur profil anguleux (page 99).                         103

  La faade extrieure du Palais des Mulini o habitait Napolon
     Porto-Ferraio (page 101).                                    104

  Le jardin imprial et la terrasse de la maison des Mulini
    (page 102).                                                    105

  La Via Napoleone, qui monte au Palais des Mulini.              106

  La salle du conseil  Porto-Ferraio, avec le portrait de la
    dernire grande-duchesse de Toscane et celui de Napolon,
    d'aprs le tableau de Grard.                                  107

  La grande salle des Mulini aujourd'hui abandonne, avec ses
    volets clos et les peintures dcoratives qu'y fit faire
    l'empereur (page 101).                                         107

  Une paysanne elboise avec son vaste chapeau qui la protge du
    soleil.                                                        108

  Les mille mtres du Monte Capanna et de son voisin, le Monte
    Giove, dvalent dans les flots de toute leur hauteur.          109

  Un enfant elbois.                                                109

  Marciana Alta et ses ruelles troites.                           110

  Marciana Marina avec ses maisons ranges autour du rivage et
    ses embarcations tires sur la grve.                          111

  Les chtaigniers dans le brouillard, sur le faite du Monte
    Giove.                                                         112

  ... Et voici au-dessus de moi Marciana Alta surgir des nues
    (page 111).                                                    113

  La Seda di Napoleone sur le Monte Giove o l'empereur
    s'asseyait pour dcouvrir la Corse.                            114

  La blanche chapelle de Monserrat au centre d'un amphithtre de
    rochers est entoure de sveltes cyprs (page 117).             115

  Voici Rio Montagne dont les maisons rgulires et cubiques ont
    l'air de dominos empils... (page 118).                        115

  J'aperois Poggio, un autre village perdu aussi dans les nues.  116

  Une des trois chambres de l'ermitage.                            117

  L'ermitage du Marciana o l'empereur reut la visite de la
    comtesse Walewska, le 3 Septembre 1814.                        117

  Le petit port de Porto-Longone domin par la vieille citadelle
    espagnole (page 117).                                          118

  La maison de Madame Mre  Marciana Alta.--Bastia, signor!--La
    chapelle de la Madone sur le Monte Giove.                      119

  Le coucher du soleil sur le Monte Giove.                         120

  Porto-Ferraio et son golfe vus des jardins de San Martino.       121

  L'arrive de Napolon  l'le d'Elbe. (D'aprs une caricature du
    temps.)                                                        121

  Le drapeau de Napolon roi de l'le d'Elbe: fond blanc, bande
    orang-rouge et trois abeilles jadis dores.                   122

  La salle de bains de San Martino a conserv sa baignoire de
    pierre.                                                        123

  La chambre de Napolon  San Martino.                            123

  La cour de Napolon  l'le d'Elbe. (D'aprs une caricature du
    temps.)                                                        124

  Une femme du village de Marciana Alta.                           125

  Le plafond de San Martino et les deux colombes symboliques
    reprsentant Napolon et Marie-Louise.                         126

  San Martino rappelle par son aspect une de ces maisonnettes 
    la Jean-Jacques Rousseau, agrestes et paisibles (page 123).    126

  Rideau du thtre de Porto-Ferraio reprsentant Napolon sous la
    figure d'Apollon gardant ses troupeaux chez Admte.            127

  La salle gyptienne de San Martino est demeure intacte avec ses
    peintures murales et son bassin  sec.                         127

  Broderies de soie du couvre-lit et du baldaquin du lit de Napolon
    aux Mulini, dont on a fait le trne piscopal de l'vque
    d'Ajaccio.                                                     128

  La signorina Squarci dans la robe de satin blanc que son aeule
    portait  la cour des Mulini.                                  129

  ventail de Pauline Borghse, en ivoire sculpt, envoy en
    souvenir d'elle  la signora Traditi, femme du maire de
    Porto-Ferraio.                                                 130

  Le lit de Madame Mre, qu'elle s'tait fait envoyer de Paris 
    l'le d'Elbe.                                                  130

  Le vieil aveugle Soldani, fils d'un soldat de Waterloo,
    chauffait,  un petit brasero de terre jaune, ses mains
    osseuses.                                                      131

  L'entre du goulet de Porto-Ferraio par o sortit la flottille
    impriale, le 26 fvrier 1815.                                 132


D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'cole franaise d'Athnes_.


  Dans une sorte de cirque se dressent les pans de muraille du
    Ksar-el-Benat (page 142). (D'aprs une photographie.)          133

  Le canal de Sleucie est, par endroits, un tunnel (page 140).    133

  Vers le coude de l'Euphrate: la pense de relever les traces de
    vie antique a dict l'itinraire.                              134

  L'Antioche moderne: de l'ancienne Antioche il ne reste que
    l'enceinte, aux flancs du Silpios (page 137).                  135

  Les rues d'Antioche sont troites et tortueuses; parfois, au
    milieu, se creuse en foss. (D'aprs une photographie.)        136

  Le tout-Antioche inonde les promenades. (D'aprs une
    photographie.)                                                 137

  Les crtes des collines sont couronnes de chapelles ruines
    (page 142).                                                    138

  Alep est une ville militaire. (D'aprs une photographie.)        139

  La citadelle d'Alep se dtache des quartiers qui l'avoisinent
    (page 143). (D'aprs une photographie.)                        139

  Les parois du canal de Sleucie s'lvent jusqu' 40 mtres.
    (D'aprs une photographie.)                                    140

  Les tombeaux de Sleucie s'tageaient sur le Kasios. (D'aprs
    une photographie.)                                             141

   Alep une seule mosque peut presque passer pour une oeuvre
    d'art. (D'aprs une photographie.)                             142

  Tout alentour d'Alep la campagne est dserte. (D'aprs une
    photographie.)                                                 143

  Le Kasr-el-Benat, ancien couvent fortifi.                       144

  Balkis veille, de loin et de haut, l'ide d'une taupinire
    (page 147). (D'aprs une photographie.)                        145

  Stle Hittite. L'artiste n'a excut qu'un premier ravalement
    (page 148).                                                    145

  glise armnienne de Nisib; le plan en est masqu au dehors.
    (D'aprs une photographie.)                                    146

  Tell-Erfat est peupl d'Yazides; on le reconnat  la forme des
    habitations. (D'aprs une photographie.)                       147

  La rive droite de l'Euphrate tait couverte de stations romaines
    et byzantines. (D'aprs une photographie.)                     148

  Biredjik vu de la citadelle: la plaine s'allonge indfiniment
    (page 148). (D'aprs une photographie.)                        149

  Srsat: village mixte d'Yazides et de Bdouins (page 146).
    (D'aprs une photographie.)                                    150

  Les Tcherkesses diffrent des autres musulmans; sur leur personne,
    pas de haillons (page 152). (D'aprs une photographie.)        151

  Ras-el-An. Deux jours se passent, mlancoliques, en ngociations
    (page 155). (D'aprs une photographie.)                        152

  J'ai laiss ma tente hors les murs devant Orfa. (D'aprs une
    photographie.)                                                 153

  Environs d'Orfa: les vignes, basses, courent sur le sol. (D'aprs
    une photographie.)                                             154

  Vue gnrale d'Orfa. (D'aprs une photographie.)                 155

  Porte arabe  Rakka (page 152). (D'aprs une photographie.)      156

  Passage de l'Euphrate: les chevaux apeurs sont ports dans le
    bac  force de bras (page 159). (D'aprs une photographie.)    157

  Bdouin. (D'aprs une photographie.)                             157

  Citadelle d'Orfa: deux puissantes colonnes sont restes debout.
    (D'aprs une photographie.)                                    158

  Orfa: mosque Ibrahim-Djami; les promeneurs flnent dans la cour
    et devant la piscine (page 157). (D'aprs une photographie.)   159

  Pont byzantin et arabe (page 159). (D'aprs une photographie.)   160

  Mausole d'Alif, orn d'une frise de ttes sculptes (page 160).
    (D'aprs une photographie.)                                    161

  Mausole de Thodoret, selon la lgende, prs de Cyrrhus.
    (D'aprs une photographie.)                                    162

  Kara-Moughara: au sommet se voit une grotte taille (page 165).
    (D'aprs une photographie.)                                    163

  L'Euphrate en amont de Roum-Kaleh; sur la falaise campait un petit
    corps de lgionnaires romains (page 160). (D'aprs une
    photographie.)                                                 163

  Trappe de Checkhl: un grand difice en pierres a remplac les
    premires habitations (page 166).                              164

  Trappe de Checkhl: la chapelle (page 166). (D'aprs une
    photographie.)                                                 165

  Pre Maronite (page 168). (D'aprs une photographie.)            166

  Acbs est situ au fond d'un grand cirque montagneux (page 166).
    (D'aprs une photographie.)                                    167

  Trappe de Checkhl: premires habitations des trappistes
    (page 166). (D'aprs une photographie.)                        168


LA FRANCE AUX NOUVELLES-HBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_


  Indignes hbridais de l'le de Spiritu-Santo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 169

  Le petit personnel d'un colon de Malli-Colo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 169

  Le quai de Franceville ou Port-Vila, dans l'le Vat. (D'aprs
    une photographie.)                                             170

  Une case de l'le de Spiritu-Santo et ses habitants. (D'aprs
    une photographie.)                                             171

  Le port de Franceville ou Port-Vila, dans l'le Vat, prsente
    une rade magnifique. (D'aprs une photographie.)               172

  C'est  Port-Vila ou Franceville, dans l'le Vat, que la France
    a un rsident. (D'aprs une photographie.)                     173

  Dieux indignes ou Tabous. (D'aprs une photographie.)           174

  Les indignes hbridais de l'le Mallicolo ont un costume et
    une physionomie moins sauvages que ceux de l'le Pentecte.
    (D'aprs des photographies.)                                   175

  Pirogues de l'le Vao. (D'aprs une photographie.)               176

  Indignes employs au service d'un bateau. (D'aprs une
    photographie.)                                                 177

  Un sous-bois dans l'le de Spiritu-Santo. (D'aprs une
    photographie.)                                                 178

  Un banquet de Franais  Port-Vila (Franceville). (D'aprs
    une photographie.)                                             179

  La colonie franaise de Port-Vila (Franceville). (D'aprs
    une photographie.)                                             179

  La rivire de Luganville. (D'aprs une photographie.)            180


LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_


  Les enfants russes, aux grosses joues pales, devant l'isba
    (page 182). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         181

  La reine des cloches Tsar Kolokol (page 180). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 181

  Les chariots de transport que l'on rencontre en longues files
    dans les rues de Moscou (page 183).                            182

  Les paysannes en plerinage arrives enfin  Moscou, la cit
    sainte (page 182). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)  183

  Une chapelle o les passants entrent adorer les icnes
    (page 183). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         184

  La porte du Sauveur que nul ne peut franchir sans se dcouvrir
    (page 185). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        185

  Une porte du Kreml (page 185). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    186

  Les moines du couvent de Saint-Serge, un des couvents qui
    entourent la cit sainte (page 185). (D'aprs une photographie
    de M. J. Cahen.)                                               187

  Deux villes dans le Kreml: celle du XVe sicle, celle d'Ivan,
    et la ville moderne, que symbolise ici le petit palais
    (page 190).                                                    188

  Le mur d'enceinte du Kreml, avec ses crneaux, ses tours aux
    toits aigus (page 183). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    189

  Tout prs de l'Assomption, les deux glises-soeurs se dressent:
    les Saints-Archanges et l'Annonciation (page 186). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 189

   l'extrmit de la place Rouge, Saint-Basile dresse le fouillis
    de ses clochers (page 184). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    190

  Du haut de l'Ivan Vliki, la ville immense se dcouvre (page 190).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    191

  Un des isvotchiks qui nous mnent grand train  travers les rues
    de Moscou (page 182).                                          192

  Il fait bon errer parmi la foule pittoresque des marchs moscovites,
    entre les petits marchands, artisans ou paysans qui apportent l
    leurs produits (page 195). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        193

  L'isvotchik a revtu son long manteau bleu (page 194). (D'aprs
    une photographie de M. J. Cahen.)                              193

  Itinraire de Moscou  Tomsk.                                    194

   ct d'une picerie, une des petites boutiques o l'on vend le
    kvass, le cidre russe (page 195). (D'aprs une photographie de
    M. J. Cahen.)                                                  195

  Et des Tatars offraient des toffes tales sur leurs bras
    (page 195). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         196

  Patients, rsigns, les cochers attendent sous le soleil de midi
    (page 194). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         197

  Une cour du quartier ouvrier, avec l'icne protectrice (page 196).
    (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)                     198

  Sur le flanc de la colline de Nijni, au pied de la route qui
    relie la vieille ville  la nouvelle, la citadelle au march
    (page 204). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         199

  Le march tincelait dans son fouillis (page 195). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  200

  Dj la grande industrie pntre: on rencontre  Moscou des
    ouvriers modernes (page 195). (D'aprs une photographie.)      201

  Sur l'Oka, un large pont de bois barrait les eaux (page 204).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    202

  Dans le quartier ouvrier, les familles s'entassent,  tous les
    tages, autour de grandes cours (page 196). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  203

  Le char funbre tait blanc et dor (page 194). (D'aprs une
    photographie.)                                                 204

   Nijni, toutes les races se rencontrent, Grands-Russiens, Tatars,
    Tcherkesses (page 208). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        205

  Une femme tatare de Kazan dans l'enveloppement de son grand chle
    (page 214). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        205

  Nous avons travers le grand pont qui mne  la foire (page 205).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    206

  Au dehors, la vie de chaque jour s'talait, ple-mle, 
    l'orientale (page 207). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        207

  Les galeries couvertes, devant les boutiques de Nijni (page 206).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    208

  Dans les rues, les petits marchands taient innombrables
    (page 207). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         209

  Dans une rue, c'taient des coffres de toutes dimensions, peints
    de couleurs vives (page 206). (D'aprs une photographie de M.
    J. Cahen.)                                                     210

  Prs de l'asile, nous sommes alls au march aux cloches
   (page 208). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)          211

  Plus loin, sous un abri, des balances gigantesques taient pendues
    (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         211

  Dans une autre rue, les charrons avaient accumul leurs roues
    (page 206). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)         212

  Paysannes russes, de celles qu'on rencontre aux petits marchs
    des dbarcadres ou des stations (page 215). (D'aprs une
    photographie de M. J. Cahen.)                                  213

  Le Kreml de Kazan. C'est l que sont les glises et les
    administrations (page 214). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    214

  Sur la berge, des tarantass taient ranges (page 216). (D'aprs
    une photographie de M. Thibeaux.)                             215

  Partout sur la Volga d'immenses paquebots et des remorqueurs
    (page 213). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        216

   presque toutes les gares il se forme spontanment un petit
    march (page 222). (D'aprs une photographie de M. J. Cahen.)  217

  Dans la plaine (page 221). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    217

  Un petit fumoir, vitr de tous cts, termine le train
    (page 218). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        218

  Les migrants taient l, ple-mle, parmi leurs misrables
    bagages (page 226). (D'aprs une photographie de M. J.
    Cahen.)                                                        219

  Les petits garons du wagon-restaurant s'approvisionnent
    (page 218). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        220

  migrants prenant leur maigre repas pendant l'arrt de leur train
    (page 228). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine)           221

  L'ameublement du wagon-restaurant tait simple, avec un bel air
    d'aisance (page 218). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine) 222

  Les gendarmes qui assurent la police des gares du Transsibrien.
    (Photographie de M. Thibeaux.)                                223

  L'glise, prs de la gare de Tchliabinsk, ne diffre des isbas
    neuves que par son clocheton (page 225). (Photographie extraite
    du Guide du Transsibrien.)                                  224

  Un train de constructeurs tait remis l, avec son wagon-chapelle
    (page 225). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)          225

  Vue De Stretensk: la gare est sur la rive gauche, la ville sur
    la rive droite. (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)      226

  Un point d'migration (page 228). (Photographie de M. A. N. de
    Koulomzine.)                                                   227

  Enfants d'migrants (page 228). (D'aprs une photographie de M.
    Thibeaux.)                                                    228

  Un petit march dans une gare du Transsibrien. (Photographie de
    M. Legras.)                                                    229

  La cloche luisait, immobile, sous un petit toit isol (page 230).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)                    229

  Nous sommes passs prs d'une glise  clochetons verts (page 230).
    (Photographie de M. Thibeaux.)                                230

  Tomsk a group dans la valle ses maisons grises et ses toits
    verts (page 230). (Photographie de M. Brocherel.)              231

  Aprs la dbcle de la Tome, prs de Tomsk (page 230). (D'aprs
    une photographie de M. Legras.)                                232

  Le chef de police demande quelques explications sur les passeports
    (page 232). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        233

  La cathdrale de la Trinit  Tomsk (page 238). (Photographie
    extraite du Guide du Transsibrien.)                         234

  Tomsk: en revenant de l'glise (page 234). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 235

  Tomsk n'tait encore qu'un campement, sur la route de l'migration
    (page 231). (D'aprs une photographie.)                        236

  Une rue de Tomsk, dfinie seulement par les maisons qui la bordent
    (page 231). (Photographie de M. Brocherel.)                    237

  Les cliniques de l'Universit de Tomsk (page 238). (Photographie
    extraite du Guide du Transsibrien.)                         238

  Les longs btiments blancs o s'abrite l'Universit (page 237).
    (Photographie extraite du Guide du Transsibrien.)           239

  La voiture de l'icne stationnait parfois (page 230). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 240

  Flneurs  la gare de Petropavlosk (page 242). (D'aprs une
    photographie de M. Legras.)                                    241

  Dans les valles de l'Oural, habitent encore des Bachkirs
    (page 245). (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)        241

  Un taillis de bouleaux entourait une petite mare. (D'aprs une
    photographie.)                                                 242

  Les rivires roulaient une eau claire (page 244). (D'aprs une
    photographie.)                                                 243

  La ligne suit la valle des rivires (page 243). (D'aprs une
    photographie de M. Thibeaux.)                                 244

  Comme toute l'activit commerciale semble frle en face des eaux
    puissantes de la Volga! (page 248.) (D'aprs une photographie
    de M. G. Cahen.)                                               245

  Bachkirs sculpteurs. (D'aprs une photographie de M. Paul
    Labb.)                                                        246

   la gare de Tchliabinsk, toujours des migrants (page 242).
    (D'aprs une photographie de M. J. Legras.)                    247

  Une bonne d'enfants, avec son costume traditionnel (page 251).
    (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.)                     248

  Joie nave de vivre, et mlancolie.--un petit march du sud
    (page 250). (D'aprs une photographie de M. G. Cahen.)         249

  Un russe dans son vtement d'hiver (page 249). (D'aprs une
    photographie de M. G. Cahen.)                                  250

  Dans tous les villages russes, une activit humble, pauvre de
    moyens.--Marchands de poteries (page 248). (D'aprs une
    photographie de M. G. Cahen.)                                  251

  L, au passage, un Kirghize sur son petit cheval (page 242).
    (D'aprs une photographie de M. Thibeaux.)         252


LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_


  Lugano: les quais offrent aux touristes une merveilleuse
    promenade. (Photographie Alinari.)                             253

  Porte de la cathdrale Saint-Laurent de Lugano (page 256).
    (Photographie Alinari.)                                        253

  Le lac de Lugano dont les deux bras enserrent le promontoire de
    San Salvatore. (D'aprs une photographie.)                     254

  La ville de Lugano descend en amphithtre jusqu'aux rives de son
    lac. (Photographie Alinari.)                                   255

  Lugano: faubourg de Castagnola. (D'aprs une photographie.)      256

  La cathdrale de Saint-Laurent: sa faade est dcore de figures
    de prophtes et de mdaillons d'aptres (page 256).
    (Photographie Alinari.)                                        257

  Saint-Roch: dtail de la fresque de Luini  Sainte-Marie-des-Anges
    (Photographie Alinari.)                                        258

  La passion: fresque de Luini  l'glise Sainte-Marie-des-Anges
    (page 260). (Photographie Alinari)                             259

  Saint Sbastien: dtail de la grande fresque de Luini 
    Sainte-Marie-des-Anges. (Photographie Alinari.)                260

  La madone, l'enfant Jsus et Saint Jean, par Luini, glise
    Sainte-Marie-des-Anges (page 260). (Photographie Alinari.)     261

  La Scne: fresque de Luini  l'glise Sainte-Marie-des-Anges
    (page 260).                                                    262

  Lugano: le quai et le faubourg Paradiso.
    (Photographie Alinari.)                                        263

  Lac de Lugano: viaduc du chemin de fer du Saint-Gothard.
    (D'aprs une photographie.)                                    264


SHANGHA, LA MTROPOLE CHINOISE

Par _M. MILE DESCHAMPS_


  Les quais sont anims par la population grouillante des Chinois
    (page 266). (D'aprs une photographie.)                        265

  Acteurs du thtre chinois. (D'aprs une photographie.)          265

  Plan de Shangha.                                                266

  Shangha est sillonne de canaux qui,  mare basse, montrent
    une boue noire et mal odorante. (Photographie de Mlle Hlne
    de Harven.)                                                    267

  Panorama de Shangha. (D'aprs une photographie.)                268

  Dans la ville chinoise, les camelots sont nombreux, qui dbitent
    en plein vent des marchandises ou des lgendes extraordinaires.
    (D'aprs une photographie.)                                    269

  Le poste de l'Ouest, un des quatre postes o s'abrite la milice
    de la Concession franaise (page 272). (D'aprs une
    photographie.)                                                 270

  La population ordinaire qui grouille dans les rues de la ville
    chinoise de Shangha (page 268).                               271

  Les coolies conducteurs de brouettes attendent nonchalamment
    l'arrive du client (page 266). (Photographies de Mlle H. de
    Harven.)                                                       271

  Une maison de th dans la cit chinoise. (D'aprs une
    photographie.)                                                 272

  Les brouettes, qui transportent marchandises ou indignes, ne
    peuvent circuler que dans les larges avenues des concessions
    (page 270). (D'aprs une photographie.)                        273

  La prison de Shangha se prsente sous l'aspect d'une grande cage,
     forts barreaux de fer. (D'aprs une photographie.)           274

  Le parvis des temples dans la cit est toujours un lieu de
    runion trs frquent. (D'aprs une photographie.)            275

  Les murs de la cit chinoise, du ct de la Concession franaise.
    (D'aprs une photographie.)                                    276

  La navigation des sampans sur le Ouang-P. (D'aprs une
    photographie.)                                                 277

  Aiguille de la pagode de Long-Hoa. (D'aprs une photographie.)   277

  Rickshaws et brouettes sillonnent les ponts du Yang King-Pang.
    (D'aprs une photographie.)                                    278

  Dans Broadway, les boutiques alternent avec des magasins de belle
    apparence (page 282).                                          279

  Les jeunes Chinois flnent au soleil dans leur Cit.
    (Photographies de Mlle H. de Harven.)                          279

  Sur les quais du Yang-King-Pang s'lvent des btiments, banques
    ou clubs, qui n'ont rien de chinois. (D'aprs une
    photographie.)                                                 280

  Le quai de la Concession franaise prsente,  toute heure du
    jour, la plus grande animation. (D'aprs une photographie.)    281

  Hong-Hoa: pavillon qui surmonte l'entre de la pagode. (D'aprs
    une photographie.)                                             282

  L'omnibus du pauvre (wheel-barrow ou brouette) fait du deux 
    l'heure et cote quelques centimes seulement. (D'aprs une
    photographie.)                                                 283

  Une station de brouettes sur le Yang-King-Pang. (D'aprs une
    photographie.)                                                 284

  Les barques s'entre-croisent et se choquent devant le quai
    chinois de Tou-Ka-Dou. (D'aprs une photographie.)             285

  Chinoises de Shangha. (D'aprs une photographie.)               286

  Village chinois aux environs de Shangha. (D'aprs une
    photographie.)                                                 287

  Le charnier des enfants trouvs (page 280). (D'aprs une
    photographie.)                                                 288


L'DUCATION DES NGRES AUX TATS-UNIS

Par _M. BARGY_


  L'cole maternelle de Hampton accueille et occupe les ngrillons
    des deux sexes. (D'aprs une photographie.)                    289

  Institut Hampton: cours de travail manuel. (D'aprs une
    photographie.)                                                 289

  Booker T. Washington, le leader de l'ducation des ngres aux
    tats-Unis, fondateur de l'cole de Tuskegee, en costume
    universitaire. (D'aprs une photographie.)                     290

  Institut Hampton: le cours de maonnerie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 291

  Institut Hampton: le cours de laiterie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 292

  Institut Hampton: le cours d'lectricit. (D'aprs une
    photographie.)                                                 293

  Institut Hampton: le cours de menuiserie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 294

  Le salut au drapeau excut par les ngrillons de l'Institut
    Hampton. (D'aprs une photographie.)                           295

  Institut Hampton: le cours de chimie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 296

  Le basket ball dans les jardins de l'Institut Hampton. (D'aprs
    une photographie.)                                             297

  Institut Hampton: le cours de cosmographie. (D'aprs une
    photographie.)                                                 298

  Institut Hampton: le cours de botanique. (D'aprs une
    photographie.)                                                 299

  Institut Hampton: le cours de mcanique. (D'aprs une
    photographie.)                                                 300


 TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul gnral de S. M. Britannique au Khorassan._


  Une foule curieuse nous attendait sur les places de Mechhed.
    (D'aprs une photographie.)                                    301

  Un poney persan et sa charge ordinaire. (D'aprs une
    photographie.)                                                 301

  Le plateau de l'Iran. Carte pour suivre le voyage de l'auteur,
    d'Astrabad  Kirman.                                           302

  Les femmes persanes s'enveloppent la tte et le corps d'amples
    toffes. (D'aprs une photographie.)                           303

  Paysage du Khorassan: un sol rocailleux et ravag, une rivire
    presque  sec; au fond, des constructions  l'aspect de fortins.
    (D'aprs une photographie.)                                    304

  Le sanctuaire de Mechhed est parmi les plus riches et les plus
    visits de l'Asie. (D'aprs une photographie.)                 305

  La cour principale du sanctuaire de Mechhed. (D'aprs une
    photographie.)                                                 306

  Enfants nomades de la Perse orientale. (D'aprs une
    photographie.)                                                 307

  Jeunes filles kurdes des bords de la mer Caspienne. (D'aprs une
    photographie.)                                                 308

  Les prparatifs d'un campement dans le dsert de Lout. (D'aprs
    une photographie.)                                             309

  Le dsert de Lout n'est surpass, en aridit, par aucun autre de
    l'Asie. (D'aprs une photographie.)                            310

  Avant d'arriver  Kirman, nous avions  traverser la chane de
    Kouhpaia. (D'aprs une photographie.)                          311

  Rien n'gale la dsolation du dsert de Lout. (D'aprs une
    photographie.)                                                 312

  La communaut Zoroastrienne de Kirman vint, en chemin, nous
    souhaiter la bienvenue. (D'aprs une photographie.)            313

  Un marchand de Kirman. (D'aprs une photographie.)               313

  Le dme de Djabalia, ruine des environs de Kirman, ancien
    sanctuaire ou ancien tombeau. (D'aprs une photographie.)      314

   Kirman: le jardin qui est lou par le Consulat, se trouve  un
    mille au del des remparts. (D'aprs une photographie.)        315

  Une avenue dans la partie ouest de Kirman. (D'aprs une
    photographie.)                                                 316

  Les gardes indignes du Consulat anglais de Kirman. (D'aprs une
    photographie.)                                                 317

  La plus ancienne mosque de Kirman est celle dite Masdjid-i-Malik.
   (D'aprs une photographie.)                                     318

  Membres des cheikhis, secte qui en compte 7000 dans la province
    de Kirman. (D'aprs une photographie.)                         319

  La Masdjid Djami, construite en 1349, une des quatre-vingt-dix
    mosques de Kirman. (D'aprs une photographie.)                320

  Dans la partie ouest de Kirman se trouve le Bagh-i-Zirisf,
    terrain de plaisance occup par des jardins. (D'aprs une
    photographie.)                                                 321

  Les environs de Kirman comptent quelques maisons de th. (D'aprs
    une photographie.)                                             322

  Une tour de la mort, o les Zoroastriens exposent les cadavres.
    (D'aprs une photographie.)                                    323

  Le fort dit Kala-i-Dukhtar ou fort de la Vierge, aux portes de
    Kirman. (D'aprs une photographie.)                            324

  Le Farma Farma. (D'aprs une photographie.)                    325

  Indignes du bourg d'Aptar, Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 325

  Carte du Makran.                                                 326

  Baloutches de Pip, village de deux cents maisons groupes autour
    d'un fort. (D'aprs une photographie.)                         327

  Des forts abandonns rappellent l'ancienne puissance du
    Baloutchistan. (D'aprs une photographie.)                     328

  Chameliers brahmanes du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 329

  La passe de Fanoch, faisant communiquer la valle du mme nom et
    la valle de Lachar. (D'aprs une photographie.)               330

  Musiciens ambulants du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 331

  Une halte dans les montagnes du Makran. (D'aprs une
    photographie.)                                                 332

  Baloutches du district de Sarhad. (D'aprs une photographie.)    333

  Un fortin sur les frontires du Baloutchistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 334

  Dans les montagnes du Makran:  des collines d'argile succdent
    de rugueuses chanes calcaires. (D'aprs une photographie.)    335

  Bureau du tlgraphe sur la cte du Makran. (D'aprs une
    photographie.)                                                 336

  L'oasis de Djalsk, qui s'tend sur 10 kilomtres carrs, est
    remplie de palmiers-dattiers, et compte huit villages.
    (D'aprs une photographie.)                                    337

  Femme Parsi du Baloutchistan. (D'aprs une photographie.)        337

  Carte pour suivre les dlimitations de la frontire
    perso-baloutche.                                               338

  Nous campmes  Fahradj, sur la route de Kouak, dans une
    palmeraie. (D'aprs une photographie.)                         339

  C'est  Kouak que les commissaires anglais et persans s'taient
    donn rendez-vous. (D'aprs une photographie.)                 340

  Le sanctuaire de Mahoun, notre premire tape sur la route de
    Kouak. (D'aprs une photographie.)                             341

  Cour intrieure du sanctuaire de Mahoun. (D'aprs une
    photographie.)                                                 342

  Le khan de Klat et sa cour. (D'aprs une photographie.)         343

  Jardins du sanctuaire de Mahoun. (D'aprs une photographie.)     344

  Dans la valle de Kalagan, prs de l'oasis de Djalsk. (D'aprs
    une photographie.)                                             345

  Oasis de Djalsk: Des difices en briques abritent les tombes
    d'une race de chefs disparue. (D'aprs une photographie.)      346

  Indignes de l'oasis de Pandjgour,  l'est de Kouak. (D'aprs
    une photographie.)                                             347

  Camp de la commission de dlimitation sur la frontire
    perso-baloutche. (D'aprs une photographie.)                   348

  Campement de la commission des frontires perso-baloutches.
    (D'aprs une photographie.)                                    349

  Parsi de Yezd. (D'aprs une photographie.)                       349

  Une sance d'arpentage dans le Seistan. (D'aprs une
    photographie.)                                                 350

  Les commissaires persans de la dlimitation des frontires
    perso-baloutches. (D'aprs une photographie.)                  351

  Le delta du Helmand.                                             352

  Sculptures sassanides de Perspolis. (D'aprs une photographie.) 352

  Un gouverneur persan et son tat-major. (D'aprs une
    photographie.)                                                 353

  La passe de Buzi. (D'aprs une photographie.)                    354

  Le Gypsies du sud-est persan.                                    355

  Sur la lagune du Helmand. (D'aprs une photographie.)            356

  Couple baloutche. (D'aprs une photographie.)                    357

  Vue de Yezd, par o nous passmes pour rentrer  Kirman. (D'aprs
    une photographie.)                                             358

  La colonne de Nadir s'lve comme un phare dans le dsert.
    (D'aprs une photographie.)                                    359

  Mosque de Yezd. (D'aprs une photographie.)                     360


AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte De MIRAMON-FARGUES_


  Entre le sanctuaire et la seconde enceinte qui abrite sous ses
    votes un peuple de divinits de pierre.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 361

  Emblme dcoratif (art khmer). (D'aprs une photographie.)       361

  Porte d'entre de la cit royale d'Angkor-Tom, dans la fort.
    (D'aprs une photographie.)                                    362

  Ce grand village, c'est Siem-Rap, capitale de la province.
    (D'aprs une photographie)                                     363

  Une chausse de pierre s'avance au milieu des tangs. (D'aprs
    une photographie.)                                             364

  Par des escaliers invraisemblablement raides, on gravit la
    montagne sacre. (D'aprs une photographie.)                   365

  Colonnades et galeries couvertes de bas-reliefs. (D'aprs une
    photographie.)                                                 366

  La plus grande des deux enceintes mesure 2 kilomtres de tour;
    c'est un long clotre. (D'aprs une photographie.)             367

  Trois dmes hrissent superbement la masse formidable du temple
    d'Angkor-Wat. (D'aprs une photographie.)                      367

  Bas-relief du temple d'Angkor. (D'aprs une photographie.)       368

  La fort a envahi le second tage d'un palais khmer. (D'aprs
    une photographie.)                                             369

  Le gouverneur rquisitionne pour nous des charrettes  boeufs.
    (D'aprs une photographie.)                                    370

  La jonque du deuxime roi, qui a, l'an dernier, succd  Norodom.
    (D'aprs une photographie.)                                    371

  Le palais du roi,  Oudong-la-Superbe. (D'aprs une
    photographie.)                                                 371

  Sculptures de l'art khmer. (D'aprs une photographie.)           372


EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_


  La petite ville de Petrozeny n'est gure originale; elle a, de
    plus, un aspect malpropre. (D'aprs une photographie.)         373

  Paysan des environs de Petrozeny et son fils. (D'aprs une
    photographie.)                                                 373

  Carte de Roumanie pour suivre l'itinraire de l'auteur.          374

  Vendeuses au march de Targu-Jiul. (D'aprs une photographie.)   375

  La nouvelle route de Valachie traverse les Carpathes et aboutit
     Targu-Jiul. (D'aprs une photographie.)                      376

  C'est aux environs d'Arad que pour la premire fois nous voyons
    des buffles domestiques. (D'aprs une photographie.)           377

  Montagnard roumain endimanch. (Clich Anerlich.)                378

  Derrire une haie de bois blanc s'lve l'habitation modeste.
    (D'aprs une photographie.)                                    379

  Nous croisons des paysans roumains. (D'aprs une photographie.)  379

  Costume national de gala, roumain. (Clich Cavallar.)            380

  Dans les vicissitudes de leur triste existence, les tziganes ont
    conserv leur type et leurs moeurs. (Photographie Anerlich.)   381

  Un rencontre prs de Padavag d'immenses troupeaux de boeufs.
    (D'aprs une photographie.)                                    382

  Les femmes de Targu-Jiul ont des traits rudes et svres, sous
    le linge blanc. (D'aprs une photographie.)                    383

  En Roumanie, on ne voyage qu'en victoria. (D'aprs une
    photographie.)                                                 384

  Dans la valle de l'Olt, les castrinza des femmes sont
    dcores de paillettes multicolores.                           385

  Dans le village de Slanic. (D'aprs une photographie.)           385

  Roumaine du dfil de la Tour-Rouge. (D'aprs une photographie.) 386

  La petite ville d'Horezu est charmante et anime. (D'aprs une
    photographie.)                                                 387

  La perle de Curtea, c'est cette superbe glise blanche,
    scintillante sous ses coupoles dores. (D'aprs une
    photographie.)                                                 388

  Une ferme prs du monastre de Bistritza. (D'aprs une
    photographie.)                                                 389

  Entre de l'glise de Curtea. (D'aprs une photographie.)        390

  Les religieuses du monastre d'Horezu portent le mme costume
    que les moines. (D'aprs une photographie.)                    391

  Devant l'entre de l'glise se dresse le baptistre de Curtea.
    (D'aprs une photographie.)                                    392

  Au march de Campolung. (D'aprs une photographie.)              393

  L'excursion du dfil de Dimboviciora est le complment oblig
    d'un sjour  Campolung. (D'aprs une photographie.)           394

  Dans le dfil de Dimboviciora. (D'aprs des photographies.)     395

  Dans les jardins du monastre de Curtea.                         396

  Sinaa: le chteau royal, Castel Pels, sur la montagne du mme
    nom. (D'aprs une photographie.)                               397

  Un enfant des Carpathes. (D'aprs une photographie.)             397

  Une fabrique de ciment groupe autour d'elle le village de Campina.
    (D'aprs une photographie.)                                    398

  Vue intrieure des mines de sel de Slanic. (D'aprs une
    photographie.)                                                 399

  Entre Campina et Sinaa la route de voiture est des plus
    potiques. (D'aprs une photographie.)                         400

  Un coin de Campina. (D'aprs une photographie.)                  401

  Les villas de Sinaa. (D'aprs une photographie.)                402

  Vues de Bucarest: le boulevard Coltei. -- L'glise du Spiritou
    Nou. -- Les constructions nouvelles du boulevard Coltei. --
    L'glise mtropolitaine.--L'Universit.--Le palais Stourdza.
    -- Un vieux couvent. -- (D'aprs des photographies.)           403

  Le monastre de Sinaa se dresse derrire les villas et les
    htels de la ville. (D'aprs une photographie.)                404

  Une des deux cours intrieures du monastre de Sinaa. (D'aprs
    une photographie.)                                             405

  Une demeure princire de Sinaa. (D'aprs une photographie.)     406

  Busteni (les villas, l'glise), but d'excursion pour les habitants
    de Sinaa. (D'aprs une photographie.)                         407

  Slanic: un wagon de sel. (D'aprs une photographie.)             408


CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMN_

_Photographies de l'auteur._


   la kermesse.                                                   409

  Ces anciens, pour la plupart, ont une maigreur de bon aloi.      409

  Des boerin bien prises en leurs justins marchent en roulant,
    un joug sur les paules.                                       410

  Par intervalles une femme sort avec des seaux; elle lave sa
    demeure de haut en bas.                                        410

  Emplettes familiales.                                            411

  Les mnagres sont l, galement calmes, lentes, avec leurs
    grosses jupes.                                                 411

  Jeune mtayre de Middelburg.                                    412

  Middelburg: le faubourg qui prend le chemin du march conduit
     un pont.                                                     412

  Une mre, songeuse, promenait son petit garon.                  413

  Une famille hollandaise au march de Middelburg.                 414

  Le march de Middelburg: considrations sur la grosseur des
    betteraves.                                                    415

  Des groupes d'anciens en culottes courtes, chapeaux marmites.    416

  Un septuagnaire appuy sur son petit-fils me sourit
    bonassement.                                                   417

  Roux en le dcor roux, l'clusier fumait sa pipe.                417

  Le village de Zoutelande.                                        418

  Les grandes voitures en forme de nacelle, recouvertes de bches
    blanches.                                                      419

  Aussi comme on l'aime, ce home.                                  420

  Les filles de l'htelier de Wemeldingen.                         421

  Il se campe prs de son cheval.                                  421

  Je rencontre  l'ore du village un couple minuscule.            422

  La campagne hollandaise.                                         423

  Environs de Westkapelle: deux femmes reviennent du molen.      423

  Par tous les sentiers, des marmots se juchrent.                 424

  Le pre Kick symbolisait les gnrations des Nerlandais
    dfunts.                                                       425

  Wemeldingen: un moulin colossal domine les digues.               426

  L'une entonna une chanson.                                       427

  Les moutons broutent avec ardeur le long des canaux.             428

  Famille hollandaise en voyage.                                   429

  Ah! les moulins; leur nombre droute l'esprit.                   429

  Les chariots enfoncs dans les champs marcageux sont enlevs
    par de forts chevaux.                                          430

  La digue de Westkapelle.                                         431

  Les cluses ouvertes.                                            432

  Les petits garons rdent par bandes,  grand bruit de sabots
    sonores....                                                    433

  Jeune mre  Marken.                                             433

  Volendam, sur les bords du Zuiderzee, est le rendez-vous des
    peintres de tous les pays.                                     434

  Avec leurs figures rondes, panouies de contentement, les petites
    filles de Volendam font plaisir  voir.                        435

  Aux jours de lessive, les linges multicolores flottent partout.  436

  Les jeunes filles de Volendam sont coiffes du casque en dentelle,
     forme de salade renverse.                                 437

  Deux pcheurs accroupis au soleil,  Volendam.                   438

  Une lessive consciencieuse.                                      439

  Il y a des couples d'enfants ravissants, d'un type expressif.    440

  Les femmes de Volendam sont moins claquemures en leur logis.    441

  Vtu d'un pantalon dmesur, le pcheur de Volendam a une allure
    personnelle.                                                   442

  Un commencement d'idylle  Marken.                               443

  Les petites filles sont charmantes.                              444


ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_


  Le lac sacr d'Osiris, situ au sud-est de son temple, qui a t
    dtruit. (D'aprs une photographie.)                           445

  Sti Ier prsentant des offrandes de pain, lgumes, etc. (D'aprs
    une photographie.)                                             445

  Une rue d'Abydos. (D'aprs une photographie.)                    446

  Maison d'Abydos habite par l'auteur, pendant les trois premires
    annes. (D'aprs une photographie.)                            447

  Le prtre-roi rendant hommage  Sti Ier (chambre annexe de la
    deuxime salle d'Osiris). (D'aprs une photographie.)          448

  Thot prsentant le signe de la vie aux narines du roi Sti Ier
    (chambre annexe de la deuxime salle d'Osiris). (D'aprs une
    photographie.)                                                 449

  Le dieu Thot purifiant le roi Sti Ier (chambre annexe de la
    deuxime salle d'Osiris, mur sud). (D'aprs une photographie.) 450

  Vue intrieure du temple de Ramss II. (D'aprs une
    photographie.)                                                 451

  Perspective de la seconde salle hypostyle du temple de Sti Ier.
    (D'aprs une photographie.)                                    451

  Temple de Sti Ier, mur est, pris du mur nord. Salle due 
    Ramss II. (D'aprs une photographie.)                         452

  Temple de Sti Ier, mur est, montrant des scnes diverses du
    culte. (D'aprs une photographie.)                             453

  Table des rois Sti Ier et Ramss II, faisant des offrandes aux
    rois leurs prdcesseurs. (D'aprs une photographie.)          454

  Vue gnrale du temple de Sti Ier, prise de l'entre. (D'aprs
    une photographie.)                                             455

  Procession des victimes amenes au sacrifice (temple de
    Ramss II). (D'aprs une photographie.)                        456


VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHSE AUX MONTS CLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_


  Le bazar de Tackhent s'tale dans un quartier vieux et ftide.
    (D'aprs une photographie.)                                    457

  Un Kozaque de Djarghess. (D'aprs une photographie.)             457

  Itinraire de Tachkent  Prjevalsk.                              458

  Les marchands de pain de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)  459

  Un des trente-deux quartiers du bazar de Tachkent. (D'aprs une
    photographie.)                                                 460

  Un contrefort montagneux borde la rive droite du tchou.
    (D'aprs une photographie.)                                    461

  Le bazar de Prjevalsk, principale tape des caravaniers de
    Viernyi et de Kachgar. (D'aprs une photographie.)             462

  Couple russe de Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)           463

  Arrive d'une caravane  Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)  464

  Le chef des Kirghizes et sa petite famille. (D'aprs une
    photographie.)                                                 465

  Notre djighite, sorte de garde et de policier. (D'aprs une
    photographie.)                                                 466

  Le monument de Prjevalsky,  Prjevalsk. (D'aprs une
    photographie.)                                                 467

  Des ttes humaines, grossirement sculptes, monuments funraires
    des Nestoriens... (D'aprs une photographie.)                  467

  Enfants kozaques sur des boeufs. (D'aprs une photographie.)     468

  Un de nos campements dans la montagne. (D'aprs une
    photographie.)                                                 469

  Monte du col de Tomghent. (D'aprs une photographie.)           469

  Dans la valle de Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)         470

  Itinraire du voyage aux Monts Clestes.                         470

  La carabine de Zurbriggen intriguait fort les indignes. (D'aprs
    une photographie.)                                             471

  Au sud du col s'levait une blanche pyramide de glace. (D'aprs
    une photographie.)                                             472

  La valle de Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)              473

  Le col de Karaguer, valle de Tomghent. (D'aprs une
    photographie.)                                                 474

  Sur le col de Tomghent. (D'aprs une photographie.)              475

  J'tais enchant des aptitudes alpinistes de nos coursiers.
    (D'aprs une photographie.)                                    475

  Le plateau de Saridjass, peu tourment, est pourvu d'une herbe
    suffisante pour les chevaux. (D'aprs une photographie.)       476

  Nous passons  gu le Kizil-Sou. (D'aprs des photographies.)    477

  Panorama du massif du Khan-Tengri. (D'aprs une photographie.)   478

  Entre de la valle de Kachkateur. (D'aprs une photographie.)   479

  Nous baptismes Kachkateur-Tao, la pointe de 4250 mtres que
    nous avions escalade. (D'aprs une photographie.)             479

  La valle de Tomghent. (D'aprs une photographie.)               480

  Des Kirghizes d'Oustchiar taient venus  notre rencontre.
    (D'aprs une photographie.)                                    481

  Kirghize joueur de flte. (D'aprs une photographie.)            481

  Le massif du Kizil-Tao. (D'aprs une photographie.)              482

  Rgion des Monts Clestes.                                       482

  Les Kirghizes mnent au village une vie peu occupe. (D'aprs
    une photographie.)                                             483

  Notre petite troupe s'aventure audacieusement sur la pente
    glace. (D'aprs une photographie.)                            484

  Valle suprieure d'Inghiltchik. (D'aprs une photographie.)     485

  Valle de Kaende: l'eau d'un lac s'coulait au milieu d'une
    prairie maille de fleurs. (D'aprs une photographie.)        486

  Les femmes kirghizes d'Oustchiar se rangrent, avec leurs
    enfants, sur notre passage. (D'aprs une photographie.)        487

  Le chirta de Kaende. (D'aprs une photographie.)                488

  Nous salumes la valle de Kaende comme un coin de la terre des
    Alpes. (D'aprs une photographie.)                             489

  Femmes maries de la valle de Kaende, avec leur progniture.
    (D'aprs une photographie.)                                    490

  L'lment mle de la colonie vint tout l'aprs-midi voisiner
    dans notre campement. (D'aprs une photographie.)              491

  Un aoul kirghize.                                              492

  Yeux brids, pommettes saillantes, nez pat, les femmes de
    Kaende sont de vilaines Kirghizes. (D'aprs une photographie.) 493

  Enfant kirghize. (D'aprs une photographie.)                     493

  Kirghize dressant un aigle. (D'aprs une photographie.)          494

  Itinraire du voyage aux Monts Clestes.                         494

  Nous rencontrmes sur la route d'Oustchiar un berger et son
    troupeau. (D'aprs une photographie.)                          495

  Je photographiai les Kirghizes de Kaende, qui s'taient, pour
    nous recevoir, assembls sur une minence. (D'aprs une
    photographie.)                                                 496

  Le glacier de Kaende. (D'aprs une photographie.)                497

  L'aiguille d'Oustchiar vue de Kaende.                            498

  Notre cabane au pied de l'aiguille d'Oustchiar. (D'aprs des
    photographies.)                                                498

  Kirghizes de Kaende. (D'aprs une photographie.)                 499

  Le pic de Kaende s'lve  6000 mtres. (D'aprs une
    photographie.)                                                 500

  La fille du chirta (chef) de Kaende, fiance au kaltch de la
    valle d'Irtach. (D'aprs une photographie.)                   501

  Le kaltch (chef) de la valle d'Irtach, l'heureux fianc de
    la fille du chirta de Kaende. (D'aprs une photographie.)     502

  Le glacier de Kaende.                                            503

  Cheval kirghize au repos sur les flancs du Kaende. (D'aprs
    des photographies.)                                            503

  Retour des champs. (D'aprs une photographie.)                   504

  Femmes kirghizes de la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 505

  Un chef de district dans la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 505

  Le pic du Kara-tach, vu d'Irtach, prend vaguement l'aspect d'une
    pyramide. (D'aprs une photographie.)                          506

  Les caravaniers passent leur vie dans les Monts Clestes,
    emmenant leur famille avec leurs marchandises. (D'aprs une
    photographie.)                                                 507

  La valle de Zououka, par o transitent les caravaniers de Viernyi
     Kachgar. (D'aprs une photographie.)                         508

  Le massif du Djoukoutchiak; au pied, le dangereux col du mme nom,
    frquent par les nomades qui se rendent  Prjevalsk. (D'aprs
    une photographie.)                                             509

  Le chaos des pics dans le Kara-Tao. (D'aprs une photographie.)  510

  talon kirghize de la valle d'Irtach et son cavalier. (D'aprs
    une photographie.)                                             511

  Vhicule kirghize employ dans la valle d'Irtach. (D'aprs une
    photographie.)                                                 511

  Les roches plisses des environs de Slifkina, sur la route de
    Prjevalsk. (D'aprs une photographie.)                         512

  Campement kirghize, prs de Slifkina. (D'aprs une
    photographie.)                                                 513

  Femme kirghize tannant une peau. (D'aprs une photographie.)     514

  Les glaciers du Djoukoutchiak-Tao. (D'aprs une photographie.)   515

  Tombeau kirghize. (D'aprs une photographie.)                    516


L'ARCHIPEL DES FERO

Par _Mlle ANNA SEE_


  L'espoir des Fero se rendant  l'cole. (D'aprs une
    photographie.)                                                 517

  Les enfants transportent la tourbe dans des hottes en bois.
    (D'aprs une photographie.)                                    517

  Thorshavn apparut, construite en amphithtre au fond d'un petit
    golfe.                                                         518

  Les fermiers de Kirkeboe en habits de fte. (D'aprs une
    photographie.)                                                 519

  Les poneys feroens et leurs caisses  transporter la tourbe.
    (D'aprs une photographie.)                                    520

  Les dnicheurs d'oiseaux se suspendent  des cordes armes d'un
    crampon. (D'aprs une photographie.)                           521

  Des lots isols, des falaises de basalte ruines par le heurt
    des vagues. (D'aprs des photographies.)                       522

  On pousse vers la plage les cadavres des dauphins, qui ont
    environ 6 mtres. (D'aprs une photographie.)                  523

  Les femmes feroennes prparent la laine.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 524

  On sale les morues. (D'aprs une photographie.)                  525

  Feroen en costume de travail. (D'aprs une photographie.)       526

  Les femmes portent une robe en flanelle tisse avec la laine
    qu'elles ont carde et file. (D'aprs une photographie.)      527

  Dj mlancolique!... (D'aprs une photographie.)                528


PONDICHRY

chef-lieu de l'Inde franaise

Par _M. G. VERSCHUUR_


  Groupe de Brahmanes lecteurs franais. (D'aprs une
    photographie.)                                                 529

  Musicien indien de Pondichry. (D'aprs une photographie.)       529

  Les enfants ont une bonne petite figure et un costume peu
    compliqu. (D'aprs une photographie.)                         530

  La visite du march est toujours une distraction utile pour le
    voyageur. (D'aprs une photographie.)                          531

  Indienne en costume de fte. (D'aprs une photographie.)         532

  Groupe de Brahmanes franais. (D'aprs une photographie.)        533

  La pagode de Villenour,  quelques kilomtres de Pondichry.
    (D'aprs une photographie.)                                    534

  Intrieur de la pagode de Villenour. (D'aprs une photographie.) 535

  La Fontaine aux Bayadres. (D'aprs une photographie.)           536

  Plusieurs rues de Pondichry sont larges et bien bties.
    (D'aprs une photographie.)                                    537

  tang de la pagode de Villenour. (D'aprs une photographie.)     538

  Brahmanes franais attendant la clientle dans un bazar.
    (D'aprs une photographie.)                                    539

  La statue de Dupleix  Pondichry. (D'aprs une photographie.)   540


UNE PEUPLADE MALGACHE

LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_


  Les populations souhaitent la bienvenue  l'tranger. (D'aprs
    une photographie.)                                             541

  Femme d'Ankarimbelo. (D'aprs une photographie.)                 541

  Carte du pays des Tanala.                                        542

  Les femmes tanala sont sveltes, lances. (D'aprs une
    photographie.)                                                 543

  Panorama de Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.)             544

  Groupe de Tanala dans la campagne de Milakisihy. (D'aprs une
    photographie.)                                                 545

  Un partisan tanala tirant  la cible  Fort-Carnot. (D'aprs
    une photographie.)                                             546

  Enfants tanala. (D'aprs une photographie.)                      547

  Les hommes, tous arms de la hache. (D'aprs une photographie.)  548

  Les cercueils sont faits d'un tronc d'arbre creus, et recouverts
    d'un drap. (D'aprs une photographie.)                         549

  Le battage du riz. (D'aprs une photographie.)                   550

  Une halte de partisans dans la fort. (D'aprs une
    photographie.)                                                 551

  Femmes des environs de Fort-Carnot. (D'aprs une photographie.)  552

  Les Tanala au repos perdent toute leur lgance naturelle.
    (D'aprs une photographie.)                                    553

  Une jeune beaut tanala. (D'aprs une photographie.)             553

  Le Tanala, maniant une sagaie, a le geste lgant et souple.
    (D'aprs une photographie.)                                    554

  Le chant du e manenina,  Iaborano. (D'aprs une
    photographie.)                                                 555

  La rue principale  Sahasinaka. (D'aprs une photographie.)      556

  La danse est excute par des hommes, quelquefois par des femmes.
    (D'aprs une photographie.)                                    557

  Un danseur botomaro. (D'aprs une photographie.)                 558

  La danse, chez les Tanala, est expressive au plus haut degr.
    (D'aprs des photographies.)                                   559

  Tapant  coups redoubls sur un long bambou, les Tanala en tirent
    une musique trange. (D'aprs une photographie.)               560

  Femmes tanala tissant un lamba. (D'aprs une photographie.)      561

  Le village et le fort de Sahasinaka s'lvent sur les hauteurs
    qui bordent le Faraony. (D'aprs une photographie.)            562

  Un dtachement d'infanterie coloniale traverse le Rienana.
    (D'aprs une photographie.)                                    563

  Profil et face de femmes tanala. (D'aprs une photographie.)     564


LA RGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMEN_


  Les murailles de Sfax, vritable dcor d'opra.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 565

  Salem, le domestique arabe de l'auteur. (D'aprs une
    photographie.)                                                 565

  Carte de la rgion du Bou Hedma (sud tunisien).                  566

  Les sources chaudes de l'oued Hadedj sont sulfureuses. (D'aprs
    une photographie.)                                             567

  L'oued Hadedj, d'aspect si charmant, est un bourbier qui sue la
    fivre. (D'aprs une photographie.)                            568

  Le cirque du Bou Hedma. (D'aprs une photographie.)              569

  L'oued Hadedj sort d'une troite crevasse de la montagne.
    (D'aprs une photographie.)                                    570

  Manoubia est une petite paysanne d'une douzaine d'annes.
    (D'aprs une photographie.)                                    571

  Un puits dans le dfil de Touninn. (D'aprs une photographie.)  571

  Le ksar de Sakket abrite les Ouled bou Saad Sdentaires, qui
    cultivent oliviers et figuiers. (D'aprs une photographie.)    572

  De temps en temps la fort de gommiers se rvle par un arbre.
    (D'aprs une photographie.)                                    573

  Le village de Mech; dans l'arrire-plan, le Bou Hedma. (D'aprs
    une photographie.)                                             574

  Le Khrangat Touninn (dfile de Touninn), que traverse le chemin
    de Bir Saad  Sakket. (D'aprs une photographie.)              575

  Le puits de Bordj Saad. (D'aprs une photographie.)              576


DE TOLDE  GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_


  Aprs avoir crois des boeufs superbes.... (D'aprs une
    photographie.)                                                 577

  Femme castillane. (D'aprs une photographie.)                    577

  On chemine  travers l'inextricable rseau des ruelles
    silencieuses. (D aprs une photographie.)                      578

  La rue du Commerce,  Tolde. (D'aprs une photographie.)        579

  Un reprsentant de la foule innombrable des mendiants de Tolde.
    (D'aprs une photographie.)                                    580

  Dans des rues tortueuses s'ouvrent les entres monumentales
    d'anciens palais, tel que celui de la Sainte Hermandad.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              581

  Porte du vieux palais de Tolde. (D'aprs une photographie.)     582

  Fire et isole comme un arc de triomphe, s'lve la merveilleuse
    Puerta del Sol. (Photographie Lacoste,  Madrid.)              583

  Dtail de sculpture mudejar dans le Transito. (D'aprs une
    photographie.)                                                 584

  Ancienne sinagogue connue sous le nom de Santa Maria la Blanca.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              585

  Madrilne. (D'aprs une photographie.)                           586

  La porte de Visagra, construction massive remontant  l'poque
    de Charles Quint. (Photographie Lacoste,  Madrid.)            587

  Tympan mudejar. (D'aprs une photographie.)                      588

  Des familles d'ouvriers ont tabli leurs demeures prs de
    murailles solides. (D'aprs une photographie.)                 589

  Castillane et Svillane. (D'aprs une photographie.)             589

  Isabelle de Portugal, par le Titien (Muse du Prado).
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              590

  Le palais de Pierre le Cruel. (D'aprs une photographie.)        591

  Statue polychrome du prophte lie, dans l'glise de Santo Tom
    (auteur inconnu). (D'aprs une photographie.)                  592

  Porte du palais de Pierre le Cruel. (D'aprs une photographie.)  593

  Portrait d'homme, par le Greco. (Photographie Hauser y Menet,
     Madrid.)                                                     594

  La cathdrale de Tolde.                                         595

  Enterrement du comte d'Orgaz, par le Greco (glise Santo Tom).
    (D'aprs une photographie.)                                    596

  Le couvent de Santo Tom conserve une tour en forme de minaret.
    (D'aprs une photographie.)                                    597

  Les vques Mendoza et Ximns. (D'aprs une photographie.)      598

  Salon de la prieure, au couvent de San Juan de la Penitencia.
    (D'aprs une photographie.)                                    599

  Prise de Melilla (cathdrale de Tolde). (D'aprs une
    photographie.)                                                 600

  C'est dans cette pauvre demeure que vcut Cervants pendant son
    sjour  Tolde. (D'aprs une photographie.)                   601

  Saint Franois d'Assise, par Alonzo Cano, cathdrale de Tolde.  601

  Porte des Lions. (Photographie Lacoste,  Madrid.)               602

  Le clotre de San Juan de los Reyes apparat comme le morceau le
    plus prcieux et le plus fleuri de l'architecture gothique
    espagnole. (Photographie Lacoste,  Madrid.)                   603

  Ornements d'glise,  Madrid. (D'aprs une photographie.)        604

  Porte due au ciseau de Berruguete, dans le clotre de la
    cathdrale de Tolde. (Photographie Lacoste,  Madrid.)        605

  Une torea. (D'aprs une photographie.)                           606

  Vue intrieure de l'glise de San Juan de Los Reyes.
    (Photographie Lacoste,  Madrid.)                              607

  Une rue de Tolde. (D'aprs une photographie.)                   608

  Porte de l'hpital de Santa Cruz. (Photographie Lacoste,
     Madrid.)                                                     609

  Sur les bords du Tage. (Photographie Lacoste,  Madrid.)         610

  Escalier de l'hpital de Santa Cruz. (D'aprs une photographie.) 611

  Dtail du plafond de la cathdrale. (D'aprs une photographie)   612

  Pont Saint-Martin  Tolde. (D'aprs une photographie.)          613

  Guitariste castillane. (D'aprs une photographie.)               613

  La Casa consistorial, htel de ville. (D'aprs une
    photographie.)                                                 614

  Le patio des Templiers. (D'aprs une photographie.)            615

  Jeune femme de Cordoue avec la mantille en chenille lgre.
    (D'aprs une photographie.)                                    616

  Un coin de la Mosque de Cordoue. (Photographie Lacoste,
     Madrid.)                                                     617

  Chapelle de San Fernando, de style mudejar, leve au
    centre de la Mosque de Cordoue. (D'aprs une photographie.)   618

  La mosque qui fait la clbrit de Cordoue, avec ses dix-neuf
    galeries hypostyles, orientes vers la Mecque. (Photographie
    Lacoste,  Madrid.)                                            619

  Dtail de la chapelle de San Fernando. (D'aprs une
    photographie.)                                                 620

  Vue extrieure de la Mosque de Cordoue, avec l'glise
    catholique leve en 1523, malgr les protestations des
    Cordouans. (D'aprs une photographie.)                         621

  Statue de Gonzalve de Cordoue. (D'aprs une photographie.)       622

  Statue de doa Maria Manrique, femme de Gonzalve de Cordoue.
    (D'aprs une photographie.)                                    623

  Dtail d'une porte de la mosque. (D'aprs une photographie.)    624








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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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