Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1591, 23 Aot 1873, by Various

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Title: L'Illustration, No. 1591, 23 Aot 1873

Author: Various

Release Date: September 16, 2014 [EBook #46876]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1591, 23 AOUT 1873 ***




Produced by Rnald Lvesque








L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL

[Illustration]

RDACTION, ADMINISTRATION, BUREAUX D'ABONNEMENTS
33, rue de Verneuil, Paris.

31e Anne.--VOL. LXII--N 1591
SAMEDI 23 AOUT 1873.

SUCCURSALE POUR LA VENTE AU DTAIL
60, rue de Richelieu, Paris.

Prix du numro: 75 centimes
La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel,
broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements
Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois,
18 fr.;--un an, 36 fr.; tranger, le port en sus.

[Illustration: LE CHTEAU DE FROHSDORFF.--Vue prise du ct de
la faade principale.--D'aprs le croquis de notre correspondant M.
Petrovits.]



SOMMAIRE

_Texte_: Histoire de la semaine.--Courrier de Paris, par M. Philibert
Audebrand.--Nos gravures.--La Cage d'or, nouvelle, par M. G. de Chenille
(suite).--Les Thtres.--Bulletin bibliographique.--Histoire de la
Colonne (deuxime article).--Bigarrures anecdotiques: l'esprit de parti
(suite).

_Gravures_: Le chteau de Frohsdorff; vue prise du ct de la faade
principale.--La reconstruction de la colonne Vendme: Redressage des
pices de la colonne dans l'usine de MM. Monduit et Bchet; L'ajustage
des pices.--Le nouvel Opra: tat actuel des travaux dans l'escalier
d'honneur.--_March  Anvers_ (dix-huitime sicle), d'aprs le tableau
de M. Hugo Salmson.--L'vacuation: entre des troupes franaises 
Pont--Mousson.--Valparaiso: inauguration de La statue de lord
Cochrane.--L'ouragan du 9 aot  Nmes.--Rbus.



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE.

La rconciliation des princes d'Orlans avec le chef de la maison de
Bourbon continue d'tre le thme  peu prs unique sur lequel
s'exercent, en l'absence de tout autre vnement politique de quelque
importance, la verve des polmistes et l'imagination des donneurs de
nouvelles. Aucun fait nouveau n'est venu s'ajouter  ceux que nous avons
signals la semaine dernire, aucune donne prcise ne s'est fait jour
sur les intentions des fusionnistes ni sur la manire dont ils comptent
mener  bonne fin la campagne dont ils viennent d'accomplir avec un
succs si complet la partie la plus difficile peut-tre. Cependant, 
l'inquitude, au dcouragement peu dissimuls des organes du parti
rpublicain, au ton d'amertume de ceux du bonapartisme,  la
satisfaction  peine contenue des journaux royalistes, enfin  la
rserve pleine d'ambigut de ceux qui se prparent  abjurer leurs
anciennes doctrines pour se prosterner devant le soleil levant, il est
facile de voir que l'entrevue de Frohsdorff commence  porter ses fruits
et que l'oeuvre de la restauration monarchique est en pleine voie
d'accomplissement.  ce titre, nous devons citer ici un article du
_Journal des Dbats_ qui est  lui seul un symptme significatif, bien
qu'on en ait peut-tre exagr la porte en y voyant un retour pur et
simple de ce journal aux ides monarchiques. Quoi qu'il en soit, voici
quelques-uns des passages de cet article, d  la plume d'un des plus
brillants crivains de cette feuille, M. John Lemoinne:

Des faits rcents, qui sont de nature  faciliter le rapprochement des
partis monarchiques, ont remis plus que jamais en question l'existence
mme de la Rpublique. Les rpublicains ne se dissimulent plus le danger
qui menace leur forme de gouvernement. Ils se sentent isols, et ils se
retournent maintenant vers les conservateurs qui avaient honntement et
sincrement accept la Rpublique, pour leur dire:

C'est  vous de dfendre l'oeuvre que vous avez fonde.

En ce qui nous concerne, nous rpondons aux rpublicains de la veille:
Nous n'avons rien fond du tout, et c'est votre faute. L'origine de la
situation actuelle, la responsabilit du danger que court la Rpublique
remontent  l'lection de Paris. Ce jour-l, les rpublicains radicaux
ont dclar la guerre aux rpublicains libraux; ce jour-l, le
quatrime tat a proclam qu'il voulait tre tout dans la nation et a
ferm la porte au tiers tat; ce jour-l, les sectaires et les
doctrinaires de la Rpublique nous ont dit: La maison est  nous, c'est
 vous d'en sortir. _C'est bien; on nous a mis dehors, nous y restons._

... Les rpublicains se sont donn beaucoup de peine pour nous
dmontrer qu'une Rpublique conservatrice tait un mot vide de sens; que
la Rpublique tait la Rpublique, et qu'elle devait entraner toutes
les consquences de son principe. C'est trs-bien; ils nous ont prouv
victorieusement leur thse.

Il n'y a pas d'autre Rpublique possible que la leur; c'est convenu,
c'est admis. Et qu'ont-ils gagn  leur dmonstration? c'est de montrer
que la seule Rpublique possible, est prcisment celle qui est
impossible; celle, dont le pays ne veut pas, celle que la France
repousse et qui lui fait peur et horreur. Voil le rsultat de leur
belle campagne.

En mme temps, les folies radicales servaient de leon aux partis
monarchiques, et ils ont compris enfin la ncessit de s'unir pendant
que leurs adversaires se divisaient. Nous ne sommes pas de ceux qui
attendent des rsultats immdiats de l'change de visites de personnes
royales. La rconciliation des hommes a t lente et dure; celle des
partis et des principes demandera galement du temps et de la peine.
Mais une chose qu'il faut que les rpublicains sachent, c'est que, si la
Rpublique vit encore, ce n'est point par ses propres forces. Ils ont
fait tout ce qu'il fallait pour en dgoter le pays; plus intolrants
que les ultramontains qu'ils attaquent tous les jours, ils ont dit plus
haut qu'eux: Hors de notre glise, point de salut. Et voici
qu'aujourd'hui ils appellent  la rescousse les conservateurs qu'ils
avaient frapps d'ostracisme! Ils ont voulu faire la Rpublique tout
seuls et pour eux seuls, qu'ils la fassent, nous les regarderons.

Le fond de l'argumentation de M. John Lemoinne est, on le voit, que si
la Rpublique succombe, ce sont les radicaux qui auront caus sa perte
par leurs exagrations et leurs impatiences. De mme que l'lection de
MM. Ranc et Barodet a t la cause dterminante du 24 mai, de mme
l'attitude que vont prendre les radicaux d'ici  l'poque de la runion
de l'Assemble pourra exercer une influence incontestable sur les
vnements qui se prparent.

A ce titre, les lections qui vont probablement avoir lieu le mois
prochain pour la nomination de dputs dans dix dpartements, auront une
importance exceptionnelle. On sait que trois vacances se sont produites,
au mois d'avril dernier, dans les dpartements de la Loire, du
Puy-de-Dme et de la Haute-Garonne; en consquence, le dlai maximum de
six mois que la loi donne au gouvernement pour convoquer les lecteurs
expire au mois d'octobre; en outre, sept autres vacances se sont
produites depuis le mois d'avril, et il est probable que le gouvernement
convoquera les lecteurs  pourvoir  ces sept vacances en mme temps
qu'aux trois autres. Ainsi que nous le disions plus haut, ces dix
lections partielles emprunteront une signification toute particulire
aux circonstances au milieu desquelles elles se produiront. Les radicaux
auront-ils la sagesse de profiter de cette occasion pour donner un
dmenti  ceux qui soutiennent que la Rpublique n'est bonne qu'
enfanter le dsordre et l'anarchie? C'est ce qu'il nous sera donn de
voir.

En attendant, la session des conseils gnraux, qui vient de s'ouvrir,
montre que l'ide rpublicaine, si srieusement battue en brche depuis
quelques semaines, est encore vivace dans un grand nombre de
dpartements. L'opration prliminaire de la constitution des bureaux a
donn pour rsultat la rlection de tous les anciens prsidents, sauf
dans treize dpartements. Sur ces treize nouveaux prsidents, sept sont
monarchistes et six rpublicains; parmi les prsidents non rlus, il
faut, citer M. Casimir Prier, dans l'Aube, battu par trois voix de
majorit.

D'aprs une dpche de Versailles on compterait, sur la totalit des
prsidents, cinquante conservateurs, vingt-trois rpublicains
appartenant  la gauche et douze membres du centre gauche. Le parti
conservateur aurait donc, somme toute, un avantage de quinze lections.

Les sentiments d'attachement des Alsaciens-Lorrains  la France et la
reconnaissance des populations de l'Est envers M. Thiers viennent de
s'affirmer de nouveau  l'occasion du passage  Belfort et  Mulhouse de
l'ex-prsident de la Rpublique, se rendant en Suisse.

Sur tout son parcours entre ces deux villes, et mme sur le territoire
annex, M. Thiers a t l'objet des ovations les plus enthousiastes.
Cette explosion toute spontane et bien naturelle du sentiment populaire
a malheureusement t dnature par un certain nombre de journaux, dont
quelques-uns n'ont pas craint d'affirmer qu'elle tait le rsultat
d'inspirations venues de Berlin.

C'est l un nouvel exemple de cette fureur de dnigrement commune  tous
les partis dans notre pays, et il est triste de constater que nous ne
pouvons nous habituer  exprimer les divergences d'opinions qui nous
sparent sans nous accabler mutuellement des accusations et des injures
les plus monstrueuses.

L'anniversaire du 15 aot a fourni aux bonapartistes une occasion toute
naturelle de manifestation. Une dputation value de mille  onze cents
personnes, et comprenant les notabilits du parti, s'est rendue 
Chislehurst, o elle a t reue par le prince imprial, qui a prononc
une allocution termine par ces mots:

Quant  moi, dans l'exil et prs de la tombe de l'empereur, je mdite
les enseignements qu'il m'a laisss. Je trouve dans l'hritage paternel
le principe de la souverainet nationale et le drapeau qui la consacre.
Ce principe, le fondateur de notre dynastie l'a rsum dans cette parole
 laquelle je serai toujours fidle: Tout pour le peuple et par le
peuple.



COURRIER DE PARIS

--Sire, il faut faire des hommes.

Voil justement ce que disait le vieux Sully  Henri IV.--Pour le
moment, Henri IV tait occup  manger des oeufs pochs avec du raifort
et de l'ail, trois choses dont il tait fou. Ce mets barnais portait le
roi  rire.

--Faire des hommes, Rosny, rpondit-il; mais la chose, ce semble,
regarde les femmes.

Ici Sully frona le sourcil.

--Sire, ajouta-t-il, avec toute la dfrence que je dois  Votre
Majest, je ferai observer qu'il ne s'agit point d'tre factieux. Si
l'on ne se met  faire des hommes, la chose tournera au pire pour notre
belle nation de France.

Sur ces paroles, il retourna  ses finances; le roi alla chez la belle
Gabrielle, et la France alla comme elle put. En ce temps-l, l'histoire
nous l'apprend, elle avait dj t fort prouve, la France. Elle
venait de subir l'invasion de l'Espagnol, de mme qu'elle a rcemment
support l'envahissement du Prussien. Elle tait dchire  l'intrieur
par plusieurs partis toujours  couteaux tirs: la vieille Ligue, les
Rforms, les Politiques, les amis du Roi, et coetera, et coetera. Elle
tait ruine, puise, vivant dans les transes, se rappelant tour  tour
la nuit de la Saint-Barthlemy, qui n'tait pas encore fort loigne,
les Barricades, l'assassinat des Guise  Blois, l'assassinat d'Henri III
 Saint-Cloud, et entendant dj dire tout bas que le Barnais serait
bientt assassin lui-mme  Paris.--Tout ceci soit dit, en passant,
pour ceux qui croient que les rvolutions sont une nouveaut et que nos
grands pres n'en ont pas eu leur bonne part. Tout ceci soit dit aussi
pour donner une plus-value ou une survie au mot du ministre d'Henri IV:

--Sire, il faut faire des hommes.

Le lecteur, ramassant la rponse du vert-galant, sera peut-tre tent de
nous interpeller de la belle faon.

--Eh! monsieur, s'criera-t-il, vous crivez sans doute vos lignes avec
quelque plume arrache  l'aile d'un noir corbeau. Faire des hommes,
qu'est-ce  dire, je vous prie? Est-ce que le chapitre des naissances,
paragraphe des garons, s'est arrt  l'tat civil des vingt
arrondissements de Paris et des trente-sept mille communes de France? La
race gauloise est toujours prolifique, Dieu merci, en dpit de la
thorie de Malthus. Nos lyces regorgent; nos coles sont pleines; nos
gymnases militaires ont des queues d'aspirants  leurs portes. Il n'y a
jamais eu autant de belle graine chez nous, allez!

Peut-tre la statistique et le recensement de l'arme ne seraient-ils
pas tout  fait d'accord avec cette proposition. Au point de vue des
forces du corps, nos grands pres taient des gants; nos pres taient
bien plus puissamment btis que nous-mmes, et nous, comme dans les
_Burgraves_ de Victor Hugo, nous sommes de moins petite taille que nos
fils. Je ne crois pas que ce soit la faute de Voltaire; c'est peut-tre
celle des prodiges de la chimie, ou de la prose du jour, ou de l'abus de
la moutarde blanche. Enfin, c'est un fait: l'ossature du Franais parat
perdre de sa force. Feu M. Flourens, le pre, attribuait le fait aux
dlices de Capoue, qu'on introduit jusque dans les petites villes, pour
des Annibals en souliers ferrs ou en sabots. Les bonnes femmes s'en
prennent au gaz. M. Payen veut que ce soit la consquence de la
sophistication, qui empoisonne le vin et neutralise le caf; le pre
Flix prouve que c'est le rsultat du roman-feuilleton et de l'oprette.
L'Acadmie des sciences et l'Acadmie de mdecine constatent le fait,
mais ne savent pas trouver la cause. Mais de cent endroits  la fois
s'chappe le mme cri:

--Il faut faire des hommes.

En fait-on? Se met-on en devoir d'en faire?

Depuis quelques jours, on rencontre un peu partout,  travers nos rues,
des jeunes gens habills, par hasard, en soldats.--Je dis par hasard,
parce que c'est facile  voir. Ce sont des volontaires d'un an en cong
temporaire. Ils reviennent aprs plusieurs mois de sjour dans les
corps. Une loi patriotique, de date rcente, les a envoys au rgiment
pour y perdre ce qu'il y avait en eux du gommeux et pour y prendre tout
ce qu'ils pourraient de l'homme. Ont-ils commenc  se transformer?
interrogez-les. Ceux qui sont sincres vous diront que l'anne du
volontariat leur pse comme un exil, et qu'ils ont hte de revenir au
thtre o l'on joue Mlle _Angot._

--Est-ce que les Varits rouvrent dcidment par la premire
reprsentation de _Toto chez Tata?_--demandait l'un d'eux, l'autre soir.

Ceux qui s'emportent contre les allures de la jeunesse d' prsent
oublient trop que cette frivolit a t de tout temps un des traits les
plus incorrigibles du caractre national. Sans aller bien loin dans
l'histoire, sans remonter  ce Cond qui s'avanait au sige de Lrida 
la tte de vingt-quatre violons, parlons de la plus belle poque
militaire et virile des temps nouveaux. De 1792  1815, que de scnes
plaisantes mles au drame de la guerre! Dans la campagne d'Italie,
Bernadotte, encore un peu casseur d'assiettes, a fait sauter le bouchon
d'une bouteille de Champagne en commandant une charge de cavalerie, et
la charge a eu plein succs; Moreau, dans une action des plus chaudes,
s'amusait  mettre une tulipe de Hollande  la place de son plumet. Tout
le monde sait la saillie d'Andoche Junot, volontaire du bataillon de la
Cte-d'Or, ramassant en riant la poussire que venait de rejeter prs de
lui un obus au moment o il crivait une lettre:

Voil de quoi poudrer la lettre, disait-il.--Eh bien, grattez nos
diseurs de riens, vous verrez qu'ils ne sont ni moins braves, ni moins
gais.--Ce serait donc une preuve qu'on s'est remis  faire des hommes.

Philosophons un peu, s'il vous plat.

Il y a un mois,  l'poque o le shah traversait Paris, il n'tait
question que de diamants. Le roi des rois parti, voil qu'on en parle
encore et plus que jamais. Cette fois, c'est  propos de la reine
d'Espagne. Sachez donc qu'Isabelle II se dfait de ses parures. Ainsi
les diamants historiques dont on entrevoit le miroitement dans le
Romancero sont  vendre. Il y en a pour douze millions.--Voulez-vous le
joli collier qui a t port par Jeanne la Folle?--Dsirez-vous un
bouton que Charles-Quint mettait  sa chemise?--En regard de ce fait, on
cite l'crin d'une autre tte couronne qui prouve de mme le besoin de
faire de l'argent.

On signale aussi comme devant tre vendus les brillants du clbre
prince de Brunswick, vous savez cet octognaire phnomnal qui avait
toujours les cheveux noirs, luisants comme l'aile du corbeau, attendu
qu'il se coiffait de lapins belle perruque de l'Europe. Mais que de
joyaux! que de diamants! On pourrait les remuer  la pelle.

Paris s'intresse vivement  ce fait tout nouveau. Vous pensez bien que
les femmes ne manquent pas d'attirer l'attention sur ce point de la
chronique. Cette anne, les diamants sont pour rien. Ne m'en
offrirez-vous pas? Notez que, pour la plus grande commodit des
acqureurs, les diverses pacotilles prcites se vendent en dtail,
pice  pice, absolument comme cela se passe pour les premires pches
de la saison. Vous le voyez, il n'y a pas de petite bourgeoise enrichie
qui ne soit  mme de couvrir les enchres d'une pierre qui a figur
durant trois ou quatre sicles sur le front d'une vingtaine de reines.
--Mesdames, qui veut la merveilleuse bague de saphir qu'a porte jadis
 Grenade l'blouissante sultane Ascha, et que Ferdinand le Catholique
a conquise  la pointe de son pe?

Il n'y a pas longtemps, le marchand de diamants tait un ngociant 
rsidence fixe, lapidaire ou banquier, demeurant  Paris ou  La Haye.
On allait chez lui, on inspectait ses collections, on passait en revue
ses catalogues; on regardait, on se consultait, on dbattait les prix.
Grce  la mobilit sans pareille qui travaille la socit moderne, cet
industriel a chang comme changent tous les autres types. Ce n'est plus
aujourd'hui qu'un oiseau de passage, un marchand nomade, s'en allant de
zone en zone, de porte en porte, proposer ce qu'il a  vendre.

Aujourd'hui le marchand de diamants aborde son monde sur les boulevards,
dans un foyer de thtre ou bien autour du lac,  l'heure de la
promenade. Si vous saviez le superbe bracelet que j'ai  proposer! Il a
fait partie de la toilette d'Anne de Newbourg, cette mme reine que
Victor Hugo a intercale dans _Ruy-Blas_. Demain il fera son boniment 
Londres ou  Ptersbourg. Cet t, la scne o il s'est le plus fait
voir a t l'Exposition de Vienne. Il comptait trouver l, d'abord
beaucoup de curieux, beaucoup de riches oisifs, et, par suite, beaucoup
d'acheteurs.

Un jour on le rencontrait, par exemple, auprs de la hutte samoyde;
c'est une chose  voir que cette hutte, avec ses attelages de rennes et
de chiens, avec son ours blanc. Une autre fois, le lendemain, le
marchand de diamants se plantait prs du pavillon de Monaco.
--Mesdames, les plus beaux diamants  vendre, des diamants
d'impratrice! Voulez-vous en voir les photographies?

Ce chalet de Monaco est trs-coquet avec sa vrandah et sa salle carre.
On s'y donnait volontiers rendez-vous,  ce que disent les
correspondances. Beaucoup de belles choses y sont  voir, des bois, des
poteries artistiques, des coffrets en mosaques, et les visiteuses
pouvaient se mirer dans les flacons, les vases  forme antique contenant
les essences, les parfums. Dans le jardin o sont les fleurs et les
arbustes du territoire de Monaco, notre homme s'installait sur un banc
peint en vert, ou bien il se mlait sans faon aux groupes des
promeneurs. Au moment o l'on regardait les plantes mongasques, par
exemple l'_Aloe glauca_, il recommenait son discours:--Mesdames, des
diamants dont je puis disposer, vingt-cinq ont t sertis par Benvenuto
Cellini lui-mme. Qui en veut?--En ce moment, le marchand de diamants
est  Trouville; l'automne prochain, il sera  Biarritz; l'hiver, il ira
dans la lune, s'il le faut.

Anastasi s'est religieusement tenu parole. Il vient de constituer 
l'cole des beaux-arts une fondation perptuelle de 100,000 francs, dont
il ne se rserve que l'usufruit. Aprs la mort du paysagiste, le revenu
de cette somme appartiendra  la Socit des peintres. Ceux-ci en
disposeront,  leur gr, pour aider le talent ou pour combattre les
infortunes de l'art. Anastasi, dit-on, n'a fait que son devoir; mais il
a trs-noblement fait son devoir.

On vient de remettre en relief, je ne sais pourquoi, la figure du
vicomte d'Arlincourt. C'est une raison suffisante pour qu'en passant la
chronique dise deux mots de ce personnage, aujourd'hui absolument
oubli, mais qui a fait un bruit de tous les diables il y a une
trentaine d'annes.

M. le vicomte d'Arlincourt se donnait trs-navement pour le premier
romancier de ce temps, ou il en a exist un si grand nombre de
remarquables. On raconte que sa premire femme a dpens prs de 200,000
francs  acheter, sous main, les dix ou douze ditions qu'elle faisait
faire de ses oeuvres. En voyant ses romans s'couler si vite et toujours
si rgulirement, l'auteur tait et devait tre convaincu de la ralit
de son succs. Le seul roman du _Solitaire_ a eu jusqu' quinze tirages;
on l'a traduit en anglais, en allemand, en russe et en espagnol. On
l'avait accommod chez nous en opra-comique, en mlodrame, en
lithographies et en dessus de pendule. Les ptissiers qui servaient des
pices montes ne les livraient jamais sans poser au sommet un petit
d'Arlincourt en chocolat.

Comment le vicomte n'aurait-il pas pris tant de vogue pour un indice de
son mrite littraire?

Il m'a t donn de voir de trs-prs le vicomte d'Arlincourt pendant
les dernires annes de sa vie. Jamais encore je n'avais t  mme de
contempler si commodment l'adoration de soi-mme. Ce pauvre homme,
habitu  l'infatuation, se laissait dire  brle-pourpoint, sans
sourciller, qu'il n'avait pas son gal en littrature. Au besoin, il le
proclamait lui-mme, et s'il s'agissait de journal, il crivait la
rclame de sa propre main.

On lui disait:

--Monsieur le vicomte, quand la France aura le malheur de vous perdre,
quelle pitaphe faudra-t-il buriner sur votre monument?

--Celle-ci, rpondait-il avec un sang-froid cornlien:

                      CI-GIT LE WALTER SCOTT FRANAIS.

Le vicomte d'Arlincourt, fort bien vu de la Restauration, avait,  cette
poque-l, une existence fastueuse. On se rappelle que lord Byron avait
mis  la mode la vie aristocratique chez les gens de lettres.
Chateaubriand et Lamartine obissaient  cette contagion de l'exemple.
Tous deux s'y sont ruins. Or, l'auteur d'_Ipsibo_ croyait se donner 
son tour une grande figure en vivant comme ces trois ttes d'lite.

Un jour, pendant un voyage  travers les provinces, Charles X et sa cour
s'arrtrent cinq heures  un chteau du vicomte d'Arlincourt.

Ce dernier dpensa alors cent mille francs pour recevoir dignement le
roi de France.

Comme son frre, le gnral d'Arlincourt, le gourmandait sur cette
prodigalit.

--Une Majest ne pouvait recevoir autrement une autre Majest, rpondit
l'auteur de _l'Herbagre._

Le vicomte d'Arlincourt a vcu assez longtemps en touriste dans le nord
de l'Europe, en Danemarck, en Sude, en Finlande, en Russie. De ces
divers pays il a rapport deux volumes d'impressions de voyage sous ce
titre: _l'toile polaire._

--On m'a partout accueilli comme un prince!

Voil ce qu'il chantait sur tous les tons.

Beaucoup se rappellent lui avoir entendu raconter le trait suivant que
nous reproduisons mot pour mot de ses propres causeries.

--J'entrai  Dresde. Ma premire pense fut naturellement d'aller faire
un petit bout de visite au roi de Saxe. Comme tous les monarques de
l'Europe, ce prince avait beaucoup entendu parler de moi. Il me recevait
presque comme un confrre.

--Monsieur le vicomte, il faudra que j'aie le plaisir de dner
prochainement avec vous.

--Sire, ce sera un grand honneur pour moi.

--Eh bien, monsieur le vicomte, ce sera pour demain.

--Sire, je serai demain aux ordres de Votre Majest.

Mais le grand chambellan, qui assistait  l'entrevue, tira le roi 
part.

--Sire, dit-il, j'prouve un certain embarras.

--Quel embarras, monsieur?

--L'tiquette a des lois imprieuses. L'tiquette ne permet au roi de
dner avec un tranger que si cet tranger est une tte couronne.

--Eh bien! n'y sommes-nous pas? J'ai une couronne d'or sur la tte.
Est-ce que sur la sienne, monsieur le vicomte d'Arlincourt n'a pas une
couronne de lauriers?

Nous autres, nous regardions l'auteur du _Solitaire_ pendant qu'il
racontait cet pisode. Il n'a pas hsit une seconde  rciter tout ce
couplet.

Un autre de ses mots, du mme tonneau.

--Napolon III a voulu me voir. Il m'a fait toute sorte de cajoleries
mais en vain, puisque je suis pour Henri V. Voyant la solidit de mes
principes, l'empereur m'a congdi en me disant: Monsieur le vicomte,
ah! que le comte de Chambord est donc heureux de possder un homme tel
que vous!

Philibert Audebrand.



[Illustration: LA RECONSTRUCTION DE LA COLONNE VENDME.--Redressage des
pices de la colonne dans l'usine de MM. Monduit et Bchet.]

[Illustration: LA RECONSTRUCTION DE LA COLONNE VENDME.--L'ajustage des
pices.]



NOS GRAVURES


Frohsdorff

Le chteau de Frohsdorff ou plutt Froschdorff, dont nous donnons une
vue extrieure, est situ dans la Basse-Autriche, non loin de la
frontire de Hongrie, et  50 kilomtres sud de Vienne. Un vaste parc
entoure cette magnifique habitation, rsidence habituelle de M. le comte
de Chambord. Dans le voisinage se trouvent Wiener-Neustadt, la rivire
de l'Ens, et la grande fort de l'Empereur (Kaiserwald), o le prince
chasse frquemment.

Au XIIIe sicle, le village et la seigneurie de Froschdorff portaient le
nom de Krottendorf, qui tait celui de la famille  laquelle il
appartenait alors. Vers le milieu du sicle suivant, cette seigneurie
fut runie au comt de Ptten, puis elle passa dans les mains du comte
de Teufel en 1542, et, en 1620, dans celles des comtes de Hoyos.

L'ex-reine de Naples, veuve de Murat, la princesse Caroline Bonaparte,
qui se faisait appeler comtesse de Lipona, anagramme de Napoli, en fit 
son tour l'acquisition en 1822. Finalement, la duchesse d'Angoulme, 
la suite de la rvolution de Juillet, ayant quitt Goritz, aprs la mort
de son mari, vint habiter le chteau de Froschdorff, o elle mourut le
10 octobre 1851, ayant auprs d'elle le comte de Chambord, son neveu et
son hritier, et sa nice, la princesse de Parme.

Depuis lors, le prince a pris possession du chteau de Froschdorff, dont
il a beaucoup embelli les vastes appartements, et o il sjourne tout le
temps de l'anne qu'il ne passe pas  Venise. Il a pous, le 10
novembre 1846, la princesse Thrse, archiduchesse d'Autriche-Este,
fille ane du duc de Modne, Franois IV.

L. C.


La colonne Vendme.--Redressement des plaques.

On sait que la colonne Vendme, leve  la gloire de la Grande-Arme
victorieuse  Austerlitz, avait t difie sur le modle de la colonne
Trajane qui existe encore  Rome. Mais, tandis que celle-ci est en
marbre blanc, la colonne Vendme se trouvait constitue par une colonne
creuse en pierres revtue de plaques de bronze provenant de la fonte de
douze cents canons autrichiens et prussiens. Ces plaques ou panneaux, au
nombre de deux cent soixante-quatorze, non compris les six morceaux qui
forment l'entors ou couronne de lauriers de la base, sont autant de
bas-reliefs dont l'ensemble s'enroule en spirale de la base du ft  son
chapiteau. Chacun de ces panneaux, mesurant 1 mtre de hauteur sur 1m20
de longueur, pse 200 kilogrammes. Les dix pices de l'entors et la
coupole reprsentent un poids total d'environ 8200 kilogrammes, ce qui,
pour la colonne, non compris la base, les aigles d'angles et la statue
du couronnement, reprsente 63,000 kilogrammes de bronze.

Rdifier le monument n'est pas une opration aussi simple qu'on parat
se l'imaginer au premier abord.

Lors de sa chute et malgr les couches paisses de paillis disposes sur
la place, les plaques s'arrachrent violemment de leurs attaches;
quelques-unes, le plus petit nombre heureusement, furent fendues,
brises, et plusieurs fragments disparurent; la plupart ne se trouvrent
que dformes ou fausses sous le poids des blocs de pierre qui pesaient
sur elles, et dont l'effort destructif se trouva augment par la hauteur
de chute.

Avant de songer  replacer les panneaux de bronze sur le ft de pierre
restaur, il faut donc de toute ncessit procder  diverses oprations
prliminaires ayant pour but: le redressement des plaques fausses; leur
ajustage  la suite les unes des autres, suivant l'ordre indiqu par les
sujets sculpts; la rfection des pices manquantes ou brises; enfin la
rparation de celles qui se sont fendues, soit par l'effet de la chute,
soit par suite des oprations de redressement. C'est seulement aprs
terminaison complte de ces travaux de redressement, de complment et
d'ajustage, que les panneaux, transports au chantier de la place
Vendme, seront appliqus sur le ft de pierre au fur et  mesure de
l'lvation de la maonnerie.

Le redressement et l'ajustage s'oprent dans les ateliers de MM.
Monduit, Bchet et Cie, bien connus par les remarquables travaux de
plomberie d'art excuts au Louvre,  Notre-Dame de Paris,  la
Sainte-Chapelle, etc., tandis que les oprations qui entranent la fonte
du mtal ont t confies  l'usine Thibault.

Ds le samedi 26 mai 1871, le personnel de l'usine Monduit, Bchet et
Cie, procdait  l'enlvement des plaques de bronze gisant sur la place
Vendme, les numrotait et, d'aprs les instructions de M. Normand,
architecte de la colonne, les dposait au palais de l'Industrie, o
elles restaient jusqu'au vote de l'Assemble qui a prescrit de restaurer
le monument.

C'est de l que ces dbris sont repris au fur et  mesure de
l'avancement des travaux et transports dans les ateliers.

Les plaques compltes, mais dformes, sont, ainsi que le reprsente
notre gravure, soumis  l'action d'une presse  vis manoeuvre  bras
d'hommes. Appuyant sur les parties dprimes, cette presse leur rend le
relief primitif et, suivant le point o s'opre la pression, point qu'il
appartient  la sagacit des ouvriers de reconnatre, la plaque reprend
sa forme bombe et hlicodale. La pression  oprer doit tre d'autant
plus puissante que chaque panneau prsente, pour le nu ou fond, une
paisseur de 12  15 millimtres.

Pour les reliefs dtermins par les personnages ou les divers sujets de
sculpture, cette paisseur s'lve  7, 8 et mme parfois 10 centimtres
d'paisseur. En outre, des tenons en bronze, au nombre de trois par
panneaux, font corps avec le fond et contribuent  augmenter la
rigidit. Une autre cause complique l'opration, c'est la forme en
spirale du revtement de bronze. Si les plaques n'taient que des
sections de couronnes absolument circulaires, il suffirait de les
courber en les maintenant appliques sur une forme prsentant galement
une section cylindrique de mme diamtre que le noyau de pierre de la
colonne. Une pression opre sur les deux extrmits suffirait dans ce
cas. Mais il n'en est pas ainsi, et chacune des deux cent
soixante-quatorze plaques de bronze tant une portion de spirale, se
prsente sous une forme courbe, en quelque sorte gauche, qui oblige 
une observation constante des rsultats de la pression,  une recherche
sans cesse renouvele des effets produits.

De temps en temps, la plaque quitte donc la plate-forme de la presse
pour tre applique sur un premier gabarit, puis elle retourne sous la
vis, subit de nouvelles pressions suivies de nouveaux essais, et lorsque
le panneau pouse parfaitement les formes du gabarit, que son bourrelet
en saillie fortement prononce s'applique exactement sur le rebord de la
plaque prcdente, les ouvriers le reportent sur un bti de bois dress
verticalement et reproduisant les dimensions et les formes extrieures
du ft de pierre. Chaque panneau est en quelque sorte mis  la place
qu'il doit occuper, ce qui permet de se rendre compte du degr de
perfection des travaux de redressement, de corriger ce qui peut paratre
dfectueux, de reconnatre d'une manire certaine et dfinitive la part
du travail  excuter dans la fonderie.

En sortant des ateliers de MM. Monduit et Bchet, les plaques sont
transportes dans les ateliers de M. Thibault, o elles sont compltes
et rpares au point de vue artistique. Cette restauration fera l'objet
d'un prochain article.

Paul Laurencin.


Le grand escalier du nouvel Opra

L'_Illustration_, dans le dernier numro du _Paris nouveau_, a dcrit en
dtail le nouvel Opra. Elle offre aujourd'hui  ses lecteurs une vue du
grand escalier de la salle, dans l'tat actuel des travaux.

Telle qu'elle est en ce moment, cette partie du btiment, vivement
claire par le haut, encombre  et l d'chafaudages, peuple d'une
lgion d'ouvriers, offre l'aspect le plus pittoresque. Ici les
sculpteurs travaillent, mme pendant le jour,  la lueur de nombreux
becs de gaz, ports par des supports mobiles garnis de tuyaux en
caoutchouc. L, des marbriers achvent de polir les balustres; d'autres,
 l'aide d'une ingnieuse machine, creusent les marbres que doivent
traverser les conduites de gaz: un tube de tle, auquel on imprime un
rapide mouvement de rotation, pntre dans le marbre par son propre
poids, et, quand il est arriv au bout, au lieu des dbris que l'on
retirait par les anciens procds, on enlve du bloc une petite colonne
polie par les frottements du tube de tle, qui, selon l'paisseur du
marbre, y a fait soixante ou quatre-vingt mille tours environ. D'un
ct, les bronziers placent les balcons des tages suprieurs; de
l'autre, l'habile charpentier Saintonge et son quipe font circuler,
sans accidents, leurs lourds madriers au milieu des plus fines
sculptures; partout le bruit des marteaux, le grincement des machines,
viennent s'ajouter au tableau anim que reprsente fidlement le dessin.

Ds  prsent les travaux sont assez avancs pour que l'on se rende bien
compte de l'effet que produira le grand escalier. Les trente colonnes de
marbre Sarrancolin, avec leurs chapiteaux et leurs bases en marbre blanc
de Saint-Bat, reluisent dj et s'harmonisent  merveille avec le ton
des pilastres en brche violette. La sculpture des tympans des arcades,
orns de figures, par M. Chabaud, est acheve; il reste peu de chose 
faire aux dtails des rampes et des votes de l'escalier.--Aux neuf
balcons du premier tage on commence  poser les balustres en
spath-fluor, surmonts d'une rampe en onyx. Cela suffit dj pour donner
 l'ensemble une richesse peu commune, et cependant que de choses
manquent encore!

Les grandes marches de marbre blanc de Serravezza reposent toutes
tailles dans leurs caisses d'emballage. Les balustres de marbre rouge
antique sont encore en magasin, attendant le moment o ils seront placs
sur leur socle en marbre vert de Sude et surmonts de leur rampe en
onyx.--Au bas de l'escalier on ajuste les marbres sur lesquels
s'lveront les deux grands groupes de M. Carrier Belleuse, supportant
les appareils d'clairage. A l'entre du parterre, les lignes de
l'architecture s'interrompent; c'est l que doivent s'appuyer les deux
cariatides de M. Jules Thomas, excutes en bronzes de diffrents tons
et drapes de marbres de diffrentes couleurs; au-dessus de chaque
groupe de colonnes, une place vide est rserve aux mdaillons de lave
maille o M. Solier excute sur un fond bleu des instruments de
musique de tous les pays. Enfin, le sol n'est pas encore nivel pour
recevoir son dallage de marbre, et,  la vote, quatre grands caissons
indiquent seulement la place des peintures de M. Pils.

Quand tout cela sera fini, quand sur ces marbres et ces bronzes se
joueront les reflets d'un clairage splendide, il y aura l certainement
un des effets dcoratifs les plus saisissants que l'on puisse imaginer,
et, pour que l'oeuvre de l'architecte apparaisse dans tout son clat, il
n'y manquera plus que le public, la foule lgante et pare, les riches
toilettes, les brillants uniformes, se montrant  tous les balcons et
circulant  tous les tages.


Un march  Anvers, au dix-huitime sicle.

Tableau de M. Hugo Salmson.

Nous sommes sur une de ces places, si nombreuses  Anvers, formes par
renfoncement de quelques maisons,  l'entre d'une de ces petites rues
troites o vont s'entasser les marchandises du monde entier; c'est bien
l'aspect de la vieille cit, telle qu'elle nous apparat encore
aujourd'hui, ds qu'on s'enfonce un peu dans les quartiers populaires;
au loin, on entrevoit une partie de la tour de la cathdrale, masque
par les hautes maisons aux toits dcoups en forme d'escaliers; puis,
bordant notre petite place publique, un de ces innombrables canaux qui
sillonnent la ville, ou circulent grands et petits bateaux, frles
barques des habitants de la ville et hauts navires de commerce. Quant au
march, c'est un vrai chef-d'oeuvre de patiente et gracieuse restitution
historique; l'choppe o se tient un vieux juif, sorte de brocanteur qui
vend tout ce qui peut s'acheter, la vieille maison  pignon, avec sa
porte orne de ferronneries anciennes, au pied de laquelle une marchande
de fleurs a install sa boutique en plein vent, tout cela est charmant
de grce et de vrit.

Mais ce n'est encore qu'un cadre, si joli qu'il soit; le tableau est
bien plus, il est tout entier dans les personnages, dans ce jeune
seigneur,  l'attitude si fire, si ddaigneuse mme, dont l'ami l'ait
semblant d'examiner les marchandises du juif, tandis qu'il n'a de
regards, lui, que pour la jeune femme dont le mari achte une rose  la
bouquetire; elle aussi, la belle lgante, elle voudrait bien le
regarder; mais le bras qu'elle tient la gne, et elle ne peut que se
retourner  demi. Toute la scne est dans ces attitudes, si finement
indiques; on se sent en prsence d'un roman, d'un roman de galanterie
du XVIII sicle.


Entre des Franais  Pont--Mousson

C'est le 2 aot que la ville de Pont--Mousson a t vacue.

A cinq heures du matin, l'infanterie allemande quittait les
baraquements, et  sept heures les dragons hanovriens dbouchaient,
musique en tte, de la rue Saint-Laurent, pour traverser la place Duroc
et prendre la route de Faulquemont. A mesure qu'ils s'loignaient, les
fentres jusque-l fermes s'ouvraient derrire eux, se pavoisaient de
drapeaux, d'oriflammes et de bannires; la population se rpandait dans
les rues, tandis que les cloches des glises Saint-Laurent et
Saint-Martin, sonnant  toutes voles, allaient joyeusement porter au
loin la nouvelle de l'heureuse dlivrance. Le soir, la ville tait
illumine.

Le lendemain 3,  dix heures du matin, arrive des soldats franais.
Tout Pont--Mousson s'tait transport  la gare, o,  l'heure dite,
une compagnie du 94e de ligne mettait pied  terre. Le maire et ses
adjoints se trouvaient l pour la recevoir. Inutile d'appuyer sur
l'accueil chaleureux qui lui a t fait. Comme la veille, toutes les
maisons taient pavoises, et la foule n'a cess, durant cette journe,
de circuler dans les rues, donnant un libre essor  une joie et  un
enthousiasme bien naturels.

La compagnie du 94e de ligne a pris possession des baraquements de
Mdires, situs  un kilomtre de Pont--Mousson.

L. C.


L'Inauguration de la statue de lord Thomas Cochrane,  Valparaiso

Nous avons reu du Chili les deux dessins que nous publions dans le
prsent numro, concernant l'inauguration du monument lev  Valparaiso
 la mmoire de l'amiral Thomas Cochrane, l'un des hommes qui
contriburent jadis le plus activement  l'affranchissement de cet tat
du joug de l'Espagne.

Voici en substance le discours du ministre de la guerre et de la marine,
que nous choisissons entre ceux prononcs dans cette solennit:

Lord Thomas Cochrane, mort en Angleterre il y a quelques annes, tait
le fils an d'une illustre famille anglaise. Dou du plus noble
caractre, fruit d'une ducation librale, il avait su obtenir de bonne
heure l'estime et la confiance de ses concitoyens. Ses prouesses comme
marin et le rle prpondrant qu'il joua en cette qualit dans le
terrible conflit engag contre la France sous le premier Empire lui
valurent une rputation europenne.

Pouss par un invincible besoin d'aventures et aussi par un amour inn
de la libert, il offrit le concours de son pe au Chili dans la lutte
que nous soutenions alors contre l'Espagne pour conqurir notre
indpendance.

La situation de la flotte chilienne, cre au prix des plus douloureux
sacrifices, tait prcaire; de rcente formation, peu nombreuse,
manquant de marins exercs, elle faisait bien difficilement, face aux
ncessits du moment. L'illustre gnral Blanco Encalada, un des hros
de cette poque glorieuse, venait de capturer la frgate espagnole
_Maria Isabel_ et cinq btiments de transport que l'Espagne envoyait au
secours des forces royalistes du Pacifique.

C'est fortifie par le concours de ces navires que notre flotte,
commande par Cochrane, effectua cette srie de coups audacieux qui
devaient lui assurer toujours la victoire.

Parmi ceux-ci nous citerons: la prise de Valdivia, ville rpute
inexpugnable, dfendue par neuf forts dtachs et une nombreuse
garnison; la capture de la frgate de premier rang _La Esmeralda_,
effectue dans la rade de Callao, malgr la prsence de l'escadre
espagnole et sous le feu des batteries de terre.

Les exploits de Cochrane furent tous marqus du sceau de l'audace et du
gnie; ils furent trop nombreux pour qu'il me soit possible de les
relater ici, mme sommairement; je me bornerai  constater qu'ils eurent
une influence considrable sur les destines de notre pays.

En terminant, quelques mots sur le monument. Il est situ sur la place
de la douane,  Valparaiso. Le socle est en marbre; la statue, faite en
Angleterre, est en bronze. Le monument, pris dans son ensemble, est d'un
beau style, trs-simple d'aspect; l'attitude du noble lord est
remarquable  tous gards. La figure exprime l'intrpidit, le
commandement.

Le peuple chilien s'tait port en masse  Valparaiso pour cette
crmonie patriotique. La fte a t splendide et tout  fait digne du
hros dont le souvenir, encore vivant dans le coeur de chacun, prsidait
 la crmonie.


L'ouragan de Nmes

Le 9 aot dernier, vers sept heures du soir, aprs une journe des plus
chaudes, une trombe s'est abattue sur la ville de Nmes avec une
violence pouvantable. Pendant un quart d'heure, au milieu d'une
obscurit que dchirait de temps en temps la lueur vive des clairs, il
est tomb des torrents d'eau mle d'normes grlons. L'effet a t
terrible. Le jardin de la Fontaine, le parc, inonds, taient jonchs de
branches d'arbres; les baraques du champ de foire renverses, les
marchandises entranes par les eaux. Pas de maison qui n'eut quelque
perte  dplorer. Je ne parle pas des vitres: les rues taient pleines
de leurs dbris; et des quatre mille carreaux qui remplissaient les deux
murs latraux de la gare, il n'en tait pas rest dix en place.

Hors de la ville, les ravages n'ont pas t moins grands. Les vignes,
les amandiers ont perdu leurs fruits; les champs ont t ensevelis sous
un linceul de feuilles et de pampres. Heureusement il n'y a point eu
mort d'hommes.

La tempte a suivi une zone troite, longeant  peu prs, sur une
tendue de 2 kilomtres  droite et  gauche, la voie du chemin de fer
depuis Saint-Czaire jusqu' Curboussot. Cependant, au del de
Bouillargues quelques vignes ont t atteintes; par contre, dans la zone
indique, certaines places ont t pargnes. Anomalies singulires que
l'on a constates dans presque tous les ouragans de grle.

L. C.



LA GAGE D'OR

NOUVELLE

(Suite)

En d'autres circonstances, celle-ci et probablement lud la
proposition; d'abord parce quelle avait trop de jugement pour garder
quelqu'illusion sur la valeur de sa nouvelle amie et qu'elle ne se
souciait que mdiocrement de se montrer  ct d'elle en public; en
second lieu parce que le prjug national, trs-puissant chez elle, lui
inspirait quelque rpugnance pour un thtre et pour des acteurs
trangers; mais elle comprenait la ncessit de ragir par la
distraction contre l'agitation de ses penses, puis Mme Babowskine mit
tant d'instances dans ses sollicitations qu'elle se dcida  accepter.

Le spectacle n'offrait qu'un mdiocre intrt  Alexandra, qui ne
comprenait que trs-imparfaitement la langue franaise; cependant le jeu
des acteurs tait parvenu  captiver son attention, lorsqu'une loge des
premires faisant face  celle dans laquelle elle se trouvait s'ouvrit
avec fracas; une dame mise avec une suprme lgance et un jeune homme
s'y installrent en remuant les chaises avec un sans-gne un peu
affect.

Comme tout le monde, Alexandra avait tourn les yeux du ct de ces
bruyants spectateurs; ils ne se furent pas plutt arrts sur le nouvel
arrivant qu'elle devint horriblement ple et ne put retenir une
exclamation de surprise; elle reconnaissait le proscrit qui lui avait
caus tant de soucis, l'exil qu'elle supposait encore en Sibrie et
pour lequel elle priait tous les jours avec tant de ferveur.

Sa surprise n'avait point chapp  la Babowskine, qui lui en demanda la
cause. Alexandra avait trop peu l'usage du monde pour tre trs-habile
dans l'art de la dissimulation. Heureusement l'motion cause par cette
apparition soudaine avait t si vive qu'elle vint en aide  son
embarras. Tout son sang affluait  son coeur, la respiration manquait 
sa poitrine oppresse, le malaise qu'elle allgua tait trop visible
pour que sa compagne le souponnt d'tre feint. Supposant que c'tait
la chaleur de la salle qui avait occasionn cette indisposition, elle
lui proposa de sortir; Alexandra refusa; elle se contenta de s'asseoir
au fond de la loge, pour se remettre de son trouble et aussi pour
observer le jeune homme sans tre trop facilement aperue par lui.

La tenue de celui-ci ne rappelait gure la tristesse douce et
mlancolique qu'il avait affecte lors de ses deux entrevues avec
Alexandra, et qui avait produit sur celle-ci une impression que le temps
n'avait point efface. Il avait repris les manires ddaigneuses et
hautaines qui caractrisent la jeunesse dore de Moskow aussi bien que
celle de Paris. Trs-anim et trs-joyeux, il se croyait en droit
d'imposer sa gaiet au public, et il ne se gnait pas davantage pour
tmoigner  sa compagne une familiarit qui avait encore le tort grave
de n'tre pas de trs-bon got. Elle le retrouvait si diffrent de celui
dont elle gardait si pieusement le souvenir, qu'elle se serait crue la
dupe de quelque ressemblance extraordinaire si la violence des
sensations qu'elle prouvait lui et permis de conserver le moindre
doute.

Si certaine qu'elle ft que c'tait lui, elle s'occupait beaucoup moins
du jeune noble que de la dame qu'elle voyait  ses cts; elle
s'arrtait  tous les dtails de la toilette de celle-ci, elle suivait
avidement tous ses mouvements, elle contrlait tous ses gestes;
lorsqu'elle la voyait se pencher nonchalamment sur l'paule de son
compagnon, elle sentait son coeur se serrer; elle rougissait de honte,
peut-tre de colre, lorsque leur intimit s'affirmait par quelques-uns
de ces badinages que la galanterie interlope n'a jamais la pudeur de
rserver pour le huis clos. Compltement ignorante des habitudes du
monde lgant, et nave comme un enfant, Alexandra croyait que cette
dame, avec laquelle ce jeune homme se montrait au spectacle et
changeait de telles privauts, ne pouvait tre que sa femme, et,
confondue de la coquetterie effronte, de l'immodestie de manires de
celle-ci, elle se reprochait amrement d'avoir pu croire  l'amour de
celui qui s'tait choisi pour compagne une pareille crature.

Dans un entr'acte, le gentilhomme ayant dit quelques mots  l'oreille de
sa voisine, celle-ci riposta par un coup d'ventail sur la joue de son
interlocuteur en accompagnant ce geste d'un clat de rire qui attira
l'attention de la moiti de la salle. Alexandra n'y tint pas davantage;
elle se rapprocha de Mme Babowskine, et d'une voix que son agitation
rendait tremblante, elle lui demanda le nom de cette beaut tapageuse.

--D'o sortez-vous donc, ma chre, lui rpondit la marchande de
soieries; mais c'est la Floriani, une danseuse italienne qui fait plus
de mendiants que de dsesprs, je vous l'assure. Elle a dj dbarrass
de leurs roubles et de leurs serfs un bon quart du Cercle des nobles.
Une de nos meilleures clientes, du reste, payant toujours comptant et
autrement gracieuse que nos grandes dames de Moskow!

--Et... ce monsieur... qui est avec elle, dit Alexandra en balbutiant de
plus en plus, c'est son mari?

La Babowskine rpliqua par un clat de rire qui ne le cdait point en
intensit  celui de la Floriani.

--Taisez-vous donc, enfant que vous tes, dit-elle  demi-voix, je
mourrais de honte si quelqu'un vous entendait.

En parlant ainsi elle avait pris sa lorgnette, elle l'avait braque sur
le jeune couple.

--Eh bien! vous n'avez pas de chance, ma chre amie, reprit-elle; moi
qui connais tout Moskow, j'ignore absolument quel peut tre ce
personnage. Bah! quelqu'ours que la Floriani aura dnich dans une fort
de la Petite-Russie et de la toison duquel elle veut se faire un
manchon.--Il est joli garon.--Tiens! mais il parat que ce monsieur
n'est pas moins curieux que vous, ma chre; regardez donc comme il nous
lorgne; il nous aura remarque vous ou moi. Savez-vous que ce n'est pas
peu glorieux d'attirer l'attention du cavalier de la Floriani;--celle-ci
parat furieuse... mais voyez donc, ils se disputent...

Alexandra ne l'coutait plus: effectivement, depuis quelques instants,
le jeune noble regardait de leur ct avec une persistance qui semblait
indiquer que lui aussi il l'avait reconnue. Elle se leva et, avant que
Mme Babowskine et pu s'opposer  sa rsolution, sans s'inquiter de ce
que la brusquerie de son dpart lui donnerait  supposer, elle sortit de
la loge, quitta le thtre, monta dans la premire voiture qu'elle
rencontra et se fit reconduire chez elle.

La belle marchande rentrait dans un tat d'agitation difficile 
dcrire. Le dsordre de ses ides tait si grand qu'elle fut quelque
temps sans pouvoir les rassembler.

[Illustration: LE NOUVEL OPRA. tat des travaux de l'escalier
d'honneur.]

Elle s'expliquait parfaitement la prsence de l'exil  Moskow; au mois
de dcembre prcdent la fte du tsar avait t l'occasion de grces
nombreuses, le jeune homme avait t probablement l'objet de l'un de ces
actes de clmence. Ce qui restait pour elle incomprhensible, c'tait
qu'il n'et pas mme song  remercier celle qui avait essay de le
sauver, c'tait l'indiffrence de celui dont elle se rappelait les
dclarations passionnes. Par une de ces contradictions dont le coeur
des femmes a le secret, la pauvre Alexandra, qui avait sincrement
considr l'expression de cet amour comme une offense, ne lui pardonnait
pas de l'avoir si lgrement abjur. Elle s'irritait bien plus encore
d'avoir t la dupe des sentiments que le proscrit avait affects pour
surprendre son intrt, d'avoir cru au patriotisme chevaleresque, au
dvouement,  l'abngation de celui qui, il venait de le lui prouver,
n'tait qu'un noble aussi goste, aussi frivole, aussi corrompu que ses
pareils.

Cette dception tait autrement cruelle que celle qu'elle avait due aux
subterfuges de son mari; cette fois c'tait l'idal qui lui chappait 
son tour. Elle eut pour rsultat d'exasprer l'aversion et le mpris
d'Alexandra pour l'oppression nobiliaire et autocratique de son pays, de
la fortifier dans sa rsolution de tout risquer pour l'y soustraire. La
nuit augmenta cette exaltation; dans sa fivreuse insomnie, elle se
demandait si, lorsque les hommes se courbaient si lchement sous cet
odieux servage, ce n'tait pas aux femmes  leur apprendre comment on
meurt plutt que de le subir, et les projets les plus insenss
traversaient son cerveau.

Le matin, encore brise par ses motions, on lui remit une lettre qu'un
domestique venait d'apporter et dont il attendait la rponse.

Alexandra tressaillit  la vue du cachet armori de l'enveloppe, et ce
fut d'une main tremblante qu'elle l'ouvrit.

Voici ce qu'elle contenait:

Si la femme du serf Nicolas Makovlof veut tre agrable  son seigneur,
elle viendra dner ce soir avec lui vers dix heures,  son htel.

Et cela tait sign: Alexis de Laptioukine.

Pendant qu'Alexandra lisait ce billet laconique dont l'auteur semblait
avoir pris  tche d'exagrer la brutalit seigneuriale, le visage de la
jeune femme tait devenu d'une pleur cadavrique, ses lvres
frmissantes taient livides; pendant quelques minutes elle resta
immobile, on et dit que l'outrage qu'elle venait de recevoir, la rayant
du nombre des vivants, l'avait change en statue; enfin, revenant 
elle, elle froissa le papier qu'elle venait de recevoir avec une rage
convulsive, pendant que son regard s'illuminait d'une flamme tragique.

Elle ignorait la mort du vieux comte; Nicolas l'avait initie aux
habitudes de galanterie de celui-ci, elle ne doutait pas que cet odieux
billet ne vnt de lui.

Enfin, redressant la tte, elle essuya la sueur dont son front tait
inond, et, cdant  une rsolution soudaine, elle prit une plume sur la
table, crivit au bas de la lettre qu'elle venait de recevoir ce seul
mot j'irai, signa Alexandra Makovlof, et la rendit au messager.


XVI

Nous avons laiss Nicolas Makovlof dispos  se mettre en frais de
toilette pour se prsenter devant l'hritier de son ancien matre.

Voici la faon originale dont il s'y prit:

Quand il fut arriv au _Novo-Trosko-Tratkir_, il avisa le plus sale,
le plus crasseux, le plus dguenill des cent dix servants du
restaurant, lui ordonna de lui ouvrir un cabinet et lui fit signe d'y
entrer avec lui.

Aussitt que la porte fut ferme sur eux il examina les diverses pices
de l'habillement du garon avec le soin mticuleux d'un adjudant-major
passant le peloton de garde en revue; il parut satisfait de son
inspection. Alors, se dbarrassant de sa pelisse de renard et se
montrant  l'homme dans son confortable costume de marchand.

--Mes habits valent vingt roubles de plus que les tiens, lui dit-il, et
tant dcid  les changer contre tes guenilles, c'est au moins dix
roubles de retour que je devrais te demander.

Le mougik le regardait d'un air hbt.

--Mais, poursuivit Nicolas Makovlof, ayant fait le voeu de rentrer 
Moskow vtu en mendiant, mon humilit n'en sera que plus agrable  mon
saint patron si la charit lui sert d'escorte. Je te fais don de ce qui
devrait me revenir dans le troc; dpouille ta dfroque, donne-la moi, et
prends celle-ci; je ne rserve que le contenu de mes poches.

Cette fois le garon avait compris, il ne fut pas le moins diligent  se
dshabiller. Le marchand endossa ces haillons, puis se plaant devant la
glace, il se regarda avec complaisance, s'tudiant  augmenter le
caractre de l'trange costume dont il s'tait affubl, pratiquant
quelques dchirures dans la chemise aux plis flottants, largissant les
nombreuses solutions de continuit du large pantalon, effilochant
par-ci, dchirant par-l, poussant la recherche jusqu' accentuer les
nombreuses taches de graisse dont sa nouvelle toilette tait maille.
Quand l'ensemble lui parut satisfaisant il le couronna en dfonant d'un
coup de poing le petit chapeau vas qui devait lui servir de
couvre-chef, et ayant jet sur ses paules une touloupe ventre et
dplume, aprs avoir ordonn  son droski de l'attendre, il sortit du
restaurant de la Trotza avec des allures de triomphateur que don Csar
de Bazan n'et point dsavoues.

Nous avons  peine besoin d'indiquer la cause de la jubilation que
traduisait la physionomie du marchand, et les raisons qui l'avaient
dcid  se dguiser de la sorte; d'aprs ce que le matre de la police
lui avait racont des habitudes dissipatrices de l'hritier des
Laptioukine, non-seulement il se croyait sr d'obtenir de celui-ci sa
libert, mais encore de n'tre pas rduit, pour l'avoir,  pratiquer 
sa caisse une trop large saigne.

Il fut assez surpris de ne trouver chez le jeune seigneur aucune trace
du faste des anciens Laptioukine. L'htel tait de mdiocre apparence,
meubl avec got mais avec simplicit; on n'y voyait pas ce luxe de
domesticit qui caractrise les habitations de la noblesse russe  la
ville, aussi bien qu' la campagne. Une seule tradition du chteau de
Kalonga avait t fidlement conserve. Avant de voir revenir le valet
qui tait all dire  son matre qu'un de ses nouveaux serfs--le
marchand avait jug inutile de donner son nom--dsireux de lui prsenter
ses hommages, le suppliait de lui accorder une audience, Nicolas fit une
faction de plus d'une heure, devant la porte.

On l'introduisit enfin dans un vaste salon o se trouvait celui qui
allait dcider de son sort, et que tout en multipliant les rvrences
dont il tait si prodigue, Nicolas essayait d'observer du coin de
l'oeil.

C'tait un trs-jeune homme; il tait assis devant une table charge de
papiers et de livres, sur lesquels on voyait briller les lames de
quelques poignards, les crosses damasquines de pistolets circassiens,
des perons, des cravaches, quelques bijoux; il crivait;  l'entre du
visiteur il ne releva point la tte, il se contenta de l'inviter 
s'asseoir et  attendre.

Ce dbut parut du meilleur augure au marchand; jamais, mme avant sa
disgrce, le vieux Laptioukine ne lui avait accord une pareille faveur,
ni tmoign tant de dfrence.

Il chercha un sige; dans la pice se trouvaient deux normes malles,
dont l'une ouverte et  moiti pleine semblait indiquer les prparatifs
d'un prochain voyage; il s'assit humblement sur l'angle de celle de ces
malles qui tait ferme.

Au bout de quelques minutes, le gentilhomme posa sa plume, prit un
cigare, l'alluma, jeta un rapide regard sur Nicolas Makovlof et lui
demanda qui il tait.

--Le plus misrable, le plus infortun de vos esclaves, noble comte,
rpondit celui qu'il interrogeait avec l'accent dolent de la profession
dont il portait dj le costume.

--Le fait est, reprit le jeune homme d'un ton dont Nicolas n'apprcia
point l'ironie, que si tes poches sont aussi peu raccommodes que la
touloupe, elles ne peuvent pas garder fidlement les roubles que tu leur
confies. Enfin parle: Que demande le plus misrable et le plus infortun
de mes esclaves.

--Que la misricorde de Son Excellence daigne s'arrter sur son
serviteur, dit Nicolas; que le saint patron de notre Russie lui inspire
la clmence, que Notre Seigneur Jsus-Christ, dont toute charit
mane...

--Trve de verbiage, s'cria le gentilhomme d'une voix imprieuse et
pour la seconde fois, que veux-tu de moi?

--Moins que rien, un mot, un seul mot, voil tout ce que j'implore de
votre piti!

--Et ce mot?

--Ce mot serait celui qui ferait un homme de l'esclave; qui de serf 
obrosk que je suis me transformerait en citoyen.

Le jeune Laptioukine haussa ddaigneusement les paules.

--Faire un homme de toi, dit-il avec amertume, c'est peut-tre au-dessus
de mon pouvoir. J'aurai beau briser ta chane, ne resteras-tu pas le
serviteur de l'hydromel, du lompapo, de l'eau-de-vie, l'esclave de
l'ivresse ou de quelque autre vilenie. Mais cela te regarde: que
m'offres-tu  moi en change de ta libert?

--Ah! seigneur! si je pouvais la payer du prix que j'y attache, ce
seraient tous les produits des mines de l'Oural que je devrais dposer 
vos pieds! s'cria Nicolas, enchant de la tournure que prenait sa
petite affaire, et convaincu qu'il ne lui restait plus qu' en enlever
la conclusion; mais, hlas! je ne suis qu'un bien pauvre homme; le
travail de Gastino-Dvor et le mtier d'avertisseur n'enrichissent gure
ceux qui le pratiquent; les gens sont devenus si insouciants de la belle
tenue de leurs chaussures, que ce n'est qu'avec bien de la peine que
nous parvenons  vivre au jour le jour et  payer la redevance. Mais
aprs tout, ce bien que je convoite si ardemment, il ne peut pas
s'estimer bien haut; l'oncle de Son Excellence, le feu comte
Laptioukine--Dieu veuille le recevoir dans son sein--lui a laiss des
esclaves en si grand nombre qu'il lui importe bien peu d'en possder un
de plus ou de moins; et puis, le seigneur remarquera aussi que je suis
dj vieux, et que je ne saurais payer cher un bonheur dont j'aurai si
peu de temps  jouir. Il y a des annes que j'entasse kopeck sur kopeck
pour arriver  ce but unique de mes ambitions, et je ne suis encore
parvenu  runir que les cent roubles que j'offre en change de ma
pauvre personne.--Cent roubles, c'est bien peu, mais celui qui donne
tout ce qu'il possde donne un trsor. Enfin, mon matre doit encore
tenir compte de ma reconnaissance, qui sera ternelle, et des prires
que je ne cesserai plus d'adresser nuit et jour  Dieu, notre souverain
juge, pour la conservation et la prosprit de celui auquel je devrai un
si grand bienfait.

Le gentilhomme coutait sans mot dire, sans essayer d'opposer une digue
 ce flux de paroles; mais ses yeux ne quittaient pas les yeux du
marchand qui, malgr son aplomb, se sentit plus d'une fois dcontenanc
par ce regard perant. Quand ce fut fini, l'hritier prit la parole 
son tour, et d'une voix lente et brve:

--Tu as t en effet avertisseur au Gastino-Dvor, dit-il, mais tu ne
l'es plus. Tu es le marchand de cuirs de la Tverskaa, le plus riche
commerant non-seulement de Moskow, mais de la Russie et peut-tre de
l'Europe. Tu le nommes Nicolas Makovlof, tu as offert  mon oncle
cinquante mille roubles pour ce qui,  t'entendre, n'en vaut plus que
cent aujourd'hui. Il a refus, il a eu raison, c'et t un march de
dupe; la libert vaut un million de roubles.

Nicolas porta la main  sa barbe, et avec un geste de suprme dsespoir,
il en arracha une poigne de poils; puis il murmura avec un accent
lamentable:

--Le seigneur a raison; c'est un million de roubles que j'ai voulu dire;
ma langue m'a mal servi.

Mais loin d'tre fascin par l'offre de cette somme colossale, le jeune
noble, renvers dans son fauteuil, chassa lentement la fume que
contenait sa bouche et hocha ngativement la tte.

Le marchand croyait rver.

G. de Cherville.

(La suite prochainement.)



LES THTRES


LES CRAVATES BLANCHES.

Pendant que les spectateurs font relche aux thtres pour cause de
temprature, M. Montigny profite de ce huis clos forc pour faire des
tentatives littraires.

Bien mal en a pris au directeur du Gymnase d'essayer devant ses
banquettes vides la prose d'un auteur inconnu, car voil la critique en
grandes colres qui traite les _Cravates blanches_, de M. Malpertuy, de
faon  laisser peu d'envie  M. Malpertuy de recommencer une pareille
aventure. C'est enfantin, c'est excrable; cela n'a pas le sens commun.
Je trouve, pour ma part, mes confrres bien svres. Qu'il y ait dans
cette comdie des _Cravates blanches_ une grande inhabilet de main, je
n'en disconviens pas; que les trois actes, beaucoup trop longs mme dans
leur brivet inusite au thtre, soient en dehors de toute forme
dramatique, c'est vident; inexprience, maladresse, tout ce que vous
voudrez; malgr tout j'ai cout avec le plus grand intrt cette
mauvaise comdie, en raison mme de son tranget.

Quel est M. Malpertuy? Je n'en sais rien. A coup sur il ne mettra jamais
une comdie sur ses jambes, M. Montigny la jout-il tous les ans au mois
d'aot; il n'apprendra jamais la mcanique thtrale; mais il a de
l'observation, du flair, de l'esprit et beaucoup; il a mme du style,
j'entends ce style de la scne qui lance une phrase, un mot par une
dtente. Et je suis convaincu qu'entre les mains d'un auteur sachant le
mtier, les _Cravates blanches_ auraient fait, M. Malpertuy aidant, une
fort jolie comdie.

Vous les connaissez ces gens toujours cravats de blanc; une fois poses
sur une cravate, ces ttes ne bougent plus. Ces hommes-l sont arrivs 
convaincre la socit qu'ils lui sont indispensables; ils ont une
morale, des ides et des phrases toutes faites appropries  tous les
sujets, et ils veillent pompeusement et dogmatiquement sur l'arche
sainte de la routine. Ils en imposent  tous, sauf aux jeunes filles de
dix-huit ans, suivant la comdie de M. Malpertuy, qui prouve la chose
beaucoup trop longuement, mais, je le rpte, souvent avec beaucoup de
bonne humeur et beaucoup d'esprit.


LA LICORNE.

La Licorne, elle, est un petit acte qui rentre dans le rpertoire
ordinaire, trop ordinaire mme. C'est l'ternelle pice  deux
personnages, ce jeu de patience des auteurs dramatiques; celle-l vaut
les autres; de la gaiet, de l'entrain; une fable dramatique sans
grandes complications, mais amusante; vous diriez un bon vaudeville, du
temps pass, dont on a enlev les couplets, pour obir au got du jour,
et c'est dommage, un peu de _flons-flons_ n'aurait pas nui dans ce
tte--tte d'un touriste et d'une comdienne.

Ravel passe dans cet acte en frtillant et en faisant refleurir tous ses
_tics_, et Mlle Gaignard lui donne vivement la rplique.

M. Savigny.



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

_Le Sacrifice d'Amlie_, par Louis Ulbach. (1 vol., Michel
Lvy).--_Lettres d'une honnte femme_, par _Madeleine_ (1 vol. Michel
Lvy).--J'ouvre les _Lettres de Madeleine_ qui viennent de passer du
journal dans le livre et je lis, dans un des chapitres, sous le titre
_Un livre scandaleux,_ un jugement des plus svres sur les
_Enchantements de Prudence_, de Mme de Saiman. Ces pages d'une haute
porte morale (je parle des _Lettres de Madeleine_), font plaisir 
relire. Le jour o l'crivain qui a sign _Franoise, Pauline Foucault_
et _Monsieur et madame Fernel_, a eu l'ide de faire juger les moeurs,
les hommes et les choses en France, par une _honnte femme_, il a trouv
une veine heureuse d'observations, de critique, d'motion mme. Telles
de ces pages, destines  la publicit phmre d'une gazette,
mritaient, en effet, de survivre  l'actualit qui les avait dictes.
Je citerai, par exemple, outre le dbut de cette correspondance, les
chapitres intituls les _Rogations, Histoire d'un lche, les Poupes,_
etc.

A propos des ftes des _trois empereurs_,  Berlin, Madeleine s'lve
avec nergie contre les reporters qui ne voient, dans cette redoutable
entrevue, qu'une occasion de commrage, et elle les blme, au nom de la
moralit publique, d'tre partis pour la Prusse afin d'y ramasser les
miettes des festins impriaux. Mais M. Ulbach n'eut pas du oublier que
parmi ces reporters, il pouvait se trouver des patriotes attirs chez
nos vainqueurs par un intrt tout franais, et qui cherchaient 
tudier l'organisation prussienne actuelle dans un but tout autre qu'une
vaine curiosit! Madeleine, autrefois, avait bien voulu le reconnatre.

Je ne sais si je prfre, aux _Lettres de Madeleine_, le dernier roman
de M. Louis Ulbach, _le Sacrifice d'Aurlie._ C'est un roman excellent
cependant et d'un intrt tout  fait soutenu qui obtint, il y a
quelques mois, un grand succs d'motion dans l'Indpendance belge. On
sait avec quel art discret et pntrant l'auteur de _Pauline Foucault_
analyse les sentiments fminins et quelle vrit potique il donne  ses
hrones. Aurlie peut figurer, dans l'oeuvre de M. Ulbach,  ct de
l'institutrice Pauline et de la sduisante Mme Fernel. Le type bien
saisi d'un jeune peintre, patriote convaincu avec des apparences de
loustic, n'a pas nui, bien au contraire,  la russite de ce roman, un
des meilleurs de M. Louis Ulbach, qui en a fait plus d'un tout  fait
excellents.

La France, l'tranger et les partis, par M. Heinrich, doyen de la
Facult des lettres de Lyon (1 vol. in-18, chez Plon).--C'est le livre
d'un honnte homme, mais un livre dsol, le livre du docteur _Tant pis_
qui tte le pouls de la France. Il la voit et la dit bien malade, cette
pauvre France, et il nous prouve qu'aucun parti ne possde le remde qui
la gurira  coup sr. Quoi! ni  droite ni  gauche ou n'est certain de
sauver le pays? Non, rpond M, Heinrich, qui dit loyalement la vrit 
tous les partis en prenant pour devise cette parole du Dante: Un jour
il te sera honorable de n'avoir eu d'autre parti que toi-mme.

Je suis loin de blmer cette indpendance et le mot du Dante me
satisfait pleinement. Je m'tonne seulement qu'un homme aussi
indpendant que M. Heinrich et qui connat aussi bien l'Allemagne et la
cause de sa grandeur, donne au livre qu'il publie aujourd'hui la
conclusion que pourrait lui donner M. de Lorgeril ou M. de Belcastel. Je
ne veux pas dire qu'il pousse le zle jusqu'au _Syllabus_, et qu'il soit
capable de vouer la France tout entire au Sacr-Coeur de Jsus, comme
l'a fait le dput  Paray-le-Monial. Mais cependant la conclusion est
la mme.

M. Heinrich n'a confiance ni dans la Rpublique, ni dans la monarchie
constitutionnelle, ni dans l'orlanisme, ni mme absolument dans la
lgitimit, encore moins dans le bonapartisme. Au fond il est dsespr,
et son livre serait dsesprant s'il ne nous inspirait, en somme (ce qui
est son principal mrite), un souverain mpris pour les phrases toutes
faites, et un amour vrai de l'tude, de la science, ce qui est encore, 
notre avis, la meilleure faon de relever et de refaire ce pays-ci, bien
dchu peut-tre, je l'accorde, mais toujours grand, ce que M. Heinrich
n'accorde pas.

_Sahara et Laponie_, par M. le comte Goblet d'Alviella (1 vol. in-18.
Chez Plon).--La librairie Plon a entrepris la publication de toute une
bibliothque de voyages. Aprs le voyage autour du monde de M. de
Beauvoir, Le voyage de M. Paul Lenoir au Fayoum, de M. Jules Garnier
dans la Nouvelle-Caldonie et du vice-amiral Jurien de la Gravire en
Chine, voil que cette collection s'enrichit d'un volume fort
intressant de M. Goblet d'Alviella. L'auteur de _Sahara et Laponie_
nous conduit en des contres bien distinctes; aprs le rcit d'un sjour
d'un mois au sud de l'Atlas, en compagnie de la colonne d'oprations du
gnral de Gallifet, il nous raconte, avec une prcision savante et
suffisamment pittoresque, un voyage au cap Nord. Je l'avoue, c'est ce
dernier voyage qui m'a surtout intress. Les Arabes nous sont connus,
peu ou prou, mais la vie des Lapons nous parat encore bien mystrieuse.
M. Goblet d'Alviella les a vus de prs, ces pauvres tres qui vivent,
semble-t-il, dans la nuit, et dont toutes les dpenses de luxe ne
peuvent, avec la meilleure volont du monde, s'lever dans une anne
au-dessus de sept francs.

M. Goblet d'Alviella a dcrit avec beaucoup de pittoresque, de sobrit
et de vrit, sans doute, ce voyage  travers les _fjeds._ Ses paysages
du Nord ont la froideur et la solennit qu'on prte, par l'imagination,
 ces contres lointaines. Ce qui m'a tonn, et ce qui tonnera plus
d'un lecteur, c'est d'apprendre qu'un voyage au cap Nord est aussi
dsagrable, plus dsagrable mme sous le rapport des moustiques, qu'un
voyage  Sville ou dans l'Amrique du Sud. Le moustique septentrional
s'attache partout, pntre dans les oreilles, le nez et la bouche si on
a le malheur de l'ouvrir pour respirer. On a vu des gens se jeter 
l'eau pour fuir un tel supplice et une telle perscution. Bref, on lira
avec profit ce voyage dans un coin de terre perdu sous les frimas, et
qui  su, dit le voyageur, raliser l'idal, si ardemment poursuivi
ailleurs, d'une dmocratie libre, instruite, religieuse et prospre.

L'_Homme noir,_ par M. Alfred Sirven (1 vol. in-18. A. Sagnier).--M.
Alfred Sirven est jeune encore et il a beaucoup publi: des romans, des
pamphlets, des satires, des brochures, une histoire inacheve de la
presse franaise et une monographie de la prison de Sainte-Plagie, o
sa hardiesse l'a conduit quelquefois. M. Sirven publiait hier une tude
financire trs-curieuse, trs-intressante et trs-courageuse, qu'il
appelait la _Fort de Bondy_. Est-il besoin de dire ce que l'auteur
entend par la _Fort de Bondy?_ C'est la Bourse, c'est ce

                      Grenier  foin btard du Parthnon,

comme en et dit Musset.

Le pamphlet est un livre  lire, et voici que M. Sirven, au lendemain de
cette publication, donne une dition nouvelle d'un roman qui parat,
cette fois, avec une lettre autographe de Victor Hugo pour prface. Le
roman s'appelle l'_Homme noir._ Votre nom vous engage envers Voltaire,
crit Victor Hugo dans sa lettre, rappelant ce nom de Sirven, et il
ajoute: J'espre que vous aurez un beau succs. Le roman en est  sa
seconde dition. Voil la rponse:

_Goethe et Schiller_, par M. A. Bossert (1 vol. in-8, Hachette).--Le
volume complte le cours de littrature allemande que M. A. Bossert,
professeur de littrature trangre  la Facult de Douai, avait
commenc depuis quelques annes. Il est le troisime de la srie et,
tandis que le premier nous initiait aux origines de la littrature
allemande et de l'pope germanique, que le second nous faisait
connatre les prcurseurs de Goethe, l'ennuyeux Klopstock et le piquant
Lessing, ce tome III nous montre l'intressante liaison de Schiller et
de Goethe, leur fraternit littraire succdant  une certaine rivalit,
la jeunesse ardente de l'auteur de _Don Carlos_, la verte et noble
vieillesse de l'auteur de _Faust._

Nul chapitre d'histoire littraire n'est plus intressant que celui-ci,
et M. A. Bossert a su le rajeunir encore et le rendre plus attachant.
Avec quel art il nous dcrit cette cour littraire de Weimar, ces
reprsentations princires! Comme il claire chacune des oeuvres de
Schiller et de Goethe par la biographie de l'auteur! C'est un ouvrage
srieux et sincre que celui-ci et il en faut louer, mme au lendemain
de nos preuves, l'impartialit sereine. Sachons, comme le fait M.
Bossert dans son remarquable ouvrage si clair, si agrable, saluer
partout le beau? tre justes, c'est encore un moyen de redevenir
indpendants et forts.

_L'glise et l'tat en France sous le rgne de Henri VI_, par M. F. T.
Perrens (2 vol. in-8, chez A. Darand).--Un professeur distingu, qui est
en mme temps un historien d'un talent rel et profond, M. F. Perrens,
l'auteur d'une tude fort dramatique de la vie de Jrme Savonarole, et
d'une histoire d'tienne Marcel, vient de publier un long travail sur
cette grave question de l'glise et de l'tat, qui divise aujourd'hui et
captive les esprits. M. Perrens, qui avait crit dj un chapitre
d'histoire fort intressant sur les _Mariages espagnols_ au temps
d'Henri IV et de la rgence de Marie de Mdicis, n'a pas eu de peine 
retourner  une poque qu'il connat si bien, et c'est encore sous le
rgne de Henri IV et la rgence de la reine qu'il a tudi _l'glise et
l'tat en France._

Depuis longtemps, je voulais signaler  l'attention de nos lecteurs un
ouvrage aussi diffrent que l'est celui-ci des volumes courants et des
ouvrages rapidement composs que nous avons  examiner. C'est un
vritable livre, et d'une importance capitale, que celui de M. Perrens.

L'histoire ecclsiastique de la France est  faire ou  refaire, dit
l'auteur, ds la premire ligne de sa prface, et c'est ainsi qu'il
s'attache  en crire, d'aprs les documents nouveaux, les sources
rcemment dcouvertes, un intressant chapitre. M. Perrens n'est pas de
ceux qui se contentent, en histoire, des renseignements de seconde main.
Un peut s'en convaincre en lisant son livre. Ce sont les personnages
eux-mmes dont il discute les actes qu'il a, en quelque sorte, appels
en tmoignage, et s'il se prend  juger le nonce Ubaldini, par exemple,
c'est dans les dpches mmes de l'envoy du pape qu'il va chercher ses
arrts.

Nulle poque n'tait plus favorable  l'historien pour tudier les
rapports de l'glise et de l'tat, que cette poque si trouble encore,
mais dj rparatrice, qui succde aux longues annes de guerre civile
nes du concile de Trente, et qui vont de l'avnement de Henri IV sur le
trne de France  la mort de ce prince et  la rgence de Marie de
Mdicis. Aux premires pages apparat la figure narquoise et fine du
prtendant Barnais et, au dernier chapitre, on aperoit le ple et
nergique visage du cardinal de Richelieu. Entre ces deux hommes que
d'vnements viennent  la fois! M. Perrens les raconte avec une
prcision savante qui n'exclut ni la rflexion du philosophe, ni l'cho
de nos polmiques ou de nos recherches actuelles, ni mme le pittoresque
du peintre. Je recommande surtout, entre ces pages, le tableau de la
cour de Marie de Mdicis et de l'ducation de Louis XIII enfant, le
rcit d'une dispute chez les Jacobins et ce curieux et dramatique
chapitre qui a pour titre _la Perscution contre le syndic Richer._ Nous
retrouvons l des accents dignes de l'historien de Savonarole.

Ce n'est pas dans une courte notice qu'on peut signaler tous les mrites
d'un livre spcial et plein de faits comme celui-ci. Il nous suffira
d'indiquer  tous les esprits srieux, amis de la vrit et ports 
l'tude du redoutable problme que n'a pas rsolu le concordat gallican
de 1801, qu'il y a l, dans l'ouvrage de M. Perrens, un motif d'tudes
et un vritable arsenal de connaissances et de penses. De combien
d'ouvrages pourrait-on ainsi parler? Il nous faut louer enfin, chez
l'auteur, un esprit libral et juste, toujours revtu d'une forme
agrable  la fois vigoureuse et claire. On peut prendre sans crainte
cette histoire de _l'glise et l'tat en France sous le rgne de Henri
IV_, on y trouvera  beaucoup apprendre et  beaucoup rflchir. Je vois
sur la couverture de cet ouvrage, que M. Perrens va prochainement
publier une histoire de la _Dmocratie en France au moyen ge_, ouvrage
couronn par l'Acadmie des sciences morales et politiques. Nous aurons
un gal plaisir  le lire et  l'apprcier.

Jules Claretie.



[Illustration; MARCH A ANVERS, XVIIIe SICLE.--D'aprs le tableau de M.
Hugo Salmson.]


[Illustration: L'VACUATION.--Entre des troupes franaises 
Pont--Mousson.--D'aprs les croquis de M. Jaxel.]


[Illustration: VALPARAISO.--Inauguration de la statue de lord Cochrane.]



HISTOIRE DE LA COLONNE

Deuxime article (1)

[Note 1: Voy. le dernier numro.]

II.--L'excution (suite).

L'architecture de la colonne, si importante qu'elle fut, demeurait
accessoire. Le placement des bronzes, tel tait le point principal. Une
grosse difficult naissait, en effet, de cette proprit qu'ont les
corps en gnral, et les solides en particulier, de se dilater quand la
temprature s'lve, et de se contracter quand elle s'abaisse. Car, par
suite, le revtement de bronze devait tre excut de telle sorte que,
tout en ne prsentant aucune solution de continuit perceptible, il
laisst au mtal toute libert de mouvement.

C'est contre cette double condition que se brisrent les facults
scientifiques de M. Gondoin. C'est la position de ce problme qui fit
l'Institut en masse hocher la tte et se gratter l'oreille. C'est sa
solution enfin qui dtermina surtout l'adjonction de M. Lepre 
l'architecte officiel de l'oeuvre.

Or, cette partie du travail qui nous occupe est prcisment l'une des
moins connues et des moins apprcies--bien que la plus intressante
peut-tre--par quiconque n'est pas un spcialiste.

On nous permettra donc de nous y arrter quelques instants.

Dans le principe, pour faire une statue de bronze, les anciens Grecs se
contentaient, au rapport des auteurs du temps, d'en excuter au marteau
les diverses parties, et de les assembler ensuite, entre elles,  l'aide
de clefs. Plus tard, ils fabriqurent des moules de bois, qu'ils
habillaient de mtal, et l'oeuvre tait paracheve  l'aide du
martelage. Procd qui fut en usage aussi chez les statuaires gyptiens,
si l'on en juge d'aprs une tte d'Osiris conserve au Muse britannique
et dans l'intrieur de laquelle des fragments de bois sont
trs-apparents encore.

Or, en y rflchissant un peu, il est impossible de ne pas tre frapp
de l'analogie que prsentent ces moyens primitifs avec ceux que M.
Lepre a mis en pratique. Tout son systme, en effet, repose sur une
ingnieuse combinaison des procds antiques et des ressources de la
mtallurgie moderne. Il suffira, pour s'en convaincre, de lire les
lignes suivantes, publies en 1825, dans la _Revue encyclopdique_ (cah.
75, t. XXV, 7e anne), par un membre de la commission d'gypte, le
colonel Coutelle:

Le revtement du ft se compose de deux cent soixante-seize parties de
bronze mobiles, tailles--dans la ligne de contact--en biseaux
contraris et qui semblent, examines sur toutes les faces, ne faire
qu'une seule et mme pice.

Chaque pice porte dans la fonte, sur sa face intrieure, trois
tasseaux: deux  la partie suprieure et un  la partie
infrieure--placs horizontalement.

En levant la colonne, des tenons en cuivre de 15 pouces (0m406) de
longueur sur 4 pouces (0m108) de largeur et 21 lignes (0m047)
d'paisseur ont t incrusts dans la pierre sur chaque assise, pour
recevoir les tasseaux de chaque pice que les crampons devaient porter.

Chaque tasseau est perc d'un trou vertical pour correspondre  un trou
galement vertical du tenon, de mme grandeur que celui du tasseau.

La colonne, ainsi leve tout entire, se trouvait dispose pour
recevoir les pices de bronze, quelles que fussent leurs formes et
dimensions, _sans aucun scellement._

Chaque pice de bronze,  commencer par le pidestal, a pris sa place
suivant son numro port sur le plan.

Au moyen de la petite gorge, chaque trou du tasseau et du tenon
correspondant a reu un boulon libre de cuivre, de mme dimension.

Ainsi quoique la dilatation put tre de 8  9 pouces (0m216  0m243) (2)
sur un dveloppement de 813 pieds (264m094), si toutes les pices
taient lies entre elles, et si le soleil pouvait frapper la colonne en
mme temps sur toutes ses faces, chaque pice du ft, de 3 pieds (0m974)
environ de hauteur et de largeur, ne pouvant se dilater que d'une
trs-faible fraction de _ligne_ (0m00225) sur chacun de ses quatre
cts, cette augmentation de surface est rendue insensible par la
disposition de chaque pice  passer sous l'autre sans dranger celle
qui l'avoisine.

[Note 2: Voici la formule de la dilatation linaire du bronze--pour 1
degr dans l'intervalle de 0  100 degrs--que donne le Bureau des
Longitudes, d'aprs Daniell:--0,000018492.]

Surcrot de prcaution:--Chaque trou, dans les tenons, est lgrement
oval pour se prter au mouvement que pourrait occasionner au boulon la
dilatation de la pice.

Eh bien!--reconnaissez en cela les lgrets traditionnelles de la
critique franaise!--il ne s'est pas moins rencontr des crivains--et
des plus srieux--pour crier _haro sur le baudet_ qui, dans la
conception de la colonne, avait nglig de tenir compte des coefficients
de dilatation! Ce qu'ils prouvaient d'ailleurs le plus congrment du
monde--car,  les entendre, tous les soirs d't, aprs les grandes
chaleurs du jour, le bronze chantait, sur le ft, sa protestation contre
l'incurie des constructeurs; craquements sonores d'un dplorable augure
pour l'avenir de l'difice!

Encore un peu, et la vieille renomme de la statue de Memnon n'aurait eu
qu' se bien tenir...

Bonne Critique Franaise!

                                                     *
                                                   * *

Notons, au passage, toujours sur la foi du mme colonel Coutelle, ce
dtail d'un tout autre ordre:

Pour prouver la perfection de l'quilibre, M. Lepre, pendant que
l'chafaudage tait encore en place, s'amusait parfois  imprimer, au
moyen d'un fort levier, un mouvement d'oscillation sensible qui se
terminait par un mouvement circulaire aboutissant  l'immobilit.....

Voil certes un petit renseignement qui aurait bien eu son intrt pour
les auteurs de certaines tentatives ridicules dont la colonne devait
tre ultrieurement l'objet.

III.--L'emplacement.

Nous n'avons pas  refaire, aprs Dulaure et tant d'autres avant lui,
l'historique de cette place dite tour  tour des _Conqutes,_ par
Louvois; _Louis-le-Grand_ par Pontchartrain; _des Piques_, par 1793,
mais gardant, en dpit de tout, de par l'omnipotence souveraine de la
routine, son nom de place Vendme.

En revanche, nous ne pouvons nous dispenser de consacrer quelques lignes
 la statue de bronze qui la dcorait dans l'origine.

C'tait le portrait questre de Louis XIV, portant sur une toge grecque
l'immense perruque que l'on sait. Auteur: Franois Girardon. Fondeur: J.
Balthazar Keller, celui-l mme dont le nom est encore clbre de nos
jours, grce  l'incroyable perfection de ses alliages.

Le pidestal, dcor de motifs de bronze excuts sur des dessins de
Coustou jeune, avait 9 m 14 d'lvation. Le groupe mesurait 7 m 14 et ne
pesait pas moins de 33,286 kilogrammes.

L'inauguration avait eu lieu en grande pompe le 16 aot 1699.
C'est--dire dans un temps o le peuple, accabl d'impts, commenait 
comparer ses misres aux effroyables prodigalits de la couronne. Et le
lendemain il se trouva que, sur l'paule du roi de bronze, une main
inconnue avait jet une ignoble besace... Rude pigramme, dont la
brutalit pourtant ne contrastait pas plus que la perruque avec
l'atticisme du costume!

Quatre-vingt-treize ans plus tard, jour pour jour, la Rvolution qui
passait, prcisant les colres du peuple, poussait dans le ruisseau
l'image du royal besacier.

Ds lors et jusqu'en 1806, le milieu de la place resta vide.

On n'y voyait plus qu'une pierre carre, rude et fruste, ayant 2m 76 de
ct et 0m 81 de hauteur: dernier vestige de l'ancien monument dont elle
tait la premire assise. Cela devint la scne o, devant la garde de
Paris assemble, se joua longtemps le triste spectacle des dgradations
militaires.

Mais les fondations de la statue, construites sur pilotis et mesurant
prs de 10 mtres de profondeur, taient demeures intactes. On les
jugea suffisantes, aprs mr examen, pour supporter les douze cents
pices de canon trangres qu'on avait  superposer les unes aux autres.
Et de fait,  peine dut-on faire quelques travaux de rfection 
l'arasement du sol, pour qu'il ft possible d'asseoir la colonne
naissante sur ces substructions dj plus que centenaires.

IV.--La Colonne.

Le 2 avril 1810, Napolon pousait Marie-Louise, l'archiduchesse
d'Autriche.

Le 15 aot suivant, Napolon inaugurait la colonne militaire destine 
perptuer le souvenir de ses victoires sur le pre de la nouvelle
impratrice.

La nouvelle situation de l'empereur  l'gard de l'Autriche ne pouvait
manquer, on le conoit, de refroidir sensiblement l'enthousiasme qui
s'tait allum, quatre annes auparavant, au pied de la colonne.

Nous avons dit quel sacrifice  l'amour-propre d'Alexandre 1er avait
inspir au vainqueur d'Austerlitz son vague projet d'union avec la
grande-duchesse de Russie.--A plus forte raison devait-il,  la suite de
ce mariage effectif, une concession de mme nature aux vanits de
Franois II.

Aussi l'inauguration n'et-elle ni l'clat, ni le retentissement
auxquels, dans d'autres circonstances, on aurait pu s'attendre. Les
journaux du temps en parlent  peine et le font avec un luxe de
discrtion, une pnurie de dtails et un embarras d'expressions
trs-curieux  constater.

Autre fait topique:

Il avait t dcid que, le jour mme o la colonne serait
officiellement livre aux regards du public, un grand ouvrage paratrait
contenant jusqu'aux moindres dtails d'excution.--Dans ce but, tous les
bas-reliefs et ornements avaient t recueillis, dessins et gravs avec
le soin le plus minutieux.

Au dernier moment, l'empereur donna l'ordre d'ajourner la publication
(3).

[Note 3: En 1822, un graveur, M. Ambroise Tardieu, reprenant cette ide
pour son compte, a publi un album trs-intressant qui rsume l'oeuvre
en trente-six planches, d'une excution fort consciencieuse.--Il est
d'autant plus regrettable que la mme conscience n'ait pas prsid  la
rdaction du texte, que cet ouvrier devait--par son caractre de
svrit particulire--accrditer un certain nombre d'erreurs
aujourd'hui persistantes. J. D.]

                                                     *
                                                   * *

Ferons-nous maintenant une description mticuleuse du monument? Il est
difficile de passer outre dans une _Histoire de la colonne_, d'une part.
D'autre part, c'est  cette description seule que se sont bornes toutes
les publications spciales, et il en a t tant dit, que nous risquons
fort de fatiguer le lecteur en entrant dans cette voie. Fatigue qui nous
serait pnible, au moment o nous atteignons la partie vraiment
intressante de notre travail.

Pour satisfaire  l'une et l'autre de ces objections, nous ne voyons
qu'un parti  prendre:--c'est de donner aussi rapidement que possible,
presque dans la forme d'un devis, les indications les plus
caractristiques. Par ce moyen nous en finirons vite.

Ajoutons que l'ennui de recommencer ces chiffres sera compens, pour
nous, par la satisfaction de redresser bon nombre de bvues qui menacent
de s'terniser. Car, il faut bien le dire, si l'on peut croire, au
premier abord, que le monument de la place Vendme a servi de prtexte 
une centaine de brochures, on arrive bientt  reconnatre qu'il n'en a
jamais t fait en ralit plus d'une demi-douzaine. Toutes les autres
ne sont que d'effrontes copies de celles-ci, dont elles reproduisent
nergiquement jusqu'aux fautes d'impression!

Ainsi s'explique rationnellement le miracle de la multiplication des
erreurs.

Jules Dementhe.

(_A suivre._)



Nous recevons la lettre suivante:

AU DIRECTEUR

Dans l'article sur l'lphant fossile de Durfort, que vous avez publi
le 26 juillet dernier, il s'est gliss une erreur que je viens vous
prier de faire rectifier, s'il est possible, dans un prochain numro.
L'auteur de l'article dit: Extrait en entier et remont par les soins
de la Socit scientifique et littraire d'Alais, etc. Cette Socit a
dj, bien que trs-jeune, assez de bonnes choses  son actif pour que
je puisse, sans crainte de la froisser, dclarer qu'elle n'a rien  voir
dans cette affaire. Le champ dans lequel j'ai trouv les ossements
fossiles a t acquis par le Musum d'histoire naturelle de Paris, aux
frais duquel sont faites actuellement ces fouilles, et c'est dans les
galeries de cet tablissement que sera install le squelette d'lphant
fossile, lorsqu'il aura t restaur et remont, opration qui sera
faite prochainement dans ses laboratoires et par les soins de ses
employs. Les caisses, au nombre de trente-trois contenant les ossements
de ce fossile, ont t expdies par moi sur Paris _directement._

Veuillez agrer, etc.

P. Cazalis Defondouce.



[Illustration: L'OURAGAN DU 9 AOT  NMES.--D'aprs le croquis de M.
Paul Mersay.]



BIGARRURES ANECDOTIQUES

L'ESPRIT DE PARTI

(Suite)

--En haine des partisans de Marat et de Robespierre, l'ordre public
n'aurait-il pas fait un peu trop le _boucher_ dans la rue _au bris_?

--L'tat de sige est un coup d'tat? Non, c'est un coup de sang.

--Le peuple commence  s'apercevoir qu'un souverain et lui a fait deux.

--Toujours son buste en pltre! Quand nous le montrerez-vous en terre?

--Il y a mandat d'arrt contre _le voeu de la nation_: s'il ne se rend
pas on est dcid  l'arrter par contumace.

--Le conseil de guerre se tient rue du _Cherche-Midi..._  quatorze
heures.

--Il y a des gens qui demandent o on nous mne. On ne nous mne pas, on
nous trane.

--Si l'on savait ce qu'il en cote, par le temps qui court,  avoir le
sens commun, vraiment on pardonnerait les graves btises qui se font
dans les ministres.

--Encore si l'on disait: M. Thiers est une fraction... mais non, il est
entier.

--Le libralisme nous avait promis le rgne des _capacits_; nous
n'avons encore eu que le rgne des _rapacits._

--L'homme de Platon tait un coq plum. Nous ne ressemblons pas mal 
l'homme de Platon.

Jules Rohaut.

(_A suivre._)



Rbus

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Chacun fait des chteaux en Espagne.

[Illustration: nouveau rbus.]











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Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
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collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
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law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
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with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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